RÉFLEXION – s’il vous plait, les maisons d’édition : respectez votre lectorat !

Bonjour tout le monde !

Si vous me suivez sur Twitter, vous ne devriez pas être surpris.e de lire cet article aujourd’hui.

Petite mise en contexte :
Hier matin, j’ai commencé à lire le roman Three Dark Crowns de Kendare Blake chez Léha. Je l’avais acheté en librairie, attirée par le concept et par le fait qu’il y ait trois personnages féminins mis en avant. J’ai lu une centaine de pages avant de voir passer sur Twitter une chronique partagée par la maison d’édition. Dans cette chronique, Le Point explique qu’il s’agit d’un premier tome et que quand on arrive à la fin, on a hâte de lire la suite vu le gros twist.

Avant de m’énerver, j’ai quand même été vérifier sur mon exemplaire s’il n’y avait pas une mention « tome 1 » quelque part qui m’aurait échappée mais non. Rien sur la couverture, rien dans le résumé, rien non plus sur les premières pages ou dans les mentions légales. Par contre, dans la bibliographie de l’autrice fournie par l’éditeur il est bien noté « la série Three Dark Crowns » mais j’estime que c’est gravement insuffisant, comme une information donnée vite fait en espérant que personne ne s’en rende compte… J’ai quand même effectué une seconde vérification parce qu’il s’agissait peut-être de tomes indépendants. J’ai donc été lire le résumé du 2 et… Non, on y retrouve exactement les mêmes personnages, ça semble être une suite totalement directe, comme le sous-entend la chronique partagée par la maison d’édition d’ailleurs.

Je précise avant d’aller plus loin que si cette expérience a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, de nombreuses maisons d’édition comme Mnémos avec notamment Chevauche-Brumes (l’éditeur donne une explication à ce sujet suite au partage de cet article, vous pouvez la lire en cliquant ici), ActuSF avec Rouge Toxic et Rouge Venom qui sont deux tomes liés entre eux sans que ça soit mentionné ou encore Denoël qui est aussi pas mal doué pour ça encore récemment avec Vers Mars qui est la suite de Vers les étoiles avec la même héroïne et tout (cette liste n’est pas complète, j’ai noté les premiers titres qui me viennent à l’esprit) ont contribué à le remplir, ce vase. Mon but ici n’est pas de taper sur Léha (ni sur les autres) mais simplement, d’une part, de vous informer si vous comptiez lire ce roman (enfin cette saga donc…) et d’autre part, de discuter de ce qui est, pour moi, un vrai souci et une grosse rupture de confiance.

Lire en dehors de la blogosphère.
Je pense important de dédier au moins un paragraphe à une petite mise au point, parce que ça n’est pas toujours clair dans tous les esprits. La blogosphère SFFF est un microcosme, un entre-soi où on se connait tous.tes plus ou moins, ne fut-ce que de nom, où on échange régulièrement avec les mêmes personnes quand on lit des romans étiquetés « imaginaire adulte ». On a vite le sentiment que l’univers des lecteur.ices s’y réduit et j’oublie moi-même parfois que ce n’est pas le cas.

En réalité, je pense que plus de 90 si pas 95% du lectorat ne tient pas de blog et n’en lit même pas. Ces personnes achètent leurs romans en librairie et vont les emprunter à la bibliothèque, iels en parlent peut-être autour d’elleux mais c’est tout. Iels ne sont donc pas spécialement au courant de l’actualité littéraire, que ce soit française ou à l’étranger et s’en… moquent en fait. Nous appartenions tous.tes, auparavant, à cette catégorie de lecteur.ice. Personnellement, j’allais à la FNAC de ma ville (Kazabulles n’existait pas encore) je flânais dans le rayon SFFF (qui était surtout bit-lit B. à ce moment-là), je lisais un résumé, j’étais attirée par une couverture, mais je ne cherchais pas de références sur Internet. À la limite, je demandais conseil à la dame responsable du rayon et ça s’arrêtait là. C’est ainsi qu’agit la majorité du lectorat. Donc ce qui est une évidence pour les personnes qui lisent en VO ou qui sont au top de l’actualité littéraire SFFF francophone ne l’est pas pour la plupart des gens.

En voyant un roman sans mention de tomaison, l’innocent.e lecteur.ice pensera logiquement qu’il s’agit d’un volume unique et se fera avoir.

Une pratique malhonnête.
Je juge la pratique malhonnête de la part des maisons d’édition. J’ai conscience qu’une série se vend moins bien auprès du grand public, que c’est un pari du coup plus risqué, sauf que ça ne constitue en rien une excuse. En ce moment, je n’ai pas envie de m’investir dans des séries parce que je trouve davantage mon compte à lire du one-shot, du roman court ou de la novella. C’est mon droit le plus strict. Si j’ai arrêté les SP, c’était pour retrouver le contrôle de mes lectures. Le contrôle total. Avec des pratiques éditoriales comme celles-là, on m’en empêche et ce n’est pas normal. La confiance est déjà rompue à ce moment-là mais il reste encore un argument de poids…

Le budget ! Car oui, l’argent ne s’est toujours pas décidé à pousser sur les arbres (franchement, il abuse !). J’ai dépensé 20 euros pour un roman qui en comptera finalement trois autres sans compter deux novellas, si j’en crois la page de l’autrice. Rien que pour les romans, si le prix se maintient (et vu les problèmes de papier en ce moment, j’ai comme un doute), ça signifie qu’au lieu d’un investissement à 20 euros, je pars a priori sur un investissement à 80 euros ! Ce n’est plus vraiment la même chose et je sais que pour certain.es lecteur.ices, c’est une dépense trop importante qu’iels ne peuvent pas forcément se permettre. Idem pour les bibliothèques ! On m’a fait remarquer sur Twitter que ça arrivait sans arrêt au sein des bibliothèques de commander des romans qui sont en fait des premiers tomes déguisés. On oublie aisément que ces institutions ont des budgets très serrés…

Alors oui, c’est malhonnête et j’en ai marre. Les premières fois où j’ai été confrontée à cette pratique, je n’ai rien dit (rien osé dire, je l’avoue j’ai même parfois défendu les structures concernées en m’obligeant à croire que oui il s’agissait bien de tomes indépendants (NON en fait !!)) parce que ça concernait des auteurs que j’apprécie ou des maisons d’édition que je respectais encore à ce moment-là, avec lesquelles je travaillais. J’ai ressenti un malaise mais je n’avais pas les mots et j’osais moins rentrer dedans. Aujourd’hui, alors que je me suis détachée de ces structures en n’acceptant plus de services presses, je suis redevenue une simple lectrice qui paie ses romans et qui n’a pas envie d’être menée en bateau par une maison d’édition. Une simple lectrice qui se sent, du coup, le droit de dire qu’elle est contrariée.

J’ai payé pour un one-shot. J’ai reçu un premier tome.
Ce n’est pas la même chose. Pas du tout.
Et bien mon argent ira désormais à des maisons d’édition plus éthiques qui ont la décence d’inscrire la tomaison sur leur saga.
Si je n’avais pas acheté ce roman chez un librairie indépendant, j’aurais même été me le faire rembourser.
J’ai conscience que ça ne représente rien pour ces structures mais ça me permet d’être en paix avec moi-même que de prendre cette décision et de m’y tenir. Je n’appelle pas au boycotte, je n’essaie pas de lancer une révolution ou de culpabiliser les personnes qui n’y voient aucun problème. Chacun.e est libre de penser ce qu’iel veut et d’agir comme iel l’entend.

J’espère juste que l’un.e ou l’autre responsable éditoriale passera par ici et qu’iel réfléchira deux minutes sur cette problématique, la prochaine fois qu’on lui proposera de faire passer un tome 1 pour un one-shot.

S’il vous plait, respectez votre lectorat.

RÉFLEXION – pour le respect de la littérature de l’imaginaire

Salutations amis lecteurs !
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire du blog et j’avais prévu un joli petit article plein de fun, d’amour, de chiffres, histoire de fêter ça posément entre nous. Puis hier soir, sur Twitter, alors que je flânais innocemment, je tombe sur le screen d’un article dont je te mets le lien ici. C’est Suck My K. Dick qui a partagé ça et il n’a pas fallu longtemps pour que ça tourne, pour que ça s’indigne…. Pour que ça me gonfle modèle géant au point de me donner envie d’écrire ce billet et de repousser la sortie de mon article festif à demain après-midi. Pour te montrer à quel point, je n’ai même pas mis de gif, c’est dire.

À partir d’ici, je vais m’adresser directement à toi, Journaliste Incompétent. Oui, t’as droit à des majuscules et à un mot que tu jugeras peut-être un peu fort. Mais on va en reparler tout au long de ce billet d’humeur. Une fois à la fin, je pense que tu comprendras pourquoi tu as droit à un tel qualificatif.

 

Un titre pire que maladroit
Commençons par le commencement : c’est quoi ce titre ? Meilleurs selon quoi ? Les chiffres de vente ? Les notes sur les sites d’avis de lecteurs ? La popularité ? Sur quoi se base exactement cet adjectif ? Aucune idée, ça n’est mentionné nulle part. Soit, admettons. Par contre, quand on découvre la liste liée à ce titre… On vérifie la date par acquis de conscience. Mais non, nous sommes le 27 mai pas le 1er avril. Alors on essaie de comprendre, on commence à lire et on facepalm un grand coup avec cette histoire de « passé modifié » qui justifie, à tes yeux, Journaliste Incompétent, l’entrée de certains romans clairement fantasy dans un classement science-fiction. Même si ça reste assez tendancieux parce que je ne suis pas persuadée que les romans cités puissent se classer dans un passé fictif de notre humanité. Il s’agit plutôt d’un monde inventé basé en partie sur notre Moyen-Âge (mais pas que). Bref.

Est-ce que tu connais la notion de vérification des sources? C’est un truc tout bête que tes profs t’apprennent en première année et je le sais parce que je suis diplômée d’un master en communication de l’Université de Liège, ce qui signifie que j’ai fait trois années de bachelier (votre équivalent de licence en France) avant d’entrer en master, avec des cours de journalisme au cas où j’aurais eu envie de me spécialiser là-dedans (ce qui n’a pas été le cas). Normalement, tes professeurs ont du t’expliquer que quand on écrit un article, on vérifie ce qu’on raconte dedans et on se renseigne un minimum en croisant les sources histoire de ne pas raconter n’importe quoi et de ne pas se fier à une seule voix. C’est aussi quelque chose que j’enseigne à mes étudiants de 15 ans, au passage. Je suppose que tu t’es laissé abuser par la définition présente sur Wikipédia qui évoque la possibilité d’un passé fictif du coup je te recommande de jeter un œil au travail de l’ami Apophis qui fait autorité en matière de classement littéraire et qui aurait été ravi de t’aider si tu avais des questions.

En l’état actuel, dans le meilleur des cas, tu devrais au minimum renommer ton article et l’intituler « Dix romans de l’imaginaire super mainstream que tout le monde connait déjà parce que j’ai eu la flemme de faire de vraies recherches pour écrire un article documenté sur les littératures de l’imaginaire. »

Fantasy et science-fiction : blanc bonnet, bonnet blanc ?
Je vais utiliser ici la définition proposée par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales mais tu peux trouver grosso modo la même dans plein de dictionnaires.
Science-fiction : Genre littéraire et cinématographique décrivant des situations et des événements appartenant à un avenir plus ou moins proche et à un univers imaginé en exploitant ou en extrapolant les données contemporaines et les développements envisageables des sciences et des techniques.

Sur cette base, j’aimerais bien savoir dans quel avenir plus ou moins proche et sur base de quelles données contemporaines / développements scientifiques on a écrit l’Assassin Royal, Le Sorceleur, le Hobbit, À la croisée des mondes ou encore Game Of Thrones (qui au passage est le titre de la série télévisée, le roman s’appelle A Song of Ice and Fire en anglais ou le Trône de Fer en français. Oh et l’auteur c’est G.R.R. Martin, en plus t’oublies des lettres dans son nom… Are you fuckin’ serious ?) Alors j’admets que je n’ai jamais lu l’Assassin Royal et que ma lecture d’À la croisée des mondes remonte super loin, toutefois j’ai vérifié et les deux sont bien classés en fantasy, un genre qui ne peut se confondre avec la science-fiction. Cela signifie, cher Journaliste Incompétent, que sur dix romans tu as déjà la moitié que tu peux retirer de ton classement.

Je ne vais pas me prononcer sur la présence des cinq autres ouvrages parce que je ne les ai pas lus, je n’en ai jamais eu envie. Pourtant je les connais, je sais que pour certains, ils font autorité mais voilà j’ai un problème avec les romans « qui font autorité » dans leur domaine donc je passe mon tour. Je vais éviter aussi de te demander POURQUOI tu recommandes des tomes 2, ça n’a pas grand sens mais bon à la limite, tu vois, ça, c’est le moins grave.

La domination blanche et masculine : y’en a MARRE !
Non content de te foirer sur le genre littéraire tu proposes en plus uniquement des romans 1) écris par des hommes (à l’exception de Robin Hobb) et 2) qui datent de plusieurs années si pas décennies dans certains cas. Es-tu au courant, cher Journaliste Incompétent, qu’il existe dans ton beau pays (la France donc je suppose vu que tu publies dans le Parisien) des auteurs et des autrices bourré(e)s de talents ainsi que des éditeurs engagés dans la défense des littératures de l’imaginaire? Tu n’avais qu’à te baisser pour trouver de quoi étoffer ton classement. Si tu cherchais absolument à mettre en avant des auteurs anglo-saxons, il y en a plein chez Albin Michel Imaginaire ou même chez l’Atalante (qui publie quand même John Scalzi et David Weber qui sont deux grands noms incontournables que même moi, novice en SF, je connais et je lis, deux noms totalement absents de ton joli classement).  Tu aurais aussi pu pousser ta démarche en mettant en avant les talents locaux, locaux ET féminin. Je peux te citer sans réfléchir trois autrices françaises de SF : Estelle Faye (Les nuages de Magellan – Scrineo), Luce Basseterre (La Débusqueuse de Monde – Mü puis Le Livre de poche) et Audrey Pleynet (Ellipses – Amazon). J’ai fait exprès de te mettre du gros éditeur, du moyen et de l’AE pour que tu constates qu’en prime, t’avais pas à chercher bien loin pour trouver.

Visiblement tu as voulu faire l’effort d’incorporer dans ton classement un auteur auto-édité sur Amazon, Thomas Palpant. C’est bien de parler des AE, vraiment, mais quand même… On va s’arrêter deux minutes sur ce monsieur.

Le cas E-Storic
J’ai lu plusieurs commentaires sidérés de la part d’autres blogueurs qui ne comprenaient pas la présence de ce roman dans le classement. Tu sais quoi ? Moi, je l’ai lu ce texte et je te renvoie vers ma chronique pour le détail de mon avis. C’était bien, intéressant, ça poussait à la réflexion sur la notion de vie privée et nos addictions à la technologie mais est-ce qu’il mérite de figurer parmi les meilleurs livres de science-fiction ? Désolée… Non. Et si tu l’avais lu, si tu avais lu plus de deux romans et demi de science-fiction dans ta vie, cher Journaliste Incompétent, tu penserais la même chose que moi. À présent que je possède un peu plus d’expérience dans le genre (et je le dis, ce n’est qu’un peu car je me considère toujours comme novice !), je sais que ces thématiques sont largement traitées, vues et revues dans ce genre littéraire. Thomas Palpant propose donc un texte sympa qui se lit tout seul et fait son job mais il ne réinvente rien. Il n’a aucune légitimité pour figurer dans ce classement déjà bancal. Ce n’est pas ici une attaque envers lui de manière directe (même si je m’interroge, comment s’y est-il retrouvé ?) juste une dernière mise au point histoire de m’assurer d’avoir bien enfoncé le clou jusqu’au bout.

Le mot de la fin.
Voilà, j’en ai terminé avec toi, Journaliste Incompétent. J’ai perdu une heure de ma vie à écrire ce billet d’humeur parce que j’en ai assez. J’en ai assez que des gens méprisants se permettent d’écrire sur des sujets qui me tiennent à cœur sans prendre dix minutes pour se renseigner. J’en ai assez de cette fracture qui existe entre les littératures de l’imaginaire et la « littérature blanche » comme s’il y avait des genres littéraires plus nobles que d’autres. J’en ai assez de voir des journalistes français cracher sur la production française pourtant si riche et originale en ne lui accordant même pas un regard ou alors au détour d’un copinage maladroit. J’en ai assez que le monde littéraire se voile la face sur sa réalité. J’en ai assez de toujours voir apparaître des hommes qui ont l’âge de mon père dans ces classements sans qu’on n’accorde de place aux femmes. Pas qu’ils n’aient pas de talent (je vous ai dit à quel point je suis fan du travail de Scalzi ?) mais ils ne sont pas les seuls à en posséder (non je ne vais pas citer Ada Palmer mais ADA PALMER BORDEL ! Et Estelle Faye en tant que femme ET française ! Je ne vais pas me lancer sur la fantasy sinon on va me perdre toutefois j’avais déjà écrit un billet à ce sujet). Je ne sais pas si tu es juste maladroit, toi qui as envoyé cet article au Parisien, mais t’as pris pour tous les autres et j’espère que ça te poussera à réfléchir la prochaine fois qu’il te viendra l’envie d’écrire sur un sujet que tu ne connais pas du tout.

On peut échanger dans les commentaires mais en restant courtois et respectueux, merci ♥