À l’ombre du Japon #21 { Celle que je suis #1 & #2 ; une introduction à la transidentité }

Celle que je suis est un diptyque shojo / tranche de vie scénarisé par Morihashi Bingo et dessiné par Koko Suwaru. Publié par Akata Manga dans sa collection Large, vous trouverez chaque tome au prix de 8.05 euros partout en librairie. 

De quoi ça parle ?
Tokyo, dans les années 80. Yûji Manase est étudiant et a deux secrets. Le premier, c’est qu’il est amoureux de son meilleur ami Masaki Matsunaga. Le deuxième, c’est qu’il se sent mal dans son corps, au point de se haïr. Un soir, la sœur de Yûji passe à son appartement et y laisse une robe qui va exercer sur lui une forte attraction, au point que Yûji va l’essayer. Grâce à cela, Yûji comprendra qui il est ou plutôt, celle qu’elle est.

La transidentité et moi : l’étendue de ma méconnaissance.
Le thème central de ce manga est la transidentité, bien qu’il contienne quelques éléments secondaires pour densifier un peu l’intrigue. Yûji est un homme sur un plan biologique et au début du manga, le pronom « il » est utilisé jusqu’à ce que le déclic se produise. À partir de ce moment-là, Yûji sera défini comme « elle » et j’ai trouvé ce jeu formel très intéressant. Akata explique également sur son site qu’ils ont choisi d’écrire le résumé du premier tome au masculin justement parce qu’au début de la série, Yûji se considère toujours comme un homme, alors que celui du second tome est féminisé. Un choix que je trouve pertinent.

Autant me montrer honnête : je ne connais pas grand chose à la transidentité que ce soit dans la réalité ou dans la fiction en dehors de la théorie. J’entends par là que je connais le concept. Je la conçois et la comprends sur un plan intellectuel. Je la respecte et une partie de ce respect passe par l’admission de ma méconnaissance sur le sujet. J’imagine les difficultés que vivent les personnes transgenres (toujours sur un plan intellectuel) mais je n’ai aucune idée de ce que cela implique dans la réalité pour les personnes concernées. Ce serait insultant de prétendre le contraire. Du coup, mon avis sur ce titre est subjectif (comme le sont tous les avis, me direz-vous) et quand je qualifie ce titre de crédible, ce doit être remis en perspective par rapport à mes (mé)connaissances. Vous êtes donc prévenu(e)s !

Sur un plan fictionnel, je pense qu’on aborde assez peu ces sujets (ou alors je suis jusqu’ici passée à côté de toutes les œuvres qui en parlent réellement ?), surtout de manière crédible et respectueuse des personnes concernées. C’est ce qui m’a tout de suite attirée vers ce titre car j’avais envie d’en apprendre davantage avec ce qui est à ma portée et je place une assez grande confiance dans le travail d’Akata pour me douter que, s’ils publient cette fiction, c’est qu’elle est bien fichue. La fiction est-elle le meilleur chemin pour s’instruire ? Je l’ignore mais j’ai envie de croire que ce n’est pas une manière de procéder plus mauvaise qu’une autre. Voici comment et pourquoi je me suis tournée vers ce titre et je n’ai aucun regret. Après cette petite introduction, entrons dans le vif du sujet…

Transidentité, romance, tranche de vie.
Comme je le disais, ma méconnaissance du sujet m’empêche d’affirmer si ce manga est crédible ou non pour les personnes concernées et je serais vraiment curieuse de lire le retour d’une personne transgenre à son propos. Toutefois, de mon point de vue, j’ai trouvé Celle que je suis sensible, subtil, intelligent et surtout, respectueux dans sa démarche représentative. La manière dont Yûji se découvre, les étapes qu’iel va traverser jusqu’à devenir « elle » sans pour autant revendiquer son statut puisqu’iel continuera de se présenter comme masculin aux yeux du monde, par facilité… J’ai trouvé les choix et les cheminements de Yûji crédibles, compréhensibles, un peu tristes aussi mais ça participe à ancrer ce manga dans le réel. Ici, pas de grands éclats, le monde ne va pas se modifier en profondeur, il y aura peu de prises de conscience, sauf à une échelle très restreinte. C’est vraiment une tranche de vie, une tranche de la vie de Yûji qu’on suit avec émotion car on ne peut décemment pas rester indifférent.

Pour autant, le thème de la transidentité ne prend pas toute la place puisque le manga contient également des histoires d’amour parallèles dont une signalée dés le résumé. En effet, Yûji est amoureuse d’un homme qui est aussi un ami proche, sauf qu’elle a conscience de rester biologiquement de genre masculin, ce qui est un problème puisque son ami est hétérosexuel. J’ai trouvé l’évolution de leur relation intéressante et la manière dont l’épilogue se termine aussi car il rend compte de la complexité du sentiment amoureux et des choix que chacun(e) peut faire ou non à ce sujet. La douce mélancolie qui s’en dégage m’a touchée, on sent une vraie réflexion du scénariste. Peut-être est-il concerné par la transidentité ? Je sais qu’il écrit également une saga en light novel (Ce qu’il n’est pas) sur le sujet donc qui sait… Je me pencherais dessus à l’occasion !

La conclusion de l’ombre :
Celle que je suis est un diptyque tranche de vie qui traite d’amour et de transidentité. Je ne suis pas spécialiste de cette thématique et ce manga a constitué une porte d’entrée parfaite pour moi puisque le scénario est construit avec respect et intelligence. Les mangakas proposent un travail soigné autant sur l’intrigue que sur le visuel, ce qui rend Celle que je suis tout à fait recommandable. Une réussite

D’autres avis : Kiriiti’s blog – vous ?
Je n’en ai pas trouvé d’autre toutefois n’hésitez pas à me poster le lien de votre chronique si vous en avez parlé, afin que je vous ajoute 🙂

À l’ombre du Japon #20 { Black Butler ; arc Sieglinde Sarivan }

Bonjour à tous !

En ce moment, je n’ai pas trop envie de lire des romans. Du coup, j’ai décidé de reprendre ma relecture du manga Black Butler entamée cette année durant le confinement. Cet article couvre le dernier chapitre du tome 18 ainsi que les tomes 19, 20, 21 et 22. Ce dernier tome est particulier puisqu’il marque le centième chapitre du manga ! Je vais y revenir.

Un voyage pour l’Allemagne.
Cette fois-ci, sa Majesté demande à Ciel de se rendre en Allemagne car une mystérieuse épidémie la tracasse. Pourquoi s’intéresse-t-elle à ce pays ? Tout simplement parce qu’elle y a de la famille par alliance et elle souhaite donc y envoyer un secours médical si besoin, sauf que le Kaiser lui cache des choses. Version officielle, bien entendu. Bref, c’est tout naturellement qu’elle dépêche son chien de garde qui se retrouve dans le village paumé de Wolfsschlucht (si t’as pas fait allemand à l’école, bonne chance pour réussir à le prononcer).

Ce village est particulier car entouré par une forêt maudite. Selon la légende, les sorcières ont tellement été persécutées en Allemagne entre le 14e et le 17e siècle qu’elles se sont rassemblées au coeur de cette forêt et ont passé un pacte avec des loup-garous chargés de les défendre contre l’oppression. Ces créatures dégagent des miasmes qui tuent en quelques minutes après avoir défiguré les victimes. Certains y survivent mais perdent complètement la raison. Ciel ne croit pas à ces fadaises et décide de se rendre au village par lui-même puisque personne ne peut l’y conduire.

Les femmes sur place sur les premières surprises à voir débarquer Ciel, Sebastian et son groupe de serviteurs. Pourtant, leur cheffe, la sorcière verte -une étrange adolescente prénommée Sieglinde Sarivan- va les accueillir avec plaisir et leur demander de lui en apprendre plus sur le monde extérieur auquel elle n’a jamais eu accès.

/!\ À partir d’ici, ma chronique va contenir des éléments clés de l’intrigue donc lisez à vos risques et périls. /!\

L’obscurantisme et le développement des sciences.
Au fil des tomes, le lecteur se rend compte que Ciel avait raison d’être sceptique face à cette histoire de loup-garous et de malédiction puisqu’il s’agit d’un coup monté du gouvernement allemand. Je vous explique : Sieglinde est la fille d’un génie qui a mis au point une formule pour produire en grande quantité du gaz moutarde. Seulement, un accident de labo l’a tué et a défiguré sa partenaire, qui était comme par hasard enceinte à ce moment-là. Cette dame accouche de Sieglinde qui a hérité du génie de son père. Pour l’exploiter à son plein potentiel, sa mère pense que la bonne solution est de l’isoler des distractions du monde et de faire peser un certain poids sur ses épaules. Elle la met donc à la tête d’un village de femmes prétendues sorcières (des militaires en fait) que la petite va devoir sauver de l’ire des loups qui ont passé un pacte avec la première sorcière verte de l’époque. Ce pacte stipulait que la sorcière verte devait trouver un rituel pour ramener « l’air magique » dans ce monde et permettre aux créatures surnaturelles de revenir. L’air magique en question, c’est le gaz qu’on appelle aujourd’hui sarin mais ça, la pauvre Sieglinde n’en sait rien. Coupée du monde, elle croit réellement œuvrer pour aider son village.

Ce que je trouve intéressant c’est qu’une fois de plus, dans un manga résolument fantastique, Yana Toboso reste très orientée sur les explications scientifiques. Elle exploite l’idée du gaz sarin qui n’a, dans notre réalité, été inventé qu’en 1939 et justement, l’autrice donne une explication à cela (puisque le manga se déroule à la fin du 19e siècle). C’est très intéressant ! Yana Toboso propose toujours une raison logique qui justifie le fait qu’au final, les seules créatures hors du commun sont les diables et les shinigamis. Ciel lui-même, alors qu’il a passé un pacte avec un diable, rejette d’emblée l’histoire au sujet de la malédiction en arguant que ça n’existe pas. Sebastian ne manquera d’ailleurs pas de souligner à quel point sa position est ironique puisque leur pacte est, selon lui, une forme de malédiction.

D’ailleurs, concernant les shinigamis, de nouvelles informations arrivent pendant cet arc qui permettent de savoir de quelle manière on peut le devenir. Cela ouvre de nouvelles perspectives vraiment fascinantes pour la suite et pose pas mal de questions puisque pour devenir un shinigami, il faut s’être suicidé… Et j’imagine mal Grell se suicider, du coup j’aimerais VRAIMENT avoir un flashback sur le détail de son histoire, par pitié. ♥

Enfin, cet arc pose également les bases de celui qui est actuellement en cours de parution et avec lequel j’avais un peu de mal à trouver une logique, si vous vous rappelez mon court retour sur les tomes 27 et 28. Grâce à ma relecture, toutes les pièces du puzzle se sont mises en place, ce qui me ravit ! Comme quoi, quand on suit un manga depuis longtemps au rythme de la parution, se rafraichir un peu la mémoire est nécessaire… D’où aussi l’intérêt de mes articles sur le blog qui sont de fantastiques soutiens pour mes petites cellules grises.

Le centième chapitre.
118690095_2732245070387052_2512749367335505461_n                        image (c) Kana & Yana Toboso

Je l’ai dit, ce volume 22 de Black Butler fête le cap du 100e chapitre du manga. À cette occasion, un sondage a été réalisé dans le magasin qui prépublie Black Butler pour réaliser un classement de popularité des personnages. L’autrice a voulu fêter ça en imaginant une histoire hors série avec les dix plus populaires + ceux dont le dernier chiffre du classement est un 6 (comme le 16, le 46, etc.) ce qui donne lieu à une réception un peu particulière lancée par le vicomte de Druitt. Sachez qu’en tout, il y a eu 12817 votes, ce que je trouve énorme et montre à quel point la série est populaire au Japon. Si vous ne lisez pas (encore) le manga, sachez aussi que si le vicomte de Druitt est dans le coup, c’est que ça va forcément mal tourner. Donc, de base, ça sentait pas bon…

Au cas où ça vous intéresse, voici le top 10 : 1) Sebastian 2) Ciel 3) Undertaker 4) Grell 5) Vincent 6) Charles Grey 7) Snake 8) Elizabeth 9) Lau et 10) Finnian. Je dois avouer avoir été très surprise de trouver Vincent et Charles aussi haut dans le classement vu que ce sont des personnages qui apparaissent très peu et pour Vincent, uniquement en flashback (vous me direz, quand on est mort, forcément…). Sur un plan personnel, je suis quand même contente des 4 premiers car ce sont exactement ceux que j’aurai choisi de mettre et dans cet ordre ! Probablement avec William en 5 car son duo avec Grell est terrible.

Pour en revenir à ce hors-série, le vicomte intrigue lors d’une réception pour s’emparer d’un ruban montrant un chiffre plus haut que le sien car selon lui, ça permet de gagner des caractéristiques supérieures (plus de charisme, de puissance, de place dans l’intrigue, etc) et il n’accepte pas de n’être que 16e. Cela donne lieu à des vols et des échanges pour gagner plus de pouvoir, jusqu’à un affrontement final avec des serpents transformés en dragon et un majordome du feu de dieu. C’est drôle et bien fichu, du grand Yana Toboso qui en profite pour une petite touche émotion entre Undertaker et Vincent. L’air de rien, ce chapitre hors-série confirme certains éléments dont on se doutait déjà en tant que lecteur et promet pour la suite.

Voilà, sans grande surprise cette relecture continue d’être passionnante et m’apporte un nouvel angle sous lequel profiter de cette saga que j’aime tant ! J’espère que mes petits retours sur les différents arcs vous donnent envie de découvrir ce manga. On se retrouve bientôt pour la suite !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #18 { Sayonara miniskirt #1 ; se définir en tant que femme au 21e siècle }

16
Bonjour à tous et bienvenue pour un nouvel épisode d’à l’ombre du Japon où je vous parle des derniers mangas lus récemment ! Cette fois-ci, je consacre un article entier au premier tome d’un manga qui m’a vraiment bien emballé à savoir Sayonara Miniskirt !

De quoi ça parle ?
Sayonara miniskirt est le premier tome d’un manga écrit et dessiné par Aoi Makino qui raconte l’histoire de l’ancienne idol du groupe Pure Club, Karen Amamiya. On apprend assez tôt qu’elle a subi une agression physique lors d’une rencontre avec des fans, ce qui l’a poussé à mettre un terme à sa carrière pour reprendre une vie normale de collégienne. Enfin… presque puisqu’elle ne veut plus porter de jupe et décide donc d’opter pour l’uniforme des garçons. Cela la protègera-t-elle de ce mystérieux agresseur qui sévit dans le coin et qui s’en prend à des collégiennes ?

Les femmes et les jupes au quotidien.
Je ne lis que peu de shojo parce que c’est souvent un genre qui m’agace dans sa représentation de la femme. J’en ai consommé ma part plus jeune et à mesure que j’ai pris conscience de certains problèmes au sein de la représentation littéraire, je suis devenue beaucoup trop attentive à cette thématique pour réussir à tolérer un traitement bancal, où que ce soit, même dans un manga. Son simple classement avait d’office disqualifié cette œuvre de ma wishlist sauf que par curiosité, j’avais quand même lu la chronique de l’ami Otaku qui m’a convaincue de laisser une chance à Sayonara Miniskirt. Et j’ai bien fait !

Ce manga évoque le rapport au corps féminin et ce qu’implique le fait d’être une femme de nos jours. J’entends par là notre manière de nous vêtir mais également de nous représenter nous-mêmes, comme si le fait de porter une mini-jupe ou des vêtements qui nous mettent en valeur sous-entendait une autorisation implicite à tous les hommes de commenter, regarder, toucher, bref consommer à leur guise. Comme je porte moi-même très souvent des robes et des jupes (simplement parce que j’aime ce type de vêtements !) je me sens assez concernée par cette problématique. Me voici donc emballée mais inquiète également. Comment allait-elle s’en sortir ?

Ce fut une belle surprise car j’ai trouvé le ton très juste durant tout ce premier tome. Aoi Makino maîtrise son sujet et met en scène cette tranche de vie dramatique avec brillo. D’une part, elle développe diverses thématiques liées à son intrigue : est-ce qu’une star appartient à son public? Que signifie ce mot « appartenir » ? Est-ce qu’une fille doit se laisser tripoter et être contente que ça lui arrive car ça sous-entend qu’elle est désirable / jolie ? Est-ce qu’il est judicieux de séparer les hommes des femmes dans certains transports publics pour éviter les problèmes ? Est-ce qu’on doit excuser un agresseur si sa victime porte une jupe ? Si vous êtes quelqu’un de bien éduqué et d’un peu censé, vous connaissez les réponses à ces questions. Pourtant, que ce soit dans des commentaires sur les réseaux sociaux, dans la presse ou même dans la rue, il est admis qu’on a tendance à juger une femme sur sa façon de s’habiller. Combien de fois entend-on une victime dire que le policier lui a demandé ce qu’elle portait le soir de son agression ? Et nous vivons en Europe, une société supposément plus évoluée sur ces questions que celle du Japon, encore malheureusement ancrée dans un patriarcat qui implique une représentation de la femme comme un objet supposé se marier et enfanter, point final.

Ce manga évoque donc tous ces thèmes et il le fait de manière plurielle car différents personnages incarnent les points de vue possibles sur ces questions, ce qui permet de porter une forme de débat et de réflexion tout en suivant l’intrigue concernant Nina dont l’agresseur n’a jamais été appréhendé. L’équilibre au sein de l’intrigue est très bien trouvé.

Le monde des Idols et la femme.
Typiquement, il est admis que cette industrie exploite l’image de la femme en tant qu’objet. Si vous vous intéressez un peu au Japon, vous en avez probablement déjà entendu parler. Sayonara Miniskirt esquisse cet univers à part en laissant entrevoir certaines règles qui régissent la vie d’une idol, comme celle, par exemple, de rester célibataire afin d’entretenir le fantasme des fans. Cela va assez loin puisqu’une idol peut être renvoyée si on la surprend à embrasser un garçon ! On sent au fil des pages que la mangaka va exploiter ce monde et qu’il y a anguille sous roche concernant certaines actions de certains personnages secondaires. C’est très intriguant et ça permet au lecteur d’en découvrir davantage sur ce milieu ainsi que de se poser la question des apparences. J’ai beaucoup apprécié cet aspect, j’espère qu’il sera davantage développé par la suite.

Nina, un garçon manqué ?
Ce personnage de Karen / Nina est vraiment intéressant. Renfermée sur elle-même au collège, elle entretient toujours de bonnes relations avec son ancien groupe (le Pure Club). Elle a décidé de se couper les cheveux et de porter des pantalons après son agression, ça a été sa manière pour elle de s’éloigner de cette féminité qu’elle ne parvenait plus à gérer. Pourtant, au fil des pages, Nina s’interroge sur ce qu’est la féminité et ce que cela implique, notamment dans ses interactions avec deux personnages : Miku et Hikaru.

Miku est une jolie fille populaire qui assume sa féminité, aime porter des jupes et trouve que blâmer les hommes pour des attouchements revient à tous les stigmatiser, qu’il faut donc éviter. Pour elle, ça n’a aucun sens d’en « faire tout un foin » et il n’y a qu’une « mocheté » que ça peut déranger. Ce personnage est ambigu et m’inspire un profond sentiment de pitié car très clairement, Miku incarne la construction sociale dans laquelle beaucoup de filles / de femmes sont enfermées. Je me demande de quelle manière elle va évoluer.

Quant à Hikaru, c’est un personnage masculin très orienté sur le sport puisqu’il pratique le judo et ne semble pas s’intéresser aux femmes ni aux discussions sur leurs physiques qu’ont les autres garçons. On apprend que sa petite sœur a été victime d’une agression et cela explique sa prise de conscience par rapport aux autres. Ce protagoniste porte également une certaine ambiguïté en lui dont on ne prend pas conscience tout de suite, à cause d’une série de qui pro quo. Je l’ai trouvé intéressant et je me demande ce qui va advenir de la relation entre Karen et lui vu la scène finale de ce premier tome. Scène qui, d’ailleurs, me fait un peu peur quant au ton de la suite du titre. À voir donc ! Toutefois, la qualité globale de Sayonara Miniskirt me donne (très) envie de lire le tome 2 dés sa sortie pour me faire une idée plus précise d’où la mangaka souhaite aller.

La conclusion de l’ombre :
Sayonara Miniskirt est une nouveauté de chez Soleil Manga écrite et scénarisée par Aoi Makino. Cette tranche de vie dramatique plonge le lecteur dans le monde des Idols pour suivre Karen / Nina, une ancienne star ayant choisi de se retirer du milieu après une agression. Le manga questionne notre rapport au corps féminin et la manière dont les hommes se représentent les femmes. Je l’ai trouvé très intéressant dans le traitement de ses thématiques et j’encourage le plus grand nombre à le découvrir. Pour ma part, j’attends avec impatience l’annonce du second tome !

D’autres avis : L’apprenti OtakuTake a break avec SachiLire en BullesLes voyages de Ly – vous ?

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #17 { Gewalt, un manga a rarement si bien porté son nom ! }

Gewalt est une trilogie écrite et dessinée par Kôno Kôji dont c’est le premier manga papier puisqu’il est surtout connu pour son travail dans l’animation. Publié par Doki Doki, il existe pour le moment un coffret où vous pouvez acheter les trois tomes pour 15 euros (au lieu de 7.5 par tome).

De quoi ça parle ?
Ruito est un lycéen ordinaire, quasiment transparent. Un jour, alors qu’il se promène avec ses « amis » (oui je mets des guillemets parce que des amis comme ça, franchement, on peut s’en passer) il est agressé par une bande et littéralement dénudé. Humilié, blessé, il décide de passer de l’autre côté, celui des voyous. Pour ça, direction la section technique de son établissement…

Baston !
Gewalt est très clairement un manga de bagarre où on se tape dessus et où on trouve une certaine apologie de la violence (nuancée par moment). Si vous en doutiez, sachez que ce mot signifie « violence » en allemand et que la langue allemande apporte une idée de rudesse dés le départ à la lecture du titre. Aussi, il est nécessaire d’apprécier ce type d’histoire pour se lancer dans cette trilogie où tout se règle à la force des poings et où ceux qui n’osent pas frapper se font écraser.

C’est le cas de Ruito dont l’agression va déclencher un profond changement en lui. En réfléchissant à sa vie, à son existence, il se rend compte de sa transparence et du mépris que ses soi-disant amis entretiennent à son égard. Il comprend également que la plupart des relations qu’il a pu entretenir jusque là sont basées sur de l’hypocrisie et de la superficialité. Tandis que quand on cogne, au moins, c’est sincère… Bon, pourquoi pas, ça se défend avec un esprit un peu tordu. Cette idée va traverser tout le manga. Personnellement je ne la partage pas mais je comprends comment le personnage principal en arrive à se dire cela.

Pour s’initier au monde des voyous, Ruito va se tourner vers la section technique et plus précisément le « club de base ball » (qui est une couverture pour un gang scolaire). Cela va évidemment mal tourner et il sera sauvé par le leader du groupe Gewalt, que Ruito aura par hasard aidé un peu plus tôt dans la journée. Ce groupe de skaters se révèle être également une sorte de gang de rues qui se bat contre ceux qui les dérangent, sans cet aspect acharnement et violence gratuite. Ruito a très envie de les rejoindre, hélas pour lui ça ne va pas se passer comme prévu.

Parce que la Gewalt (c’est le nom du gang) a un passé ! Au départ c’était un groupe de cinq jeunes à l’origine du mois sanglant. Ils ont pacifié tous les collèges à la seule force de leurs poings avant de tomber sur plus fort qu’eux et ça a dégénéré pour l’un des membres. Évidemment, au moment où on découvre cette histoire, on comprend que ceux qui restent vont se retrouver et essayer de régler le passé.

Un protagoniste… bizarre.
Je n’ai pas d’autre mot pour décrire Ruito Genba et je ne sais pas encore vraiment si le terme bizarre doit être pris pour positif ou négatif. C’est peut-être justement cette indécision qui me fait dire qu’il convient pour le qualifier. Ruito n’est personne et tout le monde à la fois. Il est là, un peu invisible, il n’inspire ni le mépris ni l’admiration jusqu’au jour de son agression où il a le malheur de s’uriner dessus. Cette réaction physiologique pourtant compréhensible va donner lieu à un déclic profond chez ce garçon qui n’a jamais levé la main sur personne. Il va alors commencer à se battre, à encaisser, à commettre des erreurs mais surtout à développer une sorte d’honneur qui tient parfois à l’absurde tant il risque sa vie.

J’ai éprouvé à son sujet des sentiments assez ambivalents et finalement, c’est la marque d’un bon manga. Ses interactions vont permettre au lecteur de réfléchir sur la notion de violence physique et ce qu’elle implique ainsi que sur le harcèlement scolaire qui est bien présent en toile de fond, à la mode japonaise. Ruito n’est clairement pas un protagoniste principal qui inspire l’admiration ou un profond respect par ses choix de vie toutefois il n’est pas dénué d’intérêt.

Un chara-design brut et réaliste.
Le dessin de Kôno Kôji est plutôt réaliste et brutal. Ses personnages ne sont pas beaux, ils dégagent une esthétique très réaliste qui ne me plait pas trop en général mais qui sert très bien le propos ainsi que l’intrigue développée dans Gewalt. Le mangaka maîtrise très bien les expressions du visage et s’en sort honorablement sur les scènes de combat bien que je les ai trouvé un peu répétitives, du moins jusqu’au tournoi informel qui décide de l’avenir des deux gangs.

La conclusion de l’ombre :
Gewalt est un manga terminé en trois tomes à conseiller aux lecteurs intéressés par la bagarre et la violence au lycée, dans une ambiance nippone. Il ne révolutionne pas le genre et reste même plutôt classique autant dans sa forme que dans son propos. Toutefois, c’est un agréable divertissement sur lequel réfléchir à ces deux thématiques. Il reste parfaitement recommandable !

Quand RIOT s’associe à Marvel : League of Legends Universe – Lux & Ashe

Salutations chers amis lecteurs et joueurs !

Aujourd’hui j’ai eu envie d’évoquer sur le blog deux comics lus récemment et qui m’ont beaucoup enthousiasmée. Ça va être pour moi l’occasion de vous parler d’un jeu qui occupe mon quotidien depuis environ huit ans : League of Legends.

87a1ef48e43b8cf114017e3ad51b801951b20fcf
J’ai conscience que le jeu a une mauvaise réputation construite autour de sa communauté toxique et je ne vais pas m’appesantir dessus. Comme partout, y’a du bon et du moins bon, ce n’est pas le sujet. Ce dont j’ai envie de vous parler ici c’est de l’univers extraordinaire construit par les créateurs de LoL et qui se décline depuis quelques temps sur un format plus classique : celui du comics, en partenariat avec Marvel.

Ça fait un moment que RIOT propose du contenu sur son univers, que ce soit via des nouvelles disponibles en ligne classées en fonction des régions de Runeterra où elles se situent ou des comics pas encore publiés en papier. Il existe également des univers alternatifs, mon favori étant celui des Gardiens des Étoiles (j’assume, j’aime les magical girls.) ! En règle générale, chaque évènement thématique au sein du jeu a droit à sa petite histoire sous un format ou l’autre que les joueurs peuvent lire gratuitement (sachez d’ailleurs qu’il existe énormément de contenu gratuit et qu’il est possible de jouer sans dépenser le moindre euro et sans en être désavantagé pour autant). Jusqu’ici, j’ai consommé tout ce contenu sans ressentir le besoin d’en parler, juste parce que j’adore cet univers. À présent qu’il existe au format plus classique, j’en profite pour vous l’évoquer sur le blog.

3
Lux est une jeune fille qui vit à Demacia, une cité où la magie n’est pas bien vue ni bienvenue. C’est simple, vous finissez enfermé si vous la pratiquez. Pas de chance, Lux en a en elle et sait que son temps est compté. Un jour, elle commettra une erreur fatale, se dévoilant aux yeux des autorités. Pour ne rien arranger, elle appartient à la prestigieuse famille Crownguard difficile donc de passer inaperçue.

Dans cette histoire qui rassemble les cinq premiers chapitres publiés en ligne, Lux rencontre Sylas, un rebelle qui va mener une révolution à Demacia dans le but de rendre la magie légitime, ce après avoir été enfermé des années à cause de ses pouvoirs. On se retrouve devant une opposition assez classique en fantasy qui fonctionne pourtant bien et ce qu’on connaisse ou non les personnages.

Ce tome est considéré comme unique puisqu’il contient les cinq épisodes publiés jusqu’ici. Selon moi, il mériterait une suite (c’est peut-être prévu toutefois je n’ai pas trouvé d’informations à ce sujet) bien que les personnes qui consomment le contenu additionnel en vidéo ou via les musiques des championnats du monde connaissent en quelque sorte le fin mot de l’histoire (spoiler alert avec l’excellentissime Warriors version 2020). Ça n’en reste pas moins savoureux à découvrir d’autant que le trait assez réaliste permet une immersion complète dans l’histoire.

On trouve également dans le comics une partie « behind the scene » où certains croquis préparatoires sont inclus ainsi qu’une nouvelle qui prend place pendant un évènement relaté au sein du comics mais du point de vue d’un personnage qu’on n’aperçoit pas avec une explication du pourquoi. Contrairement à certaines licences, RIOT n’a pas envie de caser tous les personnages demaciens en mode fan-service -une attitude que j’approuve à 100%. Du coup, pour ceux qui se demandaient où le général Xin Zhao se trouvait pendant que Sylas marchait sur le palais… La réponse se trouve dans la nouvelle.

16
Dans Ashe, on quitte Demacia pour Frejlord, royaume rude et glacé où on rencontre la jeune Ashe, de la tribu des Avarosans. Ashe est un des premiers personnages du jeu et un de ceux qu’on apprend tous à maîtriser, peu importe qu’on joue en botlane ou non. Le comics raconte de quelle manière elle est devenue chef de guerre, la quête de sa mère, sa déchéance, ses retrouvailles avec Sejuani, leur affrontement… Bref il est très dense et riche en rebondissements.

C’est le comics parfait à lire en pleine canicule parce que ses dominantes bleus / sombres donnent vraiment froid. L’ensemble dégage un sentiment de désespoir accentué par les traits rudes du dessin. Tout se retourne contre Ashe mais elle ne baisse jamais les bras ni ne se trahit. C’est une figure héroïque forte que j’ai encore plus apprécié après ma lecture de ce one-shot.

Comme pour Lux, ce comics contient un « behind the scene » ainsi qu’une nouvelle mettant en scène le chaman Udyr ainsi que Volibear, figure mythique et mythologique au sein de l’univers. J’en ai appris énormément sur la mythologie frejlordienne au point de me passionner pour le sujet alors que, jusqu’ici, je ne la connaissais que de manière superficielle.

Sachez que chronologiquement, Ashe est le premier comics a être sorti ! Mais je les ai lu en commençant par Lux donc j’en parle dans l’ordre de lecture.

Une lecture pour les joueurs ?
La grande force de RIOT c’est, selon moi, de proposer un univers étendu qui s’adresse aussi bien aux joueurs qu’aux novices. Il est tout à fait possible de lire ces deux comics sans jamais avoir joué la moindre partie ou de jouer sans jamais lire ces textes. Les deux se complètent pour ceux qui souhaitent prolonger l’expérience mais forment aussi une belle porte d’entrée dans l’univers de Runeterra. En espérant que des suites soient prévues pour ceux qui n’ont pas l’âme joueuse parce que sans ça, les futurs lecteurs ressentiront une réelle frustration, surtout pour Lux.

D’autres avis : vous ?

À l’ombre du Japon #16 { Beastars & moi, chronique d’un coup de coeur inattendu }

Salutations !

Voilà quelques jours que je procrastine sur la manière dont je vais vous parler de cette découverte incroyable qu’a été Beastars pour moi. Allais-je me contenter de reformuler ce que beaucoup ont déjà pu dire sur les qualités du manga ? Je n’en avais pas l’envie et n’en voyais pas l’intérêt. Du coup, j’ai opté pour un billet qui raconte comment j’en suis venue à être totalement accro à cette œuvre.

tenor
Beastars & mes a-priori : l’esthétique

J’ai commencé à entendre parler de Beastars grâce à la blogosphère et plus particulièrement l’ami Otaku. Jusqu’ici, ce n’était à mes yeux qu’un arrivage de plus chez Kazabulles qui ne m’inspirait rien de positif puisque j’ai du mal avec le concept d’animaux anthropomorphisés (je vais y revenir). Pourtant, la manière passionnée dont l’Apprenti Otaku parlait de ce manga a fini par me convaincre non pas d’acheter la version papier mais de regarder l’animé qui venait de débarquer sur Netflix. Au fond, ça ne me coûtait rien du tout si ce n’est un peu de mon temps alors… Pourquoi pas ?

beastars_8463

Je ne savais pas grand chose du contenu (okey en vrai je ne savais RIEN du tout sauf ce qu’en avait dit l’ami Otaku et que j’avais déjà à moitié oublié à ce moment-là), je n’avais même pas lu le pitch de base pour être totalement honnête, m’engluant dans mes idées reçues. Je me suis contentée de me lancer… et de regarder les douze épisodes en une soirée, captivée par ce que j’étais en train de voir. Je n’avais plus binge-watché quoi que ce soit depuis une éternité et ça m’a fait beaucoup de bien alors que le confinement durait déjà depuis une semaine ou deux.

Je ne m’attendais ni à une telle intensité d’écriture ni à me passionner autant pour l’intrigue de ce thriller dans le monde scolaire et théâtral. Tout fonctionnait merveilleusement bien, sans la moindre fausse note et je ressentais énormément d’empathie pour les personnages. Sans parler de mon intérêt qui virait à l’obsession pour leurs interactions. Vu que j’ai tendance à avoir toujours quelque chose à redire, ça tenait également du miracle. Toutefois, je n’ai pas commandé tout de suite la version papier, hésitante que j’étais devant le chara-design un peu particulier que j’avais entrevu sur les couvertures.

Beastars_annonce

source : site de Ki-oon

C’est particulièrement flagrant sur la bannière d’annonce du site Ki-oon. Traitez-moi de fille superficielle mais quand je lis un manga, j’ai besoin que le chara-design colle à ce que j’apprécie. J’ai un certain canon, des attentes que je ne peux pas clairement expliciter parce que je ne suis pas du tout spécialiste en dessin mais disons que mon étalon de perfection se situe quelque part entre Yana Toboso et Kaori Yuki. Ici, Paru Itagaki s’en détache largement et ça m’a fait peur. Surtout quand on regarde certaines planches internes, j’avais le sentiment d’un brouillon.

Sauf que…

Quand on prend la peine de lire quelques pages, on se rend compte que ce trait brut correspond parfaitement à l’univers animalier -même anthropomorphisé- que développe la mangaka. Sa façon de dessiner renforce son histoire, son intrigue, les sentiments dégagés par les protagonistes. Tout fonctionne dans un ensemble superbement maîtrisé quand on pense que la mangaka a commencé à 24 ans et qu’elle va en avoir 27. On a le même âge à deux mois près en vrai… De plus, le trait s’affirme au fil des tomes ! Je m’en suis d’autant plus rendue compte quand j’ai enchaîné les tomes 6 à 11. Pour info, l’animé s’arrête pour le moment à la moitié du tome 6 donc vous savez où commencer si vous suivez le même chemin que moi.

Beastars & mes a-priori : l’anthropomorphisme
Quand je discute de Beastars avec certaines personnes sur les réseaux sociaux ou IRL, la remarque qui revient le plus souvent concerne l’aspect anthropomorphique des personnages qui cause une forme de malaise / de répulsion. J’ai été surprise de constater à quel point beaucoup de gens partageaient mon propre sentiment face à cela. Je me demande d’où ça vient. Peut-être le fait que beaucoup d’histoires pour enfants mettent en scène des animaux anthropomorphisés, ce qui nous donne un sentiment d’être forcément confronté à une oeuvre jeunesse ? Si c’est ça, j’aimerais bien qu’on se pose deux secondes pour évoquer le traumatisant les animaux du bois de Quat’sous

Qu’on se comprenne, je ne porte aucun jugement puisque j’appartenais moi-même à cette catégorie. Ma surprise n’en a donc été que plus grande (et belle) en constatant à quel point Beastars s’inscrit avec force comme un incontournable récent du genre manga avec un traitement parfait autant sur un plan graphique, thématique, intrigue… Il n’y a rien à jeter, selon moi. Et la mise en scène d’animaux avec cette opposition carni / herbi qui tentent de cohabiter avec toutes les difficultés que cela implique ne fait que renforcer la métaphore sociale. L’exemple le plus récent qui me vient à l’esprit est celui d’une carni qui pose pour des selfies avec des herbis parce que « ça fait bien ». Ces selfies se retrouvent sur les réseaux sociaux et ce sont ceux qui génèrent le plus de like parce qu’ils montrent une tolérance bienpensante approuvée par l’ensemble de la société (vous sentez l’aspect hypocrite du truc ?). Ce chapitre montre que, dans la réalité, les herbis ont tendance à continuer à se méfier des carnis et à s’éloigner une fois la photographie prise. J’ai beaucoup aimé l’intelligence de ce chapitre qui montre vraiment une volonté de la mangaka de traiter de sujets modernes. Ceci n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres…

Beastars, pour résumer :
Si je dois résumer Beastars en quelques mots je dirais qu’il s’agit d’un thriller qui se déroule dans un cadre scolaire / club de théâtre avec des personnages animaux anthropomorphes adolescents à la psychologie bien construite et d’une rare puissance émotionnelle. Cela permet d’exacerber les thématiques autour des pulsions, des instincts, de la découverte de soi, de son corps, les premiers émois mais aussi l’image sociale. L’intrigue est très habilement menée et tient le lecteur en haleine tout du long. Un premier arc se termine selon moi avec le tome 11 lorsqu’on découvre l’assassin de Tem, l’alpaga, mais la série continue pour le meilleur (je l’espère !) puisque 19 tomes sont déjà publiés au Japon.

Que dire de plus ?

Juste… Passez au-delà de vos éventuels préjugés et donnez sa chance à ce manga. Il vaut vraiment le détour.

7cddc4e02afcbcca24967c3b7891a843

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #15 { Black Butler : arc Weston College }

Bonjour à tous !

Durant le confinement, j’avais entamé une relecture d’un de mes mangas préférés de tous les temps : Black Butler en vous proposant des articles thématiques où je rassemblais les tomes parc arc (pour rappel : Sôma & Aghni + Noah’s Circus et meurtre au manoir + drame sur le Campania) Puis j’avais mis celle-ci en pause pour me ruer sur les nouveautés mais une envie subite de reprendre cette aventure m’est venue. Sur une soirée, je me suis donc refait l’intégralité de l’arc Weston College qui correspond aux tomes 15 à 18 (enfin une partie du 18). À ce jour, ces arcs n’ont pas été adaptés en animé.

Quand Black Butler vire « gakuen mono »
J’ai appris ce terme grâce au mot de l’autrice Yana Toboso sur le rabat du tome 17. Il s’agit d’un genre au sein des mangas où on parle de la vie scolaire d’élèves et étudiants. C’est clairement le cas ici puisque Ciel doit rejoindre le Weston College, une prestigieuse institution britannique, afin d’enquêter sur une série de disparitions dont celle d’un petit cousin de la reine Élisabeth. En théorie, aucun domestique n’a le droit d’accompagner ces fils de bonne famille dans l’établissement toutefois Sebastian réussit à se faire engager comme intendant, Ciel n’est donc pas totalement livré à lui-même pour ses recherches.

Le Weston College se divise en quatre maisons réparties selon des couleurs : Blue Owl, Green Lion, Scarlet Fox et Violet Wolf. Dans la Blue House, on retrouve plutôt les intellectuels. À la Green House, les sportifs. À la Red House, ceux qui ont un statut social particulièrement remarquable et une esthétique affirmée. Enfin, à la Purple House, ceux qui possèdent un don artistique. Chaque maison est dirigée par un préfet qui étudie en dernière année. À eux quatre, ils forment les « P4 » et ont droit à certains privilèges.

Dans cette école prestigieuse, on trouve un système de fag c’est-à-dire une relation de type fraternelle entre un élève plus jeune et un plus âgé qui le prend sous son aile. Le plus jeune « sert » le plus âgé mais le plus âgé lui apporte également son aide. Devenir le fag d’un préfet est un honneur très prestigieux que Ciel va tenter de décrocher puisque cela l’aidera grandement dans ses recherches en lui donnant accès à des évènements privés comme le fameux thé de minuit.

Hélas, les élèves des autres maisons ne peuvent pas pénétrer dans les dortoirs où ils ne sont pas affiliés, ce qui oblige Ciel à faire appel à un personnage qu’on a déjà croisé plus d’une fois : le prince Sôma ! Ce qui donne lieu à une scène d’anthologie avec un éléphant dans une écurie…

Quand Black Butler devient un manga… sportif.
Un qualificatif qui peut surprendre et pourtant cet arc est très tourné vers le sport, en particulier le fameux cricket. Le 4 juin de chaque année a lieu un tournoi entre les maisons où la compétition fait rage, ce qui donne à Yana Toboso l’opportunité d’expliquer les règles de ce sport qui a toujours été obscur pour moi et à Ciel l’occasion de briller par sa ruse pour se distinguer. Ce n’est pas vraiment le genre de thème ou d’intrigue que je préfère toutefois ça change, apportant un vent de fraicheur tout en reliant cet arc à celui du Campania d’une bien terrible manière. Je n’en dis pas davantage pour éviter de vous divulgâcher l’intrigue.

Ce tournoi de cricket occupe +- deux tomes entre la réception qui le précède et le match en lui-même que l’autrice développe dans le détail. On ne s’ennuie pourtant pas une seule minute et c’est quelqu’un qui n’a aucune affinité avec le sport qui vous l’affirme !

Un arc dans la continuité qualitative du manga.
Les aspects école et sport apportent une nouvelle dimension à Ciel qui va devoir s’adapter à une vie communautaire, lui qui avait opté pour une forme de solitude (à l’exception de ses domestiques) depuis son « accident ». Comme son dos est couvert de cicatrices et que son œil dissimule le signe du diable, il doit se montrer très prudent sans pour autant inspirer de l’antipathie aux autres élèves dont il espère se servir pour résoudre son enquête. Cet arc m’a laissé un sentiment en demi-teinte. D’un côté, observer ce jeune garçon de treize ans vivre une existence normale m’a inspiré une certaine peine pour lui à qui cette normalité reste inaccessible. De l’autre, il reste fidèle à lui-même et à ses valeurs tranchées, ne se laisse pas attendrir quand on l’attendrait et n’a pas une hésitation à aller jusqu’au bout de son rôle de chien de garde. Cet arc lui apporte une nuance supplémentaire et cela semble amuser Sebastian.

C’est ce que j’aime particulièrement dans Black Butler. On a tendance à oublier que Ciel n’est, en théorie, qu’un enfant et Yana Toboso offre de magnifiques pages d’une maitrise exquise doublée d’une ambiance assez malsaine pour nous le rappeler quand on s’y attend le moins. J’a-dore.

Pour information : les deux derniers chapitres du tome 18 sont consacrés à la mise en place d’un nouvel arc narratif qui se déroule en Allemagne ! Entre les deux, on trouve un chapitre de transition où un personnage entraperçu précédemment revient le temps d’évoquer le développement de la société Phantom qui s’intéresse désormais au marché féminin -un grand défi pour Ciel qui n’y connait rien.

Et voilà nous arrivons déjà à la fin de ce petit article concernant ce nouvel arc de Black Butler. Le prochain ne tardera pas autant, promis ♥

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #14 { Assistant Assassin #1 et Anonyme #1 – les tueurs ont la cote ! }

Bonjour à tous !
Nouvel article thématique aujourd’hui en lien avec le manga mais un peu différent des craquages ou des retours en vrac. Pourquoi ? Le hasard a voulu que parmi les sorties du déconfinement se trouvent deux titres qui utilisent l’archétype de l’assassin d’une manière totalement différente au point de donner deux mangas à l’ambiance et au fond à la limite opposés. Interpellée par cette curiosité, j’ai eu envie de vous les évoquer ensemble…

13
Assistant Assassin – Hiromasa Okujima – [ Omaké manga ]

Asakura Shin.Ichi (jeu de mots en japonais qui donne Assassin en surnom, notez bien) est assistant d’un célèbre mangaka. Passionné, il tente de percer sans y parvenir vu su humour douteux et doit vivre de ce boulot aussi précaire que stressant. Pour joindre les deux bouts, il devient chasseur de primes en utilisant une application sur Internet…

14
Anonyme ! – Chikara Kimizuko (scénario) & Yen Hioka (dessin) – [Soleil manga ]

À treize ans, Takashi a tué son professeur au Collège. Il avait d’excellentes raisons. L’ennui, c’est qu’il a gardé le silence pour protéger quelqu’un et il en paie les conséquences. Après un passage en maison de redressement, Takashi essaie de reprendre sa vie normale dans une nouvelle ville sauf que quelqu’un semble déterminé à l’en empêcher.

De bonnes raisons pour tuer ?
Dans Assistant Assassin, le héros est un peu paumé avec des rêves plein la tête. Il manque de personnalité, n’arrive pas à affronter son patron qui l’exploite sans la moindre honte. Cela permet d’entrevoir les difficultés du monde du manga avec, je pense, une large partie autobiographique pour le scénariste.

Pourtant, quand Shin enfile son costume pour devenir le mouton rouge, il change du tout au tout. Difficile de savoir s’il prend plaisir à tuer, en tout cas on sent une certaine philosophie autour des moutons qui se révoltent contre les loups doublée d’une nécessité : celle de vivre, de payer son loyer. Personne ne connait les détails de sa double vie à l’exception d’un personnage qu’il rencontre en tant que tueur et qui reviendra à la toute fin du premier tome. On sent que, par la suite, cette notion d’identité secrète sera exploitée mais ce premier tome sert surtout à poser les bases du concept.

Ce concept fonctionne assez bien mais reste, dans l’ensemble, plutôt comique dans son traitement. Avec ce premier tome, j’ai eu du mal à me positionner sur le ton du manga qui s’inscrit finalement dans la grande tradition japonaise de l’exagération.

Le cas de Anonyme est radicalement différent. Du haut de ses treize ans, Takashi est un collégien comme tous les autres avec des amis qu’il adore, préoccupé par ses activités extrascolaires. En assistant à une certaine scène, il va tuer quelqu’un tout en gardant le silence sur ses motivations, par respect pour la victime. Ce silence va détruire non seulement sa vie mais également celle de sa famille.

Là où Assistant Assassin se focalise sur l’aspect gore et punitif du boulot de Shin, Anonyme propose une approche bien plus psychologique et crédible. Le lecteur voit la manière dont la mère de Takashi subit vandalisme et discrimination, dont sa sœur doit mettre sa vie en pause parce qu’elle est devenue une paria par défaut. Le lecteur connait les raisons de Takashi et ne peut que compatir. L’aspect brillant de ce premier volume tient justement à ce sentiment d’intense compassion mêlé d’injustice que les deux mangakas parviennent à nous faire ressentir. Le maître mot ici est et restera subtilité. Tout n’est pas blanc ni noir, au contraire…

Bien assassiner en manga, une question de visuel.
Dans un manga, l’ambiance passe forcément beaucoup par le visuel mais c’est encore plus vrai quand on aborde des thèmes aussi sombres que celui-là. Les mangakas concernés par ces deux titres proposent des traits vraiment différents l’un de l’autre qui transmettent chacun un message.

Dans Assistant Assassin, le coup de crayon est plus adulte, plus marqué avec davantage d’ombrages, d’expressions extrêmes, de sang qui gicle, de personnages un peu moches comme on en croise dans la vie de tous les jours. On sent l’aspect violent assumé chez Hiromasa Okujima, une violence atténuée par le personnage de Shin qui reste, dans les grandes lignes, un looser pas très effrayant aux yeux du lecteur qui suit l’histoire de son point de vue.
Au contraire, Yen Hioka opte dans Anonyme pour un dessin presque shônen très axé sur les visages et les émotions des personnages. Sa violence se porte à un niveau plus psychologique et a, selon moi, davantage de force grâce à cela. Même la scène du meurtre reste soft : on voit le mouvement initié par la batte mais assez peu d’hémoglobine. Yen Hioka est dans la suggestion, ce qui fonctionne davantage sur ma propre sensibilité.

Avec ou sans humour, deux tueurs réussis.
J’avoue être toujours attirée et intriguée par un personnage principal assassin puisque j’aime voir comment les auteurs les mettent en scène. Cette curiosité est à double tranchant puisque j’en deviens très exigeante sur le traitement psychologique, comme dans The Killer Inside dont je vous ai parlé et qui est pour moi un gros échec. Ici, ces deux titres réussissent l’exploit de combler mes attentes alors qu’ils n’ont finalement que l’archétype de leur antihéros en commun. Voilà la preuve qu’on peut écrire de nombreux scénarii en partant d’un même concept de base et s’en tirer plus que honorablement.

La conclusion de l’ombre :
Si ce n’était pas clair, je recommande avec enthousiasme la lecture d’Assistant Assassin et Anonyme ! qui proposent un premier tome solide et prometteur. Je pense que sur la durée, Anonyme me séduira davantage toutefois je vais continuer les deux par curiosité.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #13 { Pourquoi j’ai craqué sur Otaku Otaku… }

Salutations ami(e)s mangaphiles !

J’en parle depuis longtemps et aujourd’hui je saute le pas avec un épisode spécial autour du manga Otaku Otaku (ou Wotaku ni Koi wa Muzukashii dans sa version originale -on admettra que c’est moins facile à prononcer). Hier soir, j’ai terminé de me mettre à jour en lisant les tomes 6 et 7 du manga, j’ai donc toutes les cartes en main pour en parler. Voici quelques bonnes raisons de craquer sur ce titre si ce n’est pas déjà fait. Sachez qu’il existe également en animé (que je n’ai pas encore regardé mais c’est sur amazon prime du coup ça ne va pas tarder) et qu’un film live devait sortir le 7 février 2020 lors du festival d’Angoulême sauf que j’ai un peu de mal à savoir si ça a bien été le cas avec la crise COVID…

Otaku Otaku un manga pour TOUS !
J’ai un moment cherché à classifier ce manga en me demandant si on était plutôt dans le shōjo, le seinen, le shonen, pour quel public… Tout en m’apercevant que ces restrictions éditoriales ne permettaient pas de qualifier correctement Otaku Otaku. À première vue, on y évoque des romances donc j’aurais eu tendance à le classer en shōjo (oui je fais des généralités, je crains, désolée) sauf qu’on est loin de la mièvrerie qu’on trouve souvent dans ce genre (selon moi). Heureusement, Kana a la solution puisque le titre est édité dans la collection Big Kana qui rassemble les œuvres traitant des sujets de société à destination d’un public adulte. Et c’est… Totalement ça en fait. Fujita traite ici la manière dont les otakus sont vus au Japon et dont ils vivent au quotidien. Bien entendu, on y retrouve de l’humour et un aspect comique sauf que celui-ci ne tombe jamais dans l’absurde. Je vais donc utiliser les termes de : tranche de vie otaku résolument positive !

Un découpage narratif surprenant.
Dans les mangas que je lis habituellement, les mangakas suivent une trame chronologique en insérant de temps en temps des flashbacks qui servent à expliquer des morceaux de l’intrigue. Fujita propose plutôt un enchaînement de saynètes courtes intercalées entre des histoires plus longues et en alternant les différents duos sans en privilégier un par rapport à l’autre. L’équilibre est bien trouvé, il permet à l’intérêt de ne pas retomber et donne au lecteur une sensation de rythme, de fraicheur, qui ne peut que séduire. J’adhère totalement ! Ça permet aussi à ceux qui n’ont pas envie de se poser longtemps dans une lecture de savourer une page ou deux puis de faire autre chose. Après, on ne va pas se mentir, ce manga rend accro. Je doute donc que vous parveniez à le reposer après l’avoir ouvert mais enfin… Sait-on jamais !

Le respect de la figure otaku via des personnages crédibles.
Petit tour d’horizon des protagonistes qui incarnent la grande force de ce manga !

On retrouve d’abord Narumi Momose qui est passionnée par les mangas, surtout les shojos et les BL. Elle écrit / dessine d’ailleurs des dojinshis c’est à dire des fanfictions qui rendent hommage à ses mangas favoris et qui sont parfois (souvent) érotiques. Elle fréquente donc pas mal de conventions pour les vendre sur place, une pratique répandue et acceptée au Japon. Elle est en couple avec son ami d’enfance, Hirotaka Nifuji. C’est un garçon qui parait froid au premier abord et uniquement intéressé par les jeu-vidéos sous toutes ses formes. Au fil du manga, sa personnalité se révèle plus subtile et travaillée ce qui est très appréciable. Plus on avance dans les tomes et plus on se rend compte de la richesse de ses sentiments et de ses questionnements.

Tous les deux travaillent dans la même boîte que Hanako Koyanagi et Tarô Kabakura, l’autre couple phare du manga au caractère plus que bien trempé. Ils se connaissent depuis l’école et c’est tout feu tout flamme entre eux… Koyanagi est une cosplayeuse célèbre dans le milieu qui adore elle aussi le BL. Kabakura, quant à lui, est un otaku considéré comme plus soft car il aime surtout les animes et s’achète parfois quelques mangas papiers. Ce quatuor se retrouve souvent pour pratiquer des activités d’otakus puisqu’ils restent assez discrets sur ces sujets au boulot. Ils vont à des conventions, jouent en ligne ensemble, ont des débats sur les meilleurs personnages ou les meilleurs couples, etc.

Rapidement, un nouveau personnage apparaît : Naoya Nifuji, le petit frère de Hirotaka qui n’est pas du tout un otaku ! Le qui pro quo va durer un moment, d’ailleurs. Naoya est jovial, rayonnant, un peu simplet par moment et pas très attentif à son environnement. Il est gentil quoi… Il va longtemps penser que Kô Sakuragi est un garçon… Alors que c’est une fille, une hardcore gameuse comme Hirotaka ! Plutôt androgyne, un peu garçon manqué. Ils vont se rapprocher et en sont toujours au stade de l’amitié pour le moment. Kô a une patience d’ange avec Nao et lui apprend à devenir meilleur dans les jeux. Nao, de son côté, lui permet de s’ouvrir puisque Kô est très timide dans la vie de tous les jours et plutôt solitaire.

85867
Difficile de choisir mon personnage favori… Je pense être assez proche de Konayagi sur un plan psychologique toutefois Fujita est si douée qu’elle m’a fait aimer TOUS les protagonistes à part égale !

Chaque personnage affiche ses préférences en respectant celles des autres et en s’y intéressant parfois. Hirotaka va par exemple accepter de lire un BL pour faire plaisir à Narumi. Narumi tentera le cosplay avec Konayagi pour faire un duo, etc. On pourrait craindre que Fujita tombe dans la facilité avec un humour au détriment des otakus. Que nenni ! La mangaka respecte les otakus et en donne une image plus positive qui, je l’espère, permettra de faire évoluer la façon dont on les considère au Japon. Chaque personnage a d’ailleurs sa propre façon de vivre le fait d’être un otaku. Momose le dissimule et quand elle sortait avec des garçons « normaux » (avant Hirotaka) elle n’osait jamais en parler. Elle « changeait de mode » pour se conformer à la norme sociale. Kabakura est très discret là-dessus lui aussi par crainte d’être jugé, au contraire de Hirotaka qui se fiche du regard des autres ou de Konayagi qui n’a pas honte mais garde le silence pour respecter les préférences de ses amis.

Une charte graphique au top.
Je suis tombée amoureuse du chara-design mais aussi de tous les petits éléments bonus entre les chapitres. Fujita propose plein de petites illustrations thématiques, n’hésites pas à costumer ses personnages, à les dessiner en chibis, c’est le genre de petit plus auquel je suis sensible. D’ailleurs, chaque tome contient plusieurs pages couleurs au début du volume qui sont toujours très sympas et ne coûtent pas plus cher puisque le manga affiche un prix très démocratique de 7.45 euros.

Je vais conclure en disant que ce manga est ma plus belle découverte de l’année avec Noragami (dont je vous ai déjà parlé dans un précédent article). J’ai adoré chaque tome, j’ai ri plus d’une fois, j’ai aussi eu les larmes aux yeux à de nombreuses reprises. Ce manga tranche de vie est fait pour les otakus, un qualificatif que je considère comme adapté pour moi. Je n’aime pas la romance, je suis peu intéressée par les tranches de vie en règle générale, pourtant je suis accro à ce titre que je recommande plus que chaudement !

source

Vous connaissez déjà ? Vous aimez ? Ça vous intrigue? Dites moi tout !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

À l’ombre du Japon #12 { Noragami, pourquoi j’ai craqué sur ce manga ? }

Bonjour à tous !

J’ai récemment lu les tomes 7 à 11 de Noragami et usuellement, je parle de 5 volumes par épisode AODJ. Le truc c’est que ces chapitres ne complètent pas un arc narratif entier et qu’il est donc délicat d’opter pour le même format que ma relecture de Black Butler, qui se divise beaucoup plus facilement. J’ai donc eu l’idée de vous évoquer pour quelle raison j’adore ce manga et, j’espère, vous donner envie de le lire vous aussi ! N’hésitez pas à me dire si ce type d’article vous plait, je pense le réitérer à l’avenir pour d’autres séries (comme Otaku Otaku qui sera la suivante si le concept fonctionne).

Des personnages originaux.
Ce que je reproche souvent au genre shônen, c’est de tabler sur des personnages archétypaux au possible et des héros un brin con-con bourrin. Dans Noragami, le personnage principal, Yato, est un dieu mineur dont le but est de réunir des fidèles, suffisamment pour avoir un temple à lui. Yato est pourtant une divinité ancienne mais on comprend rapidement qu’il a un passé obscur qu’on découvre justement dans les tomes que je viens de lire. Son âge lui permet une forme de maturité qu’il n’affiche pas toujours mais qui ressort dans les moments opportuns. De plus, Yato possède une psychologie nuancée et entre clairement dans la catégorie du vigilant, ce qui est un type de personnage toujours très intéressant à suivre.

unnamed

Mais il n’est pas le seul protagoniste remarquable. Dans Noragami, on peut parler d’un trio formé par Yato, Hiyori et Yuki. Hiyori est une collégienne de dernière année (elle entre au lycée au bout de quelques tomes, à la fin du premier gros arc narratif) qui sauve Yato dans le premier tome en se faisant écraser par un bus à sa place. Du coup, elle devient une demi ayakashi et sort de son corps sans le faire exprès, ce qui donne lieu à des situations tantôt cocasses, tantôt inquiétantes pour ses proches puisque dans ces moments, son corps est plongé dans une sorte de coma. Hiyori est une jeune fille serviable, altruiste, qui ne se laisse pas pour autant marcher dessus. Fan de kick-boxing, elle se bat à plusieurs reprises pour prendre soin de ceux qu’elle aime. C’est une héroïne très intéressante avec une psychologie soignée, crédible. Je l’aime vraiment beaucoup et pour un personnage féminin, c’est pas vite gagné !

noragami-2

Le dernier membre du trio est Yukine, le shinki (arme) de Yato. Au départ, Yukine n’est pas franchement ravi de devoir rester avec un dieu comme Yato, qu’il trouve vraiment nul. L’adolescent n’accepte pas sa mort et adopte un comportement de délinquant en guise de révolte, ce qui cause de gros problèmes à Yato qui refusera pourtant de l’abandonner. C’est le personnage le plus fascinant avec la meilleure évolution jusqu’ici grâce à son gain de maturité et à son investissement pour devenir un meilleur shinki. Il est aussi assez touchant dans ses souffrances et ses questionnements.

tumblr_n2bs0qndJo1r84fspo1_500

Une mythologie riche et bien exploitée.
Outre ce trio, on retrouve dans Noragami une flopée de dieux issus du panthéon japonais, des divinités plus ou moins connues. En règle générale, on sait qui est Izanami, un peu moins Ebisu. Ceux-ci évoluent dans le higan, sorte de mon spirituel. Les humains, eux, vivent dans le shigan. Entre ces deux mondes existe un angle-mort où on trouve les ayakashis. Ces monstres créent des problèmes dans le monde humain, de plus ou moins grande envergure. Cela va des drames domestiques à des accidents graves. J’admets volontiers qu’on retrouve un petit côté Bleach (dont la première publication date de 2001 alors que Noragami a commencé en 2010) sans pour autant que ça ne soit un bête copier/coller, loin de là ! C’est plus une question d’ambiance, de maturité et de division du monde. D’ailleurs si vous avez aimé Bleach, n’hésitez pas une seconde à commencer Noragami.

J’évoque l’ambiance, j’en profite pour préciser que Noragami se classe comme un shônen plutôt sombre sur plusieurs points et avec une subtilité à laquelle je goûte beaucoup. Il suffit de voir la relation entre Yato et Nora, le lien qui unit Yato et son géniteur, le destin des shikis de Bishamon, les relations entre un dieu et son ou ses shikis… Noragami offre plusieurs niveaux de lecture et de profondeur, ce qui est très appréciable.

Une intrigue dynamique.
Autre point qui m’embête souvent dans les shônens (Fairy Tail faisant exception à ce sujet) c’est le dynamisme des intrigues qui ont tendance ou à tirer en longueur ou à partir sur un gain perpétuel de puissance chez les protagonistes pour affronter des adversaires toujours meilleurs. Dans Noragami, s’il y a effectivement une évolution chez Yukine (qui, rappelons-le, part de rien donc c’est logique qu’il prenne des cours avec un autre shiki plus âgé) la majeure partie des personnages sont des dieux confirmés qui n’ont pas besoin de prouver quoi que ce soit et qui en imposent. Je pense notamment à Bishamon, déesse guerrière. En effaçant l’aspect quête de puissance, la mangaka se concentre sur le fond avec une intrigue solide dont elle distille les éléments petit à petit sans jamais tomber dans le hors-sujet car tout a finalement un sens, un but. C’est une très belle maîtrise que je soulignais déjà dans le tome 1 qui ne m’avait pas du tout donné le sentiment d’être une introduction bateau à un nouvel univers comme c’est souvent le cas.

Un dessin maîtrisé et bien caractérisé

Il m’arrive quelques fois dans un manga de m’emmêler les pinceaux entre les personnages car ils se ressemblent par moment beaucoup. Un peu comme si le ou la mangaka restaient dans un modèle type en changeait une coupe de cheveux ou une façon de s’habiller. Dans Noragami, chaque protagoniste, principal ou secondaire, est très bien caractérisé ce qui empêche toute confusion ! Le dessin est très propre avec une vraie maîtrise au niveau des émotions et des expressions. De plus, les couvertures (je vous mets un échantillon parmi mes préférées) attirent l’œil par leur aspect très coloré mais pastel. Dans un rayon, elles se démarquent !

Des thématiques plurielles et fortes.
J’en ai déjà parlé plus haut mais je trouve Noragami très mature pour un shônen (je ne veux pas mettre tout le monde dans le même moule, qu’on se rassure) et surtout, sans manichéisme. La mangaka n’hésite pas à poser les questions qui dérangent ou qui fâchent. Un gros mystère plane par exemple autour du concept de shinki, mystère pas encore révélé là où j’en suis bien que certains protagonistes sous-entendent que c’est un truc énorme qui changera tout une fois révélé. La frontière entre un dieu et un shinki (pour rappel ancien fantôme humain) est bien marquée à travers des questionnements sur le désir de maternité / paternité, obéissance à la volonté des anciens / plus puissants face aux ambitions / sentiments personnels, multiplicité du concept de bien et de mal, etc. Somme toute ce manga parle de divinités en s’appuyant beaucoup sur l’humanité, ses forces et ses travers, ce que je trouve plaisant.

Pour toutes ces raisons, je suis vraiment ravie d’avoir découvert ce shônen et je vous encourage à vous y pencher à votre tour ! J’achète les tomes petit à petit et je pense rattraper la publication toujours en cours d’ici la fin de l’année. En fonction du découpage des arcs narratifs, je publierais à nouveau au sujet du manga dans les semaines / mois à venir.

Vous connaissez déjà ? Vous aimez ? Ça vous intrigue? Dites moi tout !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)