#PLIB2020 Rouge Sang et Noir Corbeau #1 – L’apprentie faucheuse – J. Robin

L-Apprenti-Faucheuse-editions-le-heron-d-argent
L’apprentie faucheuse
est le premier tome du diptyque Rouge Sang et Noir Corbeau écrit et illustré par l’autrice française J. Robin. Publié au Héron d’Argent, vous trouverez ce roman au prix de 20 euros.
Je remercie le Héron d’Argent pour ce service presse dans le cadre du #PLIB2020.

En 1850, Amélia Pratt est une jeune domestique qui n’a rien de particulier. Elle meurt assassinée pour renaître dans le rôle de Red Death, la petite faucheuse chargée de récupérer les âmes des meurtriers. Elle commence par celle de l’homme à qui elle doit la mort, Rain, et en fait son esclave dans le rôle d’Ankou. Son rêve dans la vie? Devenir Grande Faucheuse. Hélas pour elle, ça ne va pas être si simple…

Ce qui m’a vraiment marquée dans l’Apprentie Faucheuse, c’est son héroïne. Le personnage d’Amélia est vraiment détestable. Si on a de la compassion pour elle dans le premier chapitre, celle-ci disparaît rapidement à la lecture de la suite. De petite servante timide et maladroite qui n’a pas beaucoup de chance, on passe à une égoïste carriériste et sadique qui torture son meurtrier depuis 150 ans. Je ne l’ai appréciée à aucun moment après ça et c’est quand même un tour de force de réussir à me faire détester un personnage à ce point. Heureusement, la narration ne tourne pas qu’autour d’elle puisque J. Robin alterne les points de vue entre Amélia et Gabriel, son Ankou, que tout le monde surnomme Rain.

Ironiquement, c’est pour lui que je ressentais de la compassion. On comprend rapidement que ce n’est pas un mauvais gars, qu’il avait des raisons à ses actes et qu’il ne mérite certainement pas tous les abus dont il est victime. Le pire, c’est qu’il pourrait se justifier ou se défendre mais il garde le silence sur son passé et ses motivations, du moins face à Amélia. En tant que lecteur, on n’a pas encore les informations mais des indices laissent présager de bonnes explications. J’ai trouvé cela bien amené par l’autrice. La relation entre Amélia et lui est vraiment malsaine et j’ai trouvé l’idée plutôt originalz car on ne le voit pas souvent de manière aussi assumée. Moi, j’ai apprécié mais je ne suis pas sûre que ça soit le cas de tout le monde.

L’univers crée par J. Robin est plutôt sympa et n’aurait pas dénoté dans une série américaine pour adolescents. La mort est organisée comme une entreprise avec la grande faucheuse, les petites faucheuses, les fossoyeuses et les scribes. C’est une affaire qui roule où chaque petite faucheuse a sa spécialité. Elles doivent remplir une sorte de puits d’âme dont le score s’affiche sur un panneau et tous les 150 ans, une cérémonie dite « Mitclan » s’organise pour désigner la meilleure. En gagner 3 permet de devenir grande faucheuse. L’autrice a développé tout un folklore intéressant en empruntant à différentes cultures et qui réserve encore des surprises.

J’ai lu ce roman en ebook mais j’ai pu feuilleter la version papier qui est un très beau livre-objet. Non contente d’écrire, l’autrice illustre et elle le fait merveilleusement bien !

Malheureusement malgré ces points positifs, ce n’est pas un roman qui m’a séduite dans l’ensemble tout simplement parce que je n’appartiens plus à son public cible. Ce texte m’aurait éclatée quand j’étais ado mais aujourd’hui je trouvais l’intrigue assez prévisible et les personnages secondaires plutôt caricaturaux. De plus, j’ai rencontré un souci avec la narration sur deux niveaux. Le premier, c’est le ton avec lequel s’exprime Amélia dans le premier chapitre en 1850. Comme elle parle à la première personne, je n’ai pas trouvé son vocabulaire très crédible pour l’époque ni pour sa condition, mais bon, c’est un détail. Par contre, je n’ai pas compris pourquoi l’autrice avait choisi d’écrire les chapitres de Heaven à la troisième personne. Heaven est une semeuse qui arrive un peu après la moitié du roman et qui est ennemie d’Amélia, grosso modo. Se trouver de son point de vue permet d’apprendre quelques éléments sur le pourquoi d’un évènement (je ne vous divulgâche pas lequel) sauf que l’autrice la remet en contact avec Amélia par la suite. Elle aurait donc très bien pu introduire tout ça à ce moment-là au lieu de rajouter une troisième protagoniste. Et si elle y tenait, pourquoi ne pas conserver l’homogénéité de la narration à la première personne? En soi, ce n’est ni une erreur d’écriture ni une erreur éditoriale mais, sur un plan personnel, je n’ai pas trop apprécié ce choix qui m’a sortie de ma lecture.

Pour résumer, ces quelques points négatifs ne m’empêchent pas d’avoir passé un bon moment avec l’Apprentie Faucheuse, premier tome d’un diptyque (urban?) fantasy dont la suite arrive en mars de l’année prochaine. J. Robin livre un premier roman sympathique où elle se réapproprie le folklore de la mort de manière intéressante. Si son héroïne est détestable (à dessein, je pense) et que l’intrigue manque de surprise, ce roman se lit tout seul grâce au personnage de Gabriel / Rain, à la relation qu’il entretient avec Red Death et à un rythme narratif soutenu. On peut sans hésiter le qualifier de bon divertissement et parfois, on n’a pas besoin de plus.

Nixi Turner contre les croquemitaines #1 Baba Yaga – Fabien Clavel

20
Nixi Turner
est une saga composée de cinq volumes -dont deux déjà édités- écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans sa collection Chatons Hantés (9 – 12 ans) vous trouverez ce roman court au prix de 10 euros.

Nawel angoisse à l’idée de faire sa rentrée au collège Gustave-Caillebotte et l’avenir lui donnera raison. Harcelée à cause de ses origines modestes, elle est en plus la proie de Baba Yaga. Heureusement, Nixi Turner traine dans les parages. Les adultes ne peuvent pas la voir et elle n’a qu’une mission : traquer les croquemitaines.

Le concept de cette collection est vraiment plaisant. En quelques mots, il s’agit de traiter des thèmes sombres du quotidien dans des romans gothiques à destination d’un public jeune. Tout un pari et je le trouve assez réussi pour le moment. Ma lecture m’a donné envie d’approfondir mes découvertes.

Nixi Turner, c’est Buffy contre les vampires version collège ! Selon l’éditeur, le concept est de traiter de problèmes rencontrés par cette tranche d’âge à travers des créatures surnaturelles qui vont les personnifier. Ici, par exemple, Baba Yaga incarne la rumeur et toutes ses dérives. Je trouve l’idée vraiment judicieuse. Fabien Clavel s’en sort très bien pour horrifier son lecteur. Pas tant avec les croquemitaines qu’avec les comportements intolérables des autres élèves ! J’ai été choquée plus d’une fois, j’avais même du mal à croire que ce soit possible d’aller aussi loin. Et pourtant…

Nixi Turner c’est donc un roman qui apprend et qui divertit en même temps. J’ai déjà croisé le style de Fabien Clavel dans Asynchrone et s’il a rendu sa plume accessible, il ne l’a pas infantilisé pour autant comme cela arrive parfois dans les romans jeunesses. Nouveau bon point.

Quant au dernier et non des moindres, il s’agit de l’héroïne. Nixi Turner intrigue par son apparence, par son caractère. Les chapitres s’alternent tantôt de son point de vue, tantôt de celui de Nawel mais on ignore beaucoup à son sujet. Pourquoi chasse-t-elle les croquemitaines? Qui lui donne ses missions? Où vit-elle normalement? J’ai hâte de découvrir cela dans les prochains volumes. Quant à Nawel, elle ne laisse pas indifférente et je l’ai trouvée très humaine. Fabien Clavel ne la transforme pas en sainte. Elle a ses préoccupations égoïstes, ressent des émotions très fortes. Quand Hugo lui tend la main, elle le repousse parce qu’elle craint que sa popularité ne chute encore plus au lieu de s’allier avec lui, ce qui est cruel. On la sent perdue et on a envie de la secouer plus d’une fois. J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, qui me parait réaliste.

Pour résumer, le premier tome de Nixi Turner pose les bases d’une saga prometteuse à destination d’un public pré-adolescent mais qui peut aussi bien être lue par des adultes. Fabien Clavel propose un concept simple mais efficace: personnifier les problèmes rencontrés par les jeunes en les incarnant à travers un bestiaire fantastique ici inspiré de la mythologie slave. L’auteur s’en sort très bien dans le respect de son public cible et offre un roman court qui secoue. On le lit volontiers d’une traite et on le recommandera aux parents comme aux professeurs. Une réussite !

#PLIB2020 Magic Charly #1 l’apprenti – Audrey Alwett

11
L’apprenti
est le premier tome de la saga Magic Charly écrit par l’autrice française Audrey Alwett. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce roman au prix de 16.5 euros dans toutes les librairies.

Charly a quatorze ans, possède un chat susceptible appelé Mandrin et est le fils de la directrice de son école. Il est aussi le petit-fils de Dame Mélisse, célèbre dans la société des magiciers pour sa puissance et ses pâtisseries. Sa grand-mère réapparait subitement dans sa vie au bout de cinq ans, amnésique, physiquement diminuée, les affres de la vieillesses lui dit-on… Ou peut-être pas. À l’aide d’un message dans un miroir, Charly apprend que la magie existe et que pour sauver sa grand-mère, il va devoir devenir apprenti magicier.

J’ai lu deux chroniques élogieuses au sujet de Magic Charly et elles m’ont donné envie de me le procurer immédiatement. J’avais déjà les Poisons de Katharz (de la même autrice) dans ma PàL mais sans l’avoir lu à ce moment-là. Pas grave, je sentais que ce livre allait me plaire et… J’avais raison. Mille fois raisons ! Pourtant, hormis le talent de l’autrice, ils n’ont pas grand chose en commun.

L’intrigue commence sur les chapeaux de roue. En moins de trois chapitres l’action s’installe et le lecteur suit Charly dans sa découverte de l’univers des magiciers. Comme à son habitude, l’autrice ne manque pas d’idées ni d’originalité et si certains relèveront une double inspiration (Rowling – Pratchett) je trouve plutôt qu’Audrey Alwett imprime une french touch délicieuse sur l’ensemble de son œuvre, afin de lui donner une vraie personnalité. Mention spéciale à Pépouze la serpillère, d’ailleurs. Au menu: des balais volants qui se transforment en buissons, des grimoires mystérieux, des dragons pétrifiés, des allégories, des pâtisseries magiques… Surtout des pâtisseries. Franchement, lire ce roman m’a ouvert l’appétit et j’espère qu’on aura droit à des recettes plus précises tirées de Gourmandise ! Juste pour le plaisir de cuisiner de bonnes tartes (et si y’a un truc pour que la partie magique de la recette fonctionne, je suis preneuse).

Charly est un personnage attachant que j’ai adoré suivre. Pour ses quatorze ans, il est plutôt grand et imposant physiquement mais ça ne reflète pas son caractère doux et pacifique. On sent que c’est un adolescent qui a un bon fond même s’il est aisément victime de préjugés. Depuis un accident survenu cinq ans plus tôt dont il ne garde pas de souvenir conscient, il a tendance à contrôler ses émotions, peut-être plus qu’il ne le devrait. C’est un garçon aimable, souriant, très résilient et empathique. Je l’ai trouvé profondément humain, c’est une belle réussite et les autres protagonistes ne sont pas en reste. June est une vraie tempête qui enchaîne les bêtises en espérant décevoir ses parents. Sapotille parait d’abord comme un stéréotype avant de gagner en profondeur. Maître Lin n’est pas vraiment le mentor de l’année (j’ai adoré son obsession pour ses cheveux) quant la mère de Charly, elle a un caractère excentrique très amusant. La galerie des protagonistes, riche et variée, m’a ravie. Je ne parle volontairement pas de Dame Mélisse pour ne rien vous gâcher.

Côté univers, cette société des magiciers n’a rien d’idéale. La milice abuse de ses pouvoirs et favorise très clairement la jeunesse de Thadam au mépris des gens comme Charly. À savoir que si on perd les trois étoiles de son sablier qui rationne la magie, on est envoyé à Saint-Fouettard ! Un nom qui suffit à terroriser tous les personnages du livre et qui pose du coup beaucoup de questions (réponses à venir dans le tome suivant j’imagine). La lutte entamée par la grand-mère de Charly prend petit à petit tout son sens, Audrey Alwett en profite pour passer de beaux messages de justice et de tolérance. En lisant un article sur son blog consacré à ce roman, j’ai appris qu’elle en avait eu l’idée en voyant des personnes proches perdre petit à petit leurs souvenirs, suite à une maladie. En y réfléchissant, Magic Charly est aussi (et surtout) un roman familial basé sur l’idée de transmission de l’héritage. Et de transmission tout court, d’ailleurs. Pour avoir eu une grand-mère dans un cas semblable (même si j’étais plus jeune que Charly à l’époque) ça m’a durablement marquée et j’ai donc été particulièrement touchée par ce roman d’Audrey Alwett.

Les pages se tournent toutes seules. Quatre cents feuillets de pur bonheur au terme desquels on n’a qu’une envie: réclamer la suite de toute urgence ! Elle travaille déjà dessus, je croise donc les doigts pour ne pas attendre trop longtemps même si, finalement, Magic Charly est sorti seulement en juin 2019. En parlant de l’objet-livre, d’ailleurs… Je le trouve particulièrement soigné et magnifique à hauteur du contenu. Le titre en relief, les différents éléments graphiques représentatifs de l’univers… Regardez cette couverture attentivement avant puis après votre lecture, c’est bluffant de voir un artiste respecter à ce point le travail de l’autrice. Quant à l’intérieur, chaque chapitre se surmonte d’un petit dessin lié aux évènements à venir, de façon propre et soignée. Le tout sur un papier de bonne qualité. Chapeau à l’éditeur !

Vous l’aurez compris, j’ai eu un coup de cœur pour Magic Charly qui n’est pas uniquement destiné à un public adolescent. Il marche dignement sur les traces de Harry Potter (tout en affichant une personnalité bien à lui) en proposant un univers crédible, riche et excentrique avec de bonnes idées (vive les apocachips et les serpillères !). La touche de noirceur et de danger apporte un bel équilibre au sein d’une intrigue qui promet d’encore s’assombrir vu les dernières pages. Pour ne rien gâcher, le roman dispose de plusieurs niveaux de lecture et conviendra à un large public. Le lecteur s’accroche immédiatement au personnage de Charly et ne rêve que d’une publication rapide pour un tome deux. Je n’ai donc plus que quatre mots à dire : Bien vite la suite ! ♥

La machine de Léandre – Alex Evans

3
La machine de Léandre
est un one-shot écrit par l’autrice française Alex Evans. Nouveauté de la rentrée littéraire chez ActuSF, vous trouverez ce roman au prix de 18.90 euros partout en librairie.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.
Il s’agit de ma dix-huitième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Ce roman se déroule dans le même univers que Sorcières Associées mais il peut se lire de manière indépendante. Pour preuve, j’ai découvert l’autrice avec la machine de Léandre. Pas d’inquiétudes donc, si vous vous posiez la question !

Constance Agdal est professeur en sciences magiques, elle a même été titularisée ce qui n’est pas une mince affaire dans ce monde très masculin. Elle travaille à ses recherches quand on lui apprend la disparition de son collègue à laquelle Constance va se retrouver mêlée malgré elle. En effet, ce dernier travaillait avec Philidor Magnus sur une machine légendaire et son aide est requise pour la terminer dans les temps. Évidemment, rien n’est aussi simple qu’il n’y parait et les difficultés vont se multiplier pour Constance…

Ce texte contient également une nouvelle bonus où le personnage principal change. Le lecteur suit cette fois Cassandre de Galata à qui on confie la mission de retrouver un livre ancien, très puissant et prétendument perdu.

Je vais d’abord commencer par évoquer l’univers original. Dans ce monde, la magie arrive et repart de manière cyclique. Elle n’est revenue que récemment, le temps pour une secte religieuse de farcir la tête de ses adeptes avec des mensonges. D’ailleurs, Constance vient de la cité de Tourmayeur, un endroit où les enfants possédant le Don disparaissent très jeunes. Cela lui a causé un traumatisme et a contribué à l’intériorisation de ses pouvoirs. J’ai apprécié cette idée de magie qui va et qui vient, cela permet de la redécouvrir dans un univers de raison et de l’étudier avec des procédures scientifiques modernes. Je dis moderne mais sachez que le roman se déroule dans une sorte de fin 19e / début 20e alternatif. C’est du moins l’ambiance décrite par l’autrice telle que je l’ai ressentie.

Comme la magie a disparu pendant un certain temps et vient de revenir, les civilisations ont oublié pas mal d’éléments, comme la manière de conjurer des démons. Quelle surprise d’en voir apparaître en pleine ville, potentiellement sans raison ! Et si c’était lié avec les travaux de son collègue? Constance rencontre malgré elle l’incube concerné, prénommé Albert, et essaie de l’aider tout en préservant sa vertu.

J’ai vraiment apprécié le personnage de Constance. J’avais un peu peur de tomber sur une espèce d’urban fantasy / romance / trio amoureux mais ce n’est absolument pas le cas. Alex Evans propose un traitement intéressant de la femme qui fait son maximum pour s’imposer dans un monde masculin afin d’être reconnue à sa juste valeur. Constance n’est pas très féminine ni sexuée, elle est intelligente et n’a pas envie de céder aux dictats sociaux qui la poussent à se marier, à enfanter. Constance ressent pourtant des sentiments très humains, elle a aussi envie qu’on l’apprécie et a des désirs mais ils ne la rendent ni cruche ni potiche pour autant. Alex Evans propose un bel équilibre sur son héroïne, qu’on retrouve également dans l’autre nouvelle. Le personnage de Cassandra est plutôt belle, féminine, consciente de ses charmes mais n’en use pas et rêve surtout de devenir exploratrice.

Du côté de l’intrigue, elle reste assez classique et on sent arriver le twist final. Pourtant, ça ne m’a pas dérangé plus que ça parce que tout s’enchaîne très vite et je ne me suis pas du tout ennuyée pendant ma lecture. Sans doute grâce au style d’écriture de l’autrice qui est simple, dynamique et percutant. Par contre, j’ai un peu moins apprécié l’intrigue de la nouvelle à l’exception de la fin (puis c’est quoi ce délire avec son cousin, franchement ?!). Je pense, vu toutes les informations données qui déséquilibrent le récit, que l’histoire aurait mérité un roman à part qui aurait pris davantage son temps pour poser les protagonistes. Dommage ! Le potentiel était là.

Pour résumer, la Machine de Léandre est un bon divertissement qui ravira les adeptes de magie, de 20e siècle et de sciences occultes. Alex Evans propose une intrigue classique mais dynamique, portée par des personnages originaux et attachants. Je recommande ce texte aux lecteurs avides d’un agréable moment de détente, il vous accompagnera parfaitement !

Le Tyran des songes – Oren Miller

tds
Le Tyran des songes est un one-shot d’urban fantasy écrit par l’autrice française Oren Miller. Réédité chez Lynks dans sa collection RE:Lynks, vous trouverez ce pavé de 533 pages au prix de 14.90 euros.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour ce service presse !
Ceci est ma première lecture pour le Mois Fantasy qui valide les catégories suivantes : un roman qui met en scène des animaux fantastiques, un livre écrit par une femme, un livre d’un auteur francophone, un livre de plus de 500 pages, un livre à la couverture bleue, une nouveauté de ma PàL.
Ceci est ma 21e lecture pour le Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Le Tyran des songes raconte l’histoire d’Emma, une étudiante sans histoire qui mène sa petite vie tranquille avec ses amis Saki et Yoann. Sauf qu’Emma est spéciale, elle est le Porteur unique (pas celui de l’anneau, je précise) ! Protégée depuis sa naissance par le Chasseur et la Mort, elle ignore que la moitié d’un monde magique dont elle n’a même pas conscience lui court après. Mais ça, c’était avant de se faire enlever par le Marchand de Sable…

Au bout de quelques pages seulement, je savais déjà que j’allais passer un excellent moment avec le Tyran des songes grâce à la plume d’Oren Miller toute en humour noir et en cynisme. Ses mots débordent d’originalité et de personnalité, voilà une vraie autrice de talent. Les répliques de ses personnages valent de l’or au moins une fois par chapitre ! Elle parvient à nous ensorceler si bien qu’on lit sans prendre conscience des pages qui se tournent puis on arrive à la dernière, désemparés, en se demandant qui a été assez cruel pour écrire une fin à ce roman.

Cette plume magique met en scène des personnages hauts en couleur et attachants. Si Emma reste une héroïne d’urban fantasy assez classique, le côté ultra cruche en moins, j’ai immédiatement craquée pour Jack Maubrey alias la Mort. Il est très présent dans tous le récit et exerce une intense fascination sur le lecteur non seulement pour lui-même mais aussi pour ses relations avec autrui. Quant à Hypnos, le Marchand de Sable (aka le Tyran des Songes du titre), il n’est pas en reste. Le traitement qu’en fait Oren Miller s’éloigne de la tendance anthropocentrée actuelle et bon sang ce que ça me botte ! C’est subtil, crédible, atypique, bref ça déboîte.

J’ai, au départ, vraiment craint de me retrouver dans une romance paranormale à deux sous entre Emma et le Chasseur d’autant que le roman était, à l’origine, publié chez EDB. Mais l’autrice m’a vite rassurée avec les rebondissements de son intrigue. En fait, je trouve même qu’elle tourne en dérision ces codes agaçants de la romance fantastique via justement le personnage de Jack et ses remarques à l’encontre de la situation, puis le comportement du Chasseur à l’encontre d’Emma. L’amour est bien au premier plan de ce récit mais plutôt l’amour au sens familial du terme et sous plusieurs formes, ce qui a achevé de me séduire car on ne l’exploite pas suffisamment souvent.

Pour ne rien gâcher, l’autrice a créé un monde accessible, compréhensible par tous sans sacrifier à l’originalité. Cet univers est d’ailleurs très référencé sur la mythologie grecque. Tritons, chiens des enfers, érinyes, allégories, sorcières et tant d’autres se donnent rendez-vous dans un Londres moderne pour une intrigue traitant de multiples thématiques dont la vengeance n’est qu’une facette. Oren Miller permet ainsi à son lecteur de réfléchir sur les systèmes politiques et ses valeurs personnelles tout en offrant une aventure pleine de peps et de rebondissements où on ne s’ennuie pas une seconde.

Pour résumer, j’ai adoré le Tyran des songes et je compte bien lire les autres romans de cette autrice. Oren Miller a su me séduire avec sa plume affirmée et originale ainsi que ses personnages aussi charismatiques qu’attachants. Pour ne rien gâcher, elle propose une intrigue énergique pleine de rebondissements. Je vous recommande très chaudement ce texte si vous cherchez de l’urban fantasy originale et maîtrisée. Une vraie réussite !

Les Chroniques Homérides #2 – l’Ultime Oracle – Alison Germain

13
L’Ultime Oracle
est le second tome de la trilogie les Chroniques Homérides écrit par l’autrice française Alison Germain. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce tome au prix de 19.90 euros.
Ceci est ma 19e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Rappelez-vous, je vous avais déjà parlé du premier tome à sa sortie en octobre 2017 !

Nous retrouvons Louise aux portes d’Hestiapolis. Sauvée des griffes de Nicholas O’Flammel par l’un des Gardiens de la Cité, elle peut enfin souffler et retrouver les gens qui comptent pour elle : non seulement sa famille mais aussi certains homérides rencontrés dans le tome 1. Malheureusement pour Louise, son répit sera de courte durée car son ennemi rôde toujours et convoite le souffle de Midas. Pour la protéger, on la prive de liberté mais cela suffira-t-il à garder les menaces à distance?

Ce second tome réunit tous les éléments positifs du premier en s’améliorant encore. On sent que l’autrice a réfléchi sur son histoire mais surtout, sur son écriture. Le lecteur continue à suivre Louise dans une narration à la première personne, ce qui permet une immersion dans sa psyché. L’empathie se développe naturellement pour cette jeune femme autour de qui le monde s’écroule. Alison Germain propose un bel exemple de résilience avec Louise qui ne recule pas devant les difficultés sans pour autant trop en faire. Elle n’est pas infaillible mais elle surmonte les difficultés et fait des choix difficiles. Je l’ai trouvée assez juste, humaine et éloignée des héroïnes sans saveur qu’on trouve trop souvent dans l’urban fantasy. Sans compter qu’Angus étant absent de la cité une grande partie du roman, l’autrice se concentre beaucoup plus sur l’univers et sur l’intrigue ! Ce qui n’est pas pour me déplaire.

Louise n’est pas la seule à être suivie par le lecteur. Dans ce tome, quelques chapitres sont rédigés du point de vue d’Ellie, la prêtresse d’Apollon déjà croisée dans le tome précédent. J’ai apprécié cette plongée dans la vie et les tourments de cette éternelle adolescente qui a su me toucher par sa dévotion et ses émotions brutes. On sent son évolution au fil du roman et cela apporte un contraste bienvenu avec Louise ainsi qu’une richesse supplémentaire. Bonne idée de la part de l’autrice !

Le lecteur découvre avec avidité la réappropriation des mythes grecs antiques, la façon dont s’organisent les homérides, leurs légendes, leur style de vie, leurs coutumes, etc. On sent que l’autrice a effectué beaucoup de recherches ! À ce niveau, ce second tome est extrêmement riche et gagne en complexité en comparaison du premier qui servait, évidemment, d’introduction. Qui œuvre pour O’Flammel (je ne vous spoile pas sa véritable identité mais vous la connaîtrez assez vite) ? Que cherche-t-il ? Si les deux premiers tiers du roman servent surtout à remettre Louise sur pied et à lui faire découvrir l’univers dans lequel elle évolue désormais en plus de réfléchir sur les motivations du grand méchant, l’action arrive ensuite et s’enchaine très vite. Peut-être un peu trop par endroit mais ça promet pour l’ultime tome ! Notez qu’à partir de ce moment-là, le roman prend une tournure assez sombre à laquelle on ne s’attend pas spécialement. Comme une éclipse, sauf qu’on ne sait pas encore quand le soleil (ouais, double sens, tout ça, vous comprendrez en lisant) se lèvera à nouveau. J’ai vraiment aimé ce parti pris !

L’autrice aurait pu s’arrêter là mais elle en profite pour lancer le dernier tome de sa saga en posant des indices pour la suite et en ramenant ses protagonistes à Londres pour y rencontrer… Quelqu’un. Je ne vous dis pas qui mais je suis très enthousiaste de découvrir à quelle sauce Louise va être mangée, cette fois. On ne va pas se mentir, certains indices sont assez gros et le hasard fait bien les choses mais bon. Ça arrive, parfois.

Après, comprenons-nous. Ce titre reste de l’urban fantasy, avec ses codes que l’autrice respecte et son ton propre à son genre littéraire. Il ne conviendra probablement pas à tous les lecteurs. Par contre, il ravira largement les adeptes du genre ! Sur un plan personnel, ce n’est plus trop ma came mais j’ai pourtant passé un excellent moment. Comme quoi…

Pour résumer, Alison Germain propose un second tome au-dessus du premier en terme de rythme et de qualité. Elle prend le temps de développer son univers riche en se réappropriant la mythologie grecque avec brio. Son héroïne attachante et humaine se développe et gagne en indépendance, ce qu’on peut apprécier à sa juste valeur. C’est l’amitié et la force des liens familiaux qui dominent ici et ça fait du bien, pour une fois. On sent une évolution conséquente dans la qualité du texte et on ne peut que se réjouir, du coup, de l’arrivée du troisième tome si elle continue sur cette voie. Une saga à lire si vous aimez l’urban fantasy et que vous avez envie de sortir de vos habitudes en vous plongeant dans la mythologie grecque. Un divertissement de qualité !

Rouge Venom – Morgane Caussarieu

12
Rouge Venom
est la suite du roman Rouge Toxic écrit par l’autrice française Morgane Caussarieu. Publié chez ActuSF dans la collection Naos, vous trouverez ce titre au prix de 16.90 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse ! Rendez-vous en mai 2019 pour la sortie de ce roman.
Ceci est ma 18e lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Attention, cette chronique a été écrite environ cinq minutes (d’accord, dix) après la fin de ma lecture. Elle déborde donc d’un enthousiasme totalement immodéré mais elle me plaisait bien comme ça. Je trouvais qu’elle rendait bien hommage au grain de folie de l’autrice et qu’elle collait au texte. Du coup, pardonnez moi d’avance ! Allez, on va stopper tout de suite le suspens: J’ai adoré du début à la fin. Quel kiff, disons le clairement, de retrouver ces personnages que je côtoie maintenant depuis juillet 2017. Morgane Caussarieu m’a rendue aussi accro que JF aux bains de sang ! Mais reprenons depuis le début…

Rouge Venom est la suite directe de Rouge Toxic et se place dans le même univers que Dans les veines et Je suis ton ombre. On y retrouve d’ailleurs certains personnages, notamment mes deux chouchous, JF et Gabriel. La Red saga (marque déposée, non je déconne 😉 ) peut se lire indépendamment des deux textes édités chez Mnemos mais ce serait une grave erreur de les bouder. Même si l’autrice place des rappels et des références, je pense qu’on ne peut profiter pleinement de Rouge Venom qu’à condition de connaître les histoires racontées dans dans les précédents romans, ce qui était moins le cas avec Rouge Toxic. Du coup, je ressens Rouge Venom comme un tome de transition, un retour aux sources pour Morgane Caussarieu qui se laisse une porte ouverte pour une suite. Et je prie pour qu’elle l’écrive !

Dans Rouge Venom, nous retrouvons Barbie qui a découvert la nature de l’expérience que son père a pratiqué sur elle ainsi que Faruk, toujours amoureux de cette fille littéralement programmée pour le tuer. Tous les deux sont paumés et cherchent leur chemin. Les chapitres à la première personne s’enchaînent alors mais pas seulement de leur point de vue comme c’était le cas dans Rouge Toxic. On suit désormais aussi Emma, la scientifique devenue vampire qui a synthétisé le sérum de sevrage ainsi que JF, le vampire trash punk qui ne connait pas le sens du mot limite. Sans compter Gabriel et d’autres petites surprises dont je ne vous parle pas pour ne pas vous spoiler. Chaque personnage s’exprime différemment mais tous ont globalement des tons assez familiers voire argotiques à certains moments, ce qui peut déplaire à certains lecteurs mais moi, j’ai trouvé ce choix super immersif. Ça dynamise le texte qui se lit très vite.

Très et presque trop. Je l’ai dévoré en un peu plus de deux heures de lecture. Allez, trois, je l’ai achevé le lendemain matin parce que je suis rentrée de salon trop épuisée et mes yeux se fermaient tout seul. L’action s’enchaine sans temps mort et certains ressentiront probablement un manque à ce niveau. Parfois, tout va trop vite et si j’arrive à suivre sans problème parce que je pense être dans le même ordre d’idées que l’autrice, je sais d’avance que certains lecteurs ne vont pas toujours s’y retrouver. L’intrigue reste assez standard au fond mais la forme nous permet de l’oublier sans problème. Parce qu’on s’intéresse aux personnages et à leur devenir avant tout le reste.

Le classement young adult du récit empêche l’autrice de s’attarder sur des scènes qui auraient été davantage développées dans ses premiers textes. Non pas que je suis affamée de gore et de malsain (si si, je vous jure) mais quand on aime JF et Gabriel… Après, j’admets, c’est sans doute mon fangirlisme qui parle un peu. Beaucoup. Désolée. On reste donc dans un état d’esprit young adult pour ce qui est du sexe. Par contre, il y a pas mal de violence et ça reste globalement un récit plutôt malsain. Ça me pousse à dire que Rouge Venom se positionne plutôt à la frontière de plusieurs genres et de plusieurs types de lectorat. Je ne sais pas si je l’aurai édité en Naos, personnellement, mais j’ai toujours un peu de mal à juger où se situe la limite.

J’ai conscience de ne plus parvenir à parler de Morgane Caussarieu avec impartialité. J’aime son univers, son style et surtout, ses personnages. Je manque de recul, je vous le dis honnêtement. Alors, me demanderez vous, pouvez-vous croire un seul mot de ces lignes ? Et bien elle est quand même parvenue à me rendre accro… Ce qui n’est pas rien. Cette autrice est pour moi ce que le sang et le meurtre est à JF (c’était l’instant poésie). Je prends énormément de plaisir à la lire et j’espère qu’elle écrira encore pendant longtemps.

Par contre, même si je manque de recul, j’anticipe déjà les critiques qu’on fera au texte. Les nouveaux lecteurs auront l’impression d’être des témoins extérieurs qui n’ont pas toutes les cartes en main pour comprendre les références (raison pour laquelle je vous recommande ses autres livres AVANT et dans l’ordre chronologique s’il vous plait). Barbie est vraiment spectatrice de sa propre vie (de toute façon, je ne l’ai jamais aimée) et se réveille deux chapitres avant la fin (quand même, quelle scène !). Il y a trop de personnages pas forcément utiles (coucou Emma) et le traitement réservé aux femmes n’est pas politiquement correct (j’en connais qui vont grincer des dents, sans mauvais jeu de mots), surtout dans les chapitres du point de vue JF (en même temps, le gars nous vient des années soixante et est un vrai connard (cœur cœur)). Pourtant, dans l’univers Caussarieu, tout fonctionne bien, rien de tout cela ne me dérange et j’ai l’impression de retrouver un peu de ses premiers textes, de ceux qui m’ont totalement séduite il y a deux ans.

Alors oui, je vous recommande chaudement Rouge Venom. Et toute la bibliographie de l’autrice, comme d’habitude. Sauf si pour vous, les gentils vampires existent, qu’un personnage féminin fort et indépendant est obligatoire pour que l’histoire soit bonne ou que vous avez un souci avec le style littéraire familier. Si ce n’est pas le cas, jetez-vous sur ces textes de toute urgence !