Le roi disait que j’étais diable – Clara Dupont-Monod

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Le roi disait que j’étais diable
est un roman historique proposé par l’autrice française Clara Dupont-Monod. Publié chez le Livre de Poche, vous trouverez cet ouvrage au prix de 6.90 euros.

J’ai découvert cet ouvrage sur le blog les Mots de Mahault dont la chronique m’a vraiment donnée envie. On ne le remarque pas forcément au travers de mes articles mais j’adore les romans historiques. Du coup, je l’ai commandé à ma librairie et j’ai eu envie de le sortir de ma PàL ce dimanche.
Et oui, je l’ai lu d’une traite sur une matinée.

Ce texte raconte les quinze premières années du mariage entre Aliénor d’Aquitaine et Louis VII de France. Elle a dix sept ans à peine lorsqu’elle l’épouse et quitte son Sud chéri où elle est une reine à l’esprit guerrier, indépendant, pour épouser un « roi moine » qui tombe amoureux d’elle au premier regard. Grâce à une narration en « je » et des points de vue alternés, Clara Dupont-Monod propose une plongée dans la psyché de ces personnages historiques forts.

Tout les oppose et rien ne va les réunir. Il ne s’agit pas d’évoquer une histoire d’amour, si ce n’est l’amour d’Aliénor pour sa liberté et ses valeurs ou celui de Louis pour la religion et Dieu. Je me suis rapidement attachée à Aliénor, pleine de vie et de violence, là où Louis me donnait souvent envie de le secouer. Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine empathie pour ce roi perdu entre ses devoirs et son amour, sans arrêt repoussé, humilié…

L’écriture de l’autrice est soutenue mais accessible. Ses mots transpirent la poésie et permettent facilement l’immersion du lecteur dans son roman. D’ailleurs, il se lit d’une traite avec grande facilité et tout autant de plaisir.

Comme je l’ai dit, il s’agit d’un roman historique. Comme tout livre de ce genre, il contient une part de vérité et de fiction mais Clara Dupont-Monod me parait (si mes souvenirs de mes cours sont justes) respecter la plupart des évènements réels. Difficile, évidemment, de savoir si Louis a vraiment pris certaines décisions par amour, jalousie ou rage, ou si les pensées d’Aliénor envers la religion sont ou non une fiction mais pour tout le reste, ça colle à la chronologie soigneusement proposée par l’autrice à la fin du livre.

Pour résumer, le roi disait que j’étais diable est un roman historique assez court qui se lit d’une traite. Il emporte le lecteur dans une France moyenâgeuse habilement dépeinte aux côtés de personnages à la psychologie riche et aux tourments fascinants. La plume de l’autrice n’y est pas pour rien. Selon moi, ce livre est une réussite que je conseille sans hésiter aux adeptes du genre.

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Les Questions dangereuses – Lionel Davoust

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Les Questions dangereuses est un roman court proposé par l’auteur français Lionel Davoust. Quand je dis court, c’est court puisque ce texte comporte 55 pages au format numérique ! La version papier compte, quant à elle, 128 pages et est accompagnée d’un entretien de l’auteur réalisé par Nicolas Barret. Publié chez ActuSF pour une sortie le 3 Janvier 2019, Les Questions dangereuses est édité dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

L’intrigue se déroule en 1637 dans une France alternative. Nous suivons le mancequetaire Thésard de la Meulière, qui s’occupe de résoudre le meurtre odieux et sanguinaire du docteur Lacanne pendant l’enterrement d’un célèbre philosophe. Ce crime va le mener à affronter l’ennemi anglais mais aussi des Questions aux réponses trop vagues pour sa santé mentale…

J’ai lu ce texte court d’une traite, embarquée dans le style littéraire de l’auteur. Lionel Davoust s’inspire des maîtres classiques du roman de cape et d’épée, ce qui ne peut que faire mouche chez moi qui adore ce type de narration. On sent que l’auteur a lu beaucoup de cette littérature et qu’il l’aime puisqu’il la détourne avec habilité et maestria.

J’ai aussi été séduite par le concept. Ici, le fleuret et le mousquet sont remplacés par le Libram, livre d’énigmes propre à chaque mancequetaire. On se bat à la force des mots, en posant des Questions dont l’adversaire doit trouver la réponse au risque de subir des douleurs physiques importantes, voir de trouver la mort. La métaphore sur le pouvoir du verbal face à la violence brute est inspirée et bien maîtrisée. Et les énigmes sont vraiment tordues ! Bon, je n’ai jamais été très douée à ce jeu mais j’aurai fait une piètre mancequetaire.

On pourrait penser que, dans un texte aussi court, Lionel Davoust ne soigne pas ses personnages et propose une intrigue peut-être un peu bancale mais il n’en est rien. Si le déroulement reste assez classique (une enquête autour d’un meurtre), on ne s’ennuie pas un seul instant et le style particulier de narration permet aisément de dépeindre les personnages qui servent brillamment l’intrigue.

Dernier point fort et non des moindres, la quantité astronomique de clins d’œil tout au long du texte qui raviront les amateurs de littérature classique !

En bref, les Questions dangereuses est un texte court et inspiré à l’univers vraiment original. Mon seul regret? Qu’il n’ait pas fait l’objet d’un roman plus long car l’auteur nous met vraiment l’eau à la bouche avec ses idées, son concept et son héros. J’ai passé un excellent moment et je ne peux que vous recommander chaudement cette lecture.

#PLIB2019 Le Passageur #1 le Coq et l’Enfant – Andoryss

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Le premier tome du Passageur, intitulé « le Coq et l’Enfant », a été écrit par l’autrice française Andoryss. Publié aux éditions Lynks, ce tome est disponible partout au prix de 15.90 euros.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge, menu « automne frissonnant » catégorie « le fantôme de l’opéra » !
Ce livre a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9791097434151.
Je remercie Bleuenn de chez Lynks pour ce service presse ♥

Avant de vous parler du livre en lui-même, quelques mots sur l’objet. La couverture ne m’attirait pas du tout au départ et ce sont vraiment les articles d’autres blogueurs qui m’ont donné envie. Pas parce qu’elle est moche mais simplement parce qu’elle ne colle pas à mes goûts personnels. Pourtant, une fois l’objet entre mes mains, je dois avouer que j’ai apprécié l’aspect un peu ancien de la couverture, ce papier si particulier utilisé, un peu recyclé j’ai l’impression. On a le sentiment que la couverture est peinte sous nos doigts et les dorures légères du titre ressortent très bien. C’est un livre agréable à tenir en main et je tiens à saluer le travail de l’éditeur là-dessus.

Le Passageur est un roman au présent à la première personne qui raconte l’histoire de Matéo. Ce jeune adolescent Rom qui vit hors du camp avec le reste de sa famille subit un racisme quotidien et les brimades de son propre père, qui le tient pour responsable de la mort de sa mère et de sa sœur aînée. La situation de Matéo ne va pas en s’arrangeant quand il commence à voir des fantômes. Il comprend alors qu’il a hérité du pouvoir et de la charge de sa mère, celle de Passageur, un mot normalement féminin car seules les femmes sont supposées disposer d’un tel pouvoir. Contraint de lutter contre un trushal odji (une sorte d’âme en peine dévastatrice) Matéo va devoir voyager dans le passé, pendant la Commune de Paris, pour tenter d’aider l’âme en question avant que celle-ci ne le broie.

J’ai beaucoup de choses à dire sur ce roman et je vais essayer de ne pas m’éparpiller. Mon retour sur ce texte est globalement très positif !

Le premier élément remarquable, outre l’univers sur lequel je vais m’attarder plus loin, c’est le personnage de Matéo. La narration de l’autrice permet une immersion totale dans la vie et la psyché de ce jeune homme qui, personnellement, m’a beaucoup touchée. Il n’a pas eu une vie facile mais il ne se comporte ni comme une victime persécutée, ni comme un super-héros. Andoryss maîtrise bien sa psychologie, Matéo sonne « vrai », ses réactions sont très cohérentes et on ressent en lui les malaises profonds propres à l’adolescence. J’ai aimé la manière dont il évolue, petit à petit, sans changement trop radical toutefois. Il montre ses faiblesses, essaie de les dépasser, avec une force qu’il a parfois du mal à trouver. Il craque, comme tout le monde, mais pas dans l’excès non plus… L’équilibre est bien là.

Le second point fort du roman, c’est son univers. L’histoire se place dans la banlieue parisienne moderne ce qui permet à l’autrice de montrer des réalités sociales très actuelles. Le parallèle avec la Commune de Paris est, à mon sens, vraiment intelligent car on sent la critique sous-jacente et l’envie d’aider le lecteur à prendre conscience de certaines urgences qui forment notre quotidien, tout en restant subtile. Comme tous les romans de chez Lynks, celui-ci est indubitablement engagé sans pour autant sermonner le lecteur. Il lui prend la main et l’accompagne sur un chemin, à charge de celui qui lit d’adhérer ou non au propos.

Toujours dans l’univers, j’ai vraiment apprécié découvrir un pan plus méconnu de l’Histoire française. J’avais déjà entendu parler de la Commune à l’école mais comme le dit si bien le prof de Matéo, c’est une partie de l’Histoire sur laquelle on passe généralement très vite et en quelques mots seulement. Même en Belgique ! J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la répartie du prof, dans cette scène. Moi qui suis férue de cette matière, j’ai vraiment eu le sentiment de me trouver en pleine Commune avec Matéo, complètement immergée dans le texte. Les descriptions sonnent juste, l’horreur est dépeinte avec brio sans pour autant tomber dans le gore ou la facilité sanguinaire. Les mots de vocabulaire propres à l’époque sont présents juste assez pour qu’on s’y sente projetés.

Ce qui est aussi appréciable, c’est tout ce qui concerne les Roms. Ce peuple nomade est toujours mal considéré, même au 21e siècle. Pourtant, il joue un rôle central dans ce roman et les éléments culturels qu’Andoryss nous permet d’apprendre sont dignes d’intérêts. Je ne sais pas dans quelle mesure ils collent à la réalité mais dans la diégèse du roman, ils me paraissent très crédibles. L’exploitation d’un peuple généralement laissé de côté et la manière dont l’autrice présente son intrigue, ses personnages, m’a fait ressentir un message de tolérance. Ou plutôt, un appel à la tolérance puisque Matéo subit du racisme, du harcèlement, que ce soient d’adultes ou d’autres lycéens. Souvent, on ignore carrément son existence et parfois, on trouve aussi des gens pour passer outre. C’est un roman terriblement humain, terriblement réaliste aussi.

L’aspect fantastique de l’univers est inspiré et bien pensé. J’ai juste regretté un manque de réflexion sur l’aspect temps / espace et sa logique d’exécution, même si Matéo s’en étonne lui-même. C’est mon côté un peu tatillonne mais on met facilement ce détail de côté pour plonger dans l’intrigue.

Enfin, l’écriture d’Andoryss ne manque pas de poésie et de sensibilité. C’est un tour de force que de réussir à s’exprimer comme un adolescent tout en conservant un certain niveau dans la langue. Forcément, on retrouve quelques répétitions et tournures populaires qui déplairont aux puristes mais j’ai trouvé, personnellement, que ça se mariait bien au texte. Les mots nous tiennent en haleine et il est difficile de refermer ce livre tant les chapitres s’enchaînent avec une facilité déconcertante. À ce propos, j’en profite pour souligner le rythme du roman, que j’ai trouvé bien construit et maîtrisé.

Pour résumer, je ne peux que vous recommander la lecture de ce premier tome. Si vous aimez les romans fantastiques qui restent ancrés dans le réel, si vous aimez l’Histoire et si vous avez envie de suivre un personnage touchant, le Passageur est fait pour vous. J’ai passé un excellent moment et j’attends avec une grande impatience la sortie du second tome !

Palimpsestes #3 Anachronisme – Emmanuelle Nuncq

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Anachronisme
est le troisième tome de la trilogie fantastique Palimpsestes proposée par l’autrice française (mais résidente belge) Emmanuelle Nuncq. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 19.90 euros. Si cette saga vous intéresse, il existe également un pack comprenant les trois tomes.
Ce livre entre dans le challenge S4F3 organisé par Albédo.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge menu « Automne Ensorcelant » catégorie « Balai Pattes ! »

Palimpsestes est une trilogie fantastique, donc, sur le thème du voyage dans le temps qui se situe à la fin du 19e, début du 20e siècle. Dans le premier tome, nous suivons Clara et Samuel qui assistent à des évènements incroyables en plein milieu du Louvre: des scènes du passée surgissent de manière aléatoire depuis le début de l’exposition consacrée à Delphes. Clara, étudiante en art et Samuel, guide au musée, vont chercher à dénouer les fils de ce mystère. Le second tome nous en apprend davantage sur l’histoire de cette statue de la Pythie dont tout part et le troisième se concentre sur Louise, la fille de Clara, qui manifeste des pouvoirs semblables à ceux de la statue. Sa famille décide de garder le secret mais celui-ci éclate malgré tout, ce qui déchaine les passions. Autant du peuple que des politiciens qui ont tôt fait de monter la mission Kairos…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de parler de cette saga sur le blog puisque j’ai lu les deux autres tomes avant l’ouverture. Je garde du premier un souvenir assez agréable, une lecture détente pleine de références historiques. Et du second celui d’un roman de voyage qui m’a un peu rappelé des films d’aventure que j’aimais regarder plus jeune. Plus on avance dans la trilogie et plus le ton s’assombrit, ce qui n’est pas un mal en soi puisque les enjeux deviennent plus importants également. À mes yeux, la grande force de ce roman se situe dans l’amour qu’a l’autrice pour l’Histoire. Il se ressent à chaque page, à chaque référence, ce qui transforme Palimpsestes en œuvre très riche. Surtout aux yeux de ceux qui, comme moi, sont férus d’Histoire.

Un autre point positif, ce sont les personnages. Dans le premier tome, j’avais beaucoup apprécié le tempérament de Clara. Là où certains la trouvaient illogique et désagréable, je découvrais une femme forte qui sait ce qu’elle désire et qui aime profiter de la vie. Quand elle prend des décisions, elle assume et ce même si elle se pose toujours des questions. Emmanuelle Nuncq nous dépeint des femmes toutes en nuance qui sont assez réalistes, elle ose dire les choses au lieu de les magnifier bêtement. Cela trouve un écho en moi, en tant que personne.
L’héroïne de ce tome-ci ne fait pas exception. Louise est beaucoup plus naïve que sa mère, plus jeune aussi et plus sensible, pourtant elle est parvenue à me toucher. J’ai vraiment apprécié son évolution et les rapports qu’elle entretenait avec les différents membres d’équipage, ainsi qu’avec sa famille. Quant aux derniers chapitres… Je ne veux pas spoiler mais j’ai été touchée par les choix narratifs de l’autrice qui donnent à Palimpsestes un côté plus mâture et plus réaliste. Ça m’a vraiment beaucoup emballée et a rehaussé encore davantage mon attrait pour ce livre, lu (ou plutôt dévoré) en une journée.

L’intrigue bien ficelée quoi que prévisible par moment permettra aux lecteurs de se questionner sur tout un tas de thématiques propres à l’exploitation du voyage dans le temps (mais pas que). Si cela ne révolutionne pas le genre, Emmanuelle Nuncq dispose toutefois d’une sensibilité qui nous font prendre à cœur ces interrogations. Doit-on modifier l’Histoire si on en a la possibilité? L’être humain peut-il se contenter d’observer sans toucher? Qui a le droit de vivre ou de mourir? Qui sauverait-on si on le pouvait? Et quelles conséquences cela aurait? Comment la meilleure volonté du monde finit-elle pervertie de la sorte? Quelle est la place du savoir dans notre société? De la culture? J’ai trouvé ce troisième tome très engagé à ce niveau, ce que j’ai énormément apprécié puisque ce n’est pas si courant.

Pour résumer, Anachronisme conclut avec brio une trilogie qui va crescendo sur la thématique du voyage dans le temps. Les amoureux de l’Histoire y trouveront forcément leur compte ainsi que les adeptes du steampunk léger et des romans de voyage. Pour ne rien gâcher, l’autrice aborde énormément de thématiques liées à des questionnements culturels et sociaux qui raviront les lecteurs adeptes de textes plus engagés. J’ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Morgenstern et je recommande chaudement la lecture de cette trilogie.

Le Bâtard de Kosigan #3 Le marteau des sorcières – Fabien Cerutti

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Le marteau des sorcières
est le troisième tome de l’extraordinaire saga de fantasy historique, le Bâtard de Kosigan, écrite par l’auteur français Fabien Cerutti. Publié chez Mnémos, ce tome coûte, comme les deux précédents, 20 euros.
Ce roman entre dans le cadre du challenge S4F3 organisé par Albédo.

Le Bâtard de Kosigan est une série que je suis depuis sa sortie en 2015 où j’avais rencontré l’auteur aux Imaginales. J’ai été séduite par le concept et je découvre chaque tome avec le même plaisir. Je mets toujours un peu de temps à me lancer parce qu’il ne s’agit pas d’un livre à découvrir comme un simple divertissement. C’est une littérature plutôt dense, réservée à une certaine niche de lecteur de par son niveau (sur tout ce qui touche à l’Histoire notamment et au style de langage) mais bon sang ce que c’est bon, ce que c’est grand ♥ Comme je n’ai pas encore eu l’occasion de chroniquer ces romans sur le blog, je vais reprendre depuis le début.

Avant cela, petit mot sur le contenu du livre en terme d’annexes et de cartes. La maison d’édition a vraiment accordé un très grand soin à ces éléments en fournissant au lecteur des cartes des zones évoquées dans le roman, en rappelant certaines lettres évoquées dans ce tome, dans les annexes afin que le lecteur puisse facilement se rafraichir la mémoire mais aussi en proposant un rappel des différents personnages / fonctions. De même, on retrouve des précisions sur le système des heures et des mesures au Moyen-Âge, ce qui peut paraître anecdotique mais révèle surtout le soin que l’auteur et l’éditeur ont apporté à ce roman. Chapeau !

Nous suivons deux histoires parallèles et complémentaires. D’un côté, celle de Pierre Cordwain de Kosigan, le fameux bâtard, chef d’une compagnie de mercenaire dont nous lisons les pages de son journal écrit dans le courant du 14e siècle. D’un autre, celle de son descendant, Kergaël, qui découvre son ascendance grâce à l’envoi d’un mystérieux colis et dont on suit la correspondance avec ses amis et ses mentors, à la recherche de la vérité. En décryptant le journal du Bâtard, Kergaël se rend compte que son ancêtre évoque des peuples disparus, des mythes qui ne sont pas supposés exister et possède plusieurs dons magiques liés à la Source, des éléments dont on ne conserve aucune trace au 19e siècle. Aucune trace crédible, tout du moins, car qui croit encore à la magie à notre époque « éclairée » ? Petit à petit, Kergaël va pourtant commencer à y croire grâce à divers indices et au concours de son entourage. La question commence alors à se poser: et si quelqu’un, dans l’ombre, était parvenu à éradiquer les anciens peuples, les anciennes pratiques? Qui? Pourquoi? Voilà probablement LA plus grande question du récit.

Il ne s’agit pourtant pas uniquement d’une quête de la vérité. Une organisation secrète semble détenir des éléments importants et cherche à aider Kergaël là où une autre souhaite au contraire qu’il disparaisse. Dans ce tome, on en apprend davantage sur les deux, ce qui permet à l’intrigue d’avance. Pardonnez mon manque de détails mais vous connaissez ma politique anti-spoil. Quant au Bâtard, on le retrouve à Cologne, face au Cardinal de Las Casas, à la recherche du covent auquel sa mère a jadis appartenu, afin de trouver des réponses sur le sang noir qui coule dans ses veines.

La première chose à relever sur cette saga, c’est le grand soin qu’apporte l’auteur au traitement historique. Bien que passionnée d’histoire, je suis loin d’être une spécialiste mais il me semble que toutes les références qu’évoque Fabien Cerutti peuvent se vérifier au point que la théorie qui se dessine plus clairement dans ce tome parait presque… Plausible. En tout cas, j’ai commencé à me poser certaines questions ! J’ai trouvé ces passages et détails particulièrement fascinants. De plus, l’auteur soigne aussi son style d’écriture qui, bien que traduit dans un français du 19e siècle, sonne crédible et est parsemé de termes latins ou locaux qui donnent une touche de réalisme supplémentaire au récit.

Le personnage du Bâtard est très agréable à suivre. Ce n’est ni un saint, ni un monstre, mais bien un homme avec ses défauts et ses qualités, ses pulsions et ses désirs. Fabien Cerutti nous offre un héros tout en nuance auquel on s’attache immédiatement. Quant à son descendant, c’est parfois plus ardu pour une raison très simple: le choix du style épistolaire. Nous ne connaissons Kergaël qu’à travers ses lettres (et dans ce tome, ses coups de téléphone). Ces dernières regorgent de beaucoup de détails mais ça n’offre pas la même proximité qu’avec le Bâtard. Pourtant, ces intermèdes s’avèrent eux aussi très intéressants. Ils permettent de distiller à la fois action et suspens, pour maintenir l’intérêt du lecteur.

Je n’ai pas grand chose à reprocher à Fabien Cerutti, hormis sa très frustrante tendance au cliff-hanger ! Si j’avais eu le tome 4 sous la main, j’aurai enchainé ma lecture pour découvrir le fin mot de cette première partie.  Hélas, il va falloir attendre quelques semaines…

Pour résumer, ce troisième tome du Bâtard de Kosigan est une réussite. Fabien Cerutti brille par son talent littéraire et historique en offrant un roman passionnant qui ravira les adeptes du genre – dont je suis. Je recommande très chaudement cette saga à tous les lecteurs sensibles à l’Histoire et au surnaturel crédible, qui ont envie de s’offrir un grand moment de littérature.

Le dernier des yakuzas – Jake Adelstein

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Le dernier des yakuzas est le second livre de Jake Adelstein, journaliste américain qui a vécu la majeure partie de sa vie à Tokyo. Vous pouvez retrouver cet ouvrage chez Marchialy au prix de 21 euros. Il s’agit d’un mélange entre la biographie et le compte-rendu journalistique.

Plus tôt cette année, j’ai découvert Jake Adelstein grâce à Laure-Anne avec le livre Tokyo Vice, que j’avais adoré. J’ai tout autant aimé cet ouvrage-ci, que j’ai dévoré en quelques jours !

Le dernier des yakuzas, c’est principalement l’histoire de Saigo. À la fin de Tokyo Vice, Saigo accepte de devenir le garde du corps de Jake, qui a besoin de protection contre le Yamaguchi-Gumi suite à la publication d’un article compromettant sur Tadamasa Goto. En échange, Jake s’engage à écrire sa biographie tout en posant ses conditions: il ne compte pas embellir la vérité ou proposer un ouvrage pro yakuza, il écrira le bon comme le mauvais, une perspective qui convient à Saigo. Il commence donc à lui raconter sa vie, l’âge d’or des yakuzas, dans une grande fresque historique qui débute dans les années soixante pour aboutir à nos jours, en 2017 précisément.

Si cet ouvrage souffre de quelques soucis de traduction (via des tournures malheureuses et parfois un peu rudes qui sont, ceci dit, peut-être dues au style de l’auteur d’origine) il est d’une richesse incroyable et ravira tous ceux qui s’intéressent à la réalité du Japon moderne mais aussi à son histoire de manière plus générale. À travers 363 pages et des dizaines de chapitres courts, Jake Adelstein revient sur l’histoire des plus grands groupes criminels, les liens qu’ils entretiennent entre eux mais aussi avec la police, les politiciens et les affaires économiques. Grâce à la vie de Saigo, l’auteur nous dévoile énormément d’éléments sur les coutumes des yakuzas, des « vrais » ou qui se réclament comme tels, et j’ai trouvé cela passionnant. L’ouvrage est parsemé de diverses anecdotes qui prêteront parfois à sourire, surtout pour nous, occidentaux. Je pense notamment à la scène de la banque ou celle de l’école de police, qui tenaient du mythique.

J’ignore si le contenu de ce livre n’est pas trop romancé, trop enjolivé. J’ai envie de croire que non, parce que l’auteur est journaliste et j’ai foi en son sérieux professionnel. Peut-être que je me suis laissée manipuler par le personnage, peut-être que tout ça est bien vrai, il restera toujours un doute mais quoi qu’il en soit, le dernier des yakuzas mérite d’être lu par tous ceux qui s’intéressent un peu au Japon, à sa culture, à son histoire et qui seraient éventuellement passionnés par les groupes criminels. Les yakuzas sont à part et on les connaît bien mal… J’ai adoré chaque page de ce livre que je recommande très chaudement, de même que Tokyo Vice

#PLIB2019 Le Dieu Oiseau – Aurélie Wellenstein

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Le Dieu Oiseau est le dernier roman en date d’Aurélie Wellenstein publié chez Scrinéo. Vous retrouverez ce livre au prix de 16,90 euros en format papier. Il s’agit d’un one-shot un peu compliqué à classer, dans la veine du récit initiatique.
Ce roman a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9782367405827.

L’histoire se déroule sur une île que nous sommes bien en peine de situer géographiquement ou même temporellement (quelle époque? quel monde?). Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île, ils sont dix en tout. Après des épreuves de sélections, les dix finalistes doivent accomplir la Quête du dieu oiseau: trouver son île et ramener l’œuf d’or. Forcément, l’île en question n’est pas un lieu paisible sans aucun obstacle… Entre la mer déchainée, les bêtes féroces et les obstacles naturels, on se demande comment au moins l’un d’eux arrive à survivre à chaque coup. Le vainqueur assure la domination de son clan et fait subir aux vaincus la tradition du « Banquet », une journée orgiaque où tout est permis, même (et surtout) le pire. Lors du dernier banquet, Faolan a vu sa famille se faire massacrer et a été réduit en esclavage par Torok, le fils du chef victorieux. Quand la nouvelle compétition commence, il tient à y participer (c’est ouvert à chacun quelle que soit sa condition) mais son chemin sera semé d’embuches.

Sans vous faire languir davantage, j’ai passé un bon moment avec ce roman. Je le trouve bien écrit, rythmé et intéressant dans la mythologie mise en place. Sur 300 et quelques pages, Aurélie Wellenstein créée une société entière et nous la présente avec clarté, fluidité, sans jamais nous assommer avec trop d’informations.

Ce n’est pas un coup de cœur car, sur un plan personnel, j’ai un peu du mal avec les quêtes initiatiques et les ambiances « survival » mais c’est propre à moi. Cela ne m’empêche pas de trouver beaucoup de qualités à ce livre, notamment via le développement psychologique de Faolan.

Il était jeune quand il a vu ses parents, sa sœur et les membres de son clan subir un massacre difficilement supportable. Dix ans après, il en cauchemarde encore, traumatisé en plus de subir les fantaisies perverses (pour reprendre le terme de la quatrième de couverture) de Torok. L’auteure rend bien compte de ces éléments pour offrir un personnage plutôt crédible qui oscille entre désir de vengeance, traumatisme et syndrome de Stockholm. Torok, de son côté, aurait pu être l’archétype du sadique mais son comportement pousse Faolan (et le lecteur) à se poser beaucoup de questions à son sujet. Je trouve chaque personnage et la dynamique qui existe entre eux vraiment très réussie. C’est ce qui m’a le plus plu dans ce livre. J’aimerai en dire plus mais ça irait contre ma politique anti-spoil !

Ce roman est effectivement sombre et brutal comme annoncé sur la présentation du livre, mais j’ai trouvé le Roi des Fauves (de la même auteure, je vous remets le lien de ma chronique) beaucoup plus sale et violent que le Dieu Oiseau (qui l’est aussi notez). Je m’attendais à quelque chose d’encore plus difficile, qui me remuerait davantage les tripes que le Roi des Fauves mais ça n’a pas été le cas et je ressens peut-être une pointe de déception à cause de cela. Et de la fin aussi. Mais ça, bon, c’est moi.

Pourtant, je le répète, le Dieu Oiseau est un bon livre. Il plaira à un très large public (comme c’est déjà le cas si j’en juge les réseaux sociaux) surtout aux adeptes de survival qui apprécient les récits psychologiques sans censure sur la violence, et sans surexposition non plus. Un équilibre délicat trouvé avec brio par Aurélie Wellenstein. Je vous le recommande !