Les machines fantômes – Olivier Paquet

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Les machines fantômes est le nouveau roman de l’auteur français Olivier Paquet. Édité chez l’Atalante pour la rentrée littéraire 2019, vous trouverez ce titre au prix de 23.90 euros dans toutes les bonnes librairies.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Les machines fantômes est un techno-thriller sous forme de roman chorale qui invite le lecteur à suivre cinq personnages : Adrien, un trader accro à l’adrénaline, Aurore une chanteuse pop qui se produit sous le pseudonyme de Stella, Kader un ancien sniper des forces spéciales et Lou, une gameuse ingénieure en informatique. Ils n’ont rien en commun… Sauf Joachim, qui va bouleverser leur vie en se servant d’eux pour accomplir son dessein : livrer le monde aux IA.

Je ne connaissais pas encore la plume d’Olivier Paquet et c’est le résumé couplé à la magnifique couverture d’Aurélien Police (encore et toujours lui !) qui m’a donné envie de me lancer. J’ai commencé le roman en me sentant un peu perdue. Chaque chapitre est assez long et parle d’un personnage, de sa vie avant de rencontrer Joachim (même s’il utilise à chaque fois une nouvelle identité, je garde son prénom d’origine par facilité), de la façon dont leur quotidien est bouleversé par lui et comment ils apportent malgré eux leur pierre à son édifice. Ils finissent par se retrouver et s’allier pour essayer d’arrêter cet homme qu’ils jugent néfaste. Mais sachez que la moitié du roman est consacrée à la mise en place, à la présentation de chacun, à la façon dont il ou elle vit sa vie, du coup j’ai passé beaucoup de temps à me demander où Olivier Paquet voulait en venir. Puis est arrivée la révélation…

La forme chorale est finalement très adaptée au récit. Elle permet de perdre complètement le lecteur, d’autant que certaines situations se révèlent être des simulations proposées par les I.A. et on ne le comprend pas forcément tout de suite. On essaie de tisser des liens entre certains évènements qui, finalement, n’en ont pas tellement. Tout va vite… et assez lentement à la fois, car l’auteur profite de son thriller pour proposer une critique sociale des plus acides. À ce sujet, la postface de Tristan Garcia est très intéressante à lire, pas très longue (et surtout à la FIN ce qui est merveilleux parce qu’elle éclaire vraiment le texte au lieu de nous le spoiler, super choix éditorial).

Comme je le disais, la critique sociale est mordante, pertinente et assez malaisante. Le monde glacial des traders qui jouent avec les chiffres et les gens sans se soucier des conséquences, qui brassent des millions pour perdre des milliards comme si ça ne valait rien. Le monde des stars qui ont une telle influence sur leur public et qui essuient pourtant des critiques acerbes des uns et des autres, impossible de plaire à tout le monde. L’univers cruel de la famille, avec Kader obligé de s’occuper de son grand-père malade en essuyant ses critiques et sa déception, en étant toujours comparé à son frère qui lui est un « bon musulman ». Le changement de sexe, la question de l’identité, les abus parentaux et même le microcosme de la littérature ! Tout le monde en prend pour son grade. Je suis sure que ce roman ravira les sociologues dans quelques années car il a beau se passer dans un futur proche, il dépeint une société tristement actuelle. D’ailleurs, les chapitres dans l’esprit de l’auteur en salon ont trouvé un écho très fort en moi. Une merveille. Un bijou.

Le tout avec une plume maîtrisée, dynamique, ce qui ne gâche rien. On sent que l’auteur a du métier et du bon métier. Si on s’embrouille, c’est totalement voulu -du moins je pense- afin de pousser la métaphore encore plus loin. Et comme je l’ai dit, des métaphores, il y en a beaucoup. C’est la postface qui m’a permis de mettre des mots clairs sur les intentions de l’auteur, sur ce que je ressentais parfois confusément. Les machines fantômes sont évidemment les I.A. qui naissent et qui développent une forme de pensée, de conscience, différente de celle des humains mais tout aussi importante. L’auteur montre la place prise dans notre vie par tous ces programmes, l’impossibilité de revenir en arrière, les dangers mais aussi les bénéfices que cela pourrait avoir pour l’humanité en fonction de leurs décisions. Car même chez les I.A., il y a des dissensions et ce qui est intéressant c’est qu’elles ne parlent pas. Il n’y a jamais de long dialogue pseudo philosophique entre l’humain et la machine, ce que j’ai vraiment apprécié. La barrière reste, les I.A. guident et ont des plans mais ça reste un degré de conscience trop différent du nôtre pour vraiment les unir. Olivier Paquet met en scène une naissance, le début d’une ère nouvelle et il le fait avec maestria.

Je ne peux même pas parler de science-fiction. Le terme de techno-thriller évoqué dans la presse me parait très adapté et c’est une superbe réussite qui vous collera des frissons.

Pour résumer, les machines fantômes est un techno-thriller sous forme de roman chorale. Magnifiquement orchestré par Olivier Paquet, il met en scène cinq personnages reliés entre eux par des I.A. qui vont devoir se battre pour contrecarrer les plans des uns et des autres avec un final surprenant. Si le texte contient parfois quelques longueurs, la critique sociale qu’il recèle ne manque pas de piquant ni de justesse et permet d’oublier qu’on s’éloigne un peu du sujet central à certains moments. Je recommande très chaudement ce texte à tous ; il est brillant et mérite qu’on le lise. Attention toutefois si ce sujet vous cause déjà des angoisses, ça ne va pas s’améliorer après la lecture.

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Texto – Dmitry Glukhovsky

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Texto
est un one shot écrit par l’auteur russe Dmitry Glukhovsky. Édité chez l’Atalante dans sa version française, vous le trouverez en format papier au prix de 23.90 euros.
Je remercie chaleureusement les Éditions Atalante pour l’envoi de ce service presse numérique.

L’histoire se déroule en novembre 2016. Ilya rentre chez lui après avoir passé sept ans en prison pour un crime qu’il n’a même pas commis. En arrivant à l’appartement de sa mère, une voisine lui apprend qu’elle est morte le jour avant d’un arrêt cardiaque. Ilya se saoule (normal) puis, ivre de vengeance (et de vodka aussi), va retrouver l’officier qui l’a fait tomber sept ans plus tôt afin de le tuer. Une fois son méfait accompli et le corps caché dans une bouche d’égout, Ilya récupère le téléphone portable de Pieta Kazhine. Le lendemain, quand il dessaoule, Ilya prend conscience de la portée de ses actes et commence à se faire passer pour Kazhine afin que personne ne se doute de son décès. Il sait que c’est une question de temps, toutefois il veut pouvoir régler l’enterrement de sa mère avant d’être exécuté et pour ça, le seul moyen semble être de profiter d’une occasion en or offerte par Kazhine lui-même. Sauf que l’homme qui a détruit sa vie commence à déteindre de plus en plus sur lui…

Je viens de vous spoiler les soixante voir septante premières pages mais la quatrième de couverture ne s’en prive pas non plus. Et c’est franchement dommage parce que j’ai eu du mal à rentrer dans le livre. J’éprouvais un sentiment de longueur et je résistais à l’envie de passer des pages pour arriver à un peu d’inédit. Certains passages se révélaient intéressants et à d’autres moments, Ilya se répétait beaucoup trop. Heureusement, petit à petit, la sauce a pris pour ce thriller russe particulièrement glaçant.

Ilya n’est pas quelqu’un de mauvais. Kazhine l’a fait condamner en cachant de la coke dans ses poches parce qu’il a refusé de le laisser fouiller sa copine de l’époque d’une manière trop entreprenante. Sept ans de sa vie pour avoir défendu la femme qui l’aime. Femme qui ne l’a pas attendu, bien sûr. Il ne lui restait que sa mère qui, pas de chance, décède le jour avant son retour. À sa place, j’aurai pété un câble aussi. En tant que lecteur, on assiste avec une fascination macabre à sa descente en enfer, à ses doutes, ses résolutions bancales, ses prises de conscience. Dmitry Glukhovsky réussit à nous dépeindre un personnage profondément humain, dans tous les sens du terme. Le bon comme le mauvais. Avec plus ou moins de résilience. Avec Texto, l’auteur russe nous offre un roman nuancé et des personnages à la psychologie travaillée, comme de juste dans la tradition littéraire de ce pays.

À travers les mésaventures d’Ilya, l’auteur propose une réflexion pertinente sur la place du téléphone portable dans notre vie et ce qu’on peut apprendre sur les gens par son entremise. Imaginez un instant que quelqu’un prenne le vôtre, lise vos conversations, consulte vos photos, vos vidéos, vos mails… C’est ce que fait Ilya, au point de se confondre avec Petia. Il va répondre par message à ses parents, en enquêtant dans l’appareil pour démêler les drames familiaux. Cela passe par la lecture de conversations sur différentes applications, la découverte de mails en brouillon jamais envoyés qui, pourtant, changeraient plus qu’une vie. Je me suis laissée emporter, j’étais fascinée par ce que découvrait Ilya et j’aurai aimé avoir ce téléphone pour pouvoir le parcourir moi même.

Ilya va également échanger avec Nina, la petite amie de Kazhine, et tomber amoureux d’une image. Il va aussi et surtout se rendre compte que son bourreau était humain, comme lui. Qu’il a fait des erreurs, comme lui. Et qu’il ne méritait pas forcément de mourir. Dans ce roman, personne n’est un héros, personne n’est vraiment un méchant non plus. C’est un texte tout en nuances de gris plus ou moins sombres qui a une vraie portée signifiante. J’adorerai lire davantage de romans dans ce genre-là.

Pour conclure, je dirai Texto est un texte d’une grande profondeur psychologique au final aussi glacial que l’hiver russe où il se déroule. Il parait hélas longuet par moment et ses chapitres sont parfois trop longs. Outre ce souci de rythme qui est, somme toute, vraiment personnel à mon goût, j’ai été très heureuse de découvrir ce texte différent dans une Russie actuelle dépeinte avec brio par un auteur du cru. La psychologie affinée des différents protagonistes permet une plongée dans les méandres de l’âme humaine avec un côté malsain assez subtil et bien maîtrisé. Pour ne rien gâcher, Dmitry Glukhovsky traite d’un sujet résolument moderne en s’interrogeant sur notre trop grande confiance en notre téléphone portable et notre relation à la technologie. Je recommande Texto sans hésiter aux amateurs de romans psychologiques et à ceux qui ont envie de découvrir un bout de Russie contemporaine.

Evil #1 Vicious – V.E. Schwab

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Vicious est le premier tome de la saga Evil proposée par l’autrice américaine V. E. Schwab. Publiée chez Lumen, vous trouverez ce tome au prix de 16 euros dans toutes les librairies.

Victor et Eli étaient meilleurs amis (quoi que tout est relatif, vous vous en rendrez compte en lisant). Seulement, Eli a trahi Victor et ce dernier a passé dix ans en prison par sa faute. Quand il parvient à s’évader en compagnie de Mitch, Victor est bien décidé à aller régler ses comptes.
Dans un mon semblable au nôtre, il existe des EO -ExtraOrdinaires. Ce sont des personnes qui, pour une raison obscure, sont parvenues à développer des pouvoirs. Eli décide d’en faire son sujet de thèse et ses découvertes lui permettent d’avancer des hypothèses solides sur la manière de créer ces personnes hors du commun. Du coup, son colocataire Victor lui propose de tester ses théories et ça tourne très mal.

Le scénario de Vicious n’est pas sans rappeler certaines licences bien connues comme notamment X-Men. Ce titre, en fait, aurait pu être un comics que ça n’en aurait été que mieux. Tout, de l’aspect couverture (que je trouve d’ailleurs assez chouette) jusqu’aux interactions entre les protagonistes, rappelle ce médium. Avec ses qualités et ses défauts. La thématique principale étant, évidemment, l’acceptation de la différence (ou plutôt de l’évolution?) et le danger représenté par certains individus affreusement partiaux. La métaphore est d’actualité et me parle bien. J’achète.

Ce roman est construit dans une alternance de point de vue entre le passé et le présent de la narration, ce qui rend plutôt compliqué la présentation de Vicious sans vous spoiler des parties entières. Déjà que j’ai été un peu trop loin en vous évoquant les thèmes principaux… Ce procédé narratif ne m’a pas vraiment plu même si les en-têtes de chapitre renseignent très clairement à quel moment on se trouve. En tant que lecteur, nous ne sommes jamais vraiment perdus mais par moment j’éprouvais souvent une lassitude et un sentiment de longueur dans certaines parties. Le rythme se brisait, justement à cause de ces sauts. Du coup, pendant toute la première partie du roman, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire et à vraiment m’y intéresser. Pour tout dire, j’ai même failli le laisser de côté et le rendre à Laure-Anne qui a eu la gentillesse de me le prêter.

La seconde partie décolle davantage, surtout en termes d’action et de résolution. Beaucoup plus de dynamisme même si les explications du passé de certains personnages tombaient comme des cheveux dans la soupe. Et oui je mets l’expression au pluriel. Tout s’accélère alors pour arriver à un final magistral… Qui me fait amèrement regretter que ce roman ne soit pas un one-shot. Pour moi, l’autrice devait s’arrêter à ce moment. Peut-être que le second tome ne concerne pas du tout Eli et Victor mais si c’est le cas, je trouve ça très dommage. Parce que cette fin a su à la fois me séduire et me convaincre, assez pour oublier les faiblesses narratives formelles (sans parler des incohérences, surtout au niveau des pouvoirs de Victor) et dire que ce roman est plutôt bon.

D’un point de vue des personnages, ils sont tous intéressants et utiles d’une manière ou d’une autre à l’histoire. L’autrice ne s’éparpille pas sur de trop nombreux protagonistes et les psychés des deux « héros » (si si, on a besoin de guillemets) se révèlent originales, profondes, nuancées. Eli est très clairement un sociopathe là où Victor est beaucoup plus vivant, passionné, enragé. À mon sens, les protagonistes de Vicious représentent l’aspect le plus réussi du roman et sa grande force. Plus que l’intrigue qui, en elle-même, n’a rien d’absolument transcendant. C’est sympa mais ça manque un peu de surprise.

En bref, je suis finalement contente d’avoir découvert Vicious. Ce texte propose une histoire nuancée qui rejette le manichéisme, ce qui est assez rare pour qu’on le souligne. Les protagonistes principaux sont « des méchants » plus ou moins gris auxquels on s’attache facilement car leur psyché est très bien dépeinte. C’est un bon divertissement qui souffre toutefois de quelques longueurs et d’un système narratif qui n’a pas su m’emballer (mais qui plaira à d’autres, j’en suis sûre) sans parler d’une intrigue un peu trop simple qui permet aisément de deviner la fin et de quelques incohérences. Quant à savoir comment personne dans le staff éditorial ne s’en est rendu compte… C’est tout de même une lecture que je recommande à ceux qui apprécient les univers typés comics d’anticipation.

Pornarina – Raphaël Eymery

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Pornarina est un roman d’enquête fantastique écrit par l’auteur français Raphaël Eymery. Publié chez Denoël dans la collection Lunes d’encre, vous trouverez ce livre au prix de 19 euros.
Je remercie FungiLumini du blog Livraisons Littéraires pour m’avoir prêté ce roman découvert grâce à sa chronique.

Pornarina est aussi connue comme la prostituée-à-tête-de-cheval. Elle sévit en Europe depuis plusieurs décennies et sa particularité est d’émasculer les hommes, qui en meurent sur le coup. Figure quasi mythologique, elle déchaine les passions au sein d’un cercle de spécialistes – les pornarinologues- auquel appartient le Dr Blazek. Nous suivons principalement sa fille adoptive, Antonie, contorsionniste naturel. Elle assiste son père dans sa quête de Pornarina ce qui la pousse à fréquenter tout un tas de personnes pas franchement fréquentables, justement.

Il est vraiment difficile de parler de ce roman à mi chemin entre une enquête et une étude des « monstres ». D’ailleurs, par moment, on est vraiment davantage dans un texte (pseudo) scientifique que dans un récit de fiction. Le roman s’ouvre sur un « nous » dont on ne saura jamais rien et qui ramène à la vie le célèbre détective, Sherlock Holmes. Ce « Nous » enquête sur le Dr Blazek dont nous apprenons le passé à travers les archives de Sherlock. Après cette introduction qui est un prétexte pour poser le personnage du docteur, nous faisons connaissance avec Antonie dans des chapitres à la troisième personne au style littéraire assez percutant. La personnalité du récit s’y marque bien et c’est une grande force de ce livre.

Antonie est une jeune fille aux os en caoutchouc. Orpheline trouvée dans la banlieue de Kiev, elle est élevée par le docteur pour devenir son assistante. Il est de plus en plus âgé et a du mal à continuer son enquête sur Pornarina. C’est donc Antonie qu’il envoie sur ses traces en espionnant un pornarinologue, surnommé Fel, qui semble avoir des informations intéressantes à ce propos.

Plus que Pornarina, à mon sens, c’est Antonie le personnage principal et la figure mythique sert simplement de prétexte pour faire avancer le récit et réfléchir sur une multitude de sujets dont, entre autre, la guerre des sexes, les déviances et la mythification des tueurs en série. Quand je dis qu’Antonie est le personnage principal, c’est parce qu’on suit son évolution ou plutôt, sa descente dans les abîmes de la folie jusqu’au chapitre final qui était peut-être un peu trop abrupt à mon goût. Antonie est une mise en abîme des propos tenus tout au long du texte et l’auteur le réalise d’une manière aussi maîtrisée qu’intelligente.

Pornarina est un roman de freaks, avec des personnages pervers et des scènes franchement malsaines. Il n’est pas à mettre entre toutes les mains mais je l’ai trouvé original autant dans son procédé narratif que dans cette façon qu’il a d’enseigner à son lecteur les perversions humaines. J’ai appris énormément de termes que je ne connaissais pas et j’ai eu le sentiment de me retrouver dans un immense cabinet des curiosités. La quatrième de couverture parle de ressusciter la tradition française du Grand-Guignol et je suis assez d’accord là-dessus. Si ce roman souffre des défauts induit par son culot, je reconnais volontiers le talent de Raphaël Eymery et espère que ça ne soit pas son dernier texte.

Pour résumer, Pornarina est un roman qui sort des sentiers battus et n’est pas à mettre entre toutes les mains. Ses indéniables qualités stylistiques et philosophiques se heurteront aux valeurs traditionnelles des lecteurs et ne pourra pas le laisser indifférent. Au lecteur à garder l’esprit ouvert ! Les thématiques de déviance et de différence développées tout au long du texte ont vraiment su me plaire et je recommande ce titre aux lecteurs avertis.

Les démoniaques – Mattias Köping

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Les démoniaques
est un one-shot thriller proposé par l’auteur français Mattias Köping. Initialement publié chez RING, le roman s’offre une version poche à 9.90 euros chez la Mécanique Générale.

J’ai entendu parler de ce roman un peu par hasard et il m’a été chaudement recommandé par Émilie de chez Livr’S. Après la lecture de sa 4e de couverture, j’ai été très intriguée par le côté cru et violent de l’histoire, cette ambiance malsaine. Cela promettait une œuvre sale, sans concession, du coup je n’ai pas hésité à l’acheter. Je ne sais pas trop ce que ça donne comme image de moi en fait, expliqué comme ça :’)

Les démoniaques, c’est l’histoire de Kimy ou de Kim, parce qu’elle préfère ce diminutif. Depuis l’âge de 13 ans, son père abuse d’elle et la prostitue dans son trafic pour pédophiles. Son père, c’est Jacky Mauchrétien alias l’Ours. Il renvoie l’image d’un entrepreneur sérieux mais c’est un trafiquant de drogue doublé d’un proxénète ultra violent et accro à sa propre daube. Quand le roman commence, Kimy vient d’avoir 18 ans. Elle ne veut plus faire de passes et préfère se concentrer sur le trafic de drogue. Son père ne l’en empêche pas mais ce qu’il ignore, c’est que Kimy compte bien se venger pour ces années de sévices. Elle met au point un plan d’envergure pour faire tomber tous ces salopards mais pour le mener à bien, elle va avoir besoin d’aide. Une aide incarnée par Henri, un prof dépressif depuis le meurtre de sa fille.

Ce roman met en scène une histoire de vengeance plutôt classique. La victime se retourne contre son bourreau, élabore un plan, tout ne se passe pas forcément comme prévu et ça donne une série de rebondissements. Je trouve, sur un plan personnel, que la force de ce roman tient en deux points : les personnages et l’horreur qu’il dépeint.

Les personnages, tout d’abord. Si Kimy est l’héroïne, des chapitres courts qui se résument parfois à un paragraphe nous permettent de jongler entre plusieurs psychés. Celle d’Henri, de Jacky, de Dany, des victimes et des agresseurs… L’auteur ne leur accorde parfois que deux ou trois pages mais c’est suffisant. Il utilise des mots forts et un vocabulaire percutant qui va déranger le lecteur, le heurter. Je me suis sentie happée, au fil de ma lecture. Il n’a pas eu besoin de tartines pour me faire connaître les vices de certains ou accepter les motivations des autres.

Mais sa plus belle réussite reste Kimy. Il propose une fille défoncée par la vie qui choisit de se battre. Elle a la hargne et n’a pas perdu son humanité pour autant malgré les horreurs subies. Elle sonne très vrai et on ne peut que s’attacher à elle, qu’on comprenne ou pas ses choix. J’ai vraiment adoré la suivre.

En arrivant dans le dernier tiers du roman, la lecture est passée de génial à mitigée. Tout me paraissait un peu trop facile, ça sentait la résolution décevante. Puis il y a eu la toute dernière page… Je ne vous en révèle pas davantage pour ne pas vous spoiler mais ça, c’est une fin comme je les aime. Bravo pour le culot !

C’était un pari osé proposé par Mattias Köping avec ce thriller qui prend place en France. Une France rurale où on n’imagine pas forcément que de telles horreurs puissent se produire. Ce livre est, selon moi, une réussite. Il ravira les adeptes du thriller gore et de l’horreur toute humaine. Par contre, si vous avez un souci avec les perversions poussées à l’extrême ou le vocabulaire cru, je ne vous recommande pas cette lecture. Moi, c’est ma came mais âmes sensibles s’abstenir.

Irezumi – Akimitsu Takagi

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Irezumi est un roman policier japonais écrit par Akimitsu Takagi et publié chez Folio dans la collection policier. Vous le trouverez partout en librairie au prix de 7.80 euros.
Ce roman entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce roman entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Frissonnant » catégorie « le cri de la banshee ».

Avant de vous parler en détail de ce roman, je dois donner quelques précisions quant à son contexte. Il a été publié pour la première fois en 1948 au Japon et est considéré comme un des classiques du polar nippon. Ceci explique en grande partie mon ressenti développé plus bas. Retenez-le parce que c’est important.

Irezumi se déroule en 1947, à Tokyo. Kinué Nomura est une femme tatouée qui fascine les hommes. Après avoir participé à un concours où elle a exposé son tatouage, elle est retrouvée assassinée. Une enquête commence donc pour découvrir l’identité du tueur alors qu’un meurtre isolé se transforme en une série.

Le premier gros problème que j’ai eu avec ce roman, c’est son côté vieillot et trop classique dans le déroulement. Si vous aimez les romans policiers de la vieille école, ce livre sera parfait pour vous mais ce n’est pas mon cas. J’ai deviné rapidement certains pans de l’intrigue et entretenu des doutes sur d’autres éléments, ce qui ne m’arrive pas souvent puisque je suis une lectrice crédule qu’on balade facilement en règle générale. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est cousu de fil blanc mais l’auteur répète tellement souvent les éléments importants qu’on a envie de passer des pages (honnêtement, je l’ai fait) pour arriver à quelque chose de nouveau, d’inédit, et avancer un peu. Pourtant, il fait +-330 pages  mais ça m’a paru long.

De plus, j’ai trouvé les personnages assez fades, présents pour remplir des rôles prédéfinis, ce qui a découlé sur une absence flagrante d’empathie. On a le héros un peu naïf, le policier dépassé, le détective privé de génie (alors lui, il méritait des claques), le scientifique un peu bizarre, la femme manipulatrice et vénale… Tous les ingrédients sont présents et ça manque cruellement de profondeur. Enfin, le récit comporte énormément de longueurs puisque l’auteur passe son temps à répéter dans les dialogues des éléments de l’enquête, comme s’il craignait que le lecteur oublie quelque chose. Le bouquet, c’est probablement le dernier chapitre d’exposition qui reprend tout à zéro et qu’on a envie de passer pour les deux premiers tiers parce qu’on sait déjà tout.

Pourquoi est-ce que je vous en parle, du coup, si je me suis ennuyée en le lisant? Plusieurs raisons à cela. Déjà, Irezumi est très riche de détails concernant le Japon de l’après-guerre mais aussi l’univers du tatouage et les légendes nippones. J’ai appris énormément de choses et ça m’a bien plu. Ensuite, ce que je relève comme un défaut sera vu comme une qualité par beaucoup de lecteurs. Le roman policier construit d’une manière classique m’ennuie mais la plupart des adeptes du genre aiment ça. Irezumi n’est pas du tout un mauvais livre, c’est juste un ouvrage qui ne me convient pas à moi en tant que lectrice. La preuve, Laure-Anne me l’a prêtée et ça a été un coup de cœur pour elle (je vous renvoie à sa chronique pour juger) !

Pour résumer, si vous aimez le Japon, les tatouages traditionnels et les enquêtes pour meurtre, Irezumi est un roman parfait pour vous. Si vous cherchez un texte dans le genre policier qui soit un peu plus original dans sa construction, passez votre chemin.

#PLIB2019 Le Dieu Oiseau – Aurélie Wellenstein

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Le Dieu Oiseau est le dernier roman en date d’Aurélie Wellenstein publié chez Scrinéo. Vous retrouverez ce livre au prix de 16,90 euros en format papier. Il s’agit d’un one-shot un peu compliqué à classer, dans la veine du récit initiatique.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782367405827.

L’histoire se déroule sur une île que nous sommes bien en peine de situer géographiquement ou même temporellement (quelle époque? quel monde?). Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île, ils sont dix en tout. Après des épreuves de sélections, les dix finalistes doivent accomplir la Quête du dieu oiseau: trouver son île et ramener l’œuf d’or. Forcément, l’île en question n’est pas un lieu paisible sans aucun obstacle… Entre la mer déchainée, les bêtes féroces et les obstacles naturels, on se demande comment au moins l’un d’eux arrive à survivre à chaque coup. Le vainqueur assure la domination de son clan et fait subir aux vaincus la tradition du « Banquet », une journée orgiaque où tout est permis, même (et surtout) le pire. Lors du dernier banquet, Faolan a vu sa famille se faire massacrer et a été réduit en esclavage par Torok, le fils du chef victorieux. Quand la nouvelle compétition commence, il tient à y participer (c’est ouvert à chacun quelle que soit sa condition) mais son chemin sera semé d’embuches.

Sans vous faire languir davantage, j’ai passé un bon moment avec ce roman. Je le trouve bien écrit, rythmé et intéressant dans la mythologie mise en place. Sur 300 et quelques pages, Aurélie Wellenstein créée une société entière et nous la présente avec clarté, fluidité, sans jamais nous assommer avec trop d’informations.

Ce n’est pas un coup de cœur car, sur un plan personnel, j’ai un peu du mal avec les quêtes initiatiques et les ambiances « survival » mais c’est propre à moi. Cela ne m’empêche pas de trouver beaucoup de qualités à ce livre, notamment via le développement psychologique de Faolan.

Il était jeune quand il a vu ses parents, sa sœur et les membres de son clan subir un massacre difficilement supportable. Dix ans après, il en cauchemarde encore, traumatisé en plus de subir les fantaisies perverses (pour reprendre le terme de la quatrième de couverture) de Torok. L’auteure rend bien compte de ces éléments pour offrir un personnage plutôt crédible qui oscille entre désir de vengeance, traumatisme et syndrome de Stockholm. Torok, de son côté, aurait pu être l’archétype du sadique mais son comportement pousse Faolan (et le lecteur) à se poser beaucoup de questions à son sujet. Je trouve chaque personnage et la dynamique qui existe entre eux vraiment très réussie. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre. J’aimerai en dire plus mais ça irait contre ma politique anti-spoil !

Ce roman est effectivement sombre et brutal comme annoncé sur la présentation du livre, mais j’ai trouvé le Roi des Fauves (de la même auteure, je vous remets le lien de ma chronique) beaucoup plus sale et violent que le Dieu Oiseau (qui l’est aussi notez). Je m’attendais à quelque chose d’encore plus difficile, qui me remuerait davantage les tripes que le Roi des Fauves mais ça n’a pas été le cas et je ressens peut-être une pointe de déception à cause de cela. Et de la fin aussi. Mais ça, bon, c’est moi.

Pourtant, je le répète, le Dieu Oiseau est un bon livre. Il plaira à un très large public (comme c’est déjà le cas si j’en juge les réseaux sociaux) surtout aux adeptes de survival qui apprécient les récits psychologiques sans censure sur la violence, et sans surexposition non plus. Un équilibre délicat trouvé avec brio par Aurélie Wellenstein. Je vous le recommande !