9 (anthologie)

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9
est la dernière anthologie en date des éditions du Chat Noir, sortie pour fêter leur 9e année d’existence. Vous pourrez la trouver uniquement au format papier sur le site de l’éditeur, au prix de 14.90 euros.

Au sommaire :
La justice des ogres de Jérôme Akkouche
La 9e symphonie de Mathilde Verboz
Les larmes du Kyubiko d’Émilie Malherbe
La maison des Gabory de Clémence Godefroy
Le pendu de Sophie Abonnenc
Nine de Jean Vigne
Kaibyo de Céline Chevet
Neuf jours pour l’enfer d’Aiden R. Martin
Les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kist

L’anthologie est dirigée par Mathieu Guibé.

Le principe de l’anthologie est de ressembler neuf texte autour de la thématique du chiffre neuf. On a donc des histoires très diverses avec un peu d’imaginaire à chaque fois, des imaginaires venus du monde entier, des mythologies japonaises et nordiques, de la musique, de l’historique, de la magie orientale… L’avantage, c’est la diversité. Aucun texte ne ressemble à un autre et j’ai trouvé intéressant de voir comment les auteur.ices ont décidé d’exploiter ce thème.

Toutefois, je dois dire qu’à mon goût, deux nouvelles se détachent clairement du lot, à savoir les deux dernières même si celle de Céline Chevet amorce déjà cette fin en apothéose.

La première est donc Neuf jours pour l’enfer où Aiden R. Martin raconte l’histoire de Jane Grey, la reine des neuf jours qui a précédé bien malgré elle le règne de Marie Tudor en Angleterre à la fin du 16e siècle. Le lecteur suit son parcours, le complot dans lequel elle se retrouve embarquée par sa famille et les conséquences de tout cela sur sa vie. La nouvelle se déroule sur plusieurs années et est écrite à la première personne, avec Jane en guise de narratrice avec des alternances entre le passé et le présent, ce qui donne des scènes courtes mais percutantes. Au moment des faits, Jane n’a que dix-sept ans et vu trop de choses dans sa courte vie… Le grand atout de ce texte réside dans la plume de l’auteur, immersive et détonante. Il s’agit en plus de sa toute première publication ! Un beau succès, je vais surveiller sa carrière de près.

La seconde est, sans trop de surprise je crois, les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kiste à qui on doit également le roman Filles de rouille paru aux éditions du Chat Noir l’année dernière, dont j’ai déjà eu le plaisir de parler. Il s’agit d’une visite guidée d’un lieu mystérieux où se trouvent neuf fantômes, qu’un.e narrateur.ice nous décrit à l’imagine d’un.e guide de foire ou de lieu culturel fantastico-gothique. C’est très original et bien mené, l’autrice n’a besoin que de quelques pages pour développer son idée, simple mais efficace. Le meilleur, cette fois-ci, se trouvait effectivement à la fin ! J’ai dévoré ce texte et je me réjouis de lire d’autres romans de cette autrice.

La conclusion de l’ombre : 
L’anthologie 9 des éditions du Chat Noir marque l’anniversaire de la maison d’édition et se compose de neuf nouvelles, chacune tournant autour du chiffre 9. C’était la seule consigne de l’éditeur et ça a donné des textes très diversifiés, proposés par des auteur.ices débutant.es ou non. Pour un prix plus que modique (moins de 15 euros !), on retrouve un ouvrage intéressant qui vaut le coup d’œil.

D’autres avis : pas encore, du moins à ma connaissance.

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#S4F3 : 16e lecture

Yellow Jessamine, secrets empoisonnés – Caitlin Starling

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Yellow Jessamine, secrets empoisonnés
est une novella de fantasy gothique écrite par l’autrice américaine Caitlin Starling et traduite par Hélène Mathis. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce texte sur leur site internet au prix de 14.90 euros.

Cette novella traine depuis début d’année (moment de sa sortie) dans ma PàL sans que je puisse expliquer pour quelle raison j’ai attendu autant pour l’en tirer. Je le regrette après coup car il rejoint le rang des pépites dénichées par les éditions du Chat Noir dans la littérature anglosaxonne. On peut dire que l’éditrice a un sacré flair là-dessus car il est très rare (bien que ce soit déjà arrivé) que je sois déçue par l’une de leurs traductions.

De quoi ça parle ?
Lady Evelyn Perdanu dirige une société de transport maritime depuis la ville fictive de Delphinium (qui est le nom d’une plante, la boucle est bouclée !). La cité subit un blocus suite à une révolution au sein de l’Empire, ce qui l’isole de plus en plus. Pour ne rien arranger, une étrange maladie se répand, plongeant les personnes atteintes dans une étrange catatonie. Pour plusieurs raisons, Evelyn est certaine d’être liée à cette épidémie et tente de s’en protéger en s’enfermant dans son manoir où elle étouffe sous le poids de ses secrets.

Une fantasy gothique de haute volée.
Voilà un moment que je n’avais pas eu l’occasion de lire un texte gothique aussi bien maîtrisé. Il ne faut que quelques pages à l’autrice pour poser une ambiance sombre et angoissante, qui titillera les instincts claustrophobes des lecteurices les plus sensibles. Cette ambiance est la plus grande force de ce texte selon moi car on sent l’inévitable se rapprocher à chaque inspiration, à l’instar d’Evelyn qui sent la Mort venir et tente par tous les moyens de la repousser. Le lecteur s’interroge alors : qu’est-ce qui tient du réel ? Qu’est-ce qui tient de la paranoïa d’Evelyn ? Et qu’est-ce qui appartient véritablement au registre du surnaturel ? Car l’un des trois mots apparaissant sur la quatrième de couverture pour décrire ce roman est « folie » et on peut dire qu’elle prend en effet une ampleur considérable à mesure qu’on tourne les dernières pages…

Pour vous donner une idée, la novella s’ouvre sur un navire en train de brûler au large de la ville, après que des cas de peste s’y soient déclarés. Evelyn est alors appelée au port car il s’avère que le Vérité, l’un de ses propres navires, subit aussi les assauts d’une étrange maladie. Le ton est donné dés les premières lignes !

L’autre grande force de Yellow Jessamine est justement ce personnage d’Evelyn Perdanu, devenue héritière de cette compagnie maritime par la force des choses (tous les membres de sa famille meurent mystérieusement les uns après les autres) et spécialiste en botanique. Cette compétence lui permet de préparer des remèdes comme des poisons. Toute vêtue de noir, elle porte le voile du deuil depuis plus de vingt ans et n’a rien d’une héroïne classique. Deux facettes s’affrontent en elle : d’un côté son visage public, froid et digne, qui inspire une forme de respect pervertie par la crainte car son aide se révèle à double tranchant. De l’autre, c’est une personne fragile qui aspire simplement à être aimée, comprise, une attention que lui donne Violetta, son assistante. J’ai trouvé leur relation tragique et touchante, c’est la première fois depuis longtemps que je suis un duo uniquement féminin où aucun homme ne se mêle de leur dynamique. C’est rafraichissant. Bien évidemment, de nombreux secrets, sombres et empoisonnés, tournent autour de ce personnage, justifiant le sous-titre évocateur de la novella.

Pour ne rien gâcher, l’objet livre est, comme toujours, soigné. La couverture est identique à la version originale et on comprend pourquoi en lisant Yellow Jessamine. J’ai rarement vu une illustration coller à ce point au contenu ! Quant à l’intérieur, on reste sur une mise en page plus classique mais on retrouve tout de même quelques plantes illustrées, comme dans un livre de botanique. Des plantes, évidemment, liées à l’intrigue…

Tous ces éléments et d’autres que je vais taire pour ne pas gâcher votre lecture font de Yellow Jessamine une pépite dans le genre gothique que je recommande plus que chaudement.

D’autres avis : Livraisons LittérairesZoé prend la plume – vous ?

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#S4F3s7 : 4e lecture

Bénies soient vos entrailles – Marianne Stern

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Bénies soient vos entrailles
est un one-shot fantastico-gothique écrit par l’autrice française Marianne Stern. Publié aux éditions du Chat Noir, vous trouverez ce roman au prix de 19.90 euros. Je vous encourage à le commander par leur site Internet pour les soutenir pendant cette période difficile pour le milieu du livre !
Je remercie Mathieu et les éditions du Chat Noir pour ce service presse.

Avant d’aller plus loin sachez que ce roman est inspiré du recueil de nouvelles les Chroniques d’Oakwood publié en 2013 au Chat Noir ainsi que de la nouvelle présente dans l’anthologie Bal Masqué. On y retrouve certains personnages et évènements, toutefois l’autrice a bien travaillé et Bénies soient vos entrailles peut se lire sans avoir connaissance des deux autres textes.

De quoi ça parle ?
Oakwood, décembre 1607. Pendant la fête de Yule, une jeune fille disparaît et une autre est retrouvée morte dans d’horribles circonstances. Il n’en faut pas plus au père Irwin pour crier aux démons. Sauf que, ce coup-ci, il n’a pas forcément tort…

Des éléments classiques pour un hommage au genre.
Bénies soient vos entrailles est un roman fantastique inspiré du genre gothique et qui en respecte assez scrupuleusement les codes. Si vous êtes un peu familier de cette littérature, son déroulement ne vous surprendra donc pas car on en relève aisément les différentes caractéristiques.

Tout d’abord, le décor-type. Il se divise au sein de ce roman en deux endroits : d’une part, le cimetière séparé en plusieurs zones, avec son arbre aux pendus et son coin dédié aux morts impurs tels que les suicidés ou les exécutés. D’autre part, le village en lui-même dont se dégage une ambiance malsaine empreinte d’une religiosité fanatique portée par le détestable prêtre Irwin. L’autrice décrit l’ensemble avec brio, mettant en place une ambiance qui fonctionne plutôt bien.

Ensuite, les archétypes des personnages qu’on identifie sans mal. Le père Irwin est un religieux buté et avide de sang qui brûle des femmes sous prétexte de sorcellerie et fait peser un climat de peur sur tout le village. La femme-victime apparaît à travers le personnage de Lynn la sorcière dont on connait l’histoire part les Chroniques d’Oakwood mais qui est rappelée ici : à l’âge de dix ans, une sorcière qu’on brûlait lui a transmis ses pouvoirs, gravant un pentacle dans sa chair et la vouant à Satan. Lynn n’est pourtant pas maléfique au sens premier du terme puisqu’elle aide les Maudits à se libérer des chaînes du religieux. On croise évidemment un démon (sur lequel je ne dis pas grand chose histoire de ne pas divulgâcher), des villageois superstitieux, un maire dépassé, un palefrenier fatigué, un intellectuel qui lutte contre l’obscurantisme avec des méthodes peu orthodoxes, des fantômes… Bref, la galerie de protagonistes est variée et mise en scène avec crédibilité ce qui implique que certains sont très pénibles à suivre. Notamment le père Irwin, pour ne pas le citer. Je crois que je n’ai plus autant détesté un personnage depuis Ombrage.

Enfin, Marianne Stern développe des thématiques qu’on retrouve dans la définition même du genre gothique : sorcellerie, satanisme, pacte démoniaque, fantômes du passé qui se manifestent dans le présent (notamment via John et Nelson) bref comme je l’ai dit, Bénies soient vos entrailles colle à ce qu’on attend d’un roman fantastico-gothique. Il ravira sans problèmes ceux qui en aiment les codes et recherchent ce type de littérature. Aucun risque d’être déçu de ce côté-là.

Mais peut-être un peu trop classiques ?
Malheureusement, la sauce n’a pas bien pris avec moi car je m’attendais à davantage de surprises au sein de l’intrigue et des personnages. J’ai souvent été déçue par leurs choix et leurs actions, surtout en ce qui concerne Lynn. Je pense que ce roman est parfait pour un lecteur curieux de s’initier à ce genre littéraire mais qu’il conviendra un peu moins à ceux avec un peu de bouteille dans cette littérature. J’ai également été interpellée par le fait que le style littéraire de la quatrième de couverture ne correspondait pas à celui du roman puisque ce texte n’est pas du tout rédigé à la première personne du point de vue de la sorcière mais bien dans une narration qui alterne les personnages, certains plus agréables que d’autres à suivre. Ce qui est dommage car j’appréciais tout particulièrement cette mise en bouche !

La conclusion de l’ombre :
Bénies soient vos entrailles est un roman fantastico-gothique qui rend hommage au genre et permet aux éditions du Chat Noir de retourner à ses racines au sein de la collection Griffe Sombre. Marianne Stern (re)met en scène le village d’Oakwood et sa Demoiselle dans une intrigue qui fleure bon la sorcellerie et le satanisme, signant ainsi une belle porte d’entrée dans ce type de littérature.

D’autres avis : pas encore, le roman vient de sortir !

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#PLIB2020 Thorngrove – Cécile Guillot

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Thorngrove est un one-shot gothique écrit par l’autrice française Cécile Guillot. Publié chez Lynks Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 14.90 euros.

Madeline est en colère contre son père et il y a de quoi. Suite à son infidélité, ses parents se séparent et elle doit aller vivre à Oakgrove (un trou perdu) avec sa mère et sa petite sœur Meadow. Là-bas, elle entend parler de la légende de Thorngrove, un manoir abandonné depuis des années autour duquel plane une aura de mystère. En le visitant pour réaliser un devoir, Madeline déclenche des évènements désastreux…

Vous le savez probablement mais je lis les romans de Cécile Guillot envers et contre tout parce qu’elle parvient toujours à me plaire alors qu’elle n’écrit pas dans les genres que j’aime habituellement. Il y a chez elle un je ne sais quoi de magique qui fait mouche. Pour une fois, celui-ci semblait pile mon genre de roman et je dois avouer que les apparences n’ont pas été trompeuses du tout.

Il s’agit ici d’un roman qualifié de gothique. Vincent Tassy, dans son mot sur la couverture, parle d’une modernisation des codes et je rejoins son opinion. Je craignais l’aspect young-adult du texte mais les deux héroïnes adolescentes ne manquent ni de profondeur, ni d’intérêt. À ceux que la mention fait fuir en général, ne vous laissez pas rebuter ! Si vous aimez les romans gothiques qui se déroulent dans de petites villes américaines, si vous cherchez une histoire angoissante pour Halloween où il n’y a aucune romance, alors Thorngrove comblera vos attentes.

Le roman se divise en plusieurs chapitres et points de vue. On alterne principalement entre Madeline et Meadow même si les chapitres de cette dernière sont courts, moins d’une page. Parfois, on découvre des extraits de journaux de deux autres sœurs, Ophélie et Clémence, qui vécurent au début du XXe siècle dans le Manoir. Elles utilisent un code pour se laisser des messages, une astuce narrative intéressante qui rajoute au frisson. L’objet-livre joue également dans la tension qui s’installe car chaque inter-chapitre arbore le dessin d’une branche de ronce dont la quantité augmente à mesure que la fin approche. Une idée ingénieuse, j’ai adoré le soin apporté à l’ouvrage. Chapeau Lynks encore une fois !

Côté personnages, Madeline et Meadow sont sœurs et ont deux ans d’écart. Madeline subit de plein fouet sa crise d’adolescence et fait tout pour protéger sa sœur Meadow qui est, selon ses propres mots, un peu bizarre. Elle voit un psy, s’attache à des animaux morts, sort parfois des phrases qui mettent mal à l’aise. Dans son esprit, elle est encore une enfant qui aime les poupées. Leur relation est très forte, complexe comme ça l’est toujours entre deux sœurs et surtout, elle compose le cœur du récit. Pas la moindre romance en vue, ce qui a constitué une excellente surprise. Le récit, rédigé à la première personne pour toutes les parties (chaque en-tête de chapitre renseigne sur qui parle mais impossible de confondre les deux sœurs) n’en est que plus immersif. J’ai adoré suivre Madeline et ses préoccupations, sa nouvelle amitié avec Blaine, ses déconvenues au lycée. Je n’ai eu aucun problème à m’identifier à elle et à me sentir concernée par ses sentiments.

Thorngrove, c’est aussi l’histoire d’une malédiction qui traverse les âges et prend racine dans la mythologie amérindienne. Je la connais assez peu et j’ai apprécié ce dépaysement. Mais ça reste surtout une histoire d’amour familial, une histoire de sœurs dotée d’une angoisse bien dosée. Le final arrive crescendo et je ne m’attendais pas du tout à cette fin violente. J’en suis restée hébétée avec le livre en main et j’ai eu besoin d’une bonne minute avant de découvrir l’épilogue. Certains ont trouvé le final trop rapide mais pas moi, au contraire. La violence du choc n’en était que plus grande ! Un pari osé mais réussi.

Pour résumer, Thorngrove est un roman gothique moderne à l’intrigue haletante et bien menée. Cécile Guillot maîtrise ses héroïnes qu’elle dote d’une psychologie crédible qui lui permet de traiter avec brio d’une relation entre sœurs doublée d’une effroyable malédiction. L’autrice est passionnée par le style gothique et cela se ressent plus que dans tous ses autres romans car elle s’approprie et modernise judicieusement les codes. J’ai passé un excellent moment avec ce page-turner addictif que je recommande plus que chaudement !

Loin de lui le soleil – Vincent Tassy

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Loin de lui le soleil
est le nouveau roman gothique de l’auteur français Vincent Tassy. Publié aux Éditions du Chat Noir, vous trouverez ce titre au prix de 14.90 euro à partir du 31 octobre 2019, date de sa sortie officielle.

Ce texte est une préquelle du roman Apostasie dont je vous ai déjà parlé par le passé. Un texte si enthousiasmant que j’en ai écrit une chronique sur le blog alors que je l’ai lu un an avant, lors de sa sortie en 2016. Si vous ne connaissez pas cet auteur ou son travail, je vous encourage très chaudement à vous jeter dessus sans attendre une seconde de plus. Évidemment, son univers particulier et sa plume unique ne plaira pas à tout le monde mais pour ma part, je le lis chaque fois avec un plaisir immense.

À l’instar d’Apostasie, il me parait difficile de chroniquer Loin de lui le soleil. Du moins, pas d’une manière classique. Il y a des romans qu’on ne peut simplement pas résumer ou expliquer sans en gâcher la magie. Il m’est seulement possible, en quelques mots, de vous dévoiler le contexte: Alvare a aimé Alphée dés qu’il a posé les yeux sur lui. Il imagine donc son histoire passée et raconte la leur à partir de leur rencontre. Alvare l’explique lui même, ce livre dévoile peut être la vérité, peut être pas. Il l’ignore. La réponse n’arrive jamais vraiment et au fond, on n’en a pas besoin.

Comme d’habitude, Vincent Tassy nous offre un roman puissant et onirique au seuil duquel il vaut mieux laisser son esprit cartésien. Il ne faut pas chercher à comprendre, à poser des mots ou des concepts modernes sur ce qu’on lit. Le lecteur doit se laisser porter par la musicalité du texte, intensifiée par une ponctuation totalement signifiante. Un magnifique travail d’auteur. J’entendais les mots chanter dans ma tête à mesure que je tournais les pages et une fois arrivée à la fin, au moment de refermer le livre, j’ai ressenti un vide, un tournis. Il est assez rare qu’un auteur parvienne à me captiver autant. Lire un roman de Vincent Tassy, c’est une expérience toujours savoureuse et unique. Chaque texte se ressemble et pourtant, ses lecteurs le comprendront, chacun d’eux a sa propre personnalité.

Je ne vais pas en dire davantage. Il y a des romans sur lesquels il n’est pas nécessaire de disserter en long et en large. Des textes qu’on ne doit pas déconstruire pour les réduire à une liste de thématiques car ça revient à révéler des secrets que vous, lecteur, méritez de découvrir seuls en tête à tête avec ces pages. Loin de lui le soleil est un roman inscrit dans la mouvance gothique, assez dur et sombre mais sublime dans sa noirceur. Il ne vous laissera pas indifférent pourvu que vous acceptiez de jouer le jeu de l’auteur. C’est une histoire d’amour, celle d’une passion dévorante qui mériterait qu’on lui invente un terme pour rendre justice à son intensité. C’est aussi une histoire de vampires, comme on aimerait en lire plus souvent.

Pour résumer et si ce n’était pas clair, Loin de lui le soleil est un coup de cœur dont je recommande la lecture. Comme tous les romans de Vincent Tassy, il peut se lire de manière indépendante et ce même s’il est bien une préquelle à l’excellent Apostasie. Texte gothique et onirique servi par une plume poétiquement sublime, Loin de lui le soleil est une nouvelle réussite pour l’excellente collection Griffe Sombre des Éditions du Chat Noir.