Les illusions de Sav-Loar – Manon Fargetton

CVT_Les-Illusions-de-Sav-Loar_7139
Les illusions de Sav-Loar
est un one-shot de fantasy écrit par l’auteure française Manon Fargetton. Publié chez Bragelonne en collection poche (sous l’ancien label Milady), il est disponible au prix de 8.20 euros.

Quand je parle d’un one-shot, je me dois d’emblée de tempérer. Même si ce roman peut se lire de manière indépendante, il en existe un autre dans le même univers qui complète celui-ci: l’Héritage des Rois-Passeurs. On y retrouve certains personnages communs, l’intrigue s’y rejoint à un moment (dans le second tiers) et se poursuit jusqu’à sa conclusion de ce qui est seulement esquissé dans l’Héritage des Rois-Passeurs. Les deux se répondent sans que je parvienne à me décider lequel des deux il vaut mieux lire en premier.
Objectivement, lisez les deux, ce sont des perles !

Les illusions de Sav-Loar, c’est avant tout l’histoire de plusieurs femmes. Celle de Bleue, enfant esclave qui se révèlera puissante magicienne. Celle de Fèl, une jeune adulte déjà bien éprouvée par la vie qui refuse d’arrêter de se battre. Celle des magiciennes de Sav-Loar, à travers les siècles jusqu’à nos jours. Celle des femmes traquées, traumatisées, malmenées.
Mais c’est aussi l’histoire de certains hommes, comme Guilhem, Oreb, Luernos, Til’Enarion, Ashkar, Cendre. Des guerriers, des guérisseurs, des prêtres, des mages, des enfants. Et de certains dieux.
Ce roman propose une grande fresque aux personnages multiples. Certains diront trop nombreux… Je l’ai pensé, à un moment. Pourtant, par je ne sais quel procédé extraordinaire, Manon Fargetton parvient à créer de l’empathie pour chacun d’eux. Aucun ne nous laisse réellement indifférent, que ce soit positif ou négatif. Je trouve que cela s’apparente à un tour de force digne d’être souligné.

Nous évoluons dans le royaume d’Ombre mais également dans l’Empire. Sur un seul tome de plus de 850 pages, nous voyageons énormément, j’en ai le tournis quand je regarde derrière moi et que je me rends compte de tout ce chemin parcouru depuis la citadelle du Sker jusqu’à cette bataille finale. Il y a tellement à dire sur ce roman que ça me semble impossible de tout évoquer en une seule chronique, pas sans qu’elle devienne beaucoup trop longue pour que vous ayez envie de la lire. Pas sans spoiler énormément de retournements de situation inattendus. Pas sans gâcher le plaisir d’une découverte sans savoir dans quoi vous vous embarquerez.

J’ai déjà parlé des personnages, j’ai envie de m’attarder sur chacun d’eux avec une préférence pour Bleue et pour Til’Enarion, alors que je ne les appréciais pas spécialement au début du récit. Pourtant, il me parait plus pertinent de pointer du doigt les messages que l’auteure fait passer à travers son texte. Au premier abord, j’ai pensé que les illusions de Sav-Loar était un roman de femmes, qui mettrait l’accent sur leur supériorité par rapport aux hommes, sur les douleurs qu’elles subissaient au quotidien jusqu’à se révolter, qu’il s’engagerait de manière agressive pour prouver leur valeur. Il faut dire qu’il s’ouvre quand même sur deux personnages principaux qui subissent l’esclavage et le viol d’un seigneur sadique et on ne nous épargne pas vraiment les détails même si les descriptions restent subtiles. C’est fascinant comme cette auteure parvient à décrire des situations horribles sans pour autant choquer, elle choisit avec soin son vocabulaire. Chapeau !

Au départ, donc, c’est ce que je m’attendais à trouver et je craignais de grincer un peu des dents parce que je pense, d’un point de vue personnel, que la valeur d’un individu n’est pas liée à son sexe et qu’on doit se battre pour prouver ce qu’on vaut en tant que personne. J’ai rapidement compris que l’auteure offrait un message d’égalité, qu’elle partageait, d’une certaine façon, mon point de vue (sans m’avancer à affirmer connaître ses convictions mais ce qu’elle dit dans ce livre, ce que dit Bleue, me parle totalement). Tout le roman tend vers ça, vers le désir qu’ont les magiciennes d’être non pas supérieures aux mages du Clos mais égales. Et celles qui, parmi elles, les haïssent au point de souhaiter les dominer, en viennent à changer d’avis ou à le regretter d’une façon ou d’une autre. Le message nous parvient d’autant plus fort que nous vivons l’évolution de Bleue qui, de haine et dégoût, en arrive à tempérer ce qu’elle ressent au fil des années. C’est puissant et le fait que l’intrigue s’étale sur une si longue période est un vrai plus, à mon sens.

L’auteure évoque aussi la manipulation de l’Histoire, l’importance de l’esprit critique et du libre-arbitre. Ces thèmes se distillent tout au long du récit et habillent un univers d’une grande richesse. Que ce soit par ses mythes fondateurs ou par la manière dont fonctionne la magie, je trouve que Manon Fargetton parvient à rester classique tout en innovant. Cela vous paraît paradoxal? Lisez les illusions de Sav-Loar, et vous comprendrez.

J’ai dévoré ce pavé en l’espace de trois jours et ç’aurait été plus rapide si je n’avais pas dû m’arrêter pour étudier. L’écriture fluide, enchanteresse, nous happe dans le récit et on passe les pages sans s’en rendre compte. J’ai adoré découvrir chaque ligne de ce récit d’une grande intelligence et lire un roman de fantasy à la fois divertissant et engagé. Je l’ai déjà dit mais à mes yeux, Manon Fargetton est une des meilleures auteures françaises en fantasy de notre époque et les illusions de Sav-Loar confirme mon impression. Je vous recommande très chaudement ce roman qui fut un coup de cœur. À n’en pas douter, il laissera longtemps sa marque sur moi et il appartient à la catégorie des livres que je relirai dans ma vie.

Aeternia (2) l’envers du monde – Gabriel Katz

 

L’Envers du monde est le second tome du diptyque fantasy d’Aeternia, écrit par Gabriel Katz. Ce tome est sorti en 2015 chez Scrineo avant de sortir en poche l’année suivante chez J’ai Lu au prix de 9 euros. Je vous ai déjà chroniqué la Marche du Prophète, livre avec lequel j’ai clôturé l’année 2017 et qui avait presque été un coup de cœur. Le tome 2 l’est, indubitablement !

Nous retrouvons nos personnages où nous les avons laissé. Je ne peux pas en dire trop au risque de spoiler l’intrigue et les rebondissements du tome 1, ce qui serait vous gâcher le plaisir, mais je vais quand même tenter de vous mettre l’eau à la bouche.

Dans le lot des personnages qu’on est content de revoir il y a Varian est fidèle à lui-même et j’ai été vraiment surprise par son évolution. C’est un personnage que je n’appréciais pas trop à la base (non non son prénom n’a rien avoir là-dedans… #pourlahorde) mais qui a su me séduire par, finalement, son humanité dans le sens le plus triste du terme. C’est un personnage compliqué, avec du relief, travaillé juste comme il faut. On se surprend à le comprendre, à croiser les doigts pour qu’il s’en sorte. J’en profite pour mentionner le lieutenant Hoargan, avec qui j’ai eu tout de suite une affinité. Pourtant, c’est un personnage secondaire assez simple qui rentre dans un archétype, mais c’est aussi toute la magie de Gabriel Katz: donner vie à des personnages « comme les autres » au point qu’ils en deviennent remarquables. Et enfin, je ne peux pas terminer cette petite liste sans évoquer Desmeon, qui est officiellement mon personnage préféré de cette saga (avec le chien ♥). Je l’appréciais déjà dans le tome 1 mais ici, c’est lui qui remplace Leth Marek dans le rôle du narrateur « principal » si on peut dire et quel régal ! J’ai adoré chaque étape de son parcours, chaque scène où il était présent, puis ce final… J’en ai encore le cœur qui palpite.

Pour les personnages que j’ai été contente de découvrir, mention spéciale à Mae Nam, la conseillère et riche marchande. Elle m’a plusieurs fois faite sourire (la scène dans la chambre était épique), je la trouve très intéressante et son rapport avec Desmeon est surprenant. Finalement, la dynamique installée entre eux change de ce qu’on a l’habitude de croiser dans ce type de roman et j’ai bien accroché avec elle.

D’ailleurs, parlons un peu du déroulement de l’intrigue en elle-même. Certes, je ne peux pas développer dans le détail mais je trouve que l’auteur a un talent incontestable. Tout s’emboîte à la perfection et pourtant, on ne voit rien venir. Il n’hésite pas à tuer des personnages qu’on ne s’attend pas à voir mourir, à laisser survivre ceux qui devraient y passer, sans parler de, finalement, la conclusion de toute cette sombre affaire (je pense à la scène du port, pour ceux qui ont déjà lu ce roman) qui est… Tellement grotesque, tellement triste à pleurer, et en même temps, c’est une vraie leçon de réalité, faute d’un meilleur terme. J’ai trouvé ça absolument génial, chapeau bas. Il enchaîne les complots politiques, les scènes d’action et de narrations avec un rythme et un équilibre maîtrisé, marque des écrivains talentueux et doués. Niveau thématique, on est dans la continuité du tome 1: les guerres de religion, l’absurdité des croyances qui débouchent sur la violence la plus extrême, la manipulation de masse, les intrigues des courtisans, ce que c’est, finalement, l’humanité… Bref, tout ce que j’aime.

Pour ne rien gâcher, l’écriture de l’auteur est toujours aussi addictive. Les pages s’enchaînent à une vitesse folle, on a du mal à lâcher le roman tellement on est plongé dedans. On tourne, on tourne, on tourne, et on est surpris d’arriver à la fin (ET QUELLE FIN !!), de quitter ces personnages qu’on a appris à aimer et à haïr. Sincèrement, ça me fait quelque chose de me dire que je ne vais pas avoir un troisième tome et d’un autre côté… Aeternia est parfait comme il est.

Je ne m’y attendais pas, mais Aeternia est une série coup de cœur. Je suis vraiment heureuse d’avoir découvert Gabriel Katz, qui est un auteur très talentueux, et j’espère pouvoir lire rapidement d’autres romans de sa plume. Je vous recommande chaudement ce diptyque de fantasy française de grande qualité.

 

L’héritage des Rois-Passeurs – Manon Fargetton

-l-heritage-des-rois-passeurs-607526

L’héritage des Rois-Passeurs est un roman de fantasy francophone publié d’abord chez Bragelonne en grand format puis chez Milady en poche au prix de 8.20 euros. Il a également été disponible en numérique pendant la #GrosseOp ! Il est écrit par Manon Fargetton, une auteure touche à tout qui a indubitablement un réel talent pour l’écriture. Je comprends très bien pourquoi elle a reçu le prix Imaginales en 2016.

J’ignore pourquoi je n’ai pas lu ce roman plus tôt. Rien que le résumé est vraiment alléchant: deux femmes, une native de Rive (notre monde en fait) et l’autre native de l’Ombre (un monde un peu miroir avec une société type médiévale) dont le destin va se croiser. Toutes deux ont des forts caractères, on évoque de la magie, des intrigues politiques, bref, que d’éléments pour attirer mon regard et affaiblir mon petit cœur de lectrice en manque de fantasy, surtout en one-shot. Pourtant, j’ai mis du temps avant de me décider à le lire. Peut-être parce que j’ai le même prénom que l’auteure (quoi, comment ça, c’est pas du tout une raison?) ou peut-être parce que la quatrième de couverture avait justement l’air trop belle pour être vraie. J’allais forcément être déçue…

Et bien pas du tout ! Je vais même aller plus loin: l’héritage des Rois-Passeurs est un coup de cœur.

Tout est bon dans ce roman et je vais commencer par mettre l’accent sur les personnages. Ils disposent tous d’une personnalité unique, ils sont très travaillés, ils sonnent « réels » tous autant qu’ils sont. Leur psychologie est recherchée, crédible, ils ont une véritable âme qu’on ressent à travers des chapitres très hétéroclites où les points de vue se mélangent sans pour autant qu’on soit perdu. Je n’arrive pas à trouver un protagoniste que je n’ai pas apprécié, malgré le fait qu’ils soient tous très différents et, pour une fois, je n’ai pas eu de mal avec les deux héroïnes. Si je préfère Ravenn à Énora, j’ai trouvé cette dernière touchante dans son malheur et dans sa force de caractère pour l’affronter. Son dilemme et son désespoir, toutes les problématiques autour du deuil que l’auteure développe à travers la Passeuse, en font un personnage terriblement humain, à l’instar de ceux qui gravitent dans sa sphère. On s’attache même aux personnages secondaires comme Pelekaï, alors qu’il ne parle pas des masses malgré le fait qu’il soit présent dans l’ombre de Ravenn dans tout le bouquin.

Si les personnages sont une grande qualité de l’héritage des Rois-Passeurs, les thématiques le sont également. J’ai aimé suivre une héroïne attirée par les femmes tout comme j’ai aimé que l’auteure ne censure pas les scènes intimes, sans pour autant tomber dans la pornographie fan-service. Tout est, je trouve, très bien dosé entre les moments intimes, les scènes de combats, les discussions / réflexions politiques, la découverte de l’univers. Et que dire des multiples révélations, rythmée au millimètre pour que l’intérêt du lecteur ne baisse jamais !

L’univers de l’héritage des Rois-Passeurs est riche, très riche. On sent un réel investissement de la part de l’auteure dans sa création. Pourtant, malgré sa complexité, je n’ai jamais été perdue. Sans doute grâce aux petits extraits des chroniques du royaume ou du journal intime de la grand-mère d’Énora, qui nous aident à mieux comprendre ce dont parlent les personnages, les coutumes d’Ombre, les évènements, le pourquoi du comment certaines choses impossibles le deviennent. Ces extraits permettent d’apprendre beaucoup d’éléments sur l’univers sans que le texte ou l’action ne soient alourdi par des explications pourtant nécessaires. C’est une formule que j’ai beaucoup appréciée, le tout agrémenté d’une plume immersive et addictive.

Ce roman a été un coup de cœur et une claque à la fois. Il m’a montré tout le chemin qu’il me restait encore à parcourir en tant qu’auteure et il m’a donné envie de me défoncer pour m’améliorer et arriver un jour au niveau de Manon Fargetton. C’est une auteure que je vais suivre avec un très grand intérêt et je compte bien me procurer les illusions de Sav-Loar, un roman dans le même univers que celui-ci mais tout à fait indépendant de l’héritage des Rois-Passeurs. Je vous conseille vivement de découvrir et cette auteure, et cet ouvrage, vous ne serez pas déçus !