#PLIB2020 Thorngrove – Cécile Guillot

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Thorngrove est un one-shot gothique écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 14.90 euros.

Madeline est en colère contre son père et il y a de quoi. Suite à son infidélité, ses parents se séparent et elle doit aller vivre à Oakgrove (un trou perdu) avec sa mère et sa petite sœur Meadow. Là-bas, elle entend parler de la légende de Thorngrove, un manoir abandonné depuis des années autour duquel plane une aura de mystère. En le visitant pour réaliser un devoir, Madeline déclenche des évènements désastreux…

Vous le savez probablement mais je lis les romans de Cécile Guillot envers et contre tout parce qu’elle parvient toujours à me plaire alors qu’elle n’écrit pas dans les genres que j’aime habituellement. Il y a chez elle un je ne sais quoi de magique qui fait mouche. Pour une fois, celui-ci semblait pile mon genre de roman et je dois avouer que les apparences n’ont pas été trompeuses du tout.

Il s’agit ici d’un roman qualifié de gothique. Vincent Tassy, dans son mot sur la couverture, parle d’une modernisation des codes et je rejoins son opinion. Je craignais l’aspect young-adult du texte mais les deux héroïnes adolescentes ne manquent ni de profondeur, ni d’intérêt. À ceux que la mention fait fuir en général, ne vous laissez pas rebuter ! Si vous aimez les romans gothiques qui se déroulent dans de petites villes américaines, si vous cherchez une histoire angoissante pour Halloween où il n’y a aucune romance, alors Thorngrove comblera vos attentes.

Le roman se divise en plusieurs chapitres et points de vue. On alterne principalement entre Madeline et Meadow même si les chapitres de cette dernière sont courts, moins d’une page. Parfois, on découvre des extraits de journaux de deux autres sœurs, Ophélie et Clémence, qui vécurent au début du XXe siècle dans le Manoir. Elles utilisent un code pour se laisser des messages, une astuce narrative intéressante qui rajoute au frisson. L’objet-livre joue également dans la tension qui s’installe car chaque inter-chapitre arbore le dessin d’une branche de ronce dont la quantité augmente à mesure que la fin approche. Une idée ingénieuse, j’ai adoré le soin apporté à l’ouvrage. Chapeau Lynks encore une fois !

Côté personnages, Madeline et Meadow sont sœurs et ont deux ans d’écart. Madeline subit de plein fouet sa crise d’adolescence et fait tout pour protéger sa sœur Meadow qui est, selon ses propres mots, un peu bizarre. Elle voit un psy, s’attache à des animaux morts, sort parfois des phrases qui mettent mal à l’aise. Dans son esprit, elle est encore une enfant qui aime les poupées. Leur relation est très forte, complexe comme ça l’est toujours entre deux sœurs et surtout, elle compose le cœur du récit. Pas la moindre romance en vue, ce qui a constitué une excellente surprise. Le récit, rédigé à la première personne pour toutes les parties (chaque en-tête de chapitre renseigne sur qui parle mais impossible de confondre les deux sœurs) n’en est que plus immersif. J’ai adoré suivre Madeline et ses préoccupations, sa nouvelle amitié avec Blaine, ses déconvenues au lycée. Je n’ai eu aucun problème à m’identifier à elle et à me sentir concernée par ses sentiments.

Thorngrove, c’est aussi l’histoire d’une malédiction qui traverse les âges et prend racine dans la mythologie amérindienne. Je la connais assez peu et j’ai apprécié ce dépaysement. Mais ça reste surtout une histoire d’amour familial, une histoire de sœurs dotée d’une angoisse bien dosée. Le final arrive crescendo et je ne m’attendais pas du tout à cette fin violente. J’en suis restée hébétée avec le livre en main et j’ai eu besoin d’une bonne minute avant de découvrir l’épilogue. Certains ont trouvé le final trop rapide mais pas moi, au contraire. La violence du choc n’en était que plus grande ! Un pari osé mais réussi.

Pour résumer, Thorngrove est un roman gothique moderne à l’intrigue haletante et bien menée. Cécile Guillot maîtrise ses héroïnes qu’elle dote d’une psychologie crédible qui lui permet de traiter avec brio d’une relation entre sœurs doublée d’une effroyable malédiction. L’autrice est passionnée par le style gothique et cela se ressent plus que dans tous ses autres romans car elle s’approprie et modernise judicieusement les codes. J’ai passé un excellent moment avec ce page-turner addictif que je recommande plus que chaudement !

Cœur Vintage – Cécile Guillot

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Cœur Vintage
est un one-shot de young adult francophone écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Premier né de la collection Chat Blanc aux Éditions du Chat Noir, il est disponible en papier au prix de 14.90 euros. Notez que Cécile sera en dédicace ce samedi aux Halliénnales pour la sortie officielle de son roman !
Ce titre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge, menu « Automne douceur de vivre » catégorie « Pomme au four, tasse de thé et bougie » ainsi que dans le menu « Automne ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Cœur Vintage, c’est l’histoire de Mina. Une jeune lycéenne américaine passionnée par la mode vintage qui entre dans sa dernière année de lycée. Elle commence à sortir avec le quaterback de l’équipe de foot, un garçon charmant, attentionné, populaire. Le rêve quoi. Mais Logan est-il si parfait que ça? Quand le doute commence à s’installer, Mina est forcée d’ouvrir les yeux sur une réalité douloureuse et va devoir prendre ses propres décisions, qui impacteront toute sa vie. Mina sera d’ailleurs influencée par l’histoire de Delia, adolescente en 1956. Leur lien? Une robe…

Alors, j’ai beaucoup de choses à dire et je vais essayer de le faire sans spoiler le contenu du roman !

Déjà, vous vous en doutez, ce n’est pas le genre de livre vers lequel je me dirige en règle générale. Déjà, le young adult, brrrrrr (oui ceci est un frisson de terreur) mais alors ces romances pseudo-parfaites décrites sur la quatrième de couverture… J’avais un peu peur. Beaucoup. Pourquoi, vous demandez-vous donc, ai-je acheté ce titre aux Aventuriales? Simplement parce que j’ai lu, je pense, tous les romans de Cécile Guillot à ce jour et je n’ai jamais été déçue. Pourtant, systématiquement, ce sont des livres qui me sortent de ma zone de confort (mais si, ce coin sombre et bizarre là, vous le connaissez !). Je lui ai donc donné sa chance et je ne le regrette pas.

Cœur Vintage est écrit à la première personne. De sa plume douce et fluide, Cécile nous plonge dans les pensées et le quotidien de Mina. Hormis une situation familiale compliquée (une mère dépressive et un père absent sauf pour la critiquer) notre lycéenne a des amies, une tante aimante qui tient une boutique de seconde main (le pied!), un meilleur ami qui est là pour elle. Quand Logan l’aborde un jour au lycée et lui propose de sortir, elle pense que tout lui réussi. Parce qu’elle sait que ce garçon n’est pas juste un beau gosse sportif. Elle l’a déjà vu lire sous un arbre pendant les vacances, un roman qu’elle aime beaucoup. Mina est donc persuadée que Logan est bien plus profond qu’il n’y parait.

Je vous le jure, dès le départ, je ne le sentais pas ce mec. Trop parfait, trop poli, il cachait quelque chose à moins que ça ne soit ma tendance à voir toujours le mauvais chez les autres. À travers cette relation entre deux adolescents, l’autrice aborde plusieurs thématiques importantes comme le respect dans un couple, le danger de la violence conjugale, l’importance de se confier, de ne pas avoir honte, la pression qui existe autour de l’acte sexuel…

Et à ce stade, tu te dis: attends, elle a parlé de young adult, pourquoi est-ce qu’il y a du sexe? Je me suis posée la même question. Je ne m’y connais pas trop dans le genre alors une fois ma lecture terminée, j’ai été discuter avec l’autrice pour comprendre et j’ai saisi la nuance. Oui, il y a deux ou trois scènes de sexe dans Cœur Vintage. Mais elles n’ont absolument rien d’érotiques. Et évidemment, il y a une vraie différence entre ces deux termes. Ce sont davantage des mises en situation pour la problématique principale du livre, à savoir la pression qui existe pour les femmes autour de ce sujet (et d’autres, mais nous y reviendront) qu’elle vienne d’elles-même ou des hommes. Les questions que se posent Mina suite à ce premier rapport, toutes les filles y ont déjà pensé au moins une fois et se sont senties mal à l’aise face à ce décalage entre la réalité et les fictions que nous lisons / voyons / consommons d’une manière ou d’une autre. J’ai trouvé ça très positif que Cécile Guillot aborde ces sujets, avec la sensibilité qui la caractérise. Elle ne porte pas de jugement, que ce soit dans un extrême ou dans l’autre. Je pense qu’un public adolescent pourrait trouver un certain réconfort à la lecture de ce roman.

J’ai beaucoup parlé de Mina, quid de Delia, notre héroïne des années cinquante? Déjà, je vous attendez pas à un roman en alternance de point de vue avec un chapitre pour chaque fille, comme je le pensais à la base. Mina est bien la protagoniste principale. Delia est présente en toile de fond, à travers les visions données à Mina par la robe. Et là, je vous entends à nouveau vous dire mais, elle a dit que le roman était dans la collection chat blanc… Pourquoi y a-t-il du fantastique? C’est le second point sur lequel j’ai tiqué (le premier, c’était le sexe mais tout s’est arrangé hein, si vous suivez un peu). On pourrait dire qu’on ne sait pas vraiment si Mina rêve de Delia qui serait une projection d’elle-même dans une époque qu’elle apprécie mais Mina s’étonne des mœurs de Delia, de ses conversations avec ses amies sur le sexe, de ce tabou qui existe à cette époque sur le passage à l’acte avant le mariage, leur absence de connaissances sur la contraception et le reste. Du coup, il y a bien une pointe de fantastique mais elle reste légère et sert surtout à traiter les thématiques du récit qui elles, sont beaucoup plus actuelles. Sur un plan personnel, j’aurai aimé que les chapitres s’alternent de manière plus équitable entre Delia et Mina, et que la robe soit un fil conducteur entre les deux parce que j’étais vraiment intéressée par l’idée de découvrir la vie adolescente dans ces années-là. Néanmoins, vu comment tournent les évènements, cela aurait donné une histoire complètement différente. Je rappelle ici que c’est juste mon opinion, ça ne change rien à la qualité du livre.

Bref, je parle, je parle (enfin, j’écris)… Que dire de Cœur Vintage, en quelques mots? Ce roman court et one-shot est très clairement destiné à un public adolescent et même d’adolescentes. Il aborde avec sensibilité des thématiques propres à cette période entre l’enfance et l’âge adulte, où on se pose beaucoup de questions sur le présent autant que sur l’avenir. La jolie plume de Cécile Guillot permet de passer un moment de détente agréable en compagnie d’un texte intelligent et social sur la condition de la femme, une thématique traitée sous de nombreux aspects et de nombreuses situations. J’ai passé un bon moment avec la lecture de ce texte que je recommande aux adeptes du young adult et aux jeunes filles qui doivent être sensibilisées rapidement à tous ces problèmes.

Fille d’Hécate (intégrale) – Cécile Guillot

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L’intégrale de Fille d’Hécate contient trois romans écrit par Cécile Guillot. C’est une saga assez ancienne publiée d’abord aux Éditions du Chat Noir, qui a reçu le V&S Award du meilleur ouvrage fantastique en 2012 et qui méritait donc largement une seconde jeunesse aux Éditions Lynks, dans la collection Re-Lynks consacrée aux rééditions. Vous pouvez vous le procurer partout en librairie ou sur les salons au prix de 14.90 euros.

Fille d’Hécate raconte l’histoire de Maëlys, une étudiante en année de mémoire en psychologie, qui se découvre un don de sorcière. On suit Maëlys tout au long de son apprentissage, à travers différentes aventures. Dans le tome 1, quelqu’un cherche à lui voler ses pouvoirs. Dans le tome 2, elle aide la police avec une enquête et dans le tome 3, elle se rend dans les Ardennes pour renouer avec ses origines et aider à rendre le pouvoir à sa lignée. J’ai conscience que ce résumé peut paraître un peu rapide, si pas surfait, mais je ne veux pas spoiler le contenu !

Ce que j’ai d’abord apprécié dans ces romans, c’est le personnage de Maëlys et j’en suis la première surprise. Ce n’est pas le genre d’héroïne à qui je m’attache habituellement, mais je la trouve reposante, humaine, vraie, sans excès, même dans sa magie. C’est une fille normale, qui a des envies normales, qui a peur comme n’importe qui, qui a des réflexions logiques, qui se comporte parfois un peu bizarrement mais… Comme tout le monde, en réalité. Elle me fait assez penser à son auteure, par certains points de caractère, notamment la timidité et la douceur. C’est peut-être pour ça que j’ai accroché avec elle, allez savoir ! En tout cas, c’est une héroïne vraiment agréable à suivre.

Autour de Maëlys gravitent ses soeurcières, comme elles s’appellent dans le tome 3. Elles sont chacune particulières et intéressantes à leur manière. Dorine est la mère de famille pleine de bonne humeur qui se donne à fond pour les autres, Jihane est la jeune gothique tourmentée dotée d’un grand sens artistique et capable de parler avec les morts, et Patricia est la femme mûre qui a traversée de dures épreuves. Ensemble, elles parviennent à trouver un équilibre, à se connaître elles-mêmes et à se reconstruire. Les relations entre ces différentes protagonistes mettent vraiment l’accent sur l’importance et la force de l’amitié, un beau message.

Fille d’Hécate est un roman sur la magie et sur l’amitié, mais il a aussi droit à sa petite romance. J’ai apprécié le fait qu’elle ne prenne pas toute la place dans le récit. Elle est mesurée, c’est juste ce qu’il faut là où il faut. Et que dire sur Alexandre… Je ne pense pas que je l’apprécie beaucoup. En fait, il me laisse assez froide, peut-être parce qu’on n’en sait pas assez à son sujet. Ou plutôt, on a les informations en main mais ça manque de profondeur, de mise en situation. Je pensais qu’au moins un des romans allait se centrer sur ses histoires familiales et j’ai été un peu déçue par ça, même si ça n’enlève rien à la qualité de la trilogie, c’est un ressenti personnel ! J’aurai aimé que l’auteure approfondisse certains sujets, comme l’antagoniste du tome 2 (je ne précise pas trop pour éviter le spoil mais ceux qui ont lu comprendront), ou qu’elle permette à Alex de s’imposer un peu plus via sa propre histoire.

Comme son titre l’indique, cette trilogie parle de magie et elle en parle très bien. J’ai été enchantée d’en apprendre autant sur la culture wiccane, que je connaissais finalement très mal à travers d’autres séries qui en donnaient une interprétation plutôt biaisée. Non seulement l’auteure parvient à bien intégrer les différents éléments au récit mais, en prime, elle nous offre une petite liste en fin d’ouvrage pour qu’on puisse consulter ses sources. Inutile de préciser que j’ai déjà noté certains titres…

Petit point noir, mais ce n’est pas sur le récit en lui-même: dans le tome 2 et 3 du roman, à plusieurs endroits, il manque des tirets quadratins. En soi, ça ne gêne pas la compréhension puisque les temps utilisés dans les dialogues ne sont pas les mêmes que dans la narration, ça nous permet de les repérer facilement mais je trouve ça dommage que, dans une réédition, on n’ait pas mis plus de soin à vérifier ce genre de détails. Parce que le livre en tant qu’objet est très beau, la couverture est sobre mais superbe, tout est très soigné, j’aurai aimé qu’ils poussent jusqu’au bout.

En bref, Fille d’Hécate est une trilogie que je recommande et avec laquelle j’ai passé un bon moment de détente. Elle se lit très rapidement et m’a laissée cette même impression que mes séries adolescentes sur la magie et les sorcières, le côté bling bling hollywoodien en moins (ce qui est un point positif !). L’écriture de Cécile Guillot est fluide, rythmée, fraiche et accessible, elle convient parfaitement à son personnage principal. Même si je ne suis pas du tout le public cible (je préfère les ouvrages plus crus, plus sombres, plus torturés), j’ai beaucoup aimé le voyage et je vous conseille de vous lancer dans l’aventure !