Ballade pour Sophie – Filipe Melo & Juan Cavia

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Ballade pour Sophie
est une bande-dessinée scénarisée par Filipe Melo et dessinée par Juan Cavia, deux artistes d’origine portugaise. Publiée chez Paquet, vous la trouverez partout en librairie au prix de 27 euros.

De quoi ça parle ?
L’histoire se déroule à Cressy-la-Valoise, entre deux époques. Julien Dubois, aujourd’hui âgé et en train de mourir d’un cancer, raconte à Adeline Jourdain, une journaliste, comment il a rencontré Frédéric Simon et à quel point cela a influencé sa vie. Pourtant, c’est Julien qui a connu un succès mondial… Sans jamais penser le mériter.

Un coup de cœur inattendu
Vous le savez si vous suivez le blog, je ne suis pas du tout spécialiste de la bande-dessinée et j’en lis assez peu en dehors du manga parce que c’est un genre dans lequel j’ai du mal à vraiment me retrouver, sauf exceptions. Cette chronique prendra du coup la forme d’un ressenti global et sera dépourvue d’analyse poussée.

Quand j’ai acheté Ballade pour Sophie sous les conseils de Julie (de la Brigade Éclectique qui est aussi libraire chez Kazabulles) j’ignorais dans quoi je m’embarquais. Je savais juste que le dessin me plaisait et que vu son enthousiasme, l’histoire se révèlerait forcément agréable.

Dés les premières pages, j’ai été happée. On rencontre Adeline Jourdain, journaliste pour le Monde venue interviewer Julien Dubois afin d’écrire un article sur lui. On apprend rapidement que l’homme, surnommé Maestro par sa gouvernante, a pesé assez lourd dans le monde de la musique et s’en est retiré depuis plusieurs années suite à un accident. Lui n’a pas envie de parler à cette journaliste à qui il estime ne rien avoir de nouveau à dire qu’il n’ait pas déjà dit avant. Elle est donc mise dehors en moins de cinq minutes mais cela ne la décourage pas. Sa persévérance et une nuit passée sur le perron de la maison finira par convaincre Julien de lui parler.

Mais pas de lui, non ! Car Julien souffre beaucoup du syndrome de l’imposteur. Selon lui, le véritable artiste dont on devrait se rappeler et que beaucoup semblent avoir oublié en 1997 (date où il raconte son histoire) c’est Frédéric Simon, le fils d’un technicien de surface qui travaillait au théâtre et qui a appris le piano en autodidacte. Frédéric a un vrai don, hélas il n’est personne là où Julien est le fils d’une dame fortunée, bien décidée à ce qu’il rafle tous les honneurs même si elle doit corrompre tout un jury pour cela.

L’histoire de Julien commence en 1933 et avance petit à petit dans le temps via un découpage en différents actes, chacun consacré à un personnage. Julien commence par évoquer l’occupation en France durant la seconde guerre mondiale, un passage plus ou moins long dans la rue quand sa mère devient une « pute à nazis » puis un retour au bercail, le rejet de ceux qui les considèrent comme des collabos à la libération et ce pacte signé, presque avec le diable, pour devenir Éric Bonjour afin qu’on oublie son ancienne identité. Cette personnalité le transforme en artiste de variété un peu tout public, l’oblige à chanter des chansons qu’il n’écrit pas, jouer des morceaux qu’il n’aime même pas, continuant parce qu’il est accro à la reconnaissance du public, à leurs applaudissements. Arrive l’inévitable spirale infernale du show business, jusqu’à un dénouement tragique…

Pendant toute l’existence de Julien, l’ombre de Frédéric va planer sur sa carrière et le pousser à certains choix pas toujours très judicieux. Les émotions sont très bien retranscrites que ce soit par le travail des expressions ou simplement celui du texte, parfaitement découpé. Par moment, on a également droit à un dessin de pleine page qui symbolise certains excès d’Éric / Julien et illustre bien sa descente aux Enfers. Je me suis plongée dans cette histoire, tournant les pages avec fascination, curiosité, sans sentir le temps passer et j’avais même les larmes aux yeux à la fin. Une belle expérience, même si j’avais deviné la petite révélation sur Adeline. Ça ne m’a en aucun cas gâché la lecture.

Un contenu transmedia :
À la fin de la bande-dessinée, on trouve une partition pour jouer la fameuse Ballade de Sophie… Ballade qu’on retrouve au format musical, jouée par Filipe Melo lui-même. Cela permet de prolonger l’expérience ! Si vous aimez le piano, je vous recommande de prendre deux minutes pour l’écouter sur YouTube parce que ça vaut vraiment le coup je trouve.

La conclusion de l’ombre :
Ballade pour Sophie est une bande-dessinée qui raconte la vie (fictive) de Julien Dubois. Cet ancien artiste à succès se confie à une journaliste, Adeline Jourdain, sur un grand secret de son passé en la personne de Frédéric Simon, musicien talentueux et mystérieux qu’on ne voit finalement qu’à travers le regard des autres. Narrée entre passé et présent, cette bande-dessinée parle de musique, bien entendu, mais aussi de succès, de repentir et des excès de la rivalité. Magnifiquement dessinée, précisément scénarisée, elle instille chez son lecteur un large panel d’émotions. J’ai adoré et je vous la recommande !

D’autres avis : Une bulle de fantasyLa brigade éclectiquel’accro des bulles – vous ?

Tizombi, toujours affamé- Cazenove, Jacquemoire, William

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Tizombi est une bande dessinée qui mêle horreur et humour noir. Scénarisée par Cazenove, on retrouve William aux dessins et Elodie Jacquemoire aux couleurs. Elle est publiée chez Bamboo au prix de 10.95 euros.

Vous le savez, je ne lis pas énormément de bande dessinée. J’ai toujours préféré le manga et si je me suis mise aux comics, c’est pour certains héros que j’apprécie plus particulièrement. La BD, j’en lisais plus jeune avec des classiques comme Tintin, le Pti Spirou, Pierre Tombal et plus récemment, Naheulbeuk et Reflet d’Acide. Bref, vous voyez l’idée? Je ne suis pas du tout au courant de ce qui se fait, donc cette critique ne sera pas celle d’une pro. Mais j’ai tellement apprécié découvrir Tizombi que j’avais envie de vous partager mon enthousiasme 🙂

Je cherchais une lecture pour compléter la catégorie trick or treat sur le Pumpkin Autumn Challenge et je galérais un peu. Je me suis donc rendue à ma librairie où on m’a spontanément conseillé cette BD. Face à la couverture, je pensais me trouver dans une histoire un peu gothique pour un public jeunesse… Que nenni ! J’ai un peu de mal à classer cette BD, pas totalement pour les enfants vu la présence de sang ou de tripes ainsi qu’un humour noir assumé. Et pas forcément uniquement pour les adultes non plus. Un titre atypique !

À travers une série d’histoires courtes qui forment pourtant un tout narratif, nous suivons Margotik, une humaine poétesse qui s’incruste dans un groupe de zombies pour fuir un climat familial difficile. Passée pas loin d’être mangée, le chef du cimetière, Tizombi, l’épargne à condition qu’elle écrive son histoire, ses pensées, etc. Sauf que Tizombi est quand même principalement préoccupé par la nourriture… De même que ses deux camarades ! Les péripéties s’enchaînent alors dans une BD très référencée sur la pop culture (on trouvera notamment des clins d’œil à la série the Walking Dead, à Ça, à Chucky, etc.) et bourrée d’un humour corrosif comme je les aime. Parfois pas très subtil, je l’admets volontiers, mais ça passe très bien dans l’ensemble.

Les zombies, ce n’est généralement pas ma tasse de thé. Pourtant, le dessin adorable (gros coup de cœur je dois avouer ♥) et l’ambiance gothique ont su me convaincre de filer en librairie acheter le tome 2 ! Cette petite BD est parfaite pour Halloween et je vous la recommande très chaudement.