Le songe d’une nuit d’octobre – Roger Zelazny

23
Le songe d’une nuit d’octobre est un one-shot fantastique écrit par l’auteur américain Roger Zelazny. Publié d’abord chez ActuSF en grand format, il a été récemment réédité en poche par Helios au prix de 7.90 euros.
Je remercie Samantha et Jérôme de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse !

L’histoire commence au premier jour du mois d’octobre, courant du XIXe siècle. Le lecteur découvre qu’un Jeu est en cours pour les trente-et-un prochains jours. Le but? Pour les ouvreurs, permettre aux Grands Anciens de déferler sur le monde. Pour les fermeurs, empêcher que cela se produise. Les participants distribuent les cartes et la fête commence avec Jack, Jill, le Docteur mais aussi le Comte, le Grand Détective et quelques autres…

Si ce roman est très inspiré de mythologie lovecraftienne, il n’est pourtant pas nécessaire de s’y connaître pour apprécier le titre car je suis totalement novice en la matière et j’ai passé un bon moment malgré cela. En effet, s’il est très référencé sur Lovecraft, il l’est également sur la littérature populaire anglaise et les grandes figures ayant marqué son histoire occulte. Ainsi, les clins d’œil cachés au fil du texte en raviront plus d’un. D’ailleurs, les protagonistes sont rarement nommés. Sherlock Holmes est toujours appelé « Le Grand Détective » par Snuff, Jack est juste Jack, le Docteur Frankenstein est « Le Bon Docteur », etc. C’est assez plaisant de traquer les indices laissés au détour d’une phrase par Roger Zelazny. Cela apporte au roman une dimension ludique vraiment plaisante.

Le point fort de ce texte est, à mon sens, la narration menée par… un chien. Snuff est le chien de Jack (oui, ce Jack là) et son compagnon ésotérique. Chaque joueur en possède un et nous suivons les interactions entre ces différents compagnons. Chat, rat, hibou, corbeau, écureuil, serpent, tout ce petit monde coopère et / ou s’affronte pour obtenir ou échanger des informations capitales afin de remporter la victoire. Si ces animaux sont très humanisés car doués d’intelligence, ils se différencient assez bien des êtres humains pour apporter une dose de peps plutôt agréable à ce roman court et bien rythmé.

Si le style d’écriture n’est pas transcendant, il sert efficacement le récit riche en rebondissement et en action très graphique. Les chapitres courts concernent chacun une journée jusqu’au grand final qui m’a un peu laissée sur ma faim. C’est l’un des seuls reproches que j’ai à adresser au texte mais je suis peut-être passée à côté d’un clin d’œil, qui sait ?

Dernière remarque au sujet du roman, on parle de steampunk sur la quatrième de couverture mais je n’ai pas du tout retrouvé cet aspect dans le texte. Du coup, je m’interroge un peu sur ce que l’éditeur a voulu dire par là? Si quelqu’un a éventuellement la réponse pour m’éclairer, n’hésitez pas !

Pour résumer, le songe d’une nuit d’octobre est un texte qui plaira autant aux amateurs de Lovecraft qu’aux novices. Il propose une histoire sympathique et prenante racontée du point de vue d’un chien, ce qui change de nos habitudes. C’est un bon divertissement qui ne restera pas indéfiniment dans ma mémoire mais que j’ai été contente de découvrir.

Publicités

FOCUS – Partenariat : ActuSF

Bonsoir tout le monde !
Demain commence la Foire du Livre de Bruxelles où vous pourrez retrouver les Indés de l’Imaginaire (et croyez moi, je vais squatter pas mal dans le coin !). Je vous ai déjà parlé de Mnémos dans un précédent focus et je profite de l’évènement pour attirer votre attention sur les éditions ActuSF qui est partenaire du blog depuis fin 2018.

logo
Les éditions ActuSF ont vu le jour en 2003 dans le sillage de la webzine ActuSF dont vous avez forcément entendu parler. Sous la direction de Jérôme Vincent, la maison d’édition compte plusieurs collections dont, notamment :
Les Trois Souhaits : pour la littérature de l’imaginaire.
Bad Wolf : pour la fantasy spécifiquement.
Perles d’Épice : pour les traductions d’auteurs étrangers.
À travers le collectif des Indés de l’Imaginaire dont ActuSF est un membre fondateur, on retrouve également leurs titres dans la collection poche avec Hélios et une collection jeunesse avec le label Naos.

Pourquoi parler d’ActuSF?
Déjà, parce qu’ils sont partenaires du blog donc ça parait logique. Ensuite parce que j’y ai fait certaines belles découvertes. Au départ, je m’intéressais surtout à leurs auteurs plus qu’à la structure. J’ai découvert la maison d’édition avec les romans de Karim Berrouka en 2017, chaudement conseillé par une autrice avec des goûts littéraires proches des miens. Le club des punks a su me séduire par son côté décalé et m’a donné envie d’en apprendre plus sur l’éditeur qui avait osé publier cette pépite. Puis une de mes autrices préférées, Morgane Caussarieu pour ne pas la citer, a publié un roman chez eux dans le label Naos et ça a vraiment attiré mon attention sur leur travail. Du coup, j’ai saisi une occasion au culot quand j’ai vu qu’il cherchait des partenaires presses.
Depuis, j’ai pu apprécier leur professionnalisme, leur amabilité et leur disponibilité par mail ainsi que leur ouverture d’esprit quand j’ai fourni une chronique plus mitigée pour un de leur titre. Il m’est très agréable de travailler avec eux et je me réjouis de découvrir leur catalogue encore plus en profondeur !

Pour rappel, voici les romans déjà lus et chroniqués sur le blog par ordre chronologique:
Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka
Rouge Toxic – Morgane Caussarieu
Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu – Karim Berrouka
Fées, weed et guillotines – Karim Berrouka
Les ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora
Les hommes dénaturés – Nancy Kress
Les questions dangereuses – Lionel Davoust
La forêt des araignées tristes – Colin Heine

Si vous ne connaissez pas ActuSF, je vous conseille de combler cette lacune. Ils ont un catalogue assez impressionnant qui couvre tous les goûts ou presque. La webzine d’où est issue la maison d’édition propose une actualité SFFF riche et de qualité à l’instar du contenu éditorial de la maison d’édition. N’hésitez pas à les suivre sur leurs réseaux sociaux: FacebookTwitterInstagram.

Connaissez-vous ActuSF? Avez-vous déjà lu certains de leurs romans? Cette présentation vous donne-t-elle envie de le faire? 

La Forêt des araignées tristes – Colin Heine

6
La Forêt des araignées tristes est un one-shot écrit par l’auteur français Colin Heine. Prévu chez ActuSF pour février 2019, vous trouverez ce premier roman au prix de 19 euros dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin dans cette chronique, je pense sincèrement être passée à côté du roman.  Je préfère prévenir d’entrée de jeu. Je ne compte pas démolir le premier roman de Colin Heine mais il y a des éléments qui ne m’ont pas plu. Le fait que je m’attendais à un tout autre texte (rien que par son titre) n’aide pas. Je trouve toutefois que la Forêt des araignées tristes a certaines qualités qui séduiront les amateurs, d’où ma chronique.

Nous évoluons dans un monde post apocalyptique recouvert par la vape. La vape, c’est un brouillard qui enveloppe le monde sur une grande partie de sa surface. Une catastrophe a eu lieu, dont on nous parle dans l’introduction, puis l’homme est parvenu à se relever, à se reconstruire. Plusieurs cités émergent et coexistent. L’action principale se passe à Gale, dans ce que j’identifie comme un équivalent de la France.
Quand je dis post apocalyptique, il faut garder à l’esprit que la société reconstruite tient davantage du steampunk belle époque. L’action aurait d’ailleurs sans problème pu se dérouler au 19e siècle.

À travers des points de vue multiples, nous suivons tantôt Bastien (un paléontologue) tantôt Ernest (un explorateur), tantôt Agathe (la vieille servante acariâtre de Bastien) et tantôt… Beaucoup de personnages, en fait. Une rebelle allemande qui arrive à la moitié du roman sans qu’on sache trop d’où elle sort, un fleuriste assassin qui est de loin le personnage le plus intéressant (mon côté cruelle, tout ça), un détective aux buts douteux, et j’en oublie. C’est probablement le premier reproche que j’adresse au roman: la multiplication des points de vue est bien trop nombreuse à mon goût. Si les personnages sont majoritairement bien caractérisés (et c’est déjà bien, vous me direz) tous ne sont pas utiles, loin de là. Certains chapitres rallongeaient inutilement le texte en créant des longueurs plutôt gênantes à la lecture.

C’est le second souci de la Forêt des araignées tristes : les longueurs. Déjà, chaque chapitre est assez volumineux (du moins j’en ai eu le sentiment sur la version numérique) mais en plus, certains sont carrément redondants. Par exemple, Bastien vit toute une mésaventure. Il rentre chez lui, la raconte à Agathe et Ernest, mais sans ellipse. Bastien réexplique donc mot pour mot tout ce que le lecteur a lu juste avant. Pour quelle raison? S’assurer que le lecteur a tout compris? C’est dommage parce que ce sentiment d’être prise par la main m’a vraiment gênée. La tentation de passer des pages était forte et, très honnêtement, si ça n’avait pas été un service presse, j’y aurai cédé. C’est dommage, parce qu’une révision sur ce point aurait rendu ce roman et son intrigue bien plus dynamique.

Ce texte a tout de même certaines qualités. Outre la caractérisation des personnages, je trouve que l’univers inventé par Colin Heine est bien fichu et regorge de métaphores autant sociales qu’écologiques. C’est sans conteste un texte engagé, imagé et inspiré. Dommage, finalement, que l’intrigue ne le serve pas mieux. En lisant la quatrième de couverture en plus du titre, on ne s’attend pas à une enquête aussi classique. On ne s’attend même pas vraiment au contenu, d’autant que Bastien n’est même pas tellement le personnage principal. Pas plus que d’autres. Moi, j’imaginais une exploration dans les Vaineterres avec un Bastien obligé d’embarquer sur une expédition d’Ernest pour échapper à ses poursuivants et découvrant des étendues sauvages peuplées d’araignées géantes avec qui il parviendrait à communiquer, quelque chose dans ce goût-là.  On en est assez loin. Peut-être que ma déception vient de là. Mais en même temps, sur le papier, ça aurait dû y ressembler si on se fie au package du roman.

D’ailleurs, si je dis que je suis totalement passée à côté du texte, c’est aussi en partie parce que je cherche toujours la signification du titre. Il y a bien des araignées géantes présentes à certains moments mais j’ai eu le sentiment qu’elles restaient au second plan et je n’ai absolument pas compris ce qu’essayait de dire le chapitre final. Je ne sais pas si c’est lié à ma panne de lecture (ça ne me surprendrait pas), si je suis lente à la détente (ça arrive !) ou si c’est une volonté esthétique que je n’ai pas saisie / à laquelle je ne suis pas sensible… Toutefois, je referme ce roman avec les sourcils froncés, sans trop savoir ce que j’en pense précisément. Je crois qu’on peut résumer en disant que ce texte n’était pas fait pour moi. Ce qui n’en fait pas un mauvais livre pour autant, qu’on se le dise !

En bref, La Forêt des araignées tristes souffre de certaines longueurs et manque parfois de clarté dans son exposition. Toutefois, Colin Heine signe un premier roman assez convainquant sur son univers et ses personnages, doublé d’un texte socialement et écologiquement engagé. Un auteur avec un potentiel certain mais qui ne m’a pas convaincue ici.

Les Questions dangereuses – Lionel Davoust

9
Les Questions dangereuses est un roman court proposé par l’auteur français Lionel Davoust. Quand je dis court, c’est court puisque ce texte comporte 55 pages au format numérique ! La version papier compte, quant à elle, 128 pages et est accompagnée d’un entretien de l’auteur réalisé par Nicolas Barret. Publié chez ActuSF pour une sortie le 3 Janvier 2019, Les Questions dangereuses est édité dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

L’intrigue se déroule en 1637 dans une France alternative. Nous suivons le mancequetaire Thésard de la Meulière, qui s’occupe de résoudre le meurtre odieux et sanguinaire du docteur Lacanne pendant l’enterrement d’un célèbre philosophe. Ce crime va le mener à affronter l’ennemi anglais mais aussi des Questions aux réponses trop vagues pour sa santé mentale…

J’ai lu ce texte court d’une traite, embarquée dans le style littéraire de l’auteur. Lionel Davoust s’inspire des maîtres classiques du roman de cape et d’épée, ce qui ne peut que faire mouche chez moi qui adore ce type de narration. On sent que l’auteur a lu beaucoup de cette littérature et qu’il l’aime puisqu’il la détourne avec habilité et maestria.

J’ai aussi été séduite par le concept. Ici, le fleuret et le mousquet sont remplacés par le Libram, livre d’énigmes propre à chaque mancequetaire. On se bat à la force des mots, en posant des Questions dont l’adversaire doit trouver la réponse au risque de subir des douleurs physiques importantes, voir de trouver la mort. La métaphore sur le pouvoir du verbal face à la violence brute est inspirée et bien maîtrisée. Et les énigmes sont vraiment tordues ! Bon, je n’ai jamais été très douée à ce jeu mais j’aurai fait une piètre mancequetaire.

On pourrait penser que, dans un texte aussi court, Lionel Davoust ne soigne pas ses personnages et propose une intrigue peut-être un peu bancale mais il n’en est rien. Si le déroulement reste assez classique (une enquête autour d’un meurtre), on ne s’ennuie pas un seul instant et le style particulier de narration permet aisément de dépeindre les personnages qui servent brillamment l’intrigue.

Dernier point fort et non des moindres, la quantité astronomique de clins d’œil tout au long du texte qui raviront les amateurs de littérature classique !

En bref, les Questions dangereuses est un texte court et inspiré à l’univers vraiment original. Mon seul regret? Qu’il n’ait pas fait l’objet d’un roman plus long car l’auteur nous met vraiment l’eau à la bouche avec ses idées, son concept et son héros. J’ai passé un excellent moment et je ne peux que vous recommander chaudement cette lecture.

BML #5 – novembre 2018

Bonjour tout le monde !
On se retrouve pour un nouveau bilan mensuel de lecture. Ce mois-ci, j’ai terminé le Pumpkin Autumn Challenge avec succès et j’ai bien avancé dans mes derniers services presses. Je ne compte plus en prendre avant l’année prochaine, d’ailleurs, histoire de vider ma PàL (qui fera l’objet d’un article d’ici quelques jours 😉 ). Je vous réserve également plusieurs articles typiques de la fin d’année, comme le bilan annuel, les livres que j’ai découvert grâce aux autres blogueurs… Si ça vous tente !

Bref, sans plus attendre, voici les titres lus ce mois-ci :

 La voix de l’Empereur – Nabil Ouali (Mnémos – SP)
Kayla Marchal#3 la Source – Estelle Vagner (Chat Noir)
Comment le dire à la Nuit ? – Vincent Tassy (Chat Noir)
Les Ombres d’Esver – Katia Lanero Zamova (ActuSF – SP)
Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé – J.K. Rowling (Gallimard)
Kidnapping – Geoffrey Claustriaux (Livr’S -SP)
Les Hommes Dénaturés – Nancy Kress (ActuSF – SP)
Apocalypsis partie 1 (tome 1 – Alice, tome 2 – Edo et tome 3 – Maximillian) – Eli Esseriam (Lynks -SP. Chronique à venir début de semaine)

Alors en fonction de comment on compte, j’ai lu 8 ou 10 romans. Apocalypsis étant une intégrale de trois tomes… Je suis contente de ce bilan puisque durant le mois d’octobre, j’avais vraiment peu lu et ça me pesait.

J’ai également pris le temps de découvrir deux mangas ainsi qu’un comics.

Le second tome de Depth of Field qui a vraiment été un coup de cœur pour moi, ainsi que le premier tome de Noob Reroll qui était plutôt sympa mais sans plus. J’ai également terminé la lecture de Super Sons, que j’apprécie toujours autant surtout que les Teen Titans étaient de la partie :3

Ce qui porte le total à 10 romans, 2 mangas et 1 comics.

Et vous, quel est votre bilan lecture pour novembre? 🙂

Les hommes dénaturés – Nancy Kress

9
Les Hommes Dénaturés est un one shot de science-fiction écrit par l’autrice américaine Nancy Kress. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 16 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse !

Que dire, que dire… Déjà, je dois vous avouer qu’il m’est difficile de parler de ce roman et j’ai d’ailleurs mis plusieurs jours avant de me décider à écrire la chronique. Il m’a profondément dégoûtée, heurtée, mais je l’ai trouvé très intelligent et vraiment à-propos. Le genre de lecture qui ne laisse pas indifférent mais qui ne convient pas forcément aux âmes sensibles.

Reprenons depuis le début.

Les Hommes Dénaturés, c’est principalement l’histoire de trois personnages qui évoluent dans une société futuriste qui connaît une baisse gravissime de la natalité (avec tous les problèmes que cela implique). Shana est une jeune fille de 18 ans qui rêve d’entrer dans l’armée. Hélas pour elle, elle se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Un comité écrabouille ses rêves en refusant de croire à son histoire. Bien décidée à prouver qu’elle n’est pas une menteuse, Shana commence à enquêter sur l’affaire qui la concerne. Elle va d’abord entrer en contact avec Nick Clementi, un scientifique renommé qui a assisté à son audience et cherché à la soutenir. Nick a ses propres problèmes, évidemment, mais il tient à agir bien qu’il ne sache pas précisément pourquoi. Shana croisera ensuite le chemin de Cameron, un danseur intimement lié à ce qui ressemble à une terrible conspiration. Cameron a subit récemment une opération a priori volontaire visant à lui effacer la mémoire. Mais pourquoi exactement?

Le synopsis ne fait pas spécialement rêver, je vous l’accorde. À première vue, on retrouve pas mal de clichés et un fond assez bateau. Pour être très honnête, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai accepté de prendre ce service presse sur cette base. Parfois, j’ai un instinct inexplicable qui me pousse vers un livre… Et me permet de découvrir une pépite.

Ce livre est divisé en chapitres écris au présent, chacun du point de vue d’un des trois protagonistes. Son identité est évidemment signalée au début de chaque chapitre. Ils ont tous leur caractère propre et n’ont rien de stéréotypes, ce que j’ai su apprécier même si concrètement, il est difficile de s’attacher à l’un d’eux (hormis Cameron). Shana est un personnage détestable. J’ai eu beaucoup de mal à suivre les chapitres de son point de vue parce que j’avais envie de la claquer sans arrêt avec son arrogance et ses réflexion déplacées. Nick Clementi a une sévère tendance à la digression qui peut vite devenir frustrante. Parfois, en plein milieu de ses chapitres, il commence à nous parler d’évènements antérieurs qui n’ont pas spécialement un intérêt dans le récit. De plus, il a tendance à incorporer des citations célèbres dans ses pensées, ce qui casse l’aspect spontané de l’écriture à la première personne. Par contre, j’ai tout de suite accroché avec Cameron. Je l’ai trouvé très humain, passionné par la danse qui est tout pour lui et à qui il peut tout sacrifier. Un pur plaisir.

Les thématiques abordées dans les Hommes Dénaturés sont nombreuses. Je l’ai dit au début de ma chronique, ce roman m’a profondément dégoûtée. J’ai souvent grimacé au fil des évènements et des réflexions posées par les personnages. Évidemment, dans la diégèse de ce titre, tout se tient mais je n’ai pas aimé ce que j’ai entrevu (en vrac, l’homophobie ravivée par la perte de natalité, les actions que le gouvernement accepte de tolérer, les extrémités auxquelles sont poussées certaines femmes…). Parce que forcément, on ne peut que réfléchir au contexte et aux évènements. Dans cette réalité, la fertilité baisse drastiquement et la population vieillit au point qu’il n’y a plus assez de jeunes pour travailler. L’économie est menacée, ce qui oblige à tolérer les multinationales avec leurs produits dangereux, qui eux mêmes n’aident en rien la fertilité, évidemment. L’autre problème lié cela, c’est la difficulté de combler les instincts maternels des femmes qui poussent à certaines extrémités. J’ai eu du mal à trouver crédible ces pulsions mais le roman a été écrit par une femme alors je suppose que certaines doivent vraiment ressentir ce genre de besoin dévorant et absolu. Je ne vous en dis pas plus mais sincèrement, ce roman fait réfléchir. Et pas en bien.

Pour conclure, les Hommes Dénaturés offre une fresque futuriste pas si lointaine et surtout, effrayante. C’est un message d’alerte, une sonnette d’alarme tirée par Nancy Kress qui signe une œuvre dérangeante, percutante, qui mériterait d’être lue (et comprise) par le plus grand nombre. J’en recommande la lecture à ceux qui aiment la hard SF et qui ont envie d’une littérature engagée. Par contre, passez votre chemin si vous avez un petit cœur…

 

Les ombres d’Esver – Katia Lanero Zamora

5
Les ombres d’Esver est le nouveau roman de l’autrice belge Kata Lanero Zamora. Publié chez ActuSF sous le label Naos, ce livre sera disponible à partir du 22 novembre au prix de 14.90 euros.
Je remercie Jérôme et ActuSF pour ce service presse.

Au départ, je ne savais pas quoi penser de ce roman. J’ai été surtout intriguée par son résumé car sa couverture ne me parlait pas plus que ça au premier abord. C’est un style qui ne m’attire plus autant qu’avant, je l’admets volontiers. Pourtant, après ma lecture, je n’en imagine pas une autre.
Je commençais ce titre sans rien en attendre et j’ai été agréablement surprise par son contenu.

Dans ce roman écrit à la troisième personne, nous suivons Amaryllis qui vit avec sa mère, Gersande, dans le vaste domaine d’Esver. La grande maison tombe en ruine, elle est envahie par les plantes et les champignons. Toute une partie est même condamnée, une autre est restée telle quelle depuis dix ans, sinistre anniversaire d’un évènement dont on ne sait rien.
Gersande est botaniste et apprend sa discipline à sa fille dans l’espoir qu’elle entre dans un prestigieux institut parisien. Amaryllis n’a pas forcément de passion pour la botanique. Sans détester cette matière qu’elle maîtrise, elle est juste relativement indifférente et préfère rêver d’aventures. Elle comprend toutefois vite qu’elle ne va pas avoir le choix puisque si elle ne réussit pas à obtenir une bourse, elle sera mariée de force par son père qui la vend en même temps que le domaine familial. Sa vie déjà pas si stable est ainsi totalement bousculée. Pour ne rien arranger, Amaryllis souffre de cauchemars depuis des années. Dès que la nuit tombe et qu’elle s’endort, elle doit absolument prendre un médicament pour ne pas se laisser emporter. Médicament préparé par sa mère qui est une femme très stricte, bipolaire, un peu folle aussi depuis le certain évènement.

De nombreux mystères planent sur le domaine et l’atmosphère en huit clôt est bien maîtrisée par l’autrice. Les informations arrivent au compte goutte, bien dosées. Katia Lanero Zamora met juste ce qu’il faut de description pour immerger le lecteur sans alourdir son texte et développe de manière intéressante la psychologie de ses deux héroïnes. La plupart des chapitre sont du point de vue d’Amaryllis mais certains le sont aussi de celui de Gersande, ce qui est un plus non négligeable à mon sens. Certaines remarques désabusées de cette mère abandonnée m’ont touchées et je me sentais mieux dans son esprit que dans celui d’Amaryllis. Encore plus quand on apprend la vérité sur le certain évènement.

L’aspect onirique laisse toujours planer le doute quant à la présence de fantastique. Ce doute subsiste jusque dans les dernières pages et même après ma lecture, je continue à me poser certaines questions. Pour moi, les ombres d’Esver est une brillante métaphore sur l’imagination et la place qu’elle peut prendre dans une existence. C’est une ode contrastée et poétique qui ne manquera pas de toucher les lecteurs.

Publié dans la collection « jeunesse » des indés, je trouve que ce roman peut convenir à un très large public mais qu’il ne sera pas forcément bien appréhendé par les plus jeunes. Si certaines scènes, surtout celles dans l’autre monde, sont résolument classiques, presque enfantines, les révélations de ce qu’elles représentent donnent un ton beaucoup plus mâture aux ombres d’Esren. Je le recommande aux amateurs d’ambiance gothique qui ont envie de se plonger dans un roman court (264 pages au format papier !), rythmé et poétique. Je ressors très satisfaite de ma lecture.