À l’ombre du Japon #14 { Assistant Assassin #1 et Anonyme #1 – les tueurs ont la cote ! }

Bonjour à tous !
Nouvel article thématique aujourd’hui en lien avec le manga mais un peu différent des craquages ou des retours en vrac. Pourquoi ? Le hasard a voulu que parmi les sorties du déconfinement se trouvent deux titres qui utilisent l’archétype de l’assassin d’une manière totalement différente au point de donner deux mangas à l’ambiance et au fond à la limite opposés. Interpellée par cette curiosité, j’ai eu envie de vous les évoquer ensemble…

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Assistant Assassin – Hiromasa Okujima – [ Omaké manga ]

Asakura Shin.Ichi (jeu de mots en japonais qui donne Assassin en surnom, notez bien) est assistant d’un célèbre mangaka. Passionné, il tente de percer sans y parvenir vu su humour douteux et doit vivre de ce boulot aussi précaire que stressant. Pour joindre les deux bouts, il devient chasseur de primes en utilisant une application sur Internet…

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Anonyme ! – Chikara Kimizuko (scénario) & Yen Hioka (dessin) – [Soleil manga ]

À treize ans, Takashi a tué son professeur au Collège. Il avait d’excellentes raisons. L’ennui, c’est qu’il a gardé le silence pour protéger quelqu’un et il en paie les conséquences. Après un passage en maison de redressement, Takashi essaie de reprendre sa vie normale dans une nouvelle ville sauf que quelqu’un semble déterminé à l’en empêcher.

De bonnes raisons pour tuer ?
Dans Assistant Assassin, le héros est un peu paumé avec des rêves plein la tête. Il manque de personnalité, n’arrive pas à affronter son patron qui l’exploite sans la moindre honte. Cela permet d’entrevoir les difficultés du monde du manga avec, je pense, une large partie autobiographique pour le scénariste.

Pourtant, quand Shin enfile son costume pour devenir le mouton rouge, il change du tout au tout. Difficile de savoir s’il prend plaisir à tuer, en tout cas on sent une certaine philosophie autour des moutons qui se révoltent contre les loups doublée d’une nécessité : celle de vivre, de payer son loyer. Personne ne connait les détails de sa double vie à l’exception d’un personnage qu’il rencontre en tant que tueur et qui reviendra à la toute fin du premier tome. On sent que, par la suite, cette notion d’identité secrète sera exploitée mais ce premier tome sert surtout à poser les bases du concept.

Ce concept fonctionne assez bien mais reste, dans l’ensemble, plutôt comique dans son traitement. Avec ce premier tome, j’ai eu du mal à me positionner sur le ton du manga qui s’inscrit finalement dans la grande tradition japonaise de l’exagération.

Le cas de Anonyme est radicalement différent. Du haut de ses treize ans, Takashi est un collégien comme tous les autres avec des amis qu’il adore, préoccupé par ses activités extrascolaires. En assistant à une certaine scène, il va tuer quelqu’un tout en gardant le silence sur ses motivations, par respect pour la victime. Ce silence va détruire non seulement sa vie mais également celle de sa famille.

Là où Assistant Assassin se focalise sur l’aspect gore et punitif du boulot de Shin, Anonyme propose une approche bien plus psychologique et crédible. Le lecteur voit la manière dont la mère de Takashi subit vandalisme et discrimination, dont sa sœur doit mettre sa vie en pause parce qu’elle est devenue une paria par défaut. Le lecteur connait les raisons de Takashi et ne peut que compatir. L’aspect brillant de ce premier volume tient justement à ce sentiment d’intense compassion mêlé d’injustice que les deux mangakas parviennent à nous faire ressentir. Le maître mot ici est et restera subtilité. Tout n’est pas blanc ni noir, au contraire…

Bien assassiner en manga, une question de visuel.
Dans un manga, l’ambiance passe forcément beaucoup par le visuel mais c’est encore plus vrai quand on aborde des thèmes aussi sombres que celui-là. Les mangakas concernés par ces deux titres proposent des traits vraiment différents l’un de l’autre qui transmettent chacun un message.

Dans Assistant Assassin, le coup de crayon est plus adulte, plus marqué avec davantage d’ombrages, d’expressions extrêmes, de sang qui gicle, de personnages un peu moches comme on en croise dans la vie de tous les jours. On sent l’aspect violent assumé chez Hiromasa Okujima, une violence atténuée par le personnage de Shin qui reste, dans les grandes lignes, un looser pas très effrayant aux yeux du lecteur qui suit l’histoire de son point de vue.
Au contraire, Yen Hioka opte dans Anonyme pour un dessin presque shônen très axé sur les visages et les émotions des personnages. Sa violence se porte à un niveau plus psychologique et a, selon moi, davantage de force grâce à cela. Même la scène du meurtre reste soft : on voit le mouvement initié par la batte mais assez peu d’hémoglobine. Yen Hioka est dans la suggestion, ce qui fonctionne davantage sur ma propre sensibilité.

Avec ou sans humour, deux tueurs réussis.
J’avoue être toujours attirée et intriguée par un personnage principal assassin puisque j’aime voir comment les auteurs les mettent en scène. Cette curiosité est à double tranchant puisque j’en deviens très exigeante sur le traitement psychologique, comme dans The Killer Inside dont je vous ai parlé et qui est pour moi un gros échec. Ici, ces deux titres réussissent l’exploit de combler mes attentes alors qu’ils n’ont finalement que l’archétype de leur antihéros en commun. Voilà la preuve qu’on peut écrire de nombreux scénarii en partant d’un même concept de base et s’en tirer plus que honorablement.

La conclusion de l’ombre :
Si ce n’était pas clair, je recommande avec enthousiasme la lecture d’Assistant Assassin et Anonyme ! qui proposent un premier tome solide et prometteur. Je pense que sur la durée, Anonyme me séduira davantage toutefois je vais continuer les deux par curiosité.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)