Bifrost n°107 – spécial fictions

Ce 107e numéro de Bifrost est consacré à la fiction, c’est-à-dire qu’il y a davantage de nouvelles que d’habitude et qu’on ne trouve pas de dossier thématique. J’ai adoré ce format et même si j’ai conscience qu’il n’est pas possible, surtout sur un plan économique, de le réitérer souvent, j’espère que le Bélial n’attendra pas plusieurs années avant de nous en reproposer une. Surtout d’une telle qualité !

Comme toujours, je vais revenir sur chacune des nouvelles en la présentant succinctement avant de donner mon ressenti personnel.

Deux vérités, un mensonge de Sarah Pinsker
Traduction par Mélanie Fazi
Stella va aider Marco, un « ami d’enfance », à vider la maison de Denny, son frère récemment décédé. Denny souffre visiblement d’un syndrome de Diogène (il accumule tout ce qu’il trouve) et ça rend l’affaire compliquée. De plus, Stella tombe sur l’enregistrement d’une vieille émission télévisée, le Coin de l’oncle Bob, où un drôle de bonhomme raconte des histoires traumatisantes pendant que des enfants jouent autour de lui.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et certainement pas la dernière. Dés les premières lignes, on sent que quelque chose ne va pas mais Sarah Pinsker cache bien son jeu. La tension monte crescendo grâce à une indéniable maîtrise narrative. Les révélations finales sont aussi surprenantes que dérangeantes. Clairement, ce texte ne laisse pas indifférent.

Après les âges sombres de Jean-Marc Ligny
Daniel est un vieil homme qui mène une existence tranquille dans une ville ravagée après une sorte d’apocalypse. Il cultive ses légumes, vit avec des animaux, tout va bien jusqu’à ce que Kevin le remarque. Kevin appartient à un autre groupe de survivants qui est coincé sous terre depuis des années. Il est d’ailleurs le seul à vouloir sortir…

Cette nouvelle commence d’une manière plutôt calme, presque contemplative. L’action arrive en même temps que le personnage de Kevin et quelle action ! Malgré ses exactions, j’ai ressenti une certaine empathie à son encontre et j’ai apprécié le déroulé de la nouvelle dans son ensemble, particulièrement le final qui nous invite à réfléchir sur notre rapport à la nature.

Les Cinq éléments de l’esprit du cœur par Ken Liu
Traduction par Pierre-Paul Durastanti
Tyra est la seule survivante de la destruction de son vaisseau et elle agonise dans l’espace. Tentant le tout pour le tout, elle met le reste de son énergie dans un dernier saut qui l’amène à proximité d’une planète colonisée. Là-bas, elle est confrontée à un style de vie à des années lumières du sien. Les gens vivent en harmonie avec leur environnement et ressentent des myriades d’émotions.

Petit à petit, le lecteur va voir Tyra changer mais pas en mal. Elle s’ouvre à une culture différente, tombe même amoureuse, au point de ne plus envisager de repartir. De toute façon, avec les avancées technologiques de cette planète, c’est peine perdue… Le twist qui suit son sauvetage m’a surprise, dans le bon sens, par le message que fait passer l’auteur en nous invitant à davantage nous écouter, nous, notre corps, au lieu d’essayer d’entrer dans un moule aseptisé. Il précise également que sa nouvelle s’inspire des recherches d’un docteur en médecine sur le lien qui existe entre bactéries et émotions. Son article est renseigné pour qu’on puisse s’y intéresser nous aussi.

Ombres de Ketty Steward
Dans cette nouvelle, l’autrice imagine un monde où les dirigeants sont des dirigeantes qui ont la particularité d’être choisie uniquement sur base de leur investissement pour la société et non leur quête de pouvoir. De prime abord, l’idée semble bonne et apte à résoudre tous nos problèmes actuels.

Sauf qu’on comprend rapidement que la nature humaine peut reprendre le dessus dans un moment de faiblesse. J’ai trouvé le propos engagé et plutôt bien pensé, angoissant aussi et un peu dérangeant mais invitant à la remise en question. Pour moi, c’est un texte réussi.

Sarcophage de Ray Nayler
Traduction par Henry-Luc Planchat
Un homme est perdu sur une planète glacée avec un équipement de survie obsolète dont la charge baisse plus vite que prévu. On suit son avancée vers une base où il trouvera peut-être de l’aide pendant qu’il se rappelle de quelle manière il en est arrivé là.

C’est la nouvelle qui m’a le moins plu mais ça n’a rien avoir avec la qualité de son écriture. C’est simplement le type de récit qui n’est pas fait pour moi, j’y suis assez peu sensible de manière générale. J’ai par contre apprécié la fin.

Encore cinq ans d’Audrey Pleynet
Un homme propose d’endormir toute l’humanité pendant vingt ans afin de laisser le temps à la planète de se ressourcer. Lui ainsi que deux cent orphelins se chargeront de la maintenance des appareils de sommeil et d’aider la Terre à se remettre. Une solution comme une autre à notre urgence climatique…

Et ça fonctionne !
Sauf que…
Quand cet homme meurt un peu avant la fin du délai, les orphelins se demandent s’il ne faudrait pas attendre encore un peu car la planète en a besoin. Pourquoi pas encore cinq ans ?
Et ainsi de suite…

J’ai trouvé cette nouvelle absolument grandiose. Quel talent ! C’est la première fois que je lis un texte d’Audrey Pleynet et je comprends l’engouement que la blogosphère lui porte. Encore cinq ans est un texte engagé, redoutablement intelligent et subtil, qui m’a beaucoup parlé. C’est même celui que j’ai préféré d’entre tous.

La conclusion de l’ombre :
Si vous n’avez pas d’abonnement au Bifrost, je ne peux que vous encourager à vous procurer ce numéro car il contient six textes de grande qualité, tous très différents les uns des autres que ce soit pour le style d’écriture, les thématiques abordées, les époques mises en scène ou tout simplement la diversité des plumes qui sont autant françaises qu’étrangères. J’ai passé un très bon moment à découvrir ce que ce 107e opus nous réservait et j’espère que ce sera également votre cas.

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S4F3 : 5e lecture.
Informations éditoriales :
Revue Bifrost n°107 publiée par Le Bélial. Auteur·ices et traducteur·ices précisé·es pour chaque texte. Illustration de couverture par Florence Magnin. Prix : 11,90 euros.

Bifrost n°106

6
Ce 106e Bifrost est consacré à un auteur qu’on ne présente plus : Kim Stanley Robinson. Pour ma part, je ne l’ai jamais lu (c’est chose faite avec la nouvelle dans ce numéro) ce qui ne m’empêchait pas de plus ou moins être capable de le situer. J’étais très curieuse de découvrir le dossier à son sujet ainsi que son interview. J’avais envie d’être guidée pour savoir quel roman lire en premier mais je dois avouer qu’au terme de ces différents dossiers et après lecture de la nouvelle, je ne ressens plus trop l’envie de m’y mettre et l’interview n’a pas aidé. Un peu comme avec Dan Simmons, finalement… Qu’on en pense ce qu’on veut mais quand je n’accroche pas à la personnalité de l’auteur, je bloque. Pourtant, ce monsieur n’a rien de problématique ! J’ai simplement eu un mauvais feeling que je peux difficilement expliquer (en même temps personne ne me le demande), cela arrive.

Et cela ne m’a pas empêché d’apprendre beaucoup choses dans ce numéro. Cette fois, j’ai préféré la rubrique Scientifiction intitulée : Don’t look up, un caillou dans le ciel qui parle justement des œuvres de fiction où un objet venu de l’espace frappe la Terre et avec quelles conséquences. Un très intéressant article thématique.

Comme d’habitude, je vais m’attarder sur les nouvelles. C’est parti !

Venise engloutie de Kim Stanley Robinson
(traduction par Pierre-Paul Durastanti)
La montée des eaux frappe Venise de plein fouet, obligeant les habitants à changer de vie. Le lecteur suit un homme qui guide des touristes dans les ruines englouties de la ville et les aide parfois à dérober des objets d’art, même si ça lui coûte.

Je comprends le propos de la nouvelle sur l’écologie, la place de la mémoire du passé dans une société qui part à vau-l’eau (c’est le cas de le dire) et le sens des priorités mais je me suis ennuyée durant ma lecture et j’ai réussi à la trouver longuette. Du coup, intellectuellement j’ai saisi ce que l’auteur voulait dire mais il n’est pas parvenu à me toucher ni à m’embarquer.

On est peut-être des Sims de Rich Larson
(traduction par Pierre-Paul Durastanti)
Trois condamnés sont envoyés dans l’espace pour une mission précise. L’entente entre eux périclite quand l’un des hommes se persuade que tout ceci n’est qu’une simulation et que, pour en sortir, ils doivent se jeter dans le vide spatial.

C’est une nouvelle est principalement narrée par Beatriz, une junkie plus intéressée par ce qu’elle s’injecte dans les veines que tout le reste. Ce point de vue permet une certaine distance mais aussi une drôle d’analyse de ce qui se déroule sous ses yeux. Le dernier paragraphe n’apporte finalement aucune réponse claire et laisse au lectorat la liberté d’interpréter les enjeux du texte. C’est plutôt malin et bien mené, comme la plupart du temps chez Rich Larson. J’adhère !

Résonnance Lointaine de Johan Heliot
Après la pandémie COVID, une nouvelle épidémie s’abat sur l’humanité. Des gens tombent dans le coma et seulement une toute petite partie se réveille. Ceux qui ont cette « chance » voient leur cerveau totalement reconfiguré etgagnent une intelligence supérieure. Leur personnalité en est évidemment altérée…

L’histoire est racontée par Matthis, l’ex-mari d’une des victimes de ce syndrome qui va suivre l’évolution de son ex-femme et des autres éveillés. Elle met en scène l’humanité dans ce qu’elle a d’égoïste et parle aussi, d’une certaine manière, des différentes facettes du deuil. C’était plutôt intelligent et bien mené. Je n’avais jamais lu cet auteur au format court et cette première fois me convainc.

Expiation de Tade Thompson
(traduction par Jean-Daniel Brèque)
Des aliens sont venus visiter la Terre sans se rendre compte qu’elle était habitée par une forme de vie intelligente. Le temps que la pièce tombe, il ne restait que cinq survivants… Pour se faire pardonner, ces extra-terrestres proposent de reconstruire le monde qu’ils ont détruit. Ces survivants sont donc mis à profit afin de remodeler la Terre sur base de leurs souvenirs mais aussi de leurs valeurs…

La nouvelle est écrite à la première personne du point de vue de Storm un homme pas franchement sympathique qui souffre d’une grande frustration face aux évènements. Cet angle permet d’aborder tout un tas de thématique comme la considération apportée à l’existence, le fait que l’humain a besoin de ses semblables, etc. C’est le texte le plus long et probablement le plus riche, le plus inspiré, qui m’a donné envie de revenir à cet auteur.

La conclusion de l’ombre :
Ironiquement, je retiendrais de ce numéro tout ce qui ne concerne pas Kim Stanley Robinson. La nouvelle de Johan Heliot m’a fait découvrir cet auteur que je connais pourtant bien dans un autre format qui a su me convaincre. Rich Larson reste fidèle à lui-même. Quant à Tade Thompson, son texte me fait attendre ses prochains formats courts avec encore plus d’impatience ! Je note aussi le Scientifiction particulièrement savoureux. Toujours pas de regrets de mon côté car même si l’auteur présenté n’a pas titillé ma curiosité, je n’en ai pas moins étoffé ma culture littéraire et c’est finalement le plus important.

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Bifrost n°105

5

Joie et bonheur de ce début 2022, voici le Bifrost qui arrive dans ma boîte aux lettres ! Si tôt arrivé, si tôt dévoré et avec davantage d’enthousiasme que le dernier car cette fois, j’ai beaucoup accroché à l’autrice mise en avant.

Ce nouveau numéro de la revue des mondes imaginaires se consacre donc à une grande dame de la science-fiction (mais pas que) : Leigh Brackett. J’avoue que je n’avais jamais entendu son nom auparavant et que j’étais donc très curieuse de découvrir qui elle était, son travail, ainsi que son influence dans le milieu des littératures imaginaires. C’est Charles Moreau qui signe sa biographie. Une interview datant des années 1970 est également présente dans ce numéro (avec des propos recueillis par Dave Truesdale) dont j’ai beaucoup apprécié la lecture au point même de surligner des passages pour me les remémorer plus tard. On y trouve enfin l’habituel guide de lecture (par Franck Brénugat) et un article qui se concentre sur l’influence de l’autrice dans le cinéma écrit par Pierre Charrel. N’oublions pas au passage la bibliographie de Leigh Brackett, compilée par Alain Sprauel qui fait quand même six pages et demi…

Tous ces éléments m’ont donné envie d’aller plus loin dans l’œuvre de l’autrice bien que je n’ai pas encore décidé par où la commencer. J’ai eu droit à un premier contact grâce à la nouvelle présente dans ce numéro et j’en ai été vraiment enchantée !

Comme d’habitude, c’est sur cela que mon billet va se concentrer.

Père de Ray Nayler (traduit de l’américain par Henry-Luc Planchat)
États-Unis, 1956. Un petit garçon a perdu son père à la guerre et reçoit de la part du gouvernement un père robotique de substitution…
La nouvelle de Ray Nayler est écrite à la première personne. On suit cet enfant naïf dans sa perception de ce nouveau père robotique et dans la création d’un lien sentimental entre eux. D’entrée de jeu, on sait que ce bonheur décrit sous nos yeux ne durera pas plus de six mois car l’histoire est racontée après coup par l’enfant qui l’annonce à la première ligne. Il y a donc un effet de désespoir, d’attente et de curiosité : comment tout ceci va mal tourner ? On s’en doute assez vite en remarquant la manière dont cette Amérique rurale des années cinquante réagit à la présence de ce robot, à la discrimination dont elle fait preuve.

Cette nouvelle est tragique mais contient beaucoup d’émotions. Elle m’a touchée et je suis curieuse de découvrir d’autres textes de Ray Nayler.

Cavorite de Laurent Genefort
Décidément, Laurent Genefort est partout en ce moment entre l’Abrégé de Cavorologie et les Temps ultramodernes… Voilà que le Bifrost publie également une nouvelle. Enfin… Si on peut qualifier ainsi cet étrange format qu’on retrouve dans les pages de la revue. En effet, il ne s’agit pas d’une histoire suivie mais bien d’un collage d’une vingtaine d’articles de presse autour du thème de la cavorite. Ces articles détaillent des évènements dans divers domaines liés à ce minerai fameux, central dans la construction de l’uchronie de Genefort. S’il y a un autre lien entre eux, je ne l’ai pas remarqué.

Peut-être est-ce parce que j’ai enchaîné beaucoup de lectures sur le sujet en deux ou trois semaines mais j’ai été rapidement lassée, surtout que j’avais un sentiment de redite avec les inter chapitres des Temps ultramodernes qui contiennent également des articles de presse, quoi que plus longs. Ç’avait le mérite d’être original dans la présentation.

La tragique affaire de l’ambassadeur martien d’Eric Brown (traduction par Michel Pagel)
Cette nouvelle est un prélude aux Simulacres Martiens paru dans la collection Une Heure Lumière du Bélial dont je vous ai récemment parlé et au contraire de ce dernier, ne souffre pas des problèmes que j’ai pu aborder. En effet, je regrettais que Sherlock Holmes soit très passif dans Simulacres mais ce n’est pas le cas ici. Eric Brown nous offre une enquête toute holmesienne suite au meurtre de l’ambassadeur martien sur Terre. C’est classique mais efficace et davantage à l’image de ce que je m’imagine quand on m’évoque la figure du célèbre détective. Ce fut un plaisir à lire !

Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel de Leigh Brackett (traduction par Bruno Martin)
Mon premier contact avec la plume de Leigh Brackett est une grande réussite bien que je n’ai pas compris immédiatement où elle voulait en venir. L’histoire s’ouvre sur un couple qui traverse un désert de l’ouest américain pour se rendre quelque part où ils sont attendus pour mener une sorte de mission et il m’a fallu quelques pages pour comprendre que ce couple était en réalité un couple extra-terrestre, envoyé sur Terre pour développer des relations diplomatiques entre nos espèces.

Évidemment, la nouvelle a été écrite en 1957 et on peut imaginer que Leigh Brackett s’inspire de l’Amérique de cette époque en proie au racisme non seulement envers les personnes Noires mais aussi envers les personnes… Vertes, que sont ces aliens. L’autrice décrit un incident tragique avec une maîtrise des sentiments (non) humains et leurs conséquences sur la psyché qui m’a grandement impressionnée.

La conclusion de l’ombre :
Ce numéro du Bifrost a été un plaisir à découvrir. Il m’a permis un premier contact avec la plume de Leigh Brackett ainsi qu’avec Ray Nayler dont je vais pousser la découverte un peu plus loin. Mention spéciale pour l’encadré droit et science-fiction de Raphaël Costa qui m’a fait sourire. J’ai hâte de recevoir le prochain numéro ! Bravo à tous.tes les collaborateur.ices.

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À l’ombre du (104e) Bifrost : les nouvelles

Bonjour tout le monde !

C’est un peu la semaine du Bélial sur le blog entre une chronique UHL mardi et un Bifrost aujourd’hui… Mais je ne pouvais pas m’abstenir d’écrire un retour sur trois des quatre nouvelles présentes dans ce numéro. Pourquoi trois ? Et bien je dois avouer être totalement passée à côté de celle de Stanislas Lem -à qui était en plus consacré ce numéro. Dommage ! Et pourquoi juste les nouvelles ? Et bien parce que je n’ai pas grand chose à dire sur le contenu de la revue, c’est toujours très intéressant à lire, je me cultive, j’apprends et je radote sur le fait que vous devriez penser à vous abonner… Autant résumer ça en une phrase, non ?

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Willie le zinzin de Stephen King

Apparemment inédit tout court et publié en français avant de l’être en anglais ! Super pour le Bélial même si ça tient un peu du hasard (il me semble que la crise sanitaire est passée par là ?) Premier texte de l’auteur pour moi et ce fut une réussite. Je sais, vous êtes toujours en train de buguer sur mon aveu de la phrase d’avant… Quand j’ai eu le malheur de dire sur Twitter que je n’avais jamais lu King, sa fanbase s’est mis en tête de me noyer sous les conseils de lecture (alors que je n’avais rien demandé…) ce qui a tendance à plutôt repousser mon envie de lire. J’ai fini par arrêter de répondre. Désolée pour cell.eux qui ne pensaient pas à mal mais je trouve cette tendance un brin pénible. Donnez des conseils quand on vous en demande, arrêtez d’imposer de force vos avis…

Ceci étant dit, de quoi parle Willie le zinzin ? Et bien de… Willie donc qui est un garçon un peu étrange et fasciné par la mort. On le découvre dans son quotidien au sein de sa famille en plus d’apprendre des choses sur lui au détour des conversations entre sa mère et sa sœur. Willie est proche de son grand-père alors quand il apprend que celui-ci va mourir… Et bien il n’a pas l’air de le vivre si mal que ça, à l’incompréhension générale.

La nouvelle est assez courte et bien ficelée. On sent l’expérience de l’auteur en la matière car il parvient à poser un contexte, un concept, en quelques lignes, avec une ambiance réussie et des personnages correctement caractérisés qui font qu’on lit avec une sorte de fascination teintée d’appréhension quant aux évènements qui vont suivre. Peut-être parce que c’était mon premier King, je n’ai pas du tout vu arriver le twist finale et je suis restée bouche bée, stupéfaite de ce qui venait de se passer puisque, jusque là, je laissais le bénéfice du doute… Bref, je ne vais pas trop en dire, si ce n’est que j’ai été très enthousiasmée par ce texte. Je lirais d’autres nouvelles de King et peut-être l’un ou l’autre de ses romans à l’occasion.

Mais que je choisirai toute seule comme une grande.

Un soupçon de bleu de Ken Liu
Cette nouvelle prend place dans une société ressemblant à la nôtre mais qui diffère sur sa source d’énergie. J’invoque le Grand Apophis et son pouvoir taxinomique afin de nommer ceci ! Toujours est-il, donc, que les gens se servent du souffle des dragons, apparus un peu comme ça du jour au lendemain, pour tout. Évidemment, certaines personnes sont pour les dragons, d’autres contre, surtout ceux qui ont dans leur famille un individu disposant du pouvoir de se « faire obéir » de ces « animaux » paresseux.

La nouvelle est construite comme un reportage, ce qui rappellera l’homme qui mit fin à l’histoire même si la comparaison s’arrête là. J’ai trouvé ce texte ambitieux dans l’idée, très joli sur sa conclusion mais un peu moins réussi dans son exécution jusqu’à être longuet par moment – à  mon goût. Pas le meilleur Liu que j’ai pu lire mais pas à jeter pour autant.

Fantômes électriques de Rich Larson
Voilà un auteur dont j’adore généralement les textes courts (je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire sur du roman). Celui-ci ne compte pas parmi mes favoris mais j’ai apprécié son idée globale. Il se déroule au Canada, peu après que des sortes d’aliens soient arrivés sur Terre. Benny, paumé et drogué, en rencontre un et est chargé par lui de retrouver les autres pour les sauver. Une mission en échange de laquelle il pourra revoir Ém, son amour perdu.

L’alternance entre passé (pour expliquer comment Benny en arrive là) et présent (Benny tente de récupérer un autre alien) est assez brouillonne et pourrait perdre le.a lecteur.ice. Puisque le narrateur est à la première personne, cela peut se justifier par sa consommation de drogue et son désespoir qui semble le faire totalement vriller. Je n’ai donc pas eu de soucis avec ça et j’ai beaucoup aimé la fin même si elle était un peu trop ouverte à mon goût. Il manquait quelques éléments de contexte bien que je ne suis pas certaine que ça ait été l’intention de base de l’auteur. Ça ne serait pas la première fois qu’il se concentre davantage sur l’humain en se servant des évènements pour aborder les conséquences psychologiques sur ses personnages et ça me convient.

Trois nouvelles, trois grands auteurs reconnus pour leur maîtrise du format court, trois textes que j’ai pris plaisir à lire. Je garde un regret pour celui de Stanislas Lem, j’aurais vraiment voulu accrocher à sa plume mais on ne peut pas tout aimer, hélas.

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Guide sorcier de l’évasion : atlas des contrées réelles et imaginaires – Alix E. Harrow

7
Guide sorcier de l’évasion
est une novella écrite par l’autrice américaine Alix E. Harrow. Publiée pour la première fois en français dans le Bifrost 99, cette nouvelle était disponible gratuitement pendant quelques semaines après avoir reçu le prix des lecteurs du Bifrost. C’est à cette occasion que je me la suis procurée et bien m’en a pris car il s’agit d’un texte de qualité.

Je l’ai lue pour la première fois durant le mois d’août et j’ai été tellement emballée par le propos que j’ai demandé au Bélial leur autorisation pour l’inclure dans mon dossier de lectures, à destination de mes étudiant.es. Je n’avais pas écrit de chronique dessus mais après l’avoir fait lire en classe une première fois, j’en ai eu l’envie et pour deux raisons. D’une part, vous partager mon propre ressenti et, d’autre part, vous raconter comment elle a été reçue.

De quoi ça parle ?
À Maysville, dans le Sud des États-Unis, un adolescent se rend à la bibliothèque pour emprunter des livres d’aventure et s’évader de son quotidien maussade. La bibliothécaire, qui est aussi une sorcière, sent sa détresse et essaie de l’aider en lui conseillant les ouvrages adéquats. Mais plus le temps passe, plus la situation du jeune garçon empire, si bien qu’elle commence à envisager de lui donner un ouvrage interdit par sa profession…

L’avis de l’ombre :
Je trouve que cette nouvelle est une ode à la littérature de l’imaginaire et à tout ce qu’elle peut apporter, même si beaucoup de gens ont l’impression qu’elle est au contraire néfaste. Il suffit de voir qu’on brûle des ouvrages de l’imaginaire dans certains pays ou, plus proche de nous, les réflexions désagréables de certain.es profs ou parents. Ces personnes sont représentées par l’assistante sociale qui dit à un moment au jeune garçon qu’il doit « lire des choses utiles ». C’est une phrase que vous avez peut-être entendue un jour, comme si toute activité qui ne générait pas un « profit » tangible ne méritait pas qu’on « perde » du temps avec elle…

Alix E. Harrow réfléchit sur la place des livres, des bibliothèques mais aussi des œuvres de fiction de manière générale. Il suffit de constater les nombreuses références littéraires qui parcourent ce texte pourtant long de quelques pages seulement. Chaque « partie » est surmontée d’un titre de livre et d’un.e auteur.ice dont le contenu du roman correspond ou résonne avec ce qui serait dit dans le chapitre. On y trouve ainsi un sous-texte très riche et qui gagne en intensité en fonction de notre culture littéraire.

Comment les étudiant.es ont reçu le texte :
J’utilise mon dossier de lecture dans plusieurs classes et la première fois, ça a été avec des bacheliers (licence). Premièrement, j’ai remarqué que tout le monde ne lisait pas aussi vite que moi… Pour évaluer le temps que ça devrait leur prendre, j’ai relu le texte en même temps qu’elleux tout en prenant des notes et iels ont eu besoin du double de temps pour arriver au bout. Cela m’a fait réfléchir sur mes préconceptions…

Ensuite, en les invitant à s’exprimer, j’ai rapidement compris qu’iels n’avaient pas compris qu’il s’agissait d’une nouvelle de l’imaginaire. Iels sont tellement habitué.es à lire de la littérature blanche dans un cadre scolaire que, malgré les indices évidents et les déclarations de la bibliothécaire, ils ont plutôt pensé qu’il s’agissait d’une métaphore, d’une personne tellement passionnée par son métier qu’elle en avait développé un sixième sens et que le Guide sorcier finalement offert au jeune homme était lui aussi une métaphore pour le livre parfait qu’on aimerait tous.tes avoir dans les mains quand ça ne va pas.

J’ai été surprise par cette analyse mais je la trouve plutôt intéressante donc j’avais envie de l’ajouter à ma chronique. Quand je leur ai ensuite présenté / contextualisé la nouvelle, ils ont été surpris et vont la relire pour le prochain cours avec ça à l’esprit, pour voir s’iels la comprennent autrement.

Dans l’ensemble, iels m’ont dit qu’iels avaient aimé ce texte pour son ancrage dans le réel, qu’iels n’ont eu aucun mal à comprendre les enjeux même quand iels ne sont pas de grand.es lecteur.ices. Iels ont même été surpris qu’en si peu de pages, on puisse en dire autant.

La conclusion de l’ombre :
Peu importe comment on l’analyse, il semble évident et unanime qu’Alix E. Harrow a écrit une nouvelle pleine de sensibilité sur l’importance de la littérature et des bibliothèques, qui ne peut que parler à des amoureux.ses des livres. Je vous encourage vivement à le lire !

#ProjetOmbre { Bifrost n°102 }

6
Bonjour tout le monde !

J’ai décidé de changer mon format d’article sur le Bifrost pour n’en écrire qu’un seul qui évoquera non seulement les nouvelles (pour le #ProjetOmbre) mais également le contenu du périodique dans un résumé bref qui, je le sais, ne lui rendra pas justice. Je mets ici l’accent sur ce qui m’a surtout marquée en tant que lectrice. Cela ne signifie pas que le reste est mauvais, juste qu’il a eu un écho moindre sur moi. 

Restituons un peu…
Le numéro 102 du Bifrost est consacré à un monument de la science-fiction en la personne d’Arthur C. Clarke. J’avoue n’avoir jamais rien lu de lui jusqu’ici donc je partais à sa découverte en complète novice. Notez que ce numéro fête aussi le 25e anniversaire de la revue. Incroyable, non ? Bon anniversaire Bibi ♥

Il s’ouvre, comme toujours, sur des nouvelles qui sont ici au nombre de quatre. 

Les nouvelles :
Les neufs milliards de noms de Dieu
– Arthur C. Clarke
Cette nouvelle inaugure ce 102e numéro et m’a laissée un peu perplexe. Je ne suis pas certaine d’avoir bien compris les enjeux face à la fin. Disons que j’ai compris ce que ça signifiait mais peut-être me manquait-il des clés pour vraiment ressentir l’ampleur totale de l’histoire ? En tout cas, même si ce premier contact n’a pas été une totale réussite, j’ai bien aimé le style littéraire accessible de l’auteur et la manière dont il ne fait pas de chichis pour mettre en place son histoire.

La viandeuse – Ian R. Macleod
Ce n’est pas la première fois que je rencontre cet auteur au Bélial. Je sais que je n’accroche pas à ses écrits, en tout cas ça n’a jamais été le cas jusqu’ici et ce texte a failli me faire changer d’avis. Failli seulement. Disons pour sa défense que je nuance davantage mes sentiments à propos d’Ian R. Macleod grâce à lui. La viandeuse raconte l’histoire d’une femme durant la seconde guerre mondiale qui travaille dans l’intendance sur une base de l’Air Force en Angleterre. Elle est petit à petit mise à l’écart quand on se rend compte que les militaires qu’elle fréquente meurent chaque fois lors de leur mission suivante, d’où son surnom de viandeuse. Arrive alors un homme pas comme les autres, un pilote exceptionnel qui a déjà rempli trois fois vingt missions obligatoires et qui semble doté d’une chance insolente…

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère rude et désenchantée qui se dégage de cette nouvelle ainsi que les émotions mises en scène, sans parler du dénouement. Malheureusement, le texte souffre, à mon goût, de longueurs qui font que mon enthousiasme n’est pas absolu. Je pense qu’il aurait pu être amputé de certains passages pour améliorer son rythme sans que cela ne nuise au propos. Mais c’est mon ressenti et j’ai quand même apprécié ma découverte. 

Demande d’extraction – Rich Larson
Quelle claque ! Dans cette nouvelle, Rich Larson -dont le talent se confirme pour le format court- met en scène un groupe de criminels engagé de force dans une guerre, qui se retrouve sur une planète hostile confronté à… quelque chose. Tous ces éléments paraissent très classiques pour tout qui a un peu lu de la SF ou un peu vu des films du genre. La grande force de l’auteur réside dans ses protagonistes, qu’il rend très vivant, terriblement humains et faillibles, chacun à leur façon. Rich Larson maitrise aussi extrêmement bien le rythme et l’atmosphère, si bien que j’étais contente de lire cette nouvelle dans le train en pleine journée. Sans rire.
J’ai adoré lire ce texte et cette fin… Waw. Il faut vraiment que je me procure son recueil de nouvelles de toute urgence.

L’Étoile – Arthur C. Clarke
Seconde nouvelle de l’auteur qui a eu un bien plus grand écho en moi. On y rencontre un jésuite dans un vaisseau spatial envoyé étudier une civilisation disparue, civilisation qui, se sachant condamnée, a sauvegardé les traces de son Histoire, de sa langue, de son mode de vie, de ses arts, etc. dans l’espoir que quelqu’un les retrouvera un jour et qu’ils continueront donc d’exister sous cette forme. Déjà rien que ce principe de base, j’étais conquise…
Ce religieux va alors découvrir quelque chose d’incroyable, qui remuera les fondements de sa foi… Je ne peux pas en dire davantage sans gâcher la découverte mais disons qu’en lisant cette nouvelle, j’ai compris pourquoi cet auteur était passé à la postérité et je trouve que c’est un excellent échantillon de ce qu’il a à offrir.

Un dossier complet sur Arthur C. Clarke
Après les habituelles chroniques du Bifrost (j’avoue que ce n’est pas la partie qui m’intéresse le plus, bizarrement) le lecteur découvre une biographie très complète d’Arthur C. Clark que j’ai personnellement trouvé passionnante. L’homme m’a paru directement sympathique par sa mentalité très positive et son enthousiasme envers les sciences, les savoirs, l’évolution technologique au sens large. Un mot me vient spontanément pour le qualifier : bienveillant. C’est vraiment ce que j’ai ressenti en lisant cette biographique. Claude Ecken a réalisé un remarquable travail de synthèse, chapeau ! Au point que, même si je ne l’ai jamais lu ni rencontré, j’ai l’impression d’un peu connaître Clarke grâce à lui.

Cette biographie est suivie par un entretien datant de la fin du 20e siècle et réalisé par Charles Platt par téléphone. C’était très sympa de lire directement la retranscription des mots de l’auteur, ça m’a bien plu alors que l’exercice d’interview me passionne rarement. D’autres articles suivent, au sujet de ses apports littéraires (dans l’imaginaire mais aussi dans les domaines scientifiques), de ses différentes séries (histoire de savoir quoi lire et dans quel ordre !) puis de ses collaborations, notamment avec Stephen Baxter qui est interviewé pour l’occasion. Interview qui m’a donné envie de le découvrir, lui aussi ! Arrive finalement la bibliographie de l’auteur qui a besoin de 14 pages (je vous jure, j’ai compté !!!) pour être complète… Ça donne le tournis, pas vrai ? Sachez également qu’Arthur C. Clarke a écrit pas mal d’articles scientifiques et une rubrique complète y est consacrée. J’ai été vraiment impressionnée par son érudition et tous ses apports aux sciences dont je n’avais vraiment aucune idée !

Petit plus : une interview de Manchu.
Peut-être connaissez vous Manchu ? Ce fabuleux illustrateur à qui on doit, notamment mais pas que, la couverture de ce Bifrost (enfin LES couvertures car il y en a une spéciale pour les abonnés et collaborateurs (qui sert d’illustration à cet article) et une autre « standards » pour toutes celles et tous ceux qui achètent le Bifrost en dehors des canaux béliaux). Il se livre à Erwann Perchoc et ça m’a beaucoup plu de découvrir l’homme derrière ces magnifiques illustrations. On a tendance à oublier le rôle fondamental des illustrateurs dans le processus éditorial, c’est bien que le Bélial les mette ainsi en avant.

Le mot de la fin :
Voici donc ma lecture du troisième numéro du Bifrost et je ne regrette toujours pas mon abonnement puisque ma culture littéraire gagne des niveaux à une vitesse phénoménale grâce à cette revue ! J’adore l’aspect découverte et le travail effectué par l’équipe éditoriale qui est de grande qualité. Ici, j’ai tout particulièrement aimé m’initier à Arthur C. Clarke car je n’aurais probablement jamais lu cet auteur sans ce Bifrost… et ç’aurait été très dommage. 

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AVANCÉE DU CHALLENGE : 32 NOUVELLES LUES EN 2021

À l’ombre du (101e) Bifrost : Le Serveur et la dragonne de Hannu Rajaniemi & La Barbe et les cheveux, deux morsures de Dan Simmons

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Il y a deux jours, je vous présentais les deux premières nouvelles contenues dans le 101e numéro du Bifrost. Je m’attaque cette fois-ci aux deux autres… et non des moindres, sachez-le puisque dans le tas, il y en a une traduite par le Grand Serpent en personne ainsi qu’une autre écrite par Dan Simmons.

Le Serveur et la dragonne – Hannu Rajaniemi (lecture le 16/02/2021)
Cette nouvelle est écrite du point de vue du Serveur, une entité type I.A. et c’est plus ou moins tout ce que j’ai compris de l’aspect technologie du texte. Nous sommes clairement ici dans de la hard-sf. Toutefois, il n’est pas nécessaire de posséder des notions scientifiques poussées pour ressentir des émotions en lisant les mots de Hannu Rajaniemi.

L’auteur propose une histoire assez émouvante et peut-être même une allégorie bien que je ne puisse le jurer, n’ayant pas tous les éléments en main pour. Le Serveur va rencontrer une dragonne, qui vit au sein de sa simulation et tente de dépasser les limites du ciel. Les deux vont se lier d’amitié et même un peu plus, ce qui tire le Serveur de sa solitude.

Je n’ai pas vu arriver le retournement final, du coup le choc a très bien fonctionné sur moi. Je suis restée transie par la surprise et un peu l’horreur, triste aussi devant cette trahison, soufflée enfin puisque l’auteur parvient tout de même à me secouer alors que je n’ai pas tout saisi aux subtilités scientifiques de son texte. J’apprécie beaucoup l’aspect poétique de son écriture qui fonctionne vraiment bien sur moi et je me réjouis de découvrir d’autres écrits sous sa plume.

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La barbe et les cheveux : deux morsures – Dan Simmons (lecture le 17/02/2021)
L’histoire se divise en deux temporalités : le passé et le présent. Dans le passé, Tommy et Kevin sont deux enfants d’une dizaine d’années qui soupçonnent deux barbiers d’être en réalité des vampires. Kevin développe sa théorie autour de cette certitude en apportant des éléments historiques qui paraissent, de prime abord, solides. Du coup, les enfants vont enquêter pour essayer de découvrir le secret des deux hommes. Dans le présent, Tommy se rend tout simplement chez un barbier, le même a priori que celui soupçonné, et demande à se faire raser, comme tous les jours.

Dan Simmons joue habilement avec son lecteur puisqu’en représentant Tommy, adulte, qui se rend chez le même barbier que celui dont il soupçonnait le vampirisme durant son enfance, on pense naïvement qu’il n’en est rien et que c’est, au pire, une histoire amusante de deux gamins qui se montent la tête. Pourtant, on s’interroge légitimement sur l’intérêt d’une telle histoire…

Si j’étais bien emballée au début de ma lecture, l’enthousiasme est retombé à la fin puisque, d’une part, je n’ai pas bien cerné le twist mit en place et, d’autre part, je l’ai trouvé un brin convenu finalement. Je ne dis pas que la nouvelle est mauvaise, juste qu’après coup, elle manque de surprise et de saveur. Du moins à mon goût ! Puis ça a été l’occasion de me souvenir que j’avais en réalité déjà lu cet auteur il y a des années (je devais avoir quatorze ou quinze ans) avec l’échiquier du mal et que je n’avais pas accroché à l’époque (ce qui risque de me valoir des huées, hélas). Cela ne m’a pas empêché de découvrir avec intérêt la suite du dossier qui lui était consacré dans le Bifrost !

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(avancée du challenge : 8 nouvelles lues)

À l’ombre du (101e) Bifrost : La fièvre de Steve de Greg Egan & Je vous ai donné toute l’herbe de Christian Léourier

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J’ai (enfin) lu le numéro 101 de la revue Bifrost à laquelle je me suis abonnée récemment (pour le 100e numéro). Comme la dernière fois, la revue comptait quatre nouvelles : une de Greg Egan, une de Christian Léourier, une de Hannu Rajaniemi et une de Dan Simmons, comme de juste, puisque ce numéro lui est consacré. Au sein de ce billet, je vais m’attarder sur les deux premières nouvelles et j’en rédigerai un autre sur les deux suivantes, afin que la lecture ne soit pas trop indigeste pour vous.

Attention, ce billet peut contenir des éléments d’intrigue, histoire d’avoir quelque chose de solide et intéressant à raconter…

La Fièvre de Steve – Greg Egan (lecture le 13/02/2021)
L’histoire se déroule aux États-Unis, dans un contexte aux allures dystopiques. Lincoln vient d’avoir 14 ans et imagine des choses dans sa tête : un moyen de s’échapper de chez lui pour rejoindre Atlanta. Chaque nuit, il rejoue le scénario de son évasion en modifiant les paramètres pour prendre en compte tous les imprévus imaginables. Mais pour quelle raison ? Après tout, Lincoln n’est pas malheureux ni battu ni rien de ce genre…

Le lecteur découvre alors l’existence des Stevelets, des nanorobots entrés en circulation une trentaine d’années auparavant et qui ont provoqué le Crash. Le Crash, c’est comme une espèce d’apocalypse où tout le monde a pété un câble, justement à cause des Stevelets et de leurs actions. Pas qu’ils soient de nature mauvaise, malheureusement il manque de subtilité et de nuance. Normal, me direz-vous, puisque ce sont des machines. Mais comment ont-ils été créé ? Tout simplement par l’entremise d’un savant prénommé Steve qui, se découvrant atteint d’une maladie, a cherché un remède grâce à cette technologie en l’injectant dans des rats. Mais elle a plus ou moins échappé à son contrôle à cause d’une programmation un peu maladroite. Si bien que quand Steve meurt bêtement dans un accident de voiture, les Stevelets tentent toujours d’accomplir la tâche pour laquelle ils ont été conçus, sans succès.

Et Lincoln, dans tout ça ? Il est appelé dans un motel d’Atlanta pour jouer un rôle et permettre aux machines d’apprendre, de reproduire les schémas de pensées de Steve pour, en quelque sorte, réussir à le ressusciter.

J’ai lu cette nouvelle de Hard-SF (mais accessible je vous rassure) en ne ressentant rien au fil des lignes, du moins sur le moment. Mais une fois terminée, elle est restée dans un coin de ma tête et a tourné, tourné, tourné, jusqu’à ce que je prenne conscience de toutes ses implications, de toute sa richesse. J’en ressors finalement assez impressionnée, suffisamment pour comprendre pour quelle raison on a menacé le pauvre traducteur avec une arme pour qu’il se mette au travail ! (ceci est une private joke pour ceux qui ont lu le 101e Bifrost).

D’autres avis : L’Épaule d’OrionDragon GalactiqueAu pays des cave TrollsLorkhan – vous ?

Je vous ai donné toute herbe – Christian Léourier (lecture le 14/02/2021)
Dan est un rêveur qui habite dans la Zone, un endroit où les humains sont capables de survivre, au contraire de l’Extérieur. Le lecteur le rencontre au début de la nouvelle alors qu’il observe ce fameux Extérieur avec fascination. C’est que Liv, la petite amie de Dan, va bientôt accoucher et la perspective l’effraie.

La nouvelle est narrée par Mam, une intelligence artificielle incarnée ici dans un robot qui a élevé ces enfants après la disparition de leurs Parents (je passe sous silence les détails sur cet élément pour ne pas tout divulgâcher). Cela permet d’avoir un point de vue assez analytique sur la situation et quelques réflexions sur l’humanité qui ont toujours le don de me faire sourire. C’est aussi l’occasion de découvrir la vérité sur la Zone qui est le résultat d’une colonisation spatiale. Mam est, en réalité, une IA envoyée pour un voyage de 300 ans dans le but de terraformer une planète mais qui, une fois son objectif accompli, n’a jamais reçu de réponse ou de réaction de la Terre. Elle a donc décidé de continuer sa mission en créant des humains via sa base de données génétiques, histoire de ne pas avoir fait tout ça pour rien. Par « tout ça » j’entends détruire tout un écosystème afin d’en imposer un nouveau, capable d’accueillir l’humanité.

Bien entendu, Mam n’a rien révélé de tout ça aux enfants, persuadée que ces informations les perturberaient et causeraient des problèmes. Malheureusement, ses précautions n’auront pas réussi à les préserver…

L’occasion de la naissance du bébé de Dan et Liv, conçu naturellement et arrivé au monde par voie naturelle quoi que de manière prématurée, permet de réfléchir sur l’humanité, sur notre avenir, sur ce qui fait de nous un être humain et sur ce que nous devrions faire de cette existence. Des quatre nouvelles présentes dans le Bifrost, c’est celle qui m’a le plus chamboulée, avec laquelle j’ai éprouvé le plus d’émotions fortes. C’était ma première lecture de l’auteur et certainement pas la dernière…

D’autres avis : Dragon GalactiqueAu pays des cave TrollsLorkhan – vous ?

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À l’ombre du (100e) Bifrost : je découvre la revue des mondes imaginaires !

Bonjour à tous et à toutes !

Si vous trainez un peu dans le coin ces derniers jours, vous savez probablement que je me suis abonnée à la fameuse revue Bifrost dont j’ai chroniqué les quatre nouvelles (ici et ). Mais le Bifrost ne se résume pas à un espace où découvrir des récits au format court ! Au fil des différents échanges que j’ai pu avoir avec certains blogpotes non familiers de la revue, j’ai pris conscience que si on connait son nom, on n’a pas forcément toujours une bonne idée de son contenu. Cet article s’adresse donc en priorité à celles et ceux qui aimeraient en apprendre plus à son sujet.

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Les nouvelles
Tout numéro du Bifrost, à l’exception du hors-série consacré à la bande-dessinée en science-fiction, contient au minimum une nouvelle. Dans ce numéro, il y en a quatre mais c’est déjà monté jusqu’à cinq si j’en crois mes quelques recherches sur le sujet. Ce centième opus étant consacré à Thomas Day, l’auteur y propose deux nouvelles dans des styles et des genres littéraires très différents. Je ne vais pas davantage détailler ici puisque je l’ai déjà fait dans deux autres articles précédents. Sachez juste que les deux autres auteurs qui ont participé sont Rich Larson et Catherine Dufour.

Les critiques littéraires.
Plusieurs pages sont consacrées à la critique des derniers romans récents parus en SFFF, francophone ou non. Plusieurs chroniqueurs se partagent la parole et vous en connaissez certains (Apophis, Feydrautha ou Stéphanie Chaptal pour ne citer que celles et ceux que je connais). C’est la partie qui m’a le moins intéressée puisque je suis déjà énormément de blogs et que j’avais entendu parler de la plupart des textes présentés quand je ne les avais pas chroniqué moi-même. Par contre, c’est une rubrique passionnante pour tout qui ne sois pas forcément l’actualité de la blogosphère. De plus, le format court de la critique est assez intéressant et nécessite un exercice de style que je salue bien bas.

Le dossier
Le dossier du 100e numéro était consacré à Thomas Day qui, comme vous le savez peut-être, porte de multiples casquettes (à la fois auteur et éditeur). Il se confie dans une interview qui permet de vraiment mieux cerner l’auteur mais aussi l’éditeur, son parcours, sa personnalité.
Et là, c’est l’instant anecdote…
Dernière édition de Trolls et Légendes, 2018 je pense ou 2019. Je venais de lire la voie du sabre et j’étais ravie d’apprendre que Thomas Day pourrait me la dédicacer lors du festival. Le truc c’est qu’en bonne tête de linotte, j’ai oublié mon bouquin chez moi. Je m’arrête donc près de lui pour le lui dire en souriant de ma bêtise, parce que je tenais quand même à lui exprimer de vive voix mon intérêt pour ses écrits. Étant autrice moi-même, je sais que ça fait plaisir à entendre. Sauf qu’on a à peine échangé deux mots parce qu’il m’a donné l’impression de l’ennuyer, de le déranger, de mal tomber quoi. Je n’en ai pas fait tout un plat parce que les salons, c’est parfois difficile pour le mental puis en tant qu’humain, on peut aussi se tromper sur ses interprétations des ressentis d’autrui. Mais j’en avais gardé un petit pincement au cœur malgré tout.
Grâce à cette interview, j’ai appris que Thomas Day souffre d’une forme d’autisme et que fréquenter d’autres gens est très difficile pour lui. Il prend beaucoup sur lui pour y parvenir, c’est un réel effort. Cela a donné un tout autre éclairage à notre première rencontre et me fait aussi remettre pas mal de choses en perspective. On a tendance à juger un auteur sur son œuvre et à oublier qu’il y a un humain derrière, ce qui peut mener à des qui pro quo désastreux comme ici. Enfin, désastreux, j’exagère un peu mais voilà.

Après cette plutôt longue interview accompagnée de plusieurs photographies d’archive qui retracent la vie de l’auteur depuis son enfance à aujourd’hui, le Bifrost propose un guide de lecture de l’œuvre (très dense !) de Thomas Day. Guide plutôt bienvenu au sein duquel j’ai repéré plusieurs titres intéressants comme l’école des assassins, le double corps du roi ou encore l’instinct de l’équarisseur. Le dossier se poursuit avec une autre interview, celle d’Ugo Bellagamba qui a coécrit avec lui le double corps du roi ainsi que l’école des assassins. J’ai trouvé intéressant d’avoir cet autre éclairage sur l’apport qu’a eu Thomas Day en tant qu’auteur mais également éditeur. C’était très édifiant.

Enfin, ce dossier se conclut sur une bibliographie de l’auteur qui m’éblouit et me terrifie à la fois : 13 romans, 7 recueils, 16 anthologies, 9 BD et 121 nouvelles… Et il a 48 ans. Stupéfiant non ?

Scientifiction
Si j’ai bien compris le principe de cette rubrique, il s’agit d’écrire un article sur la manière dont on utilise, en (science)fiction, un élément scientifique comme, ici, l’antimatière. Roland Lehoucq commence en parlant brièvement de l’origine de la découverte et du concept en lui-même puis en retrace l’histoire au sein de la littérature ou plus largement de la fiction peu importe le média. J’ai trouvé l’article très intéressant mais pour moi qui suis novice, il m’a fallu une bonne dose de concentration et quelques déductions peut-être hasardeuses pour bien tout comprendre. Pas grave, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et je sens que je vais beaucoup l’aimer, moi, cette rubrique.

Infodéfonce et vracanews
Ce numéro se conclut sur une petite rubrique reprenant ici les résultats de divers prix littéraires (le Hugo, le Rosny Aîné, notamment) et l’annonce du vote des lecteurs pour la meilleure nouvelle du Bifrost de cette année. Vote auquel je ne vais pas participer puisque je n’ai pu lire que celles contenues dans ce numéro ! Ça ne serait donc pas très juste.

La conclusion de l’ombre :
Je me suis longtemps tâtée à m’abonner ou non au Bifrost car je n’ai jamais été très portée sur les revues. Pourquoi sauter le pas ? Et bien, déjà, en partie grâce aux blogpotes qui en parlent et qui semblent très contents de leurs découvertes mais également parce que je suis curieuse de faire évoluer mon rapport à la littérature de l’imaginaire et de découvrir une nouvelle vision de celle-ci. Je me réjouis déjà de lire le prochain numéro !
D’ailleurs, si vous souhaitez vous abonner (au format papier ou numérique) c’est ici que ça se passe.

D’autres avis : AlbédoCélindanaé – vous ?

À l’ombre du (100e) Bifrost : Circuits de Rick Larson & des millénaires de silence nous attendent de Catherine Dufour.

Bonjour à tous !
Vous vous souvenez ? Je me suis abonnée au Bifrost récemment et j’ai très envie de partager avec vous mes découvertes et mon enthousiasme. Il s’agit donc du second article à ce sujet, le premier étant consacré aux deux nouvelles de Thomas Day. Attardons-nous à présent sur celles de Rich Larson et de Catherine Dufour.

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Circuits – Rich Larson
Date de lecture : 30 octobre 2020.
La nouvelle s’ouvre sur une description très photographique d’un paysage désertique et d’un train lancé dans sa course. Au sein de ce train se trouve Mu, qui est l’I.A. de la machine. Rich Larson n’a besoin que de quelques lignes pour instaurer une ambiance dérangeante, oppressante, sans que le lecteur n’arrive à mettre tout de suite le doigt sur ce qui cloche. En effet, les passagers ne réagissent pas aux sollicitations de Mu et la révélation tombe l’air de rien, au détour d’une phrase où on apprend que le train où Mu existe multiplie les trajets, en boucle, qu’elle en est à son 81 157e circuit. On imagine aisément qu’elle trouve le temps long… Jusqu’au moment où elle reçoit un signal qui va la sortir de sa monotonie.

La nouvelle compte seulement 8 pages de texte mais Rich Larson n’a pas besoin de davantage pour envoyer du lourd ni laisser une forte emprunte sur l’esprit de son lecteur. Le style est maîtrisé de bout en bout, pas la moindre fausse note. J’ai beaucoup apprécié cette mise en bouche et je pense me laisser tenter par son recueil qui vient de sortir au Bélial : la Fabrique des lendemains.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Des millénaires de silence nous attendent – Catherine Dufour.
Date de lecture : 31 octobre 2020
Cette nouvelle raconte deux histoires en parallèle : celle de Claude, une jeune femme qui commence subitement à grandir et celle de Caroline, une dame âgée qui commence à songer au suicide médicalement assisté. L’une comme l’autre subissent des pressions assez intenses de la part de leur proche et encaissent des réactions plutôt violentes face à ce qui peut leur arriver. Claude parce qu’elle n’est pas suffisamment féminine et que son corps, en grandissant, a tendance à se masculiniser. Sans compter que les médecins ne la croient pas quand elle affirme grandir. Ces changements vont entrainer Claude dans une spirale de rejets professionnels mais aussi personnels, de la part de ses parents par exemple qui pensent qu’elle change de genre alors que pas du tout. Ce n’est pas dit explicitement mais je l’ai compris comme ça.

Quant à Caroline, elle est vieille mais ne meurt pas suffisamment vite. Du coup, elle dépense son argent, elle ose s’offrir de nouveaux yeux pour plus de confort de vie, ce que son gendre qualifie de gâchis. Les repas de famille se font dans une ambiance assez tendue et son fils, qui la défendait auparavant contre les propos de ce désagréable gendre commence à se taire. On comprend alors la valeur d’une vie face à un potentiel héritage… Cette prise de conscience est sordide et instille efficacement un sentiment d’horreur, de révolte aussi.

Les réflexions adressées à l’une comme à l’autre ne peuvent que heurter. Catherine Dufour parle ici de la femme, des pressions qu’elles subissent quoi qu’elles fassent. Leurs deux histoires sont racontées en parallèle l’une de l’autre, en alternance, un petit bout pour chaque, jusqu’à finalement se rejoindre à la toute fin. Une fin… ma foi, plutôt belle qui m’a tiré un sourire satisfait. L’autrice n’a plus à démontrer son talent en matière d’écriture ni sa maîtrise pour le genre de la nouvelle. Une réussite ! Elle a également sorti un recueil de nouvelles (l’Arithmétique terrible de la misère) cette année au Bélial qui risque de finir dans ma PàL si tous les textes sont à la hauteur de celui-ci. Et, sincèrement, je n’en doute pas.

D’autres avis : L’épaule d’Orion – vous ?

Maki