La sorcellerie est un sport de combat – Lizzie Crowdagger

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La sorcellerie est un sport de combat est un roman d’urban fantasy auto-publié par l’autrice française Lizzie Crowdagger. Je vous invite à visiter son site Internet pour savoir comment vous procurer ses différents ouvrages et même, lire le début du roman.

Avant d’aller plus loin je souhaite mettre en lumière la démarche de l’autrice qui propose certains de ses textes au format numérique en prix libre. Voici les explications qu’elle donne sur son site : « Je pense que la culture ou le divertissement devraient pouvoir être accessible à tout le monde, et d’autant plus lorsqu’il s’agit essentiellement de textes qui parleront à des personnes qui font partie de groupes minorisés et ne roulent pas forcément sur l’or. C’est pourquoi je propose ces textes librement. D’un autre côté, l’écriture est ma source principale de revenus, et il faut bien payer son loyer. Je pense que la notion de prix libre, où vous payez ce que vous voulez ou pouvez en fonction de vos moyens, y compris si ce n’est rien du tout, permet d’articuler ces deux volontés qui peuvent sembler contradictoires (accessibité d’un côté, rémunération de l’autre). »

Sur un plan personnel, je ne dis pas que c’est la solution miracle à tous les problèmes du milieu éditorial mais je trouve que c’est une chouette démarche qui essaie de prendre en compte les visions et les difficultés de chaque lecteur potentiel. Cela vaut la peine de s’y arrêter un instant.

À présent, je vous propose d’entrer dans le vif du sujet, à savoir le roman La sorcellerie est un sport de combat !

De quoi ça parle ?
Razor était une sorcière mais ça, c’était avant. Elle a changé de vie et s’en porte bien, même si elle souffre de paranoïa aigue. Les ennuis commencent quand une fille qu’elle vient de rencontrer se fait non seulement tuer mais revient en plus d’entre les morts en tant que vampire… Pas de bol, toute l’histoire semble liée au passé de Razor qui va devoir une nouvelle fois affronter ce putain de sorcier nazi. Heureusement, Razor est bien entourée par sa bande de copines. Même si elles n’ont pas exactement toutes une expérience probante dans le domaine du surnaturel, elles apportent une dose d’enthousiasme et c’est déjà ça de pris.
Non ?

Les tribulations de lesbiennes hooligans face à un sorcier nazi.
Voici comment Lizzie Crowdagger sous-titre son roman et ça annonce déjà la couleur. La sorcellerie est un sport de combat est donc un texte d’urban fantasy à l’univers classique mais qui se démarque surtout par ses personnages. Déjà, la plupart sont des femmes, lesbiennes, issues de minorité ou non, transexuelles ou non, avec des physiques normaux (donc pas de top modèles ou de beauté fatale à tour de bras), une personnalité affirmée, des passions et des métiers divers allant de garagiste à thésarde en sociologie en passant par programmeuse, bref elles existent, possèdent une personnalité propre ce qui est loin d’être gagné tout le temps. C’est une vraie bouffée d’air autour de la question de la représentation. J’aimerais vraiment lire des romans comme celui-là plus souvent !

C’est, à mon sens, le gros point fort de La sorcellerie est un sport de combat parce qu’en tant que lectrice, je me suis sentie proche de Razor, Betty, Karima, Cassandra, Elvira, Cookie, Crow et même Morgue et Shade. Je me sentais incluse dans le crew, concernée par leurs histoires, les petites de cœur (qui ne prennent pas trop de place donc si comme moi la romance ça ne vous plait pas trop, soyez rassuré(e)s) comme les grosses à base de vampires et de sorcier nazi qui essaient d’en tuer certaines pour des raisons nébuleuses. On rit avec elles, on désespère de certaines blagues, on ricane devant certaines situations, bref tout fonctionne. L’ambiance est top.

L’autre élément positif, c’est l’intrigue. Ça bouge, il se passe toujours quelque chose et la multiplication des points de vue couplée à des chapitres courts, dynamiques fait qu’on ne s’ennuie jamais. Je l’ai lu en numérique, j’ai appris que le texte comptait un peu plus de 350 pages au format papier et bien ça s’enchaîne en un claquement de doigt. Du beau travail.

Alors oui, l’univers n’est pas très détaillé et oui, on reste sur de l’urban fantasy à base de vampires et de loup-garous avec un peu de sorcières / sorciers. Il n’y a rien de neuf sous le soleil. Les amateurices de world-building vont rester sur leur faim. Et oui, par moment, il y a quelques facilités scénaristiques, notamment sur la résolution finale (même si ça m’a fait mourir de rire) mais à nouveau, alors qu’en général ces éléments m’agacent, ça n’a pas été le cas ici et je pense que ça vient vraiment de ce talent qu’a eu l’autrice lors de la construction de ses protagonistes et de son ambiance globale, qui éclipsent aisément les petites faiblesses à droite à gauche.

La conclusion de l’ombre :
La sorcellerie est un sport de combat est un roman d’urban fantasy décapant avec des héroïnes qu’on aimerait avoir comme copines. Lizzie Crowdagger propose un chouette texte bourré d’action et d’humour sans oublier la question de la représentation qui fait souvent défaut au sein de ce genre. Une preuve, s’il en fallait, que l’autoédition a de beaux jours devant elle en francophonie car on y trouve des œuvres comme celle-ci qui apportent une bouffée d’air au genre de l’urban fantasy. C’est le roman parfait pour passer un bon moment sans prise de tête. Je le recommande volontiers !

D’autres avis : Ma lecturothèque – vous ?

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Quelques mots dans l’ombre #1 { Le boudoir aux souvenirs de Cécile Guillot }

Bonjour tout le monde !

Bienvenue dans ce nouveau rendez-vous intitulé Quelques mots dans l’ombre qui va mettre l’accent sur des articles courts. Si vous tenez un blog, vous savez qu’on n’a pas toujours l’inspiration ni la matière pour écrire beaucoup ou pour analyser en profondeur certains textes. Parfois parce qu’ils ne s’y prêtent pas, parfois parce que l’exercice ne nous tente pas avec tel texte ou tel autre, parfois ce sont des suites et on n’a rien de transcendant à rajouter… Cela ne nous empêche pas de vouloir en parler ! C’est ainsi qu’est née cette petite rubrique où on trouvera donc un peu de tout et qui ne se focalisera pas uniquement sur un texte précis mais aussi parfois sur un/e auteurice ou sur une thématique qui me vient en lien avec un texte lu. C’est un premier test ici, vos remarques me permettront de peaufiner le concept donc n’hésitez pas.

C’est l’autrice Cécile Guillot qui ouvre le bal avec sa nouvelle Le boudoir aux souvenirs qu’elle propose en autoédition.

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Pour rappel, Cécile est autrice dans plusieurs maisons d’édition. Elle publie du jeunesse (souvent avec Mina M pour les illustrations) et du young adult en plus d’être la fondatrice et l’éditrice des éditions du Chat Noir. Ce n’est donc pas une débutante en littérature et cela se sent quand on lit le boudoir aux souvenirs… Ni une inconnue sur la scène littéraire de l’imaginaire francophone. Je me suis donc interrogée sur le pourquoi choisir l’autoédition dans son cas. C’est une question complexe et qui peut paraître orientée ou condescendante mais rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Je reste persuadée que l’autoédition n’est pas un choix par défaut (je vous en parlais dans cet article réflexion) toutefois on peut se demander pourquoi une professionnelle du milieu fait ce choix au lieu de rester dans un schéma éditorial plus classique. Envie de tester un nouveau modèle, peut-être ? Elle a eu la gentillesse de m’expliquer que, selon elle, il est difficile de publier des nouvelles à l’unité au sein d’une structure éditoriale à l’heure actuelle (sous-entendu ça n’est pas rentable donc dans le rapport coût / bénéfice). La solution aurait été d’attendre un appel à texte qui correspondrait peut-être au sein d’une structure fiable mais il n’est pas évident de réunir toutes ces conditions. Elle a donc préféré la mettre à disposition des lecteurs via une plateforme d’autopublication afin de ne pas juste la laisser dans un tiroir. Une bonne idée parce que ç’aurait effectivement été dommage de ne pas partager ce texte ! 

Je n’avais pas lu le résumé de cette nouvelle qu’elle m’a proposée à la lecture il y a plus d’un an déjà et qui patientait dans ma liseuse parce que je procrastine beaucoup parfois. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre et j’ai été agréablement surprise par l’ensemble même si on retrouve dans ce texte des thématiques récurrentes chez cette autrice, notamment son amour du vintage et de l’Histoire de la mode. Le personnage principal possède en effet une petite boutique appelée le boudoir où elle vend des tenues qui lui ont appartenues. Ce sont des éléments que je relie sans mal à Cœur Vintage, son roman young-adult publié dans la collection Chat Blanc des éditions du Chat Noir.

Mais on y parle aussi de féminisme et d’image de la femme à travers la figure du vampire. Notre protagoniste a été transformée sans son accord des décennies auparavant et abandonnée ensuite par son bourreau avec lequel elle entretenait une relation ambiguë où la haine et le dégoût ont petit à petit pris le dessus sur la fascination et la dépendance. On retrouve ici un schéma classique de la littérature gothico-vampirique à la différence que cette protagoniste décide de prendre son destin en main. De quelle manière, cela, je vous laisse le lire pour ne pas vous gâcher la nouvelle. On est donc sur une nouvelle plutôt moderne par rapport au genre dans lequel elle s’inscrit.

Ce texte compte une trentaine de pages en plus d’annexes visuelles au sujet des robes évoquées dans l’histoire, ce qui est un plus pour en apprendre davantage sur l’univers de la mode. Ça reste court. Un peu trop même à mon goût et c’est mon seul regret car je pense que le concept, l’idée globale, donnait matière à davantage de développement, ne fut-ce qu’autour du personnage principal -qui, sauf erreur de ma part, n’a pas de prénom- et de son évolution, de son engagement dans la cause féminine. 

En résumé, c’est une chouette nouvelle à découvrir pour le #ProjetOmbre comme pour le #PrintempsImaginaireFR si vous aimez le fantastique et le vintage. Je la recommande !

printempsimaginaire2017
Sixième lecture – Défi « un trésor oublié »
(lire une relique de ma PàL)
Logo ProjetOmbre
+1 nouvelle
+1 mission
(avancée du challenge : 9 nouvelles lues)

RÉFLEXION – l’autoédition, ce choix (et pas par défaut !)

Salut à tous !
J’avais envie de vous parler aujourd’hui d’un sujet porté à ma connaissance hier et qui, je vais être honnête, m’a choquée. Du coup j’ai décalé mes deux prochaines chroniques afin que ça sorte, je DEVAIS écrire là-dessus. Pour le détail complet, je vous laisse lire l’explication de la principale concernée dans son article : quand un éditeur te renvoie vers l’autoédition.

Oui. Vous avez bien lu.
Et je sais de source sûre qu’elle n’est pas la seule à avoir reçu cette réponse. DU TOUT, même.

Pour vous résumer l’histoire, un éditeur que je ne vais pas citer mais qui pèse quand même lourd dans le milieu a répondu à sa soumission de manuscrit en refusant de la publier. Jusque là, pas de problèmes. Aucune justification mais là aussi, pas de soucis, on sait à quoi s’en tenir et ils sont débordés donc s’ils doivent expliquer le pourquoi du comment à tout le monde, c’est pas six mois de délais d’attente mais six ans dont ils vont avoir besoin. Par contre, ils ont quand même pris la peine dans le mail de lui dire qu’elle pouvait toujours s’autopublier sur Librinova.

Voilà, je vous laisse deux minutes pour digérer avant de commencer à tempêter.

On a donc un éditeur professionnel qui existe depuis des dizaines et des dizaines d’années, une structure assez importante sur le marché francophone qui conseille à une autrice d’autopublier son manuscrit (sûrement chez un partenaire commercial, on ne va pas se mentir, histoire de ne pas se mouiller mais d’y gagner quelque chose. Y’avait même un code promo joint avec qui consistait en le nom de l’éditeur et l’année… sans déconner. Je vous laisse achever le cheminement par vous même.) alors que son propre comité de lecture n’en a pas voulu. Vous allez me dire, peut-être qu’ils l’ont trouvé bon mais qu’il n’entrait pas dans leur ligne éditoriale. Oui… mais non. Parce que l’autrice concernée (ainsi que les autres à ma connaissance) est quelqu’un de sérieux qui se renseigne avant d’envoyer son manuscrit dans une maison, déjà. Et ensuite, parce qu’ils n’ont rien dit de tel dans le mail. De plus, si l’autrice a choisi d’envoyer son manuscrit à un éditeur de type conventionnel, c’est qu’elle désirait ce type d’édition pour son roman. Une chance dans son malheur, il s’agit de quelqu’un du milieu, qui s’y connait et ne va pas tomber dans le panneau mais… Je suis certaine que ce mail a déjà été envoyé à des débutants, des gens qui ignorent tout du fonctionnement de la chaîne du livre et qui ont du se dire « bah oui je vais faire ça, quel bon conseil ! » pour finalement commencer très mal leur carrière et en finir dégoûté.

Outre le problème humain et éthique que cela pose (pourquoi ne pas saturer davantage un marché déjà saturé après tout…), je trouve que c’est une insulte envers tous les auteurs qui choisissent de s’autoéditer. J’insiste sur ce terme car hier quelqu’un de très censé a fait la distinction entre autoédition et autopublication. Le premier implique un travail éditorial identique (si pas davantage soigné vu qu’on ne va pas se mentir, plus l’éditeur est gros et plus il se permet de laisser des coquilles… Pas systématiquement, mais ça arrive trop souvent) que celui des maisons d’éditions de grande envergure là où le second signifie simplement imprimer son roman sans aucune intervention de professionnels, d’aucune sorte (graphiste, correcteur, etc.) parce que on n’a pas les moyens / on n’y connait rien / les lecteurs s’en fichent des fautes (sans rire, on me l’a déjà dit). L’autoédition est un choix, un choix censé que de plus en plus d’auteurs font pour parvenir à vivre de leur art parce qu’il y a un problème dans ce milieu. Même Samantha Bailly a tenté l’expérience ! Quand on pense que la ligue des auteurs professionnels doit se battre pour obtenir un minimum de 10% de droits d’auteur alors que sans l’auteur en question, le livre n’existerait même pas… On évolue dans un système complètement absurde. Alors je comprends l’autoédition et je la soutiens avec plaisir quand elle est faite correctement. J’admets que ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive (premier exemple qui me vient à l’esprit: Ielenna, l’autrice des Fleurs d’Opale.)

En tant qu’autrice moi-même, j’ai choisi de travailler avec des maisons d’édition parce que c’est le prix de ma tranquillité et que je ne désire pas vivre de ma plume, je préfère la garder comme un art pour ne jamais devoir me mettre la pression dans l’écriture. Mais qu’un éditeur d’aussi grande envergure crache à la figure des auto-édités et des jeunes auteurs qui n’y connaissent rien, ça me dérange parce que l’auto-édition doit être un choix assumé, pas une roue de secours. Je sais que dans la réalité, c’est le cas pour beaucoup de gens mais ce n’est pas une raison pour encourager cette dérive, que du contraire. J’espère qu’un jour, quelqu’un pensera à sensibiliser le public à toutes ces thématiques, ce serait un premier pas de géant.

Donc voilà. Ce billet d’humeur a pour but premier de vous informer et aussi, je l’espère, de vous amener à réfléchir un peu sur le milieu de l’édition. N’hésitez pas à en discuter dans les commentaires en restant courtois 🙂

Merci pour votre attention !

Édit au 15/10/2019: On vient de me transmettre une enquête très édifiante sur le sujet réalisée par ActuaLitté qui date de février 2018… Ce qui confirme que ces pratiques courent depuis trop longtemps. Je vous donne le lien, c’est très édifiant (et profondément révoltant).