Le poids de la maille – Lancelot Sablon

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Mon premier contact avec Lancelot Sablon s’est fait via sa nouvelle dans l’anthologie Nouvelles du Front qui est, à mes yeux et avec celle d’A.D. Martel, la meilleure du recueil. J’ignorais tout de sa présence aux Imaginales et n’ai pas hésité un instant à aller à sa rencontre une fois que je l’appris, ce qui m’a permis d’atteindre mon objectif initial. Souvenez-vous, j’avais la volonté de découvrir de nouvelles structures et de nouvelles plumes….

Par la même occasion, je découvris une structure dont je ne savais rien : les éditions Loutre de Béryl. Il s’agit d’une maison d’édition à compte d’éditeur qui se targe de mêler Histoire, Mythologie et Imaginaire (les trois avec une majuscule !). Elle a été fondée par Lancelot Sablon et Cédric Bessaies. D’ailleurs pour le moment, ce sont les seuls auteurs édités par la structure, ce qui place Loutre de Béryl sur un format un peu à cheval entre l’édition traditionnelle et l’auto-édition. Le principal étant la qualité du travail éditoriale qui est bien présente, en tout cas pour le Poids de la maille.

Ce qui m’a séduite dans la démarche expliquée par Lancelot c’est qu’il ne s’agit pas « seulement » de romans historiques avec de l’imaginaire dedans. Ceux-ci sont documentés, des références sont disponibles à la fin pour pousser plus loin. On retrouve une note d’intention, une analyse chapitre par chapitre des écarts historiques afin que le lectorat puisse savoir précisément à quoi se fier. Il y a donc une volonté pédagogique marquée qui, forcément, me parle beaucoup. Je n’ai pas hésité une seconde à me lancer dans cette aventure et je ne la regrette pas le moins du monde. Si cette idéologie vous parle, je vous encourage à visiter leur site Internet et consulter leur catalogue. C’est une petite structure qui publie peu de titres par an mais s’ils sont tous à la hauteur du Poids de la maille, il deviendra vite nécessaire de les surveiller avec attention.

De quoi parle ce roman ?
Il s’agit d’une réécriture de la saga de Harald Sigurdarson connu pour être « le dernier des vikings », une saga écrite à l’origine par Snorri Sturlson à la fin du 12e siècle / au début du 13e. L’histoire de Harald, quant à elle, se déroule deux siècles avant la naissance de Snorri. Le livre s’ouvre donc logiquement sur un avertissement qui rappelle que ce roman, comme celui de Snorri, ne sont pas des documents historiques à proprement parler car l’auteur scandinave s’est lui-même basé sur des rumeurs, des vieilles histoires, et a rempli les trous comme il a pu. Lancelot Sablon, de son côté, a rajouté toute une dimension imaginaire sur laquelle je vais revenir.

Mais qui est Harald Sigurdarson ?
Et bien c’est le fils bâtard d’un seigneur norvégien qui va s’illustrer au combat et voyager à travers les différents empires de l’époque pour se faire un nom. Il s’agit donc bien d’un roman avant tout guerrier. La rencontre avec Harald se déroule à l’aube de ses quinze ans tandis qu’il lève une petite armée pour soutenir son demi-frère -qui deviendra Saint Olaf- dans sa reconquête du trône de Norvège. Malheureusement, la bataille ne se déroulera pas comme prévu et Olaf y perd la vie. Harald en réchappe après s’être illustré malgré la situation et se retrouve en Suède chez d’anciens alliés, le temps de se remettre de ses graves blessures. Là-bas, il rencontre Eilif, un jeune de son âge qui a lui aussi participé à la bataille et a vu de ses yeux ce dont il était capable. De cette admiration sans borne naîtra une amitié sincère qui poussera Eilif à suivre Harald jusqu’au bout du monde.

L’ironie dans tout cela c’est que la bataille où il vit son demi-frère trépasser traumatisa Harald si bien qu’il refusa de se battre, d’embrasser cette voie guerrière que la Valkyrie (on va revenir sur ce personnage) lui prédisait. Prophétie autoréalisatrice ou non, Harald n’aura toutefois pas le choix que d’embrasser la voie des armes pour grandir et survivre. Tout au long du texte, l’auteur accorde une place de choix à la fois à l’évolution psychologique de son personnage mais aussi aux arts de la guerre, trouvant un équilibre assez maîtrisé entre les deux.

Mêler Histoire et imaginaire.
L’auteur revendique une volonté d’aller à l’encontre des stéréotypes sur l’époque et sur le peuple scandinave. Ainsi, il démonte tout un tas d’idées reçues à leur sujet et se montre transparent sur les arrangements qu’il prend avec la « réalité historique ».

De plus, il fournit un lexique en début de roman qui explique les différents termes norrois utilisés dans le texte, lexique qu’on retrouve également sur le marque page de l’ouvrage, ce qui est très pratique à consulter durant la lecture. On peut également consulter une carte qui montre l’ampleur des voyages effectués par Harald, une chronologie des monarchies successives au sein du roman et un petit précis de prononciation pour savoir comment lire les lettres que nous, francophones, ne connaissons pas. Le lecteur est donc bien accompagné pour sa découverte de l’épopée, sans pour autant crouler sur une tonne d’informations car ces différents éléments se répartissent sur quatre ou cinq pages maximum.

La démarche historique est bien présente. Qu’en est-il de l’aspect imaginaire ?

Lancelot Sablon rajoute, comme je l’ai dit, une dimension mythologique et par extension surnaturelle à son récit par la présence de la déesse Hildr, une Valkyrie fascinée par Harald. La narration s’alterne entre les deux, Hildr a des chapitres écrits à la première personne au présent et en italique là où Harald dispose d’une narration plus conventionnelle. Cette période de l’Histoire marque l’avènement du christianisme dans le Nord et donc la chute des dieux anciens. Hildr s’en inquiète et voit son monde se déliter petit à petit alors que les peuples humains préfèrent le Dieu Unique. Elle sent sa fin proche et se raccroche à Harald pour ne pas disparaître seule. Elle montre donc une attitude assez humaine malgré son aspect cadavérique et son statut de divinité.

Outre Hildr, d’autres divinités du panthéon nordique feront brièvement leur apparition pour se disputer Harald comme des chiens autour d’un morceau de viande saignante. L’auteur a opté pour une vision assez désacralisée des dieux qui se comportent finalement comme n’importe quel mortel à l’ego trop grand. Le surnaturel tient donc une place importante dans l’histoire de Harald, d’abord par le personnage d’Hildr puis dans les derniers chapitres suite à une rencontre qui changera le cours des choses…

La conclusion de l’ombre :
Avec le Poids de la maille, Lancelot Sablon propose une réécriture historico-fantastique de la vie de Harald Sigurdarson, personnage historique scandinave ayant vécu au 11e siècle de notre ère. Dans une démarche qui se veut historiquement fiable, l’auteur accompagne sa fiction de nombreuses sources et divers lexiques afin de crédibiliser son œuvre tout en se montrant transparent sur les éléments de fiction ajoutés par lui. L’ensemble donne une aventure guerrière rondement menée qui mélange Histoire et Imaginaire et laisse une belle place au développement psychologique des protagonistes. Une réussite enthousiasmante à découvrir d’urgence !

D’autres avis : pas encore mais j’espère que cela sera vite réparé.

Informations éditoriales :
Le poids de la maille par Lancelot Sablon. Éditeur : Loutre de Béryl. Illustration de couverture : Adrien Ramos. Prix au format papier : 17 euros. Prix au format numérique : 3.99 euros.

Les royaumes immobiles #1 la princesse sans visage – Ariel Holzl

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Ariel Holzl est un auteur que je suis depuis sa première publication chez Mnémos bien que j’ai mis du temps à me lancer, repoussée par l’accueil critique hallucinant du premier tome des Sœurs Carmines. Cherchez ma logique… Je l’ai donc connu avec sa première saga qui a su m’enchanter et hormis pour l’exception Bpocalypse, ses romans suivants avaient tous un goût de trop peu. Des idées prometteuses pas suffisamment développées, sans doute pour des contraintes de temps, de place, ce qui rejoint un peu le débat maintes fois abordés des conditions de travail des auteur·ices profesionnel·les qui doivent faire certains choix pour vivre.

Avec ce premier tome d’une nouvelle saga (normalement en deux tomes) intitulée les Royaumes Immobiles, Ariel Holzl signe un retour en grâce sur les chapeaux de roue dans un univers qui lui convient parfaitement, tout en nuances de noir.

De quoi ça parle ? 
Pour empêcher le chaos de se répandre dans les royaumes immobiles, il faut quatre monarques : un·e par saison. Depuis trop longtemps maintenant, le roi de l’automne est mort et il devient urgent de le remplacer. Les trois reines feys restantes organisent donc le Sacre. Chaque royaume peut proposer deux candidates et une septième s’invite à la fête presque malgré elle…

Ivy est la dernière descendante -batarde- du Roi Gris, le dernier à avoir porté la Couronne de l’Automne. Elle vivait recluse jusqu’à ce qu’un certain Robin Goodfellow ne vienne la tirer de sa retraite pour la propulser au cœur d’une compétition mortelle. Pour ne rien arranger, Ivy est également porteuse d’une malédiction. Elle est une Belle à Mourir, tout qui contemple son visage sombre dans la folie qui conduit au meurtre ou au suicide. Elle doit donc se cacher sous un masque pour l’éviter, ce qui lui complique beaucoup la vie.

Une réussite sur tous les plans.
Commençons d’abord par l’évidence, à savoir la couverture. Je m’y attarde généralement peu mais j’ai rarement vu une illustration représenter aussi bien une protagoniste. Le souci du détail est impressionnant et le relief sur le masque ainsi que sur le titre rend plus que bien. Très beau boulot éditorial ! Autant sur le visuel que sur l’intérieur qui reste simple mais soigné, avec du papier issu de ressources responsables. Ça commence bien !

J’ai toujours eu une faiblesse pour les feys et tout ce qui tourne autour. Pas pour rien que ma première trilogie se déroulait en Faëry… Ariel Holzl se réapproprie ce folklore en créant un univers comme il sait si bien le faire, s’attachant aux détails et aux références. Croiser Puck dés les premières pages était déjà délicieux mais découvrir les trois autres reines (dont une certaine Titania…), leurs royaumes, les coutumes et la société cruelle des feys à travers les yeux presque trop innocents d’Ivy a été un enchantement (presque du Bel Art !).

Niveau société et coutume, on reste sur du « classique » avec des royaumes dont les souveraines sont pourtant… élues, certes par leurs consœurs mais tout de même ! Ces royaumes sont alimentés par le Glimmer, une énergie magique qui viendrait de l’Ailleurs, le monde des Rêveurs (donc des humains.) Au contraire d’eux, les feys n’ont pas d’âmes et sont nés, selon certains, de ce fameux Glimmer. Sa maîtrise et sa manipulation donne naissance au Bas Art (la magie qui agit sur le concret, le physique) et le Bel Art (la magie de l’esprit, utilisée uniquement par les sidhes). S’en suit évidemment son lot de discrimination puisque les sidhes dominent toutes les autres races que l’on rattache habituellement au « petit peuple ». On apprend au fur et à mesure que tout le monde ne se satisfait pas de son sort… Et on rappelle que l’Histoire est écrite par les vainqueurs.

Avec une maîtrise que je ne lui avais plus vu depuis les Sœurs Carmines, l’auteur distille petit à petit les éléments de son univers en trompant son lectorat et le manipulant à loisir pour l’envoyer sur de fausses pistes, ménageant efficacement son suspens jusqu’à la toute dernière phrase. Les chapitres courts, dynamiques et haletants laissent la part belle à des descriptions efficaces sans pour autant occulter l’héroïne. La narration à la troisième personne au présent inscrit dans le récit un effet d’immédiateté accrocheur qui empêche de reposer l’ouvrage une fois celui-ci ouvert. Car même si Ivy paraît bien fade en comparaison de ceux qui l’entourent (un peu comme une Merryvère, deviendra-t-elle une Tristabelle ?) la prétendante au trône évolue de manière cohérente et intéressante. Aucun élément n’est laissé sur le bas côté, que ce soit son enfance livrée à elle-même ou cette terrible malédiction qui lui refuse toute intimité tant le risque est grand, des secrets familiaux qui se révèlent petit à petit ou des actes qu’elle est amenée à commettre malgré le dégoût qu’ils lui inspirent, Ivy s’impose toute en nuances et rappelle que l’enfer est pavé de bonnes intentions…

De plus, suivre Ivy permet de découvrir l’univers de manière naturelle au sein de la fiction puisqu’elle a vécu recluse pendant la majeure partie de sa vie. Elle connait certains éléments de son monde grâce à sa bibliothèque mais il en manque une large partie, à laquelle elle se confronte à mesure que les épreuves avancent. L’idée est classique et fonctionne.

Si Ivy est la protagoniste principale, la galerie de personnages imaginée par Ariel Holzl est tout simplement saisissante et haute en couleur. Sa réinterprétation de Puck mérite le qualificatif de savoureux et tous les protagonistes croisés par Ivy disposent d’une véritable personnalité, d’une consistance solide et souvent terrible. Mention spéciale à la princesse Séline… Un exemple parmi d’autres du talent de l’auteur pour créer des protagonistes frissonnants. En cela, il exploite merveilleusement l’absence d’humanité de ses personnages, proposant des monstres au visage parfois -mais rarement- sympathique. Notez que par moment, il faudra s’accrocher pour goûter à la cruauté des feys qui chavirera probablement les cœurs sensibles.

Le mien va très bien, rassurez-vous. J’en redemande !

La conclusion de l’ombre :
Ariel Holzl place la barre (très) haut avec le premier tome de cette nouvelle duologie publiée chez Slalom. Il invite son lectorat à le suivre au royaume des Feys où il se réapproprie cette mythologie à sa sauce saupoudrée d’une bien délicieuse cruauté. On retrouve l’auteur au sommet de son art après plusieurs sorties plus faibles en terme d’exploitation d’univers et cela me réjouit. Ma seule frustration vient du fait que l’attente d’un an me paraîtra une éternité ! Mais ça ne rendra le tome 2 que meilleur, j’en suis persuadée.

Mes autres chroniques des œuvres de l’auteur : Les Sœurs Carmines (123), Fingus Mallister (12) Bpocalypse, Les Lames Vives, Temps morts.

D’autres avis : pas encore mais cela ne devrait plus tarder.

Informations éditoriales :
Les royaumes immobiles, tome 1 : la princesse sans visage par Ariel Holzl. Éditeur : Slalom. Illustration de couverture : Germain Barthélémy. Prix : 16.95 euros.

Le privilège de l’épée – Ellen Kushner

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Il y a des romans qui ne peuvent décemment rester longtemps dans une PàL. Le Privilège de l’épée est de ceux-là et ce, pour de multiples raisons. Déjà, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer l’autrice lors des Imaginales 2022 et elle m’a laissée une très forte impression (plus que positive). Ensuite, j’avais déjà lu À la pointe de l’épée, également publié chez ActuSF, et ç’avait été un énorme coup de cœur. Même plusieurs années après, je gardais un excellent souvenir de mon incursion dans cette fantasy de mœurs aux personnages si particuliers.

Pouvoir retourner à Bords-d’Eaux ? J’en rêvais !
Et tout s’est encore mieux déroulé qu’espéré.

Quelques mots sur le contexte.
Si vous n’avez pas lu ma chronique du roman précédent de l’autrice, je vais vous résumer en quelques mots l’univers dans lequel évoluent les personnages. Il s’agit d’une société inspirée par l’Ancien Régime français où la fracture sociale est bien réelle. On y retrouve une mentalité très patriarcale et la seule différence notable avec notre propre passé historique est la figure du duelliste. Pour régler un conflit au sein de la noblesse, il est courant d’en appeler à des escrimeurs professionnels qui se battent au premier sang ou à mort, en fonction de l’arrangement préalable entre les deux parties. C’est cette profession qu’on découvre en profondeur dans À la pointe de l’épée, via le personnage de Saint-Vière et c’est ce que le Duc espère faire de Katherine.

On parle de fantasy parce que l’univers est inventé et qu’on ne trouve pas trace de nos personnages historiques. Toutefois, il n’y a aucune trace de magie ou d’un quelconque bestiaire, ni même de légendes extraordinaires. D’où le terme fantasy de mœurs (avancé par Jérôme Vincent à l’époque). Il me semble important de le souligner car je sais que cela ne plait pas à tout le monde. Personnellement, j’adore et je suis conquise.

Quelques mots sur les personnages.
Cette fois-ci, nous suivons principalement Katherine, nièce du Duc Fou de Trémontaine, personnage central (avec Richard Saint-Vière) d’À la pointe de l’épée. Rassurez-vous, nul besoin d’avoir lu les deux mais je le recommande évidemment vu la qualité de l’ouvrage précédent. Katherine, donc, est une jeune fille de quinze ans qui vit avec sa mère et ses frères à la campagne. On apprend rapidement que cette branche de la famille est en conflit depuis des années avec le fameux Duc car celui-ci propose de solder les comptes en échange… de Katherine. Non pas avec des intentions dépravées, simplement il veut que sa nièce se rende à la ville, à ses côtés, et qu’elle apprenne l’art de l’épée.

Au début du roman, Katherine est une jeune fille sérieuse, bien éduquée, innocente dans de nombreux domaines et qui rêve de la ville afin de se rendre à des bals, de se créer des relations, bref comme n’importe quelle personne d’une quinzaine d’années dans un tel contexte. Très vite, elle tombe de haut en se rendant compte qu’elle aura interdiction de porter des robes pour les six prochains mois et qu’elle devra pratiquer l’escrime quotidiennement, auprès de différents maîtres.

Si on suit principalement son évolution au sein de chapitres rédigés à la première personne, Katherine n’est pas le seul personnage sur lequel se focalise la narration. L’autrice propose également des incursions dans l’esprit du Duc Fou (pour mon plus grand bonheur car je gardais une tendresse infinie pour ce personnage depuis À la pointe de l’épée et ce malgré (ou à cause ?) de son côté malsain) mais également d’Artemisia Fitz-Lévy, une jeune femme du même âge que Katherine qui va croiser sa route. Artemisia est une mondaine très superficielle qui cherche le meilleur parti possible afin de se marier. Elle pense l’avoir trouvé en la personne de Lord Ferris, ennemi de Trémontaine, et tombera malheureusement de haut. En plus d’elle, il nous arrivera de suivre son cousin Lucius ou encore une célèbre actrice de théâtre, la Rose Noire. Leurs chapitres tiennent de l’anecdotique au milieu des autres toutefois les deux revêtent une importance certaine au sein de l’intrigue.

Quelques mots sur les thématiques.
Lorsque j’évoquais À la pointe de l’épée, je m’émerveillais de la façon dont Ellen Kushner s’engageait pour la cause LGBTQIA+ en proposant un petit monde où personne ne s’inquiétait que deux hommes s’aiment. Ce n’était pas plus anormal qu’un couple hétérosexuel. Dans Le privilège de l’épée, l’autrice aborde cette fois la question du rôle de la femme par rapport à l’homme et il s’avère que la femme ne dispose pas de beaucoup de droits… Elle n’en a même aucun ou presque. Et toute l’intrigue du roman va s’atteler à le montrer en soulignant des comportements inqualifiables qui sont la norme non seulement pour la majorité des personnages masculins mais aussi pour les féminins.

La première approche a lieu via le personnage même de Katherine qui arrive en ville avec ses conceptions campagnardes de ce que doit être une femme et des objectifs à atteindre en tant que telle. Je l’ai d’ailleurs trouvée assez agaçante au départ à se soucier de son apparence et à geindre vis à vis de son entrainement. Très vite, pourtant, sa personnalité s’affine à mesure que diverses situations se présentent à elle.

Mais c’est surtout via le personnage d’Artemisia que le combat féministe prend tout son sens. Fiancée à Lord Ferris, elle insiste auprès de lui pour l’accompagner à une réception grivoise et secrète où la bonne société ne doit normalement pas être vue. Une fois sur place, son fiancé montre son vrai visage et consomme leur union de manière physique avant même les noces, en se passant de son consentement. En clair, il la viole. En l’apprenant, Katherine va mettre son épée au service de son amie mais c’est bien la seule à s’inquiéter de ses sentiments… Ses parents, pourtant au courant, ne pensent qu’à maintenir la noce et minimisent le traumatisme subi. Les propos tenus sont d’une rare violence et on comprend à plus d’une reprise que la femme n’est qu’un objet de luxe quand la jeune fille est qualifiée de « gâtée » puisque plus vierge…

Ainsi l’un des enjeux du roman sera de venger cet honneur bafoué mais pas uniquement. De manière subtile, les intrigues s’entremêlent pour dresser différents portraits de personnages féminins de diverses puissances, de diverses intelligences aussi. Un peu comme Teresa Grey, une artiste (qui peint de la poterie et écrit des pièces de théâtre) mariée à un noble ivrogne qu’elle décide de fuir et qui subit la honte sociale alors qu’elle n’a fait que se protéger ainsi que le harcèlement de sa belle-famille qui veut absolument un héritier… ou encore Flavia, surnommée la Laideronne à cause de son physique disgracieux, qui dispose pourtant d’une redoutable intelligence dans le domaine des mathématiques et est protégée par le Duc. C’est également la première à être attaquée et moquée lorsque qu’une personne sans honneur décide de s’en prendre à Trémontaine, et la première à devoir se retirer pour se protéger.

C’est donc un roman de cape et d’épées qui se veut féministe et déculpabilisant envers les femmes. J’apprécie beaucoup le message que fait passer le chapitre final où Katherine montre qu’on peut allier les attributs féminins (robe, etc) à ceux de l’épée, qu’on peut être une femme, ressembler à une femme, se comporter comme une femme et avoir tous les droits sur sa propre liberté. C’est cela qui est sublimement représenté sur la couverture, qui prend une toute autre dimension une fois l’ouvrage refermé.

Et outre ces thématiques importantes, on retrouve un roman dans le roman qui montre l’influence (positive) que peut avoir la littérature sur les (jeunes) esprits, une pièce de théâtre, des duels à l’épée et qui pose aussi la question de savoir ce qu’est la folie, finalement. Rappelant qu’on est fou face à une norme… Et que les plus grands penseurs, les personnalités les plus libres, sont souvent décriées parce qu’incomprises.

La conclusion de l’ombre : 
Le privilège de l’épée est un bijou à l’égal d’À la pointe de l’épée. Ellen Kushner retourne dans les Bords-d’Eaux pour proposer une fantasy de mœurs qui se penche cette fois sur la condition féminine. À travers le personnage de Katherine (héroïne principale) et d’autres figures aussi fortes qu’originales, l’autrice propose une intrigue haletante qui met en avant le meilleur de ce que le cape et d’épée a à offrir. C’est un coup de cœur pour moi et je me réjouis de lire d’autres textes de cette grande dame de l’imaginaire.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Informations éditoriales :
Le privilège de l’épée par Ellen Kushner. Éditeur : ActuSF. Traduction : Patrick Marcel. Illustration de couverture : Zariel. Prix : 22.90 euros.

Olangar, une cité en flammes – Clément Bouhélier

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Ces derniers temps sur Twitter, on parle beaucoup de fantasy. Que ce soit à travers les résultats de l’observatoire de l’imaginaire ou à cause de ce nouveau podcast qui, pour ne pas changer, se concentre surtout sur les auteurs anglosaxons dont on parle depuis déjà plusieurs décennies. À croire qu’il n’y a aucune nouvelle voix valable dans ce genre littéraire… Ce serait oublier que les plumes francophones ont aussi du talent ! Et si vous avez besoin d’une preuve, je vous recommande de vous tourner vers les ouvrages de Clément Bouhélier.

C’est en 2019 que j’ai lu pour la première fois la plume de cet auteur avec Bans et Barricades, un tome coupé en deux parties, publiées chez Critic et qui devait normalement se suffire à lui-même. Le succès de l’ouvrage en a décidé autrement comme l’auteur l’explique dans les remerciements de ce volume. Les retours des lecteur·ices, les encouragements de sa maison d’édition ainsi que l’évidence : certains personnages avaient encore des choses à régler. Ainsi vint Une cité en flammes. Un dernier tome conclut (définitivement ?) cette saga, que je compte lire bientôt.

De quoi ça parle ?
Cinq années après les évènements détaillés dans Bans et Barricades, une nouvelle menace pèse sur Olangar. Les elfes sont sur le point d’entrer en guerre contre le royaume qu’ils accusent de la pollution de leur fleuve. Deux nains, Kalin et Nockis, sont envoyés dans une ville toute proche pour enquêter. Pendant ce temps, Evyna d’Enguerrand fait face à un attentat et est décidée à trouver les coupables… Tout serait-il lié ?

Une écriture précise et détaillée.
Clément Bouhélier met son écriture au service de son vaste univers. Il prend le temps de détailler tout ce qui se passe, au niveau du décor, des pensées des personnages, des liens à créer entre les différents éléments, accompagnant ainsi son lectorat pas à pas dans la compréhension de l’intrigue. C’est quelque chose qui me dérange en règle générale car cela me donne le sentiment que l’auteur essaie de penser à ma place, d’imaginer pour moi, de me dicter mon propre point de vue. Pourtant, pour une fois, je n’ai eu aucun problème à lâcher prise et à être spectatrice de ma lecture. Je me suis laissée porter par cette plume précise sans être lourde ou redondante. Au contraire, elle est soignée, chaque mot parait réfléchi.

Un univers original et des thématiques nécessaires.
Cette plume se met au service d’un univers de fantasy qui sort du lot. J’en avais déjà parlé précédemment mais on a tendance à associer la fantasy à un cadre moyenâgeux et il est vrai que beaucoup de ces récits y prennent place. Clément Bouhélier choisit de placer des races issues du bestiaire classique du genre (elfes, nains, orcs) dans un cadre de révolution industrielle, une révolution qui continue son bonhomme de chemin avec les ravages sociaux et environnementaux que l’on connait.

Ce tome-ci se concentre d’ailleurs sur ces deux questions. D’un côté, on voit que quelqu’un empoisonne volontairement le fleuve elfique afin de provoquer une guerre mais on apprend aussi que les lieux supposés exister pour traiter les déchets de l’industrie n’existent pas. Ces considérations agissent malheureusement en miroir de notre propre société. De plus, la volonté de relance économique et de création d’emploi par la Chancellerie pousse celle-ci à accepter la création de zones économiques particulières qui ne sont pas soumises à l’autorité des syndicats, ce qui donne évidemment lieu à des dérives dans les conditions de travail. L’auteur est quelqu’un d’engagé et cela traverse tout son roman sur encore d’autres questions d’actualité comme la corruption des classes dirigeantes ou l’importance du contrôle des communications au sein d’un état / d’un pays. Cet engagement se ressent au point que, parfois, les antagonistes manquent de nuance. D’un autre côté, ils en manquent parfois aussi dans notre réalité…

Au final, les ingrédients d’une Cité en flammes sont identiques à ceux de Bans et Barricades. Ils fonctionnent toujours aussi bien ensemble et on y retrouve le même petit défaut que je soulevais déjà à l’époque, à savoir que certaines scènes sacrifient la cohérence pour le grand spectacle. Je pense notamment à ce qui se déroule dans le dirigeable… C’est un peu dommage vu l’intelligence de l’intrigue proposée et l’implacabilité de celle-ci. Personne n’est à l’abri… Ou presque ? J’ai aussi regretté la relation entre Keiv et Evyna qui me parait artificielle mais c’est purement personnel et ça n’entache en rien l’intérêt du récit.

La conclusion de l’ombre :
Avec Une cité en flammes, Clément Bouhélier reste dans la lignée qualitative de Bans et Barricades, reprenant l’intrigue cinq ans après les évènements narrés dedans. Son univers de fantasy original qui s’inscrit dans une révolution industrielle reste une grande force et un terrain de jeu idéal pour parler de politique sociale, de guerre et d’écologie. Ses romans sont des pavés qu’on savoure sans aucune modération. À lire !

Merci à Phooka et Dup pour ce gain du prix Bookenstock ainsi qu’à Critic pour l’envoi.

Mes autres chroniques sur les œuvres de cet auteur : Bans et Barricades 1Bans et Barricades 2.

D’autres avis : Le nocher des livresLe bibliocosmeBookenstockLe culte d’ApophisAu pays des cave trolls – vous ?

Informations éditoriales :
Olangar, une cité en flamme par Clément Bouhélier. Illustration de couverture : Sébastien Morice. Éditeur : Critic. Prix : 24 euros.

Nouvelles du front (anthologie)

9782379100956
Chaque année (du moins quand il n’y a aucune pandémie mondiale) Livr’S lance un appel à un texte pour un recueil de nouvelles dont la thématique change à chaque fois. Celui qui nous occupe aurait du paraître il y a un an mais la situation épidémiologique étant ce qu’elle était et les salons s’annulant en chaine, la maison d’édition a préféré attendre 2022 pour sortir son anthologie sur le thème de… la guerre.

Bon.
On ne peut pas tout prévoir, hein.

Cette anthologie sortira officiellement le 1er juin mais est actuellement en précommande jusqu’au 30 avril sur le site Internet de Livr’S. Elle contient en tout neuf nouvelles pour dix auteur·ices, l’un des textes étant écrit à quatre mains. Elle est marrainée par l’autrice française Silène Edgar.

Comme d’habitude, je me propose de revenir sur chaque texte à l’exception du dernier, puisqu’il s’agit du mien.

Dans le noir – Silène Edgar :
C’est la marraine qui ouvre le bal avec une nouvelle rédigée sous forme d’une scène théâtrale. On y voit un soldat qui pose le pied sur une mine et sait qu’une fois qu’il va le retirer, il mourra dans une explosion. C’est l’occasion pour lui de quelques échanges avec des personnes issues de son passé ou de son futur hypothétique.

Mon explication ne rend pas justice à la force narrative de ce texte. En quelques pages, Silène Edgar dévoile tout son talent dans un texte frappant et efficace qui donne envie de découvrir son œuvre. C’est mon premier contact avec sa plume et ça ne sera pas le dernier ! Évidemment, il faut aimer le style et la narration du théâtre mais, vous le savez, c’est largement mon cas si bien que cette nouvelle est peut-être ma préférée d’entre toutes.

Dans la montagne – Aurélie Genêt :
Cette nouvelle se déroule au 17e siècle, durant une guerre en Alsace. Elle est racontée du point de vue d’une prostituée qui suit l’armée pour essayer de survivre avec quelques passes. Celle-ci se lie avec un homme qui promet de l’épouser une fois la guerre terminée. L’autrice choisit de mettre en scène une femme qui, petit à petit, découvre la face sombre non seulement de son bien-aimé mais aussi du conflit.

Aurélie Genêt s’inspire de faits historiques réels et y rajoute une touche de surnaturel qui permet en prime d’insister sur l’importance de témoigner par écrit, de laisser une trace pour dénoncer les réalités de la guerre. Cette thématique reviendra plus d’une fois dans le recueil.

Dans la montagne est une nouvelle qui touche forcément de par son personnage désenchanté mais aussi les thèmes qu’elle aborde. Pour moi, il s’agit d’une réussite.

Sarajevo, New-York, Kisangani – Gauthier Guillemin :
L’histoire commence en Yougoslavie, pendant le conflit d’indépendance. La mercenaire indienne Ajapali est engagée par le gouvernement français pour sauver Lou Duruy, journaliste de guerre, prisonnier sur place. La narration suit Lou tout du long et l’intrigue s’étale sur plusieurs années car cette expérience va le marquer et lui donner envie de changer les choses.

J’avais lu le premier jet de cette nouvelle et on peut dire que l’auteur l’a bien retravaillé même si je l’ai trouvée un peu longuette avec beaucoup de blabla philosophique au sujet de la guerre. De plus, la fin est assez abrupte, il m’a manqué un petit quelque chose. Toutefois, l’ensemble se tient et le message sur les conflits est intéressant. Sans compter que l’auteur aborde des évènements récents de la fin du 20e siècle et début du 21e, période étrangement peu connue dans le détail par la plupart des gens…

La muraille des morts – Katia Goriatchkine :
Brian Addison est journaliste au Seattle Herald et se rend dans le Nevada pour interviewer le lieutenant Dole Fernsby, qui commandait au Vietnam une unité spéciale et qui a été récemment mis à la retraite forcée. C’est l’occasion d’entendre le témoignage glaçant d’un homme qui passe de héros à criminel de guerre… L’autrice rajoute une pointe de surnaturel sans pour autant dévoiler si elle est réelle ou non, respectant ainsi scrupuleusement le code premier du genre fantastique.

L’idée est intéressante mais comme souvent dans ce type de narration, la discussion parait artificielle car personne ne raconte avec autant de détails ni en romançant autant, pas même le plus doué des narrateurs et vu le profil de Fernsby, ce n’est pas son cas. Toutefois, ressentir l’horreur de Brian à mesure qu’il prend conscience des exactions non seulement du gouvernement américain mais aussi de cet homme qu’on présentait comme un héros est palpable. Les émotions transmises par l’autrice sont présentes et la fin offre une réflexion intéressante sur la façon dont est construite l’information journalistique.

Le sang des Ianfu – A. D. Martel :
Na-Ri est prisonnière au sein d’une maison de réconfort, en 1943. Coréenne d’origine, elle sert de jouet sexuel aux soldats japonais comme de nombreuses autres jeunes filles, ce afin d’éviter que des civiles soient violées, pour des questions d’apparence. La nouvelle est écrite à la première personne et est vraiment terrible à lire. Elle retourne l’estomac. Les TW au début de l’ouvrage ne seront pas de trop pour supporter le contenu… D’autant qu’il n’a rien d’imaginaire là-dedans !

En effet, même si l’histoire est romancée et qu’un élément surnaturel vient se mêler à l’histoire, l’autrice choisit d’exploiter un fait historique tombé dans l’oubli, à l’instar d’un certain Ken Liu dans l’Homme qui mit fin à l’histoire. Le parallèle est d’autant plus pertinent que cela concerne la même période, la même guerre et le même pays : le Japon. De quoi remettre pas mal de choses en perspective ! Une note de l’autrice, à la fin, donne tous les renseignements utiles pour en savoir plus et rajoute un effet glaçant à l’ensemble.

C’est sans doute la nouvelle la plus marquante à mes yeux et la plus renversante.

Le dernier effort – Keryan et Pascal-Marc Biguet :
Il s’agit d’une nouvelle de science-fiction (au sens large du terme) dans laquelle on suit le parcours d’un chef d’unité en train de reconquérir une ville sur une planète rebelle à l’Empire appelée Prima. C’est sans doute celle dans laquelle je me suis la moins investie émotionnellement parce que si elle n’est pas mal écrite, elle ne recèle rien d’original sur le fond comme sur la forme et son personnage n’est rien de plus qu’un archétype avec les réflexions d’un archétype… C’est le genre d’histoire et de scènes déjà vues des centaines de fois… Du moins jusqu’à la toute dernière phrase qui lui offre une perspective totalement différente ! C’était plutôt bien joué, dommage que ça ait été si long pour en arriver là.

Les champs de Bellone – Barbara Cordier :
Cette nouvelle m’a parue un peu brouillonne et confuse quoi que pleine de bonnes idées. On y suit deux personnages en narration croisée durant la première guerre mondiale. D’un côté, Aurélienne qui travaille dans un couvent et soigne des blessés du front. Elle recueille Polly, une mystérieuse jeune fille qui semble douée pour la chirurgie… De l’autre, il y a André, un jeune homme envoyé sur le front malgré son amour des études littéraires. Leurs destins vont se croiser dans l’hôpital des sœurs Ajoutez à cela une dose de divinités antiques et vous aurez un texte plein de potentiel hélas sous exploité.

Pourquoi ? Simplement parce qu’on s’y retrouve mal dans les changements de perspective et l’évolution des personnages, surtout en ce qui concerne Aurélienne. La fin manque de clarté, ce qui est peut-être un choix pour laisser le·a lecteur·ice se faire sa propre idée mais cela n’a malheureusement pas fonctionné sur moi. Dommage, ça partait bien !

Chungmu-Gong – Lancelot Sablon :
Cette nouvelle raconte un épisode d’une guerre entre la Corée et le Japon dans le courant du 16e siècle. Il s’agit d’un fait historique auquel l’auteur a rajouté un élément surnaturel. Une note d’intention est présente à la fin où Lancelot Sablon explique ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas dans son récit.

Le texte raconte comment le général Yi Sun-Sin est parvenu à défaire l’envahisseur japonais presque à lui tout seul et le met en scène comme un héros plein d’abnégation, prêt à se sacrifier pour son pays malgré les horreurs subies à cause du dirigeant en place. L’élément surnaturel tient en Yongwang, un démon des eaux qui lui prêtera main forte et avec qui il nouera une amitié.

J’ai beaucoup aimé ce texte aux saveurs asiatiques. On y retrouve les valeurs d’honneur et de respect qui ont un très grand rôle puisque c’est ce qui permettra à Yi Sun-Sin de s’illustrer mais aussi d’épargner la bonne vie au bon moment. L’auteur maîtrise sa narration et parvient en quelques pages à brosser un paysage d’une grande richesse avec des enjeux pour lesquels on se sent directement concernés. Une réussite !

Choisir la forêt – M. d’Ombremont : 
Dernier texte de l’anthologie sur lequel je vais m’abstenir de donner un avis puisqu’il s’agit du mien. Si vous avez envie d’en apprendre plus à son sujet, je vous invite à lire mon billet qui explique sa genèse. Quant au contenu, c’est l’histoire d’un elfe qu’on suit avant et pendant une bataille décisive pour son peuple…

La conclusion de l’ombre :
Aborder le thème de la guerre en ces temps troublés n’est pas évident et ne séduira pas tout le monde. Pourtant, les textes sélectionnés par Livr’S possèdent de véritables qualités et ont l’avantage d’offrir une grande diversité de temps, de lieux et de concepts. Différents degrés de fantastique se disputent la primauté, on y trouve même un texte de science-fiction et un autre de fantasy, avec des points de vue originaux et des idées auxquelles on ne s’attendrait pas forcément. J’adore voir comment les auteur·ices traitent différemment un même thème et j’ai été servie ici ! Aucun texte ne ressemble à un autre. Du coup, il est évident que certains seront préférés à d’autres, en fonction des goûts. On pourrait me juger de parti-pris mais d’année en année, je trouve que les anthologies Livr’S gagnent en qualité et en professionnalisme. Je suis vraiment ravie de m’y retrouver en compagnie d’auteur·ices aussi talentueux·euses.

D’autres avis : pas encore mais bientôt j’espère !

Informations éditoriales :
Nouvelles du front (anthologie) par A.D. Martel, Aurélie Genêt, Barbara Cordier, Gauthier Guillemin, Katia Goriatchkine, Keryan Biguet, Lancelot Sablon, M. d’Ombremont, Pascal-Marc Biguet, Silène Edgar. Illustration de couverture : Geoffrey Claustriaux. Éditeur : Livr’S. Prix : 18 euros.

Trois bonnes raisons de lire la trilogie « Les héritiers d’Higashi » de Clémence Godefroy !

Salutations à tous.tes !

Il est toujours délicat de chroniquer le tome final d’une trilogie puisque le billet contiendra forcément des divulgâchages monstrueux et n’intéressera donc, probablement, que les personnes ayant déjà découvert le texte. Comme je ne publie que deux articles par semaine et qu’en plus, j’écris dans l’espoir de vous faire découvrir des textes intéressants, ce serait dommage de s’en tenir à une chronique traditionnelle…

Ainsi, je tente un nouveau format au sein duquel je vais développer trois arguments pour vous convaincre de lire une saga, après avoir terminé celle-ci. Comme l’indique le titre, ce sont les Héritiers d’Higashi de Clémence Godefroy qui ouvrent le bal !

Pour rappel, j’avais chroniqué le tome 1 (Okami-Hime) et le tome 2 (Bakemono-san).

Argument n° 1 : Une exploitation judicieuse et bien menée de la mythologie japonaise.
Si, comme moi, vous aimez le Japon et sa mythologie, alors vous trouverez votre compte au sein de l’univers créé par Clémence Godefroy. On y croise des bakemono, des yokai, des oni et tout un tas de créatures tirées de ce folklore si riche. J’ai rarement eu l’occasion de lire une autrice française qui maîtrise si bien ce type d’univers, à l’exception peut-être de Céline Chevet avec son excellent La fille qui tressait les nuages, dans un genre totalement différent. On a davantage tendance à trouver ça dans des mangas, pas dans des romans, même si je sais qu’il existe d’autres titres qui se veulent également japonisants. Je n’ai, pour le moment, trouvé mon compte qu’avec cette saga.

De plus, il faut savoir que les univers de l’autrice sont reliés entre eux. Elle a également écrit du steampunk (et, si mes informations sont exactes, un autre roman de ce type est en préparation) qui se déroule plutôt dans un monde européen, au 19e siècle, qui coexiste en réalité avec Higashi, bien que la ligne temporelle soit différente. C’est particulièrement évident avec l’épilogue. Même si ça tient du détail, je trouve cet aspect intéressant et il méritera une analyse plus poussée une fois le moment venu.

Argument n° 2 : des personnages féminins forts et majoritaires.
Les personnages principaux de cette saga sont quasi exclusivement des femmes, de tout âge, de toute espèce et de tout caractère. Clémence Godefroy a créé une belle galerie de personnages qui évoluent de manière crédible au fil des évènements de sa trilogie, ce qui est un gros point fort. Mention spéciale à Midori, qui est ma favorite entre toutes et qui m’a beaucoup touchée dans son histoire ainsi que dans son parcours. Un personnage sublime ! Merci de l’avoir créé ♥ En quelques mots, au début de la saga, elle est présentée comme une bakemono souffreteuse, une femme intéressée par la culture mais à qui on impose beaucoup de restrictions et qui devra se marier, comme c’est le lot de toutes les femmes à cette époque. Le souci c’est qu’elle est plus intéressée par les savoirs qu’autre chose et qu’elle a un bon fond. Elle se rend donc rapidement compte que des choses ne tournent pas rond, qu’on ne dit pas tous aux femmes. Les chapitres de son point de vue permettent aussi d’avoir un œil sur Yin Daisen, la grande méchante de l’histoire, et de voir comment les choses se passent à la cour. À mesure que le temps passe, Midori évolue, se renforce, se cultive et devient un personnage de plus en plus fort, dans tous les sens du terme. J’ai beaucoup aimé les relations qu’elle entretient avec Joaquim comme avec Ren, particulières chacune à leur manière, mais aussi le fait qu’elle s’épanouisse pour elle-même, par elle-même, et non pas au sein d’une relation amoureuse. Je déplore souvent de ne pas rencontrer davantage de personnages comme elle au sein de la littérature de l’imaginaire. Du coup, j’ai été ravie de la suivre !

Argument n°3 : des tomes courts.
Chaque volume compte +- 200 pages pour 14.90 euros par tête. Il s’agit de romans courts, ce qui apporte beaucoup de dynamisme à l’histoire. On ne s’ennuie pas une seconde, les chapitres alternent les points de vue et sont clairs, directs. L’autrice évite les digressions inutiles et on peut dévorer ses écrits d’une traite si on le souhaite. Pour moi qui ai du mal à me poser à lire pour le moment, c’est sans conteste un point fort.

La conclusion de l’ombre :
Si vous cherchez un récit d’aventure qui se déroule dans un Japon alternatif au sein d’une période moyenâgeuse où des créatures tirées du folklore mythologique japonais sont présentes, vous ne devez pas passer à côté de cette série aux multiples rebondissements. Certes, le déroulement de l’intrigue reste relativement classique mais l’univers et le travail sur les personnages suffisent largement à fournir une trilogie de qualité.

N’hésitez donc pas à soutenir à la fois une autrice française et un éditeur indépendant en commandant Les héritiers d’Higashi directement sur leur site Internet.

La maison au milieu de la mer céruléenne – TJ Klune

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La maison au milieu de la mer céruléenne
est un one-shot fantasy écrit par l’auteur américain TJ Klune. Publié par de Saxus (qui n’a pas de site Internet ?) vous pourrez trouver ce texte partout en librairie au prix de 18.90 euros.

Il y a parfois des romans dont j’ai envie de vous parler sans pour autant me livrer à une analyse précise de son contenu ni de le décortiquer parce que j’estime que ça détruirait la magie dont on a tous.te bien besoin. Ce sont des romans qui accélèrent notre rythme cardiaque, qui font monter les larmes aux yeux. Des romans qu’on n’a pas envie de refermer alors même que la nuit avance, que l’aube se rapproche et avec elle, la nécessité de se lever. Des romans qui laissent une trace indélébile dans l’esprit d’un.e lecteur.ice.

C’est ce qu’a été La maison au milieu de la mer céruléenne pour moi.

La chronique de Sabine a été mon déclencheur. J’avais vu passer le roman sur les réseaux sociaux sans que le titre ne m’inspire quoi que ce soit. J’ignorais jusqu’à son résumé et j’avoue que ça ne m’intéressait pas plus que ça. Il s’était perdu dans la masse mais cette chronique a tout changé, me donnant envie de le lire. J’ai quand même attendu quelques semaines après ça, peut-être par crainte que le texte ne tienne pas ses promesses.

Et pourtant…

De quoi ça parle ?
Linus Baker a la quarantaine, il vit seul avec une chatte au fort caractère et travaille au MJM, le Ministère de la Jeunesse Magique. Il est inspecteur et se rend dans les orphelinats un peu particuliers pour s’assurer qu’on y traite bien les enfants. Un jour, ses supérieurs l’envoient sur l’île de Marsyas, un lieu très secret où résident six enfants plus que spéciaux. Sans parler du directeur… Réussira-t-il à faire son travail de manière aussi objective que d’habitude ?

Un coup de cœur.
Dés les premières pages, j’ai été envoutée par l’écriture de TJ Klune qui me semble superbement traduite par Cécile Tasson. On y perçoit une forme de magie dans cette narration à la troisième personne concentrée sur Linus et riche d’une inimitable personnalité. Il y a des auteur.ices capables de donner vie à leurs mots, qui ne se contentent pas de décrire froidement un décor ou une ambiance. C’est parfois léger, parfois plus marqué et je suis très sensible à cela. Pour vous donner une idée, j’ai ressenti le même genre de plaisir et de satisfaction qu’en lisant Magic Charly d’Audrey Alwett.

Ici, l’auteur choisit de mettre en scène un quarantenaire comme les autres qui n’est pas un canon de beauté, souffre d’un surpoids et n’a rien qui le sort de l’ordinaire, si ce n’est sa conscience professionnelle et son bon fond. Le lecteur avance dans les pas de Linus, Linus qui rêve de la mer, Linus qui est enfermé dans un travail ingrat avec des collègues sans intérêts et une superviseuse incompétente. Linus personnifie le désenchantement qu’on peut ressentir en tant qu’employé, que ce soit ou non pour le service public, avec ce sentiment d’absurdité, de vain, pour les tâches qu’on peut nous confier. Son arrivée sur l’île va lui apporter une bouffée d’air frais et lui permettre de se plonger dans un monde littéralement magique. Linus est un protagoniste comme j’aimerais en voir plus qui est traité avec respect par son auteur. À aucun moment il n’y a de bodyshaming dans ce roman et ça fait un bien fou !

Linus est déjà un personnage très réussit mais que dire des enfants ? Chacun possède sa personnalité, son histoire et ses rêves. Ils vivent intensément au sein des pages de TJ Klune et touchent, font sourire, rire parfois. Il y a Talia, une gnome barbue qui adore jardiner et menacer celleux qui l’ennuient avec sa pelle. Il y a Phee, une esprit de la forêt qui ferait tout pour protéger les siens. Il y a Théodore, une vouivre qu’on pourrait confondre avec un animal mais qui rappelle que le fait de ne pas partager le même langage ne signifie pas l’absence de raisonnement complexe. Il y a Chauncey, une créature inconnue qui rêve de devenir groom parce qu’il veut plus que tout aider les gens. Il y a Sal, un enfant capable de se métamorphoser en chien qui a beaucoup souffert et manque cruellement de confiance en lui à force d’avoir été transporté d’un foyer à l’autre. Et il y a Lucy, Lucy à l’illustre ascendance qui porte le poids d’un héritage trop grand, possède un humour noir douteux mais adore la musique… Je me suis attachée à chacun d’eux à une vitesse folle. Je tournais les pages comme si je vivais moi-même à leurs côtés, pressée de découvrir ce qui allait leur arriver.

La maison au milieu de la mer céruléenne, c’est finalement l’histoire d’un homme qui se bat à sa hauteur pour changer le regard qu’on porte sur ces enfants particuliers. L’histoire d’un petit employé de bureau endoctriné qui déploie ses ailes et qui apprend autant au contact des enfants qu’eux au sien. L’histoire de six enfants qui décident de former ensemble une famille. Une histoire sur la tolérance, sur l’espoir et sur l’amour aussi, l’amour qu’on ressent sur un plan filial sans que les liens du sang y soient pour quoi que ce soit et l’amour romantique envers une personne qui parait parfaite malgré ses défauts et ses cicatrices. Je ne suis pas adepte de la romance mais celle présente dans le livre est tellement subtile et belle que j’ai versé ma petite larme, sans compter qu’elle n’envahit pas inutilement l’histoire en écrasant tout le reste sur son passage, au contraire.

Ce roman est beau, voilà. Une beauté touchante qui laisse sa marque sur notre cœur en papier, fin et fragile. Terry Brooks écrivait à son sujet qu’il vous redonnera foi en l’humanité et je trouve qu’il a parfaitement raison. C’est l’un des plus beaux livres que j’ai pu lire et j’espère sincèrement que beaucoup d’entre vous lui laisseront une chance.

D’autres avis : Temps de motsFourbis et têtologieSometimes a book – vous ?

Contes hybrides – Lionel Davoust

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Contes hybrides
est un recueil de trois nouvelles écrites par l’auteur français Lionel Davoust. Publié aux éditions 1115, vous le trouverez sur la boutique de l’éditeur au prix de 7 euros au format papier.

Lionel Davoust est un auteur que j’apprécie beaucoup sur un plan humain comme artistique. J’ai déjà eu l’occasion de lire sa prose à plusieurs reprises : avec sa nouvelle Les Questions dangereuses (ActuSF), son recueil La route de la conquête (Critic), son roman Port d’âme (au format poche, que j’ai mis de côté pour le lire à un meilleur moment) et son essai Comment écrire de la fiction (chez Argyll, que je n’ai pas chroniqué mais qui est très bon). Je me suis jusqu’ici plus volontiers retrouvée dans ses textes courts et dans son essai. Je me lançais donc dans la découverte de ce recueil avec une certaine dose de confiance bien que j’ignorais totalement à quoi m’attendre, n’ayant une fois de plus pas lu le résumé avant d’acheter l’ouvrage.

Sommaire :
Le sang du large
Point de sauvegarde
Bienvenue à Magicland

Le sang du large :
Ce recueil commence fort avec l’histoire d’un auteur en souffrance qui remet son art en question. Quelques lignes seulement ont suffit pour que je me retrouve dans ce personnage, avec ses doutes, sa procrastination chronique et son sentiment de n’avoir plus rien d’intéressant à raconter. J’en étais au point où je soupçonnais Lionel Davoust de lire dans mes pensées tant il a retranscrit à la perfection mes émotions et mes pensées de ces derniers mois vis à vis de l’écriture.

Cet auteur (celui de l’histoire, pas Lionel Davoust ! Enfin, je pense…) vit sur une île isolée et, un soir de tempête, il entend un chant magnifique avant d’apercevoir la créature dont il provient. Cette sirène va devenir son obsession car il a toujours cru à la magie et en avoir la preuve sous les yeux, c’est quand même quelque chose. Cet aspect-là aussi m’a touchée puisque, comme ce personnage, je pense sincèrement que l’absence de preuves n’invalide pas la présence du surnaturel. Finalement, Lionel Davoust met sur papier tout ce qui constitue, je pense, les troubles d’un écrivain moderne et ses fantasmes quand il s’agit d’un.e auteur.ice de l’imaginaire. Brillant ! Il place la barre très haut pour commencer.

Point de sauvegarde :
On quitte radicalement le genre du fantastique pour se lancer dans la science-fiction militaire. À nouveau, le récit est à la première personne et raconte une mission du point de vue d’un cyborg. Lui et deux autres soldats sont chargés d’infiltrer une base ennemie en Amérique du Sud (enfin j’en ai déduit que c’était là-bas mais je me trompe peut-être) où, évidemment, tout ne se passera pas comme prévu.

La nouvelle commence de manière plutôt classique et rappelle un peu le principe du Vieil Homme et la Guerre de Scalzi sauf qu’ici, l’armée propose à des condamnés à mort (au lieu de personnes âgées) de copier leur cerveau pour l’installer dans des corps cybernétiques, afin de servir la nation s’ils le souhaitent. Le lecteur comprend rapidement que les trois soldats sont en réalité plutôt jeunes et qu’en guise de criminels, on a surtout des gamins paumés avec une enfance difficile.

Je dois avouer ne pas avoir grand chose à dire sur ce texte si ce n’est qu’il souffre de la comparaison avec le précédent. Ce qui est aberrant, j’entends bien, puisqu’ils n’ont rien avoir l’un avec l’autre mais Le sang du large m’a tellement parlé que j’attendais quelque chose d’aussi fort ici, ce qui n’a pas été le cas. On est sur du bon divertissement, avec une ambiance qui rappelle Demande d’extraction de Rich Larson, nouvelle parue dans le 102e Bifrost. C’est efficace mais oubliable.

Bienvenue à Magicland :
Après le fantastique et la science-fiction, voici de la fantasy…. et de la bonne, s’il vous plait ! Garam est un troll qui travaille à Magicland, une sorte de zoo pour créatures fabuleuses. Garam est obsédé par les licornes et rêve de devenir soigneur pour ces animaux si particuliers. La nouvelle est divisée en quatre saison, chacune contenant une scène du quotidien de Garam à Magicland et un extrait de sa conversation avec son psy.

Parce que oui, Garam voit un psy pour apprendre à gérer sa colère. Ce troll n’aime pas trop ses semblables, qu’il trouve dans l’ensemble stupides et irrespectueux. On sent, au fil des pages et des scènes, cette grande rage qui l’habite et on ne peut qu’éprouver de l’empathie pour lui. Moi, en tout cas, j’en ai ressenti tout au long de ma lecture et j’ai trouvé chacune de ses réflexions sur les autres très pertinentes. Devrais-je me faire soigner ?

Bienvenue à Magicland est une nouvelle d’une richesse extraordinaire qui, en une vingtaine de pages (sur ma liseuse) aborde la question du bienêtre animal, notre tendance à anthropomorphiser les animaux (et à tout ramener à nous, bien sûr), notre rapport à autrui, la gestion d’un mal-être moderne, le tout à travers le personnage d’un troll qui aurait tout aussi bien pu être humain tant tout ce qu’il ressent m’a parlé. J’ai été enchantée par ce texte qui déborde d’originalité, également au niveau de son bestiaire puisque Lionel Davoust propose des licornes carnivores au mode de reproduction… inattendu ! Ce qui conduira à la chute de ce texte, que je qualifie volontiers de brillante.

La conclusion de l’ombre :
Au risque de radoter, Contes hybrides est selon moi un recueil de grande qualité. Lionel Davoust propose trois histoires courtes dans chacun des grands genres littéraires de l’imaginaire, rappelant ainsi son talent pour ce format qui n’était déjà plus à prouver depuis Les questions dangereuses. Je me suis interrogée quant à la pertinence d’associer ces trois récits les uns aux autres mais, en y repensant, chaque histoire aborde un aspect de l’imaginaire et met en garde le lecteur sur l’importance de préserver le rêve, la magie mais aussi les cultures anciennes. Je ne peux que chaleureusement vous recommander la lecture de cet ouvrage !

D’autres avis : La bibliothèque d’AelinelAu pays des cave trollsL’Épaule d’OrionLe syndrome QuicksonLes chroniques du Chroniqueur – vous ?

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#S4F3s7 : 21e lecture

Yellow Jessamine, secrets empoisonnés – Caitlin Starling

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Yellow Jessamine, secrets empoisonnés
est une novella de fantasy gothique écrite par l’autrice américaine Caitlin Starling et traduite par Hélène Mathis. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la collection Griffe Sombre, vous trouverez ce texte sur leur site internet au prix de 14.90 euros.

Cette novella traine depuis début d’année (moment de sa sortie) dans ma PàL sans que je puisse expliquer pour quelle raison j’ai attendu autant pour l’en tirer. Je le regrette après coup car il rejoint le rang des pépites dénichées par les éditions du Chat Noir dans la littérature anglosaxonne. On peut dire que l’éditrice a un sacré flair là-dessus car il est très rare (bien que ce soit déjà arrivé) que je sois déçue par l’une de leurs traductions.

De quoi ça parle ?
Lady Evelyn Perdanu dirige une société de transport maritime depuis la ville fictive de Delphinium (qui est le nom d’une plante, la boucle est bouclée !). La cité subit un blocus suite à une révolution au sein de l’Empire, ce qui l’isole de plus en plus. Pour ne rien arranger, une étrange maladie se répand, plongeant les personnes atteintes dans une étrange catatonie. Pour plusieurs raisons, Evelyn est certaine d’être liée à cette épidémie et tente de s’en protéger en s’enfermant dans son manoir où elle étouffe sous le poids de ses secrets.

Une fantasy gothique de haute volée.
Voilà un moment que je n’avais pas eu l’occasion de lire un texte gothique aussi bien maîtrisé. Il ne faut que quelques pages à l’autrice pour poser une ambiance sombre et angoissante, qui titillera les instincts claustrophobes des lecteurices les plus sensibles. Cette ambiance est la plus grande force de ce texte selon moi car on sent l’inévitable se rapprocher à chaque inspiration, à l’instar d’Evelyn qui sent la Mort venir et tente par tous les moyens de la repousser. Le lecteur s’interroge alors : qu’est-ce qui tient du réel ? Qu’est-ce qui tient de la paranoïa d’Evelyn ? Et qu’est-ce qui appartient véritablement au registre du surnaturel ? Car l’un des trois mots apparaissant sur la quatrième de couverture pour décrire ce roman est « folie » et on peut dire qu’elle prend en effet une ampleur considérable à mesure qu’on tourne les dernières pages…

Pour vous donner une idée, la novella s’ouvre sur un navire en train de brûler au large de la ville, après que des cas de peste s’y soient déclarés. Evelyn est alors appelée au port car il s’avère que le Vérité, l’un de ses propres navires, subit aussi les assauts d’une étrange maladie. Le ton est donné dés les premières lignes !

L’autre grande force de Yellow Jessamine est justement ce personnage d’Evelyn Perdanu, devenue héritière de cette compagnie maritime par la force des choses (tous les membres de sa famille meurent mystérieusement les uns après les autres) et spécialiste en botanique. Cette compétence lui permet de préparer des remèdes comme des poisons. Toute vêtue de noir, elle porte le voile du deuil depuis plus de vingt ans et n’a rien d’une héroïne classique. Deux facettes s’affrontent en elle : d’un côté son visage public, froid et digne, qui inspire une forme de respect pervertie par la crainte car son aide se révèle à double tranchant. De l’autre, c’est une personne fragile qui aspire simplement à être aimée, comprise, une attention que lui donne Violetta, son assistante. J’ai trouvé leur relation tragique et touchante, c’est la première fois depuis longtemps que je suis un duo uniquement féminin où aucun homme ne se mêle de leur dynamique. C’est rafraichissant. Bien évidemment, de nombreux secrets, sombres et empoisonnés, tournent autour de ce personnage, justifiant le sous-titre évocateur de la novella.

Pour ne rien gâcher, l’objet livre est, comme toujours, soigné. La couverture est identique à la version originale et on comprend pourquoi en lisant Yellow Jessamine. J’ai rarement vu une illustration coller à ce point au contenu ! Quant à l’intérieur, on reste sur une mise en page plus classique mais on retrouve tout de même quelques plantes illustrées, comme dans un livre de botanique. Des plantes, évidemment, liées à l’intrigue…

Tous ces éléments et d’autres que je vais taire pour ne pas gâcher votre lecture font de Yellow Jessamine une pépite dans le genre gothique que je recommande plus que chaudement.

D’autres avis : Livraisons LittérairesZoé prend la plume – vous ?

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#S4F3s7 : 4e lecture

#ProjetOmbre : { La Hyène, la Sorcière et le Garde-manger – Aeph & Codaleia }

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La Hyène, la Sorcière et le Garde-manger
est une nouvelle de fantasy un peu parodique écrite par l’auteur français Aeph et illustrée par l’artiste Codaleia. Publié par YBY éditions, vous pouvez vous procurer ce titre en soutenant le projet sur Ulule du 3 mai au 5 juin 2021 !
Je remercie Ophélie et YBY éditions pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Dans le lointain royaume de Rosevelle, Gertrude, l’aînée du roi, n’est pas une princesse ordinaire. Elle aime la musique forte, la nourriture et surtout, sa petite amie Amélia. Ce qu’elle apprécie moins, en revanche, c’est la nouvelle épouse de son père qu’elle soupçonne de sorcellerie. Hélas, quand on cherche des noises à Corvinia de Maleganza, on la trouve !

Une nouvelle de fantasy moderne qui donne la pêche.
Voilà comment je qualifie ce texte de plus ou moins quarante-cinq pages sur ma liseuse. L’auteur pose rapidement les bases d’un univers classique : un royaume, un roi veuf qui a plusieurs filles dont une différente de la norme et qui vient de se remarier avec une femme un peu louche. C’est vu et revu. Pourtant, Aeph va judicieusement utiliser ces lieux-communs en y apportant des petits traits d’humour mais également en soignant ses personnages qui, au final, ne tombent jamais dans les stéréotypes qu’on imagine voir venir. Attendez-vous à de la surprise !

La protagoniste principale de l’histoire s’appelle Gert (diminutif de Gertrude, au cas où vous vous poseriez la question) : une princesse différente de ses sœurs, avec des cheveux violets, qui fait le mur pour aller voir un groupe de musique féminin plutôt hardcore, qui aime s’habiller en homme et piquer la nuit de quoi manger dans les cuisines sans se préoccuper de sa ligne ou de la douceur de sa peau. Je n’ai eu aucun mal à m’identifier à Gert en l’espace de quelques lignes ! J’avais pourtant la crainte d’être confrontée à un stéréotype, que les thématiques soient abordées de manière maladroite mais il n’en est rien et ça a été l’une de mes plus belles surprises avec ce texte court.

La Hyène, la Sorcière et le Garde-manger, c’est donc une histoire de famille (royale) mais aussi d’amour où on s’interroge sur la différence de statut social au sein d’un couple, sur les comportements problématiques, sur la remise en question et sur les préjugés qu’on peut construire à l’encontre de certain/e en se basant sur leur apparence. Je ne souhaite pourtant pas la réduire à cela car l’auteur, en peu de pages, parvient à toucher bien des sujets et à mettre en scène un couple lesbien aussi solide qu’attachant.

J’aimerais vous en dire davantage, souligner à quel point j’ai apprécié l’épilogue, relever comme la dernière phrase de Gert m’a donné envie d’applaudir l’auteur pour ne pas être tombé dans le piège que je craignais, vous chanter comme j’ai passé une très jolie heure de lecture avec ce texte et me réjouir qu’il existe une structure pour publier de telles histoires.

Mais j’ai aussi et surtout envie que vous puissiez le découvrir par vous-même avec un plaisir au moins aussi grand que le mien. Alors je vous invite à laisser sa chance à la Hyène, la Sorcière et le Garde-manger. Si vous avez envie de sourire, si vous voulez lire une chouette histoire dynamique, suivre une héroïne bien construite à laquelle on s’identifie facilement et si vous aimez la diversité, alors c’est très clairement un texte parfait pour vous !

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