Émissaires des morts (le roman) – Adam-Troy Castro

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Émissaires des morts
est composé de quatre nouvelles + un roman de science-fiction par l’auteur américain Adam-Troy Castro. Première sortie de 2021 chez Albin Michel Imaginaire, vous trouverez ce titre partout en librairie au prix de 26.90 euros.
Je remercie AMI & Gilles Dumay pour ce service presse.

Cette chronique concerne le roman intitulé Émissaires des morts. Je vous ai parlé des quatre nouvelles qui précèdent ce texte, incluses dans le même ouvrage publié chez Albin Michel Imaginaire, dans un article antérieur. Pour rappel et en quelques mots, j’avais été très emballée par la qualité de ces histoires courtes qui permettent un premier contact efficace avec le personnage d’Andrea Cort, sa situation et l’univers dans lequel elle évolue. J’ajoute que ces quatre nouvelles apportent une vraie plus-value au roman en lui-même bien que l’auteur l’ait écrit pour en permettre la lecture même pour celles et ceux qui n’ont pas pu ou voulu lire les nouvelles.

Voyons à présent ce que donne le roman…

De quoi ça parle ?
Andrea Cort est envoyée sur Un Un Un, une planète où les IAs sources ont créé une nouvelle espèce, ce qui pose des problèmes diplomatiques graves car on soupçonne une forme d’esclavage de leur part. Pour une fois, ce n’est pas pour ce souci qu’on envoie Andréa mais bien parce qu’un meurtre a été commis au sein de la délégation diplomatique humaine et que tout semble accuser les IAs sources… Ce qui risque de créer un gigantesque drame social si les relations diplomatiques sont rompues avec elles vu l’importance qu’elles ont pris au sein des sociétés humaines dans le domaine, par exemple, des soins de santé. Ses supérieurs font donc comprendre à Andréa qu’il serait très commode de dénicher un autre coupable, s’il s’avère que les IAs sources sont bien impliquées.

Qui est Andrea Cort ?
Petit rappel au sujet de ce personnage qui ne me semble pas inutile si vous n’avez pas lu mon précédent billet.

Andrea Cort est une avocate qui travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap, ensemble reprenant tout un tas de planètes et de gouvernements aussi divers que variés. Elle n’a pas vraiment le choix puisque, dans son enfance, elle a participé à une forme de génocide et ce métier lui permet de ne pas être extradée sur des mondes qui souhaitent la condamner. Vive l’immunité diplomatique ! Elle a toutefois été emprisonnée / étudiée jusqu’à sa majorité et cela a forcément laissé des traces. À ce stade, je dois préciser que ce génocide commis sur la planète Bocaï va être davantage développé au sein du roman et va concrétiser les implications développées dans la nouvelle Démons invisibles dont je vous ai parlé dans mon autre billet. C’est donc un élément sur lequel on va revenir dans une série de flashback glaçants.

Andrea Cort est une femme complexe qui a en horreur les planètes et n’aime pas beaucoup l’espèce humaine, ou n’importe quelle autre espèce en réalité. Solitaire, froide, cynique, elle pourrait aisément devenir un cliché sans la manière dont l’auteur la met en scène, n’hésitant pas à montrer ses failles, ses traumatismes, ses faiblesses aussi. Andrea Cort est un échantillon d’humanité dans tout ce que ce terme a de paradoxal : elle se hait pour les actes commis par le passé, a souvent des pulsions suicidaires qu’elle ne concrétise pas, et sait qu’au fond d’elle, elle appartient à la classe des monstres qu’elle chasse pourtant. Pourquoi un monstre ? Parce qu’elle a adoré tuer, elle s’en rappelle, et n’hésite pas à recommencer si la situation l’exige.

Les nouvelles permettaient de la voir en action et d’apprécier son professionnalisme ainsi que l’absence de liens sociaux autour du personnage. Je trouvais cela assez rafraichissant et original. Dans le roman, cet aspect va évoluer au fur et à mesure que l’intrigue avance, notamment grâce au couple d’inseps, les Porrinyard. J’avoue ne pas savoir comment me positionner face à leur relation et à la manière dont les révélations finales permettent au personnage d’Andrea de changer, de se rendre compte qu’elle a vécu pendant des années sous le poids d’un postulat de départ erroné. Ça m’effraie un peu pour la suite car une grande partie de ce que j’appréciais dans ce personnage risque de disparaître. Toutefois, l’auteur a su démontrer jusqu’ici sa capacité à me surprendre agréablement donc j’ose espérer qu’il ne va pas tout gâcher dans la suite.

J’en profite pour préciser que le roman est écrit à la première personne, tout comme l’une des nouvelles. Cela renforce le degré d’intimité entre le lecteur et Andrea, empêchant ainsi de plus facilement jouer sur son aspect froid et détaché. À nouveau, c’est un choix de l’auteur, on adhère ou pas, c’est selon la sensibilité de chacun mais je me dois de préciser que j’ai apprécié la maitrise d’Adam-Troy Castro de la narration à la première personne.

Une enquête somme toute classique mais efficace.
Émissaires des morts est un récit d’enquête qui respecte les codes du genre policier avant d’être un ouvrage de SF (ce qui se traduit plutôt dans l’univers et les questionnements finaux). On voit clairement les différentes étapes et ressors du scénario : Andrea est mise sur une affaire sans qu’on lui demande son avis, elle arrive dans un milieu inconnu dont elle apprend les règles, elle interroge différents témoins et représentants de l’autorité sur place, accumule des éléments et des preuves dans son dossier, suspecte certains plus que d’autres mais en fait non c’est pas lui / elle alors que bon sang tout le / la désigne quand même, doit affronter quelques péripéties car quelqu’un veut manifestement l’empêcher de résoudre cette affaire, etc. Il n’y a pas de surprise sur le déroulement en tant que tel mais on ne s’ennuie pourtant pas durant cette lecture grâce à l’écriture efficace de l’auteur et au personnage d’Andrea, qui reste à mes yeux la grande force du roman. Enfin, ça, c’est vrai jusqu’à la toute fin…

Une fin qui tire en longueur.
C’est le seul gros point noir du texte. Les quarante (et même soixante) dernières pages auraient pu être vraiment raccourcies car il y a beaucoup de redite et d’insistance sur des points déjà bien assez clairs. Un échange avec l’éditeur a pointé le fait que ce pouvait être un hommage au genre policier, une sorte de clin d’œil à ce qu’a pu faire Agatha Christie, notamment avec Poirot. Après coup, je me dis que c’est peut-être bien cela que cherchait Adam-Troy Castro mais ça n’en reste pas moins longuet, même aux yeux de la lectrice de Christie que je suis. À mon sens, l’auteur a un peu trop pris son lecteur par la main ici ce qui pourrait être un point positif pour celles et ceux qui manquent d’attention ou qui aiment qu’on écrive les éléments noir sur blanc. Ça n’a jamais été mon cas donc j’ai un peu regretté le manque de dynamisme final ainsi que la discussion entre Andrea et les inseps. Si je devais juger sur base de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, je pense que l’auteur brille particulièrement sur le format court et que ce roman aurait pu être une novella bien plus efficace si cette intrigue avait été rédigée sous ce format.

Attention, qu’on se comprenne bien : j’ai trouvé les explications trop longues mais leur portée n’est en aucun cas dénuée d’intérêt. Au contraire, ça permet de lier le propos de Démons invisibles avec le roman tout en ajoutant de nouveaux enjeux et en permettant au texte de prendre un autre tournant. Il s’agit, après tout (surlignez pour dévoiler la révélation) de discuter du désir de mourir d’une espèce entière et de juger le comportement de ceux qui, en son sein, souhaitent justement continuer à exister. Et ça promet pour la suite.

La conclusion de l’ombre :
Émissaires des morts est le premier roman où on retrouve le personnage d’Andrea Cort après avoir passé quatre nouvelles en sa compagnie. Cette dernière va devoir mener une enquête pour meurtre sur la planète Un Un Un, crime où tout accuse les IA sources que ses supérieurs cherchent justement à innocenter. Si le format enquête est très classique, l’intérêt du texte réside à la fois dans les implications philosophiques du dénouement final et dans son personnage principal. Je me réjouis de découvrir la suite qui sort justement cette année (en juin si tout se passe bien) chez Albin Michel Imaginaire !

D’autres avis : Le culte d’ApophisAu pays des cave trollsL’épaule d’OrionJust a wordOutrelivresYozoneYuyineAlbedoLes lectures du MakiLe chien critiqueUn papillon dans la lune – vous ?

Émissaires des morts (les nouvelles) – Adam-Troy Castro

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Émissaires des morts est composé de quatre nouvelles + un roman de science-fiction écrits par l’auteur américain Adam-Troy Castro. Première sortie de 2021 chez Albin Michel Imaginaire, vous trouverez ce titre partout en librairie au prix de 26.90 euros.
Je remercie AMI & Gilles Dumay pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Andrea Cort est avocate et travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap dont elle est la propriété depuis un massacre perpétré par elle dans son enfance. Criminelle de guerre, c’est elle qu’on envoie traiter les affaires difficiles où elle est en contact avec des races extra-terrestres plurielles qui vont toutes, à leur manière, lui donner du fil à retordre.

Je précise que ce résumé maison ne rend pas justice à la qualité des textes lus. J’espère que ma chronique le fera. De plus, j’ai décidé de la couper en deux pour vous parler d’abord des quatre nouvelles et ensuite du roman, dans un billet futur.

Qui est Andrea Cort ?
Il me semble important, avant de vous parler des nouvelles, de glisser quelques mots au sujet de (l’anti ?) héroïne d’Adam Troy-Castro. Andrea Cort est une avocate qui travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap qui reprend tout un tas de planètes et de gouvernements aussi divers que variés. Elle n’a pas vraiment le choix puisque, dans son enfance, elle a participé à une forme de génocide (les détails sont dévoilés petit à petit dans les différents textes avant d’être révélés noir sur blanc au début du roman) et ce métier lui permet de ne pas être extradée sur des mondes qui souhaitent la condamner. Elle a toutefois été en emprisonnée / étudiée jusqu’à sa majorité et cela a forcément laissé des traces.

Andrea Cort est une femme complexe qui a en horreur les planètes et n’aime pas beaucoup l’espèce humaine, ou n’importe quelle autre espèce en réalité. Solitaire, froide, cynique, elle pourrait aisément devenir un cliché sans la manière dont l’auteur la met en scène, n’hésitant pas à montrer ses failles, ses traumatismes, ses faiblesses aussi. Andrea Cort est un échantillon d’humanité dans tout ce que ce terme a de paradoxal : elle se hait pour les actes commis par le passé, a souvent des pulsions suicidaires qu’elle ne concrétise pas, et sait qu’au fond d’elle, elle appartient à la classe des monstres qu’elle chasse pourtant. Pourquoi un monstre ? Parce qu’elle a adoré tuer, elle s’en rappelle, et n’hésite pas à recommencer si la situation l’exige.
Pourtant, impossible de ne pas ressentir de compassion pour elle (ça ne lui plairait pas du tout, si elle le savait !), de ne pas chercher à se mettre à sa place ou même à la défendre quand l’occasion se présente. J’ai particulièrement apprécié ces nuances qui participent à la force des différents récits dont je vais à présent vous parler un peu plus dans le détail.

Avec du sang sur les mains ( lecture le 5 janvier 2021)
Andrea Cort se trouve sur la planète du peuple Zinn, une espèce alien en voie d’extinction avec qui elle négocie l’acquisition d’un prisonnier. En effet, ces aliens souhaitent recevoir un tueur humain sur leur territoire afin de l’étudier et Andrea Cort doit s’assurer que tout est en ordre à ce niveau, que les mesures de sécurité seront bien respectées, etc.

Au tout début de la nouvelle, Andrea rencontre l’équivalent d’une enfant, Première Offerte (c’est son nom humanisé, la langue des zinns n’est pas aisément prononçable) avec qui elle a un échange oral a priori quelconque. En tant que lectrice, je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur voulait en venir puisque, comme Andrea et le reste du corps diplomatique, je me suis laissée berner…. Jusqu’à comprendre. Et là, premier choc, première grosse claque qui arrive sur les ultimes lignes de la nouvelle. J’ai eu besoin de dormir dessus pour laisser ce texte s’imprégner de toute sa puissance et j’ai entamé la suite avec un peu de crainte. L’auteur réussirait-il vraiment à faire mieux que ça ? Une partie de moi a envie de tout dévoiler pour vous expliquer mais si vous ne devez lire qu’un seul texte, lisez celui là, qui en plus est proposé gratuitement par l’éditeur pendant une durée limitée, au format numérique.

Une défense infaillible (lecture le 6 janvier 2021)
Contrairement à la précédente, cette nouvelle propose d’une part, une alternance de point de vue entre Andrea Cort et Tasha Coombs (sur qui je vais revenir) mais également une narration à la première personne pour ce qui est d’Andrea. Tasha Coombs est un agent infiltré dans une administration qui transmet des informations secrètes aux ennemis de la Confédération. Tasha doit démasquer l’espion ou l’espionne et subit une agression alors qu’elle est sur le point d’y parvenir.

Une chance, elle portait un système qui la plonge dans une sorte d’illusion dont on ne peut pas la sortir sans un mot de passe, la rendant impossible à interroger pour l’ennemi. Une fois récupérée par son camp, toutefois, on se rend compte qu’elle a modifié son mot de passe à la dernière minute parce qu’apparemment, l’ennemi en aurait eu vent, et on sollicite l’aide d’Andrea Cort puisque l’image figée dans le cerveau de Tasha est un portrait d’Andrea…

C’est l’occasion de voir notre anti-héroïne interagir avec des collègues. Cela permet également de montrer pour quelle raison elle ne développe pas de relations sur un plan personnel. Si j’ai trouvé l’intrigue de la nouvelle plus classique et n’ai pas eu l’effet « wahou » du premier texte, j’ai tout de même apprécié cette lecture pour son amertume et sa conclusion.

Les lâches n’ont pas de secret (lecture le 7 janvier 2021)
Andrea est envoyée sur Caithiriin où un ancien membre du corps diplomatique a commis plusieurs vols et un meurtre. Selon les lois inter-espèces, il doit être jugé selon la justice Caithiriin et condamné à mort sauf qu’au sein de ce peuple, la peine de mort est particulièrement violente et douloureuse : le condamné est allongé, on met une planche sur lui ainsi qu’un récipient qu’on remplit d’eau et qui va petit à petit l’écraser. Certaines exécutions durent des jours et ça terrifie bien entendu l’accusé, Varrick, qui tente le tout pour le tout en révélant à Andrea que les Caiths possèdent une méthode alternative de punition qui consiste en une forme de reprogrammation pour empêcher tout crime d’être reconduit.

Andrea va donc enquêter pour comprendre d’une part pourquoi on n’a pas proposé cette solution à Varrick et d’autre part, pourquoi la plupart des Caiths choisissent la mort plutôt que cette reprogrammation. Le contenu de cette nouvelle est assez terrifiant sur ses implications judiciaires et sociales et fait vraiment froid dans le dos. Le texte contient également un retournement de situation très inattendu qui se résout un peu facilement à mon goût mais n’en reste pas moins intéressant.

Démons invisibles (lecture le 8 janvier 2021)
Comment confier un meurtrier à la justice quand l’espèce dont viennent ses victimes ne possède pas de système judiciaire ? C’est cette question que va devoir résoudre Andrea Cort dans cette nouvelle. Emil Sandburg a commis plusieurs meurtres sur des représentants d’une espèce avec laquelle un Premier Contact a eu lieu, sans résultat. Cette espèce existe sur une planète où il n’y a aucune prédation, elle n’est pas sensible à son environnement et ne semble même pas avoir conscience de la présence des différentes espèces extra-terrestres autour d’elle.

Dés lors, comment constituer un jury et nommer un juge au sein de cette espèce, comme l’exigent les lois interespèces ?

Démons invisibles est un texte très fin, intelligent et personnel également vis à vis du personnage d’Andrea, à l’instar du précédent. Quand on entame la lecture du roman, on se rend compte à quel point il va jouer un rôle important. J’ai beaucoup aimé la maitrise dont elle fait preuve pour trouver une astuce qui respecte les attentes de ses supérieurs, ce qui démontre une fois de plus et si c’était nécessaire, ses grandes capacités professionnelles.

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