#PLIB2019 Rouille – Floriane Soulas

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Rouille
est le premier roman de l’autrice française Floriane Soulas. Publié chez Scrinéo, vous trouverez ce one-shot au prix de 16.90 euros partout en librairie.
Cette lecture a été réalisée dans le cadre du PLIB 2019 !

Rouille se déroule en 1897, dans un Paris aux allures steampunk. À l’extérieur du Dôme, la population pauvre de la capitale survit comme elle le peut. Le lecteur suit principalement Violante, une prostituée officiant sous le pseudonyme de Duchesse au sein des Jardins Mécaniques, un établissement appartenant à Léon, son souteneur. Violante est amnésique depuis un accident survenu trois ans auparavant et est en quête de son identité, aidée par son amie Satine. Cette dernière disparait soudain sans laisser de traces et Violante décide de braver les interdits pour enquêter.

Avant d’aller plus loin dans cette chronique, je tiens à préciser que je ne suis pas du tout le public cible de ce roman. Je pense que c’est pour cette raison que je suis passée à côté. Et pour continuer dans l’honnêteté, si je n’y étais pas tenue par le PLIB, je n’aurais pas acheté / lu ce roman (et par extension, que je ne l’aurai pas chroniqué).

Pourtant, Rouille a certaines qualités. Déjà, la plume de l’autrice qui est simple, accessible et maîtrisée surtout pour un premier roman. Floriane Soulas ne se perd pas en fioritures inutiles, elle va droit au but et dépeint bien l’univers qu’elle a imaginé. D’ailleurs, cet univers est plutôt intéressant même s’il reste globalement classique. On ignore comment mais l’humanité est parvenue à voyager jusqu’à la Lune, ce qui a permis l’arrivée de nouveaux matériaux et un développement de la technologie des automates ou des hybrides. L’extérieur du Dôme est divisé en plusieurs quartiers, sous l’influence de différentes bandes et l’intérieur déborde de faste, de richesse, c’est presque un monde à part. J’ai apprécié l’ambiance générale dégagée par le texte pourtant vous voyez déjà se dessiner les contours de ce qui a bloqué, à mon goût.

C’est classique. Trop classique et convenu, limite manichéen par moment. On s’attend à tout ce qui se passe et on voit venir la fin de loin. Les personnages sont malheureusement des archétypes sans surprises et l’intrigue n’a pas de réel rebondissement. Dès le début, l’autrice alterne les points de vue ce qui permet au lecteur d’être par moment dans la tête de celui qui enlève les filles et les enfants de Paris. Le problème, c’est que ça bousille le suspens car les indices donnés sont trop gros pour qu’on passe à côté. Et pourtant, je suis une lectrice naïve assez facile à balader, à ce niveau. On ne se demande pas longtemps quel est le but de cette personne, les pièces se mettent en place bien trop aisément et on attend juste que les protagonistes s’en rendent compte pour que tout se débloque. J’ai senti venir la fin au premier tiers du bouquin (grosso modo, il y a quand même eu un ou deux petits éléments inattendus) du coup je ne suis pas parvenue à m’intéresser à l’histoire.

Pas plus qu’aux personnages d’ailleurs puisqu’ils correspondent tous à des archétypes. Ils manquent même parfois de crédibilité. Je pense à Léon parce qu’il est celui chez qui ça m’a paru le plus évident. Dans le genre chef de bande proxénète trop gentil on fait difficilement pire… La scène finale m’a achevée à ce niveau. Après, j’ai conscience qu’on reste dans un roman young adult et qu’il y a beaucoup de lecteurs moins tatillons que moi qui y trouveront leur compte. Ce texte a d’ailleurs un beau petit succès et je suis contente pour son autrice, d’autant qu’il s’agit d’un premier roman ! C’est très encourageant pour un début de carrière.

Alors quand on remet ça en perspective… Oui, Rouille est un texte trop classique à mon goût et sans réelle surprise dans son déroulement. Mais pour un premier roman et à destination du grand public, il remplit efficacement son rôle de bon divertissement. Parfois, c’est tout ce dont un lecteur a besoin.

Pour résumer, Rouille ne révolutionne pas le genre dans lequel il se place (uchronie / dérivé steampunk) et propose des personnages trop archétypaux à mon goût. L’intrigue manque de surprise car l’autrice révèle trop facilement des éléments clés, ce qui empêche d’entretenir le suspens de manière efficace. Pourtant, ce roman se lit tout seul, on ne sent pas les pages se tourner. Il ravira les lecteurs qui cherchent un divertissement sans prise de tête dans un Paris steampunk du 19e siècle.

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Underground Airlines – Ben H. Winters

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Underground Airlines est un one-shot uchronique proposé par l’auteur américain Ben H. Winters. Publié par ActuSF en 2018, vous trouverez ce roman en format papier au prix de 19.90 euros et en numérique à 9.99 euros.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Dans cette oppressante uchronie construite comme un roman policier, Lincoln a été assassiné avant la guerre de Sécession – qui n’a donc pas eu lieu- si bien que quatre états pratiquent toujours l’esclavage au 21e siècle. Il existe une route, qui tient presque de la légende: l’Underground Airlines, qui permet à certains esclaves plus chanceux que d’autres d’échapper à leur terrible condition. Hélas, la légalité de l’esclavage est inscrite dans la Constitution et est immuable. C’est pour cela que des gens comme Victor existent. Victor, c’est un ancien esclave engagé par les U.S. Marshals pour traquer les Noirs en fuite. Jusqu’au jour où on lui confie le dossier de Jackdaw…

Underground Airlines est un roman coup de poing dont on ne ressort pas indemne. Je viens de le terminer donc j’écris ma chronique à chaud et une chose est sûre : il ne laisse pas indifférent !

Déjà par sa thématique. Il s’agit d’une uchronie, d’une manipulation de l’Histoire, mais les thèmes traitées par l’auteur sont malheureusement toujours très actuels. Ben H. Winters dénonce les mentalités américaines, le racisme mais aussi la facilité avec laquelle on peut fermer les yeux sur l’horreur et la difficulté qu’on a à changer les choses. Tout le texte est traversé par une noirceur et un cynisme qui me parlent beaucoup.

Ce propos est porté par un anti-héros de qualité. Victor a signé un pacte avec le diable pour s’en sortir et ne pas retourner à la ferme dont il s’est échappé. Après deux ans d’une vie tranquille dans le Nord, le gouvernement le retrouve et l’oblige à travailler pour lui en le mettant face à un choix impossible. On découvre son histoire petit à petit et via ses souvenirs, l’horreur du quotidien d’un esclave mais aussi la façon dont les mentalités se développent en condition extrême. Dans cette Amérique moderne, on a interdit l’esclavage violent mais on soumet les Noirs à bien pire quand on n’ignore pas simplement les règles. La pression psychologique est énorme, autant que l’impact du roman sur son lecteur.

La narration à la première personne permet au lecteur de vivre avec Victor, de suivre ses pensées, ses dilemmes. Il est terriblement humain, dans tout ce que ce mot peut avoir de laid. Il ressent de la honte, du désespoir et plus le récit avance, plus il s’enfonce dans cette spirale. Victor essaie de faire les bons choix pour lui et il se rend compte de ce que ça coûte. Et on comprend. Moi en tout cas, je l’ai compris et ça m’a mise mal à l’aise d’en venir à cautionner, en quelque sorte. Pourtant, Victor n’essaie pas de se trouver des excuses. Il expose sa situation de la manière la plus crue qui soit, il se sait coupable et partage ce que ça lui inspire. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir. Le roman ne peut pas laisser indifférent, il nous prend en otage et nous oblige à contempler une réalité pas si éloignée de la fiction, ce que j’ai adoré. J’aime qu’on me bouscule dans mes lectures et c’est ce qu’a fait Underground Airlines.

Un malaise, c’est ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture. Un malaise ponctué par des moments de dégoûts et une solide prise de conscience. On se dit toujours qu’on sait ce qu’est le racisme, qu’on a conscience que ça existe mais c’est différent de le vivre. Évidemment, ça passe à travers un personnage de fiction mais ça reste beaucoup plus percutant qu’une bête intellectualisation du problème. Le plus surprenant, c’est que j’ai cru pendant toute ma lecture que l’auteur était noir… Et j’ai appris dans la postface que pas du tout ! Ça aussi, l’air de rien, ça a son importance symbolique, surtout pour les États-Unis. On pourrait alors craindre lire un roman où le pauvre Noir perdu est sauvé par un Blanc… Heureusement, il n’en est rien. Exit le manichéisme dans Underground Airlines. Et ça n’en renforce que plus le roman.

Le roman s’offre donc une postface de Bertrand Campeis qui ne manque pas d’intérêt pour comprendre la portée et l’importance de ce roman, traduit en Europe. Il parle d’une Amérique toujours en lutte avec elle-même et c’est très éclairant pour analyser son actualité. J’ai apprécié retrouver ce billet à la fin du roman et non au début comme on le voit trop souvent car j’y ai prêté un réel intérêt et j’ai pu confronter mes propres perceptions avec l’analyse de Bertrand Campeis, qui donne une nouvelle dimension à ce texte.

Pour résumer, Underground Airlines est un roman percutant qui met en scène un antihéros essayant de survivre par tous les moyens, même les pires. Doté d’un fort propos engagé, il nous raconte une Amérique uchronique qui parait pourtant très actuelle. On ne ressort pas indemne de cette lecture que je recommande très chaudement !

Grand Siècle #3 la conquête de la Sphère – Johan Heliot

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La conquête de la Sphère est le troisième (et dernier) tome de la saga Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman dans la collection Icare au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos et Nathalie pour ce service presse.
Ceci est ma 28e lecture (et dernière) pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.

Honnêtement, je trouve toujours délicat de chroniquer un tome 3 sans, d’une part, se montrer redondant et de l’autre, spoiler des éléments entiers de l’intrigue. Je vais donc commencer par vous renvoyer à ma chronique du tome 1 et à celle du tome 2. Une partie de cette chronique sera surlignée de blanc, afin de dissimuler les éléments d’intrigue divulgués tout en fournissant à ceux qui le souhaite un retour complet doublé d’une certaine analyse. Pour les autres, ce sera un peu une chronique à trou et je m’en excuse.

La conquête de la Sphère, comme son nom l’indique, marque l’ultime mise en place du plan de l’Intelligence, arrivée sur Terre presque cinquante ans plus tôt. À l’instar des autres romans, celui-ci se déroule sur plusieurs années et continue de suivre les (més)aventures des enfants Caron, devenus adultes et même vieux pour certains. Pierre et Jeanne ont fuit Paris à la fin de l’envol du Soleil et se sont réfugiés en Bohème depuis quelques temps déjà quand le Pape pousse le Saint-Empire à lever une Sainte Coalition afin d’affronter le roi de France par l’entremise de son frère Philippe (quel personnage d’ailleurs !). Jeanne, Pierre et Stepan, qui va plus ou moins devenir leur fils adoptif, s’enrôlent donc pour ramasser les morts sur le champ de bataille. Du côté d’Estienne, après le meurtre de l’ancien amant de sa sœur (qui lui-même a tué Petit Pierre dans le tome précédent) il est enfermé dans une cellule par l’Intelligence qui a de grands projets pour lui. En effet, sa compatibilité d’esprit avec le Roi Louis fera d’Estienne un réceptacle efficace pour la copie du Roi qui souhaite accompagner l’Intelligence dans son exploration spatiale. Il retrouvera ainsi Martin, toujours officier sur le Soleil, malgré un momentané passage en soute pour le punir du meurtre d’un collègue. Estienne comme lui auront droit à des éclaircissements de la part de l’Intelligence sur les réels motifs de sa venue et de cet investissement envers l’espace. Enfin, Marie est contrainte de vendre sa fille (pour rappel, la bâtarde du Roi Louis) à une noble dame, ce qui offre à la petite Jeannette une vie plus belle, du moins jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Paris. Marie, quant à elle, connaîtra un bien funeste destin.

Dans sa trilogie qui s’étend sur une cinquantaine d’années, Johan Heliot réussit avec brio l’évolution des différents protagonistes et parvient à passionner son lecteur pour chacun d’eux. Du même coup, il réfléchit intelligemment à l’évolution de son monde. Je vous parlais des éclairages effluviques et de l’appareil de luxovision dans le second tome, ils se démocratisent de plus en plus partout dans Paris jusqu’à devenir de véritables outils de propagande. Johan Heliot en profite pour pousser le lecteur à réfléchir à la place des médias dans notre propre société et à la nécessité d’un esprit critique affuté sans toutefois tomber dans le moralisme à deux ronds.

Et c’est ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet auteur. En plus d’être, selon moi, le maître de l’uchronie francophone, il parsème ses récits de réflexion philosophico-sociales au détour d’une remarque d’un personnage ou d’une situation inattendue. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Jeanne en vient à remettre en question la force de la plume face à l’épée, en nuançant cet utopisme presque naïf qu’elle avait dans les deux tomes précédents. Cela donne au récit un petit côté désabusé assez triste mais terriblement actuel et pertinent.

Quant à la fin… Quelle ironie, finalement ! J’ai ressenti une forme d’amertume pour Pierre, laissé en arrière face à son destin mais aussi un vrai plaisir à l’idée de cette Angleterre qui ouvre ses portes aux enfants Caron, permettant à Jeannette de développer ses prédispositions scientifiques. La fatalité voudra que, peu importe les manipulations de l’Histoire, l’impérialisme anglais trouve toujours un chemin, même en dehors des frontières terriennes. Ce qui ne manque pas d’intérêt, c’est également la réflexion développée sur la partie concernant le voyage dans l’espace, le sacrifice des hommes pour le plus grand bien, l’égoïsme de certains et ce final en demi-teinte. Johan Heliot prend ainsi le contrepied des séries bien pensantes en proposant une réflexion à la fois réaliste et positive de l’Humanité, à travers le regard de l’Intelligence.

J’aurai aimé dire davantage mais je ne vois pas l’utilité de me répéter ou de reprendre des morceaux entiers de mes précédentes chroniques dont les liens sont rappelés plus haut dans ce billet. Grand Siècle se caractérise par la constance de l’auteur qui fournit chaque fois un tome égal au précédent en terme de qualité, fourmillant d’idées aussi osées que plaisantes, avec un vrai fond et une plume délicieusement maîtrisée. Je suis ravie qu’un auteur ait eu l’idée et le culot d’écrire un roman de science-fiction qui prend place à l’époque de Louis XIV. Je salue l’initiative et félicite les éditions Mnémos d’avoir publié ce chef-d’œuvre dont je recommande la lecture à tous ceux qui n’ont pas peur des nouvelles expériences. Ça vaut le coup, pour autant qu’on garde l’esprit ouvert !

L’Homme Électrique – Victor Fleury

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L’Homme Électrique est un one-shot voltapunk proposé par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne dans sa collection steampunk, vous trouverez ce roman au prix de 9.90 euros.
Ceci est ma quinzième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Je remercie l’ami Xapur dont la chronique a inspiré la lecture de ce roman. Sans lui, je serais passée à côté d’un livre extraordinaire !

L’histoire se déroule en 1895 dans une France uchronique ou Napoléon IV règne sur l’Empire Électrique. Un empire menacé par les russes, d’où l’envoi d’un trio d’agents de la Sûreté pour enquêter là-dessus : la comtesse Cagliostro aux dons surprenants et aux qualités scientifiques reconnues, le frère Vacher, assassin et homme de main impitoyable et le Valet, un androïde capable de porter le visage d’un mort sans qu’il ne se détériore (oui c’est assez glauque) et de copier ses souvenirs ainsi que sa personnalité. Malheureusement, le Valet se rend compte que quelque chose cloche avec sa mémoire. Il va s’embarquer malgré lui au sein d’un complot aux multiples protagonistes, à travers tout l’empire, avec finalement une seule question : à qui demeurer loyal pour le bien de l’humanité ?

J’ai dévoré ce roman en l’espace de deux jours, à ma plus grande surprise vu que j’ai connu plusieurs déceptions chez cet éditeur, surtout cette collection. Du coup, je ne m’y intéressais plus et j’ai été contente de laisser sa chance à Victor Fleury qui propose un titre très marquant sur bien des points.

Déjà en terme de genre littéraire. Il est classé en steampunk faute d’un meilleur terme mais l’ami Xapur parle de voltapunk. Peut être pour plaisanter, toutefois je trouve l’usage de ce terme très pertinent ici puisque l’auteur n’a pas développé une technologie à vapeur… Mais bien électrique ! Qui n’a pourtant rien de commun avec notre propre usage de l’électricité. Voilà une idée très inspirée car elle offre un univers aux couleurs très différentes. On n’étouffe pas sous le smog, au contraire. Le lecteur se retrouve presque aveuglé par les éclairs, ce qui donne au texte une luminosité brute qui éclaire sans détour la noirceur de son propos.

En effet, quand on y pense, Victor Fleury aborde des thèmes assez durs. L’intrigue est celle d’un complot assez standard entre deux grandes nations qui en veulent toujours davantage mais le sous-texte a davantage de fond, surtout dans le développement psychologique du Valet. Finalement, qu’est-ce qui rend humain? Le fait d’avoir un corps de chair et de sang?

Dans une narration à la 3e personne, on suit le personnage du Valet, un androïde pourtant très humain et souvent perdu face à ce qui lui arrive. J’ai immédiatement ressenti de l’empathie pour lui, utilisé comme un objet par d’autres, qui pense pourtant toujours à l’humanité et au bonheur des gens simples avant le sien. Il souffre des manipulations dont il est victime et ne sait plus à qui accorder sa confiance. Surtout que les indices qu’il se laisse à lui-même au fil de ses « reboots » ne sont pas forcément très clairs. Il essaie toujours de comprendre, refuse d’agir pour son propre intérêt et est traversé pendant tout le roman par la très humaine peur de mourir, de disparaître, bref d’être « éteint ». Ce qui ne l’empêche pas de prendre des risques ou de se montrer loyal ! Le Valet choisit, se trompe, assume, tente même de sauver ses ennemis et répugne à la violence. Tous ces éléments, pour ne citer que ceux-ci, donnent un protagoniste principal marquant et attachant.

En plus de l’univers, ce personnage du Valet est donc vraiment LA grande force de l’homme électrique dont il est d’ailleurs le héros (au cas où c’était pas évident). Pourtant, les autres personnages ne sont pas en reste et toujours tiraillés entre le devoir et l’humain, entre leurs convictions et ce qu’il convient de faire. On le ressent assez bien dans le dilemme de la Comtesse et tout comme le Valet, je trouve que ça la rend à la fois merveilleuse et cruelle. D’ailleurs, plusieurs de ces personnages sont empruntés à la littérature populaire. Ainsi, vous allez croiser Arsène Lupin, Michel Strogoff, un certain comte bien connu, une petite Sophie dont certains vont peut-être se rappeler, entre autres ! Dès qu’on s’en rend compte, on ne peut pas résister à la tentation de traquer les références jusqu’à questionner chaque apparition de personnage : est-il totalement inédit ou vient-il d’un roman que je ne connais pas? Je me suis vraiment amusée là-dessus.

J’en profite pour préciser que Victor Fleury n’a pas qu’emprunté des personnages pour les réadapter à sa sauce ou leur rendre hommage. Il livre aussi un roman d’aventure digne des meilleurs auteurs du 19e siècle, sans le moindre temps mort et avec autant d’efficacité qu’à l’époque.

Pour résumer et si ce n’était pas clair, j’ai vraiment adoré l’Homme Électrique. Pionnier d’un genre nouveau dérivé du steampunk, à savoir le voltapunk, Victor Fleury propose un texte d’une grande humanité qui, paradoxalement, se place du point de vue d’un automate. Ce roman d’aventure très référencé à la mode du XIXe plaira à un large public et mérite d’être découvert. Je le recommande chaudement !

Frankenstein 1918 – Johan Heliot

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Frankenstein 1918
est un one-shot dans la veine de l’uchronie proposé par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez l’Atalante dans sa collection La Dentelle du Cygne, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Ceci est ma treizième lecture dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire francophone.

Frankenstein 1918 est une uchronie qui part du principe suivant: et si la première guerre mondiale ne s’était pas terminée en 1918 mais avait duré jusque bien plus tard ? Les Anglais, en mauvaise posture, décident de lancer l’opération Frankenstein sous la direction secrète de Churchill. Son but? Créer des soldats à partir de la chair de ceux morts au front, afin d’envoyer des bataillons entiers de « non-nés » capables de résister aux assauts des prussiens, sans ressentir ni la peur, ni la douleur. Parmi eux, on retrouve Victor ou 15-007, premier « frankie » à avoir survécu au processus.

L’histoire se construit à travers une série de témoignages scripturaux retrouvés dans des carnets par un historien. Celui de Victor, au moment où sa conscience et son intelligence lui reviennent totalement au point qu’il éprouve le besoin d’écrire ce qu’il a vécu. Celui de Churchill également, avec ses « mémoires secrets » (non c’est pas une faute 🙂 ) et enfin Edmond Laroche-Voisin, le fameux historien passionné qui va découvrir cette histoire par le plus grand des hasards et décider d’en faire son sujet de thèse. C’est lui qui va compiler et traduire les carnets tout en y ajoutant des passages plus personnels. Parce qu’Edmond va devoir enquêter, en compagnie d’Isabelle, pour combler les trous de l’Histoire. Pour cela, il va se rendre dans les ruines radioactives d’une Londres bombardée et détruite.

Je ne suis pas forcément une adepte de ce type de narration mais je trouve que Johan Heliot réussit très bien son coup ici. Ce n’est pas Edmond qui va publier l’histoire mais sa fille, en ajoutant un avertissement aux lecteurs. À plusieurs reprises, l’historien insiste sur le fait qu’il a retravaillé le texte. Ce choix justifie l’aspect romancé de certaines scènes des carnets qui, autrement, paraitraient trop factices, ainsi que les ellipses parfois de plusieurs années. Sur un plan personnel, ça a freiné ma lecture mais je sais que beaucoup de lecteurs ne sont pas dérangés par ce type de narration puis ça a au moins le mérite d’être original.

Frankenstein 1918 est donc une uchronie mais c’est surtout une réflexion sur la guerre, sur la condition humaine et, plus important encore, sur le devoir de mémoire. D’ailleurs, le roman se termine sur ces quelques mots qui se suffisent à eux-mêmes: « (…) n’oubliez jamais le sacrifice des générations qui vous ont précédé et rappelez-vous les leçons d’Histoire car c’est le seul moyen d’éviter de répéter les erreurs de vos aînés. »

Ces réflexions arrivent à travers celles des personnages et de leurs actions qui sont nombreuses, souvent brutales. Les choix de Churchill, par exemple, mettront le lecteur mal à l’aise. Peut-on vraiment tout accepter au nom du plus grand bien? Chacun y va de son opinion et Johan Heliot rappelle ainsi que rien n’est jamais blanc ou noir. Et qu’il est facile de juger d’un œil extérieur quand on ne se salit pas les mains. D’ailleurs, c’est un peu ce que j’ai fait à la fin pour tout ce qui concerne Isabelle !

Pour résumer, Johan Heliot affirme avec Frankenstein 1918 son statut de maître ès uchronie. C’est un plaidoyer vibrant en faveur du devoir de mémoire accompagné d’une réflexion intelligente sur la condition humaine. Ses clins d’œil aux personnages historiques et à ceux de la littérature populaire anglaise plairont aux adeptes du genre. Le récit, construit comme un assemblage de témoignages à des fins de publication scientifique, marque par son parti pris esthétique qui ne plaira pas à tout le monde mais qui a le mérite d’oser quelque chose d’inhabituel. J’ai passé un bon moment avec ce texte que je recommande à ceux qui aiment l’uchronie ainsi que la période « Grande Guerre ».

Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus – David Bry

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Le garçon et la ville qui ne souriait plus
est un one-shot d’uchronie historique proposé par l’auteur français David Bry. Publié chez Lynks, vous trouverez ce roman au prix de 16.90 euros.
Je remercie Bleuenn et les éditions Lynks pour l’envoi (et le renvoi, merci la poste…) de ce service presse et pour tous les goodies qui accompagnaient le livre dans la box ! À savoir deux posters, une clé et un livret avec une courte nouvelle supplémentaire. C’est le genre de surprise qui fait plaisir 🙂

Avant de commencer, quelques mots sur le livre objet. Le travail éditorial est très soigné. Le roman contient quelques illustrations et chaque en-tête de chapitre propose un extrait de texte (légal, philosophique, une lettre ou autre) qui aide le lecteur à comprendre certains éléments du chapitre qui va suivre ainsi que l’univers. Je trouve ce procédé vraiment bien pensé car il évite d’alourdir l’intrigue avec des digressions. Les textes sont tous mis en page de manière différente en fonction de leur origine, ça rend très bien. Chapeau !

Nous suivons dans cette histoire le personnage de Romain de Sens. Il appartient à la haute société mais ne s’y sent pas du tout à sa place. Avec son ami Ambroise, ils ont l’habitude de fréquenter les cafés littéraires et de sortir en douce la nuit. Romain pousse même jusqu’à se rendre sur l’Île de la Cité, là où s’est développée la Cour des Miracles. Suite aux Lois de la Norme entrées en vigueur il y a cinquante ans, on y a parqué les « anormaux , ces gens qui ont des difformités physiques et / ou psychologiques. Là-bas, Romain se sent bien, à sa place… Alors quand il apprend qu’un complot menace l’Île de la destruction, il va devoir faire un choix entre sa famille de sang et celle de cœur.

Je pense honnêtement que David Bry a tout réussi dans ce roman. Ça ne m’arrive pas souvent de le dire et c’est peut-être lié au fait que ce roman m’a tirée de ma panne de lecture mais voilà, j’ai TOUT aimé dans ce texte. Je trouve aussi qu’il peut se lire par tous les types de public, autant des lecteurs plus jeunes que plus âgés parce que le message qu’il véhicule est important et que la mise en page éditoriale permet une lecture aussi rapide que fluide. Un très beau travail.

L’auteur propose un univers uchronique effrayant où la différence est une tare, ce qui invite son lecteur à réfléchir. Le message passé dans ce texte est une ode à la tolérance et à la diversité, à la richesse de l’individualité, ce à quoi je ne peux qu’être sensible. D’ailleurs, le prince a raison : si tout le monde se ressemble, on se sent rapidement seul… Dans notre société où le racisme et l’intolérance prennent de plus en plus de place, je pense qu’un livre comme le Garçon et la Ville qui ne souriait plus a toute son importance et sa pertinence.

Les personnages sont aussi une grande force dans ce texte. Romain est touchant comme héros adolescent, particulièrement réussi. Il est tiraillé entre son envie de plaire à sa famille et sa nature profonde. Le rendu de ses dilemmes par l’auteur est crédible et maîtrisé. Quand il essaie d’en parler à ses parents, il se heurte à un mur et c’est de pire en pire chaque jour. Une fois qu’il entre vraiment en contact avec la Cour des Miracles, on le sent plus épanoui. J’ai eu beaucoup d’empathie pour lui du début à la fin. Au point que je ne parvenais pas à reposer ce livre, que j’ai d’ailleurs lu en une journée !
Les personnages secondaires ne sont pas en reste. La Cour des Miracles est riche de profils très différents (mention spéciale pour Joséphine et le petit Zacharie ♥) et j’ai bien apprécié que l’auteur les fasse s’exprimer en argot. Ce choix renforce le côté immersif du roman. Pas de panique pour ceux que ça rebuterait, un lexique très complet est disponible à la fin mais ça reste compréhensible de toute façon.

En bref, le Garçon et la Ville qui ne souriait plus est un petit bijou. L’objet-livre est soigné à hauteur de la qualité du contenu, ce qui en dit long. David Bry propose une ode à l’individualité en passant des messages modernes sans sacrifier au côté divertissant avec un héros touchant et un univers uchronique réussi. J’ai eu un coup de cœur pour ce texte que je vous recommande chaudement ♥

UP / Athnuachan #1 L’Académie – Cyrielle Bandura

Couverture Athnuachan
L’Académie
est le premier tome de la saga Athnuachan de l’autrice française Cyrielle Bandura. D’abord publié en auto-édition, ce roman s’offre une nouvelle version dans la maison d’édition Noir d’Absinthe qui va également publier la suite (wouhou !). Vous trouverez ce roman retravaillé pour l’occasion au prix de 19.90 euros en format papier et 5.99 au format numérique.

À l’occasion de la réédition du roman Athnuachan de Cyrielle Bandura, j’up mon ancienne chronique avec la nouvelle couverture (absolument SUBLIME) signée par Tiphs. Je vous encourage à découvrir ce livre qui souffle un vent d’air frais sur la fantasy française et propose une œuvre à la fois travaillée et engagée. Il s’agit d’un premier roman et vu la qualité de celui-ci, ça laisse présager le meilleur pour la suite.

Il s’agit d’une série de fantasy post-apocalyptique (un peu dans la même idée que les Chroniques de Shannara, donc un retour en arrière de l’humanité après un trop plein technologique) marquée par la mythologie celtique.

Athnuachan nous raconte l’histoire de Sélène, une jeune fille qui a été appelée à l’Académie des Guerrières, supposées protéger Mór-roinn des attaques de Dragons. Sélène n’a jamais aimé les femmes de l’Académie, qu’elle qualifie volontiers de harpies, mais elle ne veut pas faire honte à sa mère et se résout donc à y aller. Ce roman est avant tout l’histoire de son initiation, de son entraînement, de la manière dont elle va mûrir et découvrir les secrets qui entourent son existence. Comme Sélène ignore beaucoup de choses au sujet des Gardiennes, nous découvrons et apprenons l’univers en même temps qu’elle, au travers de ses cours, de ses propres interrogation, ce qui nous permet d’obtenir énormément d’informations et de ne pas se perdre dans la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs années, douze ans exactement. Ne vous attendez donc pas à n’assister qu’à un seul évènement. Sélène a une vie bien remplie ! Je trouve d’ailleurs qu’elle est une héroïne intéressante, profonde et travaillée. Le roman est écrit à la première personne, au passé simple. Nous vivons donc tout à travers ses yeux. Elle n’est pas une gentille petite fille parfaite ni une rebelle sans cervelle qui va mettre tout le monde en danger avec ses caprices. Elle sonne vraie, humaine, elle a ses qualités et ses défauts, toute en nuance. Ses relations avec les autres sont toujours uniques, j’ai eu l’impression d’être transportée dans cet univers avec elle et j’ai trouvé agréable que, pour une fois, on ne nous serve pas une romance entre l’héroïne et son meilleur ami, ou l’éternel triangle amoureux. Il y a bien une relation intime, mais elle n’écrase pas le récit, loin de là. D’ailleurs, les différents passages entre les combats, le développement psychologique et les découvertes diverses sont bien rythmés. C’est assez impressionnant, surtout pour un premier roman.

L’univers d’Athnuachan est très riche. On sent que l’autrice s’est arrêtée sur tous les détails, qu’elle a beaucoup songé à la cohérence de son roman. Il y a un véritable travail derrière qu’on peut saluer. Cela évite à Athnuachan de tomber dans les pièges des premiers romans avec les éternelles facilités scénaristiques. Certains éléments sont plutôt prévisibles, comme l’identité du père de Sélène ou son avenir au sein de l’Académie, mais ça n’empêche pas le texte de nous réserver un sacré lot de surprises.

Pour résumer, Athnuachan est un excellent premier roman. J’ai toujours du mal à croire que c’est le premier, d’ailleurs ! Son récit a une construction assez classique (celui de l’initiation de l’héroïne) mais il est très documenté avec une mythologie qui lui appartient tout en s’inspirant de diverses sources qui raviront, notamment, les fans de mythologie irlandaise. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de fantasy. Cyrielle Bandura est une autrice prometteuse qui mérite d’être lue.