Yellow Jessamine, secrets empoisonnés – Caitlin Starling

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Yellow Jessamine, secrets empoisonnés
est une novella de fantasy gothique écrite par l’autrice américaine Caitlin Starling et traduite par Hélène Mathis. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce texte sur leur site internet au prix de 14.90 euros.

Cette novella traine depuis début d’année (moment de sa sortie) dans ma PàL sans que je puisse expliquer pour quelle raison j’ai attendu autant pour l’en tirer. Je le regrette après coup car il rejoint le rang des pépites dénichées par les éditions du Chat Noir dans la littérature anglosaxonne. On peut dire que l’éditrice a un sacré flair là-dessus car il est très rare (bien que ce soit déjà arrivé) que je sois déçue par l’une de leurs traductions.

De quoi ça parle ?
Lady Evelyn Perdanu dirige une société de transport maritime depuis la ville fictive de Delphinium (qui est le nom d’une plante, la boucle est bouclée !). La cité subit un blocus suite à une révolution au sein de l’Empire, ce qui l’isole de plus en plus. Pour ne rien arranger, une étrange maladie se répand, plongeant les personnes atteintes dans une étrange catatonie. Pour plusieurs raisons, Evelyn est certaine d’être liée à cette épidémie et tente de s’en protéger en s’enfermant dans son manoir où elle étouffe sous le poids de ses secrets.

Une fantasy gothique de haute volée.
Voilà un moment que je n’avais pas eu l’occasion de lire un texte gothique aussi bien maîtrisé. Il ne faut que quelques pages à l’autrice pour poser une ambiance sombre et angoissante, qui titillera les instincts claustrophobes des lecteurices les plus sensibles. Cette ambiance est la plus grande force de ce texte selon moi car on sent l’inévitable se rapprocher à chaque inspiration, à l’instar d’Evelyn qui sent la Mort venir et tente par tous les moyens de la repousser. Le lecteur s’interroge alors : qu’est-ce qui tient du réel ? Qu’est-ce qui tient de la paranoïa d’Evelyn ? Et qu’est-ce qui appartient véritablement au registre du surnaturel ? Car l’un des trois mots apparaissant sur la quatrième de couverture pour décrire ce roman est « folie » et on peut dire qu’elle prend en effet une ampleur considérable à mesure qu’on tourne les dernières pages…

Pour vous donner une idée, la novella s’ouvre sur un navire en train de brûler au large de la ville, après que des cas de peste s’y soient déclarés. Evelyn est alors appelée au port car il s’avère que le Vérité, l’un de ses propres navires, subit aussi les assauts d’une étrange maladie. Le ton est donné dés les premières lignes !

L’autre grande force de Yellow Jessamine est justement ce personnage d’Evelyn Perdanu, devenue héritière de cette compagnie maritime par la force des choses (tous les membres de sa famille meurent mystérieusement les uns après les autres) et spécialiste en botanique. Cette compétence lui permet de préparer des remèdes comme des poisons. Toute vêtue de noir, elle porte le voile du deuil depuis plus de vingt ans et n’a rien d’une héroïne classique. Deux facettes s’affrontent en elle : d’un côté son visage public, froid et digne, qui inspire une forme de respect pervertie par la crainte car son aide se révèle à double tranchant. De l’autre, c’est une personne fragile qui aspire simplement à être aimée, comprise, une attention que lui donne Violetta, son assistante. J’ai trouvé leur relation tragique et touchante, c’est la première fois depuis longtemps que je suis un duo uniquement féminin où aucun homme ne se mêle de leur dynamique. C’est rafraichissant. Bien évidemment, de nombreux secrets, sombres et empoisonnés, tournent autour de ce personnage, justifiant le sous-titre évocateur de la novella.

Pour ne rien gâcher, l’objet livre est, comme toujours, soigné. La couverture est identique à la version originale et on comprend pourquoi en lisant Yellow Jessamine. J’ai rarement vu une illustration coller à ce point au contenu ! Quant à l’intérieur, on reste sur une mise en page plus classique mais on retrouve tout de même quelques plantes illustrées, comme dans un livre de botanique. Des plantes, évidemment, liées à l’intrigue…

Tous ces éléments et d’autres que je vais taire pour ne pas gâcher votre lecture font de Yellow Jessamine une pépite dans le genre gothique que je recommande plus que chaudement.

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#S4F3s7 : 4e lecture

Le fini des mers – Gardner Dozois

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Le fini des mers
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur américain Gardner Dozois. Publiée dans la collection UHL (Une Heure Lumière) du Bélial avec une traduction de Pierre-Paul Durastanti, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros. 

De quoi ça parle ?
Un jour, en même temps que les premières neiges, quatre vaisseaux extra-terrestres débarquent sur Terre. Trois se posent aux États-Unis, un quatrième au Venezuela. Évidemment, c’est la panique.
Au même moment, le jeune Tommy joue et traine sur le chemin de l’école, peu motivé à retrouver la désagréable Mlle Frédéricks qui semble avoir une dent contre lui…

Un texte incompris.
C’est Apophis le premier qui l’a souligné dans sa chronique (que je vous encourage à lire) : Le fini des mers est une novella qui se vend très mal dans sa version originale et qui semble déplaire à une bonne partie de la blogosphère. En collectant les articles des blogpotes pour les référencer à la fin de ce billet, j’ai pu remarquer que beaucoup sont passés à côté (selon leurs propres mots) ou n’ont pas apprécié le pessimisme qui se dégage des lignes de Dozois. Ce n’est pas mon cas et ce même si j’ai lu le texte en plusieurs fois (les aléas de la vie) et que j’ai été assez déconcertée, au départ, par sa construction. Une fois cet UHL refermé, je me suis dit qu’il appartient sans conteste à la catégorie de textes à relire et à prendre en exemple. Il compte désormais également parmi mes préférés de la collection.

Deux lignes narratives pour un texte surprenant.
La novella s’ouvre sur ce fameux début d’invasion. Quatre vaisseaux extra-terrestres se posent : un dans une vallée du Delaware, un dans l’Ohio, un dans le Colorado et un dernier au Venezuela. Certains atterrissages ont de nombreux témoins, si bien que la première impulsion du gouvernement de garder cela secret devient rapidement impossible et ce malgré les mesures assez violentes prises par les forces armées. Ces parties sont très descriptives et possèdent un ton un brin condescendant (que je trouve personnellement plaisant) saupoudré de cynisme car elles décrivent de quelle manière probable le gouvernement gèrerait une crise comme celle-là. C’est-à-dire de manière bourrine et inadaptée. Je n’ai aucun mal à croire que ça se passerait presque exactement comme le raconte Gardner Dozois et ce même si son texte date de 1973. En cela, il a extrêmement bien vieilli et aurait pu être écrit hier sans qu’on ne voit la différence.

Dans ces parties, le lecteur rencontre également les Intelligences Artificielles qui développent une forme de conscience et d’existence en parallèle de l’humanité, sans pour autant aspirer à une révolte quelconque (et en prenant soin de ne pas informer leurs « maîtres humains » de cet état). Ce sont elles qui, en premier, parviendront à dialoguer avec ces visiteurs (venus d’ailleuuuurs) et découvriront une information plus que surprenante… 

La seconde ligne narrative invite le lecteur à suivre Tommy, un jeune garçon qui vit sous le toit d’un père violent et d’une mère passive / dépressive dans un climat de peur et d’angoisse permanente. À l’école, la situation ne vaut guère mieux puisque son professeur semble s’acharner sur lui à cause de ses retards et de son refus de faire signer les feuilles qui y sont liés (ce qu’on comprend aisément vu sa situation familiale). Elle s’obstine donc à l’envoyer chez le psychologue scolaire, qui ne brille pas spécialement par sa compétence professionnelle. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce petit garçon qui existe en quelque sorte en dehors de nos normes sociales, auquel on colle une étiquette de « différent » comme si cela avait un sens quelconque ou pire, que c’était problématique ! 
Heureusement, Tommy possède un don spécial car il est capable de voir « les Autres » qu’on peut assimiler au Petit Peuple, aux fées, aux créatures tirées de ce folklore que tous les enfants peuvent voir jusqu’à un certain âge avant de les oublier. Mais pas Tommy. Il est capable de dialoguer avec elles en se rendant dans un Lieu (avec une majuscule !) adéquat. Sauf que, depuis l’arrivée des vaisseaux, les Autres se comportent étrangement…

A priori, ces deux lignes narratives n’ont rien en commun, et pourtant… Apophis livre dans sa chronique une analyse très fine des possibilités d’interprétation, que je vous invite à découvrir avant et après votre lecture car ça ouvre des pistes de réflexion passionnantes. Je ne me permettrais pas de reprendre son travail, je vais plutôt conclure par l’effet que m’a procuré cette lecture car c’est a priori pour cela que vous passez par ici.

Le fini des mers m’a d’abord laissée perplexe puis m’a petit à petit attrapé dans ses filets, proposant une dose de cynisme dans laquelle je me retrouve totalement en parallèle de l’histoire touchante d’un enfant à la situation familiale difficile et à l’imagination (vraiment ?) débordante. Je trouve que ce texte transmet de nombreuses émotions (parfois sombres je l’admets) et est une belle métaphore sur les difficultés de la communication ainsi que sur les conséquences de cet échec de communication, non seulement sur un plan mondial (vis à vis des extra-terrestres) mais aussi sur un plan très humain (vis à vis de Tommy à l’école ou avec ses parents). Ces 112 pages sont d’une richesse incroyable et j’espère sincèrement que cet UHL connaitra un succès plus grand dans sa version française que dans sa version originale. 

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#S4F3s7 : 2e lecture

Toutes les saveurs – Ken Liu

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Toutes les saveurs
est une novella écrite par l’auteur sino-américain Ken Liu. Publié dans sa version française au Bélial au sein de la collection Une Heure Lumière (traduction par Pierre-Paul Durastanti), vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros ou sur le site de l’éditeur.

Ce n’est pas la première fois que je lis Ken Liu, encore moins dans la collection UHL. Je l’ai découvert avec le Regard, une nouvelle de science-fiction qui avait manqué de force pour moi, surtout que j’attendais beaucoup de l’auteur vu les nombreux éloges à son égard. J’ai ensuite dévoré l’Homme qui mit fin à l’histoire et comprit pour quelle raison la blogosphère encense tellement cet auteur. Cette novella a été un coup de cœur magistral que je continue de recommander chaudement.

Un partout, donc ! Qu’en est-il de ce texte particulier ? Va-t-il faire pencher la balance en faveur de Ken Liu ? Et bien si on peut dire quelque chose au sujet de cet auteur, c’est qu’il n’écrit pas deux textes identiques et aime varier les genres… D’ailleurs, si vous avez envie d’en apprendre plus à son sujet, je vous recommande d’écouter la rencontre organisée par Le Bélial avec lui. Je trouve qu’elle complète extrêmement bien la lecture de Toutes les saveurs et qu’elle donne un éclairage supplémentaire sur l’œuvre de ce talentueux écrivain.

Un étonnant mélange des genres.
Toutes les saveurs se déroule pendant la période de conquête de l’ouest américain, à Idaho City. Lily est une jeune fille très intriguée par les prospecteurs chinois qui vivent entre eux, s’entassent dans d’étroites habitations et cuisinent des plats à l’odeur totalement nouvelle pour ses narines. Elle se lie d’amitié avec l’un d’entre eux, Lao Guan, qui va lui apprendre quelques morceaux de sa culture notamment le jeu du wei qi ainsi que les récits du dieu de la guerre Guan Yu.

Ce sont ces récits qui apportent à Toutes les saveurs une touche surnaturelle ou plutôt, mystique. Le lecteur s’enfonce dans le mystère sans savoir ce qui tient de la réalité ou de la légende fantaisiste. C’est l’occasion de découvrir cette Chine impériale dont on ne connait généralement pas grand chose et de revenir sur une période assez nébuleuse (pour moi du moins) de l’histoire américaine. Comme tout le monde, j’ai entendu parler de cette fameuse conquête de l’ouest pour l’avoir vue dans de nombreux films ou dessins animés (j’ai grandi avec Lucky Luke donc voilà, j’assume mes références foireuses) mais je ne me rendais pas bien compte que la place du peuple chinois y avait été si importante et à quel point ils avaient été exploités dans la construction du chemin de fer. Une fois de plus, Ken Liu instruit son lecteur sur un morceau peu connu de l’Histoire et s’en sert efficacement au sein d’une fiction qu’on dévore. C’est moins « coup de poing » que dans l’Homme qui mit fin à l’histoire mais ça reste joliment maîtrisé.

En 128 pages, Ken Liu parvient à brosser efficacement une histoire qui parle d’Histoire avec un grand H mais aussi d’immigration, d’intégration, d’identité culturelle et de mélange des cultures, des thèmes qui sont très actuels encore aujourd’hui et dans lesquels on se retrouve aisément. J’ai passé un excellent moment de lecture et je vous recommande ce texte.

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#S4F3s7 : 1ere lecture.

À l’ombre du Japon #37 { Pourquoi Im – Great Priest Imhotep est-il mon shônen préféré ? }

Bonjour à toutes et à tous !

En mai 2019, je publiais sur le blog un article qui présentait les deux premiers volumes de la série Im afin de vous partager mon enthousiasme. Je m’étais dit que j’allais écrire un article plus dense une fois que j’aurais lu les 11 tomes mais je ne l’ai jamais fait… Du coup, comme j’ai décidé qu’en 2021, j’allais me poser pour relire plusieurs sagas phares dans mon cœur, je fais d’une pierre deux coups !

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Im
est la première (et pour le moment la seule, en tout cas à ma connaissance et traduite en français) série de la mangaka Morishita Makoto qui s’est fait remarquée en arrivant deuxième à un concours manga organisé par Square Enix. Elle a travaillé sur Im entre 2015 et 2018 même si elle explique dans la postface du dernier tome qu’elle a dessiné plusieurs premiers jets sur lui à partir de 2013. C’est en visitant une exposition sur l’Égypte Antique qu’elle a eu envie de raconter une histoire sur ce prêtre légendaire et on peut dire qu’elle a été bien inspiré.

Mais de quoi ça parle ?
Hinome est issue d’une famille un peu bizarre qui a mauvaise réputation. Du coup, tout le monde l’évite et la dit maudite. À raison puisque qu’à chaque fois qu’elle tente de prononcer un mot, du feu sort de sa bouche ! Alors qu’elle rentre du lycée, elle tombe sur un drôle de gusse en cavale dans les rues qui s’invite chez elle en déclarant qu’il est le grand prêtre Imhotep, celui de l’Égypte antique, maintenu en sommeil pendant 3 000 ans par les dieux à cause d’un crime terrible qu’il aurait commis… Il a été réveillé pour combattre les magaïs, ces démons issus des Enfers, et il va commencer avec celui qui possède la pauvre Hinome !

Comme je vous ai déjà présenté le manga (voir ici) je ne vais pas revenir sur les concepts de base ou les personnages mais plutôt l’aborder par ses thématiques et surtout la plus importante d’entre elle : l’amitié.

Le shônen & la notion d’amitié.
Dans le genre du shônen, l’amitié est une valeur mise en avant et au centre de tout. Il suffit de regarder les titres les plus vendus dans cette catégorie éditoriale pour s’en assurer. Une amitié profonde lie les membres de Fairy Tail comme l’équipage Mugiwara. C’est son amitié pour Rukia qui pousse Ichigo à se rendre au Seireitei pour la sauver de son exécution tout comme c’est l’amitié que Naruto porte à Sasuke qui est un des grands moteurs de l’intrigue du manga du même nom. Les exemples sont légions et je trouve qu’Im matérialise cela encore mieux puisque c’est l’amitié qui se retrouve au centre de toutes les relations et de toute l’intrigue du manga, du début à la fin. C’est elle qui a poussé Im à devenir un criminel il y a 3 000 ans, c’est elle aussi qui donne à Hinome la force de défendre le grand prêtre quand il le faut, elle encore qui permet aux enfants du corbeau d’avancer et de surpasser leurs traumatismes. L’amitié est mise en scène sous toutes ses formes et l’autrice montre toute la puissance qui peut en émaner tout comme les extrémités auxquelles elle peut pousser.

Deux extraits marquants :
Im1
Dans le premier tome, Hinome explique qu’elle rejette tout le monde pour éviter qu’iels soient blessé.es à cause de ses pouvoirs incontrôlables, ce qui ne l’empêche pas de souffrir d’une profonde solitude. Son rêve est d’ailleurs d’avoir dans sa vie une personne avec qui partager son déjeuner. C’est touchant et on comprend qu’Im se retrouve en elle puisqu’il y a 3 000 ans, le prince Djéser l’a lui aussi sorti de la profonde solitude inhérente à sa fonction de grand juge des enfers.

Im2
C’est ce que montre l’extrait ci-dessus dans l’un des flashbacks qui détaille le fameux crime dont Imhotep est accusé. Cette scène se déroule après qu’Im ait sauvé la vie d’un enfant alors même que les prêtres et la famille royale sont en conflit, si bien que les premiers ne veulent pas aider le peuple dont la famille royale est responsable, afin de rappeler à tous et toutes leur importance. Ouais, c’est pas joli… Toujours est-il que Djéser est un prince un peu particulier, qui trouve que ces petites gué-guerres ne mènent à rien et qui aimeraient changer les choses. Un idéaliste quoi. Quand Im décide de sauver ce garçon, Djéser voit quelque chose en lui qui le pousse à vouloir devenir son ami, avec les conséquences que vous découvrirez en lisant ce manga.

Je suis personnellement bien plus sensible aux questions d’amitié que d’amour. Pour moi, l’amitié est fondamental dans la vie et j’aspire à des relations peut-être trop idéalisée, justement influencée par tous ces shônens avec lesquels j’ai grandi. Je n’ai aucun regret par rapport à cela mais ça explique que ce manga résonne autant en moi et que j’ai toujours les larmes aux yeux en lisant les dernières planches qui comptent parmi les plus belles conclusions d’histoire que j’ai pu lire dans ma vie.

Ma seule grande interrogation c’est : pourquoi Morishita Makoto n’a-t-elle plus publié depuis ? Dans la postface, elle explique qu’elle est reconnaissante d’avoir pu aller au bout de son œuvre même si elle n’a jamais pu faire la couverture du magazine où elle la publiait et qu’elle n’a pas eu le succès escompté. D’ailleurs, elle espérait une adaptation en animé qui, sauf erreur de ma part, n’a jamais eu lieu et c’est un très grand mystère pour moi quand je vois ce qu’on peut adapter… À mes yeux, Im est clairement un manga qui mériterait un plus grand rayonnement et qui fait partie de ces œuvres injustement délaissées alors que tout y est très bon, du chara-design au découpage de l’action, avec un rythme d’intrigue constant et bien mené, une galerie de personnages plutôt variée et tous.tes doté.es d’une vraie personnalité… Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

Brève réflexion sur l’interculturalité entre l’Égypte et le Japon
Je me souviens de m’être dit que j’avais vu beaucoup de mangas sur le thème de l’Égypte antique et ça m’avait intrigué. Je l’ai même écrit il n’y a pas si longtemps dans une autre chronique manga. Pourtant, en effectuant quelques recherches, les seuls mangas vraiment basés sur cette période sont Reine d’Égypte et Im, tous les deux chez Ki-oon et tous les deux excellents dans leur genre. On notera aussi Cléopâtre chez Nobi-Nobi mais je ne l’ai pas lu donc je ne me permets pas d’en parler. Je pense que mon erreur vient du fait que les deux titres sont arrivés sur le marché du manga plus ou moins en même temps et que je les ai connu à quelques mois d’intervalle mais aussi que, d’une manière plus générale, j’ai grandi en étant baignée dans la mythologie égyptienne avec des œuvres comme Papyrus ou encore les films de la Momie. À l’instar du Japon, la mythologie égyptienne est polythéiste et très riche, elle déborde de mythes, de légendes, de dieux avec des figures semblables (y’a des serpents partout ! #Apophisme4ever) et c’est peut-être la raison pour laquelle il n’y a pas davantage de mangas inspirés par cette culture ? Les japonais ne la trouve probablement pas aussi originale et inspirante que nous, européen.nes ? Si vous avez des idées ou des théories à ce sujet, n’hésitez pas à les partager.

(Édit 20/06/2021: On me rappelle dans les commentaires qu’il y a également le manga Yu Gi Oh qui est très inspiré de l’Égypte antique, comment ai-je pu l’oublier ?! J’ai énormément regardé l’animé et lu les deux ou trois premiers tomes du manga. Le fameux « c’est l’heure du dudududu-el restera à jamais dans les mémoires… Merci Nana Coubo pour avoir réparé cet oubli.)

Quoi qu’il en soit, j’espère que ma petite présentation vous aura donné envie de jeter un œil à ce manga si cher à mon cœur et surtout, que ce sera pour vous une belle découverte ! 

Sous les sabots des dieux (duologie) – Céline Chevet

Un petit avant-propos…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de Céline Chevet sur le blog. Je la découvrais en janvier 2019 avec son premier roman publié dans la collection Neko du Chat Noir : la fille qui tressait les nuages. Ce thriller fantastique qui se déroulait dans un Japon moderne, onirique et surréaliste m’avait conquise et c’est en toute confiance que je me suis lancée dans son second one-shot, édité quelques mois plus tard dans la même structure et intitulé cette fois les chaînes du silence. On y quittait le Japon pour une allégorie de l’Europe moyenâgeuse et une réappropriation astucieuse du mythe vampire au sein d’un roman de fantasy. Nous étions alors en avril 2020 et j’avais aussi été conquise bien que d’une façon différente. Nous voici alors en octobre 2020, toujours chez le même éditeur, avec l’annonce d’une série en deux volumes cette fois ! L’autrice retourne en Asie mais laisse le Japon pour la Corée et change encore d’époque. Toute à ma hâte et déjà bien convaincue du talent de Céline Chevet (qui n’a plus rien à prouver en ce qui me concerne) je me suis lancée dans cette lecture qui fut un succès.

Nous voici donc déjà en 2021, avril pour être exacte, où sortait le second (et dernier) tome du diptyque de Céline Chevet titré Sous les sabots des dieux et édité par le Chat Noir. Ce roman, à mes yeux atypique, se déroule en Corée au VIIe siècle et je vous en avais rédigé une présentation après ma lecture du premier tome. Je vous invite à la relire en cliquant ici. Pour le cas où vous auriez la flemme (ça arrive !) voici en quelques mots ce que j’en disais : « Le premier tome de Sous les sabots des dieux est une véritable réussite sur tous les plans. Céline Chevet emmène son lecteur en Corée, au VIIe siècle pour un roman historico-fantastique qui changera la face des Trois Royaumes ! À travers une galerie de personnages travaillés, l’autrice propose une intrigue solide aux thématiques multiples, maîtrisée de bout en bout. Impossible de reposer ce texte une fois commencé. »

Sans plus attendre, je peux déjà vous dire que la suite (et fin) recevra de ma part d’identiques louanges.

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C’est toujours délicat de chroniquer un tome 2 car la lecture de la chronique intéresse, a priori, uniquement les personnes qui ont déjà lu le premier tome puisque des divulgâchages sont possibles. J’étais à deux doigts d’éditer mon premier article afin d’y ajouter un encart mais j’ai finalement décidé de lui consacrer un billet entier parce que je me rends compte que cette série n’a pas eu, selon moi, le rayonnement qu’elle mérite -en partie par la faute de la situation sanitaire. Peut-être aussi à cause de ses thèmes, de son contexte historique, des craintes que certain.es pourraient avoir quant à la facilité de compréhension de tous ces mots / titres / lieux en coréen. Parfois, certains romans n’ont pas de chance mais j’espère que ce billet attirera votre attention sur cette duologie et vous donnera envie de la lire.

Premier point important : l’autrice a tout fait pour rendre son univers accessible. Tout le monde ne porte pas intérêt à la culture asiatique, tout le monde n’a pas l’habitude des noms et des mots avec cette consonnance, alors Céline Chevet a non seulement proposé une carte mais aussi un lexique des personnages (avec leurs titres rappelés en note de bas de page) ainsi qu’un résumé du volume précédent / du contexte historique. Elle donne vraiment toutes les clés pour que Sous les sabots des dieux puisse être lu par le plus grand nombre.

Contexte de l’histoire :
Le roman se déroule sur le territoire géographique de l’actuelle Corée, au VIIe siècle. À cette époque, on parle des Trois Royaumes (Silla, Baekje et Goguryeo) au sein desquels les alliances et les conflits rythment le quotidien. Un ennemi puissant se dresse d’ailleurs à leur frontière, incarnée par les Tang de Chine et leurs visées expansionnistes. Le roi de Silla va décider de s’allier avec eux, provoquant la colère de Baekje et, évidemment, un nouveau conflit. Il s’agit donc tout d’abord d’un roman politique (et guerrier) puisque ce fond contextuel va influencer sur les différents protagonistes.

Il s’agit également d’un roman religieux puisqu’à cette époque, le bouddhisme prend de plus en plus d’ampleur et remplace les divinités polythéistes du shintoïsme. Haneul, la protagoniste principale, étant prêtresse et fille de prêtresse, on assiste aux tensions inéluctables entre les anciennes croyances et les nouvelles, qui cherchent non pas à les absorber mais à les éradiquer, les décrédibiliser. Ces anciennes croyances apportent la touche de fantastique mystique du roman puisque Haneul, à l’aide de complexes rituels, peut visiter l’entre-monde et recevoir des messages des dieux sous forme de métaphore qu’elle doit apprendre à décrypter. Ces messages, elle doit les délivrer à la famille royale quand ceux-ci se tournent vers elle, afin de les guider dans leurs choix politiques et guerriers.

Enfin, il s’agit également d’un roman social puisque plus d’une fois, l’autrice met en scène la société de l’époque avec ses travers, ses castes, ses mœurs, ses exigences. Au départ, on pourrait croire que la lutte ne concerne que les puissants mais deux personnages particuliers vont se préoccuper du devenir du peuple, incapables de comprendre pourquoi la vie de quelqu’un qui n’est pas de sang royal ou noble vaut moins. Même si ce n’est pas le cœur de l’intrigue, cet aspect n’est pas négligeable et renvoie des messages forts.

Les femmes sous les sabots des dieux.
Je vous ai déjà détaillé les différents protagonistes principaux dans mon précédent article, je ne vais donc pas y revenir hormis pour parler de Haneul et des figures féminines qui gravitent autour d’elle au sein du second volume. Cette partie ne contiendra aucune révélation, rassurez-vous !

En réalité, Sous les sabots des dieux raconte bien évidemment de quelle manière les Trois Royaumes vont être unifiés (non je ne divulgâche rien, vous vous doutez bien que si on l’appelle maintenant Corée, c’est qu’il y a une raison !) mais il relate surtout l’histoire d’une femme qui s’étend sur plusieurs années et même plusieurs décennies. Une femme qu’on rencontre presque à l’enfance, qu’on voit grandir, changer face aux épreuves, gagner en maturité, souffrir, se battre, aimer et haïr, trahir et regretter. Même si le roman ne se concentre pas uniquement sur son point de vue, tous les évènements sont reliés à elle d’une manière ou d’une autre et ont une influence plus ou moins grande sur sa vie. Pour ne rien gâcher, Haneul est un personnage complexe, ambigu, qu’on apprécie parfois, qu’on déteste souvent mais qu’on comprend toujours, finalement, parce qu’on n’aurait sûrement pas fait mieux à sa place.

Dans le second volume, l’autrice a rajouté des personnages féminins passionnants (la reine Jaeui en est le parfait exemple) et même une femme transgenre, ce qui pourrait surprendre vu le contexte historique mais ce serait oublier que ces questions ne sont pas apparues par miracle au 21e siècle, même si certain/es se plaisent à le croire. Pirate (c’est son prénom / surnom) est une belle réussite à mes yeux car Céline Chevet retransmet bien sa souffrance qu’implique le fait de devoir vivre dans un corps qui ne lui correspond pas (sans pour autant le faire tomber dans le mélodrame dépressif), l’irrespect des gens qui ne comprennent pas sa volonté d’être un homme, d’être genré en homme et qui le ramènent toujours à sa féminité physique quand ils cherchent à l’humilier ou à prendre l’ascendant sur sa personne. Tous ces éléments, on s’en rend d’autant plus compte au sein de cette société aussi codifiée et sexiste.
La dynamique relationnelle qui existe entre Haneul et Pirate ne manque pas de panache. Finalement, quand on prend un peu de recul et qu’on réfléchit, ce sont ces personnages plus que les rois et les militaires qui tiennent entre leurs mains l’avenir de ces Trois Royaumes. L’époux de Jaeui reconnait d’ailleurs Haneul pour son érudition, son intellect, sa capacité à analyser les choses politiques plus que pour ses pouvoirs mystiques ou son physique. Cela ne signifie pas que les hommes sont mis de côté car plusieurs figures historiques ont un rôle fondamental à jouer, rôle que l’autrice ne leur nie pas un seul instant (pensons à Kim Yushin et à la force de ses valeurs morales !) et Pirate, en tant qu’homme, en tant qu’ami, est fondamental au bien être de Haneul.

Finalement, cette duologie, c’est pour qui ? 
Selon moi, Sous les sabots des dieux est à recommander à des personnes qui aiment l’Histoire, la politique et les intrigues de cour en tout premier lieu plus qu’à des lecteurs purement orientés sur l’imaginaire car iels pourraient ressortir frustré.es de leur lecture s’iels ne sont pas prévenu.es avant du contenu exact de ces deux volumes. C’est un roman humain dans tout ce que ce terme comprend de paradoxe et de souffrance mais aussi de réalité crue, cruelle et frustrante, il faudra donc que le/a lecteur.ice accepte d’être bousculé.e. De puissantes émotions se dégagent de ce texte, accompagnées par une noirceur mélancolique qui laisse songeur quand on referme le second volume. Sa lecture ne laisse donc pas indifférent.e.
Enfin, dernier conseil : lisez les deux tomes à la suite l’un de l’autre car je trouve qu’il s’agit plus vite d’une seule œuvre coupée en deux pour des raisons éditoriales que de deux romans distincts.

Envie de tenter l’aventure ?
Vous pouvez commander le tome 1 et le tome 2 sur le site des Éditions du Chat Noir !

D’autres avis : Fungi Lumini (sur le tome 1) – vous ?

À l’ombre du Japon #36 { Je me réconcilie avec Urasawa grâce à Pluto ! }

Bonjour tout le monde !

Voici un titre un peu racoleur et surtout, un peu interpelant si on n’a pas la référence… Non, je ne vais pas parler ici de Disney et son célèbre chien mais bien du manga Pluto dessiné et scénarisé par Naoki Urasawa, aidé au scénario par Nagasaki Takashi. Naoki Urasawa est un mangaka qu’on ne présente plus tant il possède une bibliographie impressionnante qui a marqué l’histoire du manga. Il est très aimé et encensé, notamment par l’ami Apprenti Otaku qui désespérait de lire que je ne parvenais pas à accrocher à ses œuvres. En effet, pour rappel, j’avais commencé Billy Bat et si j’avais d’abord été très impressionnée par le concept, j’ai décroché au bout d’une dizaine de tomes à cause d’un gros souci de rythme, trop lent pour moi. Et pourtant, j’enchainais les tomes puisqu’on me les prêtait et qu’en plus, la série est terminée depuis plusieurs années…

Je m’étais donc détournée de l’œuvre du mangaka, pas plus attirée que ça par ses autres titres, jusqu’à lire un article très enthousiaste de l’Apprenti Otaku (encore lui !) au sujet de Pluto. Comme c’est lui qui m’a fait sauter le pas de l’achat, il me semble juste de vous inviter à lire son billet. Ainsi, par sa faute, j’ai acheté les 8 tomes parus chez Kana et je les ai lu sur le mois de mai. On peut donc dire qu’il s’agit d’une réussite ! 

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De quoi ça parle ?

Pluto est une œuvre de commande réalisée pour l’anniversaire d’Astro qui, dans le manga éponyme, a été créé en 2003. Pluto se présente comme une réécriture mais n’ayant pas lu Astro, je ne peux pas l’affirmer. Par contre, il est tout à fait possible de lire Pluto sans rien connaître à Astro. Mon libraire le recommande même car dans le cas contraire, il paraît qu’on devine rapidement les tenants et aboutissants de l’intrigue. 
Pluto se déroule dans un futur proche du nôtre quoi que dans un monde à la géographie redessinée, où les robots ont une apparence humaine et des droits civils. Quelqu’un commence à assassiner les robots les plus perfectionnés de la Terre ainsi que des personnes pro-robots, ce qui mène à une enquête dirigée par Gesicht, un inspecteur robot d’Europol. Par le biais de cette enquête et de l’intrigue, le lecteur va rencontrer les robots les plus perfectionnés de ce monde qui sont des cibles, va voyager au sein de plusieurs pays et va découvrir que toute l’affaire est peut-être lié à la 39e Guerre d’Asie à laquelle les sept robots en question ont plus ou moins participé d’une façon ou d’une autre…

Un thriller de science-fiction efficace aux thèmes multiples.
Pluto est, comme je l’ai dit, un thriller de science-fiction. Thriller parce que Gesicht doit contrecarrer les plans du mystérieux criminel qui élimine les robots et leurs alliés les uns après les autres. Le suspens est rondement mené grâce à un découpage efficace et très cinématographique. Science-fiction parce qu’on évolue dans un univers où les robots sont tellement perfectionnés qu’ils ressemblent aux humains sur un plan physique… et même mental, à quelques détails près. Ce qui permet d’aborder des grands thèmes propres à ce genre littéraire comme le développement de l’intelligence artificielle et la notion de conscience. En effet, les robots existent, possèdent une IA, copient les humains jusqu’à feindre de boire et de manger. À force de copier, ils imitent également les émotions au point d’arriver à les ressentir spontanément quand la situation s’y prête. Cela pose énormément de questions sur ce qui compose la vie comme la conscience. Certaines références y sont d’ailleurs très littéraires, on y retrouve les lois d’Asimov bien qu’elles ne soient pas citées comme telles. Il est par exemple impossible pour un robot de faire du mal à un humain… Quoi que ? Toujours est-il que, les robots appartenant totalement à notre société, ils doivent parfois affronter du racisme de la part d’autres humains et même si des lois les protègent, certains groupes extrémistes existent et veulent les réduire au statut d’esclave. C’était d’ailleurs une partie des motivations de la fameuse 39e Guerre d’Asie…

Le traitement des émotions est véritablement au cœur du récit. Malheureusement, je ne peux pas en parler dans le détail au risque de vous gâcher des éléments d’intrigue mais je peux par contre vous dire que j’ai trouvé l’approche intelligente, réussie et subtile. Je vous ai sélectionné deux extraits plutôt parlant, l’un du premier tome et l’un du troisième. Aucun ne divulgâche l’intrigue, rassurez-vous ! Comme on m’a fait remarquer que les éditeurs mangas aimaient bien qu’on mette des extraits visuels, je teste une première fois pour voir si ça vous intéresse. Évidemment, les droits de ces images appartiennent à Kana et sont utilisés ici dans le but d’agrémenter mes explications au sujet de l’œuvre. 

Le premier est une scène où Gesicht rend visite à l’épouse d’un policier robot décédé en service afin de lui apporter sa puce mémoire. Tout, dans l’attitude de Gesicht (lui-même robot !) à celle de son épouse rappelle finalement un échange qui pourrait très bien se dérouler dans une série policière contemporaine. Dans sa posture, on sent la peine ressentie par l’épouse et dans celle de Gesicht, le respect qu’il voue à une vie, même robotique.

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Le second est une discussion entre Astro et sa petite sœur qui est capable de ressentir les émotions des humains et qui les comprend très bien. La manière dont ils en parlent montre que les robots ne sont pas insensibles, loin de là ! Ils abordent juste les émotions d’une autre façon.

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Je l’ai signalé plus haut, l’intrigue de Pluto se déroule dans plusieurs endroits du monde. C’est la seconde œuvre d’Urasawa que je lis qui a un encrage très européen et, par extension, un trait réaliste qui représente bien les morphologies occidentales. Si je le précise, c’est parce que cela peut dépayser les lecteurices qui cherchent du manga typé japonais dans le trait et l’univers. Il n’y a rien de tout cela ici, hormis pour ce qui est lié directement à Astro vu que le petit robot vit au Japon et a été créé par un japonais.
Je dis une œuvre très européenne mais je devrais également parler d’une œuvre très américaine. Les causes de la 39e Guerre d’Asie rappelleront de manière très troublante notre histoire récente tout comme un certain ours en peluche semble être une métaphore d’un certain président. Les clins d’œil et les références sont nombreux et raviront les amateurices d’Histoire ! J’ai été impressionnée par cet aspect et ça m’a poussé à m’interroger.

Réflexion personnelle : l’interculturalité Europe – Japon.
Je n’ai pas pour ambition d’écrire un essai sur le sujet mais le hasard veut qu’un de mes étudiants prépare actuellement un TFE sur l’interculturalité entre l’Europe et le Japon, ce qui l’a poussé à s’intéresser à pas mal d’œuvres et moi à réfléchir également sur le sujet pour l’aider. Comme Pluto s’y prête, j’en profite pour partager ça avec vous.

J’ai l’impression qu’à l’instar de l’Égypte antique et de l’Angleterre victorienne (on en reparlera dans le détail ultérieurement), l’Europe moderne exerce une fascination sur plusieurs mangakas japonais au point d’en faire leur marque de fabrique, ce qui se remarque tout particulièrement chez Urasawa. Si vous avez d’autres exemples, d’ailleurs, n’hésitez pas à me les renseigner ! C’est interpellant car on a souvent l’impression que l’inspiration ne va que dans un sens : ici, en Europe (je parle surtout pour la France et la Belgique, je ne connais pas tous les milieux littéraires européens) je remarque une fascination de plus en plus présente pour le Japon qu’on retrouve beaucoup représenté dans les romans (il suffit de voir la collection Neko du Chat Noir, par exemple) mais aussi dans la bande-dessinée avec l’apparition du « manga français » (dessins typés nippons et format) ou, plus subtil, un trait « manga » dans un format BD européen classique. Preuve en est avec Pluto que cet intérêt va dans les deux sens et qu’on est vraiment dans un échange interculturel. Ça m’intéresserait de savoir à quel point les japonais/es sont fascinés (ou non) par notre culture ! Si vous avez des ouvrages qui en parlent, n’hésitez pas à me les renseigner aussi. 

Évidemment, je n’ai pas de chiffres précis à présenter et je n’ai pas lus tous les mangas qui existent (loin s’en faut !) donc ce paragraphe n’a aucune valeur scientifique. C’est simplement une réflexion personnelle qui vise à échanger sur le sujet si vous en ressentez l’envie. 

La conclusion de l’ombre :
Pluto est un thriller de science-fiction réalisé par Naoki Urasawa et Nagasaki Takashi, inspiré par l’histoire d’Astro Boy d’Ozamu Tezuka. Gesicht, un inspecteur robot, cherche à résoudre une série de crimes qui semble viser les robots les plus perfectionnés du monde et les personnes qui sont favorables à cette science robotique. L’enquête est presque un prétexte pour aborder des questions fondamentales qu’on retrouve régulièrement en science-fiction : l’intelligence artificielle, son développement, la frontière du vivant / conscience et l’importance des émotions. Le découpage précis, quasiment cinématographique, permet une gestion du suspens admirable. Cette œuvre riche de multiples références et clins d’œil à notre propre Histoire récente mérite vraiment le détour !

Feuillets de cuivre – Fabien Clavel

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Feuillets de cuivre
est un roman policier / steampunk écrit par l’auteur français Fabien Clavel. Publié à l’origine en 2015 chez ActuSF, vous trouverez la réédition de ce texte dans une nouvelle édition type beau livre au prix de 19.90 euros.
Je remercie les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Paris, 19e siècle. L’inspecteur Ragon mène plusieurs enquêtes afin de résoudre des crimes aussi odieux que sanglants en s’aidant avant tout de son esprit et de son amour de la littérature.

J’ai découvert pour la première fois cet inspecteur dans l’anthologie Montres Enchantées des éditions du Chat Noir. J’avais été très emballée par ce texte et je m’étais promis de lire Feuillets de cuivre pour cette raison. Cela m’aura pris du temps pour me lancer mais je n’ai pas de regrets !

Un hommage aux feuilletons, mais pas que.
Avant toute autre chose, Feuillets de cuivre est un roman policier qui exploite les codes classiques du genre et propose une figure du détective atypique qui emprunte pourtant à Hercule Poirot (ce qu’on ressent tout de suite quand il utilise sa célèbre expression des petites cellules grises, triture sa moustache ou préfère utiliser son cerveau de manière générale) comme à Sherlock Holmes. Chaque enquête forme a priori une nouvelle, une histoire close sur elle-même. Il faut arriver dans la dernière partie du texte pour se rendre compte que tout est lié avec maestria.

La construction narrative rappelle celle des romans feuilletons et ceux-ci sont plusieurs fois évoqués durant les enquêtes de Ragon. On sent que l’auteur possède une passion pour la littérature, surtout celle du 19e siècle (ou alors, il la feint brillamment !) car tout crime en revient toujours, d’une façon ou d’une autre, à un ou plusieurs livres. D’ailleurs, Ragon le dit lui-même : si l’affaire n’est pas liée à un livre, alors il s’agit d’un crime vulgaire et sans intérêt. Le ton est donné ! Le nœud central de l’œuvre s’article donc autour du livre au sens large et quand on arrive à la fin, on prend conscience d’avec quelle minutie Fabien Clavel a tout mis en place depuis les premières lignes pour construire les Feuillets de cuivre. J’en suis restée pantoise.

Par contre, une fois de plus et comme ç’avait déjà été le cas avec Anergique de Célia Flaux chez le même éditeur, le terme steampunk me parait ici mal employé. Il s’agit plutôt d’un roman fantastique qui exploite par moment une forme d’énergie appelée éther mais qui ne répond pas aux codes stricto sensu du steampunk. Cela pourrait dérouter celles et ceux qui s’y attendraient, je préfère donc prévenir. Il y a bien une esthétique particulière, oppressante, désenchantée, salie par des vapeurs noires mais plutôt celles de l’humanité que des vapeurs charbonneuses. Il y a une petite étincelle en plus mais qui appartient davantage au registre du fantastique classique qu’autre chose.

Les enquêtes de Ragon.
Feuillets de cuivre se compose de plusieurs histoires qui s’étendent sur une quarantaine d’années. Chaque en-tête de chapitre renseigne l’année concernée et comporte une citation issue des classiques littéraires. On rencontre Ragon au tout début de sa carrière et on le suit d’affaire en affaire, jusqu’au dénouement final. Le personnage est atypique, déjà par son physique puisqu’il est obèse et tombe au fil du temps dans l’obésité morbide. C’est la première fois que je croise un personnage principal comme lui et je trouve ça finalement interpellant quand on pense à l’importance que prend la représentation de nos jours. Chapeau à Fabien Clavel pour cela d’autant qu’il ne réduit pas son personnage à son physique, au contraire. J’ai surtout retenu de Ragon son intelligence aiguisée et sa passion pour la littérature grâce à laquelle il résout ses affaires. Le voir évoluer tout au long de sa carrière ne manque pas d’intérêt, hélas c’est le seul personnage véritablement développé du roman. Comme souvent dans les romans policiers classiques, cette figure d’enquêteur éclipse les autres qui en sont presque réduits à des fonctions au point qu’on ne ressent pas grand chose face à leur disparition, que celle-ci soit ou non brutale. Quant aux femmes, n’en cherchez pas. Les seules présentes sont des prostituées, ce qui n’en fait pas un roman sexiste pour la cause ! À aucun moment l’auteur ne m’a donné ce sentiment. Simplement, elles ne tiennent aucun rôle dans les enquêtes de Ragon et les rares fois où cela arrive, ce sont des personnages très secondaires (même l’épouse de Ragon, ancienne prostitué, disparait vite après la première enquête). Je sais que cela peut déranger certain/es lecteur/ices donc je préfère le noter.

La conclusion de l’ombre :
Feuillets de cuivre est un texte brillant et érudit qui ravira les amateurs d’histoire littéraire comme de romans policiers. Fabien Clavel rend hommage autant à Holmes qu’à Poirot avec son inspecteur Ragon qui résout ses affaires par la force de son intelligence et non de ses poings. Les éléments des différentes enquêtes paraitront de prime abord classiques et violents pour le plaisir du spectacle mais Feuillets de cuivre ne prend sa complète ampleur qu’avec les révélations finales où on se rend compte à quel point Fabien Clavel s’est montré minutieux et brillant. Une belle réussite tout à fait recommandable !

D’autres avis : Fantasy à la carteLivraisons LittérairesAu pays des cave trollsLes lectures du MakiDionysosUn papillon dans la luneBoudiccaLorkhanGromovarSometimes a book – vous ?

Bilan mensuel de l’ombre #35 – mai 2021

Bonjour tout le monde !
Beaucoup d’articles un peu bilan et explicatifs en cette fin de mois… J’espère que vous n’êtes pas lassé/es ! On va tout de suite entrer dans le vif du sujet avec un petit récapitulatif de tout ça.

Je précise également qu’il est possible qu’en lisant cet article via l’application WordPress, certaines images soient affichées par-dessus le texte. Pour régler ce problème, je vous invite à passer en « lecture web » en cliquant sur la petite icône en forme de planète en haut à droite.

Mes lectures de mai – les romans :


J’ai excellement bien commencé ce mois de mai en m’offrant une relecture de Tokyo Vice écrit par Jake Adelstein aka un de mes livres préférés de tous les temps. C’est la première fois que je prenais le temps de relire un livre depuis la saga Harry Potter… Gros changement donc ! J’ai vraiment adoré et ça m’a mise dans d’excellentes dispositions pour attaquer le très attendu Numérique de Maria et Sergueï Diatchenko. Sans surprise, gros coup de cœur pour la suite de Vita Nostra qui a tenu toutes ses promesses.
Qu’il est bien, ce mois de mai ! Voilà ce que je me suis dit avant d’enchaîner avec la lecture du 102e Bifrost consacré à Arthur C. Clarke que j’ai trouvé passionnant. Ensuite, j’ai découvert le dernier roman de Jean Laurent Del Socorro (Du roi je serai l’assassin) et BOUM j’en ai pris plein les yeux. Je l’ai dévoré en 24h, un pur petit bijou. Après cela, j’ai lu mon premier essai depuis une éternité : une chambre à soi de Virginia Woolf qui était, en prime, mon premier contact avec l’autrice (et certainement pas le dernier). Je ne l’ai pas chroniqué parce que je ne sais pas sous quel angle je veux l’aborder. Je pense le relire plus tard pour vous le faire découvrir mais là, j’ai envie de le garder un peu pour moi pendant un temps. 
Après tout cela, ma commande aux éditions du Chat Noir est arrivée et avec elle, deux nouveautés dont une lue ce mois-ci : le premier tome des Chuchoteurs d’Estelle Vagner qui a rempli ses promesses d’un chouette divertissement de qualité et bien rythmé. Après ça, j’ai lu mon pénultième service presse avec les Feuilles de cuivre de Fabien Clavel qui a été une belle surprise. La chronique est déjà écrite et programmée pour ce vendredi. Ce mois de mai aurait été un sans faute si je n’avais pas quand même eu un abandon avec le 3e tome de l’Anti-magicien dans lequel je ne suis pas parvenue à rentrer. Dommage ! Je retenterai plus tard. J’ai un moment hésité sur ce que j’allais lire ensuite et, en regardant ma PàL, j’ai décidé d’en sortir le plus vieux livre qui s’y trouvait, acheté début de cette année : l’incivilité des fantômes de Rivers Solomon en version poche chez J’ai Lu. Grosse claque à nouveau que ce texte avec ses personnages atypiques et ce huit-clôt angoissant. Je ne pense pas le chroniquer même si j’ai vraiment apprécié la découverte. 

Mes lectures de mai – les mangas :

Le mois de mai était très riche en matière de sorties, rien qu’avec les nouveautés chez Ki-oon. J’ai évidemment lu le tome 16 de Beastars (excellent) le tome 3 des carnets de l’apothicaire (topissime !) et le tome 8 de Reine d’Égypte (noooon c’est fini dans un tome T.T). Je me suis aussi jetée sur le tome 30 de Black Butler (un gros flashback intéressant MAIS frustrant), le tome 7 de Chobits (noooooon c’est fini dans un tome T.T), le tome 22 de Noragami (toujours accro malgré plus d’un an d’attente, c’est dire !) et le tome 5 de Jeune dragon recherche appartement ou donjon (sympa et divertissant). Que du bon ! 
Outre ces habituelles suites, la partie manga de mon bilan est marquée par deux éléments neufs. Tout d’abord, ma découverte de Pluto, largement encensé par l’Apprenti Otaku qui aura fini par me convaincre de le lire (à raison cette fois). J’ai lu les huit tomes que comptent la série sur le mois (j’ai terminé le 8e tout juste hier) et je suis encore sur le cul devant cette oeuvre. Je réfléchis à écrire un article à son sujet parce que j’ai envie de la faire découvrir.
Ensuite, ma (re)découverte de Card Captor Sakura, que je lis pour la première fois au format papier. Je passe d’ailleurs d’excellents moments ! J’ai lu les cinq premiers volumes pour le moment et je continue tranquillement à mon rythme en achetant les tomes par deux. Il y a neuf tomes en tout donc je pense écrire dessus une fois au bout. 
J’ai lu pas mal de mangas ce mois-ci et aucun n’était à jeter, wouhou ! Par contre, je n’ai écrit aucun article manga… Mais je compte m’y remettre bientôt, un peu de patience. ♥

La PàL de l’ombre :
Plutôt que de vous donner des chiffres, je vais vous donner des titres ! Je me suis rendue compte que c’était bien plus représentatif… 
En numérique : Et dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Le roi sombre d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / La longue patience de la forêt de Christian Léourier au Bélial / Les contes hybrides de Lionel Davoust chez 1115 éditions / Diaspora de Greg Egan au Bélial / Le règne de l’espoir de Sélina Fenech au Chat Noir / Providence dévoilée de Sélina Fenech au Chat Noir / L’écart des missiles de Charles Stross chez Exoglyphes / Un océan de rouille de C. Robert Cargill chez AMI / Le magicien quantique de Derek Kunsken chez AMI / Stigmata de CJ Sterne chez MxM / Guide sorcier de l’évasion d’Alix Harrow au Bélial / Plaine guerre de Thierry di Rollo au Bélial / Les Héritiers de Fabien Clavel chez ActuSF.
En papier : Sous les sabots des dieux #2 de Céline Chevet au Chat Noir / Une histoire de genre de Lexie chez Marabout / Une autobiographie transexuelle (avec des vampires) de Lizzie Crowdagger chez Dans nos histoires / Les mystères de Larispem #1 de Lucie Pierrat-Pajot chez Gallimard Jeunesse / Vigilance de Robert Jackson Bennett au Bélial / Le fini des mers de Gardner Dozois au Bélial / Yellow Jessamine de Caitlin Starling au Chat Noir / Âme Ténébreuse, cœur lumineux (anthologie) au Chat Noir.
En manga : C’EST LE DRAME JE SUIS À SEC ! (mais je vais chez Kazabulles mercredi ou jeudi…)
Pas de BD ni de comics pour le moment.

#ProjetOmbre, un petit point :
Actuellement, le challenge compte 249 formulaires enregistrés. Mais la plus grosse actualité reste l’annonce de son arrêt au 30 juin. Pour plus de détails, je invite à lire mon article sur le sujet.

Le focus de l’ombre :
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Pour ce focus je vais vous parler d’une maison d’édition qui m’a contacté il y a quelques semaines à peine, juste avant que je décide d’arrêter mes partenariats presses. D’ailleurs, elle a été la raison de ma longue hésitation (en plus de l’Atalante et de la fabuleuse Emma) parce que j’adore discuter avec des CM aussi adorables et compétentes. Ophélie (c’est son prénom) me présentait le projet Ulule lié à leurs prochaines sorties et j’ai déjà lu une des novellas proposées : la Hyène, la sorcière et le garde-manger dont je vous parlais le mois dernier. Je pense que c’est important d’une part de promouvoir des structures respectueuses et d’autre part de mettre en avant la littérature queer et inclusive. Du coup, je vous encourage à découvrir cette structure et à jeter un petit coup d’œil à leur projet.

Les petits bonheurs :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. J’ai découvert ce mois-ci l’existence du pécule de vacances ! Ouais je sais, je débarque mais comme je ne m’y attendais pas, c’était une très belle surprise qui m’a permis de faire un groooos craquage au Bélial (j’attends l’arrivée de mon colis avec impatience **). Ça a aussi été un très beau mois de lecture et de remises en question qui me permettent d’évoluer pour le mieux donc je suis très satisfaite de tout ça. 

Je vous souhaite un bon mois de juin que j’espère raisonnablement ensoleillé.
Prenez soin de vous ♥

Les bougies de l’ombre – et de 4 !

Bonjour à toutes et à tous !
C’est le jour, le bon cette fois. Il y a pile quatre ans aujourd’hui (donc le 29 mai 2017), je publiais mon tout premier article sur ce blog et j’entamais cette grande aventure. J’ai un peu relu les bilans précédents et je me rends compte que PLEIN de choses ont changé. On va faire le point. Mais d’abord…

Quelques statistiques.
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Parce qu’on aime ça, les chiffres ! Bon, j’ai pas de graphiques par contre, vous avez le droit de me huer…
Entre juin 2020 et mai 2019 (j’ai arrêté le compte au 24 mai précisément vu que bah… j’ai écrit l’article ce jour-là.) le blog a reçu 25 980 visites, qu’on va arrondir à 26 000 parce que c’est plus joli et qu’on y sera probablement d’ici là. Soit un gros +10 000 par rapport à l’année dernière. Et donc ça a doublé, vu que je faisais un +5 000 l’année d’avant. C’est peut-être un détail pour vous mais…
Le blog a 293 abonnés donc 93 personnes en plus par rapport au dernier article anniversaire. Bienvenue et merci !
L’article le plus lu, du moins pour l’instant, est évidemment celui de la présentation du #ProjetOmbre. Il est toujours suivi par ma réflexion sur la place des autrices francophones en science-fiction et par ma réponse au tag de mes 9 incontournables récents en SFFF. Les trois chroniques les plus lues sont, dans l’ordre, celles de Chevauche-Brumes, de Trop semblable à l’éclair et du Prieuré de l’Oranger. L’écrasante majorité des lecteurices du blog viennent de France mais on en a aussi de Belgique, de Suisse, des États-Unis et du Canada. Ça ne change donc pas par rapport à l’année dernière.
Le blog compte actuellement 721 articles, celui-ci est le 722e !
Quant aux blogpotes, les plus bavards sont, dans l’ordre : l’Apprenti Otaku (sans surprise !), Light and Smell, Yuyine, Tiger Lilly (du Dragon Galactique) et Sabine (De Fourbis et Têtologie), merci pour votre activité ♥ Mais merci aussi à toutes les personnes qui passent commenter de temps ou temps ou tout simplement me lire, ça me fait très plaisir.

Les changements sur le blog.

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Dans mon article pour le 3e anniversaire du blog, j’avais une résolution : celle d’intégrer des liens vers les chroniques des blogpotes sous chaque article. Je vous annonce très fièrement (ouais, il m’en faut peu) que j’ai tenu cette résolution sans faillir (ou presque) depuis et que bah… Je suis contente, voilà. Parce que je trouve ça important pour favoriser le partage, c’est pour ça qu’on est là après tout !

D’habitude à ce stade, je fais un point sur les nouveaux partenariats mais j’ai décidé il y a quelques semaines de totalement arrêter les services presses pour diverses raisons. La plus importante étant que je tiens à retrouver un contrôle total de mes lectures. Je réfléchis à l’écriture d’un article plus détaillé sur le sujet mais il y a beaucoup à dire et je ne me sens pas encore prête à le poster. Ça attendra donc ! Du coup, j’ai édité ma page de présentation et je vais bientôt me lancer dans mon dernier SP qui sera pour ActuSF avec les Héritiers de Fabien Clavel.
Je tiens à remercier toutes les maisons d’édition qui m’ont un jour accordé leur confiance. Ça a commencé avec Mnémos aux Imaginales 2018 (inoubliable !!) mais ils n’ont pas été les seuls : ActuSF, Livr’S, l’Atalante, Albin Michel Imaginaire, YBY Éditions et les éditions du Chat Noir m’ont un jour confié au moins un roman. Merci pour ça, merci pour cette expérience. C’est vraiment très gratifiant de voir que des professionnels du livre donnent à mes chroniques une telle légitimité mais ça ne suffit plus pour que je m’impose ce stress et ces contraintes. Je dis bien que JE me les impose car j’ai conscience que ça vient surtout de moi et du fait que je ne gère pas la pression que JE me mets.

Autre gros changement : j’arrête de chroniquer tout ce que je lis et je réduis mes articles à deux par semaine (le mardi et le vendredi) à l’exception des articles comme celui-ci, pour un évènement exceptionnel, qui peuvent se rajouter. Et peut-être une spéciale manga certains dimanches, à voir sur le long terme comment j’équilibre mes lectures et mes chroniques entre les différents formats. Pourquoi ? J’en ai déjà un peu parlé précédemment mais je me suis rendue compte en lisant un roman il y a quelques semaines que j’étais davantage concentrée sur la question de savoir comment j’allais articuler ma chronique pour en parler que sur ma lecture en elle-même. Gros électrochoc. Je me suis dit stop, juste STOP, ça ne peut pas continuer comme ça. Je souhaite m’accorder le droit de ne pas lire pendant plusieurs jours, de ne pas paniquer si je n’écris pas d’articles sur le blog, de relire des livres au lieu de toujours me gaver du plus de nouveautés possibles. D’ailleurs, c’est la première fois cette année que je me suis accordée une relecture depuis celle de la saga Harry Potter ! C’était avec l’excellent Tokyo Vice de Jake Adelstein et croyez-moi, ce ne sera pas ma dernière relecture de 2021.

Enfin, dernier point, comme expliqué dans mon article début de semaine : j’ai décidé d’arrêter anticipativement la gestion du challenge #ProjetOmbre qui se terminera donc le 30 juin 2021. Je vous renvoie à mon article explicatif pour les détails. C’était la première fois que je gérais un challenge et je pense aussi que ce sera la dernière parce que je me rends compte finalement que j’ai du mal à m’investir sur le long terme dans ce type d’évènement, que ce soit en tant que lectrice ou en tant qu’organisatrice.

En gros : j’assainis mon rapport à la littérature et au blog. Je pense que c’est important et que c’est le meilleur cadeau de bloganniversaire que je pouvais me faire à moi-même.

Le mot de la fin :
Je vais être super originale, attention… Je voulais vous remercier, tous et toutes qui me suivez sur le blog mais aussi sur les réseaux sociaux. J’ai été confrontée à beaucoup de bienveillance quand j’ai parlé de mes doutes et des changements que je voulais mettre en place par rapport au blog. On a toujours tendance à parler du négatif mais je pense que c’est important d’évoquer aussi le positif. Ce que je vois, moi, c’est qu’en ouvrant ce blog j’ai rencontré des personnes géniales, intéressantes et passionnées avec qui j’adore échanger. Merci de m’avoir fait une place parmi vous ! J’espère qu’on trainera ensemble pour encore de nombreuses années. Et pour finir sur un peu de fun :

source

Prenez soin de vous ♥

Tous les gifs utilisés dans cet article sont tirés de films / dessins animés qui sont la propriété de Disney.

Les Chuchoteurs #1 le prince des oubliés – Estelle Vagner

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Le prince des oubliés
est le premier tome de la nouvelle saga d’urban fantasy de l’autrice française Estelle Vagner, saga intitulée les Chuchoteurs. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman sur leur site au prix de 19.90 euros dans sa version papier.

J’ai déjà eu l’occasion de parler de l’autrice et ce dés les débuts du blog puisque j’ai découvert sa première saga, Kayla Marchal, trois mois après mes débuts sur la blogo. Vous pouvez (re)lire mes chroniques du tome 1du tome 2du tome 3. En quelques mots, Estelle Vagner écrit de l’urban fantasy qui se déroule toujours en France, est divertissante et sans prise de tête, avec une dose d’humour mais aussi une certaine noirceur. Ces ingrédients donnaient un cocktail détonnant et réussi qui explique le très grand succès de sa série (prix Imaginales notamment et du propre aveu de l’éditeur, plus gros succès commercial du Chat Noir).
Un succès mérité.

Elle revient 3 années plus tard presque jour pour jour avec une nouvelle série intitulée les Chuchoteurs. J’avais compris qu’il s’agissait d’une duologie MAIS je vois que le nombre de tomes exact n’est pas renseigné sur le site donc peut-être qu’on aura droit à une trilogie ? Suspens. C’est toutefois sans la moindre crainte que je me suis lancée dans cette lecture car j’étais certaine d’y retrouver tout ce qui m’avait séduite dans sa première série. Et j’avais raison !

De quoi ça parle ?
Jonah et Lucas sont orphelins depuis l’âge de 4 ans et ils en ont 16 le jour où d’étranges pouvoirs liés aux éléments se déclenchent quand ils sont au lycée. Ils découvrent qu’ils sont tous les deux des Chuchoteurs, à l’instar de Martin, leur oncle et tuteur. Ils vont devoir apprendre à maîtriser leur pouvoir très rapidement car leur arrivée dessine une cible sur le front des jumeaux. Un Chasseur en veut aux Chuchoteurs et ils vont devoir se battre pour sauver leur peau.

Un pitch classique, vous vous dites.
Ne tombez pas dans le panneau.

De l’urban fantasy à la sauce… pokémon.
Les Chuchoteurs sont des humains qui parlent (chuchotent plus exactement) aux éléments pour s’en faire obéir. Ils peuvent se lier avec un cryptide, qui est un animal doté de certains pouvoirs et capables de posséder une forme évoluée. Un chien, un lapin, un loup, un serpent, une araignée, on trouve ces bestioles un peu partout et elles s’attaquent d’emblée, de manière un peu aléatoire, à tout Chuchoteur non lié… Nancy devient alors presque aussi dangereuse que les hautes herbes de Kanto, dans lesquelles je me suis perdue des heures sur ma vieille Game Boy Color.

Les Chuchoteurs gagnent de la puissance de différentes façons. Tuer les cryptides en est une, se lier à eux aussi mais ils ne peuvent se lier qu’à un seul animal et n’ont pas le choix de celui-ci. Il faut espérer avoir de la chance… Cela donne une galerie de personnages humains et non humains vraiment délirante puisque les cryptides sont doués de conscience et donc ont des noms, peuvent parler à leur Chuchoteur, faire de l’humour… Le rendu d’ensemble est assez fun et permet de se confronter à des personnalités animalières aussi diverses que déjantées. Mention spéciale à Orion grâce à qui j’ai eu des barres de rire mais je ne vous divulgâcherai pas sa nature pour autant.

J’ai souvent l’impression que l’urban fantasy a du mal à se renouveler mais Estelle Vagner prouve le contraire. Certes, l’intrigue est classique (découverte de pouvoirs chez des adolescents, quête de puissance, ennemi taré et cruel à éliminer) et certains archétypes bien présents chez les personnages. Pourtant, ça fonctionne du tonnerre, transformant ce premier tome en un efficace page-turner.

Des personnages crédibles et attachants.
L’histoire alterne plusieurs parties et points de vue. Le lecteur suit majoritairement Jonah dans une narration à la première personne. Jonah est le jumeau le plus raisonnable, un peu faible de caractère qui refuse de tuer des cryptides pour augmenter son propre pouvoir. C’est un adolescent vraiment sympa, qui possède ses forces et ses faiblesses. Je l’ai trouvé très humain et crédible, davantage plaisant que son frère -du moins à mon goût.

L’autrice rédige parfois un ou deux chapitres du point de vue de Lucas, toujours à la première personne, qui servent à nuancer certains propos tenus et à avoir un autre point de vue. Enfin, elle inclut des pages du journal intime de ce fameux Prince des oubliés (toujours à la première personne) qui permettront, à terme, de comprendre les motivations des antagonistes après s’être fait balader la moitié du bouquin avec une certaine efficacité.

Mais la palme du personnage humain le plus cool revient à Yann, le meilleur ami, qui est pourtant un archétype du meilleur pote geek pas du tout flippé par ce qui arrive alors que quand même, c’est énorme… Estelle Vagner lui a donné une véritable personnalité, une véritable utilité et me l’a rendu très attachant. Il m’a rappelé l’un de mes propres personnages, ça a beaucoup joué.

Par contre, je me dois de préciser que la majorité des personnages principaux de ce roman sont masculins. Cela ne me dérange pas sur un plan personnel car ça n’a rien d’une démarche sexiste (d’autant que dans sa précédente saga, l’héroïne était une femme et quelle femme !), c’est juste que l’histoire est celle de jumeaux, de leur meilleur ami et de leur tuteur mais je sais que c’est un élément qui peut fâcher certain/es lecteur/ices donc je préfère prévenir.

La conclusion de l’ombre :
Au cas où ce n’était pas clair, j’ai été très emballée par ce nouveau roman d’Estelle Vagner qui est un excellent divertissement et me donne envie de lire davantage d’urban fantasy de cette qualité. C’est fun, sombre juste comme il faut, très inventif et bien rythmé. De quoi passer un bon moment de lecture avec ce page-turner efficace !

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

printempsimaginaire2017
Dix-neuvième lecture – pas de défi