Une aventure de Lucifer Box #1 Le Club Vesuvius – Mark Gatiss

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Le Club Vesuvius
est le premier tome de ce qui est présenté comme une saga ayant pour personnage principal Lucifer Box. Écrit par Mark Gatiss, cet ouvrage steampunk est disponible au format poche chez Bragelonne au prix de 9.90 euros.
Ce roman peut convenir au Pumpkin Autumn Challenge dans le menu « Automne Douceur de Vivre » catégorie « La feuille d’automne emportée par le vent (…) » pour sa couverture aux couleurs rouges / marrons un peu automne.

Dans ce premier tome, nous rencontrons le personnage de Lucifer Box: dandy, bad boy, peintre talentueux et espion au service de la Reine. Il va s’intéresser de près à une drôle d’affaire qui menace la couronne et qui le mènera de Londres à Naples.

Et oui, c’est tout.
Je veux dire, comprenons nous bien. Le roman fait un peu moins de trois cents pages et c’est un bel objet. La couverture est soignée, les dorures tiennent plutôt bien, l’intérieur du bouquin comprend d’intéressantes illustrations et les débuts de chapitres sont travaillés avec une mise en page spéciale. Mais en dehors du support physique, ce roman n’offre pas grand chose de plus qu’un divertissement. Parfois, c’est ce qu’on attend d’un livre et d’autres, non. Moi, j’en voulais davantage et je ressors de ma lecture un peu mitigée à cause de ça.

Pourquoi est-ce que j’en attendais trop?

Parce que Mark Gatiss est un homme dont j’apprécie le travail. Vous le connaissez sûrement en tant qu’acteur (et producteur et scénariste) dans Sherlock (aka une de mes séries préférées de tous les temps) ainsi que scénariste sur Doctor Who, entre autres. Je ne peux pas nier son talent tout britannique dans ces domaines, ni son style, ni cette aura particulière qu’il dégage quand il joue. Mais si son roman n’est pas mauvais, il n’est pas non plus transcendant et loin du niveau auquel il a pu habituer son public dans d’autres arts. Du coup, forcément, j’en attendais énormément et je ressors déçue alors que le livre en lui-même n’est pas mauvais.

Le scénario est très classique pour ne pas dire prévisible, à quelques exceptions. Je ne me suis pas sentie concernée ni même prise dans l’intrigue. Je n’avais aucun mal à le refermer pour passer à autre chose et je lui ai même trouvé quelques longueurs. Les personnages sont tous des caricatures, en particulier le héros. Pourtant, j’adore les anti-héros dans ce genre-là mais Lucifer Box sonne faux, sonne « trop » : trop parfait, trop beau, trop talentueux, pour qu’on parvienne à s’y attacher. Il manque de nuances, de profondeur psychologique. Et si ses réflexions très british prêtent à sourire, on se lasse assez vite de ses tentatives pour paraître scandaleux. Tentatives qui tombent souvent à plat.

Et c’est ça le problème majeur du Club Vesuvius: il est terriblement grand public. Il colle strictement aux codes de ce type de roman. Cette remarque ne se veut pas condescendante, loin de là. Il y a des livres qui collent à une image précise, à destination d’un public cible qui consomme ce type de littérature à la pelle et il y en a d’autres qui se démarquent, qui cherchent plus loin, qui apportent un peu plus. Ça ne fait pas des romans grands publics de mauvais livres, au contraire. Simplement, ils sont inadaptés à des lecteurs comme moi qui ont une autre vision du steampunk, bien plus poussée, avec des autrices comme Marianne Stern ou Esther Brassac. Ou une autre vision de la littérature, tout simplement. J’en suis à un stade de ma vie de lectrice où je n’ai pas envie de lire un roman interchangeable avec un autre comme je le faisais volontiers plus jeune avec la bit-lit par exemple. Je connais d’ailleurs aussi ce phénomène dans la sphère audiovisuelle.

Malgré ma déception, ce roman trouvera un public. Il est certain que le Club Vesuvius ne marquera pas votre mémoire de lecteur, en positif comme en négatif. N’empêche, il reste sympathique à découvrir si vous souhaitez démêler une enquête dans un univers steampunk avec un personnage qui se voudra récurrent sur plusieurs tomes.

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Palimpsestes #3 Anachronisme – Emmanuelle Nuncq

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Anachronisme
est le troisième tome de la trilogie fantastique Palimpsestes proposée par l’autrice française (mais résidente belge) Emmanuelle Nuncq. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 19.90 euros. Si cette saga vous intéresse, il existe également un pack comprenant les trois tomes.
Ce livre entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Palimpsestes est une trilogie fantastique, donc, sur le thème du voyage dans le temps qui se situe à la fin du 19e, début du 20e siècle. Dans le premier tome, nous suivons Clara et Samuel qui assistent à des évènements incroyables en plein milieu du Louvre: des scènes du passée surgissent de manière aléatoire depuis le début de l’exposition consacrée à Delphes. Clara, étudiante en art et Samuel, guide au musée, vont chercher à dénouer les fils de ce mystère. Le second tome nous en apprend davantage sur l’histoire de cette statue de la Pythie dont tout part et le troisième se concentre sur Louise, la fille de Clara, qui manifeste des pouvoirs semblables à ceux de la statue. Sa famille décide de garder le secret mais celui-ci éclate malgré tout, ce qui déchaine les passions. Autant du peuple que des politiciens qui ont tôt fait de monter la mission Kairos…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette saga sur le blog puisque j’ai lu les deux autres tomes avant l’ouverture. Je garde du premier un souvenir assez agréable, une lecture détente pleine de références historiques. Et du second celui d’un roman de voyage qui m’a un peu rappelé des films d’aventure que j’aimais regarder plus jeune. Plus on avance dans la trilogie et plus le ton s’assombrit, ce qui n’est pas un mal en soi puisque les enjeux deviennent plus importants également. À mes yeux, la grande force de ce roman se situe dans l’amour qu’a l’autrice pour l’Histoire. Il se ressent à chaque page, à chaque référence, ce qui transforme Palimpsestes en œuvre très riche. Surtout aux yeux de ceux qui, comme moi, sont férus d’Histoire.

Un autre point positif, ce sont les personnages. Dans le premier tome, j’avais beaucoup apprécié le tempérament de Clara. Là où certains la trouvaient illogique et désagréable, je découvrais une femme forte qui sait ce qu’elle désire et qui aime profiter de la vie. Quand elle prend des décisions, elle assume et ce même si elle se pose toujours des questions. Emmanuelle Nuncq nous dépeint des femmes toutes en nuance qui sont assez réalistes, elle ose dire les choses au lieu de les magnifier bêtement. Cela trouve un écho en moi, en tant que personne.
L’héroïne de ce tome-ci ne fait pas exception. Louise est beaucoup plus naïve que sa mère, plus jeune aussi et plus sensible, pourtant elle est parvenue à me toucher. J’ai vraiment apprécié son évolution et les rapports qu’elle entretenait avec les différents membres d’équipage, ainsi qu’avec sa famille. Quant aux derniers chapitres… Je ne veux pas spoiler mais j’ai été touchée par les choix narratifs de l’autrice qui donnent à Palimpsestes un côté plus mâture et plus réaliste. Ça m’a vraiment beaucoup emballée et a rehaussé encore davantage mon attrait pour ce livre, lu (ou plutôt dévoré) en une journée.

L’intrigue bien ficelée quoi que prévisible par moment permettra aux lecteurs de se questionner sur tout un tas de thématiques propres à l’exploitation du voyage dans le temps (mais pas que). Si cela ne révolutionne pas le genre, Emmanuelle Nuncq dispose toutefois d’une sensibilité qui nous font prendre à cœur ces interrogations. Doit-on modifier l’Histoire si on en a la possibilité? L’être humain peut-il se contenter d’observer sans toucher? Qui a le droit de vivre ou de mourir? Qui sauverait-on si on le pouvait? Et quelles conséquences cela aurait? Comment la meilleure volonté du monde finit-elle pervertie de la sorte? Quelle est la place du savoir dans notre société? De la culture? J’ai trouvé ce troisième tome très engagé à ce niveau, ce que j’ai énormément apprécié puisque ce n’est pas si courant.

Pour résumer, Anachronisme conclut avec brio une trilogie qui va crescendo sur la thématique du voyage dans le temps. Les amoureux de l’Histoire y trouveront forcément leur compte ainsi que les adeptes du steampunk léger et des romans de voyage. Pour ne rien gâcher, l’autrice aborde énormément de thématiques liées à des questionnements culturels et sociaux qui raviront les lecteurs adeptes de textes plus engagés. J’ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Morgenstern et je recommande chaudement la lecture de cette trilogie.

Les Sœurs Carmines #3 Dolorine à l’école – Ariel Holzl

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Dolorine à l’école
est le troisième (et dernier?) tome de la saga des Sœurs Carmines écrite par l’auteur français Ariel Holzl. Publiée chez Mnémos, chaque tome coûte 17 euros.
Je remercie les éditions Mnémos pour ce service presse !
Cette lecture entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé des Sœurs Carmines en chroniquant le tome 1 et le tome 2. J’avais été emballée par le concept sur le premier et avait été enchantée par les aventures de Tristabelle dans le deuxième. Ce troisième tome nous permet de suivre Dolorine, la petite sœur Carmine âgée d’une dizaine d’année seulement, qui va entrer au pensionnat de Mme Boggartine. En arrivant sur place, Dolorine se rend compte que plusieurs choses ne vont pas. Déjà, les élèves sont anormalement gentils avec elle. Ensuite, les fantômes ont tous disparu, du jamais vu ! La fillette décide alors de mener l’enquête et ça n’ira pas sans mal.

Ce qu’on craint naturellement avec une héroïne aussi jeune, c’est de tomber sur un texte trop enfantin ou trop immature. Ce n’est pas le cas du tout ! Dolorine est d’une touchante naïveté qui se mêle à son éducation « grisaillaise » pour offrir au lecteur des réflexions aussi amusantes qu’incongrues. Là où le premier tome restait introductif avec une sœur un peu plus fade comparée aux autres et où le second offrait une Tristabelle brillante et détestable, ce troisième continue sur sa lancée pour dépayser son lecteur.

Le récit à la troisième personne est parsemé des pages du journal de Dolorine pour une plus grande immersion dans le personnage mais aussi, nouveauté, du journal de son institutrice et d’un exposé réalisé par ses camarades de classe qui se montrera capital pour la suite. J’ai vraiment apprécié les choix narratifs de l’auteur à ce niveau et les dessins qui parsèment le livre. Ce sont parfois des bonhommes assez simplistes et à d’autres moments, des croquis plus aboutis qui apportent véritablement quelque chose au livre. Les pages du journal de Dolorine comportent des taches et des ratures pour donner cet aspect vieillot à ces parties. Les moments de narration, quant à eux, contiennent parfois des mots barrés et corrigés comme d’une façon manuscrite, probablement par Dolorine elle-même, ce que j’ai trouvé amusant et enrichissant.

Outre ces éléments esthétiques et ces choix de l’auteur, l’intrigue qui se développe aborde des thèmes intéressants, comme celui de la mort et des conséquences d’une lutte contre elle. Cela reste classique mais la manière dont Ariel Holzl met cela en place m’a captivée au point de lire ce tome presque d’une traite. On en apprend également davantage sur la dernière des filles Carmine, ce qui pose finalement plus de questions qu’autre chose. Je doute en fait que ce tome soit le dernier car l’auteur se ménage pas mal d’éléments pour continuer sa saga en laissant des questions en suspend. Puis n’oublions pas bébé Dram !

Pour le reste, l’univers se maintient à la hauteur des deux tomes précédents en s’enrichissant toujours un peu plus. On retrouve avec plaisir cette ambiance de merveilleux noir où le progrès technologique commence à menacer les habitudes un peu plus magiques des habitants de Grisaille. Le dénouement de cette malheureuse affaire était vraiment épique, l’auteur n’a peur de rien et ne manque pas d’imagination ! Je me demande s’il envisage des produits dérivés, d’ailleurs. J’adorerai avoir un Monsieur Nyx.

Pour résumer, ce troisième tome des Sœurs Carmines est à la hauteur de sa saga. Contrairement à ce que je craignais, suivre Dolorine n’empêche pas le lecteur plus âgé de s’immerger, que du contraire. Chaque tome a un ton différent, relié par un univers de merveilleux noir avec quelques tendances au steampunk plus que prometteuses. Ariel Holzl signe un nouveau roman réussi et en tant que lecteur, on a qu’une question à lui poser: À quand la suite?

Récits du monde mécanique #3 Realm of Broken Faces – Marianne Stern

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Realm of Broken Faces
est le troisième (et dernier, nooooooon !) tome des récits du monde mécanique par l’auteure française Marianne Stern. Il s’agit d’un roman steampunk très sombre publié aux Éditions du Chat Noir au prix de 19.90 euros. Mention spéciale pour la magnifique couverture réalisée par Miesis qui a su parfaitement rendre l’ambiance et le ton du roman en une seule image, chapeau ! Non seulement elle attire immédiatement mas quand on la regarde après la lecture, elle prend vraiment tout son sens. Bravo pour ce travail et son investissement !

Vous le savez, Marianne Stern est une auteure que j’apprécie beaucoup que ça soit humainement ou dans son écriture. Je la trouve vraiment talentueuse, elle aborde des thématiques qui me parlent, créée des personnages auxquels je m’attache rapidement et a un style qui lui est propre. Je l’ai découverte pour la première fois avec Smog of Germania (le premier tome des récits du monde mécanique) et j’avais été rapidement séduite. Depuis, j’ai lu plusieurs de ses romans (tous en fait, Ô rage Ô désespoir me voilà à jour) et je ne peux que constater l’évolution de son écriture et de sa qualité littéraire.

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je parle de troisième tome mais en réalité, on pourrait choisir de lire chaque roman composant les récits des mondes mécaniques de manière indépendante. On y perdrait peut-être un brin en intensité narrative mais ils constituent chacun un tout sur eux-mêmes. Une information intéressante pour ceux qui n’aiment pas les séries !

Ce troisième tome est de loin mon préféré et sans surprise, ce fut un vrai coup de cœur. Il se passe dans l’Est français, plus précisément dans une sorte de village informel dirigé par le mystérieux (et excentrique) Monsieur. L’endroit rassemble quantité de criminels mais aussi d’anciens combattants trop dérangés dans leur tête ou leur corps pour retourner à la vie civile. Une bonne brochette de tarés comme on les aime dans une ambiance qui suinte le sang, la crasse et la boue. On a cette impression poisseuse qui nous colle perpétuellement à la peau au fil des lignes, ce qui dénote une vraie maîtrise narrative.

Le roman est divisé en quatre parties. Dans la première, nous suivons le Quenottier, un personnage très attachant par sa mentalité particulière et son phrasé propre. Il faut dire que même si la narration est à la troisième personne, l’auteure s’adapte à la mentalité de son personnage, ce qui offre dans ce cas-ci des chapitres rédigés sur un ton familier, presque argotique. Délicieux à découvrir ! Dans la seconde, nous retournons à Germania pour voir comment s’en sort le Kaiser Joachim… Pas terrible, on ne va pas se mentir. Si, au début, il me faisait de la peine et que je ressentais une certaine empathie pour lui, j’ai rapidement eu envie de lui coller une bonne paire de claque. On alterne ainsi jusqu’à la dernière partie où tous les protagonistes se rejoignent pour un final explosif. Plus on avance et plus l’auteure nous offre des micro chapitres du point de vue de certains personnages présentés précédemment, ce qui sert le récit. Cela ne m’a pas gênée, parce que la personnalité de chacun ressort vraiment bien et ça reste utile à l’intrigue.

Je meurs littéralement de frustration, parce que j’ai envie de détailler chaque élément de l’intrigue mais ça vous gâcherait le plaisir. Du coup je vais plutôt évoquer les points forts du roman, à commencer par l’écriture de l’auteure. Comme signalé plus haut, elle s’adapte à chaque fois au personnage sur qui se centre la narration et est particulièrement immersive. Le milieu particulier du livre offre une utilisation riche (et maîtrisée !) du champ sémantique rattaché à la guerre mais aussi au monde militaire, ce que j’ai adoré puisque je suis particulièrement sensible à ce type de milieu.

Les personnages ne sont pas en reste ! Je ne vais pas évoquer les anciens qui sont présents pour ne pas risquer de spoiler les lecteurs qui ne sont pas à jour (ou les futurs lecteurs !) et plutôt me concentrer sur les nouveaux. En règle générale, je trouve que Marianne Stern ne créé pas de bons personnages féminins et ça m’avait particulièrement frappée dans Scents of Orient (le tome 2 des récits des mondes mécaniques). La seule exception: sa pilote Anya dans 1993. Pourtant, ici, j’ai noté une très nette amélioration. Certes, la capitaine Meike ressemble à Anya mais elle n’en reste pas moins un personnage féminin travaillé et intéressant. La gamine prénommée Murmure est vraiment surprenante elle aussi et plutôt drôle, surtout dans ses interactions avec les autres. Deux vraies réussites et un sacré bond en avant à ce niveau ! Quant au Quenottier, on découvre un homme à la fois simple et complexe. Un gars comme les autres, traumatisé par la guerre à sa manière mais qui reste les deux pieds sur terre et continue de vivre alors que beaucoup, à sa place, auraient baissé les bras. Ses réflexions, ses choix, bref tout ce qui le concerne m’a vraiment intéressée, je le trouve très bien géré et hyper attachant. Mention spéciale à Monsieur quand même (je le devais !), mais je n’en dit pas plus ♥

Le ton général du roman, comme je l’ai signalé, est assez sombre et on en ressort avec l’impression que la boue, la sueur et la crasse nous collent à la peau, ce que je trouve délicieux. L’auteure développe un univers uchronique intéressant et très travaillé, surtout au niveau des prouesses technologiques liées à l’art de l’orfèvrerie. Son univers est réaliste, en dehors de ça, mais ce simple petit pouvoir possédé par quelques rares élus rythme finalement toute la saga pour offrir une uchronie renversante parsemée de scènes fortes parfaitement détaillées. J’en ai une gravée dans la rétine, qui arrive vers la fin, que je vais identifier par « celle avec les éclairs et les mines » (vous comprendrez) juste… Parfaite ♥ Puis celle dans l’araignée puis… D’accord, je m’arrête là.

Fidèle à son habitude, Marianne Stern laisse une grande place à l’univers militaire et plus particulièrement celui de l’aviation. On ressent sa passion et ses connaissances qui nous entrainent facilement dans ces sphères où, personnellement, j’adore me perdre !

Je me rends compte que la chronique commence à tirer en longueur et je vais donc m’arrêter ici. Ce troisième tome aura été un véritable coup de cœur auquel j’ai du mal à trouver des défauts. Il contient tout ce que j’aime chez cette auteure et tout ce que je recherche dans un livre: un univers sombre, des personnages travaillés et torturés qui sortent du lot, une identité littéraire dans l’écriture et une mentalité particulière qu’on ne retrouve que trop rarement dans la littérature SFFF francophone à l’exception de quelques auteurs dont je parle assez souvent sur le blog. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses ouvrages, particulièrement si vous aimez les ambiances militaires, les univers uchroniques et les protagonistes inoubliables. J’ai tourné les dernières pages avec émotion en disant adieu à ce monde et à cette saga qui a donné naissance à l’un de mes personnages littéraires préférés (c’est vous dire !). Merci Marianne pour cet extraordinaire voyage dans les mondes mécaniques ♥

Confessions d’un automate mangeur d’opium – Mathieu Gaborit & Fabrice Colin

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Confession d’un automate mangeur d’opium
est un one-shot steampunk écrit par Mathieu Gaborit et Fabrice Colin. Publié chez Bragelonne dans le cadre du mois du cuivre, il est disponible en poche au prix de 9.90 euros.

J’entends beaucoup parler de Mathieu Gaborit depuis quelques semaines, via notamment la sortie de nouveaux romans signés par lui chez Mnémos. Mon libraire ne tarissait pas d’éloges à son sujet, du coup j’ai eu envie de le découvrir. C’est principalement pour ça que j’ai tiré du fin fond de ma liseuse cet epub acheté pendant la #GrosseOP de Bragelonne. Quant à Fabrice Colin, je ne le connais que de nom, ça me donnait donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups !

Mon avis sur ce roman est un peu mitigé, je ne vais pas vous le cacher. Je n’ai pas détesté mais je trouve qu’il lui manquait trop de choses, que les auteurs ne sont pas allés au bout de leurs idées.C’est dommage, quand on voit le soin porté à l’objet livre en tant que tel… Il aurait mérité un peu plus d’investissement.

Nous évoluons dans un univers steampunk situé à Paris en 1889, pendant l’Exposition Universelle. Margo est une actrice qui devient célèbre et va commencer à enquêter sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie, aidée par son frère Théo qui est aliéniste. Cet improbable duo va se confronter à de nombreux dangers à la recherche de la vérité.

Pour être honnête, c’est davantage le titre qui a attiré mon attention, pour l’écho qu’il faisait dans mon esprit avec le Confession d’un elfe fumeur de lotus de Raphaël Albert. Je m’attendais à quelque chose dans la même veine et je crois que ça m’a un peu gâché le plaisir. L’intrigue est, somme toute, celle d’une banale enquête policière et on devine très vite comment cela va se terminer, qui est qui, qui fait quoi. Pourtant, je ne me suis pas ennuyée en le lisant: l’univers créé par les auteurs est plutôt riche et intéressant. Je regrette qu’il passe un peu en second plan même si j’ai apprécié les clins d’œil dissimulés tout du long (comme celui à Métropolis de Fritz Lang). L’écriture des auteurs est rythmée, maîtrisée, on sent qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai en matière littéraire. Ils utilisent les mots justes et évitent habilement les longueurs pour offrir une histoire divertissante qui se lit toute seule.

Les personnages principaux sortent aussi un peu du lot. S’ils ont tous un rôle très archétypal, Margo est une comédienne au fort caractère, plutôt agaçante la majeure partie du temps mais qui a au moins le mérite de proposer un personnage féminin différent de celles qu’on croise habituellement dans ce type de littérature. Théo, de son côté, est le stéréotype du scientifique obsédé par son objet d’étude et qui néglige tout le reste. Je l’ai beaucoup apprécié, même s’il manquait de surprise. Quant aux autres, ils servent leur fonction, à l’exception du fameux « automate mangeur d’opium » (je ne vous révèle évidemment pas son identité) qui avait vraiment une histoire intéressante et prenante. Je pense que j’aurai mieux apprécié le livre s’il avait été rédigé de son point de vue. Mais ç’aurait donné un ouvrage totalement différent !

Comme dans tout roman steampunk, Confession d’un automate mangeur d’opium propose une réflexion sur la société, sur les dérives technologiques et sur la notion d’humanité. Il ne révolutionne pas le genre et sera certainement vite oublié par beaucoup de lecteurs. Assez ironique quand on pense qu’il a posé justement les bases du genre en question puisque sa première parution remonte avant 2000 ! En le replaçant dans son contexte, il prend son sens mais dans le prisme du courant steampunk actuel, il perd énormément de son charme, selon mon point de vue. Pourtant, il remplit efficacement son rôle de divertissement et reste intéressant à découvrir. Je le conseille plutôt à ceux qui désirent s’essayer au genre ou qui aiment les romans mettant en scène une enquête.