Bläckbold – Émilie Ansciaux

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Bläckbold
est une novella écrite par l’autrice belge Émilie Ansciaux. Publié dans la collection « Névroses » de Livr’S Éditions, vous trouverez ce texte au prix de 12 euros.

De quoi ça parle ?
Matthias est un connard. Un vrai, égoïste, sans considération pour qui que ce soit, salaud jusqu’au bout des ongles. Pourtant, en 2020, une étrange culpabilité le rattrape et il décide de mettre fin à ses jours. Une tentative qui lui coûtera très cher…

À la croisée des genres.
Bläckbold commence de manière très classique en présentant un personnage détestable à qui il va arriver une tuile assez énorme. Alors qu’il tente de se suicider à l’encre de Chine (pourquoi pas vous me direz !), il subit une agression, tue son agresseur sans savoir comment et se fait embarquer dans un univers underground peuplé par des vampires -l’agresseur étant lui-même une de ces créatures. Tout se passe très rapidement, une tatoueuse prénommée Mia lui balance les règles de son nouveau monde, les évènements s’enchaînent aussi vite que le temps, le Temps avec un T majuscule même puisque celui-ci va filer en sauts de plusieurs siècles au détour d’une page, emmenant le lecteur dans un futur dévasté. À ce stade, la novella abandonne le fantastique classique pour un futur post-apocalyptique où on parle de magie, de science-fiction, on ne sait pas très bien.

Tant qu’on est dans la partie fantastique, l’autrice reste très classique en respectant les codes du genre vampirique et même de la bit-lit si on veut se montrer honnête. Bien entendu, elle apporte une forme d’originalité sur la manière dont on devient un vampire et sur l’autorégulation plutôt intelligente de cette population. C’est bien mais ça ne me suffit pas en tant que lectrice car j’ai été lassée par ce genre littéraire qui a du mal à se réinventer (à quelques notables exceptions). À mon goût, c’est vraiment dans la seconde partie de l’intrigue que Bläckbold gagne en intérêt, quand on se retrouve avec un vampire propulsé dans un univers post-apocalyptique où il reste quelques humains à peine qui se mangent les uns les autres (et procréent juste dans ce but). C’est sale, écœurant, la mise en place à ce stade fonctionne assez bien.

C’est flou et ça va (trop) vite.
Voilà ce que je me suis dit en lisant Bläckbold. La novella compte 128 pages au format papier et il s’en passe des choses ! On cligne à peine des yeux qu’on se prend des ellipses énormes sur le coin de la figure, les décors changent, Matthias évolue, de nouveaux protagonistes arrivent, c’est presque le résumé d’un roman qui aurait pu, aurait du, être plus long, plus dense, plus travaillé. J’ai eu un goût de trop peu. De frustration. Y’avait un tel potentiel !

Puis vient la fin. Et là, attention, je suis obligée de divulgâcher salement le twist pour appuyer mon propos donc arrêtez de lire à partir d’ici si vous voulez garder la surprise.

/!\ JE DIVULGÂCHE À PARTIR D’ICI. /!\
Au début de l’histoire, Matthias apprend quelques éléments de la mythologie vampire, notamment qu’il y a Sept immortels à l’origine des gens comme lui (eux-mêmes engendrés par un frère et une sœur à présent disparus). Sauf que lui, il est spécial. Un immortel a couché avec sa mère, donnant naissance à une sorte d’hybride, ce dont Matthias n’avait pas conscience avant qu’un vampire n’essaie de le bouffer, entrainant sa combustion spontanée. Bah oui, on ne se mange pas entre membres de la même espèce. Matthias a dans l’idée de retrouver les Sept pour poser ses questions et Mia veut l’emmener sauf qu’elle se fait assassiner par un envoyé des Sept, ce qui gonfle bien Matthias. Il décide donc, plutôt que de parler avec eux, de les tuer. Sauf qu’il faut encore les trouver et ça prend des plombes, d’où les ellipses.

Je schématise ici hein.

Vous me direz, ça continue d’aller beaucoup trop vite et vous avez raison. SAUF QUE ! Matthias est finalement capturé par les Sept et on se rend compte qu’il sert en réalité de divertissement pour eux. Il est enfermé pendant des millénaires dans un dispositif qui permet de « reboot » sa vie selon une suite de codes visuels, lui faisant revivre des morceaux, changer carrément d’orientation en fonction de son humeur, provoquer des avances rapides, ce qui justifie alors toute la narration précédente et ce sentiment de décalage qu’on ressent !

Le procédé est ingénieux, original mais risqué. Si ça n’avait pas été un roman d’Émilie Ansciaux, je n’aurais probablement pas été au bout malgré son petit nombre de pages car je ressentais un certain agacement au départ entre l’aspect classique et les avances trop rapides de l’intrigue. C’est donc un roman à lire jusqu’à la toute dernière ligne pour le juger dans sa totalité. On peut saluer l’idée, l’originalité, mais je pense que ça aurait pu être davantage abouti parce que même en ayant connaissance du twist, je continue à regretter la cinquantaine de pages manquantes.

/!\ JE NE DIVULGÂCHE PLUS À PARTIR D’ICI. /!\

Matthias, le roi des connards.
Autre prise de risque de la part de l’autrice : proposer un personnage principal vraiment détestable. Il est marié à une femme qu’il laisse se prostituer en lui ponctionnant en plus une partie de ses revenus. Il a provoqué la mort de son père dans un accident alors qu’il était lui-même bourré et s’est contenté de lui piquer son portefeuille au lieu d’appeler une ambulance. Il regarde les femmes comme des objets, semble avoir des tendances homophobes (si on en juge à ses réactions avec Phil) bref c’est typiquement le genre de type qu’on a envie de claquer tête la première sur un trottoir avec, de préférence, une crotte de chien sur le trajet de ses dents.

Du coup, on lit ce livre en attendant qu’il lui arrive un truc horrible en mode retour de karma. C’est une expérience assez différente de mes habitudes et ça m’a vraiment plu de la vivre. Là-dessus, l’autrice a bien géré et elle propose vraiment un roman différent, à considérer d’une manière différente.

De plus, ça peut paraître bête mais le personnage est belge et l’action de 2020 (en plus d’une partie de celle dans le futur) se déroule à Mons, ville où réside l’autrice. J’apprécie cet aspect local original qui permet de développer la littérature imaginaire belge.

La conclusion de l’ombre :
Bläckbold est une novella à la croisée des genres un peu OLNI sur les bords. L’autrice raconte l’histoire de Matthias à la première personne, un personnage qui va évoluer à travers les millénaires, empruntant à la tradition du vampire avec quelques touches originales et en la mêlant au post-apocalyptique / à la science-fiction. Son antihéros à 100% détestable entraine le lecteur dans une expérience différente et exacerbe les instincts sadiques de chacun dans l’attente qu’un évènement horrible lui tombe dessus. Si je regrette quelques éléments dont la rapidité avec laquelle Émilie Ansciaux exploite ses bonnes idées, je me sens dans l’ensemble satisfaite de ma découverte et je recommande ce texte à ceux qui ont envie de sortir de leur zone de confort !

D’autres avis : FungiLumini – vous ?

UP / La Mélodie – Émilie Ansciaux

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La Mélodie
est une novella fantastico-horrifique écrite par l’autrice belge Émilie Ansciaux et illustrée par l’artiste français Chris Weyer. Édité par Livr’S Éditions, vous trouverez ce texte court dans la collection Névrose (et non plus Suspense comme auparavant) au prix de 10 euros.

J’ai lu ce roman un mois avant d’ouvrir le blog (donc en avril 2017 sur le retour de Trolls et Légendes, je m’en rappelle très bien) et je me promets depuis tout ce temps de réactualiser mon avis posté sur booknode afin que vous puissiez en apprendre plus sur la Mélodie. L’approche d’Halloween me pousse à ne plus repousser au lendemain. Mais de quoi ça parle ?

Un homme achète une maison dans laquelle il emménage. Tout se passe bien, jusqu’à ce qu’il commence à entendre une drôle de musique…

Et non, je ne vais pas plus loin, au risque de divulgâcher le contenu.

Quand j’ai commencé à lire cette novella, j’ai cru qu’on m’avait fait une mauvaise blague tellement c’était… Plat. On y rencontre un homme qui vient de déménager, qui défait ses cartons, dans un style de narration à la première personne. Il nous explique son avancée, son petit drame personnel, mais en soi… Cela me semblait absolument quelconque, sans grand intérêt. Erreur ! Quelle erreur ! Si l’autrice commence de cette manière, c’est uniquement pour instiller un faux sentiment de sécurité, de banalité. Parce que tout ce qui arrive derrière est loin d’être du déjà-vu. Je ne m’attendais absolument pas à une histoire de ce genre et j’ai été très agréablement surprise.

Et même… Je l’avoue… Un peu dégoûtée par moment. Pari réussi ! Certaines scènes décrites sont juste immondes, sans que ça soit trop poussif. Un équilibre a été trouvé entre les mots et l’imagination du lecteur, qui fait que ce roman court est très bon et ne tombe pas dans l’horreur gratuite. Tout un exercice de style.

L’écriture de l’autrice est agréable, familière, pour coller justement à la psyché de ce personnage masculin. J’ai noté quelques répétitions au fil du texte, qu’on peut pardonner justement à cause du choix narratif effectué par Emilie Ansciaux. On ne s’exprime pas de la même manière quand on utilise un narrateur interne. En tout cas, son écriture est immersive et franche.

Une surprise, voilà ce qu’a été, pour moi, la Mélodie. Je n’avais encore jamais rien lu de l’autrice avant ce texte et il reste encore à ce jour mon favori. Si vous recherchez une lecture glaçante pour accompagner votre mois d’octobre, cette novella fantastico-horrifique de 90 pages est faite pour vous. Âmes sensibles s’abstenir !

Le puits des âmes – Emilie Ansciaux

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Le Puits des Âmes est un roman de type fantastique écrit par l’auteure belge Emilie Ansciaux et publié chez Livr’s Éditions en septembre 2017. Il est disponible en papier au prix de 18 euros, ainsi qu’en numérique en promotion pour le moment à 99c.

Ce roman nous raconte l’histoire d’Alénor, une étudiante capable de voir les fantômes. Tous? Pas vraiment, juste ceux qui sont enfermés dans le puits au fond de son jardin et plus particulièrement Dany (oui moi aussi j’ai eu la chanson en tête, mais on ne va pas en parler), qui est devenu, au fil des ans, un ami très proche. Tout va basculer quand elle avouera sa particularité à son petit ami, Simon -qui le prendra très mal- et quand elle se rapprochera du mystérieux Gin. Pour un simple aveu, la vie d’Alénor va basculer complètement et l’entrainer dans une course contre la montre dont les enjeux sont plus importants qu’elle ne le croit.

Avant d’aller plus loin, je dois préciser que je ne suis pas le public cible pour ce roman, je l’ai rapidement compris. J’ai trop lu de littérature fantastique, ce qui, finalement m’empêche d’apprécier un ouvrage comme celui-ci. Cela ne signifie pas qu’il est mauvais (sinon je ne vous en parlerais pas ici, vous connaissez ma ligne éditoriale) mais simplement que, sur un plan personnel, je n’ai pas été convaincue et j’ai mis un moment à comprendre pourquoi.

En fait, ce roman n’est pas vraiment un roman. C’est surtout une fable philosophique qui nous invite à réfléchir sur la notion de bien et de mal, de sacrifice et d’humanité dans son ensemble. Sur les choix et les conséquences qu’ils ont, sur le concept de destin et l’incidence du religieux dans notre vie. Cette approche justifie alors les personnages archétypaux, qui ont des traits de caractère grossis dans ce but, car chacun d’eux représente quelque chose de précis, qui transcende son existence propre, comme un péché ou un concept. C’est un parti pris esthétique qui séduira certains lecteurs, dont je ne fais certes pas partie mais et alors? Cela ne le rend pas moins intéressant et osé, au sein d’une littérature devenue (trop) formatée. De même, cela justifie que l’on devine facilement certains tournants de l’intrigue. Je vous rassure, pas tout. Il y a des choses qui m’ont surprise de manière plutôt agréable.

Et parmi elles, je dois évoquer l’univers en lui-même. J’ai beaucoup apprécié la façon dont l’auteure a créé ce monde autour du nôtre, a organisé l’Enfer et le Paradis comme deux entreprises très codifiées, jouant avec les clichés éparpillés partout en littérature fantastique pour les adapter à sa sauce. D’ailleurs, j’ai bien aimé le personnage de Jali, j’ai trouvé qu’il sortait du lot et ça m’a amusée de découvrir l’organisation du Paradis à travers lui.

Le Puits des Âmes n’est pas un roman qui vous transcende par ses thématiques, relativement classiques dans ce type de littérature, pourtant il accroche. Phénomène difficilement explicable, on lit les pages sans les sentir passer et on arrive rapidement à la fin, en se demandant où donc se cachent les 241 pages. On roule parfois les yeux avec un sourire indulgent devant les traits ou les actions poussés à l’extrême de certains personnages, mais on passe un bon moment et c’est parfois tout ce qu’on attend d’un livre. D’autant que celui-là a l’avantage d’être bien écrit, bien corrigé, bien travaillé. Certains trouveront l’intrigue et le dénouement trop rapides. Ce qui peut être vrai, mais le Puits des Âmes est un texte nerveux et dynamique, c’est une de ses qualités et c’est quelque chose que j’apprécie, sur un plan personnel.

En bref, Le Puits des Âmes est un ouvrage fantastique classique dans sa construction et son intrigue mais qui conviendra parfaitement aux novices du genre ou à un public plus jeune. N’hésitez pas à vous lancer dans sa découverte! Et surtout, réfléchissez quelques instants dessus, une fois votre lecture terminée. Il renferme plus de richesses qu’il ne le laisse penser au premier abord.