L’armée des veilleurs #2 les Forêts combattantes – Jérôme Nédélec

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Les Forêts combattantes
est le second tome de la trilogie l’armée des veilleurs écrit par l’auteur français Jérôme Nédélec et publié chez l’éditeur Stéphane Batigne dans la collection Tri Nox, spécialisée dans l’imaginaire breton. Vous trouverez ce roman au prix de 24 euros partout en librairie.
Je remercie l’auteur pour sa confiance et l’envoi de ce service presse.

Pour rappel, je vous ai déjà parlé du premier tome. Toutefois, cette chronique ne contient pas de spoilers donc vous pouvez la lire sans crainte afin de vous mettre l’eau à la bouche !

Les Forêts combattantes prend place directement après l’action du premier tome en l’an 890. L’un des narrateurs que nous connaissions déjà (et qui n’a toujours pas de nom mais se fait surnommer Broërec à un moment donné par un ennemi donc je vais l’appeler comme ça dans ma chronique pour plus de facilité) a été missionné en compagnie de son groupe par le futur roi Alan afin de trouver un mystérieux forgeron détenteur de secrets le rendant capable de forger des armes puissantes. Parallèlement à cette action, le lecteur suit les révélations du moine Fidweten qui les transmet dans un manuscrit au crépuscule de sa vie, narrant ainsi des évènements surprenants qui se sont déroulés 60 ans plus tôt. Surprenants mais utiles à la compréhension de ce qui se passe dans le présent.

J’ai retrouvé dans cette suite les qualités relevées dans le premier tome même si elle est beaucoup plus axée sur l’aspect politique de l’univers. L’auteur est très soigneux de son contexte historique et se documente assidument sur tous les aspects de l’univers : métiers, agricultures, guerre, etc. On trouve d’ailleurs à la fin de l’ouvrage une série de lexiques sur les mots bretons, les personnages historiques, les lieux cités, qui sont très enrichissants pour la culture générale du lecteur. Certains préfèreront des notes en bas de page ou une indication comme quoi le lexique se trouve à la fin. Personnellement, l’auteur m’avait envoyé le PDF en annexe pour faciliter ma lecture numérique mais je pense aux lecteurs qui ne sont pas prévenus, ça peut perdre. J’aurai également aimé avoir un résumé du premier tome au début de celui-ci, peut-être y penser pour le dernier ? Quand on lit une petite centaine de romans par an et autant de mangas, ce n’est pas toujours évident de replacer tout le monde. Encore moins au sein d’un texte aussi dense et recherché que celui de l’armée des veilleurs.

J’ai du coup apprécié retrouver un personnage connu avec son humour et sa verve si séduisante en la personne de Broërec. Mais… Et là se situe peut-être le seul vrai reproche que j’ai à adresser à l’auteur, les parties concernant le moine Fidweten deviennent vite agaçantes.

Non pas qu’elles soient inutiles ou inintéressantes, pas du tout. Au contraire, on en apprend beaucoup sur l’univers en lui-même mais aussi sur les connaissances de l’époque dans plusieurs domaines. Elles contiennent de nombreuses révélations pertinentes qui font avancer le fond de l’intrigue mais qui mettent un temps infini à arriver d’autant l’auteur coupe toujours au moment où ça devient palpitant. Il alterne chaque fois un point de vue au présent puis un chapitre dans le passé en tentant d’installer un suspens qui, s’il fonctionne bien au départ, devient rapidement lassant. J’ai eu du mal à comprendre le pourquoi de tous ces secrets fait au pauvre moine et pourquoi il s’obstine à rester en l’état actuel. Au bout du troisième « il est trop tôt pour t’en dire plus, désolé » j’ai levé les yeux au ciel en marmonnant pour contenir mon début d’agacement.

Outre ce souci, son choix de transmettre un résumé très complet et trop détaillé de ses aventures m’a posé un souci de cohérence car vu leur situation, une lettre accompagnant les documents anciens protégés par l’armée des veilleurs aurait eu le même effet autant sur le lecteur que sur les protagonistes. À la limite, vu la révélation finale, j’aurai compris qu’il souhaite s’épancher un peu mais j’ai du mal à imaginer qu’il écrive littéralement un roman (genre qui, si je ne me trompe pas, ne colle pas à l’époque du moins pas en l’état ni sous cette forme mais je laisse le soin aux spécialistes de juger si je m’égare) pour en arriver là. Sans compter qu’il s’adresse sans arrêt au lecteur de manière directe en lui demandant de patienter, sauf que ça finit par mettre la patience en question à rude épreuve. Si j’avais lu la version papier, j’aurai difficilement résisté à la tentation de sauter des chapitres pour en arriver au fait. Et quand on y arrive enfin, on n’est pas spécialement beaucoup plus avancé. À force d’endurer tout ce suspens, on en vient même à se dire: ah bon c’est… juste ça en fait ? La sauce monte un peu trop pour ce qu’on découvre au sein de ce tome et c’est dommage. Ça m’a semblé sortir un peu de nulle part bien que des liens apparaissent clairement avec des éléments du premier tome.

Je rappelle que ce sentiment est tout personnel. Ce que moi je considère comme un défaut plaira certainement à d’autres. Puis ça ne gâche en rien les mésaventures du pauvre Broërec. Voilà un personnage riche agréable à suivre dans une narration à la première personne pas trop mal maîtrisée. Il permet également de côtoyer de nouveaux protagonistes enthousiasmants comme la guerrière Hache qui, je l’espère, va prendre encore plus d’ampleur dans la suite. Voilà un personnage féminin bien fichu, chapeau. Vous la trouverez d’ailleurs représentée sur la couverture qui est plutôt sympathique.

On pourrait croire ma lecture en demi-teinte vu tout le laïus sur la partie concernant le moine mais ce n’est pas le cas. J’ai passé un bon moment avec ce roman et cet auteur de qualité qu’est Jérôme Nédélec. Je continue donc de vous conseiller cette saga qui possède de grandes forces malgré ses quelques faiblesses qu’on pardonne volontiers.

Pour résumer, si vous aimez la Bretagne, que le IXe siècle vous intéresse (c’est vrai qu’on en parle peu finalement dans les romans), que vous aimez le mélange historico-fantastique bien dosés et que vous cherchez un auteur rigoureux dans l’exploitation de son contexte historique tout en restant abordable même aux novices, alors ruez-vous d’urgence sur cette saga prévue en trois volumes. Vous ne le regretterez pas !

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Fantasy & Histoire(s) – actes du colloque des Imaginales 2018 sous la direction d’Anne Besson

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Fantasy & Histoire(s)
est un ouvrage scientifique sous la direction de la chercheuse universitaire Anne Besson. Publié chez ActuSF, vous le trouverez au prix de 24.90 euros au format papier.
Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour ce service presse.

Je parle assez peu de livres non-fiction sur le blog, je pense même qu’il s’agit du premier auquel je consacre un article entier. Il faut dire qu’il le vaut bien puisqu’il reprend les actes du premier colloque universitaire organisé lors du festival des Imaginales en 2018. Ce colloque était entièrement consacré au genre de la fantasy et aux rapports que celui-ci entretient avec l’Histoire. Croyez-moi, cette thématique est aussi vaste que plurielle. J’ai immédiatement été intéressée par cet ouvrage puisque l’année dernière, étant en stage en maison d’édition, je n’ai pu suivre aucune conférence alors que je suis passionnée par l’Histoire. Bref, tout ça pour dire que j’ai enfin pu rattraper mon retard et je ne remercierais jamais suffisamment ActuSF pour cette opportunité.

Quel beau travail, d’ailleurs ! L’objet livre est soigné, la couverture épurée mais évocatrice. L’intérieur est mis en page de manière à ce que la lecture soit agréable, l’interligne donne un sentiment aéré au texte, la division en différentes parties est aussi bien réfléchie. Bref, autant sur la forme que sur le fond, Fantasy & Histoire(s) est un petit bijou théorique à avoir chez soi pour tous les fans du genre.

Précision avant de nous lancer: Il est assez délicat de « chroniquer » cet ouvrage si bien que ce billet prendra davantage la forme d’une présentation et de quelques réflexions qui me sont venues durant ma lecture. Les articles suivis d’un « ♥ » sont ceux qui m’ont vraiment passionnée.

L’avant-propos présente le pourquoi de cet ouvrage et la préface d’Anne Besson apporte deux idées intéressantes. Déjà, l’utilisation du terme « histoire-fiction » pour qualifier le genre fantasy qui me parait d’une grande justesse et que j’ai très envie d’utiliser désormais même si j’ai conscience des problèmes de référencement que ça pourrait poser mais bon. C’est comme écrire autrice au lieu d’auteure, soit on choisit de s’engager avec la bonne féminisation du mot, soit on se contente du « e » et jamais rien ne change. D’ailleurs une bonne fois pour toute à ce sujet, lisez l’article édifiant d’Audrey Alwett.

Ensuite, une petite remarque pertinente de Mme Besson :

« (…) Ainsi, alors même qu’il s’agit d’un genre intensément nostalgique, tourné vers le passé et souvent soupçonné de s’y complaire, la fantasy accompagne les transformations du regard que nos sociétés portent sur le monde, et la façon dont elles relisent leur propre mémoire. »

Voilà, je pose ça là et je vous laisse y réfléchir.
Nous entrons dans le vif du sujet avec une table ronde animée par Stéphanie Nicot, avec Fabien Cerutti, Jean-Laurent Del Soccorro, Estelle Faye, Jean-Philippe Jaworski et Johan Heliot. On en apprend plus sur les différents textes des auteurs (sur ce que les auteurs pensent des complots politiques aussi, clin d’œil à Fabien Cerutti qui m’a fait mourir de rire sur sa remarque) et sur les raisons de leur choix d’un fond historique pour leur intrigue. C’est l’occasion de placer une belle citation d’Estelle Faye, qui m’a marquée :

« (…) me documenter sur la fin des empires m’a permis de me rendre compte qu’aussi bloquée que paraisse une situation, aussi puissant que paraisse un pouvoir, il y a toujours un moment où il finit par s’effondrer et en général d’une manière qu’il n’attendait absolument pas ; et ça, pour moi, c’est énormément porteur d’espoir. C’est cet espoir-là que j’essaie de partager avec mes lecteurs, face à ceux qui pensent que, dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut plus rien faire, que s’engager, ça ne sert plus à rien ou qu’essayer simplement de faire une petite différence, c’est perdu d’avance.»

On entre ensuite dans la première partie de l’ouvrage, intitulée « Pensées de l’histoire en fantasy » et qui comprend les conférences suivantes:
– Viviane Bergue, « Primhistoire, temporalité cyclique et chronologie linéaire : le temps de la Fantasy »
– Maureen Attali, « Du mythe à la fantasy. Enjeux historiographiques de la réécriture contemporaine de l’Énéide dans Lavinia d’Ursula K. Le Guin »
– Isabelle Pantin, « L’histoire au miroir de la légende dans l’œuvre de Tolkien »
– Noémie Budin, « Les Fées historiques, entre Histoire et fiction »
– Joanna Pavlevski-Malingre, « Une fée dans l’Histoire, Mélusine à la croisée des genres : chroniques historiques légendaires, roman historique merveilleux, fantasy historique »

Je n’ai rien de transcendant à dire au sujet de cette partie-ci. Les chercheuses évoquent la manière dont se construit l’Histoire au sein des diégèses, aux parallèles qui existent avec notre propre façon d’écrire cette histoire et comment on peut y ajouter des éléments surnaturels tout en gardant l’aspect crédible. En gros hein, il y a davantage que ça. J’avais déjà pas mal réfléchi sur le sujet dans le cadre de mes études donc je n’ai rien appris de vraiment neuf. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt de ces articles !

La seconde partie s’intitule « des univers inscrits dans le temps ». Elle contient les articles suivants :
– Florian Besson, « Sortir des Moyen Âge imaginaires : le rythme historique de la fantasy médiévaliste »
– Laura Muller-Thoma et Marie-Lucie Bougon, « Le pouvoir des mots : les personnages de conteurs et de bardes, ou comment la parole façonne la réalité » ♥
– Ewa Drab, « La (re)création de l’histoire dans la littérature fantasy d’expression polonaise »
– Marc Rolland, « E.R. Eddison et son inscription dans l’Histoire »
– Silène Edgar « L’Histoire dans l’histoire : chasse aux sorcières, contestation sociale et anti-fascisme dans Harry Potter » ♥

C’est la partie qui m’a le plus enthousiasmée car elle contient des articles passionnants qui font réfléchir notamment sur la figure du barde, la transmission orale et le moment charnière où on passe à l’écrit, la façon dont l’auteur se projette dans sa diégèse avec des personnages qui racontent eux-mêmes une histoire et évidemment, l’article qui parle des références politiques et morales placées par Rowling dans Harry Potter. J’ai lu cette partie quasiment d’une traite.

On arrive à la troisième partie, qui a un titre très accrocheur « la fantasy, revanche des oubliés de l’Histoire ? » mais qui, finalement, est surtout intéressante pour l’article consacré aux races orcs.
– William Blanc, « Progressisme ou Barbarie ? Les Orques dans l’histoire des univers de fantasy » ♥
– Caroline Duvezin-Caubet, « The Empire Writes Back : uchronie et steampunk postcolonial »
– Justine Breton, « “When you look at me, do you see a hero ?” : Game of Thrones ou la fantasy des évincés de l’histoire »

Enfin, dernière partie la plus enthousiasmante pour moi puisque intitulée « Histoire et imaginaire en jeu » (vu que je suis rôliste textuelle depuis plus de dix ans, tout ça) qui m’a surtout intéressée pour l’article sur Pirates des Caraïbes, ayant eu du mal à rentrer dans les deux derniers. La partie contient les articles suivants:
– Olivier Caïra, « Histoire et fantasy dans Pirates des Caraïbes »
– Laurent Di Filippo, « La mise en scène ludique de l’Histoire : l’époque viking comme cadre de jeu pour Advanced Dungeons and Dragons »
– Audrey Tuaillon-Demesy, « L’expérience ludique de l’histoire. L’exemple des combats en reconstitution historique »

L’ouvrage se termine sur une présentation des chercheurs ayant participé à la rédaction des articles du colloque.

Ce que je retiens de cette lecture? Avant tout une impression positive de voir que la fantasy gagne de plus en plus ses lettres de noblesse auprès des universitaires, même si la route reste longue. J’ai moi-même fait mes études et rédigé mon mémoire sur des sujets liés et ça me donne un vrai espoir pour l’évolution des études littéraires qui ont encore dix ans de retard sur beaucoup de sujets. Sans compter que j’ai découvert plusieurs textes très intéressants que je ne connaissais absolument pas et ça n’a pas fait du bien à la taille de ma wishlist.

Est-ce que je conseille pour autant cet ouvrage à tout le monde? Et bien oui ! Si réfléchir sur la fantasy vous intéresse, chaque article est accessible, peu importe votre degré de familiarité avec les textes universitaires. Les chercheurs écrivent dans un vocabulaire clair sans utiliser de tournures tarabiscotées. N’attendez plus !

La cour d’Onyx #1 Minuit jamais ne vienne – Marie Brennan

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Minuit jamais ne vienne est le premier tome de la saga La cour d’Onyx écrite par l’autrice américaine Marie Brennan. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez cet ouvrage au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Ce roman réécrit de manière imaginaire le règne de la reine Elisabeth Ière d’Angleterre. Il s’ouvre d’ailleurs avec elle, prisonnière dans la Tour de Londres, qui passe un pacte avec une mystérieuse fae prénommée Invidiana. Quelques années plus tard, Michael Denven arrive à la cour pour devenir protecteur de la reine mortelle pendant que Lune, courtisane déchue, tente de survivre aux pièges de la cour d’Onyx. Leurs destins vont inextricablement se lier quand ils découvriront certains secrets pourtant bien dissimulés.Des secrets qui les pousseront à vouloir destituer la reine.

Minuit jamais ne vienne est une fantasy historique bien documentée mais malheureusement pas trop à la portée des novices. Si, comme moi, vous êtes davantage familiers des détails de l’histoire de France alors vous allez lire ce roman en vous demandant à toutes les pages qui est qui et passer à côté d’une flopée de références qui sont sûrement ultra intéressantes quand on s’y connait. Le pire, c’est qu’on les ressent mais on devrait presque avoir un manuel de cours spécialisé à côté pour tout relever. Marie Brennan ne cherche pas à enseigner un morceau de l’histoire d’Angleterre, elle s’adresse plutôt à un public davantage érudit sur la question. À ce titre, pari réussi ! Elle s’y prend si bien que ça ne me surprendrait même pas d’apprendre qu’il y a un fond de vérité dans son roman. Malheureusement, ça m’a catapultée au rang de spectatrice du récit et m’a empêché de m’immerger.

Je ne juge pas cela comme un point spécialement négatif, une autrice a bien le droit de souhaiter viser un certain public. Hélas, il n’y a pas que pour l’aspect historique que Marie Brennan manque de pédagogie. Elle utilise tout un bestiaire faerique qu’elle décrit finalement très peu. J’ai réussi à plus ou moins m’y retrouver car je connais quelques éléments du folklore rattaché à l’univers mais elle évoque des créatures dont le nom même ne me disait rien, ce qui n’est pas un mince exploit… En les citant juste, sans un mot d’explication. J’aurai vraiment aimé qu’elle prenne davantage le temps de tout placer, de mieux décrire les différentes races pour brosser un panorama bien plus vivant de son matériel de base qui est pourtant si riche. Ce n’est qu’une fois arrivée à la fin que j’ai compris pour qu’elle raison elle ne l’avait pas fait.

Selon moi, du moins, c’est parce que ce roman, même si narré comme un roman, est en réalité une pièce de théâtre en cinq actes qui s’étale sur plusieurs années. Le texte se divise d’ailleurs comme tel avec des intitulés qui le prouvent. Des flashback s’y intercalent et je vous conseille d’être attentifs aux dates pour ne pas vous perdre dans les lignes narratives.

La narration, d’ailleurs, se divise majoritairement en deux points de vue. Celui de Michael Denven pour les humains et de Lune pour les Faes. Le premier appartient à la garde d’honneur de la reine Élisabeth et ambitionne de se faire un nom à la cour. Il va pour cela devoir flatter les bons egos sans y sacrifier son patriotisme. Lune, de son côté, essaie surtout de survivre à la cour d’Onyx sous le joug de la terrible Invidiana qui la disgracie par caprice. Les deux mondes sont rudes à leur façon mais celui des faes paraît encore pire. Chacun mène sa petite intrigue dans son coin, échafaude son petit complot pour servir ses intérêts ou ceux des plus grands. Les dialogues y sonnent comme des répliques de planche. Ce sentiment se renforce avec la narration, si contemplative qu’on pourrait croire que Marie Brennan a assisté à la pièce pour la retranscrire, sans penser que son lecteur n’était pas dans la salle avec elle et qu’il lui manque des clés pour tout décoder. Au final, heureusement qu’elle propose certains flash-back au lecteur pour lui permettre d’y voir plus clair dans tout ça bien qu’ils ne commencent à trouver leur sens qu’en arrivant dans le dernier quart du roman.

Notre amie Troll l’explique bien dans sa chronique, c’est une fantasy qui prend son temps pour plaire. Malheureusement, elle en a trop pris avec moi et j’avais à peine commencé à me passionner pour le contenu que la fin est arrivée pour me décevoir par son côté trop facile et trop niais. Une fin qui colle au genre théâtral en réalité mais pas à celui du roman de fantasy historique que j’attendais. L’intrigue mise en place par l’autrice ne manque pourtant pas d’envergure ou de complexité mais elle se résout avec des raccourcis narratifs assez dommageables pour la qualité globale du livre.

C’est frustrant parce qu’on sent que Marie Brennan est passionnée par son sujet et qu’elle s’investit dans ce qu’elle raconte. Je trouve aussi assez remarquable le fait de tenter une expérience littéraire en croisant les genres comme ceux-là, il fallait oser. La sauce n’a pas pris avec moi mais je ne doute pas une seconde que la cour d’Onyx a trouvé son public et continuera à le trouver. Je n’y appartiens simplement pas.

Pour résumer, Minuit jamais ne vienne est un premier tome assez contemplatif dans un genre bâtard à mi chemin entre le théâtre et le roman. Marie Brennan s’adresse à un public de connaisseur, autant sur le plan de l’Histoire anglaise que sur celui de la mythologie celtique, en manquant de pédagogie pour les novices qui auront du mal à s’y retrouver. Si je n’ai pas été séduite par cette lecture, je lui reconnais néanmoins des qualités qui me donnent envie d’en parler et de le recommander à un public un peu plus érudit que moi sur ces deux sujets.

Grand Siècle #3 la conquête de la Sphère – Johan Heliot

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La conquête de la Sphère est le troisième (et dernier) tome de la saga Grand Siècle écrite par l’auteur français Johan Heliot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce roman dans la collection Icare au prix de 19 euros.
Je remercie les éditions Mnémos et Nathalie pour ce service presse.
Ceci est ma 28e lecture (et dernière) pour le Printemps de l’Imaginaire francophone.

Honnêtement, je trouve toujours délicat de chroniquer un tome 3 sans, d’une part, se montrer redondant et de l’autre, spoiler des éléments entiers de l’intrigue. Je vais donc commencer par vous renvoyer à ma chronique du tome 1 et à celle du tome 2. Une partie de cette chronique sera surlignée de blanc, afin de dissimuler les éléments d’intrigue divulgués tout en fournissant à ceux qui le souhaite un retour complet doublé d’une certaine analyse. Pour les autres, ce sera un peu une chronique à trou et je m’en excuse.

La conquête de la Sphère, comme son nom l’indique, marque l’ultime mise en place du plan de l’Intelligence, arrivée sur Terre presque cinquante ans plus tôt. À l’instar des autres romans, celui-ci se déroule sur plusieurs années et continue de suivre les (més)aventures des enfants Caron, devenus adultes et même vieux pour certains. Pierre et Jeanne ont fuit Paris à la fin de l’envol du Soleil et se sont réfugiés en Bohème depuis quelques temps déjà quand le Pape pousse le Saint-Empire à lever une Sainte Coalition afin d’affronter le roi de France par l’entremise de son frère Philippe (quel personnage d’ailleurs !). Jeanne, Pierre et Stepan, qui va plus ou moins devenir leur fils adoptif, s’enrôlent donc pour ramasser les morts sur le champ de bataille. Du côté d’Estienne, après le meurtre de l’ancien amant de sa sœur (qui lui-même a tué Petit Pierre dans le tome précédent) il est enfermé dans une cellule par l’Intelligence qui a de grands projets pour lui. En effet, sa compatibilité d’esprit avec le Roi Louis fera d’Estienne un réceptacle efficace pour la copie du Roi qui souhaite accompagner l’Intelligence dans son exploration spatiale. Il retrouvera ainsi Martin, toujours officier sur le Soleil, malgré un momentané passage en soute pour le punir du meurtre d’un collègue. Estienne comme lui auront droit à des éclaircissements de la part de l’Intelligence sur les réels motifs de sa venue et de cet investissement envers l’espace. Enfin, Marie est contrainte de vendre sa fille (pour rappel, la bâtarde du Roi Louis) à une noble dame, ce qui offre à la petite Jeannette une vie plus belle, du moins jusqu’à ce que la guerre arrive aux portes de Paris. Marie, quant à elle, connaîtra un bien funeste destin.

Dans sa trilogie qui s’étend sur une cinquantaine d’années, Johan Heliot réussit avec brio l’évolution des différents protagonistes et parvient à passionner son lecteur pour chacun d’eux. Du même coup, il réfléchit intelligemment à l’évolution de son monde. Je vous parlais des éclairages effluviques et de l’appareil de luxovision dans le second tome, ils se démocratisent de plus en plus partout dans Paris jusqu’à devenir de véritables outils de propagande. Johan Heliot en profite pour pousser le lecteur à réfléchir à la place des médias dans notre propre société et à la nécessité d’un esprit critique affuté sans toutefois tomber dans le moralisme à deux ronds.

Et c’est ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet auteur. En plus d’être, selon moi, le maître de l’uchronie francophone, il parsème ses récits de réflexion philosophico-sociales au détour d’une remarque d’un personnage ou d’une situation inattendue. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Jeanne en vient à remettre en question la force de la plume face à l’épée, en nuançant cet utopisme presque naïf qu’elle avait dans les deux tomes précédents. Cela donne au récit un petit côté désabusé assez triste mais terriblement actuel et pertinent.

Quant à la fin… Quelle ironie, finalement ! J’ai ressenti une forme d’amertume pour Pierre, laissé en arrière face à son destin mais aussi un vrai plaisir à l’idée de cette Angleterre qui ouvre ses portes aux enfants Caron, permettant à Jeannette de développer ses prédispositions scientifiques. La fatalité voudra que, peu importe les manipulations de l’Histoire, l’impérialisme anglais trouve toujours un chemin, même en dehors des frontières terriennes. Ce qui ne manque pas d’intérêt, c’est également la réflexion développée sur la partie concernant le voyage dans l’espace, le sacrifice des hommes pour le plus grand bien, l’égoïsme de certains et ce final en demi-teinte. Johan Heliot prend ainsi le contrepied des séries bien pensantes en proposant une réflexion à la fois réaliste et positive de l’Humanité, à travers le regard de l’Intelligence.

J’aurai aimé dire davantage mais je ne vois pas l’utilité de me répéter ou de reprendre des morceaux entiers de mes précédentes chroniques dont les liens sont rappelés plus haut dans ce billet. Grand Siècle se caractérise par la constance de l’auteur qui fournit chaque fois un tome égal au précédent en terme de qualité, fourmillant d’idées aussi osées que plaisantes, avec un vrai fond et une plume délicieusement maîtrisée. Je suis ravie qu’un auteur ait eu l’idée et le culot d’écrire un roman de science-fiction qui prend place à l’époque de Louis XIV. Je salue l’initiative et félicite les éditions Mnémos d’avoir publié ce chef-d’œuvre dont je recommande la lecture à tous ceux qui n’ont pas peur des nouvelles expériences. Ça vaut le coup, pour autant qu’on garde l’esprit ouvert !

Le roi disait que j’étais diable – Clara Dupont-Monod

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Le roi disait que j’étais diable
est un roman historique proposé par l’autrice française Clara Dupont-Monod. Publié chez le Livre de Poche, vous trouverez cet ouvrage au prix de 6.90 euros.

J’ai découvert cet ouvrage sur le blog les Mots de Mahault dont la chronique m’a vraiment donnée envie. On ne le remarque pas forcément au travers de mes articles mais j’adore les romans historiques. Du coup, je l’ai commandé à ma librairie et j’ai eu envie de le sortir de ma PàL ce dimanche.
Et oui, je l’ai lu d’une traite sur une matinée.

Ce texte raconte les quinze premières années du mariage entre Aliénor d’Aquitaine et Louis VII de France. Elle a dix sept ans à peine lorsqu’elle l’épouse et quitte son Sud chéri où elle est une reine à l’esprit guerrier, indépendant, pour épouser un « roi moine » qui tombe amoureux d’elle au premier regard. Grâce à une narration en « je » et des points de vue alternés, Clara Dupont-Monod propose une plongée dans la psyché de ces personnages historiques forts.

Tout les oppose et rien ne va les réunir. Il ne s’agit pas d’évoquer une histoire d’amour, si ce n’est l’amour d’Aliénor pour sa liberté et ses valeurs ou celui de Louis pour la religion et Dieu. Je me suis rapidement attachée à Aliénor, pleine de vie et de violence, là où Louis me donnait souvent envie de le secouer. Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine empathie pour ce roi perdu entre ses devoirs et son amour, sans arrêt repoussé, humilié…

L’écriture de l’autrice est soutenue mais accessible. Ses mots transpirent la poésie et permettent facilement l’immersion du lecteur dans son roman. D’ailleurs, il se lit d’une traite avec grande facilité et tout autant de plaisir.

Comme je l’ai dit, il s’agit d’un roman historique. Comme tout livre de ce genre, il contient une part de vérité et de fiction mais Clara Dupont-Monod me parait (si mes souvenirs de mes cours sont justes) respecter la plupart des évènements réels. Difficile, évidemment, de savoir si Louis a vraiment pris certaines décisions par amour, jalousie ou rage, ou si les pensées d’Aliénor envers la religion sont ou non une fiction mais pour tout le reste, ça colle à la chronologie soigneusement proposée par l’autrice à la fin du livre.

Pour résumer, le roi disait que j’étais diable est un roman historique assez court qui se lit d’une traite. Il emporte le lecteur dans une France moyenâgeuse habilement dépeinte aux côtés de personnages à la psychologie riche et aux tourments fascinants. La plume de l’autrice n’y est pas pour rien. Selon moi, ce livre est une réussite que je conseille sans hésiter aux adeptes du genre.

Les Questions dangereuses – Lionel Davoust

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Les Questions dangereuses est un roman court proposé par l’auteur français Lionel Davoust. Quand je dis court, c’est court puisque ce texte comporte 55 pages au format numérique ! La version papier compte, quant à elle, 128 pages et est accompagnée d’un entretien de l’auteur réalisé par Nicolas Barret. Publié chez ActuSF pour une sortie le 3 Janvier 2019, Les Questions dangereuses est édité dans la collection Trois Souhaits.
Je remercie Samantha de chez ActuSF pour l’envoi de ce service presse.

L’intrigue se déroule en 1637 dans une France alternative. Nous suivons le mancequetaire Thésard de la Meulière, qui s’occupe de résoudre le meurtre odieux et sanguinaire du docteur Lacanne pendant l’enterrement d’un célèbre philosophe. Ce crime va le mener à affronter l’ennemi anglais mais aussi des Questions aux réponses trop vagues pour sa santé mentale…

J’ai lu ce texte court d’une traite, embarquée dans le style littéraire de l’auteur. Lionel Davoust s’inspire des maîtres classiques du roman de cape et d’épée, ce qui ne peut que faire mouche chez moi qui adore ce type de narration. On sent que l’auteur a lu beaucoup de cette littérature et qu’il l’aime puisqu’il la détourne avec habilité et maestria.

J’ai aussi été séduite par le concept. Ici, le fleuret et le mousquet sont remplacés par le Libram, livre d’énigmes propre à chaque mancequetaire. On se bat à la force des mots, en posant des Questions dont l’adversaire doit trouver la réponse au risque de subir des douleurs physiques importantes, voir de trouver la mort. La métaphore sur le pouvoir du verbal face à la violence brute est inspirée et bien maîtrisée. Et les énigmes sont vraiment tordues ! Bon, je n’ai jamais été très douée à ce jeu mais j’aurai fait une piètre mancequetaire.

On pourrait penser que, dans un texte aussi court, Lionel Davoust ne soigne pas ses personnages et propose une intrigue peut-être un peu bancale mais il n’en est rien. Si le déroulement reste assez classique (une enquête autour d’un meurtre), on ne s’ennuie pas un seul instant et le style particulier de narration permet aisément de dépeindre les personnages qui servent brillamment l’intrigue.

Dernier point fort et non des moindres, la quantité astronomique de clins d’œil tout au long du texte qui raviront les amateurs de littérature classique !

En bref, les Questions dangereuses est un texte court et inspiré à l’univers vraiment original. Mon seul regret? Qu’il n’ait pas fait l’objet d’un roman plus long car l’auteur nous met vraiment l’eau à la bouche avec ses idées, son concept et son héros. J’ai passé un excellent moment et je ne peux que vous recommander chaudement cette lecture.

#PLIB2019 Le Passageur #1 le Coq et l’Enfant – Andoryss

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Le premier tome du Passageur, intitulé « le Coq et l’Enfant », a été écrit par l’autrice française Andoryss. Publié aux éditions Lynks, ce tome est disponible partout au prix de 15.90 euros.
Ce livre entre dans le Pumpkin Autumn Challenge, menu « automne frissonnant » catégorie « le fantôme de l’opéra » !
Ce livre a été sélectionné pour le #PLIB2019. #ISBN9791097434151.
Je remercie Bleuenn de chez Lynks pour ce service presse ♥

Avant de vous parler du livre en lui-même, quelques mots sur l’objet. La couverture ne m’attirait pas du tout au départ et ce sont vraiment les articles d’autres blogueurs qui m’ont donné envie. Pas parce qu’elle est moche mais simplement parce qu’elle ne colle pas à mes goûts personnels. Pourtant, une fois l’objet entre mes mains, je dois avouer que j’ai apprécié l’aspect un peu ancien de la couverture, ce papier si particulier utilisé, un peu recyclé j’ai l’impression. On a le sentiment que la couverture est peinte sous nos doigts et les dorures légères du titre ressortent très bien. C’est un livre agréable à tenir en main et je tiens à saluer le travail de l’éditeur là-dessus.

Le Passageur est un roman au présent à la première personne qui raconte l’histoire de Matéo. Ce jeune adolescent Rom qui vit hors du camp avec le reste de sa famille subit un racisme quotidien et les brimades de son propre père, qui le tient pour responsable de la mort de sa mère et de sa sœur aînée. La situation de Matéo ne va pas en s’arrangeant quand il commence à voir des fantômes. Il comprend alors qu’il a hérité du pouvoir et de la charge de sa mère, celle de Passageur, un mot normalement féminin car seules les femmes sont supposées disposer d’un tel pouvoir. Contraint de lutter contre un trushal odji (une sorte d’âme en peine dévastatrice) Matéo va devoir voyager dans le passé, pendant la Commune de Paris, pour tenter d’aider l’âme en question avant que celle-ci ne le broie.

J’ai beaucoup de choses à dire sur ce roman et je vais essayer de ne pas m’éparpiller. Mon retour sur ce texte est globalement très positif !

Le premier élément remarquable, outre l’univers sur lequel je vais m’attarder plus loin, c’est le personnage de Matéo. La narration de l’autrice permet une immersion totale dans la vie et la psyché de ce jeune homme qui, personnellement, m’a beaucoup touchée. Il n’a pas eu une vie facile mais il ne se comporte ni comme une victime persécutée, ni comme un super-héros. Andoryss maîtrise bien sa psychologie, Matéo sonne « vrai », ses réactions sont très cohérentes et on ressent en lui les malaises profonds propres à l’adolescence. J’ai aimé la manière dont il évolue, petit à petit, sans changement trop radical toutefois. Il montre ses faiblesses, essaie de les dépasser, avec une force qu’il a parfois du mal à trouver. Il craque, comme tout le monde, mais pas dans l’excès non plus… L’équilibre est bien là.

Le second point fort du roman, c’est son univers. L’histoire se place dans la banlieue parisienne moderne ce qui permet à l’autrice de montrer des réalités sociales très actuelles. Le parallèle avec la Commune de Paris est, à mon sens, vraiment intelligent car on sent la critique sous-jacente et l’envie d’aider le lecteur à prendre conscience de certaines urgences qui forment notre quotidien, tout en restant subtile. Comme tous les romans de chez Lynks, celui-ci est indubitablement engagé sans pour autant sermonner le lecteur. Il lui prend la main et l’accompagne sur un chemin, à charge de celui qui lit d’adhérer ou non au propos.

Toujours dans l’univers, j’ai vraiment apprécié découvrir un pan plus méconnu de l’Histoire française. J’avais déjà entendu parler de la Commune à l’école mais comme le dit si bien le prof de Matéo, c’est une partie de l’Histoire sur laquelle on passe généralement très vite et en quelques mots seulement. Même en Belgique ! J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la répartie du prof, dans cette scène. Moi qui suis férue de cette matière, j’ai vraiment eu le sentiment de me trouver en pleine Commune avec Matéo, complètement immergée dans le texte. Les descriptions sonnent juste, l’horreur est dépeinte avec brio sans pour autant tomber dans le gore ou la facilité sanguinaire. Les mots de vocabulaire propres à l’époque sont présents juste assez pour qu’on s’y sente projetés.

Ce qui est aussi appréciable, c’est tout ce qui concerne les Roms. Ce peuple nomade est toujours mal considéré, même au 21e siècle. Pourtant, il joue un rôle central dans ce roman et les éléments culturels qu’Andoryss nous permet d’apprendre sont dignes d’intérêts. Je ne sais pas dans quelle mesure ils collent à la réalité mais dans la diégèse du roman, ils me paraissent très crédibles. L’exploitation d’un peuple généralement laissé de côté et la manière dont l’autrice présente son intrigue, ses personnages, m’a fait ressentir un message de tolérance. Ou plutôt, un appel à la tolérance puisque Matéo subit du racisme, du harcèlement, que ce soient d’adultes ou d’autres lycéens. Souvent, on ignore carrément son existence et parfois, on trouve aussi des gens pour passer outre. C’est un roman terriblement humain, terriblement réaliste aussi.

L’aspect fantastique de l’univers est inspiré et bien pensé. J’ai juste regretté un manque de réflexion sur l’aspect temps / espace et sa logique d’exécution, même si Matéo s’en étonne lui-même. C’est mon côté un peu tatillonne mais on met facilement ce détail de côté pour plonger dans l’intrigue.

Enfin, l’écriture d’Andoryss ne manque pas de poésie et de sensibilité. C’est un tour de force que de réussir à s’exprimer comme un adolescent tout en conservant un certain niveau dans la langue. Forcément, on retrouve quelques répétitions et tournures populaires qui déplairont aux puristes mais j’ai trouvé, personnellement, que ça se mariait bien au texte. Les mots nous tiennent en haleine et il est difficile de refermer ce livre tant les chapitres s’enchaînent avec une facilité déconcertante. À ce propos, j’en profite pour souligner le rythme du roman, que j’ai trouvé bien construit et maîtrisé.

Pour résumer, je ne peux que vous recommander la lecture de ce premier tome. Si vous aimez les romans fantastiques qui restent ancrés dans le réel, si vous aimez l’Histoire et si vous avez envie de suivre un personnage touchant, le Passageur est fait pour vous. J’ai passé un excellent moment et j’attends avec une grande impatience la sortie du second tome !