Dead mount death play #1 – Ryohgo Narita & Shinta Fujimoto

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Dead mount death play est un manga en cours de publication au Japon (2 tomes pour le moment) scénarisé par Ryogho Narita et dessiné par Shinta Fujimoto. Publié chez Ki-oon dans sa collection Seinen, vous trouverez ce titre au prix de 8.65 euros.

Le manga s’ouvre dans un univers médiéval où le Broyeur de Fléau s’en va affronter le Maître des corps, un terrible nécromancien qui sème la mort et la destruction. Le héros est sur le point de l’emporter mais au moment de porter le coup fatal, il comprend que quelque chose cloche…
Brusquement, le lecteur est catapulté dans un Japon contemporain au milieu du quartier du Shinjuku. Polka Shinoyama se réveille avec la gorge tranchée mais toujours vivant. Poursuivi par une mystérieuse fille jusque dans un immeuble abandonné hanté par des esprits tourmentés, il prend alors conscience de ses pouvoirs de nécromancien.

J’ai immédiatement été attirée par la couverture macabre et mystérieuse qui promettait un titre sanglant. Le résumé ne manquait pas d’attrait non plus : de la nécromancie dans un Tokyo contemporain, si c’était bien exploité, ça pouvait fonctionner. Et de fait, ce tome 1 m’a totalement convaincue, ce qui n’était plus arrivé depuis un moment.

Contrairement à la tendance dans beaucoup de nouvelles séries, ce tome 1 réussit à poser les bases du concept et de l’univers sans être introductif à l’excès ni enchainer les scènes d’exposition peu crédibles. Le lecteur est par moment dépaysé mais il apprend ce qu’il doit savoir sur la nécromancie et sur les personnages au fil d’une intrigue qui commence doucement à se dessiner. Qui a mis un contrat sur la tête du jeune Polka, seize ans seulement? En se confrontant à la négociatrice, il comprend que pour accéder à la tranquillité dont il rêve, il va devoir gagner de l’argent et accumuler du pouvoir. Deux façons pour cela: fréquenter des lieux hautement chargés en énergie négative ou aspirer des diamants. Autant dire qu’il n’est pas sorti de l’auberge.

Le chara-design des personnages se révèle moderne et très expressif, pile dans ce que j’apprécie. On n’a aucune difficulté à discerner les personnages, comme cela arrive parfois et les décors restent soignés que ce soit dans l’époque du Moyen-Âge ou dans le Tokyo contemporain. Pour les yeux, ce titre est un régal et même les moments un peu plus ecchi n’arrivent pas comme un cheveu sur la soupe. Évidemment, la tueuse qui en veut à Polka traque sa proie en uniforme de lycéenne et on voit sa culotte à plusieurs reprises mais hey… Manga quoi. Disons ça.

Pour ne rien gâcher, le lecteur est amené à fréquenter plusieurs anti héros. Polka considère les autres comme des jouets mais des jouets dont il aime prendre soin. Misaki tue ses proies avec le sourire (elle a un gros grain) en optant toujours pour des criminels jusqu’à accepter le contrat sur Polka, un « innocent », afin de tester ses limites. Takumi observe le monde à travers ses drones et juge aussi facilement qu’il est lâche. À la fois intrigants et stimulants par leur décalage avec nos valeurs sociales / morales, ces protagonistes ne manquent pas de panache ni d’intérêt.

Petit bémol, on trouve à la fin un chapitre entièrement écrit qui nous ramène dans l’univers moyenâgeux et j’aurai largement préféré qu’il soit aussi dessiné. Je n’achète pas un manga pour lire un extrait de roman, surtout à la traduction aussi maladroite. Dommage parce que visuellement, dans ma tête en tout cas, la scène rendait très bien !

Pour résumer, j’ai adoré ce premier tome de Dead mount death play qui tient ses promesses autant sur le visuel que sur le fond. Les mangakas dosent bien l’humour et l’action au sein d’une intrigue rythmée et accrocheuse. De plus, ce manga met en scène des anti-héros très inspirés qui marquent l’esprit du lecteur. Je n’ai qu’une chose à dire: bien vite la sortie du tome 2 !

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Magus of the Library #1 – Mitsu Izumi

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Magus of the Library est le premier tome d’un manga proposé par Ki-oon dans sa collection Kizuna. Dessiné et scénarisé par Mitsu Izumi, vous trouverez chaque tome au prix de 7.90 euros.

Shio est un jeune garçon pauvre qui vit dans les faubourgs de la ville avec sa sœur. Il adore la lecture mais la bibliothèque de sa ville refuse de lui prêter le moindre livre sous prétexte qu’il est trop miséreux pour en comprendre la valeur ou même en prendre soin. Heureusement, il est ami avec la fille du bibliothécaire qui lui permet de lire quand son père est absent. Martyrisé par les autres enfants à cause de ses différences physiques et de son goût pour l’école, Shio n’a plus que l’espoir et le rêve pour continuer à avancer, le rêve de cette ville des livres qui contient la bibliothèque centrale et avec elle, tous les livres édités dans le monde. Hélas, il n’a aucune chance de pouvoir s’y rendre… Du moins, pas sans un coup de pouce donné par le destin qui fera débarquer dans son petit village reculé quatre de ces gardiennes du savoir.

Magus of the Library est une ode au livre, à la lecture et à la préservation de notre patrimoine. On le sent dès les premières pages et tout lecteur amoureux des livres ne pourra qu’éprouver une grande empathie pour le personnage de Shio. C’est un enfant assez jeune quand le manga commence (si j’en crois le dernier chapitre, il a environ cinq ans… Ce qui casse un peu la crédibilité scénaristique mais allez, mettons, c’est un détail), assez naïf aussi mais très lumineux. Il résiste tant bien que mal au harcèlement, se montre fort face aux moqueries sans pour autant répliquer ou être un voyou. J’ai été séduite assez rapidement par notre passion commune pour les livres et par son désir d’en apprendre toujours plus. Par son tempérament, aussi, qui reste droit et fidèle à lui-même. Un bon petit héros de shônen sans le côté agaçant.

Dans cet univers de fantasy médiévale assez orientalisé (notamment sur les décors et les vêtements des personnages), l’imprimerie a rendu l’accès aux livres au plus grand nombre mais les disparités sociales existent toujours. Shio doit les subir alors même que sa sœur enchaîne trois boulots pour lui permettre d’aller à l’école. Ainsi, en plus d’une ode à la connaissance, c’est aussi un plaidoyer pour le respect des différences et de l’individualité. Et contre le harcèlement, par extension. Quand j’y réfléchis, ce manga brasse énormément de thèmes sur un seul tome.

Ce premier tome est introductif mais ne parait pas factice pour autant comme c’est souvent le cas avec des tomes 1 qui ont tendance à enchaîner les scènes d’exposition. Les informations sont distillées au long de l’histoire, avec une seule scène de ce genre, justifiée par les questions de Shio sur le monde du livre. Si une petite erreur s’est glissée sur l’orthographe d’un mot (pas de bol j’ai suivi le cours d’histoire du livre et des bibliothèques ->) le reste est assez exact et permet au lecteur non seulement d’en apprendre beaucoup sur ce médium qu’on utilise tous les jours mais aussi de prendre conscience de son importance. À travers son manga, Mitsu Izumi cultive avec brio son lecteur sans sacrifier au rythme narratif. Chapeau !

Le tout est servi par un dessin précis et aussi doux que son héros qui emporte le lecteur au fil des pages, entre rêve et réalité. Pour ne rien gâcher, les échanges entre Shio et les libraires permettent à la mangaka quelques accès philosophiques qui prennent aux tripes.

Pour résumer, la découverte de ce manga a été une très bonne surprise pour moi alors que ce n’est pas forcément le genre d’histoire que je recherche en temps normal. Magus of the Library est une magnifique ode au livre, aussi bien documentée que dessinée, qui ne peut que séduire les amoureux de la lecture. À découvrir d’urgence !

Billy Brouillard, le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël – Guillaume Bianco

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Le petit garçon qui ne croyait plus au Père Noël
est le second tome de la série Billy Brouillard qui en compte actuellement 4 et est toujours en cours. Scénarisé et dessiné par Guillaume Bianco, vous trouverez cette saga chez Soleil au prix de 22.95 euros par tome.

Je précise que, même s’il s’agit d’un second tome, c’est le premier que je lis et ça n’a pas gêné ma compréhension. Je pense donc qu’on peut les découvrir dans le désordre. Avec la neige qui fait son apparition, ça m’a donné envie de le sortir de ma PàL graphique et j’ai vraiment bien fait.

Cet album graphique nous raconte l’histoire d’un jeune garçon nommé Billy Brouillard. Billy vit un deuil. Il a perdu Tarzan, son chat adoré, et demande son retour pour Noël. Sans être exaucé, il commence à douter de l’existence du Père Noël et part à la recherche de quatre reliques qui lui donneront accès au royaume des ombres, où il pourra rester seulement treize minutes. Pour dire au revoir à Tarzan ou tenter de le ramener d’entre les morts?

Cette histoire est entrecoupée de doubles pages qui sont des extraits de l’encyclopédie curieuse et bizarre de cryptozoologie de Billy Brouillard. Chacune de ces pages donne des informations sur une créature croisée durant l’intrigue, comme par exemple le croquemitaine, les sirènes ou le Père Noël. Ce procédé ludique nous permet de découvrir le folklore revisité avec brio par Guillaume Bianco. Sans compter que l’effet parcheminé est très réussi !

La force de cet ouvrage est sans conteste le trait de crayon gothique de Guillaume Bianco. Il correspond parfaitement à l’ambiance du livre, tout en noir et blanc avec quelques passages aux couleurs très pâles, notamment sur les comptines malfaisantes. Le jeu des tons est extraordinaire, tout est significatif dans cet objet livre magnifiquement soigné. D’ailleurs, au sujet des comptines, j’ai adoré « l’enfant conifère ». C’était brillant.

Le thème principal est celui de l’enfance qu’on laisse derrière soi, avec ses illusions et ses espérances. Billy s’interroge à la fin, avec toute sa naïveté de petit garçon qui affronte des émotions trop grandes pour lui. Je me suis sentie profondément touchée par ses mots, par sa façon de considérer la vie et par la perte de son imagination, de son don de Trouble-Vue. Le récit est traversé par la mélancolie de Billy et ses crises de colère tandis qu’il lutte contre son deuil et contre le désenchantement qu’il implique. Pour le lecteur, c’est intense. J’ai pris une claque.

Pour résumer, cet album de Billy Brouillard est une pépite sur un plan graphique et scénaristique. Guillaume Bianco fait preuve d’un coup de crayon et d’une sensibilité rare qui sont parvenus à me toucher en plein cœur. L’ambiance macabre, mélancolique et gothique en fait une lecture qui ne plaira probablement pas à tout le monde mais moi, j’ai adoré et je compte bien lire les autres volumes de cette saga.

My Home Hero #1 – Asaki Masashi et Yamakawa Naoki

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My Home Hero est une nouveauté de chez l’éditeur Kurokawa, à paraître le 10 Janvier 2019. On retrouve Asaki Masashi au dessin et Yamakawa Naoki au scénario. La série est en cours et compte actuellement 5 tomes au Japon. Vous trouverez ce roman dans vos librairies au prix de 7.65 euros.
Je remercie Babelio et les éditions Kurokawa pour ce service presse reçu dans le cadre de la Masse Critique de décembre !

Que seriez-vous prêt à faire pour sauver la vie de votre enfant? C’est la question centrale de ce premier tome où on rencontre le personnage de Tetsuo Tosu. Père de famille, il rend visite à sa fille qui a tout juste quitté la maison et découvre qu’elle porte des traces de coups. Elle affirme s’être cognée à un poteau mais Tetsuo a un peu de mal à y croire. Il décide donc de la suivre et découvre rapidement qu’elle a bien un petit ami violent. En entendant comment ce dernier parle de Reika, Tetsuo comprend qu’il va devoir agir pour sauver sa fille…

Pourtant, on ne va pas se mentir, Tetsuo n’a rien d’un gars courageux ou particulièrement remarquable. C’est un homme comme les autres qui écrit des romans policiers sur internet et travaille dans une compagnie de jouets. Sa famille est tout pour lui, surtout sa fille, Reika, qu’il aime d’un amour aveugle. Alors comment en vient-il à commettre ce crime? C’est ce qu’on va découvrir.

Ce premier tome pose les bases d’une intrigue prometteuse et sous tension. Si elle reste assez classique (du moins pour l’instant) les évènements gardent le lecteur sous tension. Les points de vue se multiplient: D’un côté, on a les parents de Reika qui essaient de sauver leur fille et de l’autre, un groupe de yakuzas qui ne sont pas prêts de les laisser tranquille. On alterne entre les deux ce qui donne une vision d’ensemble assez riche.

Je ne sais pas précisément à quoi je m’attendais en découvrant ce manga. Pas à ça, surtout vu la couverture. C’est peut-être un des rares bémols, je trouve (personnellement) qu’elle ne correspond pas au contenu de My Home Hero. Elle en donne une fausse image. Toutefois, ma surprise fut bonne. Le traitement du crime et les réactions du père sont vraiment très nippones (vous comprendrez, je ne veux pas vous spoiler). Le dessin réaliste participe à l’ancrage dans le réel de ce thriller qui mérite qu’on lui donne une chance. Autre détail qui me pose un peu problème: il y a déjà cinq tomes publiés au Japon et vu la fin du premier, je me demande comment les auteurs sont parvenus à étirer leur intrigue. J’ai peur qu’ils rajoutent du contenu inutile en surfant sur la vague de leur succès mais je leur laisse le bénéfice du doute vu la qualité de ce que j’ai déjà lu.

En bref, le premier tome de My Home Hero est prometteur. Il offre un thriller sur fond de drame familial avec des personnages terriblement humains et normaux. Ce pourrait très bien être votre père… Il ravira les adeptes de réalisme, en espérant que les auteurs ne tirent pas trop leur scénario sur la longueur.

Noob Reroll #1 – Fabien Fournier et Jorys Boyer

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Noob Reroll
existe en manga et en light novel, c’est du manga dont je vais vous parler aujourd’hui avec le premier arc intitulé « Horizon Reborn ». Proposé par Olydri Éditions, on retrouve Fabien Fournier au scénario et Jorys Boyer au dessin. Ce tome coûte 8 euros.

Noob Reroll s’inscrit dans l’esprit transmédia de la franchise Noob créée en 2008 d’abord sous forme de web-serie, puis développé ensuite sous forme de roman, mangas, BD, ebook, films, etc. Dans cette nouvelle page de l’histoire olydrienne, nous suivons Zack qui est le petit fils de Fantöm. Les serveur d’Horizon 9.0 ont fermé depuis longtemps mais on annonce un retour du célèbre MMORPG sous le nom d’Horizon Reborn. Évidemment, nous sommes dans les années 2060 et des poussières. La technologie a bien évolué ! Le concept, c’est de se connecter au jeu uniquement pendant les phases de sommeil (afin de lutter contre l’addiction, coucou Tenshirock !) et notre esprit est numérisé ce qui donne un univers hyper réaliste. De plus, le jeu est habité par des perpétuels, à savoir les avatars de joueurs fameux dans l’histoire d’Horizon qui sont autant de clins d’œil pour les fans. On commence par rencontrer Ivy (j’aime beaucoup ce perso dans la web serie ♥) mais c’est loin d’être la seule. Évidemment, Zack finira par se connecter au jeu, curieux de rencontrer l’avatar de son grand-père décédé. Il faut dire qu’il a baigné dans les histoires liées au jeu que lui racontait Fantöm. Au moment de sa première connexion, il va tomber sur Faye (ou plutôt, Faye va lui tomber dessus) une jeune fille qui en connait un rayon sur l’ancien Olydri.

Le concept de base me plaisait assez, surtout par les thématiques qu’il soulève. De nos jours, la numérisation des consciences est un sujet presque d’actualité et il pose de nombreuses questions d’ordre pratique autant que moral. Dans ce premier tome, malheureusement, la problématique passe au second plan le temps de propulser le lecteur dans le jeu et de lui expliquer toutes les subtilités de l’univers. Le travail scénaristique effectué par Fabien Fournier est impressionnant et difficile. Il dissémine des clins d’œil pour les fans de la saga tout en donnant des explications poussées pour ceux qui découvriraient la franchise avec ce titre. Je salue la volonté d’inclure tout le monde dans le lectorat ciblé mais malheureusement, ça rend ce premier tome un peu long. Une longueur nécessaire, je l’admets, mais la masse d’information est (trop?) conséquente et l’intrigue aurait sûrement gagné à prendre davantage son temps. Au fond, le lecteur n’a pas besoin de tout savoir tout de suite et il aura oublié une bonne moitié d’ici la lecture du tome 2.

L’action est au rendez-vous, les combats commencent rapidement et sont plutôt bien représentés par Jorys Boyer ce qui n’est pas un mince exploit. Son trait est dynamique, maîtrisé. Il se passe tellement d’évènements qu’il vaudra mieux relire une seconde fois ce tome pour tout remettre en place et en perspective. Évidemment, Noob Reroll invite à la découverte de la web-serie mais aussi des autres médias qui y sont liés. D’ailleurs, un bon quart de ce tome est consacré à la présentation des light-novels avec différents extraits mais aussi de l’autre manga publié par Olydri, Meckaz. Je comprends l’intérêt de faire de la publicité, surtout quand on est dans l’auto-édition, mais ça m’a frustrée de voir tout cet espace « gâché » alors qu’on aurait pu rallonger un peu le premier tome pour apaiser ce sentiment bourratif qu’on a face à l’avalanche d’informations. J’aurai préféré un chapitre de plus pour me lancer vraiment dans l’histoire. Mais c’est une remarque purement personnelle.

Pour résumer, le premier tome de Noob Reroll est prometteur. Il ravira les fans de la saga en créant des liens forts avec le passé d’Olydri tout en restant relativement accessible aux nouveaux lecteurs s’ils ont le courage de s’y mettre un peu. Le chara-design, bien que typé manga, garde des touches clairement européennes et je me demande si ça n’aurait pas été plus intéressant de le sortir en BD. Mais c’est probablement mon côté un peu sectaire dès qu’on touche au manga. À découvrir donc, ainsi que le travail de l’équipe Noob dans son ensemble. On aime ou on aime pas, mais on ne peut pas leur enlever la passion et la volonté de bien faire.

Depth of Field (deux tomes) – Enjo

Depth of Field est un diptyque qui s’inscrit dans la veine yaoi / tranche de vie. Dessiné et scénarisé par la mangaka japonaise Enjo, chaque tome coûte 7.95 euros et parait chez IDP dans la collection Hana.

Je sais. Je sais. Vous vous dites: elle n’aime pas la romance et elle lit du yaoi tranche de vie. What the hell? Comme pour tout, il y a des exceptions et ce titre en est une belle.

Depth of Field raconte l’histoire de Sûichirô et Konno. Ils ont pris l’habitude de se retrouver sur le toit entre les cours et parfois, pendant. Ils discutent de tout et de rien. Sûichirô ressent une certaine jalousie envers Konno, doublée d’un complexe d’infériorité car il a le droit de vivre sa passion pour la photographie, contrairement à lui qui a dû abandonner ses rêves.

À mon sens, ce manga a énormément de qualité. La première, c’est le soin que la mangaka apporte à son histoire. Sur deux tomes, elle prend le temps de développer ses scènes et la psychologie de ses héros. Elle exploite avec soin les caractères et passés de Sûichirô et Konno, ce qui distille beaucoup d’émotion à chacune des pages. Impossible de poser ce titre une fois commencé. D’ailleurs, c’est simple: après avoir lu le premier tome j’ai été directement chez mon libraire pour acheter le deuxième !

Mais il n’y a pas que ça. Là où la plupart des mangakas yaoi enchaînent les scènes de sexe parfois sans véritable raison, Enjo se tempère et surtout, propose un sexe gay très réaliste. Cela peut paraître bête mais il est très rare que les personnages de yaoi utilisent des préservatifs ou songent au fait qu’une pénétration anale doit se préparer plus qu’une minute et demi (quand ils pensent à la préparer). J’ai trouvé que ça valait la peine de le relever.

En plus de cela, la romance entre Sûichiro et Konno prend son temps. Elle évolue d’une manière cohérente, frustrante aussi et immerge complètement le lecteur dans l’histoire de ces deux personnages. Pour ne rien gâcher, le dessin d’Enjo est vraiment beau et soigné, il colle parfaitement à l’ambiance de l’histoire.

Je recommande très chaudement ce manga, non seulement aux adeptes de yaoi mais aussi à ceux qui voudraient s’y essayer. Depth of Field est un très bon titre pour commencer mais place la barre très haut en terme de qualité. Ce fut une agréable surprise !

Fool’s Paradise #1 -Ninjyamu et Misao

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Fool’s Paradise
est une série en 4 tomes dessinée par Misao et scénarisée par Ninjyamu. Éditée chez Kana dans la collection dark kana, il s’agit d’un thriller couplé à une critique sociale. Je me propose ici de vous parler du premier tome.

Fool’s Paradise raconte l’histoire d’une idole prénommée Sela Hiiragi. Pendant un concert, une bombe explose sur scène et elle perd l’usage de sa jambe. Décidée à ne pas laisser cet évènement bousiller sa carrière, elle commence une rééducation intensive afin de pouvoir participer à la cérémonie d’ouverture des J.O. trois mois plus tard. L’histoire de cette jeune fille a profondément bouleversé les japonais, au point que les gens ont des réactions assez extrêmes envers ceux qui critiquent Sela. Peut-être trop extrêmes? Son tuteur commence à se poser des questions mais hélas, il est probablement déjà trop tard pour éradiquer ce phénomène.

Le pitch peut paraître surprenant pour un manga que je qualifie de thriller. Le premier tiers de ce tome est un peu lent, très descriptif, il prend son temps. Mais plus on avance et plus c’est l’escalade en terme d’action et surtout de violence. Le lecteur ne manquera pas de froncer les sourcils à plusieurs reprises, surpris par le contenu de ce qu’il est en train de lire. Il se dira que le mangaka a peut-être un peu exagéré les réactions des gens, cherchera à trouver tout un tas d’excuses, avant de se rendre compte que ça pourrait très bien arriver, même dans notre réalité. Oui, c’est l’instant cynisme.

Difficile de dire si ce manga contient des éléments fantastiques ou si les auteurs ont une vision profondément négative de l’être humain. Dans un cas comme dans l’autre, tous les ingrédients sont réunis pour une recette efficace: l’intrigue est complexe mais compréhensible, des indices sont disséminés dans le récit et posent les bases d’un scénario prometteur, les personnages sont clairement identifiables… Et ça, c’est génial ! Trop souvent ces derniers temps, je trouve que certains personnages au sein d’un même titre se ressemblent trop au point que ça devient difficile de les distinguer. Ce n’est pas du tout le cas dans Fool’s Paradise et je salue le trait de Misao qui ne manque pas de caractère.

Fool’s Paradise aborde des thèmes très actuels, comme le danger de l’idolâtrie, l’influence des groupes (sociaux, je précise) sur un individu, les dérapages lors d’évènements populaires. On ne peut pas s’empêcher, en tant qu’occidental, de faire des parallèles avec les attentats que nous avons pu connaître même si dans le cadre de la diégèse du manga, il ne s’agit pas de terrorisme religieux. Pourtant, il est probable que cela vous touche aussi en tant que lecteur et vous aide à vous immerger dans le climat de fond du manga.

Séduite par ce titre et surtout très intriguée, je ne saurai que trop vous recommander de découvrir cette saga prometteuse qui a l’avantage d’être terminée sur quatre tomes. Kana privilégie de plus en plus les séries courtes et, pour ma part, c’est un choix que j’apprécie ! À lire donc 🙂