#PLIB2019 Erreur 404 – Agnès Marot

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Erreur 404
est un one-shot de science-fiction écrit par l’autrice française Agnès Marot. Publié chez Gulf Stream dans la collection Électrogène, vous trouverez ce livre dans toutes les librairies au prix de 18 euros.
Ce roman a été sélectionné pour le PLIB2019. #ISBN9782354885472.

Vous le savez, Agnès Marot est une auteure dont j’apprécie le talent, la sensibilité mais aussi la personnalité. Je vous ai parlé il y a quelques mois de son diptyque De l’autre côté du mur qui avait été un coup de cœur. Si Erreur 404 n’a pas gagné ce qualificatif, il n’en reste pas moins un roman d’une grande richesse.

Dans le même univers que celui du roman I.R.L. (que j’ai lu à sa sortie, donc avant d’avoir mon blog) nous suivons l’histoire de Moon et Orion, un couple qui désire participer au prochain tournoi du jeu Beastie organisé par la firme IRL. Le principe de Beastie est simple: dans un univers de réalité virtuelle, vous élevez une créature que vous contrôlez par la pensée en lui donnant des ordres pour la faire affronter des adversaires. Évidemment, ces créatures ne ressentent pas la douleur et il ne suffit pas d’être le plus puissant, il faut aussi faire preuve d’imagination, de ruse, de sens du spectacle.

L’intrigue tourne autour de plusieurs thématiques. Elle parle déjà de la place de la femme dans le milieu du jeu vidéo. Sachez que je suis moi-même une joueuse, surtout adepte du MMORPG. Contrairement à Moon, je n’ai aucune ambition de passer pro mais en lisant ses mésaventures, j’ai eu du mal à croire que ça se passait vraiment comme ça, dans la réalité. Alors même que j’ai souvent été témoin de sexisme dans des parties, ça parait paradoxal mais l’éclairage offert par Agnès Marot est vraiment révélateur. Pourtant, l’autrice a interrogé des gameuses professionnelles qu’elle cite dans les remerciements et ça m’a laissé sur le cul. Comme quoi, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir sur le plan de l’évolution des mentalités.
Ce roman est sans conteste engagé dans la cause de l’égalité des sexes, sans pour autant tomber dans des extrêmes ou dans du moralisme. C’est bien traité, bien amené, chapeau.

L’autre grand thème d’Erreur 404, c’est la différence entre virtuel et réalité. Dans cet univers, les deux se mêlent étroitement et aucun doute qu’avec les avancées technologiques de notre société, nous finirons par arriver à une situation semblable. Le développement de l’intrigue et les choix de Moon poussent le lecteur à réfléchir et à remettre en question son propre rapport au virtuel. Et pour une fois, j’ai vraiment apprécié que l’autrice ne nous balance pas une morale du style « l’IRL prime sur tout le reste, gardez les pieds sur terre ». De nos jours, on ne peut plus vraiment se permettre un avis aussi tranché. En cela, ce roman est résolument très moderne, très ouvert d’esprit.

Erreur 404 est un roman hyper référencé. L’auteure est elle-même une geek et cela se ressent tant elle traite son sujet avec bienveillance. Les allusions et les clins d’œil se multiplient, qui ne manqueront pas de ravir les adeptes de pop culture. Il est tellement référencé qu’il est lui-même construit comme la progression d’un jeu-vidéo, que ce soit à travers le découpage des chapitres, leurs titres ou encore par cette fin originale dont je vais taire les détails pour ne pas vous spoiler. Agnès Marot a pensé non seulement son histoire, mais aussi son objet-livre.

Enfin, concernant les personnages, nous en retrouvons certains issus du roman I.R.L. mais rassurez-vous, il n’y a pas forcément besoin de l’avoir lu pour se plonger dans Erreur 404. Il y fait référence, se passe dans la continuité des évènements, mais ceux-ci sont rappelés dans le récit. Évidemment, lire les deux offre un plus grand impact au propos mais ça n’a rien d’obligatoire.
L’héroïne s’appelle Moon ou plutôt, a choisi Moon comme pseudo. C’est une jeune femme qui rêve de devenir pro-gameuse mais qui se heurte aux difficultés du milieu. Elle a souvent échoué dans sa vie et elle le vit très mal. J’ai trouvé ce personnage assez profond et complexe. Elle a son caractère, ses faiblesses mais même si elle m’a parfois agacée, je l’ai comprise et j’ai été touchée par ses dilemmes. Orion, son compagnon, est toujours présent et important dans sa vie. Leur histoire existe dès le début du roman et a son importance dans l’intrigue, sans pour autant devenir trop invasive ou transformer Moon en midinette de romance. Cela peut paraître bête de le préciser mais ça arrive malheureusement trop souvent et je suis contente que l’autrice ne soit pas tombée dans cet écueil. Enfin, on peut sans contester citer Loop, le Beastie, comme troisième personnage principal même s’il est assez compliqué de parler de lui sans révéler des éléments importants de ce roman. Je dirai simplement qu’il est central et représente un axe de réflexion à lui tout seul.

Pour résumer, Erreur 404 est un roman dynamique et divertissant qui aborde avec intelligence des problématiques importantes comme la place de la femme dans certains milieux ou notre rapport au virtuel. Agnès Marot signe ici une nouvelle histoire percutante qui ne vous laissera pas indifférent. Je recommande !

De l’autre côté du mur (intégrale) – Agnès Marot

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Ce volume comprend deux romans écrits par l’auteure française Agnès Marot: De l’autre côté du mur et Notes pour un monde meilleur, publiés aux éditions du chat noir et réédités fin de l’année dernière chez Lynks Éditions dans un seul volume, au prix de 14.90 euros.

Ma chronique va donc se diviser en deux parties, une pour chaque livre. Avant de m’attarder sur chaque histoire de manière plus précise, je vais relever quelques points de l’univers: nous évoluons dans un monde futuriste où les filles vivent séparées des garçons. Elles maîtrisent l’Art, une forme de magie liée à la nature, là où les garçons maîtrisent la Science, qui est aussi une forme de magie mais qui s’exprime d’une manière différente. J’ai trouvé l’exploitation des pouvoirs (et leur portée métaphorique) vraiment brillante.

En avançant dans l’intrigue et dans chacun des tomes qui compose cette intégrale, on en apprend davantage sur cet univers d’une grande richesse et très référencé. D’ailleurs, l’auteure a ajouté une appendice à la fin du roman où elle nous explique ses différentes inspirations littéraires, artistiques et l’origine des citations qu’elle utilise pour ses débuts de chapitre. J’ai trouvé cela très intéressant parce que même si j’en ai relevé certaines, je suis passée à côté de beaucoup de références et ça m’a donné envie de découvrir tout ce qu’elle a cité. Au passage, moi aussi j’ai pensé que le prénom Aslan venait du monde de Narnia… Oups?

Cette intégrale m’a vraiment marquée et je ne m’y attendais pas. Elle est restée dans ma PAL depuis début octobre, j’attendais le déclic et comme à chaque fois que ça m’arrive, je me suis retrouvée à lire un petit bijou littéraire d’une auteure pleine de sensibilité, d’intelligence et de culture.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’intégrale d’une manière globale. J’ajouterai que l’objet livre est vraiment joli, la nouvelle couverture s’inspire des plus anciennes en se les réappropriant pour coller à l’image de la collection Re:Lynks. La mise en page est agréable et le prix plus qu’abordable, ce qui ne gâche rien.

De l’autre côté du mur:
Ce roman nous raconte l’histoire de Sibel, une jeune danseuse qui vit avec les autres Filles et Mères en cultivant son Art. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce qu’une de ses condisciples brise son équilibre en la touchant, la transformant en paria. Et oui, dans cette société, se toucher est interdit ! La vie de Sibel va alors prendre un autre tournant…

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant ce livre et je dois avouer qu’il m’a totalement séduite par sa poésie et sa portée réflexive. Je n’apprécie pas le genre de la dystopie en temps normal mais l’écriture chantante d’Agnès Marot m’a immédiatement emmenée dans ce monde que nous découvrons à travers et en même temps que Sibel. Au dos du roman, on retrouve ce commentaire du site Escroc-griffe.com: une œuvre qui interpelle sur l’Humanité. Difficile de mieux résumer De l’autre côté du mur. Une véritable ode à la liberté, au savoir et au libre arbitre, un plaidoyer pour les Arts et la Science, pour l’Humain, tout simplement. Un avertissement aussi. J’ai du mal à imaginer qu’il s’agit du premier roman de cette auteure, dont je connaissais déjà le talent grâce à ma lecture d’I.R.L. en 2016.

L’héroïne m’a immédiatement touchée dans sa relation d’amitié avec Aylin et dans son rapport à autrui. Son évolution plutôt crédible et son caractère m’ont même permis d’apprécier la romance qui prend place dans le récit sans pour autant éclipser son propos premier. J’ai même trouvé cet amour extrêmement puissant, j’ai ressenti quelque chose pour la première fois depuis longtemps face à un « couple » littéraire. Pas une fois je n’ai levé les yeux, tant Agnès Marot maîtrise à merveille les ingrédients de son livre. Sibel reste fidèle à elle-même, à son cœur, à ses convictions et ce même si Aslan prend de plus en plus d’importance pour elle. J’ai trouvé ce choix rafraîchissant, Agnès Marot parvient à équilibrer les différents genres littéraires qu’elle exploite pour offrir une œuvre d’une rare intelligence dont les thèmes (cités plus haut) me parlent. J’ai littéralement dévoré ce tome sur deux jours à peine !

Notes pour un monde meilleur:
Rien qu’à écrire le titre, je tremble ! Ceux qui ont lu comprendront pour quelle raison… Notes pour un monde meilleur est la préquelle de De l’autre côté du mur, dévorée sur cet après-midi. On y découvre de quelle manière tout a commencé et on peut résumer ce roman court en une phrase: l’Enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai trouvé cette histoire terriblement bouleversante et plus dure psychologiquement que De l’autre côté du mur (qui pourtant en tient une couche à ce niveau). Suivre Isaac dans ses rêves et dans la dégringolade qui suit m’a prise aux tripes. Je ne m’attendais pas du tout à lire un tel texte. Je me suis immédiatement attachée à lui, malgré ses erreurs et ses faiblesses. Et sa relation avec son épouse, Azra… Les premiers chapitres me donnaient déjà des frissons. Je n’avais plus ressenti autant d’émotions à la lecture d’un livre depuis longtemps. Je vivais avec Isaac, ensorcelée par les mots d’Agnès Marot. Quel bonheur ! Quel plaisir !

Je me dois de relever, à nouveau, sa profondeur philosophique et le message d’espoir qu’il transmet. Ce texte est profondément humain: à la fois très beau et hideux, il offre le pire comme le meilleur.
Quelle CLAQUE !

Contre toute attente, cette intégrale se révèle un vrai coup de cœur alors que ce n’est pas du tout mon genre littéraire à la base. Pour sa richesse, son humanité, sa poésie et ses messages, je vous le recommande très chaudement. ♥