Kayla Marchal #3 La Source – Estelle Vagner

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La source
est le troisième et dernier tome des aventures de Kayla Marchal, une trilogie d’urban fantasy proposée par Estelle Vagner. Publiée aux Éditions du Chat Noir, chaque tome coûte 19.90 euros.

Je vous ai déjà parlé du premier et du deuxième volume de Kayla Marchal. En relisant mes chroniques pour me remettre dans le bain, je me rends compte que je n’ai pas grand chose de plus à dire sur cette saga. Dans le sens, rien d’inédit. Estelle Vagner reste constante dans la qualité de ce qu’elle propose et c’est déjà, je trouve, un bon point à souligner ! Trop souvent j’ai été déçue par un dernier tome qui me donnait le sentiment d’avoir été bouclé à la va-vite, sans le soin nécessaire à sa réalisation. Du coup, ce fut une bonne surprise dans l’ensemble.

Nous retrouvons Kayla et sa joyeuse bande en route vers les pays de l’Est afin de trouver la fameuse source du pouvoir, qui lui permettra de vaincre Aymeric et libérer les (poly)morphes de son joug tyrannique. Se sachant proche de sa fin, Kayla a préféré abandonner son âme sœur en pensant le préserver et ses derniers mots la hantent… Voici où nous en sommes et je ne vais pas vous en dire davantage afin de vous garder la surprise.

À ce stade, les lecteurs aguerris habitués du blog auront peut-être eu les poils qui se dressent. Alerte, une quête beaucoup trop classique ! Double alerte: UNE ROMANCE QUI TOURNE MAL ! Vite, fuyons ! Et bien non, restez ici, ça vaut la peine d’aller au bout bon sang.

Sur le fond, l’intrigue proposée par l’autrice reste classique, on ne va pas se mentir. C’est une quête millénaire au nom d’une divinité afin de réparer une faute commise. Une quête qui va nécessiter un terrible sacrifice de la part de Kayla. Si quelques points restent prévisibles, le dynamisme de l’action nous le fait facilement oublier. Estelle Vagner opte pour un rythme à 200 à l’heure (comme d’hab !) dans le déroulement de son histoire, ce qui est très agréable. Du coup, les 300 pages du roman se lisent presque d’une traite. Dans mon cas, c’est parce que je l’ai commencé en soirée après une journée de boulot, sinon je crois que j’aurai tout lu d’un coup sans vraiment m’en rendre compte.

Ce rythme, l’autrice l’installe aussi par son style d’écriture à la première personne. Petite nouveauté pour ce tome, nous ne suivrons pas uniquement Kayla ! J’ai été surprise de le découvrir et ça m’a fait plaisir d’avoir un peu le point de vue de Jeremiah, Jade et Max sur la situation. Cela permet de mieux connaître ces protagonistes, autrement qu’à travers le jugement ou les yeux parfois biaisés de Kayla. C’est l’inconvénient, évidemment, d’une narration à la première personne mais Estelle a trouvé la parade et c’est tant mieux. Encore une fois, je n’en dis pas davantage, vous le verrez par vous-même.

La mythologie inventée par Estelle continue de se compléter. Évidemment, on a déjà le plus gros avec les deux tomes précédents mais les pouvoirs que Kayla acquièrent sont sympas, surtout sa nouvelle forme ! J’ai été assez surprise que ça soit possible mais après tout, pourquoi pas. Je le rappelle, nous avons un roman d’urban fantasy qui se passe EN FRANCE, est écrit par une autrice FRANÇAISE avec une mythologie ORIGINALE qui met en avant des personnes capables de se transformer en animaux (mais oubliez le terme « garou », on les appelle des morphes !). J’en avais déjà parlé dans ma chronique du premier tome, mais ça me botte toujours autant, comme démarche.

Alors, je parle du dernier tome d’une trilogie… Est-ce que j’ai aimé la fin? Oui et non, mais c’est surtout une question de goût. Comme j’ai envie d’en parler et de potentiellement débriefer avec les lecteurs de ce tome 3, voici un petit passage de spoil, surlignez le texte pour en savoir plus : En règle générale, les happy end me gonflent parce qu’ils manquent de logique et qu’on sent derrière une démarche trop fan-service. Ici, l’autrice a été plutôt cruelle avec ses personnages pendant tout le roman et a gardé une logique dans le développement psychologique de son héroïne. J’ai particulièrement aimé les différentes phases par lesquelles Kayla passe en sachant son heure venue. Quand Kayla meurt, elle se réincarne une nouvelle fois, persuadée d’avoir été trahie par Max. On rencontre donc Lexie, qui va retrouver Jeremiah, Jade et Shahin, être obligée de tuer Max pour réparer ses propres fautes… En fait, si ç’avait été moi, je me serai arrêtée au fait que Kayla se sacrifie pour tuer Aymeric en pensant avoir été trahie et que tout le plan de Max tombe à l’eau, donc presque quatre-vingt pages avant la fin. Là, ouais, j’aurai été hyper satisfaite du culot de l’autrice et de cette « fin heureuse » en demi-teinte. En fait, on est en plein dans ce que j’appelle un « complexe harry potter ». D’autant que sincèrement, le plan de Max, je l’ai trouvé assez bancal, d’où les réserves que j’ai sur la globalité de cette fin. Toutefois, ce que propose Estelle Vagner respecte les codes du genre dans lequel elle écrit et surtout le public auquel elle s’adresse ! Public qui n’est pas du tout moi, à l’origine, rappelons le. Et ça ne m’a pas empêché d’aimer cette lecture.

Pour en revenir à la chronique en elle-même, je vais conclure en disant que Kayla Marchal est une saga d’urban fantasy de qualité typiquement « chat noir ». Elle ne révolutionne pas le genre et on ne lui demande pas, de toute façon. C’est un bon divertissement qui permet de passer un agréable moment dans un univers construit avec une héroïne de caractère et une part d’humour bien dosée. Dans le genre lecture détente, c’est pile ce dont j’avais besoin pour le moment ! Une autrice à découvrir que je recommande chaudement aux adeptes du genre. Ça vaut la peine de se lancer.

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Bookhaul #2 – Aventuriales de Ménétrol

Bonjour tout le monde !
Il y a une semaine jour pour jour, j’étais aux Aventuriales de Ménétrol. Et vous, je suis sûre qu’en cet instant, vous êtes aux Halliénnales, pas vrai? 😉 Vous avez bien raison ! J’aurai aimé être des vôtres mais la remise des diplômes n’attend pas. Enfin, il paraît. Bref, j’ai acheté quelques romans qui sont venus garnir ma PàL. Cette dernière avait, récemment, bien trop diminuée à mon goût… Il était temps de la nourrir un peu.

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Comment le dire à la nuit ? – Vincent Tassy (Chat Noir)
Cœur Vintage – Cécile Guillot (Chat Noir)
La fille qui tressait les nuages – Céline Chevet (Chat Noir)
Les nuages de Magellan – Estelle Faye (Scrineo)
Le bâtard de Kosigan #4 – Fabien Cerutti (Mnémos)

Il s’avère que je n’avais pas prévu d’acheter autant. Mais les éditions du Chat Noir ont eu leurs nouveautés en avant première (d’ailleurs si vous êtes aux Halliénnales, profitez-en !), idem pour Scrineo avec le dernier Estelle Faye. Du coup, ça a été la catastrophe pour mon portefeuille… Heureusement, le tome 4 de ce cher Bâtard de Kosigan est un service presse. Je remercie d’ailleurs chaleureusement Mnémos pour sa confiance 🙂

Voilà, vous vous attendiez à pire n’est-ce pas? Et vous pensez sûrement que je fais une montagne de pas grand chose. Que cinq livres, tout ça tout ça… J’apprends à être raisonnable figurez-vous ! Oui, on en reparle après le prochain salon 😛

Et vous, quels sont vos achats récents? 🙂

Palimpsestes #3 Anachronisme – Emmanuelle Nuncq

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Anachronisme
est le troisième tome de la trilogie fantastique Palimpsestes proposée par l’autrice française (mais résidente belge) Emmanuelle Nuncq. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 19.90 euros. Si cette saga vous intéresse, il existe également un pack comprenant les trois tomes.
Ce livre entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Palimpsestes est une trilogie fantastique, donc, sur le thème du voyage dans le temps qui se situe à la fin du 19e, début du 20e siècle. Dans le premier tome, nous suivons Clara et Samuel qui assistent à des évènements incroyables en plein milieu du Louvre: des scènes du passée surgissent de manière aléatoire depuis le début de l’exposition consacrée à Delphes. Clara, étudiante en art et Samuel, guide au musée, vont chercher à dénouer les fils de ce mystère. Le second tome nous en apprend davantage sur l’histoire de cette statue de la Pythie dont tout part et le troisième se concentre sur Louise, la fille de Clara, qui manifeste des pouvoirs semblables à ceux de la statue. Sa famille décide de garder le secret mais celui-ci éclate malgré tout, ce qui déchaine les passions. Autant du peuple que des politiciens qui ont tôt fait de monter la mission Kairos…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette saga sur le blog puisque j’ai lu les deux autres tomes avant l’ouverture. Je garde du premier un souvenir assez agréable, une lecture détente pleine de références historiques. Et du second celui d’un roman de voyage qui m’a un peu rappelé des films d’aventure que j’aimais regarder plus jeune. Plus on avance dans la trilogie et plus le ton s’assombrit, ce qui n’est pas un mal en soi puisque les enjeux deviennent plus importants également. À mes yeux, la grande force de ce roman se situe dans l’amour qu’a l’autrice pour l’Histoire. Il se ressent à chaque page, à chaque référence, ce qui transforme Palimpsestes en œuvre très riche. Surtout aux yeux de ceux qui, comme moi, sont férus d’Histoire.

Un autre point positif, ce sont les personnages. Dans le premier tome, j’avais beaucoup apprécié le tempérament de Clara. Là où certains la trouvaient illogique et désagréable, je découvrais une femme forte qui sait ce qu’elle désire et qui aime profiter de la vie. Quand elle prend des décisions, elle assume et ce même si elle se pose toujours des questions. Emmanuelle Nuncq nous dépeint des femmes toutes en nuance qui sont assez réalistes, elle ose dire les choses au lieu de les magnifier bêtement. Cela trouve un écho en moi, en tant que personne.
L’héroïne de ce tome-ci ne fait pas exception. Louise est beaucoup plus naïve que sa mère, plus jeune aussi et plus sensible, pourtant elle est parvenue à me toucher. J’ai vraiment apprécié son évolution et les rapports qu’elle entretenait avec les différents membres d’équipage, ainsi qu’avec sa famille. Quant aux derniers chapitres… Je ne veux pas spoiler mais j’ai été touchée par les choix narratifs de l’autrice qui donnent à Palimpsestes un côté plus mâture et plus réaliste. Ça m’a vraiment beaucoup emballée et a rehaussé encore davantage mon attrait pour ce livre, lu (ou plutôt dévoré) en une journée.

L’intrigue bien ficelée quoi que prévisible par moment permettra aux lecteurs de se questionner sur tout un tas de thématiques propres à l’exploitation du voyage dans le temps (mais pas que). Si cela ne révolutionne pas le genre, Emmanuelle Nuncq dispose toutefois d’une sensibilité qui nous font prendre à cœur ces interrogations. Doit-on modifier l’Histoire si on en a la possibilité? L’être humain peut-il se contenter d’observer sans toucher? Qui a le droit de vivre ou de mourir? Qui sauverait-on si on le pouvait? Et quelles conséquences cela aurait? Comment la meilleure volonté du monde finit-elle pervertie de la sorte? Quelle est la place du savoir dans notre société? De la culture? J’ai trouvé ce troisième tome très engagé à ce niveau, ce que j’ai énormément apprécié puisque ce n’est pas si courant.

Pour résumer, Anachronisme conclut avec brio une trilogie qui va crescendo sur la thématique du voyage dans le temps. Les amoureux de l’Histoire y trouveront forcément leur compte ainsi que les adeptes du steampunk léger et des romans de voyage. Pour ne rien gâcher, l’autrice aborde énormément de thématiques liées à des questionnements culturels et sociaux qui raviront les lecteurs adeptes de textes plus engagés. J’ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Morgenstern et je recommande chaudement la lecture de cette trilogie.

Focus – Marianne Stern

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Dans le cadre du Mois de l’Imaginaire, j’ai envie de vous présenter des auteurs francophones parfois trop peu connus, qui appartiennent à de petites maisons d’édition et qui valent, selon moi, vraiment la peine d’être lus. Trollée impitoyablement par facebook et persuadée que nous étions le jour de l’anniversaire de Marianne Stern, je me proposais de commencer par elle en guise de surprise… Il s’avère donc que je suis victime d’une odieuse manipulation mais ce n’est pas très grave, ça permet à l’auteure de rester fidèle à elle-même. Vous allez comprendrez en lisant… (Je précise, je le dis avec tout mon amour !)

Commençons par quelques éléments biographiques, tirés du site internet de son éditeur: Physicienne de formation, Marianne a changé de voie en cours de route pour rejoindre ses véritables passions, l’aviation et les machins volants. Lorsqu’elle a du temps à disposition, elle écrit, fait fumer ses guitares, ou écoute du heavy metal. Avide de lecture depuis toujours, elle collectionne chaque livre qu’elle dévore au point de ne plus savoir ou les entreposer. Sa prédilection va au fantastique, à la science-fiction, ainsi qu’à quelques thrillers militaires peu recommandables. Fascinée par les nuages, c’est bien souvent dans le ciel qu’elle puise son inspiration ; elle pilote d’ailleurs son propre vaisseau pour mieux s’en rapprocher.

Marianne est une passionnée de l’aviation et de l’armée, cela se ressent dans ses écrits. Outre le diptyque 1993 et 1999 (qu’on lira en « belge » parce que j’aime bien tendre le bâton pour me faire battre (private joke avec son impitoyable éditeur)) publié aux éditions Voy’el, une uchronie rondement menée sur la fin de la guerre froide où cela se ressent dès la 4e de couverture, on le remarque également assez vite dans sa saga des Mondes Mécaniques, avec laquelle j’ai pu la découvrir ! Mais faisons les choses dans l’ordre…

J’ai acheté Smog of Germania au Dormantastique de Juillet 2015, à la base pour l’offrir à mon compagnon. Enfin, je lui ai bien offert, il trône fièrement en me narguant dans sa bibliothèque (Ô supplice) mais j’en ai profité pour le lire au passage et j’ai été bluffée par ma lecture. Une divine noirceur au bout d’une plume, un univers steampunk étouffant qui prend aux tripes, des personnages sales qui s’animent dans une grotesque mascarade, ce fut mon coup de cœur de l’année 2015, aux côtés de la Geste des Exilés de Bettina Nordet (mais on y reviendra dans un autre focus). Frustration de devoir attendre mars 2017 pour lire la suite, à savoir Scents of Orient ! Quand je parle de suite, je m’avance peut-être un peu… L’avantage avec l’univers des Mondes Mécaniques, c’est que chaque tome peut se lire de manière plus ou moins indépendante. On comprend mieux certains détails en ayant lu Smog mais ce n’est pas non plus fondamentalement obligatoire. Donc, Scents, disais-je, partait mal… Il se déroule en Inde (pas mon pays préféré) et le personnage pour qui j’avais eu un coup de cœur monumental dans l’opus d’avant risquait de ne pas être présent. Heureusement, j’ai su apprécier la chaleur moite des Indes presque autant que le smog de Germania. J’y ai retrouvé tous les éléments qui me plaisaient dans le premier tome, avec une intrigue rondement menée, de l’action bien dosée, et des personnages tous attachants à leur manière. Et Maxwell, mon petit amour.

Marianne a également écrit les chroniques d’Oakwood, sorte de roman court à mi chemin avec le recueil de nouvelles. C’est une œuvre difficile à classer mais que j’ai adoré par son ambiance résolument gothique et fantastique. J’y ai retrouvé ce que j’aimais chez Marianne, à savoir son côté sadique et la manière dont elle met si bien en scène la noirceur humaine. Je lui ai découvert un côté poésie macabre bien plus marqué que dans Smog, ce qui a su me séduire et me convaincre que j’étais face à une auteure talentueuse qui sait s’illustrer dans plus d’un genre.

Par contre, si Marianne est très douée pour mettre en scène les hommes, elle l’est moins avec les femmes. En fait, la seule fille que j’apprécie vraiment chez elle, c’est Anya, la pilote qu’on retrouve dans l’Échappée Rouge (le fameux 1993). Ce n’est pas un défaut en soi, d’autant que la majorité des héroïnes de roman me tapent sur le système de toute façon. Mais ça vaut la peine d’être précisé, surtout si, comme moi, vous n’y voyez pas vraiment un point négatif. A chacun nos forces et nos faiblesses ! Et des forces, Marianne en a beaucoup. Outre son imagination retorse et cruelle (mais si, c’est une force !) elle dispose d’une plume personnelle, incisive et immersive. Elle nous atteint, nous touche, nous blesse en gravant au cœur sa marque indélébile. J’espère qu’elle laissera la même sur l’histoire littéraire de notre époque, car elle le mérite.

Notez aussi que, depuis mars de cette année, Marianne est également disponible en poche chez Hélios (Mnémos) avec Smog of Germania. Une manière de découvrir son univers, à petit prix ! Elle a également participé à deux anthologies que vous pouvez retrouver aux Éditions du Chat Noir et que je compte me procurer bientôt: Montres Enchantées et Bal Masqué, où elle côtoie d’autres auteurs talentueux.

En bref et si ce n’était pas encore assez clair, Marianne Stern compte parmi mes auteures favorites, je l’ai d’ailleurs déjà dit dans une interview, il y a quelques semaines (et comme j’ai tendance à le radoter souvent…). C’est quelqu’un que j’estime, elle est talentueuse et modeste, parce qu’elle n’a pas, je crois, conscience d’à quel point elle est douée. Si vous aimez le steampunk, les ambiances sombres, les complots aux intrigues tordues et les personnages masculins marquants, cette auteure est faite pour vous. Découvrez ses romans de toute urgence !

Je vous encourage à profiter de sa présence ce 7 octobre 2017 aux Halliénales pour aller à sa rencontre et plonger dans son univers, sur le stand des Éditions du Chat Noir !

Lake Ephemeral – Anya Allyn

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(c) Miesis

Lake Ephemeral est un roman d’origine anglophone sortit en février 2017 aux éditions du Chat Noir. Il a été écrit par Anya Allyn et traduit par Vincent Tassy, l’auteur de l’excellent Apostasie. Cette œuvre est disponible en papier et en un seul volume pour le prix de 19.90 euros. Il appartient à la collection Cheshire, qui rassemble les romans young-adult.

La première fois que j’ai vu un post au sujet de Lake Ephemeral, c’était pour annoncer sa sortie et je suis tombée amoureuse de la couverture, illustrée par la talentueuse Miesis dont je vous recommande le travail. Par contre, j’ai déchanté en lisant le résumé, certaine que ce n’était pas du tout mon type de lecture. Un peu déçue, je me suis dis que ça ne valait pas vraiment la peine de faire l’investissement… Mais à force de voir de bonnes chroniques, de constater que des auteurs en qui j’ai confiance en terme de goûts littéraires le conseiller, et après que les éditeurs eux-mêmes m’aient bien vendus l’histoire (avec promesse de pouvoir assommer l’éditeur en question avec le roman susnommé (qui est bien épais forcément) si ça ne me plaisait pas :3) je me suis lancée !

Toutefois, à l’instar du Club des punks contre l’apocalypse zombie, j’ai mis du temps avant d’ouvrir ce roman. J’ignore pourquoi ça m’est subitement venu il y a deux jours… Par contre, une chose est sure: je regrette de ne pas l’avoir lu plus tôt !

Lake Ephemeral est une véritable surprise. Dès les premières pages, je me suis retrouvée happée dans un univers unique par la plume gracieuse et poétique de l’auteure, magnifiquement traduite par Vincent Tassy. N’ayant pas lu en anglais, j’ignore quelle part il y a du traducteur dans le texte mais sincèrement, cette manière d’écrire est addictive, elle nous attire, comme des papillons vers la lumière, et on se brûle rapidement les ailes. Comprenez qu’on a du mal à refermer le livre, tant nous sommes immergés dedans. C’est un roman très addictif et on ne le devinerait pas en lisant la quatrième de couverture.

Lake Ephemeral est loin du type de roman que je lis d’habitude. Je suis surprise d’avoir autant apprécié cette histoire hors du commun et je suis frustrée de ne pas pouvoir développer plus précisément son contenu, ou même le classer dans un genre précis. Malheureusement, si je le fais, je risque de vous spoiler l’histoire tant l’intrigue est complexe, bien ficelée, bien menée. Je n’ai pas envie de vous gâcher toutes les surprises contenues dans ce livre vraiment spécial, ce serait injuste pour vous ! Notez qu’il y a évidemment quelques raccourcis scénaristiques, mais rien de bien méchants. L’intrigue reste très originale, rythmée et douce à la fois, elle dénote une véritable maîtrise de la part de l’auteure.

Notez que pour ne rien gâcher, l’objet en lui-même est très beau. S’il n’est pas parsemé d’illustrations comme Souvenirs Volés, chaque page est décorée d’un bel effet qui rappelle les papillons, et chaque partie nous est joliment présenté avec une mise en page particulière créée spécialement pour le roman. En prime, les papillons en relief sur la couverture rendent vraiment très bien et font de ce livre un bel objet à posséder.

Pour résumer en quelques mots, Lake Ephemeral est un roman étonnant, mené par la plume exquise d’une auteure talentueuse. C’est un récit poétique qui force à réfléchir sur la condition humaine à travers des personnages attachants, sur fond de paradis idyllique empoisonné. Lake Ephemeral est un coup de cœur que je recommande chaudement. Attendez-vous à être surpris !

Diabolus in musica – Celine Rosenheim

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(c) Mina M.

Diabolus in musica est un roman fantastique horrifique écrit par Céline Rosenheim et publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre. En format papier, il coûte 14.90 euros et il est actuellement en promotion numérique à 1.99 euros sur toutes les plateformes. Personnellement, j’ai profité de cette occasion pour le découvrir ! Il me faisait de l’œil depuis un moment mais allez savoir pourquoi je n’avais jamais sauté le pas.

Nous rencontrons Yann, un jeune homme qui termine sa thèse en littérature allemande, plutôt introverti et surtout, fan de black metal. Il joue dans un groupe (Totentaz) et a des projets musicaux plus personnels (Sjel). Il ne se sent pas à sa place dans son époque, il souffre très clairement d’un profond mal du siècle qui se ressent dans tout le récit, écrit à la première personne du singulier. A travers lui, nous plongeons tête la première dans la scène black metal underground française et c’est un élément que j’ai particulièrement apprécié parce que c’est très rare dans les romans. Cette ambiance est bien maîtrisée, réaliste, on sent que l’auteure y appartient probablement elle-même.

Le mode de narration n’est pas perturbant en soi parce que je n’ai rien contre les récits à la première personne, mais il risque de déplaire à ceux qui sont habitués à ce type de narration dans la littérature urban fantasy. Yann est un personnage mélancolique, acerbe, parfois hautain, il me rappelle ces héros romantiques allemands que j’ai tant aimé. On sent l’influence de cette littérature sur le récit de Céline, mais également des thèmes récurrents dans le black metal: le mal, la mort, les ténèbres, mais aussi les légendes anciennes issues des croyances païennes presque oubliées. Pour preuve, je n’avais jamais entendu parler des Empfand avant de lire ce roman et j’ai trouvé l’interprétation réellement intéressante.

Yann nous raconte un morceau de sa vie, après que les évènements en quoi se soient déroulés. En effet, un drame est en train de se jouer dans cet univers particulier et relativement fermé qu’est celui du black metal. Un musicien se suicide, une autre se fait agresser et tout cela n’a rien de très naturel, ses pouvoirs lui permettent de le ressentir. Il compte bien utiliser son don pour chasser l’aura maléfique qui plane au-dessus de ses amis, par crainte d’être le prochain sur la liste. Le fantastique est bien présent dans ce récit mais « à l’ancienne ». On ne croise pas des créatures surnaturelles à tous les coins de rue, Yann pense en être une mais même s’il se qualifie lui-même d’Empfand, rien n’est certain pendant plus de la moitié de l’histoire.

Dans ce roman, j’ai tout particulièrement apprécié l’univers. On sent que l’auteure est non seulement fan de cette musique mais qu’elle s’y connait en la matière. Je ne serais pas surprise d’apprendre qu’elle joue elle-même d’un instrument, si pas dans un groupe. Elle ne nous engloutit pas sous des termes techniques mais on ressent sa passion et son engagement à travers le personnage de Yann, des groupes qu’elle cite, des interrogations qu’elle propose sur les sujets, des thématiques qui ont l’air de lui tenir à cœur. C’est quelque chose qui me parle car même si je n’écoute plus beaucoup de black metal à l’heure actuelle (je suis dans ma période metal asiatique et allemand (ne cherchez pas une logique entre les deux, il n’y en a pas !)) j’ai souvent apprécié des musiques peu connues, peu commerciales, qui récoltent souvent des regards crispés ou de l’incompréhension quand on essaie d’en parler avec quelqu’un. J’appartiens à un milieu que la société juge et juge mal, du coup je n’ai eu aucun problème à m’identifier aux divers thèmes abordés par l’auteure. J’ai particulièrement aimé la discussion dans les catacombes (je ne précise pas davantage pour ne pas spoiler ceux qui n’ont pas lu) qui était, à mon sens, un élément clé et un débat intelligent toujours d’actualité aujourd’hui.

Une lecture agréable, donc, mais qui n’est pas un coup de cœur pour autant. Si Céline a un véritable talent pour l’écriture, qu’elle dispose d’une plume travaillée et d’un background très cohérent, je n’ai pas vraiment accroché au personnage principal, ce qui est problématique pour un roman à la première personne. Certaines de ses réflexions ne me plaisaient pas et même si je comprends sa manière d’être, si elle se justifie parfaitement dans le cadre du récit et du personnage, si elle est cohérente avec l’ensemble à mesure que le récit avance, sur un plan personnel, je n’ai pas accroché du tout. Hormis à la toute fin, pendant et après les catacombes justement. Ici aussi, je m’abstiens de développer pour ne pas risquer de vous spoiler l’intrigue. Mais tout ce qui se passe à partir de ce moment-là se rapprochait déjà davantage de ce que j’aime lire plus généralement. Surtout la fin, d’une poésie remarquable.

Pour résumer, je conseille ce roman aux fans de musique, de black metal mais aussi de tous les genres underground majoritairement incompris. Je le conseille également à ceux qui aiment le fantastique dans sa définition puriste, ce qui est moins mon cas pour le moment. Il est bien présent ici mais ça manque un peu trop de créatures à mon goût, d’un bestiaire plus vaste, d’enjeux plus importants. Ce n’est en rien la faute de l’auteur, parce que ce roman est, je trouve, vraiment bon, poétique, mélancolique, dans une tradition des romantiques allemands bien respectée, mais je pense que j’aurais peut-être du le lire en dehors de ma phase fantasy pour l’apprécier à sa juste valeur. En tout cas, Céline est une auteure que je vais suivre car je sens un talent chez elle et un univers qui est proche de ce que j’aime. Je vous le recommande chaudement, surtout si vous aimez les récits un peu plus intimistes que ce qui est à la mode pour le moment.