De l’autre côté du mur (intégrale) – Agnès Marot

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Ce volume comprend deux romans écrits par l’auteure française Agnès Marot: De l’autre côté du mur et Notes pour un monde meilleur, publiés aux éditions du chat noir et réédités fin de l’année dernière chez Lynks Éditions dans un seul volume, au prix de 14.90 euros.

Ma chronique va donc se diviser en deux parties, une pour chaque livre. Avant de m’attarder sur chaque histoire de manière plus précise, je vais relever quelques points de l’univers: nous évoluons dans un monde futuriste où les filles vivent séparées des garçons. Elles maîtrisent l’Art, une forme de magie liée à la nature, là où les garçons maîtrisent la Science, qui est aussi une forme de magie mais qui s’exprime d’une manière différente. J’ai trouvé l’exploitation des pouvoirs (et leur portée métaphorique) vraiment brillante.

En avançant dans l’intrigue et dans chacun des tomes qui compose cette intégrale, on en apprend davantage sur cet univers d’une grande richesse et très référencé. D’ailleurs, l’auteure a ajouté une appendice à la fin du roman où elle nous explique ses différentes inspirations littéraires, artistiques et l’origine des citations qu’elle utilise pour ses débuts de chapitre. J’ai trouvé cela très intéressant parce que même si j’en ai relevé certaines, je suis passée à côté de beaucoup de références et ça m’a donné envie de découvrir tout ce qu’elle a cité. Au passage, moi aussi j’ai pensé que le prénom Aslan venait du monde de Narnia… Oups?

Cette intégrale m’a vraiment marquée et je ne m’y attendais pas. Elle est restée dans ma PAL depuis début octobre, j’attendais le déclic et comme à chaque fois que ça m’arrive, je me suis retrouvée à lire un petit bijou littéraire d’une auteure pleine de sensibilité, d’intelligence et de culture.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’intégrale d’une manière globale. J’ajouterai que l’objet livre est vraiment joli, la nouvelle couverture s’inspire des plus anciennes en se les réappropriant pour coller à l’image de la collection Re:Lynks. La mise en page est agréable et le prix plus qu’abordable, ce qui ne gâche rien.

De l’autre côté du mur:
Ce roman nous raconte l’histoire de Sibel, une jeune danseuse qui vit avec les autres Filles et Mères en cultivant son Art. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une de ses condisciples brise son équilibre en la touchant, la transformant en paria. Et oui, dans cette société, se toucher est interdit ! La vie de Sibel va alors prendre un autre tournant…

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce livre et je dois avouer qu’il m’a totalement séduite par sa poésie et sa portée réflexive. Je n’apprécie pas le genre de la dystopie en temps normal mais l’écriture chantante d’Agnès Marot m’a immédiatement emmenée dans ce monde que nous découvrons à travers et en même temps que Sibel. Au dos du roman, on retrouve ce commentaire du site Escroc-griffe.com: une œuvre qui interpelle sur l’Humanité. Difficile de mieux résumer De l’autre côté du mur. Une véritable ode à la liberté, au savoir et au libre arbitre, un plaidoyer pour les Arts et la Science, pour l’Humain, tout simplement. Un avertissement aussi. J’ai du mal à imaginer qu’il s’agit du premier roman de cette auteure, dont je connaissais déjà le talent grâce à ma lecture d’I.R.L. en 2016.

L’héroïne m’a immédiatement touchée dans sa relation d’amitié avec Aylin et dans son rapport à autrui. Son évolution plutôt crédible et son caractère m’ont même permis d’apprécier la romance qui prend place dans le récit sans pour autant éclipser son propos premier. J’ai même trouvé cet amour extrêmement puissant, j’ai ressenti quelque chose pour la première fois depuis longtemps face à un « couple » littéraire. Pas une fois je n’ai levé les yeux, tant Agnès Marot maîtrise à merveille les ingrédients de son livre. Sibel reste fidèle à elle-même, à son cœur, à ses convictions et ce même si Aslan prend de plus en plus d’importance pour elle. J’ai trouvé ce choix rafraîchissant, Agnès Marot parvient à équilibrer les différents genres littéraires qu’elle exploite pour offrir une œuvre d’une rare intelligence dont les thèmes (cités plus haut) me parlent. J’ai littéralement dévoré ce tome sur deux jours à peine !

Notes pour un monde meilleur:
Rien qu’à écrire le titre, je tremble ! Ceux qui ont lu comprendront pour quelle raison… Notes pour un monde meilleur est la préquelle de De l’autre côté du mur, dévorée sur cet après-midi. On y découvre de quelle manière tout a commencé et on peut résumer ce roman court en une phrase: l’Enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai trouvé cette histoire terriblement bouleversante et plus dure psychologiquement que De l’autre côté du mur (qui pourtant en tient une couche à ce niveau). Suivre Isaac dans ses rêves et dans la dégringolade qui suit m’a prise aux tripes. Je ne m’attendais pas du tout à lire un tel texte. Je me suis immédiatement attachée à lui, malgré ses erreurs et ses faiblesses. Et sa relation avec son épouse, Azra… Les premiers chapitres me donnaient déjà des frissons. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions à la lecture d’un livre depuis longtemps. Je vivais avec Isaac, ensorcelée par les mots d’Agnès Marot. Quel bonheur ! Quel plaisir !

Je me dois de relever, à nouveau, sa profondeur philosophique et le message d’espoir qu’il transmet. Ce texte est profondément humain: à la fois très beau et hideux, il offre le pire comme le meilleur.
Quelle CLAQUE !

Contre toute attente, cette intégrale se révèle un vrai coup de cœur alors que ce n’est pas du tout mon genre littéraire à la base. Pour sa richesse, son humanité, sa poésie et ses messages, je vous le recommande très chaudement. ♥

Aussi libres qu’un rêve – Manon Fargetton

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Aussi libres qu’un rêve est un roman écrit par l’auteure française Manon Fargetton et publié pour la première fois en 2006 (soit il y a douze ans !). Réédité en poche chez Castlemore au tout petit prix de 5.90 euros, il s’agit d’une dystopie destinée à un public adolescent.

Si vous me suivez un peu, vous savez probablement que Manon Fargetton est une auteure que j’admire beaucoup (et ça n’a rien avoir avec le fait qu’on ait le même prénom, même si c’est assez cool quand même :3). Lors de la foire du livre de Bruxelles, nous avons eu une discussion absolument fantastique et j’ai été plus qu’heureuse de lui faire dédicacer ce roman, ayant laissé les illusions de Sav-Loar à la maison. Au départ, j’avais juste prévu de discuter avec elle mais la quatrième de couverture m’a intriguée et le prix extrêmement démocratique m’a convaincu de tenter l’aventure. Me voici donc avec un petit roman pour ados et une dystopie, deux éléments qui font que je ne suis pas du tout le public cible pour cette œuvre littéraire.

Jusqu’à la fin du roman, j’appréciais ma lecture mais sans plus. J’ai trouvé l’univers très original mais le texte un peu trop rapide. C’est peut-être une caractéristique du roman à destination d’un public plus jeune mais j’ai regretté qu’elle n’ait pas davantage développé certains aspects de son univers et de ses protagonistes. C’est, finalement, un texte très visuel, un enchaînement de scènes fortes et courtes, comme si on découpait un film. Les personnages sont intéressants mais hormis pour Minöa et Kléano, j’ai trouvé qu’ils manquaient parfois d’une certaine profondeur. Après, je replace le texte dans son contexte: c’est le premier roman de l’auteure et j’ai lu ceux qu’elle a écrit par la suite, pour un public plus âgé. Elle s’est beaucoup améliorée là-dessus.

Je passais donc un bon moment, jusqu’à ce qu’arrive la fin… Quelle claque ! Je n’ai rien vu venir. Et je ne vais pas vous mentir, j’ai eu les larmes aux yeux. J’étais tellement dans l’optique du « c’est un roman jeunesse » que je ne m’attendais pas à ça et finalement, cette audace a magnifié tout le texte. J’ai compris les prix littéraires accordés à ce roman, je me suis aussi rendue compte qu’il offrait de nombreux messages importants tout en respectant les codes de la dystopie. Je n’en ai pas lu beaucoup, mais assez pour me rendre compte qu’un schéma revient et si Manon Fargetton reste classique dans son traitement global, on retrouve des pointes d’originalité. Par exemple, ces adolescents s’opposent au régime en place mais à plusieurs reprises, ils se demandent si ça débouchera sur quelque chose de mieux, si les récits du grand-père sur la « liberté du passé » font qu’avant, c’était vraiment « mieux » ou juste différent. Ce n’est pas aussi manichéen que ça en a l’air. Finalement, l’utopie de ces jeunes, aidés par des adultes qui préparent une révolution depuis longtemps, prend un tour beaucoup plus réaliste (j’essaie de ne rien spoiler mais ça devient compliqué) et c’est appréciable. Autant pour les lecteurs comme moi que pour les plus jeunes, ça leur apprend les nuances de gris.

En bref, j’ai passé un bon moment avec Aussi libres qu’un rêve qui est un roman tout public à lire dès 12 ou 13 ans pour sa richesse littéraire et l’intelligence de son propos. Si les personnages paraissent parfois caricaturaux et l’histoire un peu trop rapide, c’est un texte qui a le mérite de pousser la réflexion et d’être dynamique. Mention spéciale pour ce final inattendu et très fort ! Pour un premier roman, je salue bien bas la performance de cette auteure française à suivre absolument.