UP / Athnuachan #1 L’Académie – Cyrielle Bandura

Couverture Athnuachan
L’Académie
est le premier tome de la saga Athnuachan de l’autrice française Cyrielle Bandura. D’abord publié en auto-édition, ce roman s’offre une nouvelle version dans la maison d’édition Noir d’Absinthe qui va également publier la suite (wouhou !). Vous trouverez ce roman retravaillé pour l’occasion au prix de 19.90 euros en format papier et 5.99 au format numérique.

À l’occasion de la réédition du roman Athnuachan de Cyrielle Bandura, j’up mon ancienne chronique avec la nouvelle couverture (absolument SUBLIME) signée par Tiphs. Je vous encourage à découvrir ce livre qui souffle un vent d’air frais sur la fantasy française et propose une œuvre à la fois travaillée et engagée. Il s’agit d’un premier roman et vu la qualité de celui-ci, ça laisse présager le meilleur pour la suite.

Il s’agit d’une série de fantasy post-apocalyptique (un peu dans la même idée que les Chroniques de Shannara, donc un retour en arrière de l’humanité après un trop plein technologique) marquée par la mythologie celtique.

Athnuachan nous raconte l’histoire de Sélène, une jeune fille qui a été appelée à l’Académie des Guerrières, supposées protéger Mór-roinn des attaques de Dragons. Sélène n’a jamais aimé les femmes de l’Académie, qu’elle qualifie volontiers de harpies, mais elle ne veut pas faire honte à sa mère et se résout donc à y aller. Ce roman est avant tout l’histoire de son initiation, de son entraînement, de la manière dont elle va mûrir et découvrir les secrets qui entourent son existence. Comme Sélène ignore beaucoup de choses au sujet des Gardiennes, nous découvrons et apprenons l’univers en même temps qu’elle, au travers de ses cours, de ses propres interrogation, ce qui nous permet d’obtenir énormément d’informations et de ne pas se perdre dans la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs années, douze ans exactement. Ne vous attendez donc pas à n’assister qu’à un seul évènement. Sélène a une vie bien remplie ! Je trouve d’ailleurs qu’elle est une héroïne intéressante, profonde et travaillée. Le roman est écrit à la première personne, au passé simple. Nous vivons donc tout à travers ses yeux. Elle n’est pas une gentille petite fille parfaite ni une rebelle sans cervelle qui va mettre tout le monde en danger avec ses caprices. Elle sonne vraie, humaine, elle a ses qualités et ses défauts, toute en nuance. Ses relations avec les autres sont toujours uniques, j’ai eu l’impression d’être transportée dans cet univers avec elle et j’ai trouvé agréable que, pour une fois, on ne nous serve pas une romance entre l’héroïne et son meilleur ami, ou l’éternel triangle amoureux. Il y a bien une relation intime, mais elle n’écrase pas le récit, loin de là. D’ailleurs, les différents passages entre les combats, le développement psychologique et les découvertes diverses sont bien rythmés. C’est assez impressionnant, surtout pour un premier roman.

L’univers d’Athnuachan est très riche. On sent que l’autrice s’est arrêtée sur tous les détails, qu’elle a beaucoup songé à la cohérence de son roman. Il y a un véritable travail derrière qu’on peut saluer. Cela évite à Athnuachan de tomber dans les pièges des premiers romans avec les éternelles facilités scénaristiques. Certains éléments sont plutôt prévisibles, comme l’identité du père de Sélène ou son avenir au sein de l’Académie, mais ça n’empêche pas le texte de nous réserver un sacré lot de surprises.

Pour résumer, Athnuachan est un excellent premier roman. J’ai toujours du mal à croire que c’est le premier, d’ailleurs ! Son récit a une construction assez classique (celui de l’initiation de l’héroïne) mais il est très documenté avec une mythologie qui lui appartient tout en s’inspirant de diverses sources qui raviront, notamment, les fans de mythologie irlandaise. Je le recommande chaudement à tous les amateurs de fantasy. Cyrielle Bandura est une autrice prometteuse qui mérite d’être lue.

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Palimpsestes #3 Anachronisme – Emmanuelle Nuncq

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Anachronisme
est le troisième tome de la trilogie fantastique Palimpsestes proposée par l’autrice française (mais résidente belge) Emmanuelle Nuncq. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 19.90 euros. Si cette saga vous intéresse, il existe également un pack comprenant les trois tomes.
Ce livre entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Palimpsestes est une trilogie fantastique, donc, sur le thème du voyage dans le temps qui se situe à la fin du 19e, début du 20e siècle. Dans le premier tome, nous suivons Clara et Samuel qui assistent à des évènements incroyables en plein milieu du Louvre: des scènes du passée surgissent de manière aléatoire depuis le début de l’exposition consacrée à Delphes. Clara, étudiante en art et Samuel, guide au musée, vont chercher à dénouer les fils de ce mystère. Le second tome nous en apprend davantage sur l’histoire de cette statue de la Pythie dont tout part et le troisième se concentre sur Louise, la fille de Clara, qui manifeste des pouvoirs semblables à ceux de la statue. Sa famille décide de garder le secret mais celui-ci éclate malgré tout, ce qui déchaine les passions. Autant du peuple que des politiciens qui ont tôt fait de monter la mission Kairos…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette saga sur le blog puisque j’ai lu les deux autres tomes avant l’ouverture. Je garde du premier un souvenir assez agréable, une lecture détente pleine de références historiques. Et du second celui d’un roman de voyage qui m’a un peu rappelé des films d’aventure que j’aimais regarder plus jeune. Plus on avance dans la trilogie et plus le ton s’assombrit, ce qui n’est pas un mal en soi puisque les enjeux deviennent plus importants également. À mes yeux, la grande force de ce roman se situe dans l’amour qu’a l’autrice pour l’Histoire. Il se ressent à chaque page, à chaque référence, ce qui transforme Palimpsestes en œuvre très riche. Surtout aux yeux de ceux qui, comme moi, sont férus d’Histoire.

Un autre point positif, ce sont les personnages. Dans le premier tome, j’avais beaucoup apprécié le tempérament de Clara. Là où certains la trouvaient illogique et désagréable, je découvrais une femme forte qui sait ce qu’elle désire et qui aime profiter de la vie. Quand elle prend des décisions, elle assume et ce même si elle se pose toujours des questions. Emmanuelle Nuncq nous dépeint des femmes toutes en nuance qui sont assez réalistes, elle ose dire les choses au lieu de les magnifier bêtement. Cela trouve un écho en moi, en tant que personne.
L’héroïne de ce tome-ci ne fait pas exception. Louise est beaucoup plus naïve que sa mère, plus jeune aussi et plus sensible, pourtant elle est parvenue à me toucher. J’ai vraiment apprécié son évolution et les rapports qu’elle entretenait avec les différents membres d’équipage, ainsi qu’avec sa famille. Quant aux derniers chapitres… Je ne veux pas spoiler mais j’ai été touchée par les choix narratifs de l’autrice qui donnent à Palimpsestes un côté plus mâture et plus réaliste. Ça m’a vraiment beaucoup emballée et a rehaussé encore davantage mon attrait pour ce livre, lu (ou plutôt dévoré) en une journée.

L’intrigue bien ficelée quoi que prévisible par moment permettra aux lecteurs de se questionner sur tout un tas de thématiques propres à l’exploitation du voyage dans le temps (mais pas que). Si cela ne révolutionne pas le genre, Emmanuelle Nuncq dispose toutefois d’une sensibilité qui nous font prendre à cœur ces interrogations. Doit-on modifier l’Histoire si on en a la possibilité? L’être humain peut-il se contenter d’observer sans toucher? Qui a le droit de vivre ou de mourir? Qui sauverait-on si on le pouvait? Et quelles conséquences cela aurait? Comment la meilleure volonté du monde finit-elle pervertie de la sorte? Quelle est la place du savoir dans notre société? De la culture? J’ai trouvé ce troisième tome très engagé à ce niveau, ce que j’ai énormément apprécié puisque ce n’est pas si courant.

Pour résumer, Anachronisme conclut avec brio une trilogie qui va crescendo sur la thématique du voyage dans le temps. Les amoureux de l’Histoire y trouveront forcément leur compte ainsi que les adeptes du steampunk léger et des romans de voyage. Pour ne rien gâcher, l’autrice aborde énormément de thématiques liées à des questionnements culturels et sociaux qui raviront les lecteurs adeptes de textes plus engagés. J’ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Morgenstern et je recommande chaudement la lecture de cette trilogie.

Reconquérants – Johan Heliot

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Reconquérants
est un one-shot uchronique écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Hélios, le roman est disponible au prix de 9.90 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Ce livre entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Reconquérants est une uchronie qui prend place dans un univers très connoté Rome antique. La diégèse du roman se constitue autour de ce principe: pour fuir une Rome sur le déclin après l’assassinat de César, des colons ont découvert l’Amérique et y ont bâti une nouvelle cité sur les valeurs de la République, une cité nommée Libertas. 1500 ans plus tard, les descendants de ces colons désirent reconquérir l’ancien continent, sans exposer très clairement les raisons de ce projet. Ou plutôt, en donnant des explications qui feront froncer les sourcils du lecteur suspicieux, qui y verra immédiatement (et à raison) anguille sous roche. Dans cette histoire, nous suivons principalement Geron, enrôlé à moitié de force dans l’armée, qui va être confronté aux merveilles de l’ancien monde et découvrir de sombres secrets.

La première chose à relever dans ce roman, c’est le génie de l’auteur. Comme j’en ai déjà parlé dans mes chroniques sur Grand Siècle (tome 1tome 2), je trouve que Johan Heliot est un auteur phare en matière d’uchronie. On sent le passionné d’histoire, son érudition transparait clairement et cela lui permet de jouer très habilement avec les différents éléments historiques pour les assembler et créer une réalité alternative cohérente. Pour immerger son lecteur, il utilise un vocabulaire soutenu et adapté à l’époque, sans dédaigner les termes latins issus du langage militaire, politique ou même les unités de mesure. Ces détails m’ont séduite, parce qu’ils dénotent un soin particulier apporté au contexte, ce que j’apprécie.

Là où ça coince un peu, c’est du côté de la narration. Pendant la première partie du roman, le narrateur est extérieur et ça manque de dialogue. Normal, ça pose le contexte mais du coup, j’ai eu un peu de mal à m’immerger dedans d’autant que je trouve la mise en page du livre assez serrée dans la version poche. Ensuite, on retrouve des extraits d’un carnet de voyage tenu par Geron, sans pour autant que ces parties soient mises en italique pour bien marquer la rupture. Enfin, plus on avance dans la dernière partie et plus on alterne entre la première et la troisième personne, mais sans respecter l’idée que ce soit le héros qui tienne un journal ou du moins, on n’en a plus du tout l’impression vu la manière dont il est rédigé. Cet aspect un peu brouillon de la narration m’a, au départ, fait passer à côté de l’histoire et si ça n’avait pas été un service presse, je n’aurai pas continué jusqu’au bout. Mal m’en aurait pris !

Parce que oui, malgré ce détail gênant, Reconquérants est un bon livre à l’intrigue soignée et d’une grande richesse. Si la plupart des personnages tiennent un rôle secondaire et sont davantage des fonctions, j’ai apprécié Ekin, la fille du Prince Rouge. Sa relation avec Geron est intéressante, ainsi que tout ce qui se passe autour d’eux. Si certains éléments perdront les lecteurs peu attentifs, ce livre vaut la peine qu’on s’accroche plus loin que la première impression.

Pour résumer, Reconquérants est un roman one-shot qui marque par l’originalité de son univers et le traitement de son uchronie plus que par ses personnages ou son intrigue très classique. Certains éléments sont parfois trop rapides et quelques descriptions trop longues, il n’en reste pas moins que je salue la performance et l’imagination de Johan Heliot qui signe un texte pas parfait, mais disposant de certaines qualités qui raviront les fans du genre.

Récits du monde mécanique #3 Realm of Broken Faces – Marianne Stern

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Realm of Broken Faces
est le troisième (et dernier, nooooooon !) tome des récits du monde mécanique par l’auteure française Marianne Stern. Il s’agit d’un roman steampunk très sombre publié aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros. Mention spéciale pour la magnifique couverture réalisée par Miesis qui a su parfaitement rendre l’ambiance et le ton du roman en une seule image, chapeau ! Non seulement elle attire immédiatement mas quand on la regarde après la lecture, elle prend vraiment tout son sens. Bravo pour ce travail et son investissement !

Vous le savez, Marianne Stern est une auteure que j’apprécie beaucoup que ça soit humainement ou dans son écriture. Je la trouve vraiment talentueuse, elle aborde des thématiques qui me parlent, créée des personnages auxquels je m’attache rapidement et a un style qui lui est propre. Je l’ai découverte pour la première fois avec Smog of Germania (le premier tome des récits du monde mécanique) et j’avais été rapidement séduite. Depuis, j’ai lu plusieurs de ses romans (tous en fait, Ô rage Ô désespoir me voilà à jour) et je ne peux que constater l’évolution de son écriture et de sa qualité littéraire.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je parle de troisième tome mais en réalité, on pourrait choisir de lire chaque roman composant les récits des mondes mécaniques de manière indépendante. On y perdrait peut-être un brin en intensité narrative mais ils constituent chacun un tout sur eux-mêmes. Une information intéressante pour ceux qui n’aiment pas les séries !

Ce troisième tome est de loin mon préféré et sans surprise, ce fut un vrai coup de cœur. Il se passe dans l’Est français, plus précisément dans une sorte de village informel dirigé par le mystérieux (et excentrique) Monsieur. L’endroit rassemble quantité de criminels mais aussi d’anciens combattants trop dérangés dans leur tête ou leur corps pour retourner à la vie civile. Une bonne brochette de tarés comme on les aime dans une ambiance qui suinte le sang, la crasse et la boue. On a cette impression poisseuse qui nous colle perpétuellement à la peau au fil des lignes, ce qui dénote une vraie maîtrise narrative.

Le roman est divisé en quatre parties. Dans la première, nous suivons le Quenottier, un personnage très attachant par sa mentalité particulière et son phrasé propre. Il faut dire que même si la narration est à la troisième personne, l’auteure s’adapte à la mentalité de son personnage, ce qui offre dans ce cas-ci des chapitres rédigés sur un ton familier, presque argotique. Délicieux à découvrir ! Dans la seconde, nous retournons à Germania pour voir comment s’en sort le Kaiser Joachim… Pas terrible, on ne va pas se mentir. Si, au début, il me faisait de la peine et que je ressentais une certaine empathie pour lui, j’ai rapidement eu envie de lui coller une bonne paire de claque. On alterne ainsi jusqu’à la dernière partie où tous les protagonistes se rejoignent pour un final explosif. Plus on avance et plus l’auteure nous offre des micro chapitres du point de vue de certains personnages présentés précédemment, ce qui sert le récit. Cela ne m’a pas gênée, parce que la personnalité de chacun ressort vraiment bien et ça reste utile à l’intrigue.

Je meurs littéralement de frustration, parce que j’ai envie de détailler chaque élément de l’intrigue mais ça vous gâcherait le plaisir. Du coup je vais plutôt évoquer les points forts du roman, à commencer par l’écriture de l’auteure. Comme signalé plus haut, elle s’adapte à chaque fois au personnage sur qui se centre la narration et est particulièrement immersive. Le milieu particulier du livre offre une utilisation riche (et maîtrisée !) du champ sémantique rattaché à la guerre mais aussi au monde militaire, ce que j’ai adoré puisque je suis particulièrement sensible à ce type de milieu.

Les personnages ne sont pas en reste ! Je ne vais pas évoquer les anciens qui sont présents pour ne pas risquer de spoiler les lecteurs qui ne sont pas à jour (ou les futurs lecteurs !) et plutôt me concentrer sur les nouveaux. En règle générale, je trouve que Marianne Stern ne créé pas de bons personnages féminins et ça m’avait particulièrement frappée dans Scents of Orient (le tome 2 des récits des mondes mécaniques). La seule exception: sa pilote Anya dans 1993. Pourtant, ici, j’ai noté une très nette amélioration. Certes, la capitaine Meike ressemble à Anya mais elle n’en reste pas moins un personnage féminin travaillé et intéressant. La gamine prénommée Murmure est vraiment surprenante elle aussi et plutôt drôle, surtout dans ses interactions avec les autres. Deux vraies réussites et un sacré bond en avant à ce niveau ! Quant au Quenottier, on découvre un homme à la fois simple et complexe. Un gars comme les autres, traumatisé par la guerre à sa manière mais qui reste les deux pieds sur terre et continue de vivre alors que beaucoup, à sa place, auraient baissé les bras. Ses réflexions, ses choix, bref tout ce qui le concerne m’a vraiment intéressée, je le trouve très bien géré et hyper attachant. Mention spéciale à Monsieur quand même (je le devais !), mais je n’en dit pas plus ♥

Le ton général du roman, comme je l’ai signalé, est assez sombre et on en ressort avec l’impression que la boue, la sueur et la crasse nous collent à la peau, ce que je trouve délicieux. L’auteure développe un univers uchronique intéressant et très travaillé, surtout au niveau des prouesses technologiques liées à l’art de l’orfèvrerie. Son univers est réaliste, en dehors de ça, mais ce simple petit pouvoir possédé par quelques rares élus rythme finalement toute la saga pour offrir une uchronie renversante parsemée de scènes fortes parfaitement détaillées. J’en ai une gravée dans la rétine, qui arrive vers la fin, que je vais identifier par « celle avec les éclairs et les mines » (vous comprendrez) juste… Parfaite ♥ Puis celle dans l’araignée puis… D’accord, je m’arrête là.

Fidèle à son habitude, Marianne Stern laisse une grande place à l’univers militaire et plus particulièrement celui de l’aviation. On ressent sa passion et ses connaissances qui nous entrainent facilement dans ces sphères où, personnellement, j’adore me perdre !

Je me rends compte que la chronique commence à tirer en longueur et je vais donc m’arrêter ici. Ce troisième tome aura été un véritable coup de cœur auquel j’ai du mal à trouver des défauts. Il contient tout ce que j’aime chez cette auteure et tout ce que je recherche dans un livre: un univers sombre, des personnages travaillés et torturés qui sortent du lot, une identité littéraire dans l’écriture et une mentalité particulière qu’on ne retrouve que trop rarement dans la littérature SFFF francophone à l’exception de quelques auteurs dont je parle assez souvent sur le blog. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses ouvrages, particulièrement si vous aimez les ambiances militaires, les univers uchroniques et les protagonistes inoubliables. J’ai tourné les dernières pages avec émotion en disant adieu à ce monde et à cette saga qui a donné naissance à l’un de mes personnages littéraires préférés (c’est vous dire !). Merci Marianne pour cet extraordinaire voyage dans les mondes mécaniques ♥

Grand Siècle #2 l’envol du soleil – Johan Heliot

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L’envol du soleil
est le second tome de la trilogie Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Disponible depuis mai 2018 au prix de 19 euros en papier (et 8.99 en numérique) il s’agit d’une uchronie de science-fiction se déroulant au XVIIe siècle.
Pour rappel, j’ai déjà chroniqué le premier tome.
Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour ce service presse !

Dans ce second tome, nous retrouvons la fratrie Caron qui prend de plus en plus de place dans le récit, chacun des frères et sœurs continuant leur bout de chemin. Les deux jeunes, Marie et Martin, évoluent en personnages bien présents et la nouvelle génération Caron n’est pas en reste. Le roi Louis reste un protagoniste du roman, quoi qu’un peu plus en retrait que sur le tome 1 et le Pape Rouge continue ses intrigues depuis le Vatican. Je meurs d’envie de vous détailler tous les moments de l’intrigue et je me retiens à grand peine en vertu de ma politique anti-spoil. Sachez toutefois que j’ai lu ce roman en deux jours (commencé mardi matin et terminé mercredi midi) tant il m’a passionnée.

On y retrouve tous les éléments appréciés dans le premier tome. L’univers est fascinant et continue de se développer en allant plus loin dans le détail mais aussi dans la noirceur. Tout de même, au risque de radoter: il fallait oser implanter de la science-fiction sous le règne de Louis XIV ! J’en ai un peu discuté avec l’auteur aux Imaginales et je me suis rendue compte qu’il avait raison en affirmant que cette période est assez boudée. Hormis les Lames du Cardinal, un ouvrage SFFF vous vient-il dans le 16e ou 17e siècle français? Si oui, n’hésitez pas à me donner les titres dans les commentaires, parce que ça m’intéresse.
La technologie basée sur les flux éthériques prend de plus en plus de place, au point qu’elle devient un écho presque semblable à la société que nous connaissons au 20e siècle. Johan Heliot en vient à traiter des thématiques actuelles de manière plutôt ingénieuse, comme le comportement des foules face à la télévision (renommée luxovision pour l’occasion) et surtout, les sacrifices consentis à l’évolution technologique. On ne peut que trouver un écho affreusement actuel, contemporain, dans la peinture offerte par Johan Heliot de cette société alternative. Je trouve sa démarche vraiment brillante.

Le style de l’auteur est toujours aussi bon. Il maîtrise son action et le roman ne souffre, à mon sens, d’aucune longueur. Je le trouve même plus dynamique que le premier ! Petit reproche, par contre: il se déroule sur plusieurs années, entre dix et quinze ans si mes calculs sont justes et on s’y perd parfois un peu sur les bonds temporels effectués. Si on devine la date approximative et le passage du temps, j’aurai préféré que chaque chapitre soit daté plus précisément et de manière systématique. C’est un détail mais j’ai dû m’arrêter une fois ou deux pour chercher les indices temporels et les rappeler à ma mémoire. Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais c’est parce que je l’ai lu presque d’une traite. Pour celui qui le découvrira autrement, ce détail pourrait gêner. Oui, on sent que j’ai un peu lutté pour trouver quelque chose de négatif à dire?

J’ai particulièrement apprécié l’évolution des personnages. Johan Heliot parvient à non seulement offrir une intrigue prenante, accessible tout en restant complexe, mais ne néglige jamais la psychologie de ses protagonistes. Ainsi, Louis reste fascinant à découvrir et Estienne tout autant. D’ailleurs, la fin… Je ne m’y attendais absolument pas ! Un vrai coup d’éclat. J’ai aussi appris à apprécier Martin et Pierre qui ne se lasse jamais de m’étonner. Les personnages féminins ne sont pas en reste et je suis très curieuse de voir si Jeannette aura un rôle aussi central que celui de sa tante dans le troisième tome. Petite mention aux figures historiques qui continuent de parsemer le récit et deviennent des protagonistes secondaires amusants à suivre, surtout quand on les compare à ce qu’ils ont vraiment été (ou ce que l’Histoire nous a rapporté à son sujet). Transformer La Fontaine en présentateur… Franchement ! Épique.

Pour résumer, l’Envol du Soleil n’a pas à rougir en comparaison de son tome 1. L’auteur reste constant dans la qualité qu’il nous propose, que ça soit au niveau de l’intrigue, de l’univers ou des personnages. Son écriture, dynamique avec quelques touches d’un style plus ancien (notamment à travers l’utilisation de certains verbes), nous offre une immersion complète dans cette uchronie fascinante que je recommande très chaudement. J’ai adoré !

Grand Siècle #1 l’Académie de l’Éther – Johan Heliot

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Le premier tome de la saga Grand Siècle s’intitule l’Académie de l’Éther et a été écrit par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos dans la collection Icare au prix de 19 euros, vous pouvez également vous le procurer en numérique au prix de 8.99 euros. Il s’agit d’un mélange surprenant d’uchronie et de science-fiction.

C’est qu’il fallait l’oser, quand même, celle-là ! Je m’attendais à découvrir un roman steampunk dans une uchronie prenant place dans l’une de mes époques historiques favorites et je tombe sur un roman qui mêle Histoire et science-fiction. Autant vous dire que ça m’a séduite et j’en suis la première surprise vu que j’ai toujours peur de ce type de mélange. Jusqu’ici, je ne connaissais l’auteur que de nom et je m’y suis intéressée davantage uniquement à cause de ce roman-ci, vu son contexte. Après quelques recherches, il s’avère que Johan Heliot est un habitué de l’uchronie et assez unanimement applaudi dans ce domaine avec des titres qui m’intriguent énormément. Au passage, notez qu’il sera présent aux Imaginales ! Et que je vais revenir avec au moins un de ses livres. Je ne sais pas encore lequel donc si par hasard vous avez des suggestions, n’hésitez pas! Bref, revenons en à ce qui nous intéresse vraiment.

Le roman s’ouvre sur un groupe d’enfants dont le père se suicide pour les pousser à le quitter et se rendre à la capitale, chez leur oncle Plantin. Ils espèrent ainsi échapper à la famine qui règne en province. Nous suivons donc ces cinq enfants (Pierre, Jeanne, Estienne, Marie et Martin) dans leur périple jusqu’à leur destination, puis nous partons faire la connaissance du lieutenant de frégate Baptiste Rochet, auteur d’une découverte surprenante. En mer, ils ont repêché une sphère qu’il présente au jeune roi Louis XIV, immédiatement séduit par ses propriétés. Mais cette sphère n’est pas uniquement ce qu’elle paraît être et son arrivée à la Cour va déclencher toute une série d’évènements inattendus, jusqu’à ce que le destin des enfants croise celui des plus grands hommes de l’Histoire de France. J’essaie de vous synthétiser tout ça sans non plus vous révéler des pans importants de l’intrigue que j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à découvrir. Ce n’est pas simple !

Je vais d’abord m’attarder sur l’univers, que j’ai trouvé plutôt brillant et bien maîtrisé. L’auteur nous gratifie de nombreuses références historiques, d’abord à travers les personnages. Rapidement, nous suivons Blaise Pascal ou encore le Roi Louis qui sont des protagonistes centraux du Grand Siècle. Nous croisons aussi le cardinal Mazarin, la reine Anne, le prince Condé et dans un registre plus populaire, Cyrano de Bergerac ou encore, d’Artagnan. Johan Heliot se réapproprie des faits historiques tels que la guerre contre l’Espagne, la fronde ou les mazarinades pour servir son intrigue et utiliser les évènements à son avantage. Cela dénote une grande connaissance de son sujet et beaucoup de recherche. J’ai également apprécié son utilisation de l’imprimerie. L’étudiante en histoire littéraire (avec la base d’Histoire-tout-court que ça implique) en moi ne peut qu’applaudir la façon dont il imbrique tous ces éléments pour nous offrir un contexte d’une incroyable richesse. C’est, sans conteste, une uchronie de qualité.

Je me dois également d’évoquer la plume de Johan Heliot qui sert merveilleusement son récit puisqu’elle donne l’impression de vivre à l’époque grâce à son vocabulaire et ses tournures de phrase. Évidemment, ça reste accessible à tous mais ses qualités immersives ne sont pas à dédaigner.

Immersif est un bon mot pour qualifier ce premier tome. Assez rapidement, le destin des cinq enfants nous importe et j’ai beaucoup aimé la façon dont ils évoluent, chacun à leur façon, même si j’ai frissonné quelques fois. L’auteur n’a aucune pitié pour ses protagonistes et j’adore ça ! J’ai aussi trouvé fascinant de voir évoluer Louis XIV dans sa jeunesse puis au début de l’âge adulte. Ses rapports avec l’Unité d’Exploration Conscientisée (UEC pour les intimes) et les chapitres du point de vue de ce super ordinateur échoué par accident sur notre planète donnent une profondeur au récit et certaines réflexions pertinentes sur l’humanité. Nous évoluons aussi dans la cour des Miracles, à la cour de France, sur les champs de bataille, dans les ateliers de monsieur Pascal. Les décors se multiplient pour offrir une fresque prenante et apporter tous les éléments essentiels à un roman qui, non seulement, contient beaucoup de savoir dans bien des domaines (dont la science) mais réussit tout autant à nous divertir efficacement. Preuve, s’il en fallait, que l’un se marie très bien avec l’autre.

En bref, j’ai vraiment adoré le premier tome du Grand Siècle et je compte bien lire la suite rapidement. Johan Heliot est un auteur qui donne envie d’être découvert et qui possède déjà, à ce jour, une bibliographie très riche. Je recommande le Grand Siècle aux amoureux de l’uchronie et du Paris du 17e, à ceux qui ont envie d’être surpris et emportés dans un univers brillant par sa construction avec des personnages attachants. Un coup de cœur et une réussite ♥

Le Lys Noir #1 Faustine – François Larzem

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Le Lys Noir est une saga qui compte actuellement deux tomes. Écrite par l’auteur français François Larzem, elle est publiée chez les Moutons Électriques dans la collection Naos. Chaque tome coûte 17 euros. Notez que c’est le tout premier roman que je lis de cette maison d’édition !

Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en ouvrant ce roman. J’ai d’abord été attirée par sa magnifique couverture, à la Foire du Livre de Bruxelles. Sobre, élégante, intrigante, tout ce que j’aime. En lisant le résumé, j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman de cape et d’épée… Un genre que j’affectionne tout particulièrement mais que je ne lis plus suffisamment à mon goût. Il faut dire que, dans les nouveautés, il n’y en a pas tant que ça ! Je n’ai donc pas hésité longtemps pour l’emprunter à mon amie Laure-Anne, qui l’avait justement dans sa bibliothèque. Oui, le hasard fait bien les choses.

Je pensais lire un jeunesse mais je le trouve assez sombre, cruel et violent pour un roman à destination de ce public. Bon, après, je crois que je dois revoir ma définition de « jeune public ». Du moins, il me semble que la collection « Naos » est celle qui regroupe les ouvrages pour adolescents à partir de 13 ans, chez les indés de l’imaginaire. Je me trompe peut-être? Si vous savez m’éclairer, n’hésitez pas, parce que je n’ai pas trouvé l’information 🙂 Bref, ce fut, en soi, une bonne surprise ! L’auteur ne prend pas de gant pour nous emmener à Bayence, sur les traces du mystérieux justicier masqué, le Lys Noir. Au cœur des intrigues politiques du Marquis de Monzag, Faustine de Castillac a fort à faire pour sauver la vie du Dauphin et empêcher Bayence de sombrer dans le chaos. En très gros, voici l’intrigue principale.

Et quand je parle de chaos… C’est littéralement. Je ne m’y attendais pas, mais la magie (surtout noire) est très présente dans ce livre. D’ailleurs, le personnage de Melgoth (ce démon invoqué dans le corps d’une petite fille) est de loin mon préféré. Oui, surprenant, je sais… Par contre, en dehors de ces manifestations infernales, la magie n’est quasiment pas présente. On lui préfère une technologie qui rappelle un peu l’univers steampunk, via les inventions de l’alchimiste Ézéchiel. D’ailleurs, plusieurs pages du roman sont illustrées avec le schéma de ses inventions ou de ses décoctions, ce que j’ai apprécié.

L’univers du Lys Noir est très riche… Peut-être un peu trop? L’auteur donne énormément d’informations sur tout un tas de sujets et j’ai parfois eu l’impression qu’il se perdait lui-même dans ce qu’il racontait. Qu’il cherchait à tout nous dire, de peur qu’on loupe quelque chose, sauf que… L’équilibre n’était pas toujours au rendez-vous. Et c’est regrettable, parce que le background est bien travaillé, pensé, approfondi.

Ce tome est intitulé « Faustine » mais finalement, ce n’est pas vraiment elle l’héroïne principale. Du moins, je l’ai ressenti comme ça. Morgan, le Marquis, même Giuseppe, ont tous un rôle aussi important que le sien, si pas davantage. Je l’ai un peu regretté parce que finalement, le personnage de justicier masqué est le moins intéressant de tous. Faustine est un peu trop jeune pour être crédible, pas vraiment touchante, passe le livre à être blessée et sauvée par des hommes ou à faire des bourdes qui manquent de la tuer, pas terrible pour celle qu’on qualifie de la plus fine lame du royaume. Je sais qu’elle a hérité le costume de son père, que l’auteur joue probablement là-dessus aussi, mais du coup, on repassera pour l’image de femme forte et débrouillarde que je m’attendais à trouver. L’auteur a, selon moi, bien mieux réussi ses personnages masculins même s’il ne passe pas à côté des clichés du genre. En soi, ce n’est pas très gênant mais ça rend certains passages du roman un peu trop gros pour être crédibles.

Malgré quelques longueurs et quelques éléments brouillons (mais qui trouveront probablement un intérêt dans la suite), le Lys Noir est une agréable découverte qui ramène un peu sur le devant de la scène ce genre trop négligé qu’est le roman de cape et d’épée. Si ce premier tome manque de combat (de vrai duel je veux dire, pas de massacre sanglant parce que ça, on en a à la pelle) à mon goût, il trouve d’intéressants échos historiques si on réfléchit à certaines des scènes et certaines actions des personnages. Le fond est soigné, les détails des décors et des habits, même le style littéraire finalement qui se marie bien avec le contexte historique. Le narrateur omniscient permet de voyager dans tout Bayence et de rencontrer certains personnages juste le temps de les regarder périr. Il nous offre une vue d’ensemble pas forcément nécessaire mais c’est un choix narratif qui conviendra à d’autres lecteurs que moi.

En bref, j’ai passé un agréable moment avec ce premier tome du Lys Noir qui est un bon divertissement à lire à partir du lycée (secondaire supérieur pour les belges). Ce n’est pas un roman « jeunesse » comme je le pensais. En fait, il est entre deux: il contient son lot de sang, de souffrance et de scènes macabres -ce qui est à mon goût mais pas à celui de tous- mais ses personnages semblent issus du registre du roman pour adolescents. Ce qui se comprend quand on connaît un peu le passif de l’auteur. Mention spéciale pour Melgoth dont j’ai beaucoup apprécié la présence et qui me donne envie d’en apprendre plus ! Je trouve que le Lys Noir est plutôt une réussite et je le recommande si vous aimez ce genre d’univers. Il a d’intéressantes qualités qui amoindrissent les quelques défauts relevés dans cette chronique.