Reconquérants – Johan Heliot

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Reconquérants
est un one-shot uchronique écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Hélios, le roman est disponible au prix de 9.90 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Ce livre entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Reconquérants est une uchronie qui prend place dans un univers très connoté Rome antique. La diégèse du roman se constitue autour de ce principe: pour fuir une Rome sur le déclin après l’assassinat de César, des colons ont découvert l’Amérique et y ont bâti une nouvelle cité sur les valeurs de la République, une cité nommée Libertas. 1500 ans plus tard, les descendants de ces colons désirent reconquérir l’ancien continent, sans exposer très clairement les raisons de ce projet. Ou plutôt, en donnant des explications qui feront froncer les sourcils du lecteur suspicieux, qui y verra immédiatement (et à raison) anguille sous roche. Dans cette histoire, nous suivons principalement Geron, enrôlé à moitié de force dans l’armée, qui va être confronté aux merveilles de l’ancien monde et découvrir de sombres secrets.

La première chose à relever dans ce roman, c’est le génie de l’auteur. Comme j’en ai déjà parlé dans mes chroniques sur Grand Siècle (tome 1tome 2), je trouve que Johan Heliot est un auteur phare en matière d’uchronie. On sent le passionné d’histoire, son érudition transparait clairement et cela lui permet de jouer très habilement avec les différents éléments historiques pour les assembler et créer une réalité alternative cohérente. Pour immerger son lecteur, il utilise un vocabulaire soutenu et adapté à l’époque, sans dédaigner les termes latins issus du langage militaire, politique ou même les unités de mesure. Ces détails m’ont séduite, parce qu’ils dénotent un soin particulier apporté au contexte, ce que j’apprécie.

Là où ça coince un peu, c’est du côté de la narration. Pendant la première partie du roman, le narrateur est extérieur et ça manque de dialogue. Normal, ça pose le contexte mais du coup, j’ai eu un peu de mal à m’immerger dedans d’autant que je trouve la mise en page du livre assez serrée dans la version poche. Ensuite, on retrouve des extraits d’un carnet de voyage tenu par Geron, sans pour autant que ces parties soient mises en italique pour bien marquer la rupture. Enfin, plus on avance dans la dernière partie et plus on alterne entre la première et la troisième personne, mais sans respecter l’idée que ce soit le héros qui tienne un journal ou du moins, on n’en a plus du tout l’impression vu la manière dont il est rédigé. Cet aspect un peu brouillon de la narration m’a, au départ, fait passer à côté de l’histoire et si ça n’avait pas été un service presse, je n’aurai pas continué jusqu’au bout. Mal m’en aurait pris !

Parce que oui, malgré ce détail gênant, Reconquérants est un bon livre à l’intrigue soignée et d’une grande richesse. Si la plupart des personnages tiennent un rôle secondaire et sont davantage des fonctions, j’ai apprécié Ekin, la fille du Prince Rouge. Sa relation avec Geron est intéressante, ainsi que tout ce qui se passe autour d’eux. Si certains éléments perdront les lecteurs peu attentifs, ce livre vaut la peine qu’on s’accroche plus loin que la première impression.

Pour résumer, Reconquérants est un roman one-shot qui marque par l’originalité de son univers et le traitement de son uchronie plus que par ses personnages ou son intrigue très classique. Certains éléments sont parfois trop rapides et quelques descriptions trop longues, il n’en reste pas moins que je salue la performance et l’imagination de Johan Heliot qui signe un texte pas parfait, mais disposant de certaines qualités qui raviront les fans du genre.

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Récits du monde mécanique #3 Realm of Broken Faces – Marianne Stern

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Realm of Broken Faces
est le troisième (et dernier, nooooooon !) tome des récits du monde mécanique par l’auteure française Marianne Stern. Il s’agit d’un roman steampunk très sombre publié aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros. Mention spéciale pour la magnifique couverture réalisée par Miesis qui a su parfaitement rendre l’ambiance et le ton du roman en une seule image, chapeau ! Non seulement elle attire immédiatement mas quand on la regarde après la lecture, elle prend vraiment tout son sens. Bravo pour ce travail et son investissement !

Vous le savez, Marianne Stern est une auteure que j’apprécie beaucoup que ça soit humainement ou dans son écriture. Je la trouve vraiment talentueuse, elle aborde des thématiques qui me parlent, créée des personnages auxquels je m’attache rapidement et a un style qui lui est propre. Je l’ai découverte pour la première fois avec Smog of Germania (le premier tome des récits du monde mécanique) et j’avais été rapidement séduite. Depuis, j’ai lu plusieurs de ses romans (tous en fait, Ô rage Ô désespoir me voilà à jour) et je ne peux que constater l’évolution de son écriture et de sa qualité littéraire.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je parle de troisième tome mais en réalité, on pourrait choisir de lire chaque roman composant les récits des mondes mécaniques de manière indépendante. On y perdrait peut-être un brin en intensité narrative mais ils constituent chacun un tout sur eux-mêmes. Une information intéressante pour ceux qui n’aiment pas les séries !

Ce troisième tome est de loin mon préféré et sans surprise, ce fut un vrai coup de cœur. Il se passe dans l’Est français, plus précisément dans une sorte de village informel dirigé par le mystérieux (et excentrique) Monsieur. L’endroit rassemble quantité de criminels mais aussi d’anciens combattants trop dérangés dans leur tête ou leur corps pour retourner à la vie civile. Une bonne brochette de tarés comme on les aime dans une ambiance qui suinte le sang, la crasse et la boue. On a cette impression poisseuse qui nous colle perpétuellement à la peau au fil des lignes, ce qui dénote une vraie maîtrise narrative.

Le roman est divisé en quatre parties. Dans la première, nous suivons le Quenottier, un personnage très attachant par sa mentalité particulière et son phrasé propre. Il faut dire que même si la narration est à la troisième personne, l’auteure s’adapte à la mentalité de son personnage, ce qui offre dans ce cas-ci des chapitres rédigés sur un ton familier, presque argotique. Délicieux à découvrir ! Dans la seconde, nous retournons à Germania pour voir comment s’en sort le Kaiser Joachim… Pas terrible, on ne va pas se mentir. Si, au début, il me faisait de la peine et que je ressentais une certaine empathie pour lui, j’ai rapidement eu envie de lui coller une bonne paire de claque. On alterne ainsi jusqu’à la dernière partie où tous les protagonistes se rejoignent pour un final explosif. Plus on avance et plus l’auteure nous offre des micro chapitres du point de vue de certains personnages présentés précédemment, ce qui sert le récit. Cela ne m’a pas gênée, parce que la personnalité de chacun ressort vraiment bien et ça reste utile à l’intrigue.

Je meurs littéralement de frustration, parce que j’ai envie de détailler chaque élément de l’intrigue mais ça vous gâcherait le plaisir. Du coup je vais plutôt évoquer les points forts du roman, à commencer par l’écriture de l’auteure. Comme signalé plus haut, elle s’adapte à chaque fois au personnage sur qui se centre la narration et est particulièrement immersive. Le milieu particulier du livre offre une utilisation riche (et maîtrisée !) du champ sémantique rattaché à la guerre mais aussi au monde militaire, ce que j’ai adoré puisque je suis particulièrement sensible à ce type de milieu.

Les personnages ne sont pas en reste ! Je ne vais pas évoquer les anciens qui sont présents pour ne pas risquer de spoiler les lecteurs qui ne sont pas à jour (ou les futurs lecteurs !) et plutôt me concentrer sur les nouveaux. En règle générale, je trouve que Marianne Stern ne créé pas de bons personnages féminins et ça m’avait particulièrement frappée dans Scents of Orient (le tome 2 des récits des mondes mécaniques). La seule exception: sa pilote Anya dans 1993. Pourtant, ici, j’ai noté une très nette amélioration. Certes, la capitaine Meike ressemble à Anya mais elle n’en reste pas moins un personnage féminin travaillé et intéressant. La gamine prénommée Murmure est vraiment surprenante elle aussi et plutôt drôle, surtout dans ses interactions avec les autres. Deux vraies réussites et un sacré bond en avant à ce niveau ! Quant au Quenottier, on découvre un homme à la fois simple et complexe. Un gars comme les autres, traumatisé par la guerre à sa manière mais qui reste les deux pieds sur terre et continue de vivre alors que beaucoup, à sa place, auraient baissé les bras. Ses réflexions, ses choix, bref tout ce qui le concerne m’a vraiment intéressée, je le trouve très bien géré et hyper attachant. Mention spéciale à Monsieur quand même (je le devais !), mais je n’en dit pas plus ♥

Le ton général du roman, comme je l’ai signalé, est assez sombre et on en ressort avec l’impression que la boue, la sueur et la crasse nous collent à la peau, ce que je trouve délicieux. L’auteure développe un univers uchronique intéressant et très travaillé, surtout au niveau des prouesses technologiques liées à l’art de l’orfèvrerie. Son univers est réaliste, en dehors de ça, mais ce simple petit pouvoir possédé par quelques rares élus rythme finalement toute la saga pour offrir une uchronie renversante parsemée de scènes fortes parfaitement détaillées. J’en ai une gravée dans la rétine, qui arrive vers la fin, que je vais identifier par « celle avec les éclairs et les mines » (vous comprendrez) juste… Parfaite ♥ Puis celle dans l’araignée puis… D’accord, je m’arrête là.

Fidèle à son habitude, Marianne Stern laisse une grande place à l’univers militaire et plus particulièrement celui de l’aviation. On ressent sa passion et ses connaissances qui nous entrainent facilement dans ces sphères où, personnellement, j’adore me perdre !

Je me rends compte que la chronique commence à tirer en longueur et je vais donc m’arrêter ici. Ce troisième tome aura été un véritable coup de cœur auquel j’ai du mal à trouver des défauts. Il contient tout ce que j’aime chez cette auteure et tout ce que je recherche dans un livre: un univers sombre, des personnages travaillés et torturés qui sortent du lot, une identité littéraire dans l’écriture et une mentalité particulière qu’on ne retrouve que trop rarement dans la littérature SFFF francophone à l’exception de quelques auteurs dont je parle assez souvent sur le blog. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses ouvrages, particulièrement si vous aimez les ambiances militaires, les univers uchroniques et les protagonistes inoubliables. J’ai tourné les dernières pages avec émotion en disant adieu à ce monde et à cette saga qui a donné naissance à l’un de mes personnages littéraires préférés (c’est vous dire !). Merci Marianne pour cet extraordinaire voyage dans les mondes mécaniques ♥

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

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L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

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Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Le Lys Noir #1 Faustine – François Larzem

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Le Lys Noir est une saga qui compte actuellement deux tomes. Écrite par l’auteur français François Larzem, elle est publiée chez les Moutons Électriques dans la collection Naos. Chaque tome coûte 17 euros. Notez que c’est le tout premier roman que je lis de cette maison d’édition !

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en ouvrant ce roman. J’ai d’abord été attirée par sa magnifique couverture, à la Foire du Livre de Bruxelles. Sobre, élégante, intrigante, tout ce que j’aime. En lisant le résumé, j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman de cape et d’épée… Un genre que j’affectionne tout particulièrement mais que je ne lis plus suffisamment à mon goût. Il faut dire que, dans les nouveautés, il n’y en a pas tant que ça ! Je n’ai donc pas hésité longtemps pour l’emprunter à mon amie Laure-Anne, qui l’avait justement dans sa bibliothèque. Oui, le hasard fait bien les choses.

Je pensais lire un jeunesse mais je le trouve assez sombre, cruel et violent pour un roman à destination de ce public. Bon, après, je crois que je dois revoir ma définition de « jeune public ». Du moins, il me semble que la collection « Naos » est celle qui regroupe les ouvrages pour adolescents à partir de 13 ans, chez les indés de l’imaginaire. Je me trompe peut-être? Si vous savez m’éclairer, n’hésitez pas, parce que je n’ai pas trouvé l’information 🙂 Bref, ce fut, en soi, une bonne surprise ! L’auteur ne prend pas de gant pour nous emmener à Bayence, sur les traces du mystérieux justicier masqué, le Lys Noir. Au cœur des intrigues politiques du Marquis de Monzag, Faustine de Castillac a fort à faire pour sauver la vie du Dauphin et empêcher Bayence de sombrer dans le chaos. En très gros, voici l’intrigue principale.

Et quand je parle de chaos… C’est littéralement. Je ne m’y attendais pas, mais la magie (surtout noire) est très présente dans ce livre. D’ailleurs, le personnage de Melgoth (ce démon invoqué dans le corps d’une petite fille) est de loin mon préféré. Oui, surprenant, je sais… Par contre, en dehors de ces manifestations infernales, la magie n’est quasiment pas présente. On lui préfère une technologie qui rappelle un peu l’univers steampunk, via les inventions de l’alchimiste Ézéchiel. D’ailleurs, plusieurs pages du roman sont illustrées avec le schéma de ses inventions ou de ses décoctions, ce que j’ai apprécié.

L’univers du Lys Noir est très riche… Peut-être un peu trop? L’auteur donne énormément d’informations sur tout un tas de sujets et j’ai parfois eu l’impression qu’il se perdait lui-même dans ce qu’il racontait. Qu’il cherchait à tout nous dire, de peur qu’on loupe quelque chose, sauf que… L’équilibre n’était pas toujours au rendez-vous. Et c’est regrettable, parce que le background est bien travaillé, pensé, approfondi.

Ce tome est intitulé « Faustine » mais finalement, ce n’est pas vraiment elle l’héroïne principale. Du moins, je l’ai ressenti comme ça. Morgan, le Marquis, même Giuseppe, ont tous un rôle aussi important que le sien, si pas davantage. Je l’ai un peu regretté parce que finalement, le personnage de justicier masqué est le moins intéressant de tous. Faustine est un peu trop jeune pour être crédible, pas vraiment touchante, passe le livre à être blessée et sauvée par des hommes ou à faire des bourdes qui manquent de la tuer, pas terrible pour celle qu’on qualifie de la plus fine lame du royaume. Je sais qu’elle a hérité le costume de son père, que l’auteur joue probablement là-dessus aussi, mais du coup, on repassera pour l’image de femme forte et débrouillarde que je m’attendais à trouver. L’auteur a, selon moi, bien mieux réussi ses personnages masculins même s’il ne passe pas à côté des clichés du genre. En soi, ce n’est pas très gênant mais ça rend certains passages du roman un peu trop gros pour être crédibles.

Malgré quelques longueurs et quelques éléments brouillons (mais qui trouveront probablement un intérêt dans la suite), le Lys Noir est une agréable découverte qui ramène un peu sur le devant de la scène ce genre trop négligé qu’est le roman de cape et d’épée. Si ce premier tome manque de combat (de vrai duel je veux dire, pas de massacre sanglant parce que ça, on en a à la pelle) à mon goût, il trouve d’intéressants échos historiques si on réfléchit à certaines des scènes et certaines actions des personnages. Le fond est soigné, les détails des décors et des habits, même le style littéraire finalement qui se marie bien avec le contexte historique. Le narrateur omniscient permet de voyager dans tout Bayence et de rencontrer certains personnages juste le temps de les regarder périr. Il nous offre une vue d’ensemble pas forcément nécessaire mais c’est un choix narratif qui conviendra à d’autres lecteurs que moi.

En bref, j’ai passé un agréable moment avec ce premier tome du Lys Noir qui est un bon divertissement à lire à partir du lycée (secondaire supérieur pour les belges). Ce n’est pas un roman « jeunesse » comme je le pensais. En fait, il est entre deux: il contient son lot de sang, de souffrance et de scènes macabres -ce qui est à mon goût mais pas à celui de tous- mais ses personnages semblent issus du registre du roman pour adolescents. Ce qui se comprend quand on connaît un peu le passif de l’auteur. Mention spéciale pour Melgoth dont j’ai beaucoup apprécié la présence et qui me donne envie d’en apprendre plus ! Je trouve que le Lys Noir est plutôt une réussite et je le recommande si vous aimez ce genre d’univers. Il a d’intéressantes qualités qui amoindrissent les quelques défauts relevés dans cette chronique.

Les chercheurs du temps – Emmanuelle Nuncq

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Les Chercheurs du Temps est un one-shot fantastique écrit par l’auteure française Emmanuelle Nuncq et publié chez Séma Éditions au prix de 15 euros dans la collection Séma’gique. Et je vous le précise parce que le jeu de mot me fait toujours rigoler :3 Je remercie Séma Éditions pour ce service presse qui m’a enfin permis de découvrir un petit morceau de leur catalogue (non, ce n’était toujours pas fait, honte sur moi !)

Le concept de ce roman est plutôt simple: le professeur Clarence Fertennant a créé des chaussures qui permettent de voyager dans le temps et s’en sert pour explorer l’Histoire. Ponctuellement, il invite des étudiants en fin de thèse à le suivre, afin qu’ils puissent étudier leur sujet directement sur le terrain. Ce ne sont pas systématiquement des étudiants en Histoire, certains s’intéressent à l’économie, la sociologie, ou même la littérature. Le concept de base m’a directement attirée, même si j’ai toujours un peu peur d’aborder la thématique du voyage dans le temps. Elle me fascine et m’effraie à la fois parce que, mal maîtrisé, c’est une catastrophe. Pourtant, comme dans sa trilogie Palimpsestes, l’auteure pose des règles intelligentes et, je trouve, cohérentes, à son univers.

Dans ce roman, nous suivons les personnages de Clarence et Roxane. Clarence incarne le professeur qui nous explique les règles du jeu et Roxane, de son côté, est une étudiante en lettres modernes. J’ai immédiatement accroché à ce personnage spontané, drôle et passionné. Comme souvent, je me retrouve aisément dans les héroïnes d’Emmanuelle et cela m’aide à rentrer dans l’intrigue. J’ai un peu moins apprécié le personnage de Clarence, surtout à cause de ses choix finaux (non mais franchement ?!), que je ne peux évoquer en profondeur sans spoiler. Il reste intéressant et son passé pose beaucoup de questions, même lorsqu’on termine ce livre. Comment en est-il venu à cette invention, par exemple? Comment a-t-il précisément établi les règles du voyage dans le temps? Quels autres évènements l’ont marqués? J’aimerai beaucoup lire un roman sur ses aventures, même si on en connait, du coup, déjà la fin.

Outre nos deux héros, nous traversons une quantité d’époques différentes. Si le contrat passé entre Clarence et Roxane est supposé les cantonner à la littérature française moderne, ils effectuent tout de même des voyages en Angleterre ou même plus loin dans le passé, par simple curiosité culturelle. Nerval, Baudelaire, Dumas, Bergerac, Brocéliande, Shakespeare, Louis XIV, Poe… Comme pour le premier tome de Palimpsestes, je suis presque effrayée de découvrir à quel point Emmanuelle et moi avons les mêmes références et apprécions les mêmes époques. Ce fut un ravissement de croiser certaines figures historiques, de lever (dans le cadre de la fiction) le voile sur de nombreuses mystères littéraires. Les Chercheurs du Temps est très clairement un roman hyper référencé et on peut saluer la recherche (ainsi que la culture personnelle) de l’auteure.

Principalement axé sur l’aventure et la découverte historique, les Chercheurs du Temps ne passe pas à côté d’une petite romance qui, heureusement, ne prend pas toute la place dans le récit. Ce dernier se conclut d’ailleurs en ouvrant sur Bordemarge, un autre roman de l’auteure, publié chez Castlemore (et qui est dans ma liseuse). Notez que les livres d’Emmanuelle peuvent se lire indépendamment, mais qu’ils sont tous reliés par divers clins d’œil subtils disséminés au fil du texte. C’est quelque chose que j’aime beaucoup chez un auteur, déceler le fil rouge qui relie son imaginaire. Autant dire que je suis, ici, ravie.

L’écriture des Chercheurs du Temps est simple et fraiche. Elle sert une intrigue parfois un peu rapide mais qui se conclut d’une manière aussi intéressante que frustrante. Divisée en différents épisodes, cette œuvre a très clairement un côté Doctor Who, qui ravira les adeptes de la série, mais pas que. Cela permet une lecture rapide (presque d’une traite dans mon cas) qui remplit à merveille son rôle de divertissement.

Pour résumer, les Chercheurs du Temps est un page-turner fantastique qui traite avec intelligence du voyage dans le temps. Les recherches historiques effectuées par l’auteure permettent de parsemer le récit d’innombrables anecdotes intéressantes. Elle se réapproprie l’Histoire et l’histoire littéraire d’une manière qui, chez moi du moins, fait mouche. C’est un excellent divertissement tout public qui est parfait pour découvrir cette auteure une première fois, d’autant qu’il s’agit d’un one-shot. N’attendez plus !

Sur la piste des dragons oubliés – Élian Black’mor & Carine – M

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Sur les pistes des dragons oubliés est un ouvrage graphique publié aux éditions Glénat au prix de 39,5 euros. Il a été réalisé par Élian Black’mor et Carine-M, un duo qui a produit plusieurs ouvrages extraordinaires que je vous invite à découvrir sur leurs sites respectifs, en cliquant sur leurs noms. Magnifiquement illustré, il met en scène le journal de l’aventurier Élian Black’mor dans sa quête des légendaires dragons.

Il m’est assez difficile d’évoquer un ouvrage de ce genre, parce que je ne suis pas familière de ses codes et des attentes qu’on peut en avoir. Je vais donc me contenter de vous livrer mon ressenti après lecture, ce sera un peu plus court que d’habitude mais ça vient du cœur.

Déjà, les illustrations sont magnifiques. De ce que j’ai compris, les deux auteures travaillent ensemble et le résultat est absolument sublime. Les croquis des dragons, l’impression de vraiment feuilleter un journal de recherche, ils ont pensé à tous les petits détails: du billet de train aux marques de papier collant, aux ratures, à l’écriture manuscrite, c’est un objet sublime que je suis très heureuse de posséder. On perd facilement plusieurs minutes à scruter chaque page à la recherche d’un détail qui aurait pu nous échapper, à déplier certaines illustrations, à tourner et retourner le livre dans tous les sens pour lire les légendes de certaines photographies ou les annotations. C’est vraiment ludique !

L’histoire en elle-même est, par moment, un peu difficile à suivre, mais c’est le format du journal qui veut ça. D’ailleurs, j’ai trouvé le concept plutôt intéressant: tout n’est pas très clair tout le temps, mais si on lisait nous-même le journal d’un aventurier, est-ce qu’on comprendrait les moindres détails? Il y a forcément des éléments qui resteront obscurs, parce qu’ils étaient clairs dans l’esprit de l’auteur et qu’il n’a pas ressenti le besoin de les noter. Finalement, ça participe au réalisme du livre, même si ça a un petit côté frustrant et pas toujours très clair.

Si vous aimez les ouvrages graphiques et les illustrateurs de talent, je vous recommande très chaudement ce carnet de voyage fantastique. La version que j’ai lue rassemble plusieurs tomes qui constituent le premier cycle. Le prix peut paraître très élevé au premier abord mais, honnêtement, le travail effectué sur le livre en fait surtout un livre-objet, tout est en couleur, les nuances sont bien gérées, la personne qui a fait la maquette a dû partir en dépression nerveuse dans la foulée tellement c’est millimétré. Vraiment un beau travail !

C’est sans conteste un ouvrage indispensable pour tous les accros aux dragons et aux voyages extraordinaires.