À l’ombre du Japon #13 { Pourquoi j’ai craqué sur Otaku Otaku… }

Salutations ami(e)s mangaphiles !

J’en parle depuis longtemps et aujourd’hui je saute le pas avec un épisode spécial autour du manga Otaku Otaku (ou Wotaku ni Koi wa Muzukashii dans sa version originale -on admettra que c’est moins facile à prononcer). Hier soir, j’ai terminé de me mettre à jour en lisant les tomes 6 et 7 du manga, j’ai donc toutes les cartes en main pour en parler. Voici quelques bonnes raisons de craquer sur ce titre si ce n’est pas déjà fait. Sachez qu’il existe également en animé (que je n’ai pas encore regardé mais c’est sur amazon prime du coup ça ne va pas tarder) et qu’un film live devait sortir le 7 février 2020 lors du festival d’Angoulême sauf que j’ai un peu de mal à savoir si ça a bien été le cas avec la crise COVID…

Otaku Otaku un manga pour TOUS !
J’ai un moment cherché à classifier ce manga en me demandant si on était plutôt dans le shōjo, le seinen, le shonen, pour quel public… Tout en m’apercevant que ces restrictions éditoriales ne permettaient pas de qualifier correctement Otaku Otaku. À première vue, on y évoque des romances donc j’aurais eu tendance à le classer en shōjo (oui je fais des généralités, je crains, désolée) sauf qu’on est loin de la mièvrerie qu’on trouve souvent dans ce genre (selon moi). Heureusement, Kana a la solution puisque le titre est édité dans la collection Big Kana qui rassemble les œuvres traitant des sujets de société à destination d’un public adulte. Et c’est… Totalement ça en fait. Fujita traite ici la manière dont les otakus sont vus au Japon et dont ils vivent au quotidien. Bien entendu, on y retrouve de l’humour et un aspect comique sauf que celui-ci ne tombe jamais dans l’absurde. Je vais donc utiliser les termes de : tranche de vie otaku résolument positive !

Un découpage narratif surprenant.
Dans les mangas que je lis habituellement, les mangakas suivent une trame chronologique en insérant de temps en temps des flashbacks qui servent à expliquer des morceaux de l’intrigue. Fujita propose plutôt un enchaînement de saynètes courtes intercalées entre des histoires plus longues et en alternant les différents duos sans en privilégier un par rapport à l’autre. L’équilibre est bien trouvé, il permet à l’intérêt de ne pas retomber et donne au lecteur une sensation de rythme, de fraicheur, qui ne peut que séduire. J’adhère totalement ! Ça permet aussi à ceux qui n’ont pas envie de se poser longtemps dans une lecture de savourer une page ou deux puis de faire autre chose. Après, on ne va pas se mentir, ce manga rend accro. Je doute donc que vous parveniez à le reposer après l’avoir ouvert mais enfin… Sait-on jamais !

Le respect de la figure otaku via des personnages crédibles.
Petit tour d’horizon des protagonistes qui incarnent la grande force de ce manga !

On retrouve d’abord Narumi Momose qui est passionnée par les mangas, surtout les shojos et les BL. Elle écrit / dessine d’ailleurs des dojinshis c’est à dire des fanfictions qui rendent hommage à ses mangas favoris et qui sont parfois (souvent) érotiques. Elle fréquente donc pas mal de conventions pour les vendre sur place, une pratique répandue et acceptée au Japon. Elle est en couple avec son ami d’enfance, Hirotaka Nifuji. C’est un garçon qui parait froid au premier abord et uniquement intéressé par les jeu-vidéos sous toutes ses formes. Au fil du manga, sa personnalité se révèle plus subtile et travaillée ce qui est très appréciable. Plus on avance dans les tomes et plus on se rend compte de la richesse de ses sentiments et de ses questionnements.

Tous les deux travaillent dans la même boîte que Hanako Koyanagi et Tarô Kabakura, l’autre couple phare du manga au caractère plus que bien trempé. Ils se connaissent depuis l’école et c’est tout feu tout flamme entre eux… Koyanagi est une cosplayeuse célèbre dans le milieu qui adore elle aussi le BL. Kabakura, quant à lui, est un otaku considéré comme plus soft car il aime surtout les animes et s’achète parfois quelques mangas papiers. Ce quatuor se retrouve souvent pour pratiquer des activités d’otakus puisqu’ils restent assez discrets sur ces sujets au boulot. Ils vont à des conventions, jouent en ligne ensemble, ont des débats sur les meilleurs personnages ou les meilleurs couples, etc.

Rapidement, un nouveau personnage apparaît : Naoya Nifuji, le petit frère de Hirotaka qui n’est pas du tout un otaku ! Le qui pro quo va durer un moment, d’ailleurs. Naoya est jovial, rayonnant, un peu simplet par moment et pas très attentif à son environnement. Il est gentil quoi… Il va longtemps penser que Kô Sakuragi est un garçon… Alors que c’est une fille, une hardcore gameuse comme Hirotaka ! Plutôt androgyne, un peu garçon manqué. Ils vont se rapprocher et en sont toujours au stade de l’amitié pour le moment. Kô a une patience d’ange avec Nao et lui apprend à devenir meilleur dans les jeux. Nao, de son côté, lui permet de s’ouvrir puisque Kô est très timide dans la vie de tous les jours et plutôt solitaire.

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Difficile de choisir mon personnage favori… Je pense être assez proche de Konayagi sur un plan psychologique toutefois Fujita est si douée qu’elle m’a fait aimer TOUS les protagonistes à part égale !

Chaque personnage affiche ses préférences en respectant celles des autres et en s’y intéressant parfois. Hirotaka va par exemple accepter de lire un BL pour faire plaisir à Narumi. Narumi tentera le cosplay avec Konayagi pour faire un duo, etc. On pourrait craindre que Fujita tombe dans la facilité avec un humour au détriment des otakus. Que nenni ! La mangaka respecte les otakus et en donne une image plus positive qui, je l’espère, permettra de faire évoluer la façon dont on les considère au Japon. Chaque personnage a d’ailleurs sa propre façon de vivre le fait d’être un otaku. Momose le dissimule et quand elle sortait avec des garçons « normaux » (avant Hirotaka) elle n’osait jamais en parler. Elle « changeait de mode » pour se conformer à la norme sociale. Kabakura est très discret là-dessus lui aussi par crainte d’être jugé, au contraire de Hirotaka qui se fiche du regard des autres ou de Konayagi qui n’a pas honte mais garde le silence pour respecter les préférences de ses amis.

Une charte graphique au top.
Je suis tombée amoureuse du chara-design mais aussi de tous les petits éléments bonus entre les chapitres. Fujita propose plein de petites illustrations thématiques, n’hésites pas à costumer ses personnages, à les dessiner en chibis, c’est le genre de petit plus auquel je suis sensible. D’ailleurs, chaque tome contient plusieurs pages couleurs au début du volume qui sont toujours très sympas et ne coûtent pas plus cher puisque le manga affiche un prix très démocratique de 7.45 euros.

Je vais conclure en disant que ce manga est ma plus belle découverte de l’année avec Noragami (dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article). J’ai adoré chaque tome, j’ai ri plus d’une fois, j’ai aussi eu les larmes aux yeux à de nombreuses reprises. Ce manga tranche de vie est fait pour les otakus, un qualificatif que je considère comme adapté pour moi. Je n’aime pas la romance, je suis peu intéressée par les tranches de vie en règle générale, pourtant je suis accro à ce titre que je recommande plus que chaudement !

source

Vous connaissez déjà ? Vous aimez ? Ça vous intrigue? Dites moi tout !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

From End, le prix de la liberté #1 – Shimokitazawa Mitsuo

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From End est le premier tome d’une trilogie manga scénarisée et dessinée par la mangaka Shimokitazawa Mitsuo. Publié chez Kana dans la collection Big Kana, vous trouverez ce shojo au prix de 6.85 euros.

From End raconte l’histoire de Shinomiya Rui, une jeune enseignante dynamique et motivée qui prend soin de ses élèves et est très populaire auprès d’eux. Elle s’inquiète particulièrement pour Hayase, solitaire qui lit beaucoup. Un soir, on l’appelle pour la prévenir que cet élève a commis un vol à l’étalage. Rui rencontre alors le père de son élève… qui l’a sexuellement abusée du temps où elle était au lycée, en plus d’avoir été son prof. Le cauchemar recommence et comme elle ne veut pas abandonner Hayase à son sort (lui aussi est devenu la victime de cet homme), elle va lui proposer un plan osé supposé leur apporter la liberté.

Ce manga est classé comme un shojo mais c’est un shojo différent de l’idée qu’on se fait habituellement du genre. Il ne parle pas d’une histoire d’amour sur fond d’école et n’est pas du tout naïf ni niais. Je pense que j’ai une image tronquée de ce genre puisque finalement, shojo signifie que le public de destination est féminin et jeune. Ce manga est toutefois conseillé à un lectorat de plus de 14 ans sur manga news, du coup… Perplexe je suis ? Je pense qu’il se classe à la frontière des genres et des publics. Attention donc car le contenu est assez malsain, du moins sur un plan psychologique. Parce que From End parle d’abus sexuels, subis par des jeunes au sein de leur famille puis du chantage exercé par une personne de confiance ou supposée l’être. Je pense, compte tenu de la censure sur certaines scènes, que le but n’est pas l’exposition dérangeante limite morbide (coucou DeadTube) mais bien l’évocation d’un fait social et la façon appropriée d’y réagir. Donc pas du tout celle choisie par les protagonistes. Vraiment pas.

Du shojo classique, toutefois, From End hérite du chara-design avec des graphismes fins et axés sur les émotions, ce qui est assez perturbant en soi mais contribue à la force évocatrice du manga.

Pour résumer, j’ai beaucoup apprécié la lecture de ce premier tome très prometteur. Série courte finie en trois volumes, From End évoque des thématiques difficiles (abus sexuels par des proches, comment s’en protéger, réagir) mais importantes à travers un thriller psychologique qui gère bien son suspens autour du motif « vengeance ». L’ambiance malsaine est renforcée par un chara-design très fin qui rappelle les codes graphiques du shojo. Le tout fonctionne vraiment bien et je n’ai qu’une seule hâte: découvrir la suite !