Le robot qui rêvait – Isaac Asimov (1/2)

8
Le robot qui rêvait
est un recueil de 19 nouvelles de science-fiction écrites par Isaac Asimov dont la première publication remonte à 1986 en version originale. Les nouvelles de ce recueil ont été écrites entre les années 50 et début des années 80. Vous pourrez le trouver chez J’ai Lu au prix de 8 euros.

Ce billet va concerner les dix premiers textes. Un autre arrivera pour vous parler des neuf autres, afin de vous évoquer chaque nouvelle individuellement.

Je précise que pour parler d’une manière intéressante de ces textes, je devrais parfois révéler leur twist final. Attention donc si vous ne souhaitez pas être divulgâché.

Introduction :
Je n’avais, jusqu’ici, jamais lu Isaac Asimov car je craignais que l’auteur ait mal vieilli, qu’il soit trop misogyne ou tout simplement dépassé. Pourquoi ? Et bien parce qu’il a commencé à écrire, sauf erreur de ma part, dans les années quarante et que je suis parfois pleine de stéréotypes et de préjugés. Jetez moi la pierre… Toutefois, grâce à un article enthousiaste d’Apophis sur l’une des nouvelles de ce recueil, j’ai eu envie de tenter l’expérience et j’ai bien fait car j’ai été tout simplement bluffée par la maestria de l’auteur sur ce format.

Et je dois dire que ça m’a fait beaucoup de bien d’être autant emballée par une lecture car ça ne m’était plus arrivé depuis un moment. J’abandonne régulièrement des romans ou des textes parce que je ne m’y retrouve pas. Mais là… J’ai retrouvé un véritable et sincère plaisir de lecture des plus stimulants, même sur des textes qui me parlaient moins. J’avais d’ailleurs, au départ, décidé de lire une nouvelle par semaine pour découvrir petit à petit toutefois je n’ai pas envie d’attendre plus longtemps pour dévorer ce recueil, donc… tant pi ! Je dévore.

Les nouvelles :
Le robot qui rêvait :
Il s’agit du texte d’ouverture, qui donne son nom au recueil. Il est assez court mais n’a pas besoin de plus pour nous en mettre plein les yeux. On assiste à la discussion entre deux scientifiques : l’une d’elle a construit un robot, Elvex, en utilisant un type de circuit visant à développer un cerveau semblable à celui de l’humain. L’autre est sa mentor, plutôt mécontente car le robot en question a déclaré qu’il rêvait depuis quelques temps déjà…

Un rêve qui inquiète les deux humaines et les poussera à prendre une décision radicale. J’ai trouvé ce texte vertigineux dans son approche et dans ses thématiques car, sans trop en dire, Isaac Asimov laisse son lecteur avec des questions et des considérations sur lesquelles réfléchir. Ce texte date de 1986 et pourtant, il reste très actuel. Fabuleux ! Je peux vous dire qu’après sa lecture, j’ai enchaîné avec le suivant.

Gestation :
Le docteur Ralson est un génie… et il a des envies de suicide depuis qu’il a découvert la vérité sur l’humanité. Et si nous n’étions, finalement, que l’expérience d’un autre peuple ? Je dois avouer que je me suis déjà posée la question, au détour d’un épisode de série qui l’évoquait ou d’un dessin animé qui s’y basait. Dans cette nouvelle, Asimov matérialise cela et se demande comment réagirait quelqu’un, dans ce cas-ci un humain, si cette hypothèse s’avérait fondée.

Je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur allait, le texte est assez long mais l’ensemble est grandiose, on ne s’ennuie pas une seconde grâce au personnage du psychiatre qui suit le docteur Ralson et qui s’interroge sur son état, sur ce qu’il prend d’abord pour des délires, avant de comprendre… Clairement, pour moi, cette nouvelle est brillante.

Les hôtes :
Rose est biologiste et reçoit chez elle un alien en visite, dont son mari, policier, ne veut pas. Pourtant, il change brusquement d’avis… Et cela l’interpelle. Que lui cache-t-il ? Voilà une question que Rose aurait mieux fait de ne pas se poser… Car les réponses ne vont pas lui plaire et c’est peu de le dire.

La majeure partie de la nouvelle se déroule autour d’un dîner entre les deux hôtes et leur invité. C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur la biologie particulière de ce visiteur (venu d’ailleuuuurs) ainsi que sur le type de société dont il est issu. Évidemment, l’échange ne manque pas de piquant quand les deux cultures se confrontent. C’est quelque chose que, sur un plan personnel, j’apprécie énormément.

La nouvelle ne se contente pas de confronter deux cultures différentes. Elle va plus loin dans ses implications non seulement au niveau de l’humanité mais aussi du reste de l’univers. Elle pose la question des choix difficiles et extrêmes, des décisions complexes à prendre et des dégâts que pourrait causer une naïveté mal placée. C’était passionnant.

Sally :
Il existe des voitures dont le moteur n’est jamais arrêté, que personne ne conduit jamais, dont le moindre désir est satisfait. Elles sont 51 à la Ferme, sorte de havre pour voitures autonomes qui, visiblement, développent une personnalité propre grâce aux particularités de leur moteur.

Et si quelqu’un essayait de s’en emparer.. que feraient elles pour se protéger ? Jusqu’où iraient-elles ? Ici, Asimov imagine une technologie qui gagne petit à petit en autonomie, qui développe des sentiments, à leur manière, soit en s’inspirant des humains, soit en parallèle, allez savoir. Ce texte est assez dérangeant ou plutôt, malaisant, parce que très crédible je trouve. J’avais l’impression de lire un futur proche plausible, ce qui me fait qualifier cette nouvelle de glaçante autant que d’efficace.

Le briseur de grève :
Un sociologue se rend sur une colonie où tout doit être recyclé pour permettre la vie. L’homme qui s’en occupe et sa famille sont mis à l’écart de la société, parce qu’ils sont amenés à toucher les déchets et les cadavres. Cela rappelle les sociétés de caste, comme il en existe toujours (en Inde par exemple), ou la discrimination qui existait jadis autour de la profession de bourreau. Évidemment, ces gens n’en peuvent plus de cette solitude. On leur envoie des jeunes filles orphelines pour qu’ils les élèvent et se reproduisent avec, jeunes filles qui meurent assez tôt de désespoir. Vous imaginez l’ambiance…

L’homme sur lequel pèse ce fardeau décide donc de faire grève, afin d’assurer un meilleur avenir à son fils unique. Cette grève est un danger pour les habitants de la colonie, pas tant parce qu’ils risquent de mourir de faim mais parce que les potentielles maladies développées au contact des déchets achèveront avant leur système immunitaire, qui ne sont plus habitués aux diverses bactéries et virus. Il faut donc agir et vite… Mais pas question pour les habitants de la colonie de briser le tabou ! Le sociologue propose donc une idée, qui finira par se retourner contre lui.

J’ai trouvé ce texte assez désenchanté et cruel. Je ne sais pas ce que l’auteur cherchait à dire avec lui. Peut-être que l’intérêt de la communauté ne doit pas primer sur celui d’un individu ? En tout cas, j’ai encore une fois été soufflée par la maîtrise car en quelques pages, Asimov développe efficacement une idée porteuse de beaucoup de sens, qui invite à réfléchir.

La machine qui gagna la guerre :
Trois hommes discutent après la fin d’un conflit qui aurait été gagné grâce au Multivac et à ses calculs. Le Multivac est donc une sorte d’ordinateur capable de prévisions mathématiques. De fil en révélation, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait exact…

Un texte très court et efficace, teinté d’une certaine ironie qui n’est pas pour me déplaire. Il interroge sur notre rapport à la technologie, sur la confiance qu’on lui porte et nous pousse un peu à repenser nos usages, finalement. Cette nouvelle date de 1961, en pleine guerre froide donc. Je pense que tout qui la replacera dans son contexte en s’y connaissant un peu en Histoire y verra tout un tas de significations qui m’échappent peut-être.

Les yeux ne servent pas qu’à voir :
Ames et Brock sont des êtres d’énergie. Ames se rappelle ce que c’était d’être constitué de matière… Et désire mener une expérience pour voir s’il ne serait pas possible de revenir à cet état, quitté il y a trois trillions d’année plus tôt.

Peu de pages mais une forte réflexion sur notre nature intrinsèque. Je reste toujours épatée par la portée psycho-philosophique de ce texte.

Le votant :
La nouvelle se déroule dans ce qui, pour l’auteur, est le futur puisqu’elle a été écrite en 1955 et se déroule en 2008. Je trouve toujours ça amusant de voir comment les auteurs imaginaient les années 2000 ! Bref, dans ce futur alternatif, donc, Asimov imagine que les progrès technologies autour du Multivac (vous constaterez que ce super ordinateur revient régulièrement dans ce recueil) lui permettent d’anticiper les intentions de vote des citoyens en demandant à l’un d’eux et un seul (un homme bien entendu, les femmes ne sont pas autorisées à voter…) de choisir le futur dirigeant.

Et cela tombe sur un pauvre type qui n’avait rien demandé et ne voulait pas de cette responsabilité car si le dirigeant s’en sort mal, tout lui retombera dessus. C’est une nouvelle intéressante pour questionner le fondement même de notre démocratie représentative, je la trouve très à-propos vu la période mais sur un plan personnel, j’ai moins apprécié cette lecture tout simplement parce que le sujet me parlait moins. Cela n’enlève rien à l’intérêt ni à la qualité du texte.

Le plaisantin :
D’où vient l’humour ? C’est la question posée à Multivac (encore lui !) par un Grand Maître. Le Grand Maître, c’est un individu unique et plus intelligent que les autres qui peut dialoguer avec l’ordinateur, lui transmettre des informations utiles pour ses raisonnements et lui poser des questions afin de l’aider à complexifier ses raisonnements. Il en existe une petite dizaine seulement dans le monde, ce qui implique des individus plutôt solitaires et marginaux.

C’est le cas de l’homme qui pose cette question incongrue à l’ordinateur… et sa réponse va remettre en question le fondement même de la plaisanterie ! Au départ, je ne comprenais pas trop où l’auteur voulait en venir mais le dénouement de l’intrigue (et donc la réponse à la question) est assez vertigineux. Il rejoint en cela la nouvelle Gestation, présente au début du recueil et je trouve très intéressant la manière dont Asimov relie ses textes entre eux sans en avoir l’air.

La dernière question :
Une nouvelle… Vraiment perturbante qui me laisse un sentiment de malaise, malgré son twist final qui m’a fait sourire. J’ai du mal à même l’expliquer. Disons que pendant des trillions d’année, une question posée au Multivac restera sans réponse… Et quand la réponse arrivera, ce sera bien trop tard.

J’ai du mal à l’analyser et à comprendre ce que l’auteur a voulu dire ici. Je reste dans le flou même si l’ami Apophis a quelques explications supplémentaires sur le sujet. Mais sur le moment, des points d’interrogation dansaient dans mes yeux.

Conclusion intermédiaire : 
Les dix premiers textes de ce recueil possèdent de grandes qualités en terme d’efficacité d’écriture et de narration au sens plus large. Les idées développées par Asimov ne manquent pas d’intérêt et sont très accessibles à la compréhension du lectorat. Je me réjouis de lire la suite ! On en reparlera bientôt sur le blog.

D’autres avis : Apophis (pour La dernière question) – vous ?

logochallenge

+ 10 nouvelles
Avancée du challenge : 13 nouvelles lues.

À l’ombre du (104e) Bifrost : les nouvelles

Bonjour tout le monde !

C’est un peu la semaine du Bélial sur le blog entre une chronique UHL mardi et un Bifrost aujourd’hui… Mais je ne pouvais pas m’abstenir d’écrire un retour sur trois des quatre nouvelles présentes dans ce numéro. Pourquoi trois ? Et bien je dois avouer être totalement passée à côté de celle de Stanislas Lem -à qui était en plus consacré ce numéro. Dommage ! Et pourquoi juste les nouvelles ? Et bien parce que je n’ai pas grand chose à dire sur le contenu de la revue, c’est toujours très intéressant à lire, je me cultive, j’apprends et je radote sur le fait que vous devriez penser à vous abonner… Autant résumer ça en une phrase, non ?

4
Willie le zinzin de Stephen King

Apparemment inédit tout court et publié en français avant de l’être en anglais ! Super pour le Bélial même si ça tient un peu du hasard (il me semble que la crise sanitaire est passée par là ?) Premier texte de l’auteur pour moi et ce fut une réussite. Je sais, vous êtes toujours en train de buguer sur mon aveu de la phrase d’avant… Quand j’ai eu le malheur de dire sur Twitter que je n’avais jamais lu King, sa fanbase s’est mis en tête de me noyer sous les conseils de lecture (alors que je n’avais rien demandé…) ce qui a tendance à plutôt repousser mon envie de lire. J’ai fini par arrêter de répondre. Désolée pour cell.eux qui ne pensaient pas à mal mais je trouve cette tendance un brin pénible. Donnez des conseils quand on vous en demande, arrêtez d’imposer de force vos avis…

Ceci étant dit, de quoi parle Willie le zinzin ? Et bien de… Willie donc qui est un garçon un peu étrange et fasciné par la mort. On le découvre dans son quotidien au sein de sa famille en plus d’apprendre des choses sur lui au détour des conversations entre sa mère et sa sœur. Willie est proche de son grand-père alors quand il apprend que celui-ci va mourir… Et bien il n’a pas l’air de le vivre si mal que ça, à l’incompréhension générale.

La nouvelle est assez courte et bien ficelée. On sent l’expérience de l’auteur en la matière car il parvient à poser un contexte, un concept, en quelques lignes, avec une ambiance réussie et des personnages correctement caractérisés qui font qu’on lit avec une sorte de fascination teintée d’appréhension quant aux évènements qui vont suivre. Peut-être parce que c’était mon premier King, je n’ai pas du tout vu arriver le twist finale et je suis restée bouche bée, stupéfaite de ce qui venait de se passer puisque, jusque là, je laissais le bénéfice du doute… Bref, je ne vais pas trop en dire, si ce n’est que j’ai été très enthousiasmée par ce texte. Je lirais d’autres nouvelles de King et peut-être l’un ou l’autre de ses romans à l’occasion.

Mais que je choisirai toute seule comme une grande.

Un soupçon de bleu de Ken Liu
Cette nouvelle prend place dans une société ressemblant à la nôtre mais qui diffère sur sa source d’énergie. J’invoque le Grand Apophis et son pouvoir taxinomique afin de nommer ceci ! Toujours est-il, donc, que les gens se servent du souffle des dragons, apparus un peu comme ça du jour au lendemain, pour tout. Évidemment, certaines personnes sont pour les dragons, d’autres contre, surtout ceux qui ont dans leur famille un individu disposant du pouvoir de se « faire obéir » de ces « animaux » paresseux.

La nouvelle est construite comme un reportage, ce qui rappellera l’homme qui mit fin à l’histoire même si la comparaison s’arrête là. J’ai trouvé ce texte ambitieux dans l’idée, très joli sur sa conclusion mais un peu moins réussi dans son exécution jusqu’à être longuet par moment – à  mon goût. Pas le meilleur Liu que j’ai pu lire mais pas à jeter pour autant.

Fantômes électriques de Rich Larson
Voilà un auteur dont j’adore généralement les textes courts (je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire sur du roman). Celui-ci ne compte pas parmi mes favoris mais j’ai apprécié son idée globale. Il se déroule au Canada, peu après que des sortes d’aliens soient arrivés sur Terre. Benny, paumé et drogué, en rencontre un et est chargé par lui de retrouver les autres pour les sauver. Une mission en échange de laquelle il pourra revoir Ém, son amour perdu.

L’alternance entre passé (pour expliquer comment Benny en arrive là) et présent (Benny tente de récupérer un autre alien) est assez brouillonne et pourrait perdre le.a lecteur.ice. Puisque le narrateur est à la première personne, cela peut se justifier par sa consommation de drogue et son désespoir qui semble le faire totalement vriller. Je n’ai donc pas eu de soucis avec ça et j’ai beaucoup aimé la fin même si elle était un peu trop ouverte à mon goût. Il manquait quelques éléments de contexte bien que je ne suis pas certaine que ça ait été l’intention de base de l’auteur. Ça ne serait pas la première fois qu’il se concentre davantage sur l’humain en se servant des évènements pour aborder les conséquences psychologiques sur ses personnages et ça me convient.

Trois nouvelles, trois grands auteurs reconnus pour leur maîtrise du format court, trois textes que j’ai pris plaisir à lire. Je garde un regret pour celui de Stanislas Lem, j’aurais vraiment voulu accrocher à sa plume mais on ne peut pas tout aimer, hélas.

D’autres avis : XapurLe Dragon GalactiqueApophis – vous ?

logochallenge
+3 lectures
Total : 3

Sur la route d’Aldébaran – Adrian Tchaikovsky

17
Sur la route d’Aldébaran
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur britannique Adrian Tchaikovsky. Publiée dans la collection Une Heure Lumière par le Bélial, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Dans un futur proche, une exploration spatiale permet de découvrir le « Dieu-Grenouille » une sorte de structure dotée de plusieurs passages, les Cryptes, qui intriguent beaucoup les chercheurs dans le secteur. Après avoir envoyé des drones, il est temps pour l’humanité d’y poser le pied…

Une narration entre passé et présent.
Gary Rendell est un pilote britannique et membre de la mission d’exploration. C’est aussi le narrateur de l’histoire, qui s’exprime à la première personne. Lorsqu’on le rencontre, il semble souffrir d’au moins un début de folie. Il s’adresse au lecteur en l’appelant Toto et le contenu de la novella semble être une transcription de ses discussions à voix haute avec ce personnage de Toto, invention de son esprit pour contrer la terrible solitude des Cryptes.

La narration alterne entre le présent où Gary essaie de sortir des Cryptes pour retrouver d’autres humains et le passé qui explique au lecteur comment Gary et son équipe en sont arrivés là. Gary est également le narrateur des moments du passé, qu’il agrémente de réflexions personnelles et d’un faux suspens, comme s’il racontait véritablement cette histoire à une personne extérieure.

Un gros sense of wonder.
La force de cette novella est sans conteste l’univers développé autour de Gary, qui est d’autant plus vertigineux quand on pense que le texte ne compte « que » 160 pages. En quelques mots : les cryptes semblent être des couloirs qui permettent de voyager d’un bout à l’autre de l’univers, débouchant parfois dans des mondes dont on ne soupçonnerait même pas l’existence. Pour cette raison, certaines zones sont propices à la vie humaine avec par exemple une atmosphère et une gravité tolérables, mais pas toutes. De plus, les humains ne sont pas les seuls à avoir exploré cet endroit. Gary tombe à plus d’une reprise sur les corps d’autres espèces ou sur ce qu’il qualifie de monstres, bien vivants, qui tentent de le tuer.

On pourrait s’étonner que Gary, humain littéralement sans défense après que son équipe se soit faite tuer, parvienne à survivre aussi longtemps mais une explication est fournie, qui apporte du même coup un twist narratif dont quelques indices sont pourtant disséminés dans les pages précédentes (mais je n’ai tissé les liens qu’après coup).

J’ai trouvé les idées de l’auteur assez originales. Je lis de plus en plus de science-fiction mais je ne suis pas pour autant une spécialiste donc c’est peut-être déjà vu ailleurs mais entre ça et les nombreuses références à la pop-culture, Sur la route d’Aldébaran se révèle très riche au niveau du contenu.

Une folie hélas peu crédible.
Si j’ai été positivement surprise par la richesse de ce qu’a proposé l’auteur au sein de ce texte en terme d’univers, je ne peux pas pour autant dire qu’il a réussi à me plaire car j’ai trouvé sa narration longuette par moment et Gary passablement irritant à d’autres. Ce n’est pas tout de soigner le fond, il faut penser à la forme narrative et ici, je n’ai pas été convaincue par son dialogue avec Toto. Dans les moments du présent, il en est à un stade où il ne devrait pas être capable de raconter de manière aussi froide et cohérente les éléments du passé qui nous permettent de comprendre comment il en est arrivé à cette situation. C’est dommage du coup car je n’ai pas réussi à croire à cette perte de raison. Évidemment, j’ai conscience que la forme écrite exige certains éclaircissements pour la plupart des lecteur.ices qui n’apprécient pas d’être embrouillés mais moi j’aime qu’on me heurte, qu’on me dépayse, qu’on me mène en bateau. J’aimais beaucoup l’idée d’un personnage en train de sombrer et elle n’a pas été poussée au bout par l’auteur, encore moins sur les dernières pages. Toutefois, cette remarque est propre à la lectrice que je suis et ne se retrouve pas du tout chez les blogpotes. C’est une affaire de goût.

La conclusion de l’ombre :
Dans les faits, Sur la route d’Aldébaran est une bonne novella d’un point de vue sense of wonder mais son choix narratif n’a pas réussi à me séduire, ce qui est tout personnel. Je vous encourage donc à juger par vous même et à découvrir les chroniques des blogpotes ci-dessous pour vous faire une idée plus complète au sujet de ce texte.

D’autres avis : Un papillon dans la luneLe Culte d’ApophisL’Épaule d’OrionGromovar – vous ?

À l’ombre du sapin : quels livres offrir en 2021 ?

Bonjour tout le monde !

C’est de saison et donc sans surprise que je vous propose aujourd’hui un petit article avec des idées cadeaux. Ces suggestions sont basées sur mes lectures réalisées durant l’année écoulée, cela signifie qu’on peut très bien y retrouver des titres plus anciens. Je précise également qu’il ne s’agit pas forcément d’un top de mes meilleures lectures car vous remarquerez que Audrey Alwett et Ada Palmer n’y figurent pas, assez simplement parce que leurs séries sont en cours et que je tente de vous recommander plutôt des one-shots, en dehors du manga. Ce top arrivera sous une forme ou une autre, lors de mon bilan de fin d’année et spoiler alert, les deux remarquables séries de ces autrices de talent auront une place de choix sous mon sapin des ombres en 2022.

Mon beau sapin graphique…

Une BD, un manga et un comics…
Honnêtement, j’ai eu beaucoup de mal à ne sélectionner qu’un titre mais j’ai tout de même opté pour Ceux qui restent en BD parce que j’ai trouvé l’idée originale, le message fort et le titre très abouti. Je n’avais jamais lu quelque chose comme ça auparavant et, alors même que ma lecture remonte à plusieurs mois, ce titre résonne toujours en moi. En manga, cela a été encore plus compliqué et s’est joué entre deux séries mais je choisis de mettre en avant Toilet Bound Hanako-Kun car j’aime son aspect à la fois sombre et déjanté. Je n’ai pas encore écrit dessus mais ça ne saurait tarder… Enfin, en comics, j’ai pas mal exploré le côté sombre de l’univers Batman en découvrant des publications sur le Joker et celle qui a laissé sur moi l’empreinte la plus vive cette année est Killer Smile. Une représentation plus réaliste du Joker et de l’univers Batman qui fonctionne superbement bien.

Mon beau sapin en texte…

Un roman français, un roman en anglais (traduit) et un format court. Ça a été terriblement difficile de sélectionner autre chose que Magic Charly mais je pense que La princesse au visage de nuit mérite amplement de se retrouver sous tous les sapins francophones, aux côtés de La maison au milieu de la mer céruléenne qui a été un coup de cœur phénoménal pour moi. C’est vraiment le plus beau cadeau que vous pouvez offrir à quelqu’un car ça apportera en plus du sourire dans sa vie. Enfin, niveau format court, j’ai longtemps hésité avant de décider que comme un est un recueil et l’autre une nouvelle isolée, je pouvais tout simplement conseiller les deux ! Ainsi, Contes Hybrides de Lionel Davoust est un indispensable à mettre sous tout sapin qui se respecte tant l’auteur démontre une maîtrise extraordinaire du format court. Et si vous voulez un peu plus de légèreté avec une bonne dose d’inclusivité, alors foncez sur La Hyène, la Sorcière et le Garde-Manger qui était tout bonnement excellent.

Mon beau sapin… en revue.
bifrost
Évidemment, petit conseil gratuit mais voici un an déjà (seulement ?!) que je suis abonnée au Bifrost et je trouve qu’offrir un abonnement à cette revue à quelqu’un que vous aimez est une bonne façon de lui prouver votre amour, justement ! On y trouve non seulement des textes courts mais aussi des critiques littéraires, la présentation d’un.e auteur.ice avec des dossiers très complets, c’est super pour se cultiver sur la SFFF.

D’autres idées cadeaux sur la blogo : La bibliothèque d’AelinelAlbédoLe BibliocosmeAu pays des cave trollsL’Épaule d’OrionLe dragon galactiqueUn papillon dans la luneYuyine – vous ?

Et vous, que conseilleriez-vous ?
Qu’avez-vous envie de trouver sous votre sapin ? 

À l’ombre du Japon #46 : { Je m’instruis sur l’histoire du manga moderne ! }

Ohayô minasan !

En discutant avec mes étudiants qui souhaitaient un cours dédié au manga pour apprendre à connaître ce genre (ce sont des adultes, parents pour la plupart, pas forcément des consommateurs de mangas à l’exception de deux élèves, iels sont donc curieux.ses de comprendre), je me suis rendue compte que je ne possédais pas énormément de connaissances sur l’histoire de ce format que j’adore pourtant. Je me suis donc rendue chez Kazabulles et j’ai demandé conseil d’un ouvrage de référence. C’est ainsi que j’en suis venue à lire Histoire(s) du manga moderne (1952 – 2020) de Matthieu Pinon et Laurent Lefebvre chez Ynnis Editions.

16

J’ai trouvé leur travail passionnant et bien documenté, raison pour laquelle j’ai eu envie de lui consacrer un article sur le blog.

L’ouvrage contient plusieurs parties. La première est une introduction à l’histoire du Japon, de sa politique, des grands moments historiques avant le 20e siècle afin de poser le contexte. On arrive ensuite dans le vif du sujet où 69 pages doubles sont consacrées à la présentation de mangakas, chacun illustrant une année, ce qui est prétexte à l’ajout d’un contexte historique, social, politique et culturel plus poussé sur la page de droite alors que celle de gauche se consacre à l’œuvre du ou de la mangaka en question. C’est donc un ouvrage historique plutôt bien documenté qui m’a fait découvrir des auteur.ices que je ne connaissais pas ou que de nom mais qui m’a aussi donné une nouvelle perspective pour celles et ceux que je connaissais déjà.

À ce stade, j’ai une petite remarque. Je sais qu’il n’était pas possible d’inclure tous les mangakas et je trouve les choix réalisés plutôt excellents dans l’ensemble. Toutefois, j’ai été surprise de ne pas trouver de page dédiée à Kishimoto (Naruto), Kubo (Bleach) ou même Mashima (Fairy Tail) vu l’influence qu’ont eu ces auteurs sur la scène manga, du moins j’en avais le sentiment. Je me serais contentée d’une page double, comme ça a été le cas pour Yana Toboso qui partage sa page avec Natsumi Aida (un scan-dale, Yana Toboso mérite une pleine page voyons ! Mais au moins est-elle là, j’en ai été ravie).

Autre remarque, certaines personnes pourraient regretter qu’il y ait plus de mangakas masculins plutôt que féminins qui sont représentés mais j’ai trouvé que les auteurs équilibraient bien les choses en parlant des figurines féminines importantes dans l’histoire de ce format. Ce n’est pas de leur faute s’il s’agit d’un milieu très masculin, au départ…

Une fois ce premier tour d’horizon effectué, une première conclusion précède des pages thématiques qui rassemblent les mangas non plus par auteur.ice mais par contenu : les mangas qui parlent de mangaka, de sport, d’humour, de robot, d’otaku, de boy’s love, vie de quartier, cuisine, esprit de combat, fin du Japon… J’ai bien aimé cette idée d’autant qu’ils précisent si les mangas sont ou non en arrêt de commercialisation sur le marché français. C’est très chouette d’alterner les formes de présentation comme ça.

L’ouvrage continue en interrogeant des éditeurs et des libraires sur le marché du manga en France. C’est la partie que j’ai trouvé la plus riche car elle nous en apprend beaucoup sur la manière dont une série se négocie mais aussi comment la relation entre les éditeurs français et japonais a évolué au fil du temps ou encore le rapport qu’ont les mangakas avec leur traduction chez nous.

Du côté des libraires, le livre évoque la question de la scantrad (les bénévoles qui traduisent les chapitres qui sortent au Japon et permettent leur lecture gratuitement par le plus grand nombre) et du fait que l’expansion d’Internet a complètement réécrit les règles du marché du manga, si bien que les éditeurs (japonais comme français) doivent s’adapter pour survivre et réfléchir à un nouveau modèle économique. Modèle qu’ils n’ont pas encore trouvé, d’ailleurs, car le point sur la situation actuelle des magazines de prépublication est affolant, surtout quand on compare à leur âge d’or…

Le débat est lancé ! L’un des libraires dit clairement que les gens qui veulent uniquement du contenu gratuit ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes puisque c’est retirer le pain de la bouche des créateur.ices. La problématique existe d’ailleurs également en roman et dans le milieu de l’édition de manière générale. C’est important d’y réfléchir et de questionner nos habitudes de lecture pour permettre aux artistes de continuer à exercer leur métier, de préférence dans de bonnes conditions. Plus d’une fois, l’ouvrage témoigne en effet des conditions de vie des mangakas et plusieurs d’entre eux sont décédés de surmenage… C’est glaçant.

Bref, Histoire(s) du manga moderne ne se contente pas de compiler des portraits de mangaka fameux.ses, les deux auteurs ont réalisé un travail de recherche impressionnant qui fait de cet ouvrage un texte de référence pour toute personne passionnée par le manga, par l’histoire du Japon et par les questions éditoriales modernes. Je n’ai rien trouvé de vraiment négatif, pas même le prix de 29.90 euros qui pourrait freiner certain.es mais vu la qualité du papier, le contenu couleur et l’épaisseur du volume, je trouve qu’Ynnis s’efforce de rester accessible à toutes les bourses.

Bref, si ces thèmes vous intéressent, n’attendez plus pour acquérir cet ouvrage.

FOCUS sur… Arcane, un chef-d’œuvre d’animation.

Bonjour tout le monde !

Je n’écris d’habitude pas sur les séries que je regarde mais je vais faire une exception pour le chef d’œuvre qu’est Arcane.

(les images présentent cet article sont la propriété de RIOT et ne servent qu’à illustrer mon propos.)

arcane_league_of_legends_tv_series-624235408-large

Avant-propos : RIOT et moi.
Il me parait important de poser un peu le contexte. Je joue à League of Legends depuis 2011 / 2012 soit une petite dizaine d’années, presque depuis le début du jeu. Avec WoW (que j’ai fini par arrêter), c’est le jeu qui m’a tenu le plus longtemps sur la durée et sur lequel je suis devenue une hardcore gameuse (que je ne suis plus aujourd’hui parce que vie d’adulte, tout ça…). Il y a une époque où je jouais tous les jours jusque tard dans la nuit, à enchaîner les parties en équipe avec une bande d’amis. De bons souvenirs.

Donc même si le jeu n’est pas parfait, que j’y ai eu des hauts et des bas, on peut dire que je suis passionnée. Il n’y a pas que le jeu en lui-même qui a su captiver mon intérêt mais aussi tout le lore créé autour, toutes les histoires des différents personnages, les évènements thématiques organisés, bref les bonus créés par RIOT qui va jusqu’à monter des groupes de musique virtuels (KDA, Pentakill, True Damage), élaborer des clips vidéos, des cinématiques, des cérémonies d’ouverture de folie aussi pour les championnats du monde… League of Legends n’a jamais été « juste » un jeu. C’est un univers complet, bien plus qu’il n’y parait et quoi qu’en disent ses détracteurs.

Mais il y manquait quelque chose. Quelque chose que j’attendais personnellement depuis des années.

Le film. Ou, dans ce cas-ci, la série.

Au départ, quand Arcane a été annoncé, je ne savais pas trop quoi penser. La bande-annonce et les premières images promettaient sur le plan visuel mais j’avoue n’avoir aucune grosse affinité avec les personnages de Piltover (à l’exception d’Orianna qui n’est pas présente ici) et de Zaun. Je trouvais Jinx cool, j’ai toujours bien aimé la voir apparaître dans un clip ou l’autre (l’inoubliable chanson Get Jinxed par exemple qui apparait en clin d’oeil dans la série) mais ça n’allait pas plus loin. J’étais donc impatiente… et un peu déçue aussi de ne pas voir mes personnages favoris mis en avant. Surtout que j’étais persuadée que les premières à avoir droit à leur série, ce seraient forcément d’abord Lux puis Ashe.

Mais j’avais confiance en RIOT malgré tout, parce qu’ils ont toujours fait les choses bien.
Même comme ça, je n’étais pas prête.
Définitivement pas prête pour la claque astronomique que je me suis prise avec le visionnage de ces trois parties. Et c’est la raison pour laquelle je vous en parle sur le blog.

Arcane, de quoi ça parle ?
À Piltover, la cité du progrès, un jeune chercheur découvre une nouvelle source d’énergie mêlant magie et technologie, qu’il souhaite exploiter pour aider les habitants alors que son vieux mentor craint que des esprits mal intentionnés ne s’en servent comme d’une arme. Parallèlement, dans les bas fonds de la ville, Vi et sa sœur Powder survivent comme elles peuvent alors que l’ombre de Silco s’étend sur elles…

Des personnages forts.
Arcane a été divisé et diffusé en trois parties contenant chacune trois épisodes. La première partie se concentre sur la jeunesse des personnages, que ce soit Vi, Powder, Ekko, Jayce, Viktor, Caitlyn… L’histoire passe d’un personnage à l’autre, permettant ainsi de comprendre facilement les enjeux mais également les grandes disparités sociales qui existent entre le haut et le bas de Piltover.

Vi et Powder sont sœurs, elles ont perdu leurs parents dans un raid des forces de l’ordre de Piltover et ont été recueillies par Vander, qui maintient l’ordre dans les bas fonds. Vi est l’aînée, elle sait user de ses poings pour défendre sa cadette, qui préfère inventer des gadgets qu’elle espère réussir à faire fonctionner un jour.

Ekko est un jeune orphelin passionné de mécanique qui travaille dans une petite boutique des bas fonds de la cité. Il est ami avec Vi et Powder.

Jayce est le fils d’industriels qui fabriquent des marteaux. Il est fasciné par la magie depuis l’enfance car un arcaniste a sauvé la vie de sa mère. Il est persuadé qu’on peut allier technologie et magie et mène des recherches dans ce sens.

Caitlyn est fille d’une famille influente du Conseil de Piltover et amie de Jayce. Elle est très douée au tir et veut entrer dans les forces de l’ordre, malgré la désapprobation de sa mère.

Enfin, Viktor est un jeune homme malade et handicapé physiquement qui vient de la basse cité et a décidé de s’en extirper. Il a rencontré Heimerdinger, membre du conseil, qui a été impressionné par son intelligence et sa force de caractère, au point d’en faire son assistant. Viktor va s’intéresser aux recherches de Jayce et l’aider dans celles-ci. Ils vont devenir amis.

D’autres personnages du jeu sont présents de manière secondaire, avec toute une série d’easter eggs mais je ne vais pas tout vous dévoiler non plus ! Sans compter qu’évidemment, leurs destins et lignes narratives vont se croiser à un moment ou à un autre, ce qui remettra en question leurs préconceptions…

Les personnages sont la première grande force de la série tout comme ils sont celle du jeu League of Legends. Ce ne sont pas simplement des archétypes, ils possèdent une personnalité bien affirmée et subtile. Ici, pas de manichéisme. Au contraire ! Ces personnages vivent tellement que j’ai regardé la série en me passionnant pour Viktor, alors que dans le jeu, il ne m’a jamais intéressé… De même, la série ne se restreint pas à mettre en scène des champions du jeu. Elle créé de nouveaux protagonistes, comme Silco et Vander, qui sont passionnants chacun à leur façon. Même si Silco porte l’étiquette du « méchant », je pense qu’il serait plus judicieux de le qualifier d’antagoniste, et encore… tout dépend du côté duquel on se place.

LeagueofLegends_ArcaneJinxSilco-1024x576

Selon moi, c’est l’un des personnages les plus réussis parce qu’il restera ambigu jusqu’à la toute fin, avec d’un côté ses ambitions, la manière brutale dont il tente de concrétiser son objectif mais aussi sa relation avec Jinx. C’était sublime.

Les grandes thématiques :
La série traite de nombreuses thématiques mais on peut en retenir certaines avant les autres. Premièrement, il s’agit de dépeindre une lutte des classes très à propos dans l’époque à laquelle on vit. Elle a ceci de différent que les habitants des bas quartiers se battent plutôt pour obtenir une indépendance de Piltover et donc fonder la nation de Zaun, imaginée par Silco et pour laquelle il va œuvrer durant toute la série.

Deuxièmement, on y parle de développement technologique et on illustre l’adage selon lequel l’enfer est pavé de bonnes intentions. Viktor et Jayce sont jeunes, idéalistes, ils veulent aider les gens, mettre au point des outils pour soutenir les ouvriers dans leurs travaux pénibles, en s’aidant de la technologie Hextech qu’ils développent. Même si Heimerdinger les met en garde sur les risques et sur l’importance d’y aller doucement, ils n’écouteront évidemment pas, encore moins une fois que Piltover sera frontalement menacée par Jinx…

Outre ces éléments, on y parle de relations familiales difficiles, de résilience, on y dépeint une société en souffrance comme on tire une sonnette d’alarme.

Un rythme narratif inégalable.
J’ai parlé des personnages, des thèmes, il me faut donc maintenant parler de la construction narrative et de la manière brillante dont les scénaristes ont agencé les éléments pour permettre aux personnes qui n’ont jamais joué au jeu de s’immerger totalement tout en surprenant les joueurs / fans. Les trois premiers épisodes posent les bases, un peu l’origin story des protagonistes, afin de comprendre où ils en sont une fois que commence l’épisode 4, qui se déroule quelques années après les trois premiers.

Aucune scène d’exposition artificielle, aucun moment qui sonne creux ou faux. Tout est construit d’une manière à ce qu’on ne sente pas passer les 42 minutes de chaque épisode. C’est incroyablement fluide. Les scènes fortes s’enchainent, s’alternent avec des affrontements superbement chorégraphiés. Du génie.

Un visuel impeccable.
Mais ce qu’on retiendra peut-être avant tout ce que j’ai évoqué, c’est l’aspect visuel qui, pour une série télévisée, a son importance. C’est le studio français Fortiche qu’on retrouve à l’animation, studio qui s’occupait déjà notamment des clips KDA. Ils n’en sont pas à leur première collaboration avec RIOT, donc, et pas la dernière j’espère parce qu’ils gèrent tellement que j’en pleurerais de joie.

OverZaun_536x391

Ce n’est pas qu’une question de design des personnages, c’est aussi une ambiance, une finesse dans les décors. Il suffit de voir la dichotomie criante entre Piltover et ce qui deviendra Zaun qui se traduit au niveau des couleurs et des textures mais aussi l’intelligence avec laquelle ont été chorégraphiées certaines scènes de combat, comme celle entre Ekko et Jinx ou entre Vi et Sevika.

Des musiques inoubliables.
Pour compléter l’ensemble, on peut compter sur Imagine Dragon (qui n’en est pas non plus à sa première collaboration avec RIOT, comment oublier Warriors, l’hymne des worlds de 2014 ?) pour signer un générique efficace mais aussi sur de nombreux autres artistes qui apportent une BO électro trash de folie. Je fredonne Enemy depuis trois semaines… J’écoute les musiques en boucle, je crois que ma préférée restera quand même Dirty Little Animals de Bones UK.

Arcane, c’est pour qui ?
Vous vous posez peut-être la question. En tout cas, on me l’a beaucoup posée sur Twitter après que j’ai partagé mon enthousiasme sur les trois premiers épisodes. Beaucoup de gens pensaient qu’il fallait absolument jouer à League of Legends pour apprécier Arcane mais ce n’est pas le cas du tout, au contraire.

Vous aimerez Arcane si vous appréciez l’esthétique steam / cyber punk, si vous aimez l’animation adulte sérieuse, si vous aimez les intrigues solides aux thématiques plurielles et que vous ne craignez pas de finir en PLS à la fin de l’épisode 9 qui m’a foutu une telle claque que je n’en suis toujours pas remise actuellement.

Pour moi, Arcane est une pépite. Un chef-d’œuvre. Je n’ai plus été aussi enthousiaste au sujet d’une série depuis longtemps et la dernière fois, ça devait être Rick et Morty. Autant dire qu’on est sur deux catégories très différentes… Alors n’hésitez pas à laisser sa chance à cette série, elle vaut le coup.

D’autres avis : L’Épaule d’OrionÉvasion Imaginaire – vous ?

Et vous, avez-vous regardé Arcane ? Qu’en avez-vous pensé ?
Est-ce que ça vous tente ? 

Bilan mensuel de l’ombre #41 – novembre 2021

Bonjour tout le monde !
Où est passé le mois de novembre ? Quelqu’un a une idée ? Non parce que je n’en reviens pas que, demain, on soit déjà le 1er décembre… C’est effrayant, surtout quand je jette un œil à mes lectures du mois.

Mes lectures de novembre – romans et formats courts

Et ce sera d’ailleurs une rubrique courte puisque j’ai lu deux romans et une novella sur tout le mois… J’ai commencé novembre avec Widjigo d’Estelle Faye qui ne m’a pas convaincue plus que cela, malheureusement, au contraire de la majorité de la blogosphère. J’ai été au bout parce que j’apprécie l’autrice mais ce n’était tout simplement pas un livre fait pour moi. Ensuite, j’ai lu Vertèbres de Morgane Caussarieu sur lequel j’ai écrit un long billet où je parle de type de narration, entre autre. Dans l’ensemble, ça a été une agréable lecture que j’ai dévoré d’une traite.
Enfin, j’ai terminé avec Sur la route d’Aldébaran d’Adrian Tchaikovsky qui m’a époustouflée pour son sense of wonder mais il m’a manqué quelque chose pour vraiment me plonger dedans. En réalité, je me suis un peu ennuyée durant ma lecture au point de regarder sans arrêt le numéro de page pour voir si j’approchais de la fin. Dommage ! Mais ça ne m’empêchera pas d’écrire dessus prochainement.

Mes lectures de novembre – les mangas

La première chose que j’ai fait en octobre niveau lecture, ça a été de terminer Tokyo Ghoul avec les tomes 9 à 14. Je ressors assez déçue de cette relecture, comme je l’expliquais dans mon billet. J’avais donc besoin de retourner sur des valeurs sures et, sans surprise, le tome 19 de Beastars ainsi que le tome 6 des Carnets de l’Apothicaire ont été à la hauteur de mes attentes. Ouf ! Après ça, j’ai lu la suite de Card Captor Sakura Clear Card Arc et j’ai décidé de ne pas poursuivre cette série au delà du 3e tome parce que j’y retrouve le même schéma que dans les tomes de base et même si c’est mignon et mieux dessiné, ça ne suffit pas à maintenir mon intérêt. Enfin, j’ai lu le 4e tome de Toilet Bound Hanako-Kun qui tient toujours la distance, j’aime l’univers et les personnages, le sombre qui se mélange à l’humour, ça me rappelle un peu Black Butler (l’esthétique victorienne en moins évidemment).

Pour un total de 11 volumes lus !

Mes lectures de novembre – les BD

En me fiant à l’excellent avis d’Orion, j’ai décidé d’acquérir et de lire les deux tomes de la BD MacBeth, Roi d’Écosse que j’ai beaucoup apprécié, autant sur l’esthétique que sur le découpage. Je n’ai pas grand chose à en dire de plus donc je n’ai pas écrit de billet à son sujet.

Mes lectures de novembre – non-fiction
16
J’ai également consacré une partie de mon temps à lire un ouvrage sur l’histoire du manga, qui était très intéressant et bien construit. Un billet lui sera bientôt consacré car j’ai vraiment envie d’en parler et de vous le partager.

La PàL de l’ombre :
Plutôt que de vous donner des chiffres, je vais vous donner des titres ! Je me suis rendue compte que c’était bien plus représentatif…
En numérique : Et dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Le roi sombre d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Diaspora de Greg Egan au Bélial / Un océan de rouille de C. Robert Cargill chez AMI / Stigmata de CJ Sterne chez MxM / 1, 2, 3… Vampires ! de Bertrand Crapez chez Livr’S / Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker aux Forges de Vulcain / Ne sautez pas ! de Frédéric Ernotte chez Lajouanie / Voile vers Sarance de Guy Gavriel Kay chez l’Atalante / Paris-Capitale de Feldrik Rivat chez l’Homme sans Nom / Le Sicilien de Carl Pineau chez Lajouanie / La dixième muse d’Alexandra Koszelyk aux Forges de Vulcain / Nocturnes de Laurent Fétis chez ActuSF / Le Proscrit de Simon R. Green chez l’Atalante.
En papier : Une histoire de genre de Lexie chez Marabout / Sans foi ni loi de Marion Brunet chez PKJ / Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky chez Folio SF / Le robot qui rêvait d’Isaac Asimov chez J’ai Lu / Les héritiers de Brisaine #2 de David Bry chez Nathan / Bifrost n° 104 / La main gauche de la nuit d’Ursula K. Le Guin.
En manga : Denjin N (Pika)
BD & Comics : Courtney Crumrin, intégrale 1 / TiZombie, tome 3 / Automnal /

Le focus de l’ombre : 
Deux grandes annonces dans ce focus ! Déjà, l’amie Trollesse reprend le challenge des formats courts qui vous tiendra chaud l’hiver. Toutes les informations se trouvent au bout de ce lien

logochallenge

Ensuite, l’ami Apophis annonce une nouvelle version de son guide des genres et sous-genres en SFFF, qui sera payante et n’aura normalement pas d’équivalent papier. Sauf si on prie suffisamment ? En tout cas, j’espère qu’AMI entendra notre ferveur ! Toutes les informations dans son billet.

couverture_guide

Les petits bonheurs :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Ce mois-ci j’ai surtout envie de parler du salon Mons Livre qui s’est déroulé les 27 et 28 novembre. Ça a été l’occasion de retrouver le noyau dur de l’équipe Livr’S, de passer de bons moments, de décompresser un coup… Le retour à la réalité a vraiment été difficile mais ça valait le coup. En plus, lors de ce salon, j’ai appris une excellente nouvelle que je ne peux pas encore partager mais ça m’a vraiment rendue très heureuse. Stay tuned !

Et voilà, ce bilan est (déjà ?) terminé. J’espère que son contenu vous a intéressé et que vous avez passé un bon mois de novembre. Je vous souhaite de bien profiter du dernier mois de 2021, en espérant que le sort nous soit un peu favorable…

Prenez soin de vous !

Vertèbres – Morgane Caussarieu

10
Vertèbres
est un roman fantastico-horrifique écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié au Diable Vauvert, vous trouverez ce texte au prix de 17 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
En 1997, dans une station balnéaire des Landes, Jonathan, dix ans, est enlevé par une femme dans une camionnette. Il réapparait une semaine plus tard et n’est plus tout à fait le même…

Le problème de la narration « journal intime » (selon moi).
Le roman possède une double narration. Celle du point de vue de Sasha, dix ans (enfin, neuf ans et demi), qui écrit dans son journal intime Diddl et celle de Marylou, la mère de Jonathan. Je vais m’arrêter sur chacune d’elles en commençant par Sasha puisque cela va me permettre de partager une petite réflexion sur la forme du récit.

L’utilisation du journal intime est quelque chose qu’on retrouve régulièrement en littérature, que ce soit blanche ou de l’imaginaire. L’auteur.ice se projette dans son personnage et se met dans sa peau pour confier à un journal, au format papier ou numérique, tout ce qu’il vit, pense, ressent de manière générale, comme cela a pu nous arriver à tous.te un jour dans notre vie. Le problème que j’ai avec cette façon d’écrire, c’est qu’elle demande une sacrée suspension de l’incrédulité de la part du lecteur.ice ou une certaine maestria de la part de l’auteur.ice pour être crédible.

En effet, il est probable qu’un jour dans votre enfance ou dans votre vie, vous ayez tenu un journal intime. Cela a été mon cas et quand je lis ces journaux fictifs, je n’ai jamais le sentiment de lire un véritable journal intime. J’ai conscience qu’il s’agit d’un trucage littéraire pour se montrer original, le souci c’est que quitte à opter pour une narration hors du commun, autant pousser le concept jusqu’au bout comme le font certains éditeurs, en incluant des ratures, des fautes d’orthographe, en acceptant que tout ne soit pas dit ou pas clair, etc. au lieu de se cantonner à la langue littéraire telle qu’on l’attend dans un livre, bien proprette, avec un certain vocabulaire et des phrases qui n’ont pas de sens comme d’écrire dans le journal qu’on s’arrête prendre une pause pipi… De plus, trouver des dialogues au sein d’un journal intime n’a pas de sens (personne n’a une aussi bonne mémoire…), pas plus que des descriptions précises qui donnent le sentiment d’être dans un roman. On oublie trop souvent qu’un journal intime n’a, en théorie, pas pour vocation d’être lu par quelqu’un. C’est quelque chose de personnel, ce qui implique qu’il ne doit pas forcément contenir des explications ou des justifications.

Ici, l’autrice fait comme si Diddl était une entité vivante à laquelle Sasha se confie, la petite fille l’interpelle d’ailleurs plusieurs fois. Cela pourrait être une justification au format, sauf que non. Personne ne raconte une histoire de manière littéraire à qui que ce soit, à l’oral ou à l’écrit. On résume toujours. Du coup, le trucage tombe à l’eau puisqu’on pourrait tout aussi bien avoir une narration à la première personne au sens classique du terme, comme on le voit régulièrement en littérature young-adult (mais pas que).

Malheureusement, Vertèbres n’a pas fait exception à mon sentiment par rapport à ce type de narration. Je n’ai cru à aucun moment être en train de lire le journal d’une petite fille de dix ans, encore moins neuf ans et demi. Déjà à cause du souci expliqué plus haut mais également à cause du langage qui fait faussement naïf. Aucun enfant de dix ans ne s’exprime de cette manière, n’a autant de vocabulaire, n’inclut autant de références, sans faute de langage ou même d’orthographe, et la plupart des enfants n’ont pas la maturité émotionnelle pour exprimer tout ce que partage Sasha. Et je ne parle pas du fait qu’elle se genre au masculin en affirmant ne pas vouloir être une petite fille. Au contraire, je suis persuadée qu’il y a des enfants qui n’ont pas envie de se conformer à leur genre de naissance, sans tout l’aspect théorique que nous, adultes, mettons derrière cela, et qui se comportent donc comme leur cœur le leur dicte. C’est un aspect que j’ai beaucoup apprécié dans ce personnage car on en voit assez peu finalement, surtout traité de manière frontale. On ressent vraiment son cri du cœur, son désespoir, du fait d’être dans un corps de fille, avec tout ce que ça implique comme normes sociales.

L’émotion est donc là mais c’est tout le contours qui me gêne. Si Sasha avait été un/e adolescent/e, je ne dis pas, mais là… À mon goût (et c’est tout personnel) cette partie du récit aurait été plus efficace avec une narration classique à la troisième personne (où l’autrice aurait pu jouer sur les pronoms pour embrouiller le.a lecteur.ice) ou mieux, avec une narration à la deuxième personne, comme c’est le cas pour Marylou.

Je précise que ça ne m’a pas empêché de m’y plonger mais j’ai profité de l’occasion pour écrire un peu sur le sujet.

Écrire en « tu », une prise de risque qui paie.
Je me suis régalée des chapitres consacrés à Marylou, la mère de Jonathan. Non seulement le personnage ne manquait pas d’intérêt mais en prime, je suis une fervente partisane de la narration en « tu », qu’on retrouve malheureusement assez peu au sein de la littérature, pour une raison qui m’échappe complètement. Selon moi, c’est une façon efficace et différente de mettre un personnage face à ses contradictions, de dévoiler ses secrets sans que cela ne paraisse artificiel (comme dans une narration en « je ») ou trop descriptif (comme dans une narration classique à la troisième personne) mais aussi de rythmer le récit. En général, une narration en « tu » implique des phrases courtes, percutantes, ça en devient musical à la lecture et honnêtement, j’adore.

Parce que Marylou n’est pas qu’une mère éplorée. On découvre petit à petit le portrait d’une femme laissée seule avec sa maternité, qui a reconstruit sa vie autour de son enfant dont elle ne voulait pas vraiment au départ, qui l’a couvé, sans réussir à couper le cordon, qui a été jusqu’à certaines extrémités pour ne pas le laisser s’en aller. C’est une bonne mère, Marylou, enfin, elle essaie et ça la mène à perpétrer des actes qui en terrifieront plus d’un.e. C’est glaçant et fascinant. Dans ces parties, j’ai retrouvé la touche dérangeante sans être gratuite qui m’a fait aimer les romans de Morgane Caussarieu quand j’ai commencé à lire l’autrice il y a maintenant quelques années. J’espère qu’elle se prêtera de nouveau à l’exercice de cette narration dans ses prochains textes.

Un roman à ne pas mettre entre toutes les mains.
Il me semble nécessaire de le préciser car on y parle d’enlèvement, de maltraitance, d’abus divers (et sexuels) sur des enfants, de maltraitance animale assez sanglante… On n’est pas au stade d’un Je suis ton ombre mais on s’en rapproche et il vaut mieux le savoir avant de se lancer dans la lecture de Vertèbres. J’ai lu des chroniques chez des blogpotes qui ont été chamboulés, qui ont lu ce livre à un mauvais moment pour eux et ce serait quand même dommage de passer à côté à cause de ça.

Parce qu’outre ces éléments qui paraissent de prime abord négatifs, Vertèbres est aussi (et surtout ?) un roman qui transpire la nostalgie des années 1990 avec de très nombreuses références (vous vous souvenez des Minikeums ? Et du minitel ?) bienvenues. On y retrouve des éléments classiques du mythe loup-garou et on repart sur un texte horrifique qui rappelle un peu (sur le principe de base quoi) la série Stranger Things dans son ambiance aussi rétro que sanglante. Pourtant, l’aspect fantastique sert surtout, à mon sens, de métaphore sur la fin de l’enfance et l’entrée dans la puberté, avec tout ce que cela comporte de cauchemardesque.

C’est aussi une histoire d’amitiés, l’amitié qui unit trois enfants laissés pour compte, rejetés parce qu’ils sont différents, pas nés dans la bonne famille, qui ne vivent pas au bon endroit. Une amitié qui parvient à passer outre l’horreur qu’inspire la condition de Jonathan mais ne résiste pourtant pas à tous les affronts.

Enfin, c’est une histoire de monstres dans tout ce que ce terme a de pluriel. Monstres, humains ou non, sont légions comme toujours dans les romans de cette autrice.

Et ça fonctionne. Même si je n’ai pas accroché à la façon de raconter la partie de Sasha, l’histoire est rythmée correctement et jouit d’une richesse thématique surprenante. Je l’ai d’ailleurs lu d’une traite, on ne sent pas les pages se tourner et bien qu’on devine comment ça va s’achever si on connait un peu l’autrice et qu’on a l’habitude de ce genre littéraire, ce n’est à aucun moment ennuyeux ou mal fichu.

Je n’irais toutefois pas jusqu’à dire, comme l’indique l’éditeur sur la quatrième de couverture, que Morgane Caussarieu signe ici son roman le plus ambitieux. Pas à mon goût, en tout cas (et c’est tout personnel comme remarque). Mais elle signe un bon texte qui mérite d’être lu à condition que les TW dont j’ai parlé ne vous posent pas de problèmes.

La conclusion de l’ombre : 
Vertèbres est un roman fantastico-horrifique qui traite du mythe du loup-garou dans les années 1990. Un petit garçon de dix ans disparait pendant une semaine et revient profondément changé. L’autrice choisit de raconter l’histoire du point de vue de Sasha, dix ans également et meilleure amie de Jonathan (la victime) ainsi que de Marylou, la mère de Jonathan. L’alternance des points de vue et des narrations (un journal intime et une narration en « tu ») offre une certaine profondeur au récit crade et malsain, comme Morgane Caussarieu les écrit si bien. Ce n’est pas un texte à mettre entre toutes les mains toutefois je suis ravie d’avoir eu l’occasion de le lire d’une traite.

D’autres avis : Au pays des cave trollsGromovarYuyineJae LouL’imaginaerum de SymphonieLe Dragon GalactiqueBoudicca – vous ?

À l’ombre du Japon #45 : { Je (re)lis Tokyo Ghoul (et j’aurais du m’abstenir) – arc final }

Ohayô minasan !

Cinquième article sur le manga Tokyo Ghoul dont j’ai entrepris la relecture après en avoir eu envie pendant un moment. J’avais lu ce manga il y a quelques années, au moment de sa sortie je pense, et j’en gardais un excellent souvenir plus qu’enthousiaste. J’étais donc curieuse de savoir comment j’allais appréhender cette œuvre aujourd’hui… Et force est de constater que les trois derniers tomes n’ont vraiment pas été à la hauteur ni de ma mémoire, ni de mes attentes.

On en est où ?
(Re lire mes articles sur : Arc introductifArc du GourmetArc d’AogiriArc du Dr Kano )
Ken retourne à l’Antique pour poser ses questions au patron et comprendre qui est la mystérieuse Chouette à l’œil écarlate. Dans la foulée, il se confronte à Touka qui le remet à sa place en pointant le fait que personne ne lui a jamais demandé de se sacrifier pour qui que ce soit et qu’il agit comme un petit égoïste. Chamboulé par cette accusation, Ken décide de reprendre sa vie comme avant en tant que serveur de l’Antique. Pas de chance, le CCG est persuadé que la Chouette s’y cache et monte donc une opération d’envergure pour la débusquer. Le combat final arrive !

Comment gâcher un personnage prometteur.
Le premier gros reproche que j’ai à adresser à Sui Ishida c’est la façon dont il a bousillé le potentiel de son personnage principal. Après tout ce qui lui est arrivé et tout ce qu’il a entrepris pour atteindre son objectif (à savoir sauver ses amis), Ken abandonne tout en une page, le temps de se prendre une droite de Touka qui souligne que tous ses actes sont purement égoïstes puisqu’il agit ainsi uniquement pour ne pas se retrouver seul. Cela donne lieu à un court flashback où Ken se rend compte que oui, s’il veut sauver la vie de ses amis, c’est parce qu’il ne veut plus jamais souffrir de la solitude et qu’il devrait plutôt profiter d’eux tant qu’ils sont là.
Mais…
QUOI ?!
Je veux dire, déjà, vouloir sauver ses amis n’a rien de mal et reste un peu la base de tout manga shônen qui se respecte où on met toujours en avant l’importance de l’amitié (et même si j’ai du mal à le comprendre, Tokyo Ghoul est classé et vendu comme un shônen). Là où c’est problématique, c’est quand tu prends les décisions à leur place et que tu te tourmentes alors qu’iels n’ont rien demandé. Sur cet aspect, je rejoins volontiers Touka sauf qu’en théorie, la détermination du héros doit quand même se révéler plus forte que ça et si elle ne l’était pas, comment se fait-il que personne n’ait pu lui ouvrir les yeux avant ? Sans compter que le fait de ne pas vouloir se retrouver seul est presque présenté comme quelque chose de négatif alors que c’est humain, de souhaiter être entouré, protéger celleux qu’on aime…

Le pire n’est pas là… Je l’ai dit, le CCG lance un assaut final sur le café l’Antique qui pousse le patron et deux autres employés à se « sacrifier » afin de sauver les autres goules. Évidemment, pile au moment où Ken décide de retourner y travailler… Et plutôt que de respecter le choix de ces trois goules qui ont de bonnes raisons d’agir ainsi, il va foutre leur plan en l’air en se mêlant de la situation, pour un résultat final lamentable et un combat « au sommet » contre le meilleur inspecteur du CCG, Kisho Arima, dont on entend tout le temps parler mais qu’on ne voit jamais ou presque. Un combat réglé en deux coups de cuiller à pot (je n’exagère pas, c’est extrêmement court) et assez ridicule dans la manière dont Ken agonise.

Tout ça… pour ça ?

Parce que oui, Ken meurt ! Enfin… Celui qu’on connait, du moins. Il est présent dans Tokyo Ghoul RE: mais pas en tant que Ken Kaneki. C’est commode de perdre la mémoire parce que Mr Arima lui a fait un gros trou dans la tête, mh ? Littéralement. Son quinque lui a percé le cerveau et je suppose que les pouvoirs de régénération exceptionnels de Lize lui ont permis de s’en tirer, avec quelques séquelles mémorielles. Comme c’est pratiiiiiique. Et puisqu’il a été humain, fruit d’une expérience contre son gré, il rejoint une unité particulière au sein du CCG, composée de sujets d’expérimentation qui luttent contre les goules. Pas de chance, il va retrouver la mémoire au bout de plusieurs tomes… Et ne pas trop apprécier le lavage de cerveau.

À l’époque, fan absolue, j’ai lu Tokyo Ghoul :RE jusqu’au volume 9 puis j’avais arrêté parce que je trouvais que ça tournait en rond et je n’appréciais pas du tout la nouvelle personnalité de Ken, Sasaki. En relisant la série de base, j’avais pour projet de laisser une autre chance à cette suite et voir si ça valait la peine que j’achète les tomes suivants. Comme vous vous en doutez, mes projets ont changé et j’ai été me divulgâcher la fin pour voir si ça valait la peine de continuer.

Je vous le dis tout de suite : non. Je ne vais pas davantage en révéler mais selon moi, autant mettre son temps et son argent dans d’autres séries.

La notion de fin n’est pas la même pour tout le monde…
Peut-on vraiment parler de fin quand rien n’est résolu ? Il reste des centaines de question sans réponse lorsqu’on referme le quatorzième tome de Tokyo Ghoul. On ignore par exemple ce que devient Aogiri. On nous montre qui est en réalité responsable de l’agression de Lize et Ken du début de la série (et donc un peu à l’origine de tout ou presque) sauf qu’on n’explique pas du tout pourquoi. On ignore ce que deviennent les deux Chouettes, ce que sont devenus Touka, Nishiki, Shu, Hinami et tout un tas d’autres personnages qui n’ont pas participé à ce combat final alors qu’ils ont été présents depuis le début. Je suis désolée mais à mon sens, il ne s’agit pas d’une fin acceptable. J’ai le sentiment qu’on a obligé Sui Ishida à conclure trop vite ou que lui en avait assez, allez savoir. Le truc c’est qu’il y a une suite, en réalité, sous un autre titre… Donc si on l’a contraint à arrêter, pourquoi publier la suite ? C’est un grand mystère.

La suite, donc, le fameux Tokyo Ghoul :RE. Mais là aussi, quel intérêt de modifier le titre alors qu’il s’agit simplement de la suite directe ? Avec le même personnage principal, en plus ? Certes, amnésique une partie du temps… et alors ? Est-ce que ça justifiait une nouvelle série ? Surtout vu la manière dont cette nouvelle série se termine. On pourrait dire que plusieurs mois s’écoulent, ce qui justifierait cela mais ça a déjà été le cas après l’arc d’Aogiri donc la question demeure entière. Pour moi, Tokyo Ghoul aurait du continuer et compter trente tomes en tout au lieu de 14 d’un côté et 16 de l’autre. Il s’agit peut-être aussi d’un coup marketing pour contrer l’effet repoussoir qu’une série longue peut avoir sur certain.es lecteur.ices ? Si c’est le cas, ça ne vaut pas mieux que les maisons d’édition qui ne numérotent pas les romans pour sortir une saga déguisée…

Mon ressenti final.
Dire que je suis déçue tient de l’euphémisme, au point que j’enfreins ma règle de ne pas écrire sur ce qui me déplait. Le souci c’est qu’ayant entamé une relecture détaillée dans plusieurs articles, je ne pouvais décemment pas rester sans achever cette aventure en vous expliquant ce qui ne va pas, à mon sens, dans ce manga.
Peut-être que dans la version animée, ces défauts sont moins dérangeants. Je ne le sais pas, je n’ai pas regardé l’animé et je ne compte pas le faire. Dans la version papier, je peux dire que l’auteur s’est une fois de plus foiré sur les combats qui paraissent brouillons et sur sa mise en scène de manière générale. Je suis frustrée et presque en colère quand je vois le matériel de qualité que Sui Ishida avait entre les mains, les perspectives alléchantes, les bonnes idées, tout ça… Pour ça ? Vraiment ? J’ai presque envie de me remettre à écrire de la fanfiction pour m’enlever cette fichue frustration de l’esprit.

Relire une œuvre qu’on aime, la fausse bonne idée ?
Finalement, cette expérience m’aura fait remettre les choses en perspective et me rend plus prudente aussi dans les conseils de lecture que je peux donner. En effet, depuis plusieurs années, je classais Tokyo Ghoul dans le top 3 des meilleurs mangas de tous les temps… Il est clair aujourd’hui, si vous avez lu cet article en entier, que ce n’est plus le cas mais à quel moment exactement j’ai changé à ce point ? D’autant qu’en 2021, j’ai commencé à prendre le temps de relire des œuvres qui me plaisaient il y a quelques années. Ça a été un franc succès pour Tokyo Vice de Jake Adelstein tout comme pour le manga Black Butler avec lequel je me suis régalée tout au long des trente tomes déjà parus, sans une seule fausse note ou encore avec Im : Great Priest Imhotep qui a été un pur plaisir.

Alors pourquoi pas Tokyo Ghoul ? Je me suis posée la question, j’y ai réfléchi mais j’ignore vraiment ce qui a fait la différence. Peut-être qu’il y a cinq ou six ans je n’avais pas en main les cartes pour me rendre compte de toutes les maladresses narratives de l’auteur ? Que ma sensibilité à la mise en scène brouillonne n’était pas la même ? Il faut dire que j’ai énormément lu entre temps, non seulement du roman mais aussi du manga, chose que j’avais arrêté de faire pendant un temps sans trop savoir pour quelle raison. J’ai un peu le même souci avec la fantasy et la bit-lit : j’en ai tellement dévoré qu’à l’heure actuelle, il est très difficile de me faire aimer une œuvre de ce type parce que j’ai le sentiment que tout se ressemble, que j’ai déjà lu mieux, plus original. Vous voyez l’idée ? Je me dis qu’il doit y avoir des éléments de réponse au milieu de tout ça.

Pour conclure sur Tokyo Ghoul, il serait intéressant de voir si ces éléments problématiques ont été mieux gérés dans l’adaptation animée de l’œuvre toutefois je ne me sens pas la force de m’y confronter pour le moment. Cette question restera donc sans réponse, sauf si quelqu’un a déjà effectué l’expérience ! Et si c’est le cas, que la personne n’hésite pas à se manifester.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Je participe au Winter short stories of SFFF !

Bonjour tout le monde !

Souvenez-vous, début d’année, j’avais lancé le #ProjetOmbre en reprise du #ProjetMaki. Il devait durer toute l’année mais plein de choses ont fait que ça s’est terminé plus tôt que prévu. Je vous invite à lire mon billet explicatif pour plus d’informations.

Heureusement, dans les sombres cavernes se trouvait une Trollesse bien décidée à ne pas laisser le format court se perdre dans les ombres… C’est ainsi que naquit le WSS (qui sera son petit nom officiel, au moins le temps de cet article.) !

logochallenge
L’idéologie du challenge reste la même, simplement il se déroulera sur une période de temps plus courte afin de pouvoir optimiser le temps de lecture-sous-un-plaid. Je vous propose de lire le billet dédié sur le blog d’Au pays des cave Trolls pour en savoir plus et surtout, pour vous inscrire !

Cet article a deux objectifs. Le premier, attirer votre attention sur ce nouveau challenge car vous êtes peut-être passé.e à côté, pour une obscure raison. La seconde, vous partager mes intentions de lecture car je me suis inscrite avec l’objectif « troll des cavernes », ça ne rigole pas. Je compte aussi tenter de remplir un maximum de défis même si je n’ai pas forcément d’idée pour tous. En même temps, je ne connais pas encore le contenu des nouvelles, donc…

Voici une petite photo de ma PàL prévisionnelle !

À l’instar de Lune qui consacra son année à découvrir les intégrales de P. K. Dick, je compte participer au challenge en lisant au moins une fois par semaine une nouvelle tirée du recueil « le robot qui rêvait » d’Isaac Asimov avec le double objectif de découvrir un auteur classique de SF et de lire du format court, qui me convient bien mieux en ce moment. Ce recueil comporte 19 nouvelles pour un challenge de 18 semaines, cela fera donc une nouvelle par semaine et une semaine où je devrais en lire deux. Je vais aviser en fonction de mon intérêt pour ces textes. Je ne sais pas encore non plus sous quelle forme je vais écrire ma chronique mais elle sera probablement coupée en plusieurs parties afin d’évoquer chaque texte plus en profondeur.

Pour varier les plaisirs, je me garde également le 104e Bifrost (qui contient 4 nouvelles) et l’anthologie anniversaire pour les 21 ans d’ActuSF (5 nouvelles), qui traine depuis des mois dans ma PàL. Ce sera l’occasion !

Si je lis tout ce que je prévois, je devrais arriver à 28 nouvelles et donc atteindre l’objectif visé. Évidemment, comme en ce moment j’ai du mal à me motiver à lire et que je n’aime rien ou presque, il faudra voir si je m’y tiens… Sans compter que j’ai du mal pour les challenges, la plupart du temps. Mais je vais tout faire pour que ça soit une réussite !

Et vous, avez-vous prévu de participer ? 🙂