« L’Homme Chocolat » & « L’Arbre d’Imagination » – Aurélie Mendonça

Bonjour tout le monde !

Petit article dédié à la fois à une autrice et au Projet Maki. puisque je vais réunir ici deux nouvelles écrites par Aurélie Mendonça et publiées par les éditions 1115. Je vous ai déjà évoqué le travail de cette autrice à travers son roman Pandémonium publié aux éditions du Chat Noir. Il est désormais temps de voir comment elle se débrouille sur le format court.

Attention, comme il s’agit d’un format (très) court, cette chronique contiendra des éléments clés de ces textes pour pouvoir en parler d’une façon pertinente et intéressante. Vous êtes prévenu(e)s !

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L’Homme Chocolat
(lecture au 11/12/2020)
1115 éditions – 2 euros – 32 pages.
L’Homme Chocolat est une très courte nouvelle d’à peine 12 pages sur ma liseuse et en enlevant les mentions légales, on en arrive facilement à 9. On y rencontre un personnage féminin qui est obsédé par un personnage masculin. Ces personnages n’ont pas de noms et la narration est à la première personne, du point de vue de la (jeune ?) femme. Il faut savoir que cette nouvelle a été publiée à l’occasion de la Saint Valentin, ce que j’ai appris seulement après ma lecture.

Au départ, je me pensais dans une histoire classique quoi que notre héroïne (appelons la ainsi) soit un brin obsédée et entreprenante ce qui s’éloigne des standards du genre. Puis je me suis demandée s’il ne s’agissait pas plutôt d’une histoire de zombies… Avant que la toute fin ne m’oriente vers une interprétation plus littérale du titre avec une femme obsédée par le chocolat. À l’heure actuelle, j’ignore encore pour quelle interprétation opter et je pense qu’en cela réside justement la force de ce texte puisqu’Aurélie Mendonça propose une nouvelle aux multiples lectures ce qui est une vraie expérience en soi. Je ne peux pas la réduire à « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé », par contre l’expérience de lecture m’a beaucoup plu !

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L’Arbre d’Imagination (lecture au 16/12/2020)
1115 éditions – 4 euros – 64 pages
Keryan est élève au CE1 dans une petite école de village. Du haut de ses sept ans, il est très excité à l’idée des sorties à la bibliothèque, organisées par l’école, qui reprennent justement cette année grâce à l’arrivée d’une nouvelle bibliothécaire. Celle-ci apparait tout de suite un peu magique aux élèves avec ses cheveux bleus… Sans compter qu’elle essaie de mordre l’un d’eux ! La faute à celui qui lui a volé (littéralement) son cœur. Keryan va donc devoir plonger dans l’Arbre d’Imagination pour la sauver et récupérer l’organe dérobé.

Ce court texte jeunesse déborde de douceur et de magie enfantine. Impossible de ne pas retomber en enfance avec cette fantastique aventure et cette véritable ode au pouvoir de l’imagination au sein d’un monde de plus en plus rationnel. À nouveau, en peu de pages, Aurélie Mendonça réussit l’exploit de nous toucher en plein cœur (si aucun sorcier maléfique ne vous l’a volé !). Je trouve d’ailleurs que son concept pose les bases pour éventuellement un roman jeunesse qui s’annoncerait bien sympathique à découvrir. Je précise toutefois que l’histoire est bien close sur elle-même, l’autrice maitrise les codes de la nouvelle. C’est simplement moi qui extrapole. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle et son message. 

D’autres avis : je n’en ai pas trouvé ! N’hésitez pas à me communiquer le lien vers votre chronique 🙂

Maki

 

#PLIB2019 Pandémonium – Aurélie Mendonça

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Pandémonium est un one-shot fantastique écrit par l’auteure française Aurélie Mendonça. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Féline, ce roman coûte 19.90 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782375680643.

Parmi les nouveautés du Chat Noir pour le début d’année, Pandémonium est certainement celle que j’attendais avec le plus d’impatience. Déjà, la couverture magnifique (signée Émilie Garcin) a attiré mon regard. Oui, j’ai des petites pulsions superficielles comme ça… Ensuite, son sous-titre: requiem pour un croque-mort. Je me voyais déjà suivre un personnage dont la mort est le métier et là-dessus, je n’ai pas été déçue en découvrant la quatrième de couverture ! Tous ces éléments, en plus de proposer un bel objet livre, m’ont convaincue d’acheter ce roman à la foire du Livre de Bruxelles. Et ma bookjar a été assez aimable pour me le sortir assez tôt dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Cette histoire est donc celle d’Elena, une thanatopractrice. Pour sauver l’âme de sa grand-mère des Enfers, elle passe un pacte avec la déesse Hela et devient sa Passeuse. Sa mission, c’est de faire en sorte que chaque âme destinée à Nilfheim arrive à destination et cela, sous couvert de son entreprise de pompe-funèbre, Pandémonium. Hélas pour elle… Les choses vont commencer à se gâter. Forcément.

Si le pitch paraît assez banal au premier abord, ce roman est néanmoins remarquable sur plusieurs points.

Déjà, tout l’aspect « industrie mortuaire » est très bien documenté. Ce n’est pas juste une façade « pour faire cool ». L’auteure a effectué des recherches sérieuses et nous explique, à travers le personnage d’Elena, comment on embaume un corps, comment on gère les familles en deuil, une entreprise comme la sienne, etc. Le récit est parcouru d’anecdotes vraiment réalistes, à tel point que j’en suis venue à me demander si l’auteure n’avait pas elle-même officié dans ce métier. Je ne m’y connais pas bien en la matière mais j’ai trouvé cela très crédible et intéressant. En plus de la technique, le roman offre également une réflexion profonde sur la mort et sur le processus de deuil. Deux thèmes importants et pourtant, souvent tabous dans notre société.

Ensuite, le personnage de Lilith. D’accord, c’est la grande méchante de l’histoire et franchement, elle est plutôt clichée par moment Mais elle a de bonnes réflexions, au point de provoquer l’admiration de l’héroïne elle-même. Lilith, au fond, c’est une femme qui a refusé de se satisfaire de son destin, qui a voulu se battre pour obtenir mieux et ça a quelque chose de remarquable. Puis, je n’ai pas la citation exacte, mais en gros, elle fait même remarquer à l’héroïne qu’elle n’a franchement pas besoin que Lucifer donne ses fesses pour elle et qu’il serait peut-être temps qu’elle se décide à se défendre toute seule. Surtout qu’elle en a les moyens. Et… Mon dieu MERCI POUR CA ! Le nombre d’héroïnes qui se cachent derrière leur beau gosse et se bougent les fesses pour des raisons stupides… C’est génial, d’en suivre une qui ne pense pas avec ses hormones.

Finalement, Pandémonium s’avère être un roman « de femmes ». Hela, Elena, Lilith, Morgane. Ce sont elles qui comptent et entre elles que va se régler toute l’intrigue. Pour autant, des personnages masculins sont présents mais pas écrasants et l’absence d’une intrigue amoureuse active aide beaucoup à ne pas considérer les protagonistes comme deux éléments d’un couple au lieu de deux êtres à part qui ont une existence propre en dehors de leur sexe. Pandémonium est, à ce niveau, très équilibré et ça m’a vraiment plu.

Enfin, toute la mythologie que l’auteure place dans son histoire est admirable. Le concept des Enfers (au pluriel !) est très intéressant, le mélange des mythologies également, le respect de toutes les religions, de toutes les confessions… Avec une histoire dynamique et prenante, Aurélie Mendonça nous pousse à réfléchir sur des sujets importants, attire notre attention sur des éléments qui paraissent anodins, mais ne le sont pas tant que ça.

À tout ceci s’ajoute des personnages attachants. L’héroïne, Elena, est géniale. Ce n’est pas une pauvre fille en manque tiraillée entre deux beaux gosses (merci mon dieu, le retour). Ce n’est pas une romance ou de l’urban fantasy bas de gamme. L’auteure traite des thèmes importants et offre un personnage en deuil auquel on s’identifie immédiatement. Je dois même avouer que sur le premier chapitre, j’ai eu les larmes aux yeux et ça chamboulera probablement toutes les personnes qui ont perdu leur grand-mère et qui en étaient proches. Parvenir à provoquer de tels sentiments après seulement quelques pages, je dis chapeau. D’autant que ça m’a aidée à m’identifier tout de suite à Elena.
Parmi les autres personnages, j’ai envie de tous les citer. Les Corbeaux, Morgane, la part belle laissée aux animaux: Ghost, Garm, Freyja. Les divinités infernales. Les fantômes aussi, mention spéciale à Mme Franquin qui est juste trop chouette.

En bref, j’ai vraiment passé un excellent moment dans l’univers de Pandémonium. C’est un roman punchy écrit à la première personne par une plume maîtrisée et immersive. J’ai du mal à lui trouver des défauts, en dehors de quelques coquilles encore présentes dans le livre. Le format one-shot propose une intrigue dynamique, la mythologie est inspirée, les personnages sont attachants… C’est un page-turner qu’on termine vite et sur lequel on devrait réfléchir quelques minutes à la fin de notre lecture, pour bien s’imprégner du contenu (pas tant de l’histoire en elle-même que les messages et les réflexions proposées par l’auteure). Aurélie Mendonça a travaillé deux ans sur ce titre et c’est une belle réussite. Un ouvrage soignée pour une auteure que j’ai été ravie de découvrir. Je vous en recommande très chaudement la lecture !