Sans nouvelles – anthologie

9782930839721

Sans nouvelles est une anthologie publiée chez Livr’s Éditions qui sortira pour la Foire du Livre de Bruxelles (qui a lieu du 22 au 25 février, profitez en puisque l’entrée est gratuite !). Sous le parrainage de Graham Masterton, vous retrouverez Geoffrey Claustriaux, Christelle Colpaert-Soufflet, Hélène Duc, Alexys Méan et Marine Stengel qui vous proposeront des textes en lien avec la thématique de la disparition. Notez que l’anthologie sera disponible au prix de 18 euros dans la collection « Nouvelles ».

Je ne suis pas très portée sur les anthologies en règle générale, parce que j’ai du mal à me retrouver dans des textes aussi courts. Pourtant, globalement, j’ai passé un très bon moment avec Sans Nouvelles. Je me propose de vous parler un peu de chaque texte, pour vous mettre l’eau à la bouche !

Au cœur de l’horizonGeoffrey Claustriaux
Dans cette nouvelle, nous rencontrons deux enfants -un cousin et une cousine- qui disparaissent de leur domicile sans laisser de traces pour se réveiller sur un bateau habité uniquement par des personnes âgées. Le pitch de base est plutôt inédit, je n’avais encore jamais rien lu de semblable et ça m’a assez vite emballée. J’ai trouvé ce texte intéressant et inspiré ; il y a une certaine tension tout du long et le dénouement était complètement inattendu. Le talent de Geoffrey Claustriaux n’est plus à prouver et on le retrouve ici à chaque ligne. Ce n’est pas ma nouvelle favorite, mais elle reste remarquable, principalement pour sa conclusion (glauque !) et pour sa finesse dans le traitement du sujet.

De l’autre côtéChristelle Colpaert-Soufflet
Souvenez-vous, début du mois, je vous ai parlé du roman Mémoires Assassines, de cette même auteure. Avec cette nouvelle, Christelle affirme son penchant pour les maisons qui renferment plus d’un secret. Une malédiction familiale pousse l’héroïne à vendre cet héritage immobilier et sa fille aînée en disparaît soudainement sans laisser la moindre trace. Cette mère va donc chercher désespérément des réponses et les trouver là où elle s’y attend le moins. J’ai apprécié cette nouvelle pour son côté fantastique maîtrisé et inspiré et pour sa fin qui fait froid dans le dos. Comme pour Geoffrey, le malsain est au rendez-vous mais il est beaucoup plus prononcé et brut sous la plume de Christelle, ce qui n’est pas désagréable. C’est simplement un autre style !

Enquête en sang troubleHélène Duc
Sûrement la nouvelle que j’ai le moins apprécié mais je pense que mon passif en tant que lectrice et ma tendance à être trop exigeante y est pour quelque chose. Nous suivons un privé qui s’ennuie dans son travail, jusqu’à ce qu’on lui confie une enquête sur la disparition d’une jeune fille. Outre un pitch plutôt standard, ce texte comprend de nombreux clichés désagréables (par exemple « elle était gothique et donc n’avait pas beaucoup d’amies »…. Lol ? Merci. ) et manque, par conséquent, de crédibilité. Si ce détective existait dans la vraie vie, son incompétence l’aurait soit fait tuer, soit condamné au chômage. Je crois que le dénouement et les explications sur la disparition m’ont achevés… Il y a des thèmes qu’on ne peut pas traiter n’importe comment au risque d’enchaîner les clichés indigestes et ça a malheureusement été le cas ici. En fait, c’est trop « américanisé », ce qui n’est pas un mal en soi, ça convient à certaines personnes mais moi, j’attendais autre chose. Après réflexion, je me dis que c’est peut-être une volonté stylistique de l’auteure, qui prendrait le contrepied en grossissant les traits des clichés pour justement nous amuser ou nous pousser à réfléchir sur le genre de la nouvelle policière, mais sur un plan personnel, ça ne m’a pas convaincue. Je précise que ça n’engage que moi et que je ne crache pas sur le travail de l’auteure. Simplement ce texte aurait mérité qu’on réfléchisse un peu plus dessus ou qu’on marque mieux son parti pris esthétique.

NagovorAlexys Méan
Je n’avais encore jamais rien lu de cet auteur et ça a été une merveilleuse surprise. J’ai trouvé son texte original et sa plume parfaitement inspirée. Nous rencontrons le vieux monsieur Yudin, qui a reçu l’autorisation de consulter les archives du gouvernement russe concernant un accident qui a coûté la vie à l’équipe d’alpinistes dont il faisait partie, il y a presque soixante ans. Il ne doit sa survie qu’à une maladie, qui l’a empêchée de continuer au-delà d’un étrange village… Ou peut-être que c’est un peu plus compliqué que ça. Nagovor recèle de nombreux mystères qu’on ne voit pas venir avant qu’ils ne se présentent à nous. En exploitant la mythologie slave, l’auteur nous offre un texte original et dynamique. Alexys Méan a énormément de talents, on ressent très bien les émotions des personnages et on vibre avec eux. Sur un texte aussi court, c’est surprenant ! Les descriptions sont justes et efficaces, le choix de la narration est plutôt osé (pari gagné !) et il maîtrise très bien les codes de la nouvelle. C’est sans doute celle que j’ai préféré.

La boîteMarine Stengel
Difficile de parler de ce texte sans vous en spoiler le contenu, parce qu’il est court et… n’a aucun enjeu. Une femme est enfermée dans une boîte. Quand elle en sort, il y a des centaines de corps à ses pieds. Elle trouve une lettre, qui lui explique pourquoi elle est là… Et c’est plus ou moins tout. On n’a pas le temps de s’attacher à elle, tout arrive trop vite, on a juste l’impression d’assister au final d’un film ou justement, à l’introduction d’une histoire plus vaste. Ce texte n’est pas mauvais en soi, je le trouve juste déconcertant et pas à sa place au milieu des autres. Il ne correspond pas, selon moi, aux critères techniques de la nouvelle. Mais il ferait un bon pitch de roman, peut-être une affaire à creuser?

Sous les drapsGraham Masterton
C’est la première fois que je lis un texte de Graham Masterton, maître incontesté de l’horreur et du suspens, du moins selon sa réputation. J’étais curieuse d’en apprendre plus, surtout que je vais le rencontrer sur le stand de Livr’s à la foire du livre de Bruxelles. Je dois avouer que j’ai été très agréablement surprise par le contenu de Sous les draps. Le héros est un petit garçon qui, une fois la nuit tombée, joue à être un héros. Parfois, c’est un pompier, parfois, un secouriste et là, un spéléologue qui doit retrouver une personne coincée dans une grotte. Il va se laisser embarquer dans un univers onirique dont nous ne sommes pas certain de s’il existe ou non. Je ne vais pas trop en dire, parce que à l’exception du texte d’Alexys, c’est celui que j’ai trouvé le plus inspiré, le plus riche et le plus original. Sans la fin, il aurait été mon préféré et vous comprendrez pourquoi si vous le lisez également. Cette nouvelle m’a donnée envie d’en découvrir plus sur son univers ! Je pense que Sous les draps ravira les adeptes de l’auteur et convaincra ceux qui ne le sont pas encore de le devenir.

Pour résumer, je vous recommande l’anthologie Sans Nouvelles. Certes, il y a un texte que je n’ai vraiment pas aimé et un autre que je n’ai pas entièrement compris, mais il y a quatre nouvelles qui sont à lire absolument, surtout si vous avez envie de découvrir ces auteurs dotés d’un certain talent. Le thème de la disparition est traité d’une manière plurielle et systématiquement angoissante. Parfois avec du fantastique, parfois en rappelant simplement que l’horreur peut-être juste humaine. Une agréable lecture qui plaira aux adeptes du genre comme aux novices. N’hésitez pas à passer sur le stand Livr’s à la foire du livre de Bruxelles, pour en profiter !

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