Eriophora – Peter Watts

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Eriophora
est un roman de science-fiction écrit par l’auteur canadien Peter Watts. Publié par Le Bélial, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 18,9 euros.

De quoi ça parle ?
Trente mille personnes voyagent depuis des millions d’années à bord du vaisseau (organique ?) Eriophora. Leur job ? Assister l’IA de bord dans la création de divers portails à travers l’espace. Mais la mission ne semble pas avoir de date de fin…

Si vous me suivez sur Twitter, vous avez peut-être lu mon court tweet plein d’autodérision qui se désespérait un peu de n’avoir pas tout compris à ce roman. Pourquoi donc le chroniquer, demanderez-vous à juste titre ? Déjà parce que j’ai quand même compris ce que je pense être l’aspect humain d’Eriophora mais aussi parce qu’il me semble important de parler de textes de ce genre à des lecteurs qui, comme moi, sont novices en (hard?) science-fiction et essaient de s’y mettre. Si je me suis lancée sur celui-ci plutôt que sur un autre c’est parce que certains blogpotes ont qualifié ce roman de « light hard sf », sous entendu : davantage accessible. Après quelques discussions, je comprends qu’ils voulaient dire « plus accessible par rapport au reste de la bibliographie de l’auteur » et non au sein du genre en lui-même. Bref, je pense qu’on ne partage pas tous la même échelle d’accessibilité et ça me parait important de le rappeler, de nuancer aussi ce qui a pu être écrit chez des personnes bien plus calées que moi dans le domaine. Je compte donc sur votre indulgence à la lecture de ce billet qui n’a certainement pas pour ambition de déprécier le texte de Peter Watts ni la maison d’édition, au contraire. Je souhaite simplement partager ma petite aventure de novice avec ce roman.

J’en profite d’ailleurs pour vous conseiller la lecture du guide d’Apophis pour débuter en hard-sf si, comme moi, vous avez envie de vous pencher sur ce genre sans savoir par quel bout le prendre !

Je dois également préciser qu’une partie de mon incompréhension vient (peut-être ?) du fait que ce texte s’inscrit dans la continuité de trois nouvelles publiées dans un recueil du Bélial (Au-delà du gouffre). Il s’agit, si j’ai bien saisi, du même univers. Ces nouvelles apportent (peut-être ?) un éclairage autre ou des notions importantes pour comprendre l’aspect plus scientifique du texte. Toutefois, ce n’est précisé nulle part. 

Light hard sf pas si light que ça…
Si j’ai bien saisi le côté humain du roman et de l’intrigue sur lequel je vais revenir plus bas, je dois avouer m’être complètement perdue dans l’aspect technologique et dans les réalisations scientifiques expliquées au sein d’Eriophora. Comme je ne comprenais pas ces éléments, j’avais du mal à me plonger dans le texte puisque je passais trop de temps à m’interroger sur le pourquoi du comment. Ce n’est qu’en laissant totalement tomber cet aspect que j’ai pu me concentrer sur Sunday et ce à quoi elle était confrontée. Je vais évoquer ces aspects hard-sf dans les paragraphes suivants pour vous dresser un bref panorama de l’ensemble.

Le vaisseau Eriophora a quitté la Terre il y a plusieurs millions d’années avec trente mille personnes à son bord et une mission : créer des portails pour, si j’ai bien compris, permettre à l’humanité d’ensuite voyager au travers. D’emblée, la narratrice (prénommée Sunday) explique que les humains voyagent gelés, comme morts, et sont ramenés à la vie par Chimp (l’IA) au bout de x temps quand celle-ci pense avoir besoin d’un œil humain pour régler un problème. Il y a six cent tribus différentes au sein de l’Eriophora, qui ne se côtoient pas ou presque puisque seuls quelques uns sont ramenés à la vie au même moment, en fonction de leurs compétences. À ce stade, je dois préciser que le temps passe à une vitesse folle pendant toute la durée du livre. Ça se compte en millions d’années parfois entre deux chapitres et ça donne un peu le tournis.

La narratrice évoque aussi des voyages spatio-temporels, en parlant de machine à remonter le temps, etc. dans son introduction et elle m’avait déjà perdue à ce stade là parce que je ne saisissais pas les liens avec leur mission ni les explications qui viennent après. Voyager dans l’espace, d’accord. Rester en stase pendant longtemps (et donc théoriquement avoir une plus longue durée de vie même si la durée de conscience ne change pas) d’accord. Mais que vient faire cette histoire de temps là-dedans ? Comment est-ce qu’on remonte le temps en voyageant dans l’espace ? Je pense qu’elle donnait dans la métaphore mais je n’ai toujours aucune certitude… Et même les chroniques éclairées de certains amateurs spécialistes n’ont pas aidé là-dessus. 

Je me dis que ce flou participe peut-être à l’effet du roman car les humains du vaisseau n’ont pas tous l’air de savoir si / quand la mission doit prendre fin ni ce que ça peut impliquer. Du coup, l’auteur cherche peut-être à cantonner son lecteur au même sentiment qu’une partie de l’équipage ? Mystère. Ce n’est pas ce qui ressort des chroniques que j’ai pu lire en tout cas. 

L’humain et l’IA, une histoire d’esclavage moderne.
Voilà la partie perceptible pour moi novice. Le vaisseau est géré par une IA appelée Chimp avec parfois un déterminant devant (le Chimp) qui est qualifiée d’IA « stupide » et les explications du pourquoi mettre une IA inférieure dans une mission comme celles là m’ont aussi parues un peu en dehors de ma portée. Mais ce n’est pas très grave car ça n’empêche pas de comprendre les soucis principaux. D’une part, le Chimp refuse tout retour sur Terre sans recevoir un signal dans ce sens de leur part. Mais et si l’humanité était éteinte et avait laissé place à autre chose? Un scénario possible mais que l’IA n’envisage pas (encore ?) pour une raison qui m’échappe aussi. De plus, la mission ne devait en théorie pas durer autant ni se passer « aussi bien » ce qui implique pas mal de choses au niveau de la gestion de l’élément humain que je ne vais pas développer pour laisser quand même une part de mystère dans ce déjà trop long billet. Les soucis posés par les actions de Chimp sur l’équipage ne sautent pas tout de suite aux yeux mais une fois que les explications arrivent, tout s’éclaire et une forme de résistance / révolte s’organise pour justement libérer les humains du vaisseau de la dépendance à l’IA et des choix qu’elle est amenée à faire pour eux.

J’ai eu du mal à adhérer à la logique sous-jacente de cette résistance humaine vu leur situation. Déjà parce que, si j’ai bien compris, ces personnes sont des engagés volontaires qui savaient (normalement ?) dans quoi ils mettaient les pieds ou en tout cas, qui ont été formés pour. C’est vrai que par moment, Sunday évoque une enfance, une formation qui aurait commencé autour de leur septième année d’existence, donc c’est un peu flou. Difficile de dire s’il s’agit d’endoctrinement ou pas et ce paradigme a quand même son importance pour saisir les enjeux du texte et les décisions des personnages, je trouve. C’est donc dommage qu’il ne soit jamais explicitement dit de quoi il en retourne. Outre cela, je pense avoir compris qu’ils espéraient tous une date de retour et que le fait qu’elle ne semble pas se dessiner à l’horizon pose un souci majeur. Ça, ma foi, oui, je crois que je serais dans le même état d’esprit à leur place. De là à prendre une décision pareille avec les conséquences que cela implique, j’ai du mal à saisir la logique. Et Sunday aussi, au début. D’ailleurs, quand elle pose la question, on lui rétorque qu’ils auront tout le temps de décider après coup quoi faire de leur liberté mais en attendant, ils sont quand même coincés quelque part dans l’espace, totalement dépendants de cette IA qui répond à des protocoles obscurs et qui semble parfois proche d’une forme de conscience ou d’humanité, ce qu’on ressent via certains souvenirs de Sunday. Chimp est-il si stupide que ça ? Qu’ils souhaitent rentrer sur Terre, je le comprends et qu’ils agissent dans ce but aussi. Mais pas en prenant ce genre de décision, ça ressemble davantage à une forme de suicide, de tentative désespérée pour reprendre un bref contrôle sur leur vie. 

Je saisis bien ici la mise en avant du paradoxe humain dans toute sa splendeur mais franchement, difficile de s’attacher à leur combat puisqu’ils vont droit dans le mur (ce qui rentre en plein dans ce fameux paradoxe) selon moi et ce que j’ai compris encore une fois. Sans compter que je n’ai pas saisi le dénouement final qui ne répond pas aux questions centrales comme par exemple, que devient l’équipage après cet évènement ? Est-ce une fin ouverte ou y aura-t-il une suite ? J’opte plutôt pour la première solution car si une suite avait été annoncée, le Bélial aurait mentionné une tomaison, ce qui n’est pas le cas. Si j’aime les fins ouvertes, j’apprécie quand même d’avoir la réponse à certains des enjeux mis en place dans le roman, surtout les enjeux centraux, ce qui n’est pas le cas actuellement. Trop de points d’interrogation donc…

Un texte dans le texte.
Les lecteurs attentifs remarqueront que l’ouvrage contient des lettres rouges qui apparaissent dans le texte pour former un message. J’ai pris soin de les noter et je me demande si je n’en ai pas loupé quelques unes au passage ou si les fautes sont là exprès. Mystère… En tout cas, je pensais que ce message aiderait à m’éclairer sur la signification finale du texte mais… Non. Ou alors, encore une fois, je suis passée tellement à côté que je me suis carrément trompée de portail, allez savoir ! Pour autant, je tenais à saluer le travail éditorial sur ce point car même si ça n’a pas aidé à ma compréhension du roman, je trouve l’initiative vraiment ludique. Sans parler de la magnifique couverture signée Manchu ou des chapitres illustrés. C’est un bel objet-livre. 

La conclusion de l’ombre : 
Si Eriophora est un roman de hard-sf centré sur l’humain, une partie de ses éléments me demeurent obscurs au point de laisser de trop grosses interrogations pour que je puisse vraiment dire que j’ai apprécié ma lecture. Si j’ai trouvé le propos intéressant sur un plan humain, je ressors très frustrée de cette lecture qui n’est pas, comme j’ai pu le lire ailleurs, à la portée de novices en hard-sf. Peut-être est-elle plus accessible que d’autres livres de l’auteur, je n’en doute pas, hélas pas suffisamment pour moi. Qui sait, j’y reviendrai une fois mon bagage en science-fiction meilleur et l’apprécierai probablement davantage à ce moment là ! D’ici là, je recommande plutôt ce roman aux lecteurs qui connaissent déjà Watts ou qui savent à quoi s’attendre sur un plan plus scientifique. 

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’épaule d’OrionGromovarLes lectures du MakiAlbédoLes blablas de Tachan – vous ?

 

Émissaires des morts (le roman) – Adam-Troy Castro

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Émissaires des morts
est composé de quatre nouvelles + un roman de science-fiction par l’auteur américain Adam-Troy Castro. Première sortie de 2021 chez Albin Michel Imaginaire, vous trouverez ce titre partout en librairie au prix de 26.90 euros.
Je remercie AMI & Gilles Dumay pour ce service presse.

Cette chronique concerne le roman intitulé Émissaires des morts. Je vous ai parlé des quatre nouvelles qui précèdent ce texte, incluses dans le même ouvrage publié chez Albin Michel Imaginaire, dans un article antérieur. Pour rappel et en quelques mots, j’avais été très emballée par la qualité de ces histoires courtes qui permettent un premier contact efficace avec le personnage d’Andrea Cort, sa situation et l’univers dans lequel elle évolue. J’ajoute que ces quatre nouvelles apportent une vraie plus-value au roman en lui-même bien que l’auteur l’ait écrit pour en permettre la lecture même pour celles et ceux qui n’ont pas pu ou voulu lire les nouvelles.

Voyons à présent ce que donne le roman…

De quoi ça parle ?
Andrea Cort est envoyée sur Un Un Un, une planète où les IAs sources ont créé une nouvelle espèce, ce qui pose des problèmes diplomatiques graves car on soupçonne une forme d’esclavage de leur part. Pour une fois, ce n’est pas pour ce souci qu’on envoie Andréa mais bien parce qu’un meurtre a été commis au sein de la délégation diplomatique humaine et que tout semble accuser les IAs sources… Ce qui risque de créer un gigantesque drame social si les relations diplomatiques sont rompues avec elles vu l’importance qu’elles ont pris au sein des sociétés humaines dans le domaine, par exemple, des soins de santé. Ses supérieurs font donc comprendre à Andréa qu’il serait très commode de dénicher un autre coupable, s’il s’avère que les IAs sources sont bien impliquées.

Qui est Andrea Cort ?
Petit rappel au sujet de ce personnage qui ne me semble pas inutile si vous n’avez pas lu mon précédent billet.

Andrea Cort est une avocate qui travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap, ensemble reprenant tout un tas de planètes et de gouvernements aussi divers que variés. Elle n’a pas vraiment le choix puisque, dans son enfance, elle a participé à une forme de génocide et ce métier lui permet de ne pas être extradée sur des mondes qui souhaitent la condamner. Vive l’immunité diplomatique ! Elle a toutefois été emprisonnée / étudiée jusqu’à sa majorité et cela a forcément laissé des traces. À ce stade, je dois préciser que ce génocide commis sur la planète Bocaï va être davantage développé au sein du roman et va concrétiser les implications développées dans la nouvelle Démons invisibles dont je vous ai parlé dans mon autre billet. C’est donc un élément sur lequel on va revenir dans une série de flashback glaçants.

Andrea Cort est une femme complexe qui a en horreur les planètes et n’aime pas beaucoup l’espèce humaine, ou n’importe quelle autre espèce en réalité. Solitaire, froide, cynique, elle pourrait aisément devenir un cliché sans la manière dont l’auteur la met en scène, n’hésitant pas à montrer ses failles, ses traumatismes, ses faiblesses aussi. Andrea Cort est un échantillon d’humanité dans tout ce que ce terme a de paradoxal : elle se hait pour les actes commis par le passé, a souvent des pulsions suicidaires qu’elle ne concrétise pas, et sait qu’au fond d’elle, elle appartient à la classe des monstres qu’elle chasse pourtant. Pourquoi un monstre ? Parce qu’elle a adoré tuer, elle s’en rappelle, et n’hésite pas à recommencer si la situation l’exige.

Les nouvelles permettaient de la voir en action et d’apprécier son professionnalisme ainsi que l’absence de liens sociaux autour du personnage. Je trouvais cela assez rafraichissant et original. Dans le roman, cet aspect va évoluer au fur et à mesure que l’intrigue avance, notamment grâce au couple d’inseps, les Porrinyard. J’avoue ne pas savoir comment me positionner face à leur relation et à la manière dont les révélations finales permettent au personnage d’Andrea de changer, de se rendre compte qu’elle a vécu pendant des années sous le poids d’un postulat de départ erroné. Ça m’effraie un peu pour la suite car une grande partie de ce que j’appréciais dans ce personnage risque de disparaître. Toutefois, l’auteur a su démontrer jusqu’ici sa capacité à me surprendre agréablement donc j’ose espérer qu’il ne va pas tout gâcher dans la suite.

J’en profite pour préciser que le roman est écrit à la première personne, tout comme l’une des nouvelles. Cela renforce le degré d’intimité entre le lecteur et Andrea, empêchant ainsi de plus facilement jouer sur son aspect froid et détaché. À nouveau, c’est un choix de l’auteur, on adhère ou pas, c’est selon la sensibilité de chacun mais je me dois de préciser que j’ai apprécié la maitrise d’Adam-Troy Castro de la narration à la première personne.

Une enquête somme toute classique mais efficace.
Émissaires des morts est un récit d’enquête qui respecte les codes du genre policier avant d’être un ouvrage de SF (ce qui se traduit plutôt dans l’univers et les questionnements finaux). On voit clairement les différentes étapes et ressors du scénario : Andrea est mise sur une affaire sans qu’on lui demande son avis, elle arrive dans un milieu inconnu dont elle apprend les règles, elle interroge différents témoins et représentants de l’autorité sur place, accumule des éléments et des preuves dans son dossier, suspecte certains plus que d’autres mais en fait non c’est pas lui / elle alors que bon sang tout le / la désigne quand même, doit affronter quelques péripéties car quelqu’un veut manifestement l’empêcher de résoudre cette affaire, etc. Il n’y a pas de surprise sur le déroulement en tant que tel mais on ne s’ennuie pourtant pas durant cette lecture grâce à l’écriture efficace de l’auteur et au personnage d’Andrea, qui reste à mes yeux la grande force du roman. Enfin, ça, c’est vrai jusqu’à la toute fin…

Une fin qui tire en longueur.
C’est le seul gros point noir du texte. Les quarante (et même soixante) dernières pages auraient pu être vraiment raccourcies car il y a beaucoup de redite et d’insistance sur des points déjà bien assez clairs. Un échange avec l’éditeur a pointé le fait que ce pouvait être un hommage au genre policier, une sorte de clin d’œil à ce qu’a pu faire Agatha Christie, notamment avec Poirot. Après coup, je me dis que c’est peut-être bien cela que cherchait Adam-Troy Castro mais ça n’en reste pas moins longuet, même aux yeux de la lectrice de Christie que je suis. À mon sens, l’auteur a un peu trop pris son lecteur par la main ici ce qui pourrait être un point positif pour celles et ceux qui manquent d’attention ou qui aiment qu’on écrive les éléments noir sur blanc. Ça n’a jamais été mon cas donc j’ai un peu regretté le manque de dynamisme final ainsi que la discussion entre Andrea et les inseps. Si je devais juger sur base de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, je pense que l’auteur brille particulièrement sur le format court et que ce roman aurait pu être une novella bien plus efficace si cette intrigue avait été rédigée sous ce format.

Attention, qu’on se comprenne bien : j’ai trouvé les explications trop longues mais leur portée n’est en aucun cas dénuée d’intérêt. Au contraire, ça permet de lier le propos de Démons invisibles avec le roman tout en ajoutant de nouveaux enjeux et en permettant au texte de prendre un autre tournant. Il s’agit, après tout (surlignez pour dévoiler la révélation) de discuter du désir de mourir d’une espèce entière et de juger le comportement de ceux qui, en son sein, souhaitent justement continuer à exister. Et ça promet pour la suite.

La conclusion de l’ombre :
Émissaires des morts est le premier roman où on retrouve le personnage d’Andrea Cort après avoir passé quatre nouvelles en sa compagnie. Cette dernière va devoir mener une enquête pour meurtre sur la planète Un Un Un, crime où tout accuse les IA sources que ses supérieurs cherchent justement à innocenter. Si le format enquête est très classique, l’intérêt du texte réside à la fois dans les implications philosophiques du dénouement final et dans son personnage principal. Je me réjouis de découvrir la suite qui sort justement cette année (en juin si tout se passe bien) chez Albin Michel Imaginaire !

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Émissaires des morts (les nouvelles) – Adam-Troy Castro

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Émissaires des morts est composé de quatre nouvelles + un roman de science-fiction écrits par l’auteur américain Adam-Troy Castro. Première sortie de 2021 chez Albin Michel Imaginaire, vous trouverez ce titre partout en librairie au prix de 26.90 euros.
Je remercie AMI & Gilles Dumay pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Andrea Cort est avocate et travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap dont elle est la propriété depuis un massacre perpétré par elle dans son enfance. Criminelle de guerre, c’est elle qu’on envoie traiter les affaires difficiles où elle est en contact avec des races extra-terrestres plurielles qui vont toutes, à leur manière, lui donner du fil à retordre.

Je précise que ce résumé maison ne rend pas justice à la qualité des textes lus. J’espère que ma chronique le fera. De plus, j’ai décidé de la couper en deux pour vous parler d’abord des quatre nouvelles et ensuite du roman, dans un billet futur.

Qui est Andrea Cort ?
Il me semble important, avant de vous parler des nouvelles, de glisser quelques mots au sujet de (l’anti ?) héroïne d’Adam Troy-Castro. Andrea Cort est une avocate qui travaille pour le Corps Diplomatique de la Confédération homsap qui reprend tout un tas de planètes et de gouvernements aussi divers que variés. Elle n’a pas vraiment le choix puisque, dans son enfance, elle a participé à une forme de génocide (les détails sont dévoilés petit à petit dans les différents textes avant d’être révélés noir sur blanc au début du roman) et ce métier lui permet de ne pas être extradée sur des mondes qui souhaitent la condamner. Elle a toutefois été en emprisonnée / étudiée jusqu’à sa majorité et cela a forcément laissé des traces.

Andrea Cort est une femme complexe qui a en horreur les planètes et n’aime pas beaucoup l’espèce humaine, ou n’importe quelle autre espèce en réalité. Solitaire, froide, cynique, elle pourrait aisément devenir un cliché sans la manière dont l’auteur la met en scène, n’hésitant pas à montrer ses failles, ses traumatismes, ses faiblesses aussi. Andrea Cort est un échantillon d’humanité dans tout ce que ce terme a de paradoxal : elle se hait pour les actes commis par le passé, a souvent des pulsions suicidaires qu’elle ne concrétise pas, et sait qu’au fond d’elle, elle appartient à la classe des monstres qu’elle chasse pourtant. Pourquoi un monstre ? Parce qu’elle a adoré tuer, elle s’en rappelle, et n’hésite pas à recommencer si la situation l’exige.
Pourtant, impossible de ne pas ressentir de compassion pour elle (ça ne lui plairait pas du tout, si elle le savait !), de ne pas chercher à se mettre à sa place ou même à la défendre quand l’occasion se présente. J’ai particulièrement apprécié ces nuances qui participent à la force des différents récits dont je vais à présent vous parler un peu plus dans le détail.

Avec du sang sur les mains ( lecture le 5 janvier 2021)
Andrea Cort se trouve sur la planète du peuple Zinn, une espèce alien en voie d’extinction avec qui elle négocie l’acquisition d’un prisonnier. En effet, ces aliens souhaitent recevoir un tueur humain sur leur territoire afin de l’étudier et Andrea Cort doit s’assurer que tout est en ordre à ce niveau, que les mesures de sécurité seront bien respectées, etc.

Au tout début de la nouvelle, Andrea rencontre l’équivalent d’une enfant, Première Offerte (c’est son nom humanisé, la langue des zinns n’est pas aisément prononçable) avec qui elle a un échange oral a priori quelconque. En tant que lectrice, je n’ai pas tout de suite compris où l’auteur voulait en venir puisque, comme Andrea et le reste du corps diplomatique, je me suis laissée berner…. Jusqu’à comprendre. Et là, premier choc, première grosse claque qui arrive sur les ultimes lignes de la nouvelle. J’ai eu besoin de dormir dessus pour laisser ce texte s’imprégner de toute sa puissance et j’ai entamé la suite avec un peu de crainte. L’auteur réussirait-il vraiment à faire mieux que ça ? Une partie de moi a envie de tout dévoiler pour vous expliquer mais si vous ne devez lire qu’un seul texte, lisez celui là, qui en plus est proposé gratuitement par l’éditeur pendant une durée limitée, au format numérique.

Une défense infaillible (lecture le 6 janvier 2021)
Contrairement à la précédente, cette nouvelle propose d’une part, une alternance de point de vue entre Andrea Cort et Tasha Coombs (sur qui je vais revenir) mais également une narration à la première personne pour ce qui est d’Andrea. Tasha Coombs est un agent infiltré dans une administration qui transmet des informations secrètes aux ennemis de la Confédération. Tasha doit démasquer l’espion ou l’espionne et subit une agression alors qu’elle est sur le point d’y parvenir.

Une chance, elle portait un système qui la plonge dans une sorte d’illusion dont on ne peut pas la sortir sans un mot de passe, la rendant impossible à interroger pour l’ennemi. Une fois récupérée par son camp, toutefois, on se rend compte qu’elle a modifié son mot de passe à la dernière minute parce qu’apparemment, l’ennemi en aurait eu vent, et on sollicite l’aide d’Andrea Cort puisque l’image figée dans le cerveau de Tasha est un portrait d’Andrea…

C’est l’occasion de voir notre anti-héroïne interagir avec des collègues. Cela permet également de montrer pour quelle raison elle ne développe pas de relations sur un plan personnel. Si j’ai trouvé l’intrigue de la nouvelle plus classique et n’ai pas eu l’effet « wahou » du premier texte, j’ai tout de même apprécié cette lecture pour son amertume et sa conclusion.

Les lâches n’ont pas de secret (lecture le 7 janvier 2021)
Andrea est envoyée sur Caithiriin où un ancien membre du corps diplomatique a commis plusieurs vols et un meurtre. Selon les lois inter-espèces, il doit être jugé selon la justice Caithiriin et condamné à mort sauf qu’au sein de ce peuple, la peine de mort est particulièrement violente et douloureuse : le condamné est allongé, on met une planche sur lui ainsi qu’un récipient qu’on remplit d’eau et qui va petit à petit l’écraser. Certaines exécutions durent des jours et ça terrifie bien entendu l’accusé, Varrick, qui tente le tout pour le tout en révélant à Andrea que les Caiths possèdent une méthode alternative de punition qui consiste en une forme de reprogrammation pour empêcher tout crime d’être reconduit.

Andrea va donc enquêter pour comprendre d’une part pourquoi on n’a pas proposé cette solution à Varrick et d’autre part, pourquoi la plupart des Caiths choisissent la mort plutôt que cette reprogrammation. Le contenu de cette nouvelle est assez terrifiant sur ses implications judiciaires et sociales et fait vraiment froid dans le dos. Le texte contient également un retournement de situation très inattendu qui se résout un peu facilement à mon goût mais n’en reste pas moins intéressant.

Démons invisibles (lecture le 8 janvier 2021)
Comment confier un meurtrier à la justice quand l’espèce dont viennent ses victimes ne possède pas de système judiciaire ? C’est cette question que va devoir résoudre Andrea Cort dans cette nouvelle. Emil Sandburg a commis plusieurs meurtres sur des représentants d’une espèce avec laquelle un Premier Contact a eu lieu, sans résultat. Cette espèce existe sur une planète où il n’y a aucune prédation, elle n’est pas sensible à son environnement et ne semble même pas avoir conscience de la présence des différentes espèces extra-terrestres autour d’elle.

Dés lors, comment constituer un jury et nommer un juge au sein de cette espèce, comme l’exigent les lois interespèces ?

Démons invisibles est un texte très fin, intelligent et personnel également vis à vis du personnage d’Andrea, à l’instar du précédent. Quand on entame la lecture du roman, on se rend compte à quel point il va jouer un rôle important. J’ai beaucoup aimé la maitrise dont elle fait preuve pour trouver une astuce qui respecte les attentes de ses supérieurs, ce qui démontre une fois de plus et si c’était nécessaire, ses grandes capacités professionnelles.

D’autres avis : Au pays des cave trolls (nouvelles) – Apophis (nouvelles) – Les lectures du Maki ( pour Avec du sang sur les mains) – Lutin 82 (pour Avec du sang sur les mains, une défense infaillible, les lâches n’ont pas de secret, démons invisibles) – Gromovar – De l’autre côté des livres (nouvelles et roman)

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Retour à n’dau – Kij Johnson

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Retour à n’dau
est une novella écrite par l’autrice américaine Kij Johnson. Elle figure dans le Hors-série Une Heure Lumière 2020 du Bélial que vous pouvez obtenir gratuitement à l’achat de deux titres de la collection. Attention, les quantités sont limitées donc n’attendez plus !

Je précise que ce hors-série contient davantage que la novella. Comme chaque fois, il s’ouvre sur un petit mot d’Olivier Girard (le grand chef du Bélial, pour ceux qui l’ignorent 🙂 ) qui passe ensuite la parole aux traducteurs et aux traductrices de la collection UHL en leur demandant quel est leur rapport au format novella et quelles difficultés ils ont pu rencontrer dans la traduction de ce type de texte. J’ai trouvé ce dossier passionnant au point de lui consacrer un article réflexion qui arrivera bientôt sur le blog. Je ne vais donc pas m’étendre dessus ici.

Retour à n’dau est une novella que je peine à classer au sein d’un genre littéraire donc je vais laisser de plus érudits que moi s’en charger (coucou Apophis). L’intrigue se déroule sur une autre planète, nommée Ping. Son climat particulier oblige les gens à se déplacer en même temps que la planète tourne sur elle-même (si j’ai bien compris) au risque de mourir brûlé par le soleil. Comme les différents peuples sont en constant mouvement, la famille Winden au sein de laquelle vit Katia, la narratrice, ne connait pas grand chose des potentielles autres cultures. Ils vivent en group restreint à une famille, élèvent des chevaux et des chiens, sont nomades… Cela m’a directement évoqué, dans mon imaginaire, une tribu amérindienne mais j’ai lu sur d’autres chroniques qu’on effectuait plutôt un parallèle avec l’Asie, surtout la Mongolie. Je suppose que ça dépend de nos références.

Un jour, des étrangers arrivent pour s’emparer des chevaux de Katia et de son savoir de guérisseuse. Toute sa famille est tuée, sauf elle et sa nièce, qui deviennent prisonnières de ces envoyés d’un Empereur dont elles n’ont jamais entendu parler. L’Empire en question compte beaucoup sur les chevaux qui font partie intégrante de leur style de vie mais un mystérieux mal les ronge, les tue, mal qui semble épargner les chevaux de Katia.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et il m’a déconcerté -dans le bon sens. Je ne m’attendais pas aux évènements narrés tout comme je n’ai pas pu anticiper la fin. En peu de pages, l’autrice aborde des thèmes forts avec finesse et intelligence : comment se reconstruire après un drame ? Comment réadapter une société entière quand la base de sa culture disparait ? Remplacez les chevaux pour l’outil informatique par exemple et vous obtenez une très belle métaphore. C’est poétique, efficace, un vrai plaisir.

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Acadie – Dave Hutchinson

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Acadie
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur anglais Dave Hutchinson. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous le trouverez partout en librairie au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Duke est le Président malgré lui de la Colonie, une constellation d’habitats qui se cachent des autorités terriennes. La faute à Isabelle Potter, généticienne de génie qui a contrarié les mauvaises personnes. S’ils réussissent à passer entre les mailles du filet pendant cinq cents ans, la rancune de la Terre est tenace. Alors quand une sonde pénètre dans leur système, c’est le branlebas de combat.

Duke la malchance
Duke est le narrateur de cette histoire en plus d’être un personnage vraiment attachant. Il a du fuir la Terre un siècle plus tôt où il exerçait la profession d’avocat, ce après avoir révélé certaines malversations du client qu’il était supposée défendre. Son coup d’éclat a attiré sur lui l’attention de Connie, qui travaille pour Isabelle Potter.

Isabelle Potter est une généticienne de génie qui a eu le malheur de manipuler le génome humain alors même que de strictes lois le lui interdisait. Poursuivie comme une criminelle, elle s’est enfuie avec l’aide de plusieurs de ses anciens étudiants pour fonder cette colonie qu’elle espérait hors de portée de l’Agence. Le souci ? Pour couvrir sa fuite, elle a plus ou moins pris en otage un vaisseau colon où se trouvaient quarante milles individus en stase, individus avec lesquels elle a fondé sa propre colonie pour ceux qui le souhaitaient, renvoyant les autres chez eux.

Pour en revenir à Duke, il a rejoint bon gré mal gré cette Colonie et s’y plaisait plutôt bien jusqu’à ce qu’on l’élise à la Présidence. En effet, dans cette société un brin loufoque, on prend soin d’élire les personnes qui souhaitent le moins obtenir le pouvoir politique. En règle générale, les moins motivés mènent une campagne acharnée pour être disqualifié d’office mais cette fois là, Duke a un peu négligé l’histoire et le voilà à devoir gérer cette sonde qui débarque soudain dans leur système.

Duke n’a rien d’un génie, contrairement à la plupart des personnes qu’il fréquente sur la Colonie. C’est intéressant que l’histoire se déroule justement de son point de vue, celui d’un homme lambda qui n’a plus ou moins rien demandé à personne. Dave Hutchinson met si bien en place son personnage que les révélations finales sont complètement imprévisibles. Tout fonctionne parfaitement bien pour entretenir l’intérêt du lecteur jusqu’au bout.

Une science-fiction transhumaniste.
Pour celles et ceux qui l’ignorent, le transhumanisme est un courant de pensée qui dit que l’humain pourrait être amélioré grâce à la science, que ce soit sur un plan physique ou intellectuel. Je le précise parce que j’ai moi-même du chercher ce terme il y a un moment à force de le voir apparaître dans des chroniques et je me dis que ce n’est pas spécialement inutile. Bref, pour revenir au transhumanisme, ce texte s’inscrit très clairement dans cette vague puisqu’il est question de manipulation génétique et d’améliorations. Dave Hutchinson en parle à la fois d’un ton presque comique (les Écrivains -comme sont nommés ces généticiens- qui se modifient au point d’incarner des races de fantasy) qui gagne en sérieux à mesure que les révélations de l’intrigue s’enchaînent, jusqu’à un final glaçant et imprévisible. Je ne peux pas en dire davantage sans divulgâcher l’intrigue. Je me dois toutefois de préciser que la fin a fait passer ce texte de « moui c’est sympa » à « bin mince alors c’est dingue ! ». Donc laissez vous porter jusqu’au bout.

La conclusion de l’ombre :
Acadie est une novella de science-fiction transhumaniste au narrateur attachant et à l’intrigue maîtrisée. En peu de pages, l’auteur parvient à questionner pas mal d’éléments reliés au prisme du transhumanisme jusqu’à proposer un final inattendu. Encore un texte remarquable dans la collection une heure lumière du Bélial !

D’autres avis : Le culte d’ApophisFeydRautha – Gromovar – Les lectures du Maki – Célindanaé – Dionysos – Yuyine – Nevertwhere – Chien CritiqueLes chroniques du Chroniqueur – vous ?

Maki

Toute entrée est définitive – Vincent Mondiot

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Toute entrée est définitive
est le premier tome de Colonie Kitej écrit par l’auteur français Vincent Mondiot. Publié dans les Saisons de l’étrange, vous trouverez ce roman au prix de 15 euros.
Je remercie l’auteur pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Kitej, une colonie qui ressemble davantage à une prison dont les habitants rêvent de s’échapper pour retourner sur Terre. Un adolescent disparaît suite à une rumeur à ce sujet et c’est Guillermo qui va mener l’enquête. Guillermo est un modérateur incompétent. Une chance pour lui, son assistante Soraya est là pour l’aider…

La petite sœur mal élevée des Mondes-miroirs.
Voilà comment Vincent Mondiot m’a présenté ce nouveau roman cyberpunk qui a vu le jour dans la collection des saisons de l’étrange pas plus tard que la semaine dernière. Intriguée, je n’ai pas pu résister à l’envie de le découvrir et je dois avouer que je comprends mieux le sens de son propos.

Kitej est une colonie humaine construite sur plusieurs niveaux. Le crime y sévit, la place est limitée et la plupart des gens, relativement désespérés. L’action de Toute entrée est définitive se déroule entre les niveaux 0 et -1 (niveau qui, officiellement, n’existe pas) où le lecteur peut aisément ressentir toute l’étendue de la misère sociale qui sévit. Comme la police n’est pas franchement digne de confiance, une nouvelle classe de métier est apparue : celle de modérateur. Modérateur, en fait, c’est l’équivalent du vigilant dans les comics. Un justicier de l’ombre qui opère avec ou sans masque, dans l’illégalité, mais qui contribue à (essayer) de rendre la ville plus sûre. Guillermo Ortiz n’est pas vraiment le meilleur d’entre eux… Au contraire. Vincent Mondiot propose ici le personnage d’un gros raté comme on a rarement eu l’occasion d’en voir dans la littérature. Un homme profondément déprimé, un peu mythomane sur les bords, faussement égocentrique, vraiment pas doué et hyper flemmard pour ne rien arranger.

Sans la présence de son assistante Soraya, Guillermo aurait probablement fusionné avec son fauteuil et / ou sa télévision depuis des années. Soraya est une adolescente presque majeure qui se passionne pour l’informatique et essaie de se débrouiller dans la vie. Guillermo et elle ont un passé en commun dont le détail sera révélé dans l’avant dernier chapitre et qui a plutôt été une bonne surprise.

Si l’intrigue commence avec une disparition, elle va se complexifier et devenir vraiment surprenante à mesure qu’on avance. Le texte compte 160 pages et il s’en passe des choses en si peu de temps ! Le résumé évoque surtout Guillermo et Soraya mais ils ne sont pas les seuls personnages à avoir des chapitres de leur point de vue. Vincent Mondiot alterne assez brillamment les protagonistes en adaptant son style d’écriture à chacun d’eux, y ajoutant humour ou vulgarité quand le besoin s’en fait sentir.

Ce premier tome est prometteur et séduira les adeptes de cyberpunk comme ceux à la recherche d’une aventure explosive. L’ambiance globale reste assez sombre, assez sale, assez désenchantée. Si vous n’aimez pas cela ou que les bastons avec des flingues et plein d’explosions vous dérangent alors, passez votre chemin. Ce texte, je le vois bien adapté en série télévisée tant la plume de l’auteur est visuelle et ses personnages variés sur le spectre du badass (avec en tête Diane et tout au fond, Guillermo. Quoi que dans le genre raté, Diégo n’est pas mal non plus…). Une réussite, donc, très divertissante à lire !

La conclusion de l’ombre :
Toute entrée est définitive est le premier tome de Colonie Kitej et pose les bases d’un univers cyberpunk prometteur tout en proposant une enquête qui trouve sa résolution au sein de ce premier volume, permettant au lecteur de décider s’il veut ou non aller plus loin. Vincent Mondiot use de tout son talent pour varier les points de vue et les personnages qui vont du badass au looser, avec la verve qu’on lui connait. Cette première incursion à Kitej est une réussite pour moi et je ne peux que vous encourager à tenter l’aventure. Attention toutefois, si vous n’aimez pas quand ça explose de partout, mieux vaut passer votre chemin…

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Paradis – Mike Resnick

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Paradis
est le premier tome de l’Infernale Comédie, une trilogie écrite par l’auteur américain Mike Resnick. Publié chez ActuSF, vous trouverez ce premier tome au prix de 9.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

Un peu de contexte…
En mars 2016, ActuSF publiait pour la première fois l’Infernale Comédie en volume grand format, beau bébé au prix de 30 euros pour 680 pages quand même… Deux ans plus tard, juin 2018, l’Infernale Comédie débarque en poche dans la collection Hélios, en un seul volume de 752 pages à 14.5 euros. Ce volume est toujours noté comme disponible sur leur site
En 2020, la maison d’édition a décidé de couper cette trilogie en trois : Paradis, Purgatoire et Enfer, ce qui semble se justifier par le fait que chaque partie traite d’une planète différente, du moins si j’en crois la quatrième de couverture. Cette fois, chaque tome coûte 9.90 euros. Vous suivez toujours ? Bien. Cette chronique va donc traiter de Paradis, premier volume de cette trilogie.

De quoi ça parle ?
Matthew Breen prépare une thèse au sujet des cuirassés, ces animaux qui peuplaient la planète Péponi il y a encore une trentaine d’années et qui ont disparu à cause de la chasse. Pour cela, il rencontre August Hardwycke, un chasseur désormais âgé qui va lui raconter ses débuts sur la planète. Passionné par le sujet, Matthew va interviewer de plus en plus de témoins et relater, à travers ces différents témoignages, l’histoire de Péponi. 

Un récit particulier : témoignage et tranche de vie.
Le roman s’ouvre sur Matthew Breen qui rencontre Hardwycke alors que ce dernier n’a plus très longtemps à vivre. Le vieil homme se lance alors dans le récit de ce que fut sa vie, ce qui alterne les passages dans le passé et dans le présent puisqu’il y a d’un côté les souvenirs romancés et de l’autre, les échanges entre Matthew et August. Après le décès du chasseur, Matthew continue de s’intéresser à la planète et va rencontre de nouveaux personnages qui vont chacun apporter leur pierre à l’édifice de ses différents ouvrages, permettant de nuancer certaines informations et d’en ajouter d’autres pour densifier la fresque proposée par l’auteur. 

Et quelle fresque ! On y traite de nombreux sujets en commençant par l’écologie à travers la thématique de la chasse puis en discutant des soucis posés par la colonisation inconsidérée, la culture, l’économie, le développement technologique… Tout s’emboîte bien et le panorama dépeint par Mike Resnick est à la fois superbe et terrifiant. 

Roman SF ou historique ?
Ce roman se classe en science-fiction puisqu’il se déroule sur d’autres mondes, que l’espèce humaine colonise de nouvelles planètes, qu’on y trouve une technologie plus avancée qui se ressent notamment au niveau des armes et des moyens de transport entre les planètes. Mais outre cela, ce texte est surtout une allégorie de l’Histoire kényane comme l’explique la quatrième de couverture et ce que j’ai pu lire sur le sujet. Je ne m’y connais pas suffisamment au sujet de ce pays et de sa colonisation pour commenter la justesse avec laquelle l’auteur aborde ces éléments mais j’ai trouvé, personnellement, que c’était à la fois passionnant, terrifiant et très édifiant. Lire ce roman m’a donné envie de me renseigner davantage sur la situation du continent africain, dont on parle finalement assez peu dans les médias ou même dans nos écoles (alors même qu’il existe un fort passé colonial en Belgique avec notamment le Congo). Paradis a ainsi permis une grosse prise de conscience chez moi. Je ne regrette pas une seconde ma lecture.

La conclusion de l’ombre :
Ce premier tome de l’Infernale comédie fonctionne parfaitement bien. À mi-chemin entre le récit journalistique et de fiction, Mike Resnick livre à ses lecteurs une allégorie de l’histoire kényane absolument passionnante qui m’a permis de prendre conscience de mes lacunes dans certains domaines historiques. Une très belle réussite dont je me réjouis de lire la suite !

D’autres avis : GromovarL’ours inculte – vous ?

Cérès et Vesta – Greg Egan

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Cérès et Vesta
est une novella de science-fiction écrite par l’auteur australien Greg Egan. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte partout en librairie ou sur le site de l’éditeur au prix de 8.90 euros.

De quoi ça parle ?
Cérès et Vesta sont deux astéroïdes colonisés par l’Homme et aux échanges commerciaux étroits : la glace d’un côté, la roche de l’autre. Un beau jour, sur Cérès, un homme politique pointe du doigt les Sivadier, les accusant de « crimes » soi-disant commis par leurs ancêtres. Commence alors un apartheid que vont fuir beaucoup de vestiens, tournant définitivement le dos à leur planète d’origine, faisant d’eux des traitres. Jusqu’au jour où Vesta va réclamer l’un d’eux à Cérès…

Greg Egan & la hard-SF
Cérès et Vesta est le premier texte que je lis de cet auteur réputé pour écrire dans le genre Hard-SF. J’en ai toujours entendu beaucoup de bien et j’ai même acheté Axiomatique qui patiente gentiment dans ma liseuse depuis des mois. J’avais un peu peur du degré d’accessibilité pour une novice comme moi et je dois vous rassurer : tout est parfaitement compréhensible, même la page et demie qui explique de quelle manière s’y prennent les surfeurs pour traverser (qui a quand même son importance) reste intelligible. C’est donc, je pense, une bonne porte d’entrée pour se familiariser avec la plume de Greg Egan. Une porte d’entrée qui donne très envie de découvrir ses autres textes, tout en sachant que ceux-ci sont bien moins accessibles, je pense.

Discrimination
La discrimination est le point central de cette novella. Sur Vesta, une homme commence soudain à vouloir imposer à une partie de la population un impôt plus important en invoquant pour cela des actes commis par leurs ancêtres il y a bien longtemps. Les personnes qui descendent de ce groupe, les Sivadier, sont divisées à ce propos. Certaines préfèrent accepter cet impôt pour garantir leur tranquillité et leur sécurité là où d’autres s’y opposent par principe. Le lecteur va donc suivre Camille, l’une des résistantes qu’on voit quitter la planète au début du roman pour sauver sa vie.

Camille ne sera pas la seule narratrice de ce texte rédigé à la troisième personne. Le lecteur va également rencontrer Anna, qui dirige le spatioport de Cérès et va accueillir les réfugiés de Vesta. Cela permet de multiplier les points de vue et d’avoir la vision de chacun des astéroïdes, ce qui enrichit le propos.

Les parties de Camille se déroulent dans le passé et permettent d’expliciter la situation sur Vesta. On y voit l’apparition de cette improbable proposition de loi et l’apartheid qu’elle déclenche. Infirmière dans un hôpital, Camille va encaisser des menaces ainsi que le refus de patients de se laisser toucher par une descendante des Sivadier. La situation prend des proportions énormes en très peu de temps et n’est pas sans rappeler des morceaux de notre histoire pas si lointaine. La métaphore est puissante et fonctionne un peu trop bien, embarquant le lecteur dans le choix impossible d’Anna. Choix que je ne vais pas vous détailler puisque l’intrigue repose là-dessus. Sachez toutefois qu’on ne peut rester de marbre à la lecture du dernier chapitre.

Immigration
Le thème tristement actuel de l’immigration est également abordé en réponse à cette discrimination subie par les Sivadier sur Vesta. Il n’est en théorie pas permis de quitter la planète, les Sivadier doivent donc ruser et devenir des « surfeurs » c’est à dire s’accrocher à des cargaisons échangées entre Cérès et Vesta, se mettre en état de cryogénisation et réaliser ainsi le voyage qui dure assez longtemps (entre un et trois ans, je ne suis pas bien sûre).

Une fois arrivés sur Cérès, ils sont plutôt bien accueillis mais les échanges qu’a Anna avec l’une de ses amies permettent de réfléchir sur cette question de l’immigration et de s’interroger sur notre propre vision des choses. À nouveau, impossible de ne pas réaliser un parallèle avec notre histoire récente. Plus qu’une novella de science-fiction, ce texte est, à mon sens, une critique sociale qui oblige son lecteur à se poser les bonnes questions. J’ai vraiment été sensible à sa puissance signifiante.

La conclusion de l’ombre :
Cérès et Vesta est une novella de science-fiction qui parle d’immigration et de discrimination. En une centaine de pages à peine, Greg Egan parvient à écrire un texte choc et social qui ne peut pas laisser indifférent. Une nouvelle réussite à ajouter au palmarès du Bélial dans sa collection Une Heure Lumière !

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À l’ombre du (100e) Bifrost : je découvre la revue des mondes imaginaires !

Bonjour à tous et à toutes !

Si vous trainez un peu dans le coin ces derniers jours, vous savez probablement que je me suis abonnée à la fameuse revue Bifrost dont j’ai chroniqué les quatre nouvelles (ici et ). Mais le Bifrost ne se résume pas à un espace où découvrir des récits au format court ! Au fil des différents échanges que j’ai pu avoir avec certains blogpotes non familiers de la revue, j’ai pris conscience que si on connait son nom, on n’a pas forcément toujours une bonne idée de son contenu. Cet article s’adresse donc en priorité à celles et ceux qui aimeraient en apprendre plus à son sujet.

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Les nouvelles
Tout numéro du Bifrost, à l’exception du hors-série consacré à la bande-dessinée en science-fiction, contient au minimum une nouvelle. Dans ce numéro, il y en a quatre mais c’est déjà monté jusqu’à cinq si j’en crois mes quelques recherches sur le sujet. Ce centième opus étant consacré à Thomas Day, l’auteur y propose deux nouvelles dans des styles et des genres littéraires très différents. Je ne vais pas davantage détailler ici puisque je l’ai déjà fait dans deux autres articles précédents. Sachez juste que les deux autres auteurs qui ont participé sont Rich Larson et Catherine Dufour.

Les critiques littéraires.
Plusieurs pages sont consacrées à la critique des derniers romans récents parus en SFFF, francophone ou non. Plusieurs chroniqueurs se partagent la parole et vous en connaissez certains (Apophis, Feydrautha ou Stéphanie Chaptal pour ne citer que celles et ceux que je connais). C’est la partie qui m’a le moins intéressée puisque je suis déjà énormément de blogs et que j’avais entendu parler de la plupart des textes présentés quand je ne les avais pas chroniqué moi-même. Par contre, c’est une rubrique passionnante pour tout qui ne sois pas forcément l’actualité de la blogosphère. De plus, le format court de la critique est assez intéressant et nécessite un exercice de style que je salue bien bas.

Le dossier
Le dossier du 100e numéro était consacré à Thomas Day qui, comme vous le savez peut-être, porte de multiples casquettes (à la fois auteur et éditeur). Il se confie dans une interview qui permet de vraiment mieux cerner l’auteur mais aussi l’éditeur, son parcours, sa personnalité.
Et là, c’est l’instant anecdote…
Dernière édition de Trolls et Légendes, 2018 je pense ou 2019. Je venais de lire la voie du sabre et j’étais ravie d’apprendre que Thomas Day pourrait me la dédicacer lors du festival. Le truc c’est qu’en bonne tête de linotte, j’ai oublié mon bouquin chez moi. Je m’arrête donc près de lui pour le lui dire en souriant de ma bêtise, parce que je tenais quand même à lui exprimer de vive voix mon intérêt pour ses écrits. Étant autrice moi-même, je sais que ça fait plaisir à entendre. Sauf qu’on a à peine échangé deux mots parce qu’il m’a donné l’impression de l’ennuyer, de le déranger, de mal tomber quoi. Je n’en ai pas fait tout un plat parce que les salons, c’est parfois difficile pour le mental puis en tant qu’humain, on peut aussi se tromper sur ses interprétations des ressentis d’autrui. Mais j’en avais gardé un petit pincement au cœur malgré tout.
Grâce à cette interview, j’ai appris que Thomas Day souffre d’une forme d’autisme et que fréquenter d’autres gens est très difficile pour lui. Il prend beaucoup sur lui pour y parvenir, c’est un réel effort. Cela a donné un tout autre éclairage à notre première rencontre et me fait aussi remettre pas mal de choses en perspective. On a tendance à juger un auteur sur son œuvre et à oublier qu’il y a un humain derrière, ce qui peut mener à des qui pro quo désastreux comme ici. Enfin, désastreux, j’exagère un peu mais voilà.

Après cette plutôt longue interview accompagnée de plusieurs photographies d’archive qui retracent la vie de l’auteur depuis son enfance à aujourd’hui, le Bifrost propose un guide de lecture de l’œuvre (très dense !) de Thomas Day. Guide plutôt bienvenu au sein duquel j’ai repéré plusieurs titres intéressants comme l’école des assassins, le double corps du roi ou encore l’instinct de l’équarisseur. Le dossier se poursuit avec une autre interview, celle d’Ugo Bellagamba qui a coécrit avec lui le double corps du roi ainsi que l’école des assassins. J’ai trouvé intéressant d’avoir cet autre éclairage sur l’apport qu’a eu Thomas Day en tant qu’auteur mais également éditeur. C’était très édifiant.

Enfin, ce dossier se conclut sur une bibliographie de l’auteur qui m’éblouit et me terrifie à la fois : 13 romans, 7 recueils, 16 anthologies, 9 BD et 121 nouvelles… Et il a 48 ans. Stupéfiant non ?

Scientifiction
Si j’ai bien compris le principe de cette rubrique, il s’agit d’écrire un article sur la manière dont on utilise, en (science)fiction, un élément scientifique comme, ici, l’antimatière. Roland Lehoucq commence en parlant brièvement de l’origine de la découverte et du concept en lui-même puis en retrace l’histoire au sein de la littérature ou plus largement de la fiction peu importe le média. J’ai trouvé l’article très intéressant mais pour moi qui suis novice, il m’a fallu une bonne dose de concentration et quelques déductions peut-être hasardeuses pour bien tout comprendre. Pas grave, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et je sens que je vais beaucoup l’aimer, moi, cette rubrique.

Infodéfonce et vracanews
Ce numéro se conclut sur une petite rubrique reprenant ici les résultats de divers prix littéraires (le Hugo, le Rosny Aîné, notamment) et l’annonce du vote des lecteurs pour la meilleure nouvelle du Bifrost de cette année. Vote auquel je ne vais pas participer puisque je n’ai pu lire que celles contenues dans ce numéro ! Ça ne serait donc pas très juste.

La conclusion de l’ombre :
Je me suis longtemps tâtée à m’abonner ou non au Bifrost car je n’ai jamais été très portée sur les revues. Pourquoi sauter le pas ? Et bien, déjà, en partie grâce aux blogpotes qui en parlent et qui semblent très contents de leurs découvertes mais également parce que je suis curieuse de faire évoluer mon rapport à la littérature de l’imaginaire et de découvrir une nouvelle vision de celle-ci. Je me réjouis déjà de lire le prochain numéro !
D’ailleurs, si vous souhaitez vous abonner (au format papier ou numérique) c’est ici que ça se passe.

D’autres avis : AlbédoCélindanaé – vous ?

À l’ombre du (100e) Bifrost : Circuits de Rick Larson & des millénaires de silence nous attendent de Catherine Dufour.

Bonjour à tous !
Vous vous souvenez ? Je me suis abonnée au Bifrost récemment et j’ai très envie de partager avec vous mes découvertes et mon enthousiasme. Il s’agit donc du second article à ce sujet, le premier étant consacré aux deux nouvelles de Thomas Day. Attardons-nous à présent sur celles de Rich Larson et de Catherine Dufour.

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Circuits – Rich Larson
Date de lecture : 30 octobre 2020.
La nouvelle s’ouvre sur une description très photographique d’un paysage désertique et d’un train lancé dans sa course. Au sein de ce train se trouve Mu, qui est l’I.A. de la machine. Rich Larson n’a besoin que de quelques lignes pour instaurer une ambiance dérangeante, oppressante, sans que le lecteur n’arrive à mettre tout de suite le doigt sur ce qui cloche. En effet, les passagers ne réagissent pas aux sollicitations de Mu et la révélation tombe l’air de rien, au détour d’une phrase où on apprend que le train où Mu existe multiplie les trajets, en boucle, qu’elle en est à son 81 157e circuit. On imagine aisément qu’elle trouve le temps long… Jusqu’au moment où elle reçoit un signal qui va la sortir de sa monotonie.

La nouvelle compte seulement 8 pages de texte mais Rich Larson n’a pas besoin de davantage pour envoyer du lourd ni laisser une forte emprunte sur l’esprit de son lecteur. Le style est maîtrisé de bout en bout, pas la moindre fausse note. J’ai beaucoup apprécié cette mise en bouche et je pense me laisser tenter par son recueil qui vient de sortir au Bélial : la Fabrique des lendemains.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Des millénaires de silence nous attendent – Catherine Dufour.
Date de lecture : 31 octobre 2020
Cette nouvelle raconte deux histoires en parallèle : celle de Claude, une jeune femme qui commence subitement à grandir et celle de Caroline, une dame âgée qui commence à songer au suicide médicalement assisté. L’une comme l’autre subissent des pressions assez intenses de la part de leur proche et encaissent des réactions plutôt violentes face à ce qui peut leur arriver. Claude parce qu’elle n’est pas suffisamment féminine et que son corps, en grandissant, a tendance à se masculiniser. Sans compter que les médecins ne la croient pas quand elle affirme grandir. Ces changements vont entrainer Claude dans une spirale de rejets professionnels mais aussi personnels, de la part de ses parents par exemple qui pensent qu’elle change de genre alors que pas du tout. Ce n’est pas dit explicitement mais je l’ai compris comme ça.

Quant à Caroline, elle est vieille mais ne meurt pas suffisamment vite. Du coup, elle dépense son argent, elle ose s’offrir de nouveaux yeux pour plus de confort de vie, ce que son gendre qualifie de gâchis. Les repas de famille se font dans une ambiance assez tendue et son fils, qui la défendait auparavant contre les propos de ce désagréable gendre commence à se taire. On comprend alors la valeur d’une vie face à un potentiel héritage… Cette prise de conscience est sordide et instille efficacement un sentiment d’horreur, de révolte aussi.

Les réflexions adressées à l’une comme à l’autre ne peuvent que heurter. Catherine Dufour parle ici de la femme, des pressions qu’elles subissent quoi qu’elles fassent. Leurs deux histoires sont racontées en parallèle l’une de l’autre, en alternance, un petit bout pour chaque, jusqu’à finalement se rejoindre à la toute fin. Une fin… ma foi, plutôt belle qui m’a tiré un sourire satisfait. L’autrice n’a plus à démontrer son talent en matière d’écriture ni sa maîtrise pour le genre de la nouvelle. Une réussite ! Elle a également sorti un recueil de nouvelles (l’Arithmétique terrible de la misère) cette année au Bélial qui risque de finir dans ma PàL si tous les textes sont à la hauteur de celui-ci. Et, sincèrement, je n’en doute pas.

D’autres avis : L’épaule d’Orion – vous ?

Maki