Terre de Brume #2 le choix des élues – Cindy Van Wilder

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Le choix des élues est le second (et dernier) volet de la saga Terre de Brume écrite par l’autrice belge Cindy Van Wilder. Publié chez Rageot, vous trouverez ce volume au prix de 16.90 euros dans toutes les librairies.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Souvenez-vous, je vous avais parlé du premier tome lu dans le cadre du PLIB2019.
Je vous rappelle en quelques mots le principe car je ne compte pas vous spoiler le contenu de l’histoire. Au sein d’un univers typé fantasy, l’utilisation de la magie génère une Brume qui finit par provoquer le Bouleversement. La Brume prend une trop grande ampleur et devient corrosive, ce qui est néfaste pour le monde au point de détruire beaucoup d’éléments de l’ancien monde, dont la nature. Les humains survivent dans des bastions, sous la protection de praticiens d’une magie élémentaire (eau, feu, air ou terre). On apprend aussi que certaines formes de magie semblent disparues et on en ignore pour l’instant la cause. Le roman se centre sur Héra, une prêtresse de l’eau et Intissar, une Sœur de Feu qui vont s’unir pour affronter les vagues de monstres dans la Brume et chercher une solution définitive à ce problème.

En tant que tome 2, le choix des élues s’inscrit assez bien dans la continuité de ce que proposait l’autrice : métaphore écologique, héroïnes résilientes, pour les points positifs et facilités scénaristiques en plein deus ex machina pour les points négatifs. Ma chronique va se présenter un peu différemment de d’habitude car j’ai envie de relever plusieurs points qui me paraissent importants.

Déjà, sur la construction narrative. Chaque début de chapitre propose un extrait d’une autre histoire, racontée par un conteur qui s’adresse directement au lecteur en lui expliquant ce qui est arrivé au dieu Aïstos. On comprend rapidement que c’est lié à l’intrigue en cours. Toutefois, ça nuit cruellement au rythme narratif en cassant la fluidité des changements de chapitre. Je pense que cette histoire aurait gagné à figurer en prologue ou alors à la toute fin du roman car nous en découvrons des éléments importants via Héra et Intissar au moment où elles rencontrent les Semeurs. Sauf que quand les héroïnes apprennent la vérité, quel intérêt de la répéter dans ces en-têtes ? Hormis à insister trop lourdement sur le fait que Aïstos est vraiment trop gentil vu toutes les saloperies qu’il a pu subir.

De plus, une grande partie du roman est écrite à la première personne, toujours pour Héra et Intissar, mais des chapitres sont rédigés à la troisième, pour la Brume et Saraï, ce que je n’ai pas compris et qui me pose un problème en terme d’homogénéité narrative. Qu’on propose un prologue ou un épilogue d’un point de vue différent, d’accord, mais qu’on jongle pendant tout le livre? C’est vraiment dommage et ça sort de l’intrigue. D’autant que les chapitres sur la Brume n’apportent pas grand chose hormis montrer que cet antagoniste manque de peps et d’enjeu, surtout comparé à celui du premier tome qui inspirait quand même une certaine peur, un intérêt, une angoisse. La Brume est beaucoup trop manichéenne à mon goût, j’aurai apprécié plus de nuances.

Je trouve ça d’autant plus dommage que les idées de l’autrice sont bonnes. J’ai lu plusieurs chroniques qui déploraient les facilités scénaristiques et j’ai relevé plusieurs deus ex machina -comme je l’ai signalé plus haut. Toutefois… Pendant tout le roman, on nous parle de « Maktoub » soit un concept de destin auxquels même les dieux sont soumis. À partir du moment où l’existence de ce concept est admis clairement par l’autrice et les protagonistes, je n’ai plus de problèmes avec ce qui aurait pu passer pour des facilités car ça devient un parti-pris narratif. Si un destin existe, c’est qu’une intelligence quelconque a tissé une trame et donc qu’elle a prévu de bousiller un coup le libre arbitre de tout le monde, de parfois forcer la chance, comme ça lui convient à elle. Peut-être que c’est une métaphore tordue du métier d’autrice et globalement, ce n’est pas ce que j’apprécie mais c’est un choix justifié par Cindy Van Wilder au sein de son univers. Il est assumé, clairement admis donc je ne me sens pas en droit de critiquer ce point hormis par pure préférence personnelle.

Je sais que jusqu’ici, vous êtes en train de vous dire : mais bon sang elle démonte le roman, pourquoi elle en parle? C’est pas dans sa ligne éditoriale. Et bien… Tout simplement parce que j’ai passé un agréable moment avec ce second tome qui clôture correctement la saga. J’ai été surprise par certains choix (notamment Intissar, c’était osé ! ) au sein de l’intrigue et j’ai tourné les pages sans m’en rendre compte. Je pars du principe que quand on lit un roman et qu’on arrive à la fin en se disant « quoi? déjà? » c’est que l’autrice gère un minimum. Son écriture dynamique et sans fioritures inutiles permet de fournir un vrai page-turner et un bon divertissement. Parfois, on n’a pas besoin de plus. Et en ce moment, je termine mon blocus pour ma seconde session donc c’était parfaitement ce qu’il me fallait pour m’accompagner.

Mais ce que j’ai apprécié aussi, c’est le traitement d’une question d’identité genrée. Dans le roman, on rencontre un personnage d’abord présenté comme un garçon (je ne vous dis pas qui) et qui révèle qu’à l’intérieur, il se sent fille et subit une discrimination assez violente de la part de son peuple. Je trouve ça important de traiter ce type de sujet polémique au sein d’un roman à destination d’un public plus jeune. Ça a du sens et ça peut mener à une plus grande ouverture d’esprit. Ou au moins à se questionner sur son identité et à comprendre à quoi peut mener le rejet ou le harcèlement. Dommage que ça intervienne tard et presque au détour d’un chapitre, toutefois ça me tenait à cœur de le souligner.

En bref, le second tome de Terre de Brume est à la hauteur du premier. Cindy Van Wilder propose un bon divertissement sous forme d’un page-turner efficace en traitant de manière métaphorique de thématiques fortes comme l’écologie, la résilience ou l’identité de genre. Ce roman est à recommander à des lecteurs plus jeunes ou inexpérimentés qui s’y retrouveront là où les lecteurs confirmés et tatillons lui attribueront un certain nombre de défauts. Personnellement, j’ai passé un agréable moment de lecture et parfois, c’est tout ce qui compte.

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Olangar, bans et barricades #1 – Clément Bouhélier

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Olangar
est un diptyque de fantasy écrit par l’auteur français Clément Bouhélier. Publié chez Critic, vous trouverez ce premier tome au prix de 22 euros.
Ceci est ma 26e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.
Ceci est ma 6e lecture pour le Mois de la Fantasy et complète les défis suivants : un livre écrit par un auteur français, une relique de ma PàL.

Les élections approchent à Olangar et trois partis se disputent le pouvoir. Chacun y va de son programme, de sa promesse, pendant que les ouvriers meurent sur des chantiers navals. Baldek Istömin travaille pour la Confrérie des nains. Il protège les siens et quand il flaire une affaire louche, il compte en profiter pour se battre, allant jusqu’à la grève générale.
Parallèlement à cela, Evyna arrive à Olangar pour chercher des réponses au sujet du meurtre de son frère. Son père lui a conseillé de s’adresser à l’un de ses vieux amis et camarade militaire, l’elfe Torgend, qui croupit en prison pour agression. L’elfe banni s’allie alors à la jeune femme pour découvrir la vérité. Et il se pourrait que toutes ces affaires soient liées…

Je n’étais pas spécialement attirée par le roman à l’origine, jusqu’à découvrir la critique du Troll qui m’a mis l’eau à la bouche. Ni une ni deux, j’ai foncé chez mon librairie puis… J’ai attendu. Quoi, exactement? Je ne le sais toujours pas aujourd’hui. Mais à l’approche des Imaginales, prise d’une soudaine impulsion, j’ai décidé de lire ce premier tome afin de, potentiellement, me procurer le second. Si tant est que j’accroche à l’histoire…

Honnêtement, j’achète la suite dès jeudi en arrivant.

L’univers proposé par Clément Bouhélier est original et constitue la grande force du roman. Certes, il utilise des créatures assez communes du bestiaire fantasy. Bonjour les orcs, les nains et les elfes. Pourtant, il ne se contente pas d’une énième redite à la sauce médiévale, que nenni ! L’auteur préfère placer ses personnages dans un contexte post révolution industrielle où la population se crève dans les mines et sur les chantiers, pour produire toujours plus. Par ce biais, Clément Bouhélier propose un panorama social d’une grande justesse ainsi que son lot de critiques sur les différents acteurs du milieu. Je n’ai pas ressenti ce roman particulièrement engagé dans l’une ou l’autre idéologie, ce que je valide. Il apporte son lot de cynisme et tout le monde en prend pour son grade. À travers les réflexions des personnages ainsi que leurs actions, le lecteur en vient à remettre en question son propre quotidien et je trouve ça assez cocasse, finalement, d’achever ce roman à quelques jours des élections.

Si le contexte et le fond du roman constituent sa grande force, ils ne forment pas son unique attrait. Dans une narration à la troisième personne, l’écriture précise et maîtrisée de Clément Bouhélier nous entraine à la découverte de plusieurs personnages, certains plus importants que d’autres mais qui apportent tous leur pierre à l’édifice du récit. Un récit sur deux axes principaux qui parfois, se rejoignent.

Ainsi, le lecteur découvre d’abord Torgend, cet elfe banni par les siens pour une raison assez nébuleuse qu’on ne découvre que partiellement dans ses cauchemars. Cette entrée en matière est prétexte à découvrir les détails de la bataille d’Oqananga, ce qui servira probablement davantage dans les révélations attendues au sein du second tome. C’est ensuite au tour d’Evyna, une jeune noble qui ne manque pas de courage ni de détermination, sans pour autant être tête brûlée. Un personnage féminin qui sonne juste, qui sait se défendre sans devenir pour autant une guerrière invincible et qui ne recule devant rien. D’ailleurs, les femmes ont un rôle égal à celui des hommes dans ce roman et pour une fois, je trouve qu’elles sont bien représentées en sortant des stéréotypes habituels de maîtresse / gamine / insérez-le-cliché-suivant. Clément Bouhélier leur donne une véritable personnalité et, plus important, en les détachant totalement de leur apparence physique ! Ça peut paraître bête énoncé ainsi mais essayez de vous rappeler la dernière fois que ça vous est arrivé. Evyna, Tomine, Alnarea, Silja, toutes jouent un rôle décisif à un moment ou à un autre et restent dans les mémoires pour leur personnalité.

Par la suite, le lecteur rencontre Baldek et d’autres nains qui gravitent autour de lui, ce qui permet de plonger tête la première au sein d’une sorte de syndicat nanesque (ou nanique? 😉 #rda)  qui s’apparente parfois à une organisation criminelle organisée plus ou moins légale. Baldek est un nain intelligent qui n’hésite pas à se salir les mains pour la bonne cause et qui défend toujours l’intérêt des siens. Il intrigue pour ne jamais laisser une injustice ou une malversation impunie, ce qui va l’amener à rencontrer Evyna. C’est l’affaire concernant son frère qui lui met la puce à l’oreille et qui va lui permettre de découvrir le début d’une très sombre affaire.

Mais il n’y a pas que de la politique, dans Olangar. Il y a aussi des combats, beaucoup de combats. J’adore ! Clément Bouhélier s’en sort très bien dans la description des scènes. Il a pensé à tout, il connait son sujet sur un plan technique et stratégique, ce qui donne un texte crédible. Le soin qu’il a apporté à son roman est vraiment remarquable.

En bref et si ce n’était pas clair, j’ai adoré ce roman qui frôle le coup de cœur (à voir après la lecture du 2 !). Olangar propose une réécriture de fantasy classique en transposant des orcs, des nains et des elfes dans un univers post révolution industrielle où chacun doit se battre pour ses acquis sociaux. Sur fond de lutte politico-sociale, Olangar est non seulement un roman prenant avec une intrigue addictive et rythmée mais aussi un texte intelligent qui invite son lecteur à réfléchir sur des sujets d’actualité encore brûlants. Clément Bouhélier signe ici le premier tome d’un diptyque savoureux qui frôle l’excellence et lorsqu’on ferme ce roman, on n’a qu’une envie: foncer en librairie pour acheter la suite.

La main de l’empereur #1 – Olivier Gay

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La main de l’empereur
est un diptyque de fantasy proposé par l’auteur français Olivier Gay et le préquel des Épées de Glace dont je vous ai déjà parlé sur le blog (tome 1tome 2) Publié chez Bragelonne, vous trouverez ce titre en poche au prix de 7.90 euros.
Ce roman est ma sixième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

La main de l’empereur retrace l’histoire ou plutôt, les origines de la légende autour de Rekk dit « le boucher » personnage phare et favori dans mon cœur depuis son apparition dans le premier diptyque d’Olivier Gay intitulé les Épées de Glace. Le récit commence par sa conception (si si !) et se poursuit par les détails de son enfance. Ceux qui le lisent après les Épées de Glace sauront déjà beaucoup de choses mais le roman n’en perd pas son intérêt pour autant. Au contraire ! Il est plaisant d’enfin pouvoir différencier la vérité de la légende, de retrouver certains personnages croisés d’un cycle à l’autre. Chaque cycle peut se lire de manière indépendante mais je pense qu’il vaut mieux le lire chronologiquement pour conserver l’intensité de certaines scènes. Quand on sait d’avance quel personnage vit ou meurt, ça casse un brin le suspens.

L’action principale se déroule à Koush, pendant la guerre menée par l’Empire pour s’approprier des terres et surtout, des richesses. Si plus ou moins septante pages intitulées « livre 1 » nous racontent comment Rekk est devenu gladiateur, on plonge dans l’enfer de la guerre et surtout l’enfer de la jungle assez rapidement. Cette fantasy militaire est bien maîtrisée par Olivier Gay qui sait s’y prendre pour construire ses scènes de combat. Nous lui connaissions déjà ce talent mais il me séduit à chaque fois par sa minutie quasi cinématographique. Le lecteur n’a aucun mal à s’immerger et à se représenter l’action. Ainsi, c’est une bonne porte d’entrée pour les lecteurs novices en la matière ou ceux qui sont refroidis par le côté militaire en le pensant trop inaccessible. Faites confiance à Olivier Gay pour vous initier !

L’autre grande force de ce titre est, bien entendu, le personnage de Rekk à cheval entre l’humain et le démon, porteur de cette naïveté et de cet honneur touchant qui ne le rendent pourtant pas infaillible. Grâce à une multiplication des points de vue, l’auteur assiste, impuissant, aux manipulations et les souffrances dont le pauvre guerrier est victime jusqu’au final de ce premier tome qui, bien qu’un peu prévisible, donne quand même de sérieuses envies meurtrières. C’est le style de l’auteur qui donne toute sa saveur au personnage, son swag malgré son côté invincible. La petite touche magique signée Olivier Gay (il n’existe pas de mot de vocabulaire pour la désigner !) qui parvient à mélanger les scènes poignantes et horribles, les répliques mordantes et drôles, pour arriver à un équilibre surprenant. La signature des grands.

Après, on ne va pas se mentir, l’intrigue ne déborde pas toujours d’originalité et Olivier Gay donne parfois trop rapidement les clés du récit que pour mettre en place un suspens efficace. On détecte rapidement les vrais méchants et les grands manipulateurs, ça manque peut-être un brin de nuance quoi que certains personnages ne manquent franchement pas de culot (je me tais pour ne pas spoiler mais le coup du stylet et de la lettre: énorme !) Cela n’empêche pas le lecteur de tourner les pages avec avidité, emporté par le style sans fioriture de l’auteur, aussi brut que Rekk peut l’être et aussi précis que les pas du Danseur Rouge dans son dernier duel. Olivier Gay abhorre les digressions et on l’en remercie car il offre ainsi un page-turner d’une redoutable efficacité qui me donne envie d’enchaîner immédiatement sur le second tome pour avoir le fin mot d’une histoire que je connais pourtant déjà ! Merveilleux non? C’est la magie de cet incontournable auteur du paysage SFFF francophone.

En bref, la main de l’empereur est une fantasy divertissante et bien menée. Elle reste classique dans son intrigue mais son héros a un je-ne-sais-quoi de spécial qui le rend incroyablement attachant. Le lecteur se retrouve embarqué dans les filets d’Olivier Gay (une fois de plus !) et y prendra probablement beaucoup de plaisir. Autant que moi, j’espère. Je le recommande à tous les amateurs du genre mais aussi aux novices car ce titre me parait être une très bonne porte d’entrée dans la fantasy réaliste, inspirée de l’empire romain et militariste juste comme il faut pour convenir à tous.

Lena Wilder #1 Sauvage – Johan Heliot

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Sauvage est le premier tome du diptyque Lena Wilder écrit par l’auteur français Johan Heliot (dont je vous ai déjà parlé pour sa saga Grand Siècle). Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez facilement ce tome urban fantasy young adult partout en librairie au prix de 16.90 euros. Je tiens à remercier l’éditeur pour ce service presse !

Lena Wilder, c’est l’histoire de… Lena Wilder donc, narratrice à la première personne qui a passé sa vie à fuir aux côtés de sa mère. Qui ou quoi? Des hommes mystérieux appelés les Démarcheurs dont elle ne sait pas grand chose. Les deux femmes ne restent jamais plus de six mois au même endroit et Lena en a plus que marre. Sa mère et elle arrivent, au début du roman, dans la petite ville d’Arkhoon où tout va changer radicalement dans leur quotidien. Et pas uniquement à cause du voisinage…

Comme je l’ai précisé, il s’agit d’un roman young adult doublé par un livre type urban fantasy (même si on peut chipoter sur le terme dans ce cas-ci), autant dire de moins en moins mon type de lecture. Si ça n’avait pas été écrit par Johan Heliot, je ne pense pas que j’aurai posé les yeux sur ce roman, pourtant, j’ai été agréablement surprise par cette découverte. Après, très honnêtement, je n’ai trouvé aucune similitude (même pas de style) entre ce livre et les autres que j’ai pu lire de l’auteur, ce qui était assez perturbant en soi. Cela n’enlève rien au côté sympa du roman ! Évidemment, l’amourette entre Lena et Gerry m’a un peu saoulée parce que je la trouve trop rapide et trop peu crédible (comme souvent) mais il n’y a que cet élément, en plus de certaines facilités scénaristiques (dont je ne dresse pas la liste pour éviter de vous spoiler l’intrigue), qui m’a vraiment posé problème. Et en soi, pour ce genre littéraire, il se contente de respecter les codes donc ce sera un point positif pour beaucoup de lecteurs. C’est simplement que moi, en tant que lectrice, je n’apprécie plus spécialement.

Je vais commencer par évoquer l’univers. L’action se passe en Amérique, une Amérique profonde ambiance trou perdu avec une mentalité très en retard sur l’égalité, le racisme, etc. L’ambiance est bien décrite par l’auteur, on s’imagine sans problème notre environnement, on sent presque la poussière se coller sur une mince pellicule de sueur. L’auteur incorpore une mythologie assez novatrice et à la fois classique. Il évoque le mythe du loup-garou à l’ancienne: pas de transformation en véritable loup, plutôt une forme hybride qui prend le pas sur celle humaine, le tout avec des explications scientifiques et de vrais concepts comme l’atavisme. J’ai trouvé ça original et plutôt intéressant, ça sort du garou des romans habituels. Je ne vais pas trop en révéler sur les théories évoquées dans le livre, pour ne pas spoiler, mais ça change.

On sent que l’auteur a pas mal réfléchi sur la question et il en profite pour aborder des thèmes plutôt classiques comme la tolérance, le danger de la haine, de l’extrémisme et du rejet, l’importance du vivre ensemble. Il ne révolutionne pas le genre mais je trouve que, face à notre actualité, ce n’est pas plus mal de rappeler certains principes fondamentaux comme ceux-là.

Le personnage de Lena ressemble à celui de n’importe quelle adolescente avec une touche supplémentaire de maturité puisqu’elle n’a pas le même type de préoccupations que la plupart des filles de son âge. La faute à son manque de sociabilité: pas facile de se faire des copines quand on déménage sans arrêt ! Je ne me suis pas particulièrement attachée à elle, mais je ne l’ai pas détestée non plus. Par contre, pour les garçons et surtout pour Gerry, c’est une autre histoire… Heureusement, même si j’ai trouvé que leur relation allait très (trop) vite, Lena ne devient pas une poupée enamourée qui ne pense qu’à son « mec ». Elle garde le sens des priorités, elle se débrouille sans forcément compter sur lui et c’est plutôt agréable. Les autres personnages ne m’ont pas forcément marqués, ils remplissent leur rôle sans laisser une trace réellement indélébile sur le lecteur. Et cela s’explique quand, une fois à la fin, on se rend compte que tout le livre est raconté par Lena, littéralement. Elle est en train de l’écrire. Du coup, ça « excuse » les passages parfois trop rapides et le manque de profondeur de certains protagonistes. Disons que ça reste cohérent avec le style narratif choisi par l’auteur, qui nous offre une écriture dynamique et prenante.

L’intrigue en elle-même reste assez classique mais on n’attend pas forcément de chaque roman qu’il révolutionne son genre littéraire. J’ai tout de même trouvé dommage que la fin soit si précipitée. J’ai eu un sentiment un peu de bâclé, ça aurait mérité quelques pages supplémentaires et davantage de suspens, parce qu’on s’y attend vraiment.

Pour résumer, si le premier carnet de Lena Wilder ne propose pas de grosses surprises scénaristiques et pousse parfois à grimacer face à la force de l’héroïne (qui n’a que 18 ans…), il reste néanmoins agréable à lire. Les 302 pages se tournent facilement et on se surprend à être embarqué dans l’histoire. Ce roman se lit vite et remplit efficacement son rôle de bon divertissement. Il plaira beaucoup aux lecteurs adeptes du Young Adult et des univers surnaturels, qui ont envie d’une héroïne moins nunuche que la moyenne dans ce genre littéraire. J’ai passé un agréable moment avec Lena Wilder qui est une lecture détente, sans prise de tête, et je suis quand même curieuse de découvrir le second tome.

Premières lignes #5 ( & #payetonauteur ! )

Bonjour à tous et bon dimanche !
Qui dit dimanche dit « premières lignes » le rendez-vous hebdomadaire créé par Ma Lecturothèque !

Ce dimanche, je profite de ce rendez-vous pour lier deux sujets. J’avais déjà choisi quel roman j’allais vous présenter aujourd’hui quand a éclaté le scandale autour de Livre Paris, que je suis depuis hier après-midi. Du coup, avant d’en venir au cœur de cet article hebdomadaire qui consiste à vous présenter un auteur à travers les premières lignes d’un roman déjà chroniqué, j’ai envie de vous parler un peu du #payetonauteur et de la polémique qui secoue la twittosphère depuis hier au sujet du salon du livre de Paris. Je vous renvoie à l’article d’Actualitté pour comprendre ce qui se passe exactement (ils expliquent ça très bien, je ne vais pas les paraphraser bêtement) et les problèmes que cela pose. En quelques mots, sans auteur, la chaine du livre dans son ensemble n’existe pas, puisque c’est lui qui produit la matière première. Pourtant, l’auteur est systématiquement (ou presque) considéré comme un bénévole et la pensée dominante est qu’on ne doit pas le payer pour ses déplacements ou ses interventions car « ça lui fait de la pub ».
Oui… Mais non.

En tant que jeune auteure mais aussi en tant que lectrice et donc consommatrice de littérature, je suis choquée par la position de Livre Paris qui prétend ne pas payer les auteurs de la même manière, voir ne pas les payer du tout pour certains, et qui communique très mal sur le sujet, à base de « oui mais non mais… » sans aucune transparence. Et je suis aussi ravie de voir la mobilisation des auteurs confirmés, des institués, ceux dont le nom compte, qui n’hésitent pas à annuler leur présence et à boycotter le salon. Je pense à des gens comme Samantha Bailly, Olivier Gay, Nine Gorman, Bulledop, etc. Une belle solidarité se met en place !
Je vous invite évidemment à vous exprimer sur le sujet, à en parler sur vos blogs et à réfléchir quelques instants à toute cette affaire. Parce que c’est important, vraiment. Et à découvrir la Charte !

Ayant été à la foire du livre de Bruxelles la semaine dernière, il n’y a pas eu de premières lignes et ce dimanche, je veux le consacrer à un auteur que j’aime beaucoup et qui s’est engagé fermement dans cette polémique: Olivier Gay. Le hasard fait bien les choses puisque j’avais déjà décidé d’en parler pour vous diriger vers ses romans dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone car certains titres permettent de valider plusieurs défis.

Pour revenir à notre auteur du jour, je vous ai parlé de lui à plusieurs reprises dans diverses chroniques: les tome 1 et 2 des Épées de glace, le tome 1 de la magie de Paris, le tome 3 de la série Fitz… Et pour le PIF 2018, j’ai le diptyque de la Main de l’Empereur qui est dans ma liseuse ainsi que le tome 2 de la Magie de Paris. Auteur prolifique et touche à tout, je trouve qu’il a énormément de talent et je vais vous présenter aujourd’hui les premières lignes du diptyque Épées de Glace intitulé Le Sang sur la Lame.

Voici la 4e de couverture:
« — Je ne suis pas sûr qu’un homme seul fasse la différence.
— On m’a déjà donné de nombreux noms. Le Faiseur de veuves. L’Épée de glace. Le Danseur Rouge. Je suis Rekk. Le Boucher. Je fais toujours la différence.
Lorsque Deria, fille d’un obscur baron du Nord, est retrouvée assassinée dans la capitale, les plus puissants de l’Empire font tout pour cacher sa mort à son père.
Les deux amis les plus proches de la jeune fille, Shani, sa servante, et Mahlin, un garde du palais, se retrouvent alors mêlés malgré eux à cette conspiration. N’écoutant que leur cœur, ils décident de se rendre dans le Nord annoncer eux-mêmes la nouvelle au mystérieux baron.
Ils n’auraient sans doute jamais entrepris un tel voyage, s’ils avaient su qui était réellement le père de Deria.
Car, désormais, l’Empire va trembler. »

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Et voici les premières lignes:
« Mahlin n’aurait jamais dû rencontrer Deria.
Ce n’était pas à lui de monter la garde devant la porte ouest du palais en ce crépuscule du septième jour de l’hiver. Les mains tendues vers le brasero, à peine protégé de la pluie, il maudissait son goût du jeu qui l’avait poussé à parier ses tours de garde avec Luklan.
Tout le monde savait que le soudard au sourire trop large avait une chance insolente aux dés, mais Mahlin s’était senti en veine. Il avait besoin d’argent, la mise était tentante. Lorsque l’autre avait lancé un « quatre » sur ses deux dés, le jeune homme avait senti la victoire à portée de main. Il avait prié, fermé les yeux, obtenu un « trois ».
Luklan dormait à présent tranquillement, emmitouflé sous ses couvertures, et Mahlin subissait l’orage.
Il pleuvait sans discontinuer depuis trois heures. L’humidité oppressante pénétrait ses vêtements, trempait ses os et lui glaçait la peau malgré toutes ses précautions. Son épaisse cuirasse n’arrangeait pas les choses. La grande porte du palais ne le protégeait pas contre le vent de face. Le feu timide du brasero lui procurait un peu de chaleur, mais Mahlin ne pouvait trop s’en approcher. Selon le sergent, les flammes risquaient d’affecter sa vision nocturne et sa vigilance.
Comme s’il y avait quelque chose à surveiller à son poste. »

Connaissez-vous Olivier Gay? Avez-vous déjà lu un de ses romans? Celui-ci vous intrigue-t-il? Que pensez-vous de #payetonauteur ? N’hésitez pas à discuter de tout ça dans les commentaires 🙂

 

Les Épées de glace #2 le châtiment de l’empire – Olivier Gay

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Le châtiment de l’Empire est le second tome du diptyque « les épées de glace », une saga de fantasy écrite par Olivier Gay et publiée d’abord chez Bragelonne puis en poche chez Milady au prix de 7.90 euros. Cette fois, j’ai acheté ce roman en papier car j’avais vraiment adoré le premier tome ! Et, à l’avenir, j’achèterai tous les romans d’Olivier Gay sous ce format, sans trop m’inquiéter car c’est un auteur qui a su me convaincre.

On retrouve, dans cette suite, tous les éléments qui firent, à mes yeux, le succès du tome 1. D’abord, les personnages. Sans spoiler puisqu’il s’agit de la quatrième de couverture, le roman s’ouvre sur Mahlin, Laath et Shani qui, un peu poussés par Dareen, comptent bien sortir Rekk de prison avant son exécution. Les personnages gagnent en profondeur et en complexité. Si Malhin reste un homme un peu gamin et immature dans le traitement de ses idées et de ses émotions (à l’exception de la scène en haut de la tour qui est juste magistrale) Shani, par contre, s’affirme de plus en plus. Ce personnage féminin a une évolution vraiment intéressante, crédible et bien menée, avec une aura tragique qui ne peut que me séduire. Elle a souvent des répliques qui remettent les pendules à l’heure concernant le statut de la femme en fantasy, sans pour autant tomber dans l’extrême inverse et on peut saluer cet élément, surtout de la part d’un auteur masculin. Je ne dis pas ça par sexisme, mais c’est vraiment agréable d’avoir des personnages féminins forts (Shani et Dareen notamment) qui ne sont pas des canons de beauté, des femmes fatales et naïves. Laath est vraiment mystérieux, on a du mal à cerner ses intentions et j’ai bien aimé son côté très rationnel. Dans ce tome, en plus de Rekk qui continue d’avoir toute mon affection (il m’a fait passer par toutes les couleurs) j’ai particulièrement aimé le personnage d’Eleon dont j’ai bien compris la motivation première, même si ses actes finaux m’ont arrachée quelques larmes.

C’est un univers dans lequel on replonge avec facilité, comme si on ne l’avait jamais vraiment quitté. L’histoire reprend pile là où on l’a laissée et, personnellement, au bout de trois lignes, j’étais déjà de retour à Musheim comme si j’y étais en personne. L’action s’enchaine, l’intrigue suit son cours et je dois avouer que son dénouement m’a surprise. Olivier Gay n’a aucune pitié pour ses personnages, on sent l’influence de G.R.R. Martin qu’on lui associe volontiers dans sa biographie. Et c’est plaisant, parce que, du coup, on ne sait pas qui risque ou non d’y passer ! Rien n’est certain, les héros ne sont pas protégés parce qu’ils sont les héros. Tout peut arriver, c’est angoissant, immersif, et ça nous donne envie d’hurler quand il se passe quelque chose d’irréversible.

Et c’est quand ça arrive que je reconnais volontiers la puissance de la plume d’un auteur. J’étais tellement dedans que je vivais le roman. J’ai pleuré dans la forêt, j’ai été choquée par ce qui se passe « après le retour dans le tunnel » (ceux qui ont lu verront, les autres comprendront) et les derniers mots au sujet de Rekk sont excellemment bien choisis. Quant au chapitre final… OH-MON-DIEU. Je suis sûrement trop naïve, mais je ne l’avais absolument pas vu venir et j’ai trouvé ça tout simplement génial.

Olivier Gay écrit plus que bien. C’est un excellent auteur qui sait ménager ses effets et son suspens. Il propose des personnages attachants dans un univers de fantasy assez classique mais qui se démarque par son intrigue un brin tordue (on a fait pire dans la littérature mais il ne se débrouille pas mal !) et ses scènes de combat immersives, détaillées, sans tomber dans l’excès. Vous le savez, c’est un point capital sur lequel je juge souvent la fantasy médiévale et ce tome dépasse encore le premier en terme de qualité.

Pour conclure, le diptyque « Les épées de glace » est une saga à lire sans crainte d’être déçu. Un élément ou deux sont parfois un peu faciles -sans aller jusqu’au deus ex machina rassurez-vous- mais ce n’est pas trop gênant en soi dans la diégèse du roman. Le pari est réussi, ces deux tomes dépassent le cadre du simple divertissement et permettent de montrer, s’il y a encore besoin de le prouver, que les auteurs français ont vraiment du talent.