L’Apocalypse selon Sandra – Céline Saint-Charle

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L’Apocalypse selon Sandra
est un one-shot post-apo zombie écrit par l’autrice française Céline Saint-Charle. Publié chez Livr’S Éditions, le titre est actuellement en précommande jusqu’au 15 septembre pour une sortie en librairie prévue le 1er octobre.

Céline Saint-Charle a un incroyable talent…
Céline Saint-Charle, c’est une autrice dont je ne pensais pas aimer les livres. Elle écrit systématiquement dans les genres que je n’apprécie pas, voir que je déteste, et je me retrouve pourtant chaque fois à lire son bouquin, par un improbable concours de circonstance. J’aime pas le post-apo ? BAM ! Elle sort #SeulAuMonde qui m’a agréablement surprise par son humanité. J’aime pas la dystopie ? BIM ! Elle m’envoie la Divine Proportion en pleine face, qui a été un énorme coup de cœur et ce dés le comité de lecture (quand j’y étais encore) alors imaginez mon plaisir quand j’ai relu la version éditée. J’ai une aversion profonde pour les zombies ? ZBEM ! Voilà qu’elle débarque avec l’Apocalypse selon Sandra, roman avec lequel j’ai passé un excellent moment et qui déborde de bonnes idées.

Je vis à présent dans la crainte qu’elle se mette à la romance.

De quoi ça parle ?
Sandra Cochrane est une jeune texane qui travaille dans le ranch familial. Le jour où l’apocalypse commence, Sandra accompagne son frère Tom pour tester l’une de ses inventions quand le shérif Perkins arrive. Il vient arrêter Diego, un gars pourtant sans histoire, qu’il accuse du meurtre de sa femme. On comprend rapidement que Perkins est un cliché du flic texan dans toute sa splendeur, avec le racisme et l’abus de pouvoir qui vont avec. Alors quand il devient un zombie et que Sandra finit menottée à lui, on n’imagine pas une seule seconde qu’on finira par éprouver de la sympathie à son égard…

Revisiter le genre.
Céline Saint-Charle semble passionnée par l’apocalypse et les zombies, cela se sent dans son récit car elle s’amuse à démonter un par un les codes du genre. Elle illustre parfaitement l’intérêt, pour un.e auteur.ice, de connaître le genre dans lequel iel écrit afin de pouvoir se le réapproprier et même, pourquoi pas, le renouveler. Quand je pense post-apo zombie, j’ai des images de The Walking Dead, d’intrigues violentes et gores autour de plusieurs groupes de survivants aux idéologies opposées, la loi du plus fort qui règne, la crasse, le désespoir, etc. Ici, on a tout ça, mais au lieu de se pencher sur les humains, l’autrice se place du côté des… zombies ! Et oui, même avec Sandra en narratrice dans une écriture à la première personne. On se rend vite compte que les véritables monstres ne sont pas ceux qu’on croit…

Avec une vingtaine de chapitres dynamiques intitulés « épisodes », l’autrice découpe son roman comme une série efficace, mâchant le travail de la firme qui ne manquera pas de racheter les droits de cette œuvre. Vous pensez que je m’emballe ? C’est parce que vous n’avez pas encore découvert l’Apocalypse selon Sandra.

Toute l’histoire est racontée par Sandra, qui doit déployer une grande capacité de résilience pour ne pas perdre l’esprit alors qu’elle avance au milieu de cette horde zombie, sans savoir pour quelle raison elle ne sert pas de repas comme les autres. L’autrice développe finement la psychologie de sa protagoniste, insistant sur les différentes étapes de son évolution mentale comme morale, sur la manière dont l’humain s’adapte pour simplement survivre et ne pas sombrer dans la folie. La présence de Sandra au sein de la horde permet d’observer le comportement des créatures, qui s’éloigne de ce dont on a l’habitude au cinéma, dans les séries ou même dans les romans / BD sur le sujet. En règle générale, on tient toujours pour l’humanité dont on espère la survie et l’apocalypse apporte une bonne occasion de remettre en question les différents excès contemporains que nous vivons au quotidien. Ici, Céline Saint-Charle met le nez de l’Humanité dans (son) caca (de vache) et n’a pas la prétention d’offrir le moindre pardon à qui que ce soit. Il fallait l’oser et j’ai personnellement trouvé ça savoureux !

Sandra, une protagoniste qui marque.
Sandra Cochrane est un peu la texane typique, dans les standards de beauté et d’intelligence, douée de capacités au travail manuel. Elle n’a rien de spécial si ce n’est qu’elle tombe dans une fosse pleine de purin au moment où le zombie attaque le shérif, ce qui l’épargne dans un premier temps et l’oblige à suivre la horde, menottée à l’un de ses membres. Elle doit prendre sur elle pour ne pas craquer et on ne peut qu’éprouver une profonde admiration pour sa résilience. Elle n’est pas toujours angélique, elle ne prend pas toujours les meilleures décisions, toutefois elle ne fait rien que nous ne ferions pas à sa place. C’est une protagoniste crédible pour laquelle on ne peut que ressentir de l’empathie. J’ai adoré découvrir son cheminement, son parcours, ses rencontres, les obstacles sur sa route et la manière dont tout ça se « termine ».

Cette protagoniste, à la fois typique et surprenante, n’écrase pas pourtant de son aura les personnages secondaires qui croisent sa route. L’autrice a soigné l’ensemble de son roman, on sent le travail minutieux qu’elle a accompli et qui ne fait qu’amplifier le plaisir de lecture.

Un roman… pas très ragoutant.
Je me dois quand même de préciser que, pour lire l’Apocalypse selon Sandra, mieux vaut avoir le cœur bien accroché. Outre la violence inhérente à ce type de récit, l’autrice aborde divers points d’hygiène auxquels on ne pense jamais et qu’on peut trouver inutiles… Sauf que ça apporte une crédibilité supplémentaire à l’histoire. Ainsi, comment fait-on ses besoins lorsqu’on est menotté.e à un zombie ? Est-ce que les zombies ont ou non un système digestif ? Quelle est l’importance d’une bonne hygiène dans notre perception de nous-même, en tant qu’être humain ? Ces scènes ne sont jamais gratuites, je trouve qu’elles apportent vraiment quelque chose au sein de l’histoire.

La conclusion de l’ombre :
L’Apocalypse selon Sandra est un one-shot de zombie post-apo que j’ai lu avec grand plaisir alors même que je n’aime pas ce genre littéraire. Céline Saint-Charle a effectué un travail remarquable autant sur le fond que sur la forme, proposant une protagoniste à l’évolution psychologique minutieusement soignée qui se déplace malgré elle au sein d’une horde de zombies, renversant le point de vue habituel de ce type d’histoire pour voir si ces créatures n’auraient pas, par hasard, mieux à offrir que l’Humanité. Un roman surprenant à lire absolument !

D’autres avis : KiriitiTemps de mots – vous ?

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#S4F3s7 : 17e lecture

La divine proportion – Céline Saint Charle

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La divine proportion
est un thriller dystopique écrit par l’autrice française Céline Saint Charle. Édité par Livr’S Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros dans sa version papier et 4.90 dans sa version numérique.

Je vous ai déjà parlé de cette autrice avec un autre one-shot, post-apocalyptique cette fois : #SeulAuMonde.

De quoi ça parle?
Héléna (alias Léna) est journaliste web. Contrainte par son patron de se rendre à Berdoux pour effectuer un reportage au sujet d’un orphelinat qui reçoit une subvention, elle va découvrir l’envers d’un décor effrayant. Elle y rencontre la petite Cerysette, une enfant souffrant d’un angiome qui la défigure. En échangeant avec la petite, Léna prend conscience des conditions de vie assez affreuses pour ces invisibles, ces oubliés du système. Quand la gamine disparaît, la journaliste s’empresse de déposer plainte au commissariat auprès de Lucas Donadio, un flic sur le point de partir à la retraite. Ensemble, ils vont enquêter et remuer des secrets que le gouvernement français aurait préféré continuer de cacher.

Une dystopie terrifiante aux accents quasi prophétiques.
Si l’action se déroule en France, l’autrice évoque la situation des États-Unis afin d’expliquer quelques éléments clés du fond historique. En 2020, le président américain a pété un câble, fermé les frontières du pays et réinstauré une dictature patriarcale (wait a minute…). Depuis, des femmes fuient en masse pour se réfugier en Europe, notamment en France où elles n’ont aucune existence légale. On les parque dans des bidon-villes où elles n’ont pas beaucoup de choix quant à leur avenir. Peu après, le président Rollin arrive au pouvoir en France et propose plusieurs projets politiques. D’une, le réaménagement du territoire en dédiant des villes à certains secteurs / métiers et en reconstruisant sur base du nombre d’or. Il reçoit beaucoup de moqueries des politiques mais un grand soutien des citoyens qui accrochent plutôt bien à ses idées novatrices. De deux, l’application de la loi du Talion.

Oui, le Talion, celui de la Bible : œil pour œil, dent pour dent. Grâce à un procédé technologique dont je vous épargne les explications précises pour ne rien gâcher du roman, on peut faire vivre à un bourreau les souffrances de sa victime pendant x temps en guise de châtiment. Ça calme les ardeurs, direct. D’autant que tous les adolescents ont droit à un « Talion d’essai » en guise de prévention… Ça fonctionne si bien que la criminalité a drastiquement baissé, assez pour que la police ne porte plus d’armes et que les légistes se contentent d’autopsier des suicidés et des morts naturels pour ne pas perdre la main.

Sur le papier, la France s’en sort plutôt bien. Les autres pays l’envient beaucoup, d’ailleurs. Sauf qu’on se rend rapidement compte qu’il y a anguille sous roche…

Des thématiques fortes et actuelles.
Céline Saint Charle ne se contente pas de proposer une enquête intéressante au rythme maîtrisé. Elle apporte une réflexion sur des sujets dangereusement d’actualité comme la question des réfugiés. Dans la divine proportion, il s’agit de jeunes femmes américaines qui essaient d’échapper à un pays rétrograde où on les considère à peine comme des objets de valeur. Elles cherchent donc une vie meilleure en Europe… Ça vous rappelle quelque chose ? Tant mieux, gardez ça à l’esprit. Ces femmes, en arrivant, n’ont pas d’identité. Elles n’existent pas, aux yeux de l’État. Si elles meurent, ça ne les regarde pas et elles n’ont même pas droit à une sépulture décente. Elles n’entrent même pas dans les statistiques des crimes commis sur le territoire, d’ailleurs. Si bien qu’une existence parallèle, presque un monde à part, se déploie dans l’ombre de l’officiel. On y trouve ceux qui ont commis des crimes et craignent le Talion, des prostituées utilisées par les citoyens français les plus riches (hypocrisie quand tu nous tiens) et bien entendu, leurs enfants qu’elles confient pour la plupart à l’orphelinat du coin en espérant qu’ils auront un avenir meilleur en étant adopté par des personnes disposant d’une nationalité.

Ces thématiques profondément humaines interpellent et ne peuvent pas laisser de marbre d’autant que l’autrice se les approprie très bien. Elle les met en avant en le justifiant par son histoire, sans jamais appuyer inutilement ou transformer la Divine Proportion en pamphlet politique. L’équilibre fonctionne.

Un texte porté par les femmes.
L’autrice réussit à brosser une galerie de personnages féminins crédibles et touchants. Elles n’ont pas toutes le beau rôle et c’est ça qui est intéressant parce qu’on ne tombe pas dans le manichéisme type les mâles sont des monstres et les pauvres femelles totalement en détresse. Elles sont victimes, elles sont bourreaux, elles sont tantôt fortes, tantôt faibles, elles vivent dans des conditions difficiles et se battent pour ce qui leur tient à cœur. Pour la petite histoire, l’autrice avait proposé à ses lecteurs de choisir les prénoms des personnages secondaires. Une info qu’elle révèle dans les remerciements. Je trouve l’initiative hyper sympa. Je ne vais pas détailler chacune de ces femmes parce qu’elles méritent toutes qu’on leur rende justice, toutefois je vais m’attarder sur Léna et Cerysette qui sont les héroïnes de ce texte. Léna est donc une journaliste qui a du mal avec les contacts humains. Pas très douée socialement, le sang chaud, la fougue de la jeunesse pas encore désabusée, elle se bat bec et ongle pour divulguer tout ce qu’elle apprend durant son enquête afin que le public soit au courant. Elle m’a agacée quelques fois mais ça ne la rend que plus humaine. Quant à Cerysette… C’est une gamine qui crève le cœur. Harcelée par les autres enfants à cause de son angiome, ils la traitent de monstre et refusent de devenir son amie. Enfant solitaire d’une résilience exceptionnelle, la vie ne lui fait vraiment pas de cadeau, ce qui ne l’empêche pas de conserver une candeur et une bonté qui provoquent plus d’une fois les larmes aux yeux du lecteur.

Le mieux dans tout ça c’est que Céline Saint Charle ne diabolise pas les hommes pour autant. Lucas Donadio est un flic bedonnant sur le départ pour sa retraite en Bretagne. Il est droit, honnête, il s’implique dans l’enquête alors qu’il pourrait très bien poser ses jours de congé pour préserver sa tranquillité. Il a un caractère un peu bourru ce qui ne l’empêche pas de posséder une véritable profondeur. La psychologie de ce protagoniste ne manque pas de nuance, je l’ai trouvé très réussi. Quant à Tony, autre homme remarquable, il est l’employé du bordel de Berdoux, chef de la sécurité. Un ancien malfaiteur qui a du cœur en plus de talents culinaires indéniables !

Pour le plus grand bien.
Jusqu’où peut-on aller pour le bien de la majorité ? Pour le bonheur du plus grand nombre? Voilà une question qui transcende tout le roman. Je ne peux pas développer dans le détail afin d’éviter tout divulgâchage toutefois sachez que la divine proportion ne se contente pas d’être un thriller efficace. Le roman va au-delà et se veut texte réflexif. Quand on le referme, on ressent un malaise en espérant qu’il ne devienne pas prophétique. C’est là tout le talent de cette autrice : ce qu’elle raconte est si crédible que ça en devient possible, envisageable. Chapeau.

Un mot sur le Chien…
En tant que personne engagée dans le bien-être animal, je ne pouvais pas occulter le sujet du Chien. Je mets une majuscule parce qu’il s’agit du nom du canidé adopté par Léna lors d’un reportage à la SPA pour se rattraper après qu’elle ait un peu gaffé. Elle le possède depuis plusieurs mois et ça ne se passe vraiment pas très bien entre eux. Ils ne se comprennent pas, lui pisse sur le tapis et se retient en balade exprès, bref elle vit l’enfer. Chien a une importance dans le roman que je tais pour vous laisser la découvrir mais ce que j’ai surtout apprécié c’est la manière dont Céline Saint Charle explique le problème de l’animal. Quand on a que les justifications de Léna, on imagine un animal un peu retord, vicieux même, ce qui donne une assez mauvaise image des chiens adoptés ou de la SPA qui est bien contente de lui refiler un de leurs pensionnaires. Pourtant, Donadio comprend tout de suite où le bât blesse puisque, chance, son oncle est éducateur canin. D’où l’importance de consulter des professionnels quand on rencontre un souci avec son animal au lieu de se braquer ou pire, de baisser les bras. Je ne vous en dis pas plus toutefois c’était la première fois que je lisais un roman qui évoquait ce type de sujet. Même si c’est accessoire face au reste de l’intrigue, j’avais envie d’en parler et de dire merci à l’autrice pour ça.

La conclusion de l’ombre :
La divine proportion est un thriller à la française de grande qualité. Non contente de proposer une intrigue intéressante et bien menée, Céline Saint Charle construit des personnages à la psychologie travaillée ainsi qu’un fond réflexif qui laisse pantois. Le talent de cette autrice auvergnate se confirme un peu plus à chaque roman. Je ne peux que vous en recommander chaudement la lecture !