Fingus Malister, Feux follets, mandragore et cadavre frais – Ariel Holzl

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Fingus Malister, Feux follets, mandragores et cadavre frais
est le premier tome d’une saga jeunesse écrite par l’auteur français Ariel Holzl. À paraître chez Rageot pour le 2 octobre, vous trouverez ce roman au prix de 12.5 euros dans toutes les bonnes librairies !
Je remercie les Éditions Rageot et NetGalley pour ce service presse.
Ceci est ma vingtième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Fingus Malister est un seigneur maléfique en herbe qui désire entrer à l’académie de magie pour étudier la nécromancie. Pour ça, il doit éblouir le jury et quoi de mieux qu’une potion capable de ramener les morts à la vie? Le problème, c’est qu’il a besoin d’ingrédients spécifiques et de l’aide de Polly, sa seule ami, afin d’affronter les obstacles qui se dresseront sur sa route.

J’ai lu ce texte d’une traite dans le train pour un salon, ça m’a pris un peu moins de deux heures. On reconnait immédiatement la plume efficace d’Ariel Holzl avec son humour noir d’une rare finesse et ses jeux de mots ravageurs. Difficile de reposer ce roman quand on le commence alors méfiez-vous !

Dans le village de Bedlam, les Malister n’ont pas bonne réputation. D’ailleurs, une foule en colère a brûlé leur château quand Fingus était encore un bébé, si bien qu’il a été élevé par une femme un peu folle décédée trois ans auparavant. Depuis, il se débrouille tout seul dans une vieille maison avec un kraken qui ravage sa cave. Fingus n’a que douze ans et il subit l’exclusion de la part de ses concitoyens, hormis la famille de Polly qui l’accueille toujours à bras ouverts. Je n’ai pas pu m’empêcher de compatir même si Fingus n’a pas vraiment bon caractère. Quand on y pense, sa situation est horrible ! J’apprécie beaucoup le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, autant pour les plus jeunes qui ne tiqueront pas forcément sur tout que pour les lecteurs plus vieux. Une belle réussite et des questionnements intéressants qui se posent sur l’hérédité, le harcèlement, le rejet de l’inconnu.

Ariel Holzl propose une nouvelle galerie de personnages intrigants comme Polly, l’amie sorcière de Fingus, n’aime pas utiliser sa magie et rechigne toujours à s’exécuter, ce qui lui vaut les moqueries du jeune Malister. Il est assez cruel avec elle, difficile de savoir s’il l’apprécie vraiment ou si elle n’est pour lui qu’un sous-fifre, comme expliqué dans son manuel. Pour un futur seigneur du mal, on ne peut pas dire que Fingus soit bien équipé : un vieux libre à moitié brûlé, le crâne de son défunt grand-père à qui il parle tout le temps et un chapeau sans fond.

Parviendra-t-il à rassembler tous les ingrédients nécessaires à la préparation de sa potion ? C’est le fil conducteur du récit qui consiste en une quête assez classique et à sa résolution. Ça reste un roman jeunesse, après tout. Le dernier chapitre indique clairement une suite à venir et c’est appréciable car plusieurs questions restent en suspend et le retournement de situation final s’est révélé inattendu. J’aurai quand même aimé que ça soit annoncé de façon claire dans le titre, je sais que c’est le genre de surprise qui déplait à certains lecteurs.

Pour résumer, Fingus Malister est certes un roman jeunesse mais qui séduira les petits comme les grands grâce à ses différents niveaux de lecture. Avec le style qu’on lui connait, Ariel Holzl propose l’histoire d’un seigneur du mal en herbe qui a peut-être un bon fond… Ou peut-être pas. Ce texte dynamique, drôle et intelligent se lit d’une traite et on a qu’une hâte: découvrir la suite ! Une grande réussite que je recommande chaudement.

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Le Baron Noir : volume 1864 – Olivier Gechter

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Le volume 1864 du Baron Noir est une intégrale qui reprend trois nouvelles écrite par l’auteur français Olivier Gechter. Publié chez Mnémos, vous trouverez ce très beau livre objet au prix de 24.50 euros.
Ceci est ma onzième lecture dans le cadre du challenge S4F3s5 organisé par l’ami Lutin !

Au sein d’un Paris steampunk en l’année 1864, la France est dirigée par le Président Bonaparte. Antoine Lefort, magnat des industries du même nom et plus riche célibataire du pays est également le justicier connu sous le pseudonyme de Baron Noir. Il s’applique à déjouer les machinations de puissances étrangères couplées à des groupuscules anarchistes afin de sauver la France.

Voilà en quelques mots le concept de cette intégrale. Comme je l’ai précisé plus haut, elle reprend trois nouvelles : l’Ombre du Maître-Espion, Bel-Ange et la Bataille de Cherbourg. Les trois textes se déroulent dans le même univers et se suivent chronologiquement, ils sont d’ailleurs reliés entre eux et s’assimilent sans mal aux épisodes d’un feuilleton moderne. Un feuilleton qui, selon l’éditeur, rend hommage au genre célèbre du XIXe siècle. En tant qu’amatrice du genre en question, je ne peux qu’approuver. On y retrouve de nombreuses similitudes déjà dans le ton. L’écriture d’Olivier Gechter est maîtrisée et pointilleuse. Il apporte un grand soin à sa plume autant qu’à son riche univers. Chaque nouvelle est d’ailleurs suivie de quelques notes historiques qui permettent au lecteur de constater avec quel brio l’auteur s’amuse à réécrire l’Histoire. Il utilise à son avantage des éléments plus ou moins connus et des personnages réels qu’il réadapte pour notre meilleur plaisir. Je crois que mon favori en terme de reprise restera Hugo ! On sent les recherches effectuées par l’auteur en amont mais aussi sa passion pour l’ingénierie et les sciences. Une passion contagieuse !

Outre l’aspect steampunk et uchronique très bien maîtrisé, le Baron Noir est également un recueil d’aventure croisé avec le récit de super-héros. Olivier Gechter boucle la boucle (si on me permet l’expression) en ramenant en France un mélange entre Batman et Iron Man. Il réussit à adapter la technologie utilisée pour qu’elle colle à l’époque et au genre littéraire où il s’inscrit. Pas d’armure haute technologie sortie des usines Stark mais bien des pistons et des principes scientifiques crédibles exploités pour permettre au Baron Noir de sauter plus loin, frapper plus fort, et user sur ses ennemis d’un tas de gadgets farfelus que n’auraient pas renié ces deux héros. Comme eux, Antoine Lefort est riche, aime les femmes, tâche de s’investir dans l’humanitaire et sauve souvent sa ville comme son pays du mieux qu’il le peut même si certains actes lui provoque des cas de conscience. Il a même un majordome prénommé Albert, un presque-Robin du nom de Clément Ader et un inventeur fou, Louis-Guillaume Perreaux. Cette galerie de personnages haute en couleur est rapidement attachante et le lecteur ne manque pas de se passionner pour leurs aventures. Certains diront peut-être que ça manque de représentation féminine (à l’exception de Bel-Ange) mais ce n’est pas un point qui m’a gênée personnellement.

Je ne vais pas vous détailler le contenu des trois nouvelles car le mystère tissé par l’auteur vaut la peine qu’on le découvre au fil des pages. Par contre, je vais dire un mot sur le livre objet proposé par les Éditions Mnémos : une belle couverture cartonnée avec une illustration superbe, bien détaillée que je vous encourage à observer une fois votre lecture terminée pour juger de tous les petits clins d’œil dissimulés dedans. Un papier de qualité relié et non collé (on le remarque sur la tranche, à moins que ça ne soit qu’un effet ?) avec un signet en tissu rouge du plus bel effet. Pour ne rien gâcher, l’intérieur est très soigné avec une mise en page sobre et aérée pour le texte et plutôt ludique pour les notes historiques. C’est un objet que je suis très heureuse de posséder et qui rend bien dans une bibliothèque.

Pour résumer, cette intégrale du Baron Noir est un magnifique livre objet proposé par les Éditions Mnémos dont l’intérieur se révèle à la hauteur de l’extérieur. Hommage au roman-feuilleton mais aussi aux super-héros, il propose trois aventures reliées entre elles qui mettent en scène Antoine Lefort, alias le Baron Noir, dans son combat pour sauver la France. Porté par un univers steampunk soigné, historiquement documenté et une écriture à la hauteur de ceux dont il s’inspire, Olivier Gechter propose un texte indispensable dans la bibliothèque de tous les aficionados du genre. Une grande réussite !

 

Torsepied – Ellen Potter

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Torsepied est un roman jeunesse écrit par l’autrice américaine Ellen Potter. Publié chez Alice Jeunesse Éditions dans la collection Deuzio, vous trouverez cet ouvrage au prix de 14 euros.
Ce roman est ma huitième lecture pour le challenge S4F3s5 organisé par le Lutin !

Les enfants Cherchemidi sont un peu spéciaux, tout le monde le dit à Petit-Corniflard. Surtout depuis la disparition de leur mère. Au nombre de trois (Otto, Lucia et Max) ils vivent seuls avec leur père qui est portraitiste de souverains déchus. Son métier l’oblige à effectuer de nombreux voyages, ce qui condamne les Cherchemidi à être gardé par une voisine désagréable avec un horrible furoncle dans le dos. Heureusement, pas cette fois-ci ! L’année scolaire étant terminée, les enfants vont à Londres chez leur tante. C’est alors que commence leur grande aventure.

La première chose qui a attiré mon attention lors de la Foire du Livre de Bruxelles, c’est la couverture magnifique de cet ouvrage qui lui correspond très bien. Elle m’évoquait un peu les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire et même s’il s’agit d’un roman à destination d’un public jeunesse (la collection Deuzio est pour les 10-13 ans), son petit prix et le soin apporté à l’objet livre m’ont finalement poussé à craquer.

Dès le début du roman, on remarque la narration particulière de l’autrice. Ici, c’est l’un des enfants Cherchemidi qui raconte leur aventure et qui écrit un roman dessus. Du coup, l’action est parfois entrecoupée par des passages explicatifs de sa part qui s’adressent directement au lecteur. On ignore lequel enfant s’y colle, le jeu consiste à le deviner mais je vous rassure, ce n’est pas non plus extrêmement difficile. Ce mode narratif permet à l’autrice d’employer un langage jeune, accessible sans être faible et glisser des petites pointes d’humour bienvenues. L’enfant concerné parle d’ailleurs souvent de la manière dont son professeur d’anglais considère qu’une histoire doit être racontée ce qui donne une réflexion sympa sur les concepts narratifs. Mais je ne vais pas pousser trop loin, évitons de trop intellectualiser. N’empêche, Ellen Potter semble justifier ainsi certaines faiblesses de son texte, ce qui est plutôt culotté (mais bien joué). L’autrice inclut également des en-têtes de chapitre à l’ancienne où elle décrit ce qui va arriver dans le chapitre concerné. Personnellement, ça m’amuse et me rappelle les habitudes des feuilletonistes mais ça vous gâche un peu la découverte même si quelques surprises s’y cachent.

On se laisse rapidement embarquer dans les aventures rocambolesques de ce trio improbable. Le roman flirte à la frontière du fantastique et ce jusqu’à la toute dernière page qui dévoile un micro élément permettant de l’y classer. Il reste tout de même majoritairement un roman d’aventure fantaisiste: les trois enfants se rendent à Londres et se retrouvent sans toit. Du coup, ils errent dans les rues avec un peu d’argent et découvrent la ville de nuit, ses beautés mais aussi ses dangers. Finalement, grâce à une lettre trouvée dans le bureau de leur père, ils vont se rendre à Somnol-sur-mer pour rencontrer la sœur de leur mère disparue et peut-être résoudre ce mystère vient de plusieurs années.

Les trois enfants ne manquent ni de ressource ni de ruse ! Le plus vieux, Otto, s’exprime uniquement par gestes depuis la disparition de leur mère si bien que sa sœur doit tout traduire. Il est considéré comme le plus bizarre des trois, au point qu’une rumeur court comme quoi il aurait étranglé sa mère avec le foulard qu’il ne quitte plus. Lucia est l’enfant du milieu (prononcez son prénom à l’italienne !) une fille fière, proche de son aînée, pleine de mauvaise foi qui aime beaucoup lire (mais pas trop les romans policiers). Enfin, Max, le cadet, est le cerveau. Il réfléchit beaucoup et ne manque pas de perspicacité pour un garçon d’une dizaine d’années. Les personnages qui gravitent autour d’eux se révèlent également assez excentriques. Leur père revient toujours de ses voyages avec des histoires incroyables liées à son métier, ce qui participe à l’impression qu’a le lecteur de se trouver dans un roman fantastique car on a le sentiment que tout ça ne peut pas se passer dans notre réalité, et pourtant… Il y a aussi Saint-Georges, le marchand de curiosités, Chester le chat à cinq pattes, le Sultan… Autant de figures colorées qui ponctuent le récit.

Si l’ensemble est assez sympathique, j’ai tout de même trouvé quelques facilités scénaristiques et quelques points flous, peu logiques. Ce n’est pas parce qu’on destine l’ouvrage à un public plus jeune qu’on peut bâcler son intrigue… Notamment sur ce qui concerne Haddie mais aussi la difficulté de savoir à quelle époque précise se passe le livre (début du 20e siècle? Plus tard ? Probablement car on évoque un téléphone portable vers le milieu du bouquin). Je passais outre jusqu’au twist final qui m’a pas mal déçue en encrant trop le roman dans le réel alors qu’il s’en éloignait jusque là. Avec du recul, je comprends les choix de l’autrice (sans y adhérer) mais sur le moment, le souffle est retombé très brusquement. L’éclairage cru de la réalité a en quelque sorte brisé la bulle pleine de couleurs où évoluait les enfants jusqu’ici, a coupé net l’aventure et le rêve en les forçant à grandir. Ce n’est pas trop le genre de messages que j’apprécie trouver dans un livre, surtout à destination d’un jeune public. Mon côté Neverland, je crois. Je précise donc que c’est très personnel et je suis certaine que beaucoup d’enfants liront ce texte avec un grand plaisir.

Pour résumer, Torsepied est un roman d’aventure rocambolesque destiné à un public pré-adolescent. Son ton narratif ainsi que ses personnages principaux parviennent presque à faire oublier l’intrigue un peu faible pour ses facilités scénaristiques qui irriteront probablement les adultes. Ce n’est pas un roman parfait mais il remplit son rôle de bon divertissement.