Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu – Karim Berrouka

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Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu
est le dernier roman en date de l’auteur français Karim Berrouka, publié chez ActuSF au prix de 18 euros au format papier. J’ai, pour ma part, remporté le numérique lors d’un concours sur le blog Un Papillon dans la Lune, ce qui m’a permis de découvrir ce roman insolite. Encore merci à elle !

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu raconte l’histoire d’Ingrid, une fille sans histoire qui se retrouve mêlée à une intrigue abracadabrante. Divers personnages surgissent dans sa vie en affirmant qu’elle est le « centre du pentacle » (sans lui dire ce que ça signifie) et elle se laisse embarquer dans leur délire qui mènera (ou non) au retour de Cthulhu dans notre réalité. Ce qui ne sera évidemment pas sans conséquence pour l’humanité.

Ma plus grande crainte en commençant ce roman, c’était de tomber sur un texte hyper référencé à côté duquel j’allais passer parce que je n’ai jamais lu une ligne de Lovecraft. Je sais, shame, tout ça, mais je n’y peux rien, il ne m’attire pas trop. Pour cette raison, ma critique manquera probablement un peu de profondeur et m’empêchera de relever des éléments pertinents liés à l’auteur originel et à la réécriture de son univers. Je vous renvoie donc à la chronique de Au Pays de la Cave des Trolls pour avoir l’avis d’une personne qui s’y connait mieux. Une chance pour moi, l’héroïne me ressemble et l’auteur a eu l’intelligence de proposer une double lecture en offrant pas mal de clins d’œil à ceux qui connaissent l’univers tout en permettant aux novices de suivre l’intrigue grâce à Ingrid qui n’y comprend pas grand chose de plus que nous.

Exploitant et explicitant à merveille le bestiaire lovecraftien (celui qu’on connait même sans l’avoir lu et celui un peu plus poussé qu’on découvre), Karim Berrouka réinterprète les mythes en offrant un roman interpellant. Il manque un peu de l’humour que je m’attendais à y trouver mais il offre, en contrepartie, une réflexion sur l’humanité, la société et le concept même de réalité qui n’est pas sans me plaire. Je pense qu’il s’agit du genre d’ouvrage qu’il faut relire plusieurs fois pour bien en saisir tous les tenants et aboutissants. Un texte brillant que tout le monde ne comprendra pas mais qui vaut la peine d’être lu si on réfléchit quelques instants dessus une fois achevé.

Si le roman s’essouffle un peu au milieu pour regagner en force à la fin avec un final « à la Berrouka » (les lecteurs du club des punks verront ce que je veux dire par là) il n’empêche qu’on tourne les pages avec facilité et qu’on se laisse plaisamment embarquer dans la tête d’Ingrid et ses réflexions parsemées de sarcasme et d’ironie. C’est qu’elle est très cartésienne, notre héroïne, et qu’elle n’hésite pas à poser un regard mordant sur tous ces hurluberlus qui viennent lui pourrir la vie, jusqu’à, l’air de rien, en venir à accepter son rôle imposé dans toute cette histoire. Je l’ai trouvée attachante et crédible, un personnage féminin comme je les aime, avec un vrai caractère, une vraie profondeur et qui ne se définit pas en fonction d’un homme. Ça ne devrait pas être si rare…

En bref, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu est un roman surprenant, comme toujours avec Karim Berrouka, qui est à la portée des adeptes de Lovecraft comme des novices. Il offre différents niveaux de lecture et une héroïne de caractère. Je le recommande à ceux qui ont envie de sortir des sentiers battus et de découvrir un pan de l’univers Lovecraft, revisité.