Le secret du colibri – Jaye Robin Brown

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Le secret du colibri est un one-shot young adult contemporain écrit par l’autrice américaine Jaye Robin Brown. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, vous trouverez ce roman au prix de 19.9 euros.

De quoi ça parle ?
Jessica souffre d’élans colériques et elle se bat pour les maîtriser. Quand elle rencontre Vivi, l’avenir semble radieux. Hélas, Vivi décède à cause de son asthme et la descente aux Enfers commence pour Jess. Entre passé et présent, une tranche de vie quotidienne poignante et humaine.

Une alternance des temps.
Jaye Robin Brown décide de narrer son histoire à la première personne, du point de vue de Jess. Le lecteur la rencontre alors que la mort de sa petite amie, Vivi, date de quelques jours à peine. La souffrance est palpable à chaque ligne sans pour autant paraître lourde ou exagérée. À travers ce maelstrom d’émotions, l’autrice insère des notes plus douces grâce à des chapitres dédiés au passé, ce qui permet de connaître les détails de la relation entre les deux adolescentes : leur rencontre, leur premier baiser, leurs passions, ce qu’elles s’apportent l’une à l’autre. C’est doux, agréable et surtout, pas bêtement idéalisé. Cet aspect humain m’a sauté aux yeux durant toute ma lecture tant l’autrice le maîtrise de tout en bout.

Évoquer l’amour (lesbien).
Le secret du colibri est le premier roman que je lis qui traite en thématique principale d’une relation amoureuse entre deux femmes et c’est ce qui m’a tout de suite attirée dans ce titre (un peu comme pour Je ne suis pas un gay de fiction même si on parle plus souvent de relations entre hommes qu’entre femmes, du moins j’en ai l’impression). En cette période où on évoque beaucoup la problématique de la représentation de la femme mais aussi de la communauté LGBTQ+ en fiction, j’avais envie de me plonger dans un roman de ce genre et j’en ressors enchantée. Jaye Robin Brown développe énormément de sujets importants autour de l’amour : la notion de consentement, la première fois dans l’intimité, la pression sociale qui existe autour de la sexualité « dans la norme ». Comme son héroïne est une adolescente, l’autrice ne va pas trop loin et ne tombe pas dans les descriptions explicites ou le voyeurisme graveleux. Il s’agit ici de traiter des émotions en priorité. Sans être le public cible (vous le savez, la romance et moi…) j’ai beaucoup aimé me plonger dans ce roman car non seulement la relation principale concerne deux femmes mais on trouve aussi la présence d’un personnage qu’on soupçonne d’asexualité. Et c’est bien la première fois que je croise ce terme dans un roman, ce que je trouve vraiment extraordinaire ! J’ignore si l’autrice appartient elle-même à la communauté LGBTQ+ mais quoi qu’il en soit, elle en parle avec beaucoup de justesse, d’intelligence et de respect.

Évoquer le deuil.
Le secret du colibri n’est pas une romance même si on y parle beaucoup d’amour. C’est avant toute autre chose un roman sur le deuil, sur la façon de le vivre, de le gérer, de l’affronter au quotidien avec ses hauts et ses bas mais aussi sur la manière de se reconstruire dans l’après. Jessica est confrontée à des réactions très différentes, du camarade crétin qui se moque de la mort de sa petite amie parce qu’elle est « gouine » à sa mère très compréhensive en passant par sa grande-sœur qui a du mal à concevoir qu’elle n’ait pas tourné la page au bout d’un mois. Une fois de plus, l’autrice brille par ses choix de narration très humains et crédibles. Dans une note finale de sa main, on apprend qu’elle a écrit ce roman suite à un deuil qu’elle a vécu bien qu’elle précise que cette histoire n’a rien d’autobiographique. Et bien, on le sent. Jaye Robin Brown ne se contente pas de reprendre les étapes théoriques du deuil, elle y apporte de la nuance, de la subtilité, avec une surprenante maîtrise. Aucun manichéisme ici mais beaucoup de douceur, d’espoir, de réussites et d’échecs. J’y ai cru du début à la fin, l’autrice est parvenue à m’embarquer dans le coeur de Jess avec une surprenante maestria.

Un roman très moderne d’utilité publique.
J’ai refermé ce texte en me disant que j’avais envie de le donner à lire à mes élèves parce qu’il aborde de nombreux thèmes actuels et permettra probablement des prises de conscience chez son lecteur en plus d’entrainer de passionnantes discussions. Le secret du colibri joue beaucoup sur l’aspect psychologique, sur les émotions plutôt que sur l’action. Au final sur le plan de l’intrigue en elle-même, il ne se passe pas « grand chose » puisque l’autrice narre le récit d’une reconstruction, une reconstruction à travers l’art et non pas de grandes aventures ou des drames en chaîne. C’est véritablement une tranche de vie commune dotée d’une profonde richesse autant stylistique que thématique.

L’art salvateur.
Grâce aux chapitres dans le passé, le lecteur apprend que Jess souffre de crises colériques depuis le décès de son père militaire dans son enfance. Elle travaille à gérer ses émotions et à ne plus se battre sans arrêt. C’est dans un but thérapeutique qu’elle commence à dessiner et il se trouve qu’elle possède un certain talent, talent que Vivi la poussera à exploiter. Lors de son second deuil, l’art reste inaccessible à Jess qui se sent privée de toute inspiration, celle-ci ayant disparue avec sa petite amie. Pourtant, l’art continuera de tenir une place importante dans le récit et aidera Jess à remonter la pente. Pas en un claquement de doigt, pas du jour au lendemain, mais en lui permettant de poser un pied après l’autre. Sans hésitation, ce récit plaira aux artistes, à tous ceux qui ont un jour ressenti une pulsion créatrice.

En parlant d’art, le roman contient plusieurs dessins d’oiseaux vraiment superbes qui accompagnent le récit puisqu’il s’agit de ceux réalisés par Jess ! Ils illustrent également la passion de Vivi pour l’ornithologie. C’est un détail en soi mais ça rappelle à quel point le Chat Noir soigne la mise en page de ses romans.

La conclusion de l’ombre.
Le secret du colibri est un très beau roman autour de l’amour entre deux femmes, du deuil et de la manière dont on peut se reconstruire après une perte. Jaye Robin Brown raconte avec une narration à la première personne l’histoire de Jessica et la façon dont elle tentera de surmonter le décès si soudain de sa petite amie Vivi. Avec une plume douce et sincère, l’autrice signe un texte poignant dont on ne ressort pas indifférent, qu’on soit ou non le public cible. Une découverte que je recommande très chaudement !

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Tu es belle Apolline – Marianne Stern

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Tu es belle Apolline
est un one-shot young adult de littérature blanche écrit par l’autrice française Marianne Stern. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, vous pouvez commander ce titre directement sur leur site Internet. Il s’agit d’une des nouveautés qui a souffert de la crise COVID-19 donc n’hésitez vraiment pas à tenter l’aventure.

De quoi ça parle?
Aux yeux de la société, Apolline a tout pour être heureuse : une mère riche et mannequin, une belle maison, peu de pression parentale… Pourtant, elle souffre. Elle mène une guerre contre la nourriture, obsédée par son poids, laissée seule face à ses démons par une mère carriériste qui refuse de divulguer l’identité de son père. Un père qui manque à Apolline…

Apolline, une protagoniste hors normes.
J’ai souvent tendance à associer la littérature young-adult à des héroïnes féminines (dans tous les sens du terme), qui prennent soin d’elle, qui sont obsédées par un garçon, relativement bonnes élèves, sérieuses, respectueuses, bref qui rentrent dans les clous de ce que la majorité des gens imaginent quand ils pensent « adolescente propre sur elle ». J’ai conscience de faire ici une généralité toutefois on ne peut nier qu’Apolline n’a rien d’une protagoniste comme les autres.

Apolline est métaleuse et germanophile. Elle fume des joints, elle boit aussi et se mutile pour exorciser son malêtre. Pour ne rien arranger, elle est anorexique mais refuse de le reconnaître. Par certains côtés, je me suis revue au même âge : différente, jugée, avec des interactions sociales difficiles. Du coup, je n’ai eu aucun mal à non seulement m’attacher à elle mais également à la trouver crédible. Toutefois, j’ai lu à plusieurs reprises que ce n’était  pas évident pour tout le monde donc vous êtes prévenus.

Le roman est écrit à la première personne donc le lecteur vit l’histoire uniquement du point de vue d’Apolline. Le texte se veut psychologique, immersif. Nous vous attendez pas à des rebondissements dans tous les sens ou des évènements spectaculaires. Marianne Stern raconte la vie d’une adolescente presque comme les autres, décrivant avec maestria ses intenses tourments.

Apolline et l’anorexie.
L’anorexie est une grande thématique du roman. Apolline a grandi sous le même toit qu’une mère mannequin qui fait attention à son poids. Mutti ne lui a jamais adressé le moindre reproche ou fait peser une pression quelconque sur elle. Néanmoins, Apolline côtoie son style de vie, son style de beauté, c’est la norme pour elle de manger du céleri et boire du thé vert. Elle pèse quarante-quatre kilos à peine pour plus d’un mètre septante, on voit d’ailleurs ses os. Elle ne peut pas avaler une part de pizza sans ressentir un dégoût profond si bien décrit par l’autrice que mon propre estomac se rebellait à la lecture. L’ironie veut que je mangeais justement de la pizza le soir-même…

Le mot anorexie arrive tard dans le roman puisque Apolline vit dans le dénis. On évolue avec elle petit à petit vers l’acceptation de son état et un désir d’aller mieux, mêlé à une crainte : celle de finir à l’hôpital, endroit diabolisé par sa grand-mère qui le lui a d’abord présenté comme une menace pour l’obliger à manger. Fausse bonne idée… J’ai beaucoup apprécié le traitement de ce thème par l’autrice. Le choix de la subtilité permet au propos de gagner en force. Le concept fonctionne très bien.

Le culte des apparences.
Avec une mère mannequin, forcément, on ne peut pas passer à côté des préoccupations liées à l’apparence. Toutefois, l’autrice traite ce thème dans un sens plus large puisqu’elle met en scène la pression sociale du lycée. Apolline pose un œil critique sur ses camarades qu’elle trouve souvent grosses, hideuses. Cette fixette sur le gras n’est pas sans rappeler cette tendance de nos sociétés occidentales à mettre en avant la taille de guêpe et à donner dans le body shaming. D’ailleurs, Apolline va en être la victime elle aussi non seulement à cause de sa maladie mais aussi avec l’histoire des photos. Une situation vécue malheureusement par beaucoup d’adolescentes de nos jours, qui permettra de rappeler les protections les plus élémentaires.

La famille et le besoin d’attention.
Apolline a été élevée par une femme qui pensait d’abord à sa carrière. Un choix narratif intéressant parce que, pour une fois, je n’ai pas ressenti de critique contre celle qui a choisi son métier en essayant de se débrouiller avec son enfant. Mutti commet des erreurs, comme tout le monde. Elle est humaine, tout simplement. Apolline lui reproche par moment son comportement puis se rend compte elle-même que ce n’est pas forcément juste de sa part. J’ai trouvé le roman très moderne à ce sujet et décomplexant vis à vis des femmes actives. L’autrice s’engage ainsi, à sa façon, sur une question sociale forte en faisant à nouveau le choix de la subtilité.

L’absence du père créé un profond malaise chez Apolline. Elle a envie de le connaître mais sa mère refuse de lui donner des détails à son sujet. Comme elle a été escort-girl et qu’elle est tombée enceinte jeune, on imagine pendant un temps qu’il s’agit d’un accident avec un client. On se demande aussi, au fond, pourquoi conserver cet enfant? Une question matérialisée dans le roman par Carabosse, alias la grand-mère d’Apolline qui personnifie une société rétrograde, scrutatrice, étouffante.

Ces thématiques ne s’abordent pas à la légère et Marianne Stern l’a bien compris. Selon moi, l’autrice trouve un bel équilibre en proposant ainsi un roman très humain qui fonctionne bien.

Deutschland mein hertz in flammen will dich lieben und verdammen*
(Deutschland – Rammstein)
Tu es belle Apolline est, comme je l’ai déjà dit plus haut, un roman clairement germanophile. Apolline est fascinée par l’Allemagne, sa langue, son histoire, sa musique. Si la thématique ne vous intéresse pas ou que vous détestez ce qui vient de là-bas, vous risquez de vous heurter à un mur. Notre protagoniste écoute Rammstein, adore Till Lindemann (mais pas que), se donne la peine de s’investir uniquement au cours d’allemand et voue une admiration profonde à sa prof, mademoiselle Tallberg. Plusieurs phrases dans cette langue apparaissent dans le texte sans être traduite, toutefois on comprend leur signification approximative avec un peu de contexte. Je sais que ça a dérangé certains lecteurs mais ça n’a pas été mon cas puisque ça a participé à mon immersion dans ce roman. Je ne suis pas aussi accro à cette culture que l’autrice toutefois ça ne m’a pas empêchée de me régaler face à ces références ni de ressentir la passion de Marianne Stern pour ce sujet précis.

Tu es belle Apolline et That’s a long way to hell : des points communs ?
À ce stade, je ne peux m’empêcher d’effectuer un parallèle entre ce roman et That’s a long way to hell car on y retrouve des thèmes et des motifs semblables alors même que les histoires sont profondément différentes. Par exemple, l’idée de la mère seule et indépendante qui élève un enfant sans présence d’un père tout en refusant d’assouvir la curiosité de l’enfant quand il ou elle pose des questions. On retrouve aussi une germanophilie semblable. Si le roman se déroule en France et pas à Néo-Berlin, il est imprégné d’Allemagne à de nombreux niveaux. Enfin, on a deux personnages qui aiment la musique metal plus ou moins trash et qui sont auto-destructeurs. Apolline dans une moindre mesure que Hans… Quoi que ? Bref, quand on lit les deux romans, les similitudes sautent aux yeux pourtant ils n’ont pas grand chose en commun. Étrange paradoxe.

La conclusion de l’ombre :
Tu es belle Apolline est un roman young-adult de littérature blanche intéressant à découvrir pour son héroïne hors du commun et ses thématiques fortes. Marianne Stern aborde des sujets sociaux importants comme l’anorexie, le body-shaming, les difficultés familiales avec subtilité et maîtrise, ce qui rend le texte encore plus intense. Une fois commencé, impossible de lâcher ce roman que je recommande très chaudement même si vous n’êtes pas familier du genre. Il vaut le coup qu’on passe outre nos habitudes !

How to save a life – Lauren K. McKellar

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How to save a life
est un roman one-shot tranche de vie publié par l’autrice australienne Lauren K. McKellar. Traduit aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, ce titre est disponible au prix de 19.90 euros.

Vous avez le droit de vous indigner. C’est vrai que je lis assez peu de romans de ce style là et qu’en général, je les évite largement. Toutefois, en découvrant la quatrième de couverture, j’avoue… Il me tentait bien. Je ne sais toujours pas pourquoi à l’heure actuelle mais j’ai profité qu’une amie me le prête pour m’y essayer parce que quand même, il me titillait depuis l’annonce de sa sortie qui date d’octobre 2018. Y’a des mystères, comme ça.

Lia est une lycéenne de dix-sept ans qui cache un assez lourd secret et n’a pas la vie facile. Entre son passif, sa mère alcoolique et les difficultés dans son job, elle compte les jours pour enfin se tirer de chez elle et vivre à Melbourne même si ça implique de laisser sa mère. Pour cette raison, Lia essaie absolument de la soigner avant de s’en aller, par peur qu’elle se tue. Son objectif? Décrocher une bourse dans un célèbre conservatoire afin de jouer du piano, instrument qu’elle maîtrise à la perfection. Mais tout n’est pas si simple dans cette petite ville australienne.

Je suis toujours un peu entre deux sentiments concernant ce livre. Je l’ai lu très rapidement et je l’aurai même dévoré d’une traite si je n’avais pas été fatiguée par la foire du livre de Bruxelles. Sans aucun doute, How to save a life est un page turner plutôt bien écrit (et bien traduit) puisqu’il déborde d’émotions maîtrisées par son autrice. On a envie de connaître la suite et on la lit avec une sorte de fascination morbide en se demandant ce qui va bien pouvoir encore arriver à cette pauvre fille. D’un autre côté, j’ai eu plus d’une fois envie de secouer Lia pour qu’elle ouvre les yeux sur les horreurs qui se déroulent autour d’elle. Entre son copain, le nouveau mec de sa mère, sa mère elle-même et les traumatismes qu’elle a subi avec son père… Quand on découvre son histoire d’un œil extérieur, on a plus d’une fois envie de hurler et de la pousser à faire ce qu’il faut pour se sortir de là. D’ailleurs, sans vous spoiler, je ne comprends toujours pas comment elle peut supporter de se retrouver en compagnie de Kat. Il y a des choses que je ne cautionne pas et ça franchement…

Et c’est là, je trouve, qu’on peut parler de roman réussi. Parce que j’ai ressenti des émotions. Que j’étais prise dans le texte. Lauren McKellar évoque des thématiques graves qu’on a tendance à minimiser ou pire, à banaliser. L’alcoolisme d’un parent, l’inversion des rôles parent-enfant, le désir qu’on a de voir ses proches heureux quitte à se sacrifier pour ça, le choix de garder le silence face à l’horreur pour protéger sa mère, la peur de se dévoiler et le regard des autres, tout ça sont des sujets importants et je pense que ce roman peut amener une réelle prise de conscience par ses lecteurs. Je trouve d’ailleurs que la psychologie de Lia sonne assez juste et que les éléments aberrants de sa vie n’en sont que renforcés.

Venant de donner un cours sur l’alcoolisme, je peux aussi affirmer que la façon dont l’autrice parle des alcooliques est aussi (et hélas) très réelle. On sent un investissement émotionnel conséquent à travers ces lignes. Alors, évidemment, on est dans de la littérature young adult même s’il y a quand même des scènes sexuelles (non explicites). Et il y a quand une romance. Sans vous spoiler la fin, vous la devinez plus que probablement. Ces éléments me laissent un petit arrière-goût d’agacement mais il est quand même minime dans l’ensemble parce que je m’étais attachée à Lia et que contrairement à l’idée reçue générale, je ne suis pas un monstre. Sans compter que j’ai apprécié le fait que ce garçon ne prenne pas toute la place. Lia se sent bien avec lui mais elle ne se jette pas à ses pieds pour qu’il la sauve. Alors évidemment, le gars est super beau, super sexy, super gentil, super tout ce qu’on veut mais elle se débrouille d’abord et avant tout par elle-même, bien que ça la fasse souffrir. Ça, ça me plait !

Pour résumer, j’ai aimé How to save a life et je suis contente de l’avoir lu. Je ne suis absolument pas le public cible sans compter que certains codes de la romance sont présents (ce qui m’agace), pourtant j’ai trouvé ce texte intéressant grâce à ses thématiques et son héroïne. Il prend aux tripes et ce page-turner ne manquera pas de plaire aux amateurs du genre. Je le recommande à ceux qui cherchent un texte contemporain avec des thématiques fortes et un personnage principal crédible.

Cœur Vintage – Cécile Guillot

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Cœur Vintage
est un one-shot de young adult francophone écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Premier né de la collection Chat Blanc aux Éditions du Chat Noir, il est disponible en papier au prix de 14.90 euros. Notez que Cécile sera en dédicace ce samedi aux Halliénnales pour la sortie officielle de son roman !
Ce titre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge, menu « Automne douceur de vivre » catégorie « Pomme au four, tasse de thé et bougie » ainsi que dans le menu « Automne ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Cœur Vintage, c’est l’histoire de Mina. Une jeune lycéenne américaine passionnée par la mode vintage qui entre dans sa dernière année de lycée. Elle commence à sortir avec le quaterback de l’équipe de foot, un garçon charmant, attentionné, populaire. Le rêve quoi. Mais Logan est-il si parfait que ça? Quand le doute commence à s’installer, Mina est forcée d’ouvrir les yeux sur une réalité douloureuse et va devoir prendre ses propres décisions, qui impacteront toute sa vie. Mina sera d’ailleurs influencée par l’histoire de Delia, adolescente en 1956. Leur lien? Une robe…

Alors, j’ai beaucoup de choses à dire et je vais essayer de le faire sans spoiler le contenu du roman !

Déjà, vous vous en doutez, ce n’est pas le genre de livre vers lequel je me dirige en règle générale. Déjà, le young adult, brrrrrr (oui ceci est un frisson de terreur) mais alors ces romances pseudo-parfaites décrites sur la quatrième de couverture… J’avais un peu peur. Beaucoup. Pourquoi, vous demandez-vous donc, ai-je acheté ce titre aux Aventuriales? Simplement parce que j’ai lu, je pense, tous les romans de Cécile Guillot à ce jour et je n’ai jamais été déçue. Pourtant, systématiquement, ce sont des livres qui me sortent de ma zone de confort (mais si, ce coin sombre et bizarre là, vous le connaissez !). Je lui ai donc donné sa chance et je ne le regrette pas.

Cœur Vintage est écrit à la première personne. De sa plume douce et fluide, Cécile nous plonge dans les pensées et le quotidien de Mina. Hormis une situation familiale compliquée (une mère dépressive et un père absent sauf pour la critiquer) notre lycéenne a des amies, une tante aimante qui tient une boutique de seconde main (le pied!), un meilleur ami qui est là pour elle. Quand Logan l’aborde un jour au lycée et lui propose de sortir, elle pense que tout lui réussi. Parce qu’elle sait que ce garçon n’est pas juste un beau gosse sportif. Elle l’a déjà vu lire sous un arbre pendant les vacances, un roman qu’elle aime beaucoup. Mina est donc persuadée que Logan est bien plus profond qu’il n’y parait.

Je vous le jure, dès le départ, je ne le sentais pas ce mec. Trop parfait, trop poli, il cachait quelque chose à moins que ça ne soit ma tendance à voir toujours le mauvais chez les autres. À travers cette relation entre deux adolescents, l’autrice aborde plusieurs thématiques importantes comme le respect dans un couple, le danger de la violence conjugale, l’importance de se confier, de ne pas avoir honte, la pression qui existe autour de l’acte sexuel…

Et à ce stade, tu te dis: attends, elle a parlé de young adult, pourquoi est-ce qu’il y a du sexe? Je me suis posée la même question. Je ne m’y connais pas trop dans le genre alors une fois ma lecture terminée, j’ai été discuter avec l’autrice pour comprendre et j’ai saisi la nuance. Oui, il y a deux ou trois scènes de sexe dans Cœur Vintage. Mais elles n’ont absolument rien d’érotiques. Et évidemment, il y a une vraie différence entre ces deux termes. Ce sont davantage des mises en situation pour la problématique principale du livre, à savoir la pression qui existe pour les femmes autour de ce sujet (et d’autres, mais nous y reviendront) qu’elle vienne d’elles-même ou des hommes. Les questions que se posent Mina suite à ce premier rapport, toutes les filles y ont déjà pensé au moins une fois et se sont senties mal à l’aise face à ce décalage entre la réalité et les fictions que nous lisons / voyons / consommons d’une manière ou d’une autre. J’ai trouvé ça très positif que Cécile Guillot aborde ces sujets, avec la sensibilité qui la caractérise. Elle ne porte pas de jugement, que ce soit dans un extrême ou dans l’autre. Je pense qu’un public adolescent pourrait trouver un certain réconfort à la lecture de ce roman.

J’ai beaucoup parlé de Mina, quid de Delia, notre héroïne des années cinquante? Déjà, je vous attendez pas à un roman en alternance de point de vue avec un chapitre pour chaque fille, comme je le pensais à la base. Mina est bien la protagoniste principale. Delia est présente en toile de fond, à travers les visions données à Mina par la robe. Et là, je vous entends à nouveau vous dire mais, elle a dit que le roman était dans la collection chat blanc… Pourquoi y a-t-il du fantastique? C’est le second point sur lequel j’ai tiqué (le premier, c’était le sexe mais tout s’est arrangé hein, si vous suivez un peu). On pourrait dire qu’on ne sait pas vraiment si Mina rêve de Delia qui serait une projection d’elle-même dans une époque qu’elle apprécie mais Mina s’étonne des mœurs de Delia, de ses conversations avec ses amies sur le sexe, de ce tabou qui existe à cette époque sur le passage à l’acte avant le mariage, leur absence de connaissances sur la contraception et le reste. Du coup, il y a bien une pointe de fantastique mais elle reste légère et sert surtout à traiter les thématiques du récit qui elles, sont beaucoup plus actuelles. Sur un plan personnel, j’aurai aimé que les chapitres s’alternent de manière plus équitable entre Delia et Mina, et que la robe soit un fil conducteur entre les deux parce que j’étais vraiment intéressée par l’idée de découvrir la vie adolescente dans ces années-là. Néanmoins, vu comment tournent les évènements, cela aurait donné une histoire complètement différente. Je rappelle ici que c’est juste mon opinion, ça ne change rien à la qualité du livre.

Bref, je parle, je parle (enfin, j’écris)… Que dire de Cœur Vintage, en quelques mots? Ce roman court et one-shot est très clairement destiné à un public adolescent et même d’adolescentes. Il aborde avec sensibilité des thématiques propres à cette période entre l’enfance et l’âge adulte, où on se pose beaucoup de questions sur le présent autant que sur l’avenir. La jolie plume de Cécile Guillot permet de passer un moment de détente agréable en compagnie d’un texte intelligent et social sur la condition de la femme, une thématique traitée sous de nombreux aspects et de nombreuses situations. J’ai passé un bon moment avec la lecture de ce texte que je recommande aux adeptes du young adult et aux jeunes filles qui doivent être sensibilisées rapidement à tous ces problèmes.