Sous les sabots des dieux (duologie) – Céline Chevet

Un petit avant-propos…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Céline Chevet sur le blog. Je la découvrais en janvier 2019 avec son premier roman publié dans la collection Neko du Chat Noir : la fille qui tressait les nuages. Ce thriller fantastique qui se déroulait dans un Japon moderne, onirique et surréaliste m’avait conquise et c’est en toute confiance que je me suis lancée dans son second one-shot, édité quelques mois plus tard dans la même structure et intitulé cette fois les chaînes du silence. On y quittait le Japon pour une allégorie de l’Europe moyenâgeuse et une réappropriation astucieuse du mythe vampire au sein d’un roman de fantasy. Nous étions alors en avril 2020 et j’avais aussi été conquise bien que d’une façon différente. Nous voici alors en octobre 2020, toujours chez le même éditeur, avec l’annonce d’une série en deux volumes cette fois ! L’autrice retourne en Asie mais laisse le Japon pour la Corée et change encore d’époque. Toute à ma hâte et déjà bien convaincue du talent de Céline Chevet (qui n’a plus rien à prouver en ce qui me concerne) je me suis lancée dans cette lecture qui fut un succès.

Nous voici donc déjà en 2021, avril pour être exacte, où sortait le second (et dernier) tome du diptyque de Céline Chevet titré Sous les sabots des dieux et édité par le Chat Noir. Ce roman, à mes yeux atypique, se déroule en Corée au VIIe siècle et je vous en avais rédigé une présentation après ma lecture du premier tome. Je vous invite à la relire en cliquant ici. Pour le cas où vous auriez la flemme (ça arrive !) voici en quelques mots ce que j’en disais : « Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé. »

Sans plus attendre, je peux déjà vous dire que la suite (et fin) recevra de ma part d’identiques louanges.

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C’est toujours délicat de chroniquer un tome 2 car la lecture de la chronique intéresse, a priori, uniquement les personnes qui ont déjà lu le premier tome puisque des divulgâchages sont possibles. J’étais à deux doigts d’éditer mon premier article afin d’y ajouter un encart mais j’ai finalement décidé de lui consacrer un billet entier parce que je me rends compte que cette série n’a pas eu, selon moi, le rayonnement qu’elle mérite -en partie par la faute de la situation sanitaire. Peut-être aussi à cause de ses thèmes, de son contexte historique, des craintes que certain.es pourraient avoir quant à la facilité de compréhension de tous ces mots / titres / lieux en coréen. Parfois, certains romans n’ont pas de chance mais j’espère que ce billet attirera votre attention sur cette duologie et vous donnera envie de la lire.

Premier point important : l’autrice a tout fait pour rendre son univers accessible. Tout le monde ne porte pas intérêt à la culture asiatique, tout le monde n’a pas l’habitude des noms et des mots avec cette consonnance, alors Céline Chevet a non seulement proposé une carte mais aussi un lexique des personnages (avec leurs titres rappelés en note de bas de page) ainsi qu’un résumé du volume précédent / du contexte historique. Elle donne vraiment toutes les clés pour que Sous les sabots des dieux puisse être lu par le plus grand nombre.

Contexte de l’histoire :
Le roman se déroule sur le territoire géographique de l’actuelle Corée, au VIIe siècle. À cette époque, on parle des Trois Royaumes (Silla, Baekje et Goguryeo) au sein desquels les alliances et les conflits rythment le quotidien. Un ennemi puissant se dresse d’ailleurs à leur frontière, incarnée par les Tang de Chine et leurs visées expansionnistes. Le roi de Silla va décider de s’allier avec eux, provoquant la colère de Baekje et, évidemment, un nouveau conflit. Il s’agit donc tout d’abord d’un roman politique (et guerrier) puisque ce fond contextuel va influencer sur les différents protagonistes.

Il s’agit également d’un roman religieux puisqu’à cette époque, le bouddhisme prend de plus en plus d’ampleur et remplace les divinités polythéistes du shintoïsme. Haneul, la protagoniste principale, étant prêtresse et fille de prêtresse, on assiste aux tensions inéluctables entre les anciennes croyances et les nouvelles, qui cherchent non pas à les absorber mais à les éradiquer, les décrédibiliser. Ces anciennes croyances apportent la touche de fantastique mystique du roman puisque Haneul, à l’aide de complexes rituels, peut visiter l’entre-monde et recevoir des messages des dieux sous forme de métaphore qu’elle doit apprendre à décrypter. Ces messages, elle doit les délivrer à la famille royale quand ceux-ci se tournent vers elle, afin de les guider dans leurs choix politiques et guerriers.

Enfin, il s’agit également d’un roman social puisque plus d’une fois, l’autrice met en scène la société de l’époque avec ses travers, ses castes, ses mœurs, ses exigences. Au départ, on pourrait croire que la lutte ne concerne que les puissants mais deux personnages particuliers vont se préoccuper du devenir du peuple, incapables de comprendre pourquoi la vie de quelqu’un qui n’est pas de sang royal ou noble vaut moins. Même si ce n’est pas le cœur de l’intrigue, cet aspect n’est pas négligeable et renvoie des messages forts.

Les femmes sous les sabots des dieux.
Je vous ai déjà détaillé les différents protagonistes principaux dans mon précédent article, je ne vais donc pas y revenir hormis pour parler de Haneul et des figures féminines qui gravitent autour d’elle au sein du second volume. Cette partie ne contiendra aucune révélation, rassurez-vous !

En réalité, Sous les sabots des dieux raconte bien évidemment de quelle manière les Trois Royaumes vont être unifiés (non je ne divulgâche rien, vous vous doutez bien que si on l’appelle maintenant Corée, c’est qu’il y a une raison !) mais il relate surtout l’histoire d’une femme qui s’étend sur plusieurs années et même plusieurs décennies. Une femme qu’on rencontre presque à l’enfance, qu’on voit grandir, changer face aux épreuves, gagner en maturité, souffrir, se battre, aimer et haïr, trahir et regretter. Même si le roman ne se concentre pas uniquement sur son point de vue, tous les évènements sont reliés à elle d’une manière ou d’une autre et ont une influence plus ou moins grande sur sa vie. Pour ne rien gâcher, Haneul est un personnage complexe, ambigu, qu’on apprécie parfois, qu’on déteste souvent mais qu’on comprend toujours, finalement, parce qu’on n’aurait sûrement pas fait mieux à sa place.

Dans le second volume, l’autrice a rajouté des personnages féminins passionnants (la reine Jaeui en est le parfait exemple) et même une femme transgenre, ce qui pourrait surprendre vu le contexte historique mais ce serait oublier que ces questions ne sont pas apparues par miracle au 21e siècle, même si certain/es se plaisent à le croire. Pirate (c’est son prénom / surnom) est une belle réussite à mes yeux car Céline Chevet retransmet bien sa souffrance qu’implique le fait de devoir vivre dans un corps qui ne lui correspond pas (sans pour autant le faire tomber dans le mélodrame dépressif), l’irrespect des gens qui ne comprennent pas sa volonté d’être un homme, d’être genré en homme et qui le ramènent toujours à sa féminité physique quand ils cherchent à l’humilier ou à prendre l’ascendant sur sa personne. Tous ces éléments, on s’en rend d’autant plus compte au sein de cette société aussi codifiée et sexiste.
La dynamique relationnelle qui existe entre Haneul et Pirate ne manque pas de panache. Finalement, quand on prend un peu de recul et qu’on réfléchit, ce sont ces personnages plus que les rois et les militaires qui tiennent entre leurs mains l’avenir de ces Trois Royaumes. L’époux de Jaeui reconnait d’ailleurs Haneul pour son érudition, son intellect, sa capacité à analyser les choses politiques plus que pour ses pouvoirs mystiques ou son physique. Cela ne signifie pas que les hommes sont mis de côté car plusieurs figures historiques ont un rôle fondamental à jouer, rôle que l’autrice ne leur nie pas un seul instant (pensons à Kim Yushin et à la force de ses valeurs morales !) et Pirate, en tant qu’homme, en tant qu’ami, est fondamental au bien être de Haneul.

Finalement, cette duologie, c’est pour qui ? 
Selon moi, Sous les sabots des dieux est à recommander à des personnes qui aiment l’Histoire, la politique et les intrigues de cour en tout premier lieu plus qu’à des lecteurs purement orientés sur l’imaginaire car iels pourraient ressortir frustré.es de leur lecture s’iels ne sont pas prévenu.es avant du contenu exact de ces deux volumes. C’est un roman humain dans tout ce que ce terme comprend de paradoxe et de souffrance mais aussi de réalité crue, cruelle et frustrante, il faudra donc que le/a lecteur.ice accepte d’être bousculé.e. De puissantes émotions se dégagent de ce texte, accompagnées par une noirceur mélancolique qui laisse songeur quand on referme le second volume. Sa lecture ne laisse donc pas indifférent.e.
Enfin, dernier conseil : lisez les deux tomes à la suite l’un de l’autre car je trouve qu’il s’agit plus vite d’une seule œuvre coupée en deux pour des raisons éditoriales que de deux romans distincts.

Envie de tenter l’aventure ?
Vous pouvez commander le tome 1 et le tome 2 sur le site des Éditions du Chat Noir !

D’autres avis : Fungi Lumini (sur le tome 1) – vous ?

Sous les sabots des dieux #1 – Céline Chevet

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Sous les sabots des dieux
est le premier tome d’une duologie historico-fantastique écrite par l’autrice française Céline Chevet. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman dans la collection Neko au prix de 19.90 euros. 
Je remercie Mathieu, Alison et les éditions du Chat Noir pour ce service presse !

De quoi ça parle ?
Une fois n’est pas coutume, je vais renseigner le résumé de l’éditeur sans quoi tout va se mélanger.
« Corée, VIIème siècle. Complots au royaume de Silla.
La Chine des Tang est plus écrasante que jamais. Comment unifier les Trois Royaumes lorsque qu’il faut se méfier de ses frères autant que de ses ennemis ?
Amour, politique, trahison, vengeance, foi, Haneul va devoir apprendre à se servir des armes qui sont les siennes pour survivre dans cette époque chaotique de l’Histoire, où ses croyances sont mises à mal.
Prêtresse du temple Céleste, élevée au sein du palais royal, elle voit ses dieux se faire avaler par un Bouddhisme de plus en plus influent. Ne cache-t-il pas dans son ombre les sombres desseins des Tang qui veulent s’emparer du pays ?
Alors que Silla est plus fragile que jamais, où ira sa loyauté ? À la famille royale ou à la nation ?Haneul, sa soeur l’empoisonneuse, son amant l’écuyer, Mok le prince bâtard, autant de destins qui vont se croiser autour de cette question tragique…»

Un contexte historique solide.
Je ne sais pas vous mais c’est la première fois que je lis un roman qui se passe en Corée, à plus forte raison au VII siècle de notre ère. Étant plutôt portée sur le Japon, je ne connais quasiment rien à ce pays, son Histoire ou même ses mœurs. Je craignais donc de m’y perdre… C’est pourtant avec plaisir que j’ai découvert tous ces éléments, les figures historiques réutilisées par l’autrice ainsi que les croyances religieuses, la montée du Bouddhisme, les complots de cour, les us et coutumes… Sous les sabots des dieux est très bien documenté et l’autrice distille ces nombreuses informations avec parcimonie, sans jamais alourdir le texte. De plus, le roman s’ouvre non seulement sur une carte mais également sur une généalogie et un résumé du contexte historique dans lequel on se trouve. Tout cela tient sur une double page et permet de renseigner le lecteur de manière directe, sans pour autant l’obliger à étudier un cours d’histoire pour comprendre de quoi on parle. J’ai particulièrement apprécié cet aspect.

Une pointe de fantastique.
Le roman appartient au genre de l’imaginaire par la présence du divin, du mystique. Haneul est une prêtresse du temple Céleste. Cela signifie que, grâce à des rituels, elle parvient à entrer en contact avec les nombreuses divinités de la religion shintoïste ou plutôt, leurs manifestations. Les visions de Haneul sont toujours métaphoriques : elle chevauche un cheval, souvent un étalon, qui l’emmène observer des scènes porteuses d’un double sens qu’elle doit analyser par elle-même. Pour cela, sa mère la soumet à un enseignement assez strict et vaste qui recoupe bien des domaines. Haneul doit être érudite afin de ne pas se tromper sur la signification de ce qu’elle voit… Mais aussi être capable d’adapter ce qu’elle dit à la situation car, parfois, les dieux sont capricieux et restent silencieux. On a donc une réelle présence du surnaturel par l’aspect divin mais aussi, ironiquement, une forme de recul de cet aspect par le comportement de ces dieux qui manquent de clarté dans leur communication. Cet aspect apporte une vraie force au texte qui laisse la part belle à la force des mots. Lorsqu’on referme Sous les sabots des dieux, on se rend compte qu’il a suffit d’une phrase pour que l’Histoire entière bascule. C’est fascinant. 

Des personnages passionnants.
Céline Chevet nous offre une galerie de personnages aussi divers que variés, tous travaillés et maîtrisés. Le lecteur rencontre d’abord Haneul, une jeune prêtresse qui a dédié sa vie à l’Empereur de Jade. Elle est la fille de la Grande Prêtresse même si cette information est tenue secrète. Sa mère a également accouché de Min Jee, qui est sa sœur jumelle et qui exerce quant à elle la profession d’empoisonneuse. Rien avoir donc… Le premier contact avec Haneul dépeint une jeune fille pieuse, naïve, qui entretient une relation platonique avec un esclave travaillant aux écuries, Dokman. La mise en place est réussie, l’héroïne attire la sympathie et on attend avec appréhension de voir ce qui va lui tomber dessus. Son évolution est d’ailleurs assez remarquable et m’a fait passer par tous les états émotionnels, du meilleur… Au pire. Je me suis vraiment sentie concernée par l’héroïne, par ses choix, ses erreurs, c’est la première fois que ça m’arrive depuis un moment.

Le second personnage important du roman est le prince bâtard Mok. Alors que les Tang de Chine étendent leur influence, il craint que Silla ne soit absorbée par cet empire et n’en devienne qu’une province de plus. Il se bat pour son peuple avant tout mais son existence ainsi que ses ambitions défient les conventions sociales acceptables. Le personnage parait rustre et désagréable au premier abord mais on comprend rapidement qu’il a une vraie profondeur ainsi qu’une ambiguïté qui nous oblige à le détester sans pour autant y parvenir totalement. À ce stade je dois lutter contre mon envie d’écrire beaucoup plus à son sujet et de partager avec vous tout ce que j’ai pu ressentir pour ce personnage et son évolution. Une fois de plus, l’autrice n’a eu aucun mal à me faire me sentir concernée par les problématiques de son roman et le destin de ses protagonistes. Chapeau !

Le troisième personnage à prendre de l’importance par la suite des Lee Hyo Jin, un Hwarang (soldat d’élite) qui est aussi l’amant de Min Jee, la jumelle de Haneul. Le lecteur se confronte surtout à lui dans le dernier tiers du roman, ce qui permet de développer l’aspect militaire de l’histoire que j’ai trouvé très intéressant. C’est aussi l’occasion d’introduire l’espion Il Kwon, un personnage assez mystérieux au sujet duquel je me pose énormément de questions.  

Je pensais au départ ne suivre que les pensées de Haneul mais Céline Chevet a opté pour une narration interne où les points de vue s’alternent sans forcément dédier un chapitre entier à un seul personnage. C’est en général quelque chose que j’apprécie moins car j’ai des difficultés à me projeter mais l’autrice a parfaitement réussi à gérer son intrigue. Elle a construit des personnages qui paraissent archétypaux de prime abord mais qui ont en réalité une surprenante profondeur ainsi qu’une évolution cohérente quoi que parfois frustrante. 

Une intrigue bien ficelée.
Les rebondissements s’enchaînent au sein du roman, difficile de reposer l’ouvrage une fois commencé à moins de s’infliger une grande frustration. Commencez-le quand vous aurez du temps devant vous ! Si Sous les sabots des dieux s’ouvre calmement en posant son décor, il continue tambours battants en exploitant divers volets : l’amour, la politique, la guerre, la religion. L’ensemble donne un rendu très riche où tout le monde y trouvera son compte. Les visions de Haneul dans l’entre-monde sont claires et bien décrites. Les scènes de bataille sont maîtrisées avec des ellipses juste où il faut pour renforcer l’aspect évocateur des affrontements. Quant à la politique, les différents éléments sont présentés d’une manière limpide. Impossible de mélanger les noms à consonnance coréenne ou de confondre un personnage avec un autre. C’était ma crainte principale toutefois Céline Chevet a, selon moi, bien géré les différents aspects pour fournir un texte abouti et surprenant. 

Il y a énormément à dire sur ce roman, trop pour une seule chronique, trop pour ne rien divulgâcher de son contenu. J’espère que mon enthousiasme pour ce titre se ressentira suffisamment à travers ces lignes pour vous donner envie de découvrir ce premier tome plus que prometteur et cette autrice talentueuse qui est décidément à suivre. 

La conclusion de l’ombre :
Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé, je l’ai dévoré et je le recommande avec enthousiasme au plus grand nombre. Une nouvelle pépite dénichée par le Chat Noir pour sa collection Neko… Et quelle pépite.

D’autres avis : pas encore car j’ai eu la chance de lire le roman en avant première ! 

Les Chaînes du Silence – Céline Chevet

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Les Chaînes du Silence
est un roman de fantasy écrit par l’autrice française Céline Chevet. Nouveauté d’avril aux Éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce titre au prix de 19.9 euros au format papier mais aussi en promotion numérique à 1.99 euros jusqu’à la fin du confinement et ce dés aujourd’hui ! Profitez en 🙂
Je remercie les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cette autrice avec son premier roman La fille qui tressait les nuages, grand gagnant du #PLIB2019. Elle signe ici une œuvre totalement différente mais dans laquelle elle affirme toute l’étendue de son talent.

De quoi ça parle?
Nathanaël souffre d’une grave maladie pulmonaire et ne va pas tarder à mourir. Il rédige alors un journal à l’attention de Kael, le vampire avec qui il a vécu pendant six ans et qu’il considère à la fois comme un frère, un fils et un ami. Ce journal, un autre vampire dont on ignore l’identité le lit en cherchant à retrouver Kael car ce dernier possède un savoir dont le Vampire a besoin pour sauver un être cher.

Des vampires d’un nouveau genre.
Le premier point particulièrement remarquable de ce récit est la figure du vampire proposé par Céline Chevet. Il est habituel de croiser ce type de morts-vivants en tant qu’être humain devenu immortel et assoiffé de sang. Ici, ce n’est pas le cas. Les vampires appartiennent à une espèce différente, elle aussi humanoïde, et vivent en parallèle de cette civilisation humaine qui prend de plus en plus son essors. Les vampires de Céline Chevet ne parlent pas, ils ont développé un système de langage basé sur les sons, les impressions, et chacun peut s’exprimer par ce biais dans l’esprit des autres. Cela implique que les vampires n’ont pas de nom ! Les nommer, c’est les restreindre si bien que quand Nathanaël donne un nom à Kael… Et bien, vous verrez.

Ces vampires représentent une communauté divisée en clans, qui possède un noyau métaphysique propre dans lequel chaque individu tire les connaissances nécessaires à son existence. Ils sont aussi capables de se rendre dans l’Entre-deux où ils passent une partie de la journée afin d’éviter le soleil. C’est bien l’un des rares élément (avec l’argent) repris des classiques par l’autrice dans son univers : la crainte du feu, une terreur primale qui, ironiquement, marque la genèse du progrès chez l’Humain. J’ai trouvé les décisions de Céline Chevet sur cette race vraiment originales. Elle souffle un air frais sur cette créature trop souvent exploitée de la même manière.

Les vampires se sentent supérieurs aux humains mais l’autrice ne tombe pas dans l’anthropomorphisme ou dans le dédain qu’on a l’habitude de croiser. Les vampires ne ressentent pas vraiment d’émotions, rien de comparable à nous. Ils se considèrent au-dessus des humains comme les humains se considèrent au-dessus d’une abeille (pour reprendre la comparaison prise dans le roman). Ça ne les empêche pas de bien les traiter (pour certain) et de ne pas chercher à les massacrer ni à les dominer, tout comme ça n’empêche pas l’abeille d’être indispensable au cycle de la vie. Il existe pourtant certains conflits, en fonction d’où on se trouve et des actes de chacun. Attaquer un vampire appelle une répression violente. L’harmonie n’existe pas partout et recule de plus en plus face à la révolution industrielle (je vais y revenir plus loin). Outre ces deux espèces, il existe également des Bêtes qui sont des animaux modèle géant, mélangés avec des plantes, des arbres, bref qui représentent la Nature dans ce qu’elle a de plus beau. Ces Bêtes servent de nourriture aux vampires mais un équilibre existe. Les vampires ne chassent que les plus faibles. Finalement, ce sont les humains qui posent problème dans la continuité du cycle.

La figure de l’humain et le progrès industriel.
Il est difficile de définir une géographie ou une époque précise pour le roman de Céline Chevet, raison pour laquelle j’ai parlé de fantasy dans ma présentation de départ. L’époque dépeinte ressemble d’abord à une sorte de petit village du Moyen-Âge. Puis on apprend l’existence de l’imprimerie via Nathanaël qui y travaille. J’ai donc pensé que l’histoire se déroulait au 15e siècle car la technologie n’est pas encore répandue partout. Mais plus on avance dans le roman et plus les indices se multiplient. On parle d’usine, d’industrialisation, d’armes à feu, des concepts qui n’arrivent (si je ne me trompe pas) que bien plus tard. De plus, si l’ensemble dégage une impression très européenne, les villages cités par l’autrice n’existent pas dans notre réalité. Du moins pas selon ma recherche sur Google. J’ai eu le sentiment que Céline Chevet construisait tout son texte comme une grande métaphore. C’est d’autant plus vrai que dans cette société, les éléments surnaturels sont acceptés et connus de tous, ce qui est une caractéristique de la fantasy et la différencie, en France, du fantastique.

Si je précise cela c’est parce que le progrès industriel a une grande importance dans l’univers. Il représente le recul de la nature, les Bêtes souffrent et certaines en viennent à chasser dans les villages pour ne pas mourir de faim. Difficile de ne pas y voir de métaphore ou d’engagement écologique. À l’instar de notre réalité, il existe des personnes qui prônent une meilleure harmonie avec la nature mais celles-ci ne sont pas toujours bien vues partout. Il n’y a justement que dans les villes qui traitent avec les vampires qu’on les laisse s’installer et prospérer. On comprend pour quelle raison grâce à une histoire racontée par l’un des prêtres à Nathanaël et qui invite à la réflexion. Oui, la nature a ses dangers. Mais ne nous protège-t-elle pas aussi d’une certaine manière ?

Entre passé et présent, une narration particulière.
Nathanaël est le personnage principal des Chaînes du Silence mais on ne le rencontre jamais de manière directe. Il n’existe que dans les extraits de son journal. Dés le départ, l’autrice nous informe de sa mort à travers la voix de son personnage qui explique les raisons de son écrit. Les pages du journal nous permettent de découvrir Kael mais aussi la société des vampires, avec ses rites, ses exigences, qui tranchent avec tout ce qu’on a pu connaître jusqu’ici dans la littérature liée à cette créature. Ce journal est lu par le Vampire, un personnage en quête de Kael pour une raison obscure qui se révèle à la moitié du roman et que je vais éviter de vous divulgâcher. Ce personnage est accompagné par la Fillette, une humaine dont on ignore également le nom et qui se retrouve à errer dans la forêt, seulement armée d’un couteau en argent. C’est elle qui, à plus d’une reprise, va lire le journal de Nathanaël et y trouver un écho dans sa propre situation. Elle choisit de totalement se dévouer au Vampire, qu’elle appelle Maître, et leur collaboration va déteindre sur la créature qui commencera à apprendre quelques émotions.

Les deux duos sont passionnants à suivre pour plusieurs raisons. Déjà, l’autrice exploite énormément de sentiments mais jamais de la romance. J’ai été particulièrement sensible à la mise en avant de sentiments d’amitié très forts, de fraternité entre espèces, ça change et c’est bienvenu, surtout dans la littérature vampire (je sais, j’insiste). Le décalage qui existe entre Nathanaël et la société vampire permet de comprendre les différences et de ne pas tomber dans la facilité de l’anthropocentrisme puisqu’on voit Nathanaël commettre cette erreur. Évidemment, cela apportera son lot de frustration mais je vais y revenir. Ensuite, concernant le Vampire et la Fillette, leur relation s’entame d’abord sur du pragmatisme. Le Vampire protège la Fillette dans le but de la manger plus tard, histoire de ne pas perdre ses forces dans sa longue quête. Et la gamine le sait parfaitement, elle accepte cette situation. Mais à force de la fréquenter, il va développer une forme d’attachement parfaitement aberrante au point qu’il ne le comprend pas lui-même pendant longtemps. Si la Fillette parvient à saisir les comportements et habitudes de son Maître, c’est justement grâce à la lecture du journal. Passé et présent se répondent, certes parfois un peu trop bien mais on pardonne volontiers.

L’empathie, la clé pour un avenir meilleur ?
Les Chaînes du Silence est un roman complexe et écrit comme une grande métaphore. Il mériterait une analyse en profondeur mais je ne peux m’y plier sans vous gâcher le plaisir de la découverte, déjà que j’ai l’impression d’en avoir trop dit. Je vais toutefois finaliser en parlant de ce qui est selon moi le centre de ce roman, à savoir l’importance du sentiment d’empathie et à quel point il pourrait sauver notre avenir. Et non, je n’en dis pas plus, vous verrez en lisant 😉

La conclusion de l’ombre :
Les Chaînes du Silence est un roman de fantasy surprenant et original. Ne vous attendez pas à un énième texte sur les vampires qui respecte les codes institués auparavant dans cette littérature. Céline Chevet préfère réinventer cette race et propose ainsi un texte intimiste accompagné d’une belle métaphore écologique… mais pas que ! Loin de là. Les Chaînes du Silence, c’est ce genre de texte avec lequel on ne doit pas se fier aux apparences. Il y a toujours un second sens derrière le premier qu’on s’amuse à traquer au fil des pages, ce qui le rend d’une incroyable richesse. Puissant, intelligent, le roman se veut à la hauteur du talent de son autrice -qu’on savait déjà gigantesque. Incontestablement, Céline Chevet fait désormais partie des grandes à suivre. Je recommande très chaudement cette nouveauté !