L’Ombre des arches – Vincent Mondiot

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L’Ombre des arches
est un roman de fantasy écrit par l’auteur français Vincent Mondiot. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce texte au prix de 21 euros.
Je remercie Estelle, Nathalie et les éditions Mnémos pour ce service presse.

Rappelez-vous, l’année dernière, je vous ai parlé des Mondes-Miroirs, premier roman de Vincent Mondiot coécrit avec Raphaël Lafargue qui prenait place dans le même univers, avec des personnages semblables pour la plupart. L’Ombre des arches se déroule une année après les évènements relatés dans le volume susmentionné et je suis un peu surprise qu’il ne soit pas clairement annoncé comme une suite. En effet, même si L’Ombre des arches peut se lire de manière indépendante, je trouve que le lecteur passera à côté de liens importants s’il n’a pas précédemment pris contact avec l’univers posé par l’auteur. C’est toutefois un avis purement personnel et il y a probablement une bonne raison éditoriale à cela.

L’Ombre des arches raconte donc le voyage diplomatique d’Elsy et Elodianne. Le Palais central a envoyé la magicienne miroitiste en mission dans la province d’Aurterre afin de démontrer les nouvelles avancées magiques permises par la fréquentation des terroristes de Teliam Vore, présents dans le premier volume. Elsy accompagne Elodianne comme garde du corps et prend son rôle un peu par dessus la jambe, persuadée qu’il s’agit de vacances. Hélas ! Un évènement tragique va transformer les deux jeunes femmes en otages et les rendre complices malgré elles d’une tentative d’insurrection politique.

Souvenez-vous, dans le premier volume, j’avais relevé de nombreuses qualités que j’ai eu le plaisir de retrouver ici. Premièrement, la construction narrative ainsi que le rythme qui évoquent le médium manga. Vincent Mondiot découpe son intrigue et sa narration comme s’il s’agissait de planches dessinées japonaises. Les scènes d’action sont rédigées de manière claires et efficaces, très imagées. On n’a aucun mal à se projeter et c’est tant mieux car écrire une bonne scène d’action immersive n’est vraiment pas donné à tout le monde. Il laisse aussi une grande part aux dialogues ce qui apporte au lecteur un rythme stimulant, transformant l’Ombre des arches en page-turner. Ces dialogues, d’ailleurs, ne manquent pas de piquant. On retrouve par exemple Elsy, fidèle à elle-même, vulgaire, provocatrice et qui n’a pas sa langue dans sa poche. À elle seule, l’héroïne constitue un ressort comique qui passe ou qui casse. Je l’ai trouvé lassante par moment mais l’auteur est parvenu à la remettre dans mes bonnes grâces à mesure que l’histoire avançait en laissant entrevoir des pans de son passé qui surprennent, attendrissent.

J’avais également relevé la richesse des personnages. Dans l’Ombre des arches, le lecteur retrouve certaines têtes connues, déjà avec Elsy et Elodianne, mais Vincent Mondiot ajoute de nouveaux protagonistes afin de proposer un roman chorale d’une grande richesse non seulement sur la politique mais aussi sur l’Histoire de son univers. Corbès Salven, sa femme Linne, son neveu Alken, son âme damnée Rekvan ou encore l’un ou l’autre protagoniste éphémère, permettent de prendre conscience d’une nouvelle dimension de Mirinèce (sa géographie, son histoire, sa politique notamment) mais aussi de dévoiler au bon moment des éléments cachés d’une intrigue de grande ampleur, plus complexe que ce qu’on imagine au premier abord.

Comme je l’ai évoqué, suite à un évènement tragique, le légat d’Aurterre, Corbès Salven, développe des visées indépendantistes par rapport à la capitale Mirinèce (où se déroulait l’intrigue du premier roman) et à son ami Damnis à qui il avait prêté allégeance après la guerre contre les rebuts, trente ans plus tôt. Corbès charge donc son épouse de mener une délégation secrète à travers différentes provinces pour convaincre les légats de se rallier à sa cause et proposer un contre-pouvoir fort. Vincent Mondiot ne cherche pas à donner dans l’inspiration politique ou même dans le pamphlet engagé. Il propose un roman très réaliste et même assez désenchanté, cynique, sombre dans son ton, dans son déroulé, au point de confiner parfois à l’horreur lors de certaines scènes. La manière dont l’auteur présente les évènements rappelle une fois de plus l’aspect manga. Cela m’a notamment frappé à la fin quand les deux compères d’Elsy éclatent le crâne de Linne Salven et massacrent la délégation d’Aurterre en enchaînant les blagues et les remarques légères. C’est tellement typique d’un seinen, ce décalage complet, surtout avec les sentiments d’effroi de la part d’Elsy et Elodianne qui ont tout fait jusque là pour sauver leurs ravisseurs… Ce n’est qu’un exemple, d’autres me viennent à l’esprit comme cette protagoniste qui entretient des pensées suicidaires assez fortes sous le coup de la culpabilité ou le syndrome de Stockholm évident développé par Elsy et Elodianne, à des degrés différents, ce qui est aussi intéressant puisque ça aura des conséquences sur l’affrontement final du roman. Vincent Mondiot traite tous ces thèmes avec une certaine justesse, en s’y arrêtant juste comme il faut, sans trop appuyer ce qui évite le sentiment d’artificialité.

Pour résumer, l’Ombre des arches est une suite à la hauteur des Mondes-Miroirs. Le lecteur retrouve Elsy et Elodianne dans un roman de fantasy axé sur le voyage, la politique et le développement de nouvelles théories magiques. Avec un ton résolument sombre malgré des moments d’humour un peu potache parfois, Vincent Mondiot continue de dévoiler des pans entiers de son univers d’une incroyable richesse à travers ce page-turner addictif. Pour ne rien gâcher, l’ouvrage contient quelques illustrations réussies qui apportent un cachet supplémentaire à cette œuvre. Je vous recommande vivement la découverte de cet auteur talentueux !

Wyld #1 la mort ou la gloire – Nicholas Eames

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La mort ou la gloire
est le premier tome de la saga Wyld écrite par l’auteur canadien Nicholas Eames. En cours de publication chez Bragelonne, vous trouverez ce premier tome au prix de 18.9 euros.

Saga était le groupe de mercenaires le plus renommé et craint de ce côté-ci du Cœur de Wyld. Puis le temps a passé. Ils ont vieilli, ils ont grossi, ils se sont éloignés… Jusqu’au jour où Gabriel vient frapper à la porte de Clay pour lui demander son aide. Sa fille, Rose, est devenue mercenaire et elle est prisonnière d’une cité assiégée par une horde monstrueuse. Il n’y a que Saga pour réussir l’exploit de la sauver… L’heure est venue de reformer la bande.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : ce roman est un gros coup de cœur au point que j’ai étouffé mon esprit critique pendant ma lecture (quand je dis étouffé, il s’est saboté lui-même pour me laisser prendre mon pied avec ce livre tellement c’était bien!). Si on veut être honnête, après coup, on se rend compte que l’intrigue reste basique, que les héros s’en sortent toujours un peu trop biens et que certaines interventions hasardeuses frisent presque le deus ex machina. Pourtant… Merde, ça fonctionne. Ça fonctionne même super bien.

Rien que le concept de base est hyper original. Dans un univers de fantasy médiévale, les groupes de mercenaires sont semblables à des groupes de rock. On les appelle d’ailleurs les roquebandes et ils réalisent des tournées sous forme de missions périlleuses, en compagnie d’un barde pour créer des chansons sur leurs exploits. Ils ont même des managers ! Comme le dit B&N sur la quatrième de couverture, si je pouvais, j’irai au concert et j’achèterai le t-shirt. Quant au monde en lui-même, il est très référencé. Un lecteur averti dénichera des clins d’œil à des chansons célèbres, à l’histoire du rock (de la musique, globalement), même à Donjons et Dragons pour tout ce qui tient au bestiaire. Très honnêtement, il y a dans ce livre beaucoup de créatures que je ne connaissais pas et qui amènent cet aspect jeu de rôle plutôt savoureux pour les praticiens comme moi. Je crois que la palme revient quand même à la race druine dont je ne savais rien mais qui a un style de fou (des lapins humanoïdes considérés comme une espèce supérieure, franchement, c’est pas génial?!).

Non content de proposer multiplier les bonnes idées pour son background, Nicholas Eames raconte l’histoire de personnages… Vieux. La bande de Saga a fait son temps, ses membres se sont éparpillés dans différentes directions pour continuer leur petite vie, ils ont vieilli en 20 ans pour la plupart (à l’exception de l’un d’eux qui est resté pétrifié pendant tout ce temps… Pas cool quoi). Du coup, le lecteur n’est pas confronté à des mercenaires extraordinaires qui gèrent du début à la fin, débordent de séduction et de confiance en eux mais plutôt à une bande de vieux copains qui a eu de la chance de survivre jusque là et qui décide de rempiler non pas pour la gloire, mais pour la famille, pour l’amitié.

Ces deux valeurs traversent tout le texte. L’auteur met l’accent sur les liens entre les membres de la roquebande, leurs forces et leurs failles, c’est vraiment une histoire d’amitié masculine vraie et sincère, sans ambiguïté ni romance mal amenée (d’ailleurs il n’y en a pas sauf si on considère les sentiments de Clay pour sa femme). J’avais envie de le souligner parce que c’est vraiment ce que je souhaitais lire en ce moment, ça a provoqué une bouffée d’air frais. Je me suis régalée.  D’ailleurs, l’antagoniste principal prénommé Lastleaf n’est pas un grand méchant ordinaire qui veut bousiller le monde pour le plaisir. Il a longtemps été considéré comme un monstre par l’humanité et du coup considère les hommes comme des monstres à éradiquer. Même si on évolue du point de vue d’humains qui veulent sauver leur peau, les scènes où on comprend ses motivations sont intéressantes et apportent un autre angle de réflexion, une nouvelle vision. Les hordes monstrueuses ne sont pas au service d’un gars cruel qui en a uniquement après le pouvoir et son ego, ça change. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ce n’est pas non plus un monstriste (humaniste, monstriste… Non?) mais voilà, j’ai apprécié cette subtilité dans un genre souvent trop manichéen.

Clay Cooper est le narrateur de cette histoire. Toutefois, Nicholas Eames n’écrit pas à la première personne. Il braque sa caméra uniquement sur Clay mais à la troisième personne, ce qui donne des interactions et remarques assez savoureuses ainsi qu’une maîtrise de la plume qui surprend, surtout pour un premier texte. J’ai plus d’une fois ri de manière franche (les Screaming qui gueulent ça m’a achevée, c’était si bien balancé) et ça fait un bien fou. Les autres personnages ne sont pas en reste, le temps ne les épargne pas, ils sont tous très humains, un peu fantasques pour certains, on ne peut pas rester de marbre face à tout ce qu’ils traversent. Pour un premier roman, cet auteur s’en tire haut la main et la suite ne peut qu’être meilleur vu les ouvertures laissées par la fin.

Le seul reproche que j’ai peut-être à adresser à Wyld vient de la traduction. Et plus qu’un reproche, c’est plutôt une interrogation : pourquoi traduire certains noms de l’anglais et pas tous? Mon côté un peu carré a tiqué là-dessus. Certaines armes, certains lieux, certains surnoms apparaissent en langue anglaise mais pas les autres. J’aurai eu tendance à tout laisser en langue originale plutôt que de traduire à moitié, c’est vraiment dommage mais on ne va pas se mentir, ça reste un détail.

Pour résumer, Nicholas Eames signe un premier roman de light fantasy sous forme de page turner addictif et maîtrisé. Il mélange le groupe de mercenaires au groupe de rock dans un univers de fantasy médiévale bourré de références, d’humour et d’humanité, axé sur les valeurs de l’amitié et de la famille. Si l’intrigue reste classique, on le remarque à peine tant l’auteur parvient à nous embarquer dans son délire. J’ai adoré et je me réjouis que Bragelonne sorte la suite début de l’année prochaine ! Je vous recommande ce texte plus que chaudement. Voilà un nouvel auteur à suivre.

#PLIB2020 Les Lames Vives #1 Obédience – Ariel Holzl

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Obédience
est le premier tome du diptyque des Lames Vives écrit par l’auteur français Ariel Holzl. Publié chez Mnémos sous le label Naos, vous trouverez ce roman au prix de 18 euros.
Je remercie Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Les Lames Vives raconte l’histoire de six personnages différents dont les destins vont se croiser dans une fantasy orientale clairement dystopique, qui tourne autour de la thématique des luttes (au sens large du terme). Le lecteur découvre donc Gryff, Minah, Ellinore, Nazeem, Saabr et ???. Non, je n’ai pas oublié le dernier prénom, il n’a juste pas d’identité pendant la plus grande partie du livre.

Avant de vous évoquer plus en détail les personnages, je me dois d’esquisser l’univers où Ariel Holzl nous invite à évoluer. Dans un passé pas trop lointain, une révolte a eu lieu qui a permis aux anciens esclaves Muedins de devenir les maîtres. C’est ainsi que nait la république d’Obédience où les Haa’thi n’ont même pas le droit d’être des citoyens. Au passage, Obédience n’a de république que le nom… Je ne connais pas très bien l’histoire orientale mais ça m’a surtout évoquée la traite des Noirs, dans la manière dont on refusait à ce peuple les droits les plus élémentaires tout en les utilisant comme ouvriers ou domestiques. Les Haa’thi sont fondamentalement nécessaires à la société mais totalement écrasés par le joug des Muedins, en guise de revanche pour leur propre condition d’esclave par le passé. Concrètement, tout un peuple paie donc la folie tyrannique de quelques uns. Je m’explique: auparavant, certains Haa’thi possédaient un don d’Empathie. Ce don permet de contrôler les émotions et de lier à soi des personnes sous la contrainte. Vous sentez venir les abus? Bah vous n’avez encore rien vu.

Au sein de cette république, le gouvernement effectue des expériences et améliore certaines personnes pour créer une élite soldatesque. Il y a les Lames, considérées comme des chiens obéissants, des marionnettes mortelles et il y a les Magnites qui appartiennent à l’élite de la société. Les lames sont infectées au vif-argent et ont une espérance de vie d’une dizaine d’années, pour celles qui survivent à l’entrainement. Pour les Magnites, c’est un peu différent : ils possèdent des nanites en grande quantité qu’ils contrôlent à leur guise. Ici donc, pas de magie stricto sensu mais bien une forme de technologie avancée et plutôt bien inspirée. Comme le dit très bien l’auteur dans une interview donnée à ActuSF: la magie, c’est simplement la science qu’on n’a pas encore expliqué. Je paraphrase.

Dans ce tome, Ariel Holzl se concentre plus particulièrement sur les Lames. Via les personnages de Gryff et Saabr, on en apprend beaucoup sur leurs mœurs, leur entrainement, leur réputation monstrueuse… Tout ce qui touche aux Lames et à Obédience de manière générale m’a laissée avec un sentiment assez sordide. Cet univers est terrible et plus on le découvre, plus on se rend compte que l’auteur a encore des horreurs en réserve. Globalement, je l’ai trouvé plutôt dur et ça m’a plu. Si vous vous attendez à retrouver quelque chose de semblable aux Sœurs Carmines, abandonnez tout de suite vos prétentions. Ariel Holzl nous montre avec brio qu’il peut se distinguer dans plus d’un genre littéraire.

Au début du roman, Gryff « meurt » lors du sac d’un village ordonné par la République. Il demande une faveur à Saabr : celle de ne pas le laisser dans l’incinérateur et de plutôt jeter son corps dans l’océan. Celle-ci accepte et Gryff est retrouvé, agonisant, par Minah et Nazeem. Ces derniers sont des Haa’thi renégats qui vivent sur une cité flottante, dérivant elle-même sur ce fameux océan noir et pollué. Même si ce n’est pas clairement dit, on sent qu’il y a eu une catastrophe écologique à un moment donné et ça permet d’esquisser un futur possible pour notre propre monde. Ces gens, qui vivent dans la cité flottante nommée Pha’Rodia, sont considérés comme des hors-la-loi par la république et ils détestent les Lames. Ils auraient dû achever Gryff sauf que… Minah recherche désespérément sa sœur jumelle depuis des années. Cette dernier, prénommée Norah, a été enlevée par la République lors du sac de leur village et Minah refuse de croire à sa mort. Elle affirme qu’elle la sent en vie et cela justifie toute une expédition pour la capitale, afin de la retrouver. Je ne vous gâche rien, c’est vraiment le début du roman.

Vous me direz, Gryff est une Lame, c’est l’ennemi, il ne va jamais accepter de leur filer un coup de main. De fait… Mais Minah est une Empathe, une des dernières, et elle va le lier à lui, corrompant ses sentiments et son libre arbitre. Elle ne comptait pas aller aussi loin mais elle déclenche chez lui un simulacre de passion amoureuse, qui fait qu’il lui obéit en tout et avec plaisir. Oui c’est malsain. Et comme Minah n’a rien d’une garce, elle s’en veut – quoi qu’un peu tard. Pour rajouter du piment à tout ça, Nazeem est évidemment jaloux de Gryff et de sa relation avec Minah. Lui-même s’apprêtait à la demander en mariage quand ils l’ont trouvé dans l’eau et Minah n’a aucune idée des sentiments de celui qu’elle considère comme son meilleur ami. Vous sentez venir les problèmes ? Vous n’imaginez même pas encore à quel point.

Parallèlement à ce plan très foireux, le lecteur évolue aussi dans la capitale via Saabr qui va être affectée à la protection d’Ellinore pour le festival solaire. Les chapitres du point de vue de Saabr dépeignent un personnage sociopathe, brutal, que je trouve vraiment très réussi et qui m’a plu du début à la fin. Ma préférée, largement. Grâce à Ellinore, on en apprend davantage sur les Magnites et sur la façon dont les Haa’this sont considérés. Cela permet également de donner une autre dimension à l’intrigue puisqu’il y aurait un traitre parmi les Magnites, qui aiderait les Haa’this à échapper à la République (je ne vous dévoile pas en quoi, là ce serait du spoil). Ellinore et trois autres Magnites sont chargés d’enquêter là-dessus.

On ne va pas se mentir, l’intrigue est assez classique dans l’ensemble. Si elle ne révolutionne pas le genre, elle se suit avec plaisir. D’autant plus avec sa narration type chorale plutôt bien maîtrisée par l’auteur. Sans parler du monde imaginé par Ariel Holzl, complexe, référencé et original. Je ne suis pas du tout adepte de la dystopie, pourtant j’ai aimé l’ambiance dépeinte par l’auteur. Il ne se contente pas de présenter des monstres et des victimes. Tout le monde a sa part d’ombre et sa part de lumière. J’apprécie particulièrement l’absence de manichéisme dans un roman estampillé young-adult tout comme l’absence de romance-en-cinq-secondes-chrono (à base de oh tu es si belle / beau, j’ai envie de toi et je vais abandonner tous mes principes… Si vous voyez ce que je veux dire). Les relations entre les personnages sont très ambiguës et pas toujours (rarement… ok, jamais) saines, comme c’est souvent le cas dans la réalité. Ce roman se distingue par un fort aspect crédible qui m’a vraiment séduite… Hormis pour tout ce qui touche à Minah. Je n’ai vraiment pas accroché à ce personnage mais c’est un goût tout personnel. Elle représente typiquement la fille pénible qui fait tout de travers et ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez. Héroïne standard quoi. Nazeem la talonne de près dans le genre casse-pied pitoyable. On a envie de les secouer tous les deux (quand je dis secouer, j’ai plutôt envie d’envoyer Monsieur Nyx en fait) mais s’ils prenaient les bonnes décisions… Disons que le roman deviendrai un peu plat.

J’ai beau ne pas avoir aimé certains des personnages, Ariel Holzl m’a fait ressentir des émotions et je me suis investie dans ma lecture, ce qui ne m’arrive plus si souvent (hélas). Je prenais parti, j’avais envie de connaître la suite, de découvrir où il nous emmenait. Si certains éléments paraissent évidents au lecteur (depuis le départ je la sentais pas, cette Aubéline !), il n’en tourne pas moins les pages avec avidité pour arriver au cliffhanger final et au lot habituel des malédictions envers l’auteur à base de : « elle est où la suite ?! » (et donc, elle est où la suite?)

Pour résumer, ce premier tome des Lames Vives est pour moi une réussite. S’il n’a rien en commun avec les Sœurs Carmines sur un plan de l’univers, on retrouve tout de même le talent d’Ariel Holzl, sa plume mordante et ses personnages riches, des qualités parfaitement reconnaissables entre toutes. Obédience pose les bases d’un univers de fantasy orientale inspiré et on n’a qu’une envie : lire la suite. À découvrir sans une hésitation !

Le Cycle d’Alamänder #1 la porte des abysses – Alexis Flamand

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La porte des abysses est le premier tome de la trilogie fantasy Le Cycle d’Alamänder écrite par l’auteur français Alexis Flamand. Publié chez Léha Éditions, vous trouverez ce roman au prix de 19 euros.
Je remercie Léha Éditions et la Masse Critique de Babélio pour ce service presse.

Jonas Alamänder n’est pas vraiment un mage chanceux. Détective de profession, il perd sa maison du jour au lendemain, confisquée par le royaume d’à côté. En compagnie des deux soldats venus lui annoncer la nouvelle ainsi que son démon de compagnie Retzel, Jonas se rend à Fresnel, capitale de Kung Bhor, afin de plaider sa cause. Il se rend vite compte qu’on l’a bien eu et se retrouve à devoir enquêter sur une affaire qui le dépasse. En parallèle à Jonas, le lecteur suit Maek, un garçon issu de la classe paysanne qui se met en quête de la mythique école des assassins T’sank.

Avant d’aller plus loin, sachez que ma lecture a été en demi-teinte. Je vous invite donc à consulter l’avis des Chroniques du Chroniqueur sur ce roman afin d’en avoir un aspect vraiment positif. Il n’est d’ailleurs pas le seul à l’avoir apprécié et c’est cette chronique qui m’avait donné envie de commencer cette saga. Si j’en parle sur le blog, c’est pour deux raisons : la première, il s’agit d’un service presse pour lequel l’éditeur m’a envoyé un roman papier donc c’est la moindre des choses que de le lire jusqu’au bout et d’en écrire un retour argumenté même si j’ai eu du mal à me passionner pour son contenu. La seconde, c’est que ce roman n’est pas mauvais du tout. Il ne correspond juste pas (ou plus?) à mes goûts.

Mon premier reproche, c’est sa longueur. 544 pages ce n’est pas si gros et je ne dédaigne pas les pavés (on en parle de Bohen, d’Olangar, de l’Empire du Léopard, bref de Critic en général? ) mais j’ai trouvé que ce premier tome souffrait de longueurs. Pas parce que l’auteur donne dans la redondance (ça change) mais parce qu’il s’éparpille. Je trouve ça dommage surtout qu’il s’agit de la troisième édition du texte (d’abord chez l’Olibrius Céleste puis chez l’Homme sans Nom et enfin chez Léha). C’est peut-être à double tranchant. Cette version a été retravaillée (je suppose?) mais l’auteur a probablement voulu rajouter trop d’éléments. Je serai curieuse de comparer les trois éditions pour me faire une idée. Il est possible que je me trompe totalement, ce ne sont que des conjectures.

Mais je m’égare. Alexis Flamand a créé un univers extraordinaire, hyper fourni, réfléchi jusque dans le moindre détail avec un bestiaire bien à lui et un humour qui m’a plus d’une fois tiré un sourire. On ne peut pas lui enlever ça. Hélas, il a envie d’en parler au lecteur, de son univers. Il a envie de tout expliquer, ce qu’on peut comprendre quand on a inventé autant. Sauf qu’il en dit trop, beaucoup trop. Entre les introductions sur les en-têtes de chapitre qui font très souvent une page pleine et les apartés au sein du texte pour les petites leçons de magie (un exemple parmi d’autres), l’action n’avance pas. Pour vous donner une idée précise de ce que je veux dire par là, Jonas commence son enquête autour de la page 260 donc presque à la moitié du roman. Beaucoup de lecteurs apprécient quand l’auteur prend son temps mais ce n’est pas mon cas. J’ai besoin de davantage d’action et de rythme pour me sentir concernée par ce que je lis et j’ai eu du mal à résister à la tentation de passer des pages. Il y a, je pense, d’autres moyens d’éclairer la lanterne du lecteur d’une manière plus subtile. Les choix de construction ne me convenaient pas en tant que lectrice.

Mon second reproche, ce sont les chapitres concernant Maek qui constituent une grosse part dans les longueurs susmentionnées. Je ne suis pas parvenue à m’intéresser à ce personnage ni à comprendre l’intérêt de nous retracer toute sa vie depuis le début. Bien entendu, on comprend des pans entiers de l’intrigue et du monde d’Alamänder via Maek mais c’est long, si long… Le roman aurait gagné à se concentrer uniquement sur Jonas même si je ne l’apprécie pas plus que cela en tant que protagoniste. J’ai un problème avec sa façon de traiter son familier (oui ça tient à pas grand chose) et son comportement un peu victime de manière générale. Par contre, Retzel est vraiment chouette comme personnage. Ce petit démon invoqué par erreur a été un bon compagnon de lecture. J’ai regretté qu’il disparaisse à certains moments, un peu trop longtemps à mon goût.

Pour ces deux raisons, j’ai vraiment peiné à lire ce roman et à avancer dedans. Je dois aussi préciser qu’en ce moment, je me tourne plus volontiers vers des textes « courts » même si je ne dédaigne pas les briques quand elles sont écrites par mes auteurs favoris donc ceci explique peut-être en partie mon sentiment. Je préfère être honnête. Pour ne rien arranger, la version du livre reçue par la poste était abîmée. Pas par le facteur (pour une fois…) mais à l’intérieur suite à un défaut d’imprimerie. Plusieurs pages et ce très régulièrement durant tout le livre ont une espèce de bande blanche en plein milieu où les lettres sont à peine imprimées si pas totalement effacées. Comme c’est étroit, ça cache entre trois et quatre lettres mais c’est vite devenu pénible et fatiguant à lire. Je pense que l’éditeur n’a pas vérifié le roman avant de me l’envoyer et je ne leur en tiens aucunement rigueur (parce qu’ils ont autre chose à faire qu’imaginer qu’une telle chose puisse arriver) toutefois ça a pu participer à l’effet général et à mon manque d’enthousiasme pour ce titre. Manque d’enthousiasme qui, je le répète, reflète des goûts purement personnels et ne sont en aucun cas lié aux qualités intrinsèques du texte.

Parce que, objectivement, la Porte des abysses a de nombreux points positifs. J’ai évoqué au-dessus l’extraordinaire world-building qui trahit le passé rôliste de l’auteur. On sent le soin qu’il a mis à tout régler, tout inventer et le texte fourmille de bonnes idées. J’ai été impressionnée par son imagination très complète qui couvre autant le bestiaire que la magie ou même l’architecture, les différentes civilisations et coutumes, etc. Tout ce qui touche à Kung Bhor tient du génie et le roi Ernst XXX est extra, je le guettais avec impatience. J’ai aussi apprécié l’humour d’Alexis Flamand. J’ai souri franchement à plus d’une reprise et ce n’est pas si facile d’écrire de la fantasy drôle sans devenir lourd. Bravo pour cela.

Pour résumer, la Porte des abysses, premier tome du Cycle d’Alamänder, n’est pas un roman qui me convient en tant que lectrice mais ça tient à une affinité personnelle. Ce texte a plusieurs qualités qui sauront séduire ses lecteurs entre un world-building impressionnant, des personnages secondaires tordus et de l’humour bien dosé, beaucoup y trouveront leur compte. Notez que la trilogie est complète chez l’éditeur donc n’hésitez pas à tester par vous même !

Olangar #2 bans et barricades – Clément Bouhélier

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Olangar
est un diptyque de fantasy écrit par l’auteur français Clément Bouhélier. Publié chez Critic, vous trouverez ce second tome au prix de 22 euros, à l’instar du premier.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé du premier tome au mois de mai, un peu avant les Imaginales. Il frôlait le coup de cœur, j’attendais de lire la suite pour me prononcer définitivement… Femme de peu de foi que je suis. Attention toutefois, cette chronique contient quelques spoils qui sont dissimulés par une écriture blanche. Pour les lire, il suffit de surligner le texte.

Je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà dit au sujet du premier volume. L’univers reste très inspiré et fidèle à lui-même. J’adore l’idée de placer des créatures classiques de la fantasy dans un monde en pleine révolution industrielle et politique. Cela permet de jouer avec certains clichés et surtout, de traiter de thématiques actuelles. Et dans ce second tome, il y en a à la pelle…

Evyna cherche toujours des réponses au sujet de la mort de son frère. Elle se résout donc à se rendre à Frontenac, une ville à flanc de montagne où on entend perpétuellement le vrombissement de la cascade. Un véritable enfer où on bat la monnaie. Si j’insiste, c’est parce que tout ce passage m’a bluffé et représente bien de quelle manière Clément Bouhélier parvient à rendre vivant son univers. Je ressentais ce grondement, ce bruit assourdissant, cette chaleur étouffante. Une belle réussite. D’autant que ça permet au personnage d’évoluer en prenant conscience d’où vient son argent qu’elle utilise au quotidien. Des questions qu’on se pose rarement et qu’on devrait creuser.

Quant à l’intrigue, si elle souffre de quelques facilités par moment, elle ne manque pas de puissance et force le lecteur à réfléchir, à s’interroger. Finalement, « le liquide noir » qui a engendré toute cette sombre histoire n’est pas sans rappeler notre pétrole et les extrémités auxquelles son exploitation peut conduire. Un roman qui s’inscrit sans problème dans les thématiques fortes de la nouvelle vague fantasy. L’histoire en elle-même remplit donc son rôle mais j’ai regretté certains aspects comme le fait que Torgend survive sans arrêt à des blessures gravissimes ou qu’ils se retrouvent tous comme par hasard dans le désert juste au bon endroit pour apercevoir la base cachée, source de tous leurs problèmes. Ils réfléchissent par moment un peu trop bien et un peu trop vite toutefois je peux aisément pardonner cela face à la qualité du texte.

Pour ne rien gâcher, les personnages évoluent de manière crédible. Baldek a perdu Tomine durant l’assaut sur les barricades et il en est profondément affecté. Evyna laisse sa vengeance la grignoter de plus en plus jusqu’à sombrer dans un début de folie. Le destin semble désirer que Torgend survive envers et contre tout alors que lui-même est fatigué de vivre. D’ailleurs, on apprend les détails de son histoire et j’ai ressenti énormément d’empathie pour lui. On découvre aussi un nouveau protagoniste important avec l’orc Ergan qui permet d’en apprendre plus sur ce peuple dont on ne nous peint pas une bonne image depuis le début du roman. Grâce à lui, Clément Bouhélier dit définitivement non au manichéisme en développant une culture orc axée sur la guerre mais aussi davantage développée sur un plan technologique que les humains ! En effet, les orcs maîtrisent depuis longtemps la combustion du liquide noir, c’est ce qui a permis aux révolutionnaires, dix-sept ans plus tôt, de s’enfuir par la mer. J’ai apprécié ce bouleversement dans les codes raciaux même si certains traits restent caractéristiques.

Au final, Olangar est une saga que je vais retenir en premier lieu pour son concept original car à ma connaissance, Clément Bouhélier est le premier à user du bestiaire fantasy classique en plein dans un univers de révolution industrielle. Je le recommande aussi pour sa critique sociale virulente(dans le bon sens du terme) qui permet de réfléchir sur le sujet car finalement, nous vivons des situations semblables au quotidien. Enfin, je l’adore pour ses personnages auxquels je me suis très attachée très rapidement. Mention spéciale également au choix des fins pour les différents protagonistes. J’ai adoré cette absence de happy end, ce sentiment de vain, de vide, cette souffrance et cet égoïsme, cette humanité finalement qui donne au tout une belle crédibilité. D’ailleurs, l’auteur se laisse des pistes pour une suite qui, selon ce que j’ai pu comprendre, paraîtra en 2020. Impatiente je suis !

Pour conclure, j’ai adoré Olangar et je ne regrette pas d’avoir cédé à la tentation de découvrir ce diptyque en deux pavés qu’on dévore avec plaisir. Clément Bouhélier est un auteur talentueux qui écrit avec une plume immersive et maîtrisée. Il dépeint le quotidien d’une galerie de personnages très attachants qu’il humanise et nuance avec brio. Si l’intrigue souffre peut-être de certaines facilités (tout dépendra de vos goûts en la matière) je n’ai eu aucune problème à me passionner pour ce roman que je vous recommande plus que chaudement.

Les poisons de Katharz – Audrey Alwett

Les poisons de Katharz est un one-shot de l’autrice française Audrey Alwett. D’abord publié chez ActuSF en 2016 pour 19 euros dans un grand format, il existe une version poche chez Pocket au prix de 9.5 euros.

La cité de Katharz est une ville-prison où la Trisalliance entasse ses criminels. Dirigée par Ténia Harsnik dite la tyranne (le féminin, c’est important) cette dernière doit tout tenter pour garder la population sous le seuil fatidique des 100 000 âmes au risque que le terrifiant démon Sälbeth ne se réveille. L’aide de Dame Carasse ne suffira peut-être pas alors que la limite est presque atteinte…

Dès les premières pages de ce roman, j’ai su qu’il serait un coup de cœur. Le livre s’ouvre sur un extrait d’une vieille légende qui donne déjà le ton humoristique du livre. Inspirée du travail de Terry Pratchett, l’autrice s’inscrit dans une veine semblable et le revendique dans les remerciements. Elle m’a d’ailleurs donné très envie de découvrir l’univers de ce célèbre auteur. D’autres que moi seront plus à-même de proposer un parallèle entre les deux comme Pierre-Marie Sencarrieu qui qualifie l’autrice de digne successeur du maître. Pour ma part, j’ai surtout vu des ressemblances avec le travail de John Lang (surtout pour la clé finale !) et de JBX donc les adeptes s’y retrouveront. quant à savoir qui inspire l’autre, au fond, peu importe tant qu’ils continuent tous à écrire des textes d’une telle qualité !

Le ton décalé n’empêche pas l’univers d’être assez sombre. Dans la ville de Katharz, le meurtre n’est pas illégal et les crimes sont légions. On y trouve des créatures terribles (du croquemitaine au zombie administratif, lequel des deux est le pire à votre avis ?), on y croise des personnes improbables aussi. L’autrice a créé tout un univers crédible, délirant et malsain où j’ai pris grand plaisir à évoluer. À travers une pléthore de situations, elle parvient à glisser quelques éléments de critique sociale et même de critique sur les clichés de la littérature. Rien que sur les licornes et les princesses, ça valait de l’or. Les notes en bas de page valent aussi le détour, sans être trop nombreuses, et apportent juste le supplément nécessaire pour pimenter encore davantage cet excellent texte.

Le ton est admirablement servi par une plume fine et maîtrisée. Le rythme du texte est fabuleux, on ne s’ennuie pas une seule seconde, on ne ressent pas un seul moment de longueur ou à l’inverse, de rapidité. Les échanges entre les personnages sont dynamiques, les situations s’enchaînent parfaitement pour que rien ne nuise à la compréhension tout en entretenant le suspens et la douce ironie de la conclusion me plait beaucoup. Je n’avais plus eu un coup de cœur pour un talent littéraire depuis longtemps et ça me fait du bien.

Les personnages ne sont pas en reste au milieu de cette avalanche de compliments. Évidemment, vu le contexte, l’autrice utilise beaucoup d’archétypes mais elle parvient à leur donner une vie propre. Ténia est touchante à sa manière, je pense que c’est la protagoniste qui m’a le plus marquée et surprise aussi dans son développement car je ne m’attendais pas à certains éléments (faut dire que je suis un peu naïve parfois). Elle change des héroïnes habituelles et assume malgré son jeune âge. Quant à Dame Carasse, c’est une vraie sorcière comme on en aimerait en croiser plus souvent !

J’aimerai trouver des éléments négatifs à relever mais, à mon goût, ce roman est parfait. Il exploite un genre que j’adore (la fantasy) en y ajoutant un humour bien maîtrisé (ni trop lourd, ni trop péteux) avec une intrigue solide et des personnages attachants. J’ai souvent ris comme si je lisais un roman du Donjon de Naheulbeuk, le côté jeu de rôle en moins et avec une finesse de ton digne de Reflets d’Acide. J’ai eu du mal à reposer mon livre ne fut-ce que pour dormir. Ce texte d’Audrey Alwett est une magnifique réussite et je ne regrette qu’une seule chose : ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Pour résumer, les Poisons de Katharz est un roman de fantasy humoristique qui remplit son rôle de bon divertissement et d’hommage à Terry Pratchett tout en gardant une vraie personnalité. Un one-shot à dévorer de tout urgence et un vrai coup de cœur pour moi, je le recommande chaudement !

Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.