La première loi #3 dernier combat – Joe Abercrombie

8
Dernier combat
est le troisième tome de la trilogie La première loi écrite par l’auteur anglais Joe Abercrombie. Publié chez Bragelonne au format poche, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 9.20 euros.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà chroniqué le premier et le second tome.
En quelques mots, j’avais trouvé le premier tome très intéressant au niveau des personnages mais beaucoup trop long à se mettre en place et à développer son intrigue. Je déplorais, de plus, l’absence de personnages féminins intéressants / remarquables. Le second volume avait dans l’ensemble gommé ces défauts et me laissait très enthousiaste quant à la lecture du troisième…
Dans celui-ci, Logen retourne au Nord pour régler ses comptes avec Bethod et a la bonne surprise d’y retrouver ses vieux amis qu’il pensait morts. Glokta, de son côté, se démène pour ramener le plus de voix possibles dans le giron de l’Insigne Lecteur puisque le roi est mourant et qu’un vote va être organisé pour élire son successeur. Quant à Jezal, il retrouve Ardee mais tout ne se passe pas comme il l’imaginait dans ses fantasmes au Bout du Monde, encore moins quand de grands secrets vont être révélés et bouleverser complètement son destin…

Mon sentiment global sur ce troisième tome.
Je ne vais pas vous reparler de l’univers ou des personnages car j’ai déjà longuement écrit à ce sujet dans mes deux autres billets. En règle générale, lorsqu’on lit la chronique d’une fin de saga, c’est soit qu’on l’a lu soi-même et qu’on est curieux de savoir ce que d’autres en pensent, soit qu’on souhaite s’assurer que la découverte vaut bien le coup. Si j’ai dans l’ensemble beaucoup aimé pour plein de raisons sur lesquelles je vais revenir, je suis quand même un peu déçue du final.

Un final qui semble d’ailleurs paradoxalement ne jamais arriver puisque quand les Gurkhiens finissent par être repoussés et que la capitale termine (presque) en ruines pour plusieurs raisons, l’auteur enchaine les chapitres qui ont un goût de chapitre final pour tout qui les découvre, sauf qu’il y en a d’autres qui arrivent derrière si bien que j’avais du mal à savoir à quoi m’en tenir. Ce n’est pas fondamentalement grave en soi puisque Joe Abercrombie laisse la part belle à Glokta (qui est mon personnage préféré) mais le dernier chapitre consacré à Jezal, par exemple, ne ressemblait justement pas à un dernier chapitre.

Et que dire à ce sujet de l’épilogue qui propose une fin ouverte… Et même trop ouverte ? Je n’ai rien contre en soi mais là, il y a quand même une limite. L’arc concernant le Nord me laisse d’ailleurs globalement un goût d’inachevé en bouche mais peut-être que d’autres romans vont s’y passer ? Comme je lis la bibliographie de l’auteur dans l’ordre chronologique, difficile de l’affirmer.

À la lecture de ces lignes, on pourrait penser que j’ai apprécié ma lecture, sans plus (et encore), mais ce n’est pas le cas. J’ai vraiment passé un excellent moment dans l’univers grimdark (selon la classification Apophis) proposé par Joe Abercrombie. Ma première impression sur l’auteur est qu’il soigne ses personnages, leur psychologie, leur développement, parfois au détriment du rythme de l’intrigue. Toutefois, les personnages sont, à mes yeux, un élément très important de tout bon récit donc cela ne me dérange pas, sans compter qu’il est assez rare de croiser des auteurs capables de proposer des anti-héros aussi aboutis. De plus, Joe Abercrombie se révèle plutôt doué pour immerger son lecteur dans la guerre et les combats, ce que j’apprécie tout particulièrement. Dommage qu’il ne déploie pas le même talent pour les arts magiques puisque, comme le dira si justement Bayaz, personne ne prend la réelle mesure de l’exploit qu’il a accompli et que je n’ai, personnellement, à aucun moment ressenti comme tel puisque les personnages qui y assistent n’ont pas les connaissances requises pour nous faire prendre conscience de l’étendue de ce que ça peut représenter. Dans l’ensemble, le Premier Mage et toute cette histoire de Première Loi tombent à plat et c’est un peu dommage. J’en viens à me demander pourquoi la trilogie porte ce titre puisque ça reste une partie assez mineure de ce que nous raconte l’auteur.

Je me dis que Joe Abercrombie a peut-être voulu se montrer trop ambitieux, trop en mettre en une fois dans une seule saga, ce qui est un défaut récurrent chez les auteurs qui débutent (pour rappel, c’est sa première trilogie). J’ai tout de même apprécié le voyage rien que pour l’extraordinaire personnage de Sand Dan Glokta qui m’a profondément marquée en tant que lectrice. J’ai trouvé son concept et son évolution vraiment soignés, complexes, le rendant touchant et terrifiant à la fois. Un anti-héros dans toute sa splendeur comme j’aimerais en voir plus souvent !

Concernant ce troisième tome en lui-même, il approche les 900 pages au format poche et on ne les sent pas passer, même une fois les grands évènements achevés. Les rebondissements sont très nombreux et je n’en ai pas vu venir la plupart. Il se passe toujours quelque chose, plus aucun temps mort (contrairement au tome 1), difficile de reposer le roman pour souffler tant je me suis passionnée par ce que je lisais. Cela peut paraître contradictoire avec ce que j’ai écrit plus haut mais trouver des défauts à une lecture n’empêche pas de se laisser emporter dedans. Enfin, pas systématiquement.

À quel type de lecteur conseiller cette saga ?
Au fond, c’est également ce qu’on attend (je pense) d’une chronique sur une fin de saga ! Quel type de lecture ravira cette trilogie ? Tout d’abord je dirais qu’il ne faut pas craindre les longueurs ni les pavés. Il ne faudra pas non plus attendre un world building original ni un magic building renversant car le premier est assez classique (ce qui ne signifie pas mauvais, juste déjà vu) et le second vraiment trop flou pour que cette partie de l’intrigue ait un réel impact, malgré le titre. Il sera également important si pas nécessaire d’apprécier l’aspect militaire d’une intrigue puisque Joe Abercrombie décrit bon nombre de batailles, de sièges, de duels, tout au long de sa trilogie. À cet aspect militaire s’ajoute une ambiance plutôt sombre, violente et crue, qu’on retrouve dans le genre grimdark, et des anti-héros aux commandes de la narration. C’est quelque chose qui m’enthousiasme et me séduit mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde. De plus, même si quelques personnages féminins sont présents et développés, La première loi reste une saga très masculine, ce qui peut déranger certain/e.

La conclusion de l’ombre
Pour conclure, je dois dire que je n’ai pas le moindre regret de m’être laissée convaincre par Apophis et Julie (ma libraire que vous pouvez retrouver sur la Brigade Éclectique) de découvrir cet auteur. En commençant par sa première trilogie et en le voyant évoluer de tome en tome, je ne peux qu’attendre avec impatience de découvrir le prochain texte sur ma liste (Servir froid, pour rester dans la chronologie) afin de voir ce que ce talentueux auteur nous réserve avec cette expérience gagnée.

D’autres avis : Le culte d’Apophisl’ours inculteLe Bibliocosme (Boudicca) – vous ?

La Première Loi #2 Haut et court – Joe Abercrombie

Haut et Court (31) (P).indd
Haut et court
est le second tome de la trilogie de La Première Loi écrite par l’auteur britannique Joe Abercrombie. Publié chez Bragelonne au format poche, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 9.20 euros.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai récemment parlé du premier tome.
Dans celui-ci, l’intrigue se divise entre trois groupes à trois endroits du monde. On va suivre Glokta, envoyé dans la ville de Dagoska pour trouver ce qui est advenu du Supérieur de l’Inquisition local et repousser les Glurkiens qui se massent aux portes, bien décidés à conquérir la cité. On retrouvera également le Nord avec le Colonel West et l’ancienne bande de Logen, à présent dirigée par Séquoia, qui doivent affronter les troupes de Bethold avec, à leur tête, un prince héritier pas franchement qualifié (coucou, ceci est l’euphémisme de l’année). Et enfin, nous marcherons sur les pas de Bayaz et du groupe hétéroclite qu’il a rassemblé : Logen, Luthar, Ferro, Long-Pied et Quai, en route pour le bout du monde où ils espèrent dénicher une arme magique ancienne capable de ramener un semblant d’ordre dans tout ce chaos.

Des personnages qui évoluent.
À l’instar du premier tome, la grande force de celui-ci reste ses personnages et leur évolution. L’Inquisiteur Glokta par exemple, devenu Supérieur de la ville de Dagoska, continue d’obéir à l’Insigne Lecteur mais de moins en moins aveuglément. Les évènements lui permettent de se rendre compte de la vacuité de certaines décisions et de développer des soupçons, à peine esquissés pour le moment mais qui, je n’en doute pas, trouveront tout leur intérêt dans le troisième tome. Il conserve son cynisme qui faisait tout son charme et se complexifie. On découvre aussi une facette de cet homme pas totalement dépourvu de compassion finalement, même si ça ne joue pas tant que ça en sa faveur…

Glokta constitue un premier point de vue que l’on suit. Un second est celui du groupe de Nordiques, anciennement sous la direction de Logen (chacun pense que l’autre est mort alors que non) et à présent avec Séquoia comme chef. À la fin du premier tome, ils se décidaient à rejoindre les soldats de l’Union pour combattre Bethod et vont pas mal déchanter en voyant qui est à la tête de l’ensemble. Deux personnages se détachent : West, qui permet de voir ce qui se passe dans les rangs de l’Union et d’avoir régulièrement envie d’étouffer le prince Ladisla dans la neige, ainsi que Renifleur, pour s’attarder sur une vision Nordique du fonctionnement de l’Union et surtout, du groupe d’Hommes Nommés. J’ai beaucoup apprécié suivre davantage ces personnages qui étaient un peu occultés par l’ego de Lothar (pour West) dans le premier volume ou tout simplement par les évènements (pour les autres).

Dernier groupe et non des moindres, celui formé par Bayaz pour se rendre sur une île au Bout du Monde afin de s’emparer de la Graine, un morceau d’au-delà qui lui permettrait de réparer ses erreurs et de sauver le monde du chaos, grosso modo. Dés le départ, en tant que lecteur, on sent que quelque chose cloche avec cette quête mais elle a au moins le mérite de voir du paysage et de mettre un peu de plomb dans la tête de Lothar qui signe l’évolution la plus intéressante du roman. C’est aussi l’occasion de retrouver Logen, fidèle à lui-même et Ferro, dont la psychologie s’épaissit dans ce second volume. Je vais y revenir.

Davantage de personnages féminins.
Souvenez-vous, dans ma chronique du premier tome, je déplorais la quasi absence de personnages féminins. Ici, c’est beaucoup moins le cas ! On retrouve Ardee assez sporadiquement ainsi que la Tourmenteuse Vitari qui accompagne Glokta bien malgré lui. Ferro a droit à de nombreux chapitres de son point de vue (ce qui parvient à me la rendre très sympathique finalement alors qu’elle me gonflait dans le premier tome) et même du côté des Nordiques, on rencontre Cathil, ancienne prisonnière d’un pénitencier où West a du recruter du monde pour les forges de son armée, parce que personne n’a voulu lui laisser du personnel qualifié. Ces femmes sont aussi différentes les unes des autres qu’il est possible de l’être et possèdent une vraie personnalité, sans se définir en fonction d’un homme. Et pourtant, on a bien un ou deux intérêt… pas romantique (faut pas abuser, enfin… c’est compliqué et c’est ça qui est beau : la nuance) mais disons, charnel, sans que ça ne paraisse forcé, voyeuriste ou inutile. Que du contraire ! Une belle évolution donc.

Une intrigue sans temps morts.
Si je reprochais au premier tome de compter un certain nombre de longueurs et de (trop) prendre son temps pour poser les différents personnages et enjeux, ce volume ne souffre pas, selon moi, du même souci. Les pages se tournent sans en avoir l’air et j’ai même l’impression que le découpage des chapitres est mieux maîtrisé, plus dynamique, avec un format un brin plus court mais qui fonctionne admirablement, sur moi en tout cas. Je n’ai pas senti les pages se tourner et je suis arrivée à la fin un peu surprise d’y être déjà. Sans exagérer, j’ai dévoré ce tome et je me réjouis de découvrir la conclusion de cette première trilogie de Joe Abercrombie.

La conclusion de l’ombre :
Haut et court est le second tome de La Première Loi et propose une suite qui dépasse largement Premier Sang. Les quelques défauts relevés (des longueurs, des personnages féminins quasiment absents) ont tous été gommés par l’auteur et ce, avec brio. Je me suis régalée avec cette suite et je ne vais pas tarder à lire la conclusion. Voilà une saga de fantasy tout à fait recommandable !

D’autres avis : Le culte d’ApophisL’ours inculteLe Bibliocosme (Boudicca) – vous ?

L’anti-magicien #2 l’ombre au noir – Sébastien de Castell

l_anti-magicien_tome_2_l_ombre_au_noir-1104627-264-432
L’ombre au noir
est le second tome de la saga l’Anti-magicien écrite par Sébastien de Castell. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce tome au prix de 18 euros partout en librairie.

Rappelez-vous, je vous ai récemment évoqué le tome 1.
Attention, puisqu’il s’agit d’une suite, cette chronique risque de contenir quelques éléments d’intrigue même si je fais en sorte de l’éviter au maximum.

De quoi ça parle ?
Kelen a suivi Furia jusque dans les terres de la Frontière en espérant échapper aux mercenaires qui cherchent à le tuer. Pourquoi ? Et bien parce que Kelen a l’ombre au noir, une terrible malédiction qui infecte certains mages et les ronge jusqu’à les rendre fous. Évidemment, si Kelen traine du côté de la Frontière, c’est aussi dans l’espoir de trouver une solution à son problème. Et, comme par hasard, il rencontre une jeune fille atteinte du même mal que lui.

Une ambiance à la mode de l’Ouest.
C’est le premier élément qui m’a frappé dans ce tome. On quitte l’Arcanocratie Jan’tep pour plonger dans les territoires de la Frontière dont le descriptif n’est pas sans rappeler une esthétique très western, que ce soit par la présence de saloons, du sable, de gens un peu barbares et agressifs, de mauvais alcool… Cette esthétique se heurte à celle de l’Académie construite à Teleidos, ville où se déroule la majeure partie de l’intrigue. Cette Académie part d’un beau rêve : celui de réunir les enfants des familles puissantes du monde entier afin qu’ils apprennent ensemble et, à terme, qu’ils puissent former un peuple plus uni en passant au-delà de leurs préjugés et de leurs différences. Une idée qui n’est visiblement pas au goût de tout le monde puisqu’un mystérieux groupe s’en prend aux enfants du directeur, Tynn et Seneira.

Seneira, c’est la jeune fille dont je vous parlais qui est également atteinte par l’ombre au noir et qui rencontre Kelen alors qu’il essaie tant bien que mal d’échapper à deux chasseurs de prime. Seneira est accompagnée par une Argosi surnommée Rosie, qui semble avoir un certain passif avec Furia. Ce tome sera l’occasion d’en apprendre davantage sur les différentes voies des Argosi et sur ce qu’appartenir à ce… peuple ? groupe ? signifie.

Toujours aussi addictif, mais…
À l’instar du premier tome, j’ai dévoré ce roman assez vite. Il ne faut pas se fier au nombre de pages, la mise en page de Gallimard ainsi que la tendance qu’a l’auteur d’écrire beaucoup de dialogues (ce que j’adore) font qu’on dévore ces romans à toute vitesse. Sébastien de Castell est décidément doué pour proposer une intrigue intéressante et faire en sorte que le lecteur s’intéresse au devenir de ses personnages. Les interactions entre eux sont d’ailleurs toujours aussi réussies, c’est vraiment le gros point fort de cet auteur selon moi.

Hélas, le plaisir que je prends à cette lecture détente ne m’empêche pas de relever quelques points qui me chagrinent. Déjà, cette tendance à toujours devoir inclure une histoire d’amour ou d’attirance. Ici, elle ne prend pas encore trop le pas sur l’intrigue mais elle sort vraiment de nulle part et n’apporte absolument rien au récit. Ensuite, certains évènements arrivent trop rapidement, comme par exemple ce qui concerne Revian. J’ai regretté de ne pas avoir pu davantage le connaître car son sort, du coup, me touche beaucoup moins que ce qu’il devrait. Enfin, les adultes dont le père de Seneira ont un peu trop tendance à se reposer sur Kelen et à le mettre sur une espèce de piédestal en lui adressant des propositions pour son avenir qui sortent elles aussi de nulle part et qui n’ont pas de vrai fond.

Cela ne m’a pas empêché de passer un bon moment de lecture mais c’est très clairement une saga que je lis pour me détendre, sans prise de tête, qui brille surtout pour son trio de personnages principaux : Kelen le paria, Furia l’Argosi et Rakis le chacureuil qui reste à ce jour une des meilleures bestioles / familiers que j’ai pu croiser dans un roman de fantasy.

La conclusion de l’ombre :
L’ombre au noir est le second volume de la saga l’Anti-magicien et est à la hauteur du précédent. L’auteur continue de proposer un trio de personnages intéressants à suivre ainsi qu’une intrigue sans temps morts, qui va peut-être même parfois un peu vite. Sébastien de Castell n’a rien perdu de son talent pour les dialogues, ce qui me réjouit ! En tout cas, une chose est sûre : quand on arrive à la fin, on n’a qu’une envie, enchaîner sur le tome 3 pour connaître la suite. Je l’ai donc commandé sans plus attendre chez mon libraire.

D’autres avis : l’ours inculteBookenstock (Phooka) – Museaurania – vous ?

La ville sans vent #2 la fille de la forêt – Éléonore Devillepoix

5
La fille de la forêt
est le second (et dernier) tome de la ville sans vent écrit par l’autrice française Éléonore Devillepoix. Publié par Hachette Romans, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 18 euros.
Je remercie NetGalley et les éditions Hachette pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome sur le blog !
L’histoire reprend pile à la fin du premier volume. Lastyanax part à la recherche d’Arka qui tente, de son côté, de retourner dans la forêt des Amazones pour échapper à la malédiction. Pendant ce temps, Hyperborée est prise d’assaut par des envahisseurs extérieurs et subit un froid hivernal sévère depuis la destruction du dôme.

Une suite à la hauteur du premier tome.
C’est ce que je me suis dit en terminant la lecture de ce roman. La fille de la forêt tient les promesses déjà esquissées dans le premier tome de ce diptyque puisqu’on y retrouve tous les ingrédients qui avaient su me séduire : un background maîtrisé et qui s’étoffe encore, des personnages attachants, une intrigue qui ne connaît aucun temps mort, une écriture fluide et agréable avec un enchainement des points de vue judicieux. Bref, l’autrice reste fidèle à elle-même et on l’en remercie. Pour plus de détails, je vous renvoie à ma chronique du premier volume.

Mais alors, que dire de plus ? Sur l’intrigue, rien car je ne souhaite pas gâcher votre plaisir de lecture en partageant mes réflexions sur tel ou tel personnage ou mon plaisir face aux multiples révélations et entrelacements qui existent entre les personnages de cette histoire. J’ai le sentiment que, plus qu’un tome 2, ce roman a été écrit comme un one-shot et scindé en deux volumes pour des questions éditoriales. Je me trompe peut-être, toutefois il aurait mérité une seule chronique pour l’ensemble, afin de fournir un article plus conséquent. Il y a tout de même un élément plus particulier sur lequel j’ai envie de m’arrêter.

Libération et image de la femme.
L’autrice a ici la bonne idée de pousser plus loin les thèmes déjà abordés dans le premier volume. Je vous parlais d’une société sexiste où Arka et Pyrrha dénotent par leur volonté de s’affirmer et où on craint le peuple des Amazones justement parce que ce sont des femmes puissantes. Femmes qui elles aussi tombent dans l’excès puisqu’elles bannissent les hommes, les méprisent et les exploitent quand elles ne les tuent tout simplement pas. Les évènements du premier volume sont prétexte à une évolution politique majeure en Hyperborée puisque des élections vont être organisées et que Pyrrha, une femme, va avoir le droit de s’y présenter ! Ses consœurs pourront même voter, sans distinction de classe sociale. Une petite révolution ! C’est l’occasion de tout un tas de réflexions pertinentes sur la politique, la libération de la femme, ses droits, son image… mais aussi de situations malaisantes qu’on vit pourtant au quotidien, sur base de sexisme ordinaire, de harcèlement de rue, etc. Éléonore Devillepoix dénonce mais elle le fait avec intelligence et subtilité en se servant de son intrigue et sans jamais trop en faire. C’est un point que j’ai vraiment beaucoup apprécié. Elle a, en plus, banni tout manichéisme puisqu’on a l’occasion de rencontrer plusieurs types de société et de remettre chaque système politique en question.

Par exemple, Arka a été élevée dans la société amazone qu’elle idéalise complètement. À mesure que le roman avance, elle prend toutefois conscience des exactions de ces dernières, de leur comportement guerrier et du fait que les sociétés tout autour d’elles existent pour la guerre et ne sont pas formatées pour la paix. C’est, je trouve, une réflexion vraiment pertinente et riche que propose l’autrice et je suis contente de la retrouver dans un roman pour adolescent car il peut ouvrir la voie à un beau travail scolaire. Si des profs de français passent par là…

La conclusion de l’ombre :
La fille de la forêt possède des qualités identiques à La ville sans vent dont il est la usite : une plume agréable, des personnages attachants et une intrigue bien rythmée. L’autrice tient ses promesses en proposant une suite qui se veut un vrai page-turner intelligent et engagé subtilement pour la cause des femmes et de l’égalité. Voilà un diptyque que je recommande chaudement à tout qui aime les univers originaux, les personnages adolescents qui en ont dans la cervelle et qui ont envie de vivre une aventure géniale bien au chaud sous un plaid. Parce que ça caille, quand même, à Hyperborée.

Le crépuscule des 5 piliers #1 le sang et la guerre – L. A. Braun

9782379100628
Le sang et la guerre
est le premier tome de la trilogie du crépuscule des 5 piliers écrite par l’autrice belge L. A. Braun. Publié par Livr’S Éditions dans sa collection fantasy, vous trouverez ce volume au prix de 19 euros sur leur site Internet et partout en librairie pour peu que vous passiez commande.

De quoi ça parle ?
Pour mettre fin à la guerre contre Akronia, la Duchesse d’Estaniel négocie un traité de paix qui conduira notamment au mariage de sa fille, Lithana, pourtant déjà fiancée à un autre. La jeune femme, élevée dans une cage dorée loin de toutes les difficultés, va devoir rapidement gagner en maturité pour survivre dans ce pays étranger. Pour ne rien arranger, la Sixte Pilastre, une secte agitatrice, commence à un peu trop faire parler d’elle à la capitale. L’avenir de Mérinéa est en train de se jouer.

Un écrin de qualité.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je me dois d’évoquer l’objet-livre en tant que tel. Il s’ouvre sur une carte en couleur du monde dans lequel se déroule l’histoire ainsi que sur un calendrier, lui aussi en couleur, qui explique l’organisation des jours, des années, du temps de manière générale. L’autrice a également pensé à un dramatis personae qui se trouve au début du livre et qui servira celles et ceux qui ont tendance à se perdre entre tous les noms. De plus, chaque en-tête de chapitre comporte une citation, extraite d’un livre ou d’un chant interne à la diégèse, qui permet de s’immerger davantage dans l’histoire. Le travail éditorial est assez remarquable pour que je prenne le temps de le souligner.

Un univers riche, une époque incertaine.
De prime abord le monde proposé par l’autrice semble se rattacher à la fantasy médiévale classique mais c’est un biais commun. Quand on pense fantasy, on a tendance à immédiatement penser à un univers médiéval, ce qui serait une erreur ici. Je ne jette la pierre à personne, je suis pareille ! On se rend rapidement compte que l’univers des 5 piliers emprunte surtout à la renaissance italienne : les noms, l’organisation en différents duchés sur un plan politique et social, le raffinement sur les arts… Renaissance, disais-je ? Peut-être même un début de révolution industrielle puisqu’on voit apparaître des oiseaux mécaniques, une distribution d’eau chaude et des voitures sans chevaux ainsi qu’un système politique assez évolué par rapport à ce qu’on peut rencontrer dans une fantasy plus classique, calquée sur un système féodal. Ainsi, en Mérinéa, on a des cartes de citoyens, l’égalité des sexes est établie, tout travail mérite salaire, personne ne surpasse qui que ce soit de par sa simple naissance. On évolue en pleine méritocratie !

Toutes ces idées contribuent à créer un univers à l’identité assez unique mais qui peut décontenancer car le lecteur perd, du coup, ses repères habituels.

Des personnages pluriels, des femmes à l’honneur.
Dans ce roman, les personnages dotés d’autorité sont majoritairement des femmes, qu’on soit en Mérinéa ou en Akronia. Elles sont présentes en haute politique, dans les hautes fonctions militaires, et ont accédé à leurs grades grâce à leurs compétences. L-A Braun propose des figures féminines fortes mais crédibles, variées dans leur traitement, subtiles par moment, qui sauront séduire le lecteur en fonction des affinités de chacun. Les hommes ne sont pas pour autant laissés de côté ou dépréciés, non. Ici, l’autrice va au-delà des questions de genre même si elle les aborde quand la société mérinéenne se confronte avec l’akronienne qui a un mode de fonctionnement assez différent, beaucoup plus porté sur les relations de pouvoirs et qui écrase les femmes si celles-ci ne sont pas porteuses de magie. La narration alterne d’ailleurs entre plusieurs points de vue avec des chapitres plutôt courts, ce qui permet d’en côtoyer un certain nombre.

Une écriture visuelle et un découpage presque cinématographique.
Comme je vous l’ai dit, j’ai lu le début de ce roman en bêta lecture et il a énormément évolué depuis, notamment sur le plan de l’écriture. Déjà, la découpe des chapitres est très dynamique et subdivisée en plusieurs scènes de trois ou quatre pages au plus, ce qui permet vraiment d’entrer dans le vif du sujet et de varier les points de vue. J’ai eu le sentiment que l’autrice préparait le terrain pour une adaptation télévisuelle tant le découpage était bien réalisé et rien laissé au hasard. De plus, elle a mis un soin méticuleux à présenter les éléments de décor ou le physique des personnages sans pour autant tomber dans une lourdeur toute zolaéenne. Oui ce terme n’existe pas mais vous voyez ce que je veux dire ! C’est un beau travail sur la forme du texte qui mérite, lui aussi, d’être souligné.

Un tome (trop) introductif.
J’ai rencontré avec le sang et la guerre le même souci qu’avec ma lecture du premier opus de Joe Abercrombie : c’est un tome d’introduction. Il sert à poser l’univers, les personnages, les enjeux mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand chose en terme d’action pure. Heureusement, la façon dont l’autrice écrit empêche le lecteur de trouver le temps long là où Abercrombie part plutôt sur des chapitres à rallonge mais il me semble nécessaire de soulever ce point car il peut gêner certains types de lecteur tout comme en attirer d’autres, celles et ceux qui adorent justement un rythme de croisière et qu’on s’arrête sur des détails.

La conclusion de l’ombre : 
Le sang et la guerre est le premier tome d’une trilogie qui s’avère assez prometteuse entre le travail éditorial réalisé sur l’objet-livre et le soin apporté par l’autrice à son univers global. Si ce tome est trop introductif à mon goût, il n’en est pas pour autant dénué de qualités grâce à sa modernité, notamment sur la représentation féminine. Un texte plus que recommandable pour les adeptes de fantasy !

D’autres avis : En tournant les pagesKiriiti’s blogBabelio – vous ?

La Première loi #1 Premier sang – Joe Abercrombie

13
Premier sang
est le premier tome de la trilogie la Première loi écrite par l’auteur anglais Joe Abercrombie. Publié chez Bragelonne au format poche, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 9.20 euros.

De quoi ça parle ?
L’Union a perdu sa grandeur d’antan et est menacée au nord comme au sud. C’est dans ce contexte incertain que le lecteur va suivre le destin de trois personnages : Logen Neuf-Doigts dit Neuf Sanglant, Nordique redouté et à raison. Le capitaine Jezal dan Luthar, noble de sang, escrimeur prometteur mais égoïste et fainéant ainsi que l’Inquisiteur Glokta, ancien héros de guerre revenu gravement estropié. Ces protagonistes vont se croiser grâce à Bayaz, le Premier des Mages, qui semble ourdir des plans pour l’avenir…

Un premier tome (très) introductif.
Introductif est l’adjectif qui convient le mieux pour qualifier Premier sang puisqu’en 717 pages (format poche) on ne peut pas dire qu’il se passe grand chose même si, paradoxalement, l’auteur met tout en place pour la suite, proposant des éléments a priori enthousiasmants.

Ici, donc, le lecteur se familiarise avec l’univers de la Première loi, un monde fantasy assez classique dans sa géographie et dans les peuples (tous humains) présentés. Concrètement, on y vit un tournoi d’escrime, on y voit quelques complots, on dénoue quelques mystères mais rien de bien grandiose ou de fondamentalement palpitant. On apprend également à connaître les personnages principaux et je dois avouer que ce sont eux qui incarnent, à mes yeux, le plus grand intérêt de ce roman en plus de tout le mystère qui plane autour de l’histoire du Créateur. Cette mythologie n’a rien de très original non plus à première vue toutefois elle est suffisamment bien amenée pour titiller ma curiosité.

Une fois la dernière page tournée, j’ai eu envie d’enchaîner sur le tome 2 pour savoir ce qui allait bien pouvoir leur arriver. Et heureusement qu’ils sont là puisque, comme je le disais, ce roman est assez introductif. Sans l’attrait ressenti pour les protagonistes, je n’aurais probablement pas été plus loin. Pas parce que le roman est mal écrit, mauvais ou que sais je mais simplement parce que je ne continue plus les sagas qui ne réussissent pas à suffisamment attiser ma curiosité.

Des personnages forts…
Le roman s’ouvre sur une course poursuite dans la forêt où Logen essaie de sauver sa peau face aux Shankas (un peuple étrange de prime abord) tentent de l’éliminer. Logen est un guerrier, un survivant. Il a tué beaucoup de gens dans sa vie, a un passif assez lourd mais on sent que l’âge l’a fait évoluer, l’âge et les épreuves probablement. Il a également la capacité de discuter avec les esprits même si ce don reste assez mystérieux (à quoi servira-t-il dans l’avenir ?) et rare dans cet univers.

Après Logen, place à Glokta qui est, sans hésitation, mon personnage préféré. Ancien héros de guerre, il a passé deux ans dans les geôles ennemies à être torturé avant qu’on ne le rende à l’Union. Il en a évidemment gardé des séquelles physiques importantes qui le laissent dans une souffrance perpétuelle. J’ai trouvé ce personnage fascinant puisqu’il incarne la chute d’un grand homme promis à un avenir brillant et qui ne baisse pas les bras pour autant. Son évolution au sein de ce tome est intéressante mais ce n’est pas la plus radicale…

Non, celle-ci revient au capitaine Jezal dan Luthar, stéréotype du noble arriviste qui a eu la chance d’être un peu doué pour l’escrime mais qui n’a pas forcément envie de fournir le moindre effort. Hautain, égoïste, un vrai con à qui on a envie de coller une paire de claques. Pourtant, à mesure que les chapitres avancent, le personnage s’épaissit, entame une évolution intéressante sur sa psychologie qui est assez prometteuse. À voir s’il continuera sur cette voie et ce que l’avenir lui réserve !

Et que dire de Bayaz, vu chaque fois par les yeux de quelqu’un d’autre ? Le Premier des Mages est l’un des seuls à user de magie dans les personnages rencontrés et on a du mal à lire en lui. Tantôt vieillard sympathique, tantôt homme irascible d’une puissance meurtrière (au point d’exploser – littéralement- ses ennemis), il est le moteur de tous les éléments esquissés dans Premier sang mais force est de constater qu’il entretient un peu trop bien le mystère autour de ses projets. En refermant ce roman, on n’en sait pas beaucoup plus qu’au départ.

… quasiment tous masculins.
C’est probablement un point qui va hérisser les lecteurs et lectrices potentiel(le)s puisqu’il n’y a quasiment aucune femme dans ce premier volume. La première avec une véritable importance apparait dans la seconde partie du roman en la personne d’une sauvage prénommée Ferro (qui m’a gonflée jusqu’aux derniers chapitres). La seule autre nommée qui a des dialogues est la sœur d’un ami de Jezal, Ardee, qui est plutôt atypique, mystérieuse, en souffrance et au sujet de laquelle on ne sait pas grand chose de concret en dehors des rumeurs qui peuvent courir. Le fait de ne la voir qu’à travers les yeux ou de Jezal ou de son frère joue assez pour entretenir ce sentiment d’indécision. Pourtant, ces deux femmes possèdent chacune un certain pouvoir, une puissance (brute pour Ferro, subtile pour Ardee), une influence non négligeable qui se renforcera probablement dans la suite. Du moins, je l’espère.

Sur un plan personnel, l’absence de représentation féminine ne m’a pas spécialement dérangée parce que je sais qu’en fantasy médiévale, c’est souvent comme ça et que c’est cohérent avec le type de société qui est représenté. Alors oui, on pourrait choisir de procéder autrement mais d’une, le roman est sorti pour la première fois il y a plus de quinze ans (l’air de rien les mentalités ont énormément évolué depuis donc je replace le roman dans son contexte) et de deux, les quelques portraits de femmes qui sont esquissés montrent que l’auteur ne les méprise pas, au contraire, du moins l’ai-je ressenti ainsi mais il faudra que cela se vérifie dans les tomes suivants. Si je le précise, c’est parce que je sais que ça compte beaucoup pour certain/es lecteur/ices donc il vaut mieux savoir dans quoi on s’engage.

Petit coup de gueule sur l’édition française.
Avant d’achever cette chronique je me dois de préciser un point qui m’a un peu agacée, à savoir le manque de relecture manifeste effectuée sur ce texte par la maison d’édition. Il reste un certain nombre de fautes, notamment sur les accords et même à certains moments, on a un mot à la place d’un autre. De plus, à plusieurs endroits, le saut de paragraphe est marqué en fin de page si bien qu’on ne comprend pas tout de suite qu’une ellipse a eu lieu au sein du récit. J’ai conscience que l’erreur est humaine mais pour une structure de la taille et de l’envergure de Bragelonne, je trouve ça très dommage qu’on ne fasse pas relire la maquette finale avant de l’envoyer à l’impression. Et malheureusement, ce n’est pas la première fois que cette mésaventure m’arrive avec un ouvrage de chez eux. Cela n’entame pas la qualité de l’écrit ni le travail de la traductrice mais je tenais tout de même à en parler.

La conclusion de l’ombre :
Premier sang est un tome très introductif pour le reste de la trilogie. Il s’agit ici de prendre ses marques avec l’univers et les personnages qu’on va suivre ainsi que de poser les premiers jalons d’une intrigue qui semble prometteuse. Ce sera à voir sur le long terme si tous les éléments mis en place par Joe Abercrombie tiennent la route et sont correctement exploités ! Heureusement, l’auteur pose des protagonistes suffisamment convaincants et intrigants pour me donner envie de découvrir la suite. Ce que je ne vais pas manquer de faire !

D’autres avis : Le culte d’ApophisBoudicca – l’ours inculte – Aelinel – vous ? (n’hésitez pas à vous manifester si j’ai loupé votre chronique !)

L’Anti-magicien #1 – Sébastien de Castell

gallimard508555-2018
L’Anti-magicien
est une saga de fantasy en cours qui compte actuellement 5 tomes en français et écrite par l’auteur canadien Sébastien de Castell. Publié chez Gallimard Jeunesse, vous trouverez ce premier tome (qui est l’objet de cette chronique) partout en librairie au prix de 18 euros.

De quoi ça parle ?
Kelen approche de ses 16 ans et est le fils d’un grand mage. Tout naturellement, il prépare ses épreuves pour obtenir son nom de mage. Hélas pour lui, ses maigres pouvoirs disparaissent petit à petit, ce qui va l’obliger à ruser -ce qui déclenchera au passage toute une série d’évènements dramatiques. Soutenu par Furia, une vagabonde sortie de nulle part, et par Rakis, un chacureuil féroce, Kelen va devoir remettre en question tout ce qu’il croyait savoir.

Un point sur l’univers.
Le monde créé par Sébastien de Castell paraît classique au premier abord. Il comporte trois grands peuples : les Jan’tep qui sont les magiciens, les Daromans qui sont davantage portés sur la puissance militaire et les Besaresq qui sont un peu les illuminés religieux du coin. L’histoire se déroule au sein du peuple Jan’tep qui place la protection de la famille avant tout. Pour cette raison, il est nécessaire de devenir un mage au risque de se voir relégué au rang de Sha’tep à savoir de serviteur à la limite de l’esclavage.

On devient mage en passant quatre épreuves l’année de ses seize ans. Dans cet univers, la magie est divisée en six disciplines : fer, sang, sable, soie, souffle et braise. Il en existe une septième, l’ombre, mais elle est interdite. Pour accéder à cette magie, il faut faire scintiller une bande sur son avant-bras, bande qu’on tatoue aux enfants dés leur plus jeune âge. Il y a donc six bandes, une pour chaque magie. Il est possible de combiner plusieurs types de magie, qu’on pratique avec des mots et des symboles effectués avec les doigts.

La société Jan’tep est totalement organisée autour de la magie et s’est construite sur les cendres des Madhek, réputés pour pratiquer la magie de l’ombre en étant soutenus par des familiers démoniaques. Ce peuple est entré dans la culture populaire comme les grands méchants et on se doute assez vite que tout est un brin plus compliqué que ça.

Si le fond de l’univers est donc relativement classique, le système de magie a le mérite d’être original tout en restant facile d’accès pour le lecteur novice. Un très bon point !

Un roman addictif.
J’ai dévoré ce texte en trois jours et encore, parce que je m’obligeais à faire des pauses. Dés les premières lignes, l’auteur m’a happée dans son univers avec un style accessible, écrit à la première personne du point de vue de Kelen. Je me suis rapidement prise d’affection pour ce personnage et pour ceux qui gravitent autour. L’auteur a construit des protagonistes intéressants, différents, crédibles, diluant suffisamment de mystère pour nous accrocher sans pour autant tomber dans le trop. Il a également pensé au familier, Rakis, un chacureuil que j’adore pour son mauvais caractère et son petit côté diablotin qui apporte un vent de fraicheur bienvenu.

Mon enthousiasme m’a permis de passer outre quelques défauts. Certains morceaux de l’intrigue restent prévisibles (notamment ce qui tourne autour des Jan’teps et qui reste assez sous exploité au final) et les antagonistes de ce tome sont méchants sans véritable raison ni but original hormis celui de contrôler la société dans laquelle ils vivent. Ces éléments sont toutefois contrebalancés par un enchaînement d’actions efficaces et un protagoniste principal très solide qui utilise volontiers son cerveau, ce qui est rafraichissant.

De plus, en toile de fond, l’auteur brasse énormément de thèmes sur la pression familiale, la place de chacun dans la société, la nécessité d’accepter les dons qu’on a pu recevoir et les développer au lieu d’essayer de ressembler à ce qu’on n’est pas. Il les traite avec force, sans lésiner sur les scènes chocs et les réflexions qui heurtent (ce qui tourne autour d’Abydos, l’oncle, m’a vraiment fait froid dans le dos sans parler de l’épilogue). C’est finalement un beau roman initiatique avec un héros pour qui on développe immédiatement de l’empathie, au point de vouloir enchaîner ses aventures les unes à la suite des autres.

Un roman jeunesse / young adult ?
Ce n’est pas la première fois que j’écris une réflexion à ce sujet mais hormis l’âge du protagoniste, je ne vois pas spécialement en quoi ce roman mérite une classification jeunesse puisqu’il peut parfaitement se lire par un public adulte. Sans parler de certaines scènes ou thématiques qui se révèlent plutôt dures. C’est dommage parce que ce classement adolescent pourrait rebuter certains lecteurs plus vieux ou blasés. Si vous passez par ici, soyez donc rassurés : ce roman est plutôt tout public que vraiment destiné à des adolescents.

La conclusion de l’ombre :
Avec ce premier tome de l’Anti-magicien, Sébastien de Castell propose un roman de fantasy tout public (et non pas juste pour adolescents) qui se révèle aussi intéressant qu’addictif. L’univers paraît classique de prime abord mais le système de magie et tout ce qui tourne autour est assez original. L’intrigue bien rythmée et un protagoniste principal très attachant permet de passer outre les quelques faiblesses au niveau des antagonistes qui, j’en suis sûre, vont se corriger à mesure qu’on avancera dans l’histoire. J’ai dévoré ce roman et je me suis immédiatement commandée le tome 2 ! Une très belle réussite.

D’autres avis : l’ours inculte (que je remercie car j’ai découvert la saga grâce à lui ! ) – Lianne (de livres en livres) – Phooka (Bookenstock) – vous ?

Fingus Malister, crâne bavard, grimoire et magie noire

21
Crâne bavard, grimoire et magie noire
est le second volet des aventures de Fingus Malister écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié par Rageot, vous trouverez ce volume partout en librairie au prix de 12.5 euros.

De quoi ça parle ?
Fingus Malister est un apprenti seigneur maléfique qui aimerait bien développer ses pouvoirs. Pour cela, son grand-père (un crâne doté d’une moustache et d’un monocle) lui conseille de dérober le M.É.C.H.A.N.T (Manuel Élémentaire de Conjuration Hautement Avancée et de Nécromancie Ténébreuse) au Roi de l’Automne. Une nouvelle aventure attend donc Fingus et son amie Polly la sorcière.

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué le premier opus : Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais. Je profite de l’occasion pour préciser que si ce tome est bien une suite, il peut, selon moi, se lire sans avoir découvert le précédent. Raison, je suppose, pour laquelle l’éditeur n’a pas précisé de tomaison dans le titre (mais celle-ci apparait bien sur la tranche du roman).

Un roman jeunesse ?
Qu’est-ce qu’un roman jeunesse ? Voilà une question que je me pose régulièrement. Stricto sensu, il s’agit d’une littérature à destination d’un public plus jeune et qui s’y adapte donc, par sa forme et son contenu. Ainsi, littérature jeunesse rimerait avec simplicité? Enfantin ? C’est une idée qu’on retrouve régulièrement et de plus en plus d’auteurs récents s’attachent à montrer qu’il n’en est rien. Ariel Holzl est de ceux-là.

Car le contenu de Fingus Malister, s’il est présenté avec une certaine candeur (mais une candeur malsaine un peu comme Dolorine à l’école) n’en reste pas moins plutôt sombre. On y a un Roi de l’Automne dont la traine est faite de peau humaine et qui écrit sur des feuilles mortes avec du sang, le crâne d’un grand-père seigneur maléfique qui pousse Fingus à sacrifier un être humain (enfin, il essaie) pour réussir à voler un grimoire, Fingus qui cherche à ramener toute sa famille à la vie en utilisant un rituel de nécromancie, une ville corrompue par la magie noire, des escargots qui bavent une substance qui pétrifie les gens et une ambiance globalement sombre peuplée de créatures atypiques et d’inventions farfelues. Ariel Holzl maîtrise l’aspect ludique de son univers, qui saura séduire de jeunes lecteurs, mais s’adresse également de manière détournée à son lectorat adulte en proposant, comme pour le premier opus, une double grille de lecture. C’est quelque chose que j’ai vraiment apprécié.

Alors oui, son style d’écriture se révèle plus accessible dans ce texte. Non pas qu’il soit compliqué en règle générale mais on sent que les phrases sont tournées pour être comprises par de jeunes lecteurs. Le style s’adapte à son héros, finalement, qui n’a que douze ans. Cela n’en reste pas moins un régal à lire, surtout entre deux textes plus ardus. Une bulle d’air bienvenue dont l’ambiance et les thèmes collent parfaitement à la période.

Un goût de trop peu.
Mais… parce qu’il y a un mais… Une fois arrivée à la dernière page, j’ai eu un goût de trop peu. L’épilogue proposé par l’auteur laisse entendre qu’il n’y aura plus d’autres volumes des aventures de Fingus et la manière dont il résume tout ce qui lui est arrivé après la présente aventure montre qu’il y avait encore beaucoup de matière à exploiter. Et même, la décision finale du héros de passer dans le miroir laisse entendre, espérer même, d’autres aventures qui ne paraissent pourtant pas annoncées. J’en ai conçu une grande frustration, surtout due au fait que j’aimais vraiment bien ce jeune garçon apprenti seigneur maléfique et l’univers qui gravite autour de lui. Peut-être le retrouvera-t-on dans une œuvre adulte ? Le mystère reste entier et l’espoir tenace. Ariel, si tu passes par ici, entends ma prière !

La conclusion de l’ombre : 
Fingus Malister est un diptyque jeunesse sympathique et plein d’originalité à l’ambiance sombre mais un sombre amusant. Ce tome reprend les ingrédients du précédent avec le même effet. On y retrouve l’imagination fertile de l’auteur, son humour noir ici à un niveau plus enfantin… Quoi que ! Fidèle à lui-même, Ariel Holzl propose deux grilles de lecture, ce qui permettra de ravir autant les jeunes lecteurs que les plus âgés. Cette saga, tout comme la bibliographie de l’auteur de manière générale, est parfaitement recommandable, surtout en cette période d’Halloween. Un régal.

D’autres avis : quelques uns sur Babelio, rien encore dans notre cercle !

La Croisade éternelle #2 la Prêtresse guerrière – Victor Fleury

15
La Prêtresse guerrière
est le second tome (mais pas le dernier !) de la Croisade éternelle, une saga de fantasy écrite par l’auteur français Victor Fleury. Publié chez Bragelonne, vous trouverez ce tome au prix de 22 euros partout en librairie.
Je remercie l’auteur ainsi que les éditions Bragelonne pour ce service presse.

Avant-propos.
Comme il s’agit d’une suite et que le premier tome s’achève sur un retournement de situation aussi choquant qu’imprévu, cette chronique risque fort de contenir des éléments d’intrigue et donc de vous divulgâcher du contenu. J’ai eu beau essayer, je n’ai pas pu faire autrement histoire d’écrire un retour avec un peu de corps. Je vous invite donc à reporter votre lecture de ce billet à plus tard si vous ne voulez que rien ne vous soit dévoilé.

Toutefois, si cette saga vous intéresse, je vous invite à découvrir ma chronique du premier tome.

J’en profite également pour rappeler qu’un an et demi s’est écoulé entre ma lecture du premier tome et du second. Ce n’est pas un reproche envers l’éditeur ou même l’auteur toutefois mes envies et mes goûts de lecture ont évolué sur cette période et ce d’une manière assez affolante. Vous allez probablement avoir le sentiment que j’ai moins aimé ce tome et je pense que c’est le cas, toutefois c’est lié à un ressenti tout personnel et non à la qualité intrinsèque du travail de Victor Fleury.

/!\ LE DIVULGÂCHAGE COMMENCE ICI /!\

De quoi ça parle?
Nisaba est perdue dans les confins de l’Empire après tous les évènements du tome 1 et aimerait bien retourner à la capitale pour retrouver son fils, Haddon. Malheureusement, elle est supposée mourir pour accompagner son Maître dans l’au-delà et en plus, tout le monde se tape dessus autour d’elle quand iels n’essaient pas de la manipuler. Pour ne rien arranger, son fils a quitté la capitale depuis un bail sauf qu’elle l’ignore. Entre temps, la Princesse-Prêtresse a décidé qu’il ferait un parfait oblat et l’a entrainé dans tous ses problèmes.

Deux voix au lieu d’une.
De mémoire, le premier tome tournait quasi exclusivement autour de Nisaba et le lecteur suivait l’intrigue à travers des chapitres rédigés, certes, à la troisième personne mais de son point de vue à elle. Nisaba avait réussi à me toucher dans le premier volume pour diverses raisons. C’est une femme qui essaie de se dépatouiller avec ses choix et ses problèmes. Elle commet des erreurs, les assume, essaie de les réparer mais chaque fois qu’elle s’approche un peu plus de ce qu’elle désire (tout simplement vivre avec son fils donc rien d’extravagant…) un évènement cruel lui tombe dessus. Le sort s’acharne. Pour ne rien arranger, son destin était lié à celui d’Akurgal alias le gars typique qui, sous prétexte de l’aimer, lui infligeait le pire. Leur relation toxique m’avait fascinée, je la trouvais très bien exploitée et sans que l’auteur tombe dans le travers de la normalisation. Même quand Nisaba a des remords ou des regrets, elle a conscience que ses propres sentiments sont anormaux. L’évènement qui arrive à la toute fin du premier tome, à savoir le suicide d’Akurgal, est profondément choquant et initie un changement chez Nisaba, changement dont j’attendais beaucoup. En tant que lecteur, on en vient à espérer qu’elle réussira enfin à s’émanciper mais c’est sans compter toute la floppée de personnalités plus ou moins divines qui semblent lui courir derrière pour une raison relativement obscure…

Si Nisaba me plaisait beaucoup dans le premier tome, je l’ai ici trouvé assez énervante pour deux raisons. Déjà, elle cherche à retrouver son fils sans jamais remettre en question les informations reçues de la part de sources pourtant peu fiables. Elle manque donc cruellement de jugeote et la plupart de ses choix, elle les prend dans le prisme de ce savoir inexact. Du coup, en tant que lecteur, on assiste à ses plantages avec un intense sentiment de frustration. Ensuite, quand elle rejoint le culte de la Buveuse, elle doit à la déesse trois sacrifices qu’elle rechigne de faire alors qu’ils lui permettraient de se libérer, liberté qu’elle recherche avec ardeur, pour rappel. On peut donc s’étonner que la déesse en question se montre miséricordieuse et l’aide quand même… J’ai été assez gênée par cet aspect que je trouvais incompatible avec la manière dont la déesse concernée était décrite. D’autant plus en arrivant à la toute fin, j’ai eu un sentiment de « tout ça pour ça » ? Je me demande ce que ça impliquera par la suite.

J’ai parlé de deux voix. Ici, Victor Fleury choisit de laisser une place importante au personnage de Haddon, fils caché de Nisaba (lui-même ignore l’identité de sa mère), infecté par les Tréfonds et un des personnages les plus naïfs de la création. Je ne dis pas qu’il n’a aucune raison de se comporter comme il le fait (au contraire même) toutefois je l’ai trouvé extrêmement agaçant pendant tout le roman, sans parvenir à ressentir d’empathie pour lui ou ses mésaventures. Une vraie girouette qui pleurniche et n’assume rien… Un gosse quoi ou pas loin, sauf qu’il sort de l’adolescence du coup j’ai un peu de mal à lui passer ses trop nombreuses faiblesses de caractère ou le fait qu’il accepte un peu plein d’actes horribles de la part la Princesse-Prêtresse… parce ce qu’elle couche avec lui. J’ai trouvé cet aspect assez réducteur pour l’un comme pour l’autre.

Pour autant, les évènements racontés par le biais du jeune homme ne manquent pas d’intérêt et permettent de développer encore davantage une intrigue déjà complexe et riche. Ils sont donc nécessaires et je suis certaine que le personnage de Haddon séduira plus d’un.e lecteurice.

Les dieux, ces grands enfants.
Dans ce monde inspiré de l’ancienne Mésopotamie, Victor Fleury a développé tout un panthéon qui se divise dans un premier temps entre Enlê, à savoir l’avatar bon et lumineux et Aloq, le gars qu’on surnomme le Pourrissant donc vous imaginez bien qu’il n’inspire pas beaucoup de sympathie. Plusieurs divinités mineures apparaissent également comme Anka, divinité des eaux que Nisaba a particulièrement contrarié (en même temps quelle idée de ne pas se laisser violer comme ça aussi… #ironie) dans le tome 1 ou encore la Buveuse qui prend une certaine place au sein de ce tome grâce à la présence des Sœurs de Sang au sein des tribus montagnardes. Ainsi, l’auteur continue de développer un univers déjà solide et très riche dont il ne posait finalement que les bases dans le premier tome. En matière de world-building, je le trouve particulièrement intéressant d’autant que l’auteur ne tombe pas dans le manichéisme. Que ce soit Enlê ou Aloq, aucun n’est un enfant de chœur bien qu’on ne cerne pas encore exactement tous les enjeux de leur conflit et de leurs « interventions » auprès des mortels même si ces éléments prennent un nouvel éclairage grâce aux cent dernières pages qui apportent énormément d’informations. 

Baston !
Vous le savez, j’aime beaucoup lire de la fantasy avec de bons combats ou de la SF militaire parce que je suis sensible à cet aspect armé, affrontement. Dans ce second tome, j’ai été servie et peut-être même un peu trop servie… Les affrontements s’enchainent et se déchainent, Nisaba change de camps aussi vite que de pagne et prend des décisions franchement très discutables en laissant vivre des gens qui devraient juste disparaître du tableau pour lui faciliter la vie. Par moment, j’ai eu un peu l’impression que son choix d’épargner un tel ou un tel autre permettait juste à l’auteur de se resservir du personnage plus tard, au moment opportun. Les ressors me sont apparus assez clairement à plus d’une reprise, ce que j’ai trouvé dommage. Quant à certains, ils survivent via des miracles qui en deviennent lassant à force de se répéter. Je pense notamment à Damiq… À un moment, lâcher prise, c’est bien aussi.

Ces combats ont beau être discutables sur le fond, on ne peut pas nier que l’auteur en maîtrise bien l’écriture en accompagnant son lecteur dans la représentation mentale de ces scènes qui, à défaut d’être toujours utiles, sont plutôt bien foutues. Victor Fleury possède cette écriture graphique, un peu magique, qui stimule l’imagination et rend son lecteur accro. J’ai beaucoup aimé cet aspect.

Un page-turner efficace.
À ce stade, vous êtes probablement surpris par ma chronique et vous vous demandez pourquoi j’évoque le roman en détaillant autant de points négatifs. Ce n’est pas de l’acharnement gratuit, d’autant que j’apprécie beaucoup l’auteur sur un plan personnel. Toutefois, il me semble important d’évoquer les éléments qui en sont venus à me déranger tout en soulignant qu’ils tiennent davantage d’une affaire de goût plutôt que de qualité intrinsèque du roman. D’autant que je persiste à qualifier ce roman de page-turner efficace puisque je l’ai lu en deux jours à peine alors qu’il fait 450 pages…

Les pages en question se tournaient sans que je m’en aperçoive. Les évènements s’enchaînaient et donnaient envie d’aller voir plus loin, de découvrir comment va se présenter la suite, et ce même quand le personnage concerné agace prodigieusement ou qu’on le secouerait bien un coup pour le réveiller. Cela paraît paradoxal, pourtant c’est ce que j’ai ressenti lors de ma lecture et finalement, je pense que c’est la marque d’un roman de qualité. Si, malgré ses défauts (selon mes goûts), j’ai réussi à m’y intéresser suffisamment pour avoir envie d’influer sur son déroulement… Le contrat est rempli pour l’auteur.

La conclusion de l’ombre :
Ce seconde tome de la Croisade éternelle reprend avec brio les ingrédients du premier : une fantasy à la sauce mésopotamienne, un world-building efficace qui se développe encore sans pour autant oublier l’aspect humain via des personnages qui ne laissent pas indifférents. Si j’ai, sur un plan personnel, éprouvé des difficultés avec les choix et réactions des protagonistes, cela ne m’a pas empêché de dévorer ce page-turner signé par un auteur français qui n’a plus grand chose à prouver.

D’autres avis : Pas encore mais cela ne saurait tarder !

Les énigmes de l’aube #1 premier souffle – Thomas C. Durand

10
Premier souffle
est le premier tome de la saga fantasy les énigmes de l’aube écrite par l’auteur français Thomas C. Durand. Publié chez ActuSF pour la rentrée de l’imaginaire 2020, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 19.90 euros.
Je remercie Jérôme et les éditions ActuSF pour ce service presse.

De quoi ça parle ?
Anyelle a une dizaine d’années et possède un sacré don : celui de renforcer la magie des autres. Il lui faut d’urgence apprendre à le maîtriser sauf que les écoles de magie sont théoriquement interdites aux filles… Alors quand, en plus, la fille est pauvre, vous imaginez bien…

Avant-propos
Je me lançais dans cette lecture un brin à reculons et ce pour plusieurs raisons. Déjà, la couverture ne m’inspirait rien de particulier, pas plus que le titre. L’ensemble me renvoyait à un énième roman de fantasy comme il en existe tant, probablement avec une quête initiatique, une élue, une prophétie, la totale quoi. Pourtant, en lisant le résumé, j’ai été intriguée par cette seule phrase : Bonjour, c’est ici pour apprendre la magie ? Elle dégageait une candeur et un certain humour qui a titillé quelque chose en moi. J’adore ce type de roman, vous le savez, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer notamment via le travail d’Audrey Alwett. Pourtant, j’ai toujours peur de tomber sur un.e auteurice peu subtil.e qui ne réussirait même pas à me tirer un sourire. Chance j’ai eu, ce n’est pas le cas avec ce roman !

Humour, calembours et jeux de mots.
L’élément le plus remarquable de Premier souffle, selon moi, c’est la plume de l’auteur et la façon dont il use de l’humour tout au long du texte. Cet humour se traduit par des calembours parfois subtils, des jeux de mots mais aussi des situations absurdes renforcées par la candeur d’Anyelle, ce qui me rappelle l’excellent Dolorine à l’école d’Ariel Holzl. On a également droit à des notes de bas de pages pour expliquer certaines notions ou ajouter un commentaire cocasse sur l’un ou l’autre détail, ce que j’ai beaucoup aimé. Thomas C. Durand parvient à tourner en ridicule l’administration scolaire, le corps professoral et les camarades de classe d’Anyelle sans donner un sentiment de trop. Il m’a rappelé Pratchett ainsi que le travail d’écriture de grands noms comme Pen of Chaos ou JBX, chacun dans son domaine. J’adore quand c’est bien réalisé et aucun doute, c’est le cas ici.

Une critique sociale : une fille dans un monde masculin.
Pourtant, tout n’est pas que blague et sourire dans Premier souffle puisque l’auteur peint une critique sociale assez acerbe, notamment au niveau de l’intégration des femmes. Anyelle n’a que dix ans mais doit déjà subir le sexisme. Seule la puissance de son don lui permet d’entrer à l’école de magie où elle est mise à l’écart par la plupart de ses camarades masculins et de ses professeurs. Les exceptions se comptent sur les doigts d’une main et très souvent quand la question se pose du « pourquoi une fille n’apprendrait pas la magie ? » les réponses varient de : mais leur cerveau n’est pas conçu pour ça voyons à c’est comme ça et c’est tout. Cette thématique imprègne vraiment tout le roman et est plutôt bien gérée par l’auteur même si son parti pris humoristique fait souvent tomber les personnages masculins dans la caricature, à deux exceptions notables : Naxu et Ferigas.

Naxu est le dernier de la classe, le redoublant dans une école où, normalement, on ne redouble pas. Mis de côté par ses camarades à cause de son don d’anti-magie (vous pensez bien, quelle horreur !), il va venir en aide à Anyelle un jour et les deux vont se lier d’amitié. Le caractère affirmé de la jeune fille va permettre à Naxu de s’affirmer lui aussi, de prendre conscience de sa valeur. J’ai été touchée par leur relation d’amitié sincère comme l’est en général celle des enfants. Quant à Ferigas, il s’agit du seul professeur qui ne traite pas Anyelle comme un boulet ou pire, comme une fille. Il tente de l’aider, pour une raison qui reste obscure au lecteur même si on devine qu’il y a peut être anguille sous roche. Il incarne la figure du mentor un peu rude mais bienveillant au fond qui va permettre à Anyelle de trouver sa voie et de s’y engager.

Outre ces deux personnages, l’homme central dans la vie d’Anyelle est bien évidemment Elliort, son père, qui a le don d’antibûcheron (donc qui fait repousser les arbres). Ce don ainsi que ce personnage permettent d’aborder une autre thématique plutôt actuelle et à la mode en ce moment : l’écologie. À plus d’une reprise, l’auteur ajoute des notes au sujet de la Nature avec une majuscule et celles-ci ne manquent pas d’intelligence. Pour en revenir à Elliort, il est un peu le père rêvé, idéalisé, bourru lui aussi pour aller de paire avec sa stature mais qui a à cœur le bien de sa fille et ne va pas hésiter à tenir tête à ces magiciens qui prétendent qu’elle ne peut pas apprendre la magie à cause de son sexe. Sa désinvolture face à certaines situations participe à l’effet comique d’ensemble et leur relation familiale ne manque pas de douceur.

Les relations que noue l’héroïne avec ces hommes sont bien exploitées, subtiles et diversifiées. Cela n’empêche pas Anyelle d’exister par elle-même ou d’affronter les difficultés liées à sa scolarité : harcèlement, mise à l’écart, corps enseignant absent ce qui implique forcément qu’elle ne s’en sort pas par elle-même dans ses études… Anyelle doit s’affirmer face à un système ancien, rétrograde et souvent assez stupide. J’y ai vu une métaphore de notre système éducatif actuel qui, malgré la bonne volonté de certains professeurs (dont j’aime à croire que je fais partie) patine parce qu’il existe un gouffre entre les acquis qu’on attend des élèves et les moyens mis en place pour y parvenir. Je n’ai eu aucun mal à me sentir concernée par ce que racontait l’auteur et à trouver cela important.

Un univers riche et surprenant…
D’autant que son histoire prend place dans un univers d’une grande richesse. Il a pensé à tout ! Chaque lieu a son identité propre, chaque professeur aussi, chaque don, chaque école, chaque matière, il y a même un jeu officiel du monde magique. Il serait aisé d’effectuer un parallèle avec le travail de J.K. Rowling mais selon moi, Thomas C. Durand reprend plutôt les éléments standards de ce type d’histoire fantasy, sans les modifier mais en les rendant intéressant par tous les détails qu’il invente autour. Je dois donc dire que oui, sur le fond, nous sommes bien en face d’une fantasy classique qui respecte les codes habituels du genre en s’en détachant seulement par l’originalité de la mise en place.

… qui cache une absence d’intrigue.
C’est là que le bât blesse. Si on veut se montrer honnête, Premier souffle n’a pas vraiment d’intrigue et se pose comme un tome d’introduction à l’univers et aux différents protagonistes. Oui, l’ensemble ne manque pas de richesse mais en refermant le roman, j’ai surtout eu le sentiment d’une visite guidée plus qu’autre chose. Je ne dis pas qu’il ne se passe rien, ce serait mentir, mais l’ensemble reste très mineur et plutôt léger. Cela n’amoindrit pas mon plaisir de lecture mais pourrait rebuter ceux qui en attendent davantage. On imagine bien, vu certaines insistances, que le don d’Anyelle va être convoité et provoquer quelques catastrophes (en plus de celles qui ont déjà pu arriver) mais l’auteur n’esquisse même pas vraiment l’ombre d’un antagoniste sérieux quelque part. On a bien une mention à une peut-être prophétique mais elle est également tournée en ridicule, du coup le lecteur n’a rien en main. Je me demande vers quoi s’orientera le second tome !

La conclusion de l’ombre : 
Premier souffle est le premier tome d’une saga de fantasy humoristique qui remplit bien son rôle. L’auteur maîtrise sa plume et la richesse de son univers pour embarquer son lecteur dans un voyage où il ne cessera de sourire, voir de rire franchement parfois. Anyelle, l’héroïne, doit se faire une place dans un monde magique où les femmes sont usuellement exclues ce qui permet une double critique sociale à base de sexisme et de problèmes scolaires encore actuels, sans oublier une mention écologique. Pas de doutes, j’ai passé un bon moment avec ce texte même si j’ai regretté qu’il manque d’ambition dans son intrigue. À voir pour la suite, que je ne vais pas manquer de lire !

D’autres avis : Sometimes a bookbulle de livreFantasy à la carteL’ours inculteCœur d’encre 595