Les Secrets du Premier coffre – Fabien Cerutti

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Le secret du premier coffre
est un recueil de nouvelles issues de l’univers du Bâtard de Kosigan, une saga écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce beau-livre au prix de 23 euros partout en librairie.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse !

De quoi ça parle?
Dans l’ombre du pouvoir, premier tome des aventures du Bâtard de Kosigan, Kergaël (le descendant du Bâtard) trouve une bibliothèque secrète pleine de textes anciens surprenants. Hélas, un incendie criminel réduit tout en cendres à l’exception de trois coffres qui contiennent des documents aussi divers que variés. Avec ce premier recueil, le lecteur en découvre six tous très différents les uns des autres qui sont entrecoupés par de courts commentaires rédigés par Élisabeth Hardy, des commentaires internes à la diégèse donc, qui ont pour objectif de présenter chaque texte.

Légende du premier monde
Ce texte est tiré de l’anthologie des Imaginales de 2018 dont le thème était Créatures. Un personnage de la saga principale raconte l’histoire de son grand-père Dwerkin, un orphelin au caractère peu agréable qui fâchera les mauvaises personnes. Exilé, son don avec la nature attirera l’attention de l’ancien Grand Maître des créatures impériales qui va le prendre à son service pour travailler sur son projet. Il souhaite créer une iëlfelanin, femme végétale dont la durée de vie ne dépasse pas quelques semaines. Dwerkin va devoir identifier le problème et le régler.

J’ai été déboussolée par cette nouvelle pour deux raisons. Déjà, le choix narratif. Dans ce texte, tout est relaté, expliqué, il y a peu de dialogues et c’est quelque chose qui me rebute sur un plan personnel. Paradoxalement, j’en ai pris plein les yeux puisque même si je n’ai pas adhéré à la narration, l’atmosphère dépeinte par l’auteur fonctionne à merveille. On ne sait plus où regarder, ça brille de partout, on a des créatures extraordinaires qui sont fabriquées par des savants afin de plaire aux puissants et d’intégrer une sorte d’écurie impériale, ça a un côté terrible et poétique à la fois vu la manière dont ça se termine. Selon moi, la matière de cette nouvelle aurait largement pu donner un roman de grande qualité donc je suis un peu restée sur ma faim.

Ineffabilis amor
Cette nouvelle assez longue qui tient du roman court raconte comment le pape Innocent III a lancé les inquisitions noires dont on parle dans le Bâtard et qui a mené à une diminution drastique de la population magique, voir à l’extinction de certaines races. Nous le rencontrons quand il n’est encore que Lotario, jeune moine de 19 ans à peine fasciné par une faune qu’il rencontre par hasard. Cette attirance va le pousser à se porter volontaire pour assainir les relations entre son monastère et cette race, puis vers un dessein de pacification bien plus grand.

À nouveau, Fabien Cerutti opte pour une narration externe. On a le sentiment qu’un conteur nous narre cette histoire avec quelques biais narratifs qui permettent au texte de gagner en richesse. Je le lisais avec une espèce de fascination en me demandant où tout ceci allait mener et en même temps je ressentais un agacement croissant sur la manière dont le personnage féminin, faune et créature donc, se retrouvait mise en scène. Je n’aurais pas du douter de l’auteur qui offre une conclusion intelligente et nuancée à cette histoire tragique. C’est à partir de la dernière page de cette nouvelle que j’ai commencé à vraiment m’enthousiasmer pour le contenu de ce recueil.

Le crépuscule et l’aube
Encore une nouvelle tirée et retouchée d’une anthologie des Imaginales mais cette fois-ci celle de 2016, Fées et automates. L’action se déroule en 1263 en Bourgogne. Au début de la nouvelle, le peuple fay est acculé pendant les croisades noires. Leur espoir de survie repose sur les épaules d’une des leurs (Nelisse) et d’un inventeur humain (Falco Matteoti). Leur collaboration permettra peut-être d’empêcher l’extinction des fays… Hélas, pour créer son automate, Falco a contracté des dettes si bien que la pègre se retrouve mêlée à tout cela ainsi qu’un dangereux utilisateur de la Source.

Cette nouvelle est écrite sur base de points de vue multiple, chaque protagoniste donne sa voix au texte pour permettre une pluralité bienvenue. On comprend aisément les enjeux et j’ai personnellement été enthousiasmée par l’aspect poétique, doux et mélancolique qui se dégage de ce texte. Je me suis sentie immédiatement concernée par l’histoire, emportée, bref un coup de maître pour cet auteur aux multiples talents !

Fille-de-joute
Cette fois on retrouve le Bâtard (enfin !) au début de sa vie de mercenaire. Le narrateur est Kerth, un membre de la compagnie qui utilise un langage, disons, très fleuri mais aussi extrêmement immersif. Dans ces conditions, l’aspect transmissif ne me gêne pas puisqu’on se retrouve du point de vue d’un observateur extérieur au Bâtard, certes, mais au cœur de l’action tout de même. Après avoir survécu un peu par hasard à une bataille sanglante, Kosigan et ses deux compagnons découvrent le cadavre d’un chevalier italien mort probablement d’une crise cardiaque. Ils volent son armure et son identité pour participer à des tournois mineurs afin de se refaire une fortune mais surtout de traverser les lignes ennemies sans être inquiétés. Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu, encore moins quand leur route va croiser celle du poète Dante… Oui, ce Dante là.

Dans cette nouvelle, j’ai retrouvé tout ce que j’adore dans les romans de Fabien Cerutti : des bons mots, de l’action, du suspens, des rebondissements et une ambiance un peu gouaille. C’est la nouvelle que j’ai préféré lire et qui m’a le moins déboussolée dans son style puisqu’elle ressemble, au fond, à ce que j’ai pu découvrir dans les romans. L’aspect agréable du connu.

Le livre des merveilles du monde
Un texte extraordinaire par son ambition qui raconte comment Jehan de Mandeville a initié un voyage de plusieurs années sous demande de la princesse elfe Cathern an Aëlenwil. Cette dernière lui confie un message à porter à ses cousins d’Orient, message dont on apprend très tardivement le contenu et qui apporte une grosse claque dans son mélange des genres.

Avec cette nouvelle issue de l’anthologie Destinations des Imaginales (parue en 2017), Fabien Cerutti use de tout son talent pour nous en mettre plein les yeux. Ce récit de voyage assez descriptif est entrecoupé par des passages tirés des mémoires de Jehan ce qui permet d’avoir par moment une narration à la première personne très immersive. Avec ce texte, j’ai vraiment voyagé avec le sentiment d’y être, sans m’ennuyer une seconde. Sur une grosse soixantaine de pages, les rebondissements s’enchaînent sans sacrifier à l’ambiance. Un coup de maître !

Les jeux de la cour et du hasard
Peut-être le savez-vous mais je suis passionnée par le théâtre et j’en ai longtemps pratiqué (sans trop savoir pourquoi j’ai mis ce loisir sur pause d’ailleurs). Du coup, quand j’ai appris qu’une pièce se trouvait dans ce recueil, je ne tenais plus en place. Celle-ci est construite en trois actes et rappelle le vaudeville par son ambiance et son rythme. On y retrouve le Bâtard de Kosigan à la cour d’Angleterre. La Baronne Penwortham l’engage pour essayer de récupérer l’homme qui allait l’épouser et qui a été ensorcelé par nulle autre que la princesse Myrgraine ! Magie, intrigues politiques, coups retors, Kosigan dans toute sa splendeur. Certains s’étonneront peut-être de l’absence des prénoms des personnages devant chaque réplique. Les protagonistes sont signalés au début de chaque scène et très honnêtement, tout est compréhensible, je n’ai pas été perdue une seule seconde. J’espère que l’auteur s’adonnera à nouveau à cet exercice parce qu’il le maîtrise très bien et ça a été un vrai régal à découvrir.

La conclusion de l’ombre :
Sans grande surprise, les Secrets du Premier coffre est une nouvelle réussite à ajouter au palmarès de Fabien Cerutti. Les cinq nouvelles et la pièce de théâtre forment un bel ensemble qui permet non seulement au lecteur novice de toucher du doigt l’univers du Bâtard mais également aux fans de s’y replonger avec plaisir. L’auteur mélange les genres, les thèmes et les styles narratifs avec le talent qu’on lui connait pour offrir un recueil magistral à découvrir de toute urgence.

D’autres avis : CélinedanaeDionysosLe monde d’ElhyandraLa Bibliothèque d’AelinelBoudicca – vous ?

Maki

Le Bâtard de Kosigan #4 Le Testament d’Involution – Fabien Cerutti

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Le Testament d’Involution est le 4e (et dernier) tome du premier cycle du Bâtard de Kosigan écrit par l’auteur français Fabien Cerutti. La fantasy médiévale se mêle à un 20e siècle sous forme épistolaire (oui c’est pas banal) pour une saga plus que géniale qui est disponible chez Mnémos au prix de 20 euros le tome.
Je remercie chaleureusement les éditions Mnémos en la personne de Nathalie pour ce service presse.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge pour la catégorie « Au détour de Brocéliande » même si on peut la classer ailleurs. C’est juste que ça m’arrange de le mettre là :3

Je viens à l’instant de finir ma lecture donc j’écris mon avis un peu à chaud. Plutôt très à chaud. Et je vous avoue que j’ai présentement du mal à poser des mots sur l’enthousiasme que je ressens à la lecture de ce récit. J’ai lu un commentaire sur Booknode de quelqu’un qui se disait gêner de poster un retour sur ce livre, parce qu’il ne serait jamais à la hauteur de la qualité du roman. Au final, j’ai un peu le même problème.

Dans ma chronique du 3e tome (vu que, pour rappel, j’ai lu les deux premiers avant d’ouvrir le blog) j’ai mis l’accent sur toute une série de qualités qu’on retrouve évidemment dans ce 4e tome: un univers extrêmement riche et travaillé, un usage de la langue d’une rare maîtrise, une connaissance poussée de l’Histoire et des légendes dites « fantasy »… Alors, pensez-vous: tu vas juste te répéter, c’est ça? Et encore nous dire qu’on doit absolument lire cette saga? Que passer à côté, ça causera un manque dans nos vies, même si c’est plutôt destiné à un public de niche vu le niveau littéraire?
Déjà, oui. Clairement.
Mais pas que !

Dans ce quatrième tome, nous retrouvons notre chevalier là où nous l’avons laissé puisque les tomes 3 et 4 sont véritablement complémentaires, contrairement aux deux premiers. Du coup, je ne vous précise pas où exactement nous avions abandonné le chevalier ou même son descendant, vous le découvrirez par vous même. Les questions que l’on se posaient -parfois depuis le premier tome- trouvent enfin des réponses, de nouvelles prennent forment et la conclusion se dessine avec une rare maestria. Je suis épatée par le talent de l’auteur, qui a su tisser seul (enfin… seul? 😉 ceux qui ont lu comprendront) une intrigue aussi complexe qui se tient de bout en bout. Rien n’est laissé au hasard, le suspens est brillamment distillé et le rythme narratif réglé au poil. Il oscille entre révélations et scènes d’action, des passages entre le XIV et le XXe siècle, au point qu’on pose difficilement ce pavé de plus de 400 pages.

On pourrait croire, vu les nombreuses qualités du livre et son genre littéraire, qu’il prête finalement peu de cas aux personnages… Et ce serait une grave erreur. Pour vous dire à quel point Fabien Cerutti est doué, il a même réussi à me faire ressentir une forme de sympathie pour Las Casas (en vrai je l’aime plus que bien sauf qu’on va me juger si je le dis x.x). Dans le genre exploit ! Il a suffit d’une lettre.
Il suffit toujours d’une lettre, avec cet auteur. Je lui suggère de s’en faire un slogan !

Mais le must, c’est la fin. Ce que contiennent l’épilogue et la dernière lettre. Je ne vous en dit pas plus (et ça me pèse, j’ai désespérément envie d’en discuter avec quelqu’un) mais préparez-vous à la claque. Au cerveau qui se retourne. Aux neurones qui s’entrechoquent. Explosion en perspective !
Par contre, allez, trouvons un point négatif lié à la fin en question : j’aurai aimé qu’elle soit davantage romancée. C’est un goût personnel, mais une longue scène m’aurait davantage plu que cet épilogue un brin trop descriptif. Après, tout ce qu’il contient est suffisamment brillant pour effacer ce léger désagrément. Et c’est histoire de quand même nuancer mon propos qui paraît probablement trop enthousiaste à beaucoup d’entre vous. Pourtant, je vous le jure, j’en pense chaque mot.

En bref, que retenir de cette chronique et de la première partie des aventures du Bâtard de Kosigan? Déjà, que Fabien Cerutti appartient à la crème de la littérature fantasy médiévale francophone. Incontournable pour tous les adeptes du genre ! Que cet auteur est extrêmement soigneux avec tous les aspects de son univers, depuis l’intrigue aux personnages en passant par son langage et les détails historiques. Qu’il a réussi à proposer quatre tomes addictifs en posant les bases d’une saga qui mériterait de rester dans les annales. Et s’il y a un peu de justice dans ce monde, elle y restera.
Qu’il faut lire, donc, le Bâtard de Kosigan.
Et que je recommande cette saga coup de cœur depuis 2015 ♥