Que passe l’hiver – David Bry

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Que passe l’hiver
est un one-shot fantasy écrit par l’auteur français David Bry. Publié à l’origine chez l’Homme Sans Nom, vous trouverez désormais ce roman chez Pocket (et partout en librairie !) au prix de 8.60 euros.

Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cet auteur avec son dernier roman: Le Garçon et la Ville qui ne souriait plus, un titre que j’avais adoré. C’est donc sans peur que je me suis lancée dans la lecture du coup de cœur des Imaginales 2019.

Que passe l’hiver narre l’histoire de Stig, le cadet du clan Feyren qui va assister pour la première fois à la fête du solstice où les quatre clans renouvellent leur allégeance au Roi de l’Hiver au sein de la Clairière. Stig est adulte maintenant, il porte une épée et a hâte de vivre cette expérience aux côtés de son frère. Dès le départ, Stig manque de mourir et peu après leur arrivée, l’un des seigneurs s’écroule en plein milieu du banquet. Ce n’est que le début… La prophétesse les a prévenus: les augures sont mauvais et ils pourraient être nombreux à ne pas passer le solstice.

Ce roman se construit comme un huit-clos. Majoritairement narré du point de vue de Stig à l’exception de certains chapitres en italique qui dévoilent les rebondissements de l’intrigue, il se déroule pendant trois ou quatre jours maximum et uniquement au sein de la Clairière. Cette ambiance feutrée et glaciale se ressent à chaque ligne. On a froid en le lisant, on se projette aisément dans l’univers créé par David Bry. L’auteur propose non seulement un paysage très graphique, aisément imaginable, mais aussi une mythologie et une identité qui lui est propre. En quelques mots, il existe une divinité qui tisse une infinité de fils possibles qui se renforcent ou s’atténuent en fonction des choix de chacun. Cette divinité procréé un descendant qui règne sur la Clairière et de ce descendant sont issus quatre clans. Chaque clan dispose d’un don spécial (se transformer en animal, se fondre dans les ombres, user d’une forme de magie ou lire les fils du destin) et d’un territoire qu’il doit respecter selon des règles assez précises.

Que passe l’hiver est sans conteste un roman aux thématiques fortes qui prône la résilience et l’importance des choix que nous effectuons au quotidien, même les plus infimes qui peuvent faire la différence. D’ailleurs, la mention « un fil se brise, un autre se renforce » est présente aux moments clés de l’intrigue pour attirer notre attention sur ce qui se passe et renforcer son propos.

Un propos aussi mis en scène grâce au héros, Stig, un jeune homme humble qui souffre d’un handicap. Son pied difforme lui vaut le mépris de son père qui lui préfère largement son aîné. Stig sait qu’il n’a rien d’un guerrier et en souffre sans pour autant sombrer dans la dépression. Il fait preuve d’une grande résilience et d’une certaine force de caractère malgré son manque de confiance en lui. Tout en nuances, sa complexité affadit quelque peu les personnages qui évoluent autour de lui, les rendant plus terne et souvent moins intéressants à l’exception de l’un d’eux mais je ne peux pas trop en dire au risque de révéler une partie de l’intrigue. J’ai aimé la manière dont David Bry traite les souffrances et les folies des personnages bien que par moment, il tombe en peu dans l’excès dramatique pour que ça soit vraiment toujours crédible. Certaines morts, notamment, me paraissent forcées ou manquent de surprises.

Si j’ai passé un bon moment avec ce texte, je déplore quelques longueurs et la présence de répétitions concernant des éléments déjà éclaircis ou expliqués par l’auteur. Il arrive parfois qu’un paragraphe, si pas deux, répète ce qui a déjà été dit et ce à plusieurs reprises. David Bry prend un peu trop le lecteur par la main à mon goût et cela alourdit son texte, ce qui l’empêche d’être un coup de cœur pour moi.

Pour résumer, Que passe l’hiver est un one-shot de fantasy écrit comme un huit-clos au sein de la Clairière avec des paysages enneigés et oppressants. On y suit le personnage de Stig qui va devoir affronter l’horreur dans une ambiance hivernale et poétique. Texte assez contemplatif et relativement lent dans son action, il comporte certains éléments prévisibles et des répétitions qui n’enlèvent toutefois rien à sa qualité littéraire. Une belle découverte !

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#VendrediLecture (45)

Salut tout le monde !
Ce fut une semaine fort calme sur le blog et je m’en excuse. Pour ma défense, ça a été très agité sur le plan personnel et pour ne rien arranger, j’ai eu peu de temps pour lire. Sans compter que j’ai abandonné une lecture parce que son propos m’a vraiment agacée (non désolée ce n’est ni normal ni sexy de contraindre une gamine de seize ans à embrasser un adulte même si c’est avec de la magie et que l’adulte est « trop canon ») et que je viens seulement de finir le livre entamé ensuite. Qui lui, heureusement, était bien. Bref voilà, vous savez tout ! Donc je vous propose de vous présenter ma lecture à venir.

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

Underground Airlines – Ben H. Winters
Service presse – ActuSF5

« Ils sont quatre. Quatre États du Sud des États-Unis à ne pas avoir aboli l’esclavage et à vivre sur l’exploitation abjecte de la détresse humaine. Mais au Nord, l’Underground Airlines permet aux esclaves évadés de rejoindre le Canada. Du moins s’ils parviennent à échapper aux chasseurs d’âmes, comme Victor. Ancien esclave contraint de travailler pour les U.S. Marshals, il va de ville en ville, pour traquer ses frères et soeurs en fuite. Le cas de Jackdaw n’était qu’une affaire de plus… mais elle va mettre au jour un terrible secret que le gouvernement tente à tout prix de protéger.
Un roman d’une brûlante actualité qui explore sous le faisceau de l’uchronie une Amérique bien trop familière… »

Retrouvez plus d’infos sur Babelio !

Vous connaissez ce roman déjà primé? Qu’en avez-vous pensé?

#TAG – dilemme(s) de lectrice

Salut tout le monde !
Une fois n’est pas coutume, je vous propose un petit tag dont j’ai eu connaissance via le blog Ma Lecturothèque et qui vient de chez Mademoiselle Maeve. Je me laisse assez peu prendre au jeu des tags en général mais celui-ci me plaisait bien.

1/ Tu as 20 000 livres dans ta PàL… Comment décides-tu de ta prochaine lecture?
J’utilise le système de la bookjar dont j’ai entendu parler sur une chaine YouTube il y a un an ou deux d’ici. Il s’agit de noter le titre des romans qu’on a dans notre PàL sur des petits papiers, qu’on met dans un contenant. Dans mon cas, c’est une simple boîte. Puis on tire au sort notre prochaine lecture. J’aime bien ce concept parce qu’il permet de lire des livres qui attendent depuis longtemps et qu’on ne sort par pour x ou y raison, parfois bêtement une question de feeling. Grâce à ce système, j’ai lu des romans géniaux qui, sans ça, attendraient probablement toujours. Le tout, c’est de s’y tenir, surtout quand le papier tiré au sort propose un roman qui ne me tente pas du tout mais je fais confiance au hasard. Il ne m’a jamais déçue !

2/ Tu as lu la moitié d’un livre et tu ne l’aimes pas. Tu abandonnes ou tu continues?
J’abandonne ! Il y a quelques années, j’aurai juré cela impensable mais là… Ouais, je laisse tomber sans regret. Il y a trop de romans à lire pour s’obstiner si un titre ne me plait pas. Après, dans le cas d’un service presse, c’est un peu plus compliqué. Si vraiment je n’y arrive pas, je contacte l’éditeur pour en discuter avec lui. Si le livre est en format papier et non dédicacé, je propose de le retourner à l’éditeur. Ce n’est encore jamais arrivé à ce point-là mais je pense que c’est de cette façon que je procèderais !

3/ Les couvertures d’une saga que tu aimes ne se ressemblent pas. Comment tu gères ça?
Si ça concerne la couverture, je m’en moque. De toute façon, ça ne se voit pas dans la bibliothèque. Par contre pour les formats, c’est davantage agaçant mais je fais avec. On ne peut pas forcément contrôler les exigences éditoriales ! L’avantage d’être autrice, c’est qu’on a conscience de ce genre de problématiques.

4/ Tout le monde aime un livre que toi tu n’aimes pas. À qui tu en parles, du coup?
J’estime qu’on a tous le droit d’avoir notre opinion et si on me demande la mienne, je la donne sans détour. Par contre, j’évite d’en parler sur le blog parce que je n’en vois pas l’intérêt, je préfère promouvoir une littérature qui vaut la peine. J’évite aussi de le hurler sous tous les toits. Mais si on m’interroge, je réponds.

5/ Tu es en train de lire dans un lieu public et tu sens que tu vas pleurer, qu’est-ce que tu fais?
J’essaie de me retenir ou au pire, je pleure. Si quelqu’un s’en inquiète, je lui explique et voilà. Toutefois, là où je vis, les gens s’inquiètent assez peu de ce qui se passe autour d’eux alors ça ne devrait pas poser problème.

6/ La suite d’un livre que tu as aimé vient de sortir mais tu as oublié pas mal de choses. Qu’est-ce que tu fais?
Je prie pour que l’auteur ait pensé à mettre des rappels (soit un résumé au début, soit dans le texte en lui-même) parce que je prends très rarement le temps de relire un roman. Y’a trop de livres, trop de services presses, c’est vraiment agaçant quand on y pense. Je devrais pouvoir prendre le temps que je veux. Après, en règle général, la mémoire me revient vite et les auteurs pensent à glisser l’un ou l’autre mémo.

7/ Tu ne veux pas prêter tes livres. Comment dis-tu non gentiment si on te pose la question?
Je le dis, c’est tout. Je prête mes romans uniquement aux gens en qui j’ai confiance et ils se comptent sur les doigts d’une main. Si quelqu’un me pose la question, je refuse gentiment et y’a pas de raison qu’il ou elle insiste.

8/ Tu as choisis et reposés 5 livres le mois passé. Comment gères-tu ta panne de lecture?
Je lis des mangas ! Ça fonctionne à tous les coups et un jour ou deux plus tard, c’est reparti.

9/ Il y a tellement de nouveaux livres que tu rêves d’acheter ! Combien en achètes-tu réellement?
J’en achète beaucoup. Plus de la moitié des romans dont je parle sur le blog sont des achats personnels. J’ai la chance d’avoir des partenariats presses avec des maisons que j’adore et dont je lis beaucoup d’ouvrages donc c’est vrai que niveau budget, ça allège mais voilà, si j’ai vraiment envie d’un livre, je m’arrange pour l’acheter ou l’emprunter à une amie si c’est possible.

10/ Après les avoir achetés, combien de temps restent-ils dans ta PàL?
Ça dépend ! En général, moins d’un an mais c’est déjà arrivé (rarement) qu’un roman y reste davantage.

Et voilà c’est déjà terminé ! J’espère que ce tag vous a plu, n’hésitez pas à le reprendre pour votre blog ou à y répondre dans les commentaires 🙂

À bientôt pour de nouvelles aventures !

La cour d’Onyx #1 Minuit jamais ne vienne – Marie Brennan

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Minuit jamais ne vienne est le premier tome de la saga La cour d’Onyx écrite par l’autrice américaine Marie Brennan. Publié chez l’Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne, vous trouverez cet ouvrage au prix de 21.90 euros.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

Ce roman réécrit de manière imaginaire le règne de la reine Elisabeth Ière d’Angleterre. Il s’ouvre d’ailleurs avec elle, prisonnière dans la Tour de Londres, qui passe un pacte avec une mystérieuse fae prénommée Invidiana. Quelques années plus tard, Michael Denven arrive à la cour pour devenir protecteur de la reine mortelle pendant que Lune, courtisane déchue, tente de survivre aux pièges de la cour d’Onyx. Leurs destins vont inextricablement se lier quand ils découvriront certains secrets pourtant bien dissimulés.Des secrets qui les pousseront à vouloir destituer la reine.

Minuit jamais ne vienne est une fantasy historique bien documentée mais malheureusement pas trop à la portée des novices. Si, comme moi, vous êtes davantage familiers des détails de l’histoire de France alors vous allez lire ce roman en vous demandant à toutes les pages qui est qui et passer à côté d’une flopée de références qui sont sûrement ultra intéressantes quand on s’y connait. Le pire, c’est qu’on les ressent mais on devrait presque avoir un manuel de cours spécialisé à côté pour tout relever. Marie Brennan ne cherche pas à enseigner un morceau de l’histoire d’Angleterre, elle s’adresse plutôt à un public davantage érudit sur la question. À ce titre, pari réussi ! Elle s’y prend si bien que ça ne me surprendrait même pas d’apprendre qu’il y a un fond de vérité dans son roman. Malheureusement, ça m’a catapultée au rang de spectatrice du récit et m’a empêché de m’immerger.

Je ne juge pas cela comme un point spécialement négatif, une autrice a bien le droit de souhaiter viser un certain public. Hélas, il n’y a pas que pour l’aspect historique que Marie Brennan manque de pédagogie. Elle utilise tout un bestiaire faerique qu’elle décrit finalement très peu. J’ai réussi à plus ou moins m’y retrouver car je connais quelques éléments du folklore rattaché à l’univers mais elle évoque des créatures dont le nom même ne me disait rien, ce qui n’est pas un mince exploit… En les citant juste, sans un mot d’explication. J’aurai vraiment aimé qu’elle prenne davantage le temps de tout placer, de mieux décrire les différentes races pour brosser un panorama bien plus vivant de son matériel de base qui est pourtant si riche. Ce n’est qu’une fois arrivée à la fin que j’ai compris pour qu’elle raison elle ne l’avait pas fait.

Selon moi, du moins, c’est parce que ce roman, même si narré comme un roman, est en réalité une pièce de théâtre en cinq actes qui s’étale sur plusieurs années. Le texte se divise d’ailleurs comme tel avec des intitulés qui le prouvent. Des flashback s’y intercalent et je vous conseille d’être attentifs aux dates pour ne pas vous perdre dans les lignes narratives.

La narration, d’ailleurs, se divise majoritairement en deux points de vue. Celui de Michael Denven pour les humains et de Lune pour les Faes. Le premier appartient à la garde d’honneur de la reine Élisabeth et ambitionne de se faire un nom à la cour. Il va pour cela devoir flatter les bons egos sans y sacrifier son patriotisme. Lune, de son côté, essaie surtout de survivre à la cour d’Onyx sous le joug de la terrible Invidiana qui la disgracie par caprice. Les deux mondes sont rudes à leur façon mais celui des faes paraît encore pire. Chacun mène sa petite intrigue dans son coin, échafaude son petit complot pour servir ses intérêts ou ceux des plus grands. Les dialogues y sonnent comme des répliques de planche. Ce sentiment se renforce avec la narration, si contemplative qu’on pourrait croire que Marie Brennan a assisté à la pièce pour la retranscrire, sans penser que son lecteur n’était pas dans la salle avec elle et qu’il lui manque des clés pour tout décoder. Au final, heureusement qu’elle propose certains flash-back au lecteur pour lui permettre d’y voir plus clair dans tout ça bien qu’ils ne commencent à trouver leur sens qu’en arrivant dans le dernier quart du roman.

Notre amie Troll l’explique bien dans sa chronique, c’est une fantasy qui prend son temps pour plaire. Malheureusement, elle en a trop pris avec moi et j’avais à peine commencé à me passionner pour le contenu que la fin est arrivée pour me décevoir par son côté trop facile et trop niais. Une fin qui colle au genre théâtral en réalité mais pas à celui du roman de fantasy historique que j’attendais. L’intrigue mise en place par l’autrice ne manque pourtant pas d’envergure ou de complexité mais elle se résout avec des raccourcis narratifs assez dommageables pour la qualité globale du livre.

C’est frustrant parce qu’on sent que Marie Brennan est passionnée par son sujet et qu’elle s’investit dans ce qu’elle raconte. Je trouve aussi assez remarquable le fait de tenter une expérience littéraire en croisant les genres comme ceux-là, il fallait oser. La sauce n’a pas pris avec moi mais je ne doute pas une seconde que la cour d’Onyx a trouvé son public et continuera à le trouver. Je n’y appartiens simplement pas.

Pour résumer, Minuit jamais ne vienne est un premier tome assez contemplatif dans un genre bâtard à mi chemin entre le théâtre et le roman. Marie Brennan s’adresse à un public de connaisseur, autant sur le plan de l’Histoire anglaise que sur celui de la mythologie celtique, en manquant de pédagogie pour les novices qui auront du mal à s’y retrouver. Si je n’ai pas été séduite par cette lecture, je lui reconnais néanmoins des qualités qui me donnent envie d’en parler et de le recommander à un public un peu plus érudit que moi sur ces deux sujets.

#VendrediLecture (44)

Bonsoir tout le monde !
In extremis, je réponds présente à ce rendez-vous hebdomadaire. J’ai terminé aujourd’hui un roman dans lequel j’ai eu difficile à rentrer, je vous en parlerai dans une chronique d’ici la fin du week-end. Je vais entamer une lecture plus légère pour me remettre dans le bain et c’est de celle-ci dont je vais vous parler aujourd’hui.

Je vous rappelle le concept du VendrediLecture! Il s’agit de partager avec vous ma lecture en cours, avec la 4e de couverture, les informations de l’éditeur et le lien vers sa page sur Babelio. Simple, efficace, pourquoi se compliquer la vie?
N’hésitez pas à me dire si ce rendez-vous hebdomadaire vous intéresse et à le reprendre sur vos propres blogs ^_^ Notez que je ne l’ai pas inventé, je reprends le concept du site VendrediLecture et du #VendrediLecture sur Twitter.

Leonora Kean #1 chasseuse d’âmes – Cassandra O’Donnell
Lecture perso – Pygmalion

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« Vivre, quand on a seize ans, au sein d’un clan de sorcières sociopathes n’est pas facile tous les jours, moi, je vous le dis.
Entre les cours de sortilèges, de potions et de magie élémentaire des Vikaris, je suis au bout du rouleau.
Alors, si en plus, on commence à ramasser les cadavres dans tous les coins, je sens que je ne vais pas tarder à provoquer un massacre.
Parce qu’on peut dire ce qu’on veut : la patience, chez nous, n’est décidément pas un trait de famille… »

Vous connaissez? Vous avez déjà lu la saga Rebecca Kean, avec la mère? 🙂
Et sinon, que lisez-vous?

L’atelier des sorciers #1 – Shirahama Kamome

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L’atelier des sorciers est un seinen (selon manga-news) écrit et dessiné par la mangaka Shirahama Kamome. Publiée chez Pika, la série compte actuellement quatre tomes en VO comme en VF et est en cours de parution au Japon. Vous trouverez chaque tome au prix de 7.50 euros.

Depuis toujours, Coco entretient une fascination pour la magie. Hélas pour elle, celle-ci ne peut se pratiquer que par les sorciers de naissance… C’est du moins ce dont elle est persuadée jusqu’à ce que le sorcier Kieffrey arrive dans son village. Malgré l’interdiction formelle énoncée par le praticien, Coco l’observe en train de pratiquer son art et décide d’essayer, elle aussi, de dessiner un sort. Malheureusement, ce dernier fonctionne et fige sa mère ! Pour la sauver, Coco va devoir apprendre la magie et devenir l’apprentie de Kieffrey. Ce dernier l’emmènera dans sa demeure où Coco rencontrera ses trois autres apprenties..

J’entends énormément parler de ce manga depuis sa sortie. Il a fait un petit carton et forte impression sur beaucoup de mes connaissances. Malheureusement, sur un plan personnel, je n’étais pas du tout attirée par le chara-design. Pourquoi avoir finalement craqué? Et bien on dit merci au combo libraires insistants + 48h BD qui m’a fait acheter le premier tome à seulement 2 euros.

Si je ne regrette pas la découverte, je dois tout de même avouer ne pas avoir entièrement été séduite par ce manga. Je lui reconnais pourtant volontiers de nombreuses qualités.

Déjà, l’univers proposé par la mangaka est bien pensé et original. Je n’avais plus entendu parler de sorts dessinés depuis un moment et honnêtement, je ne me rappelle même plus à quelle occasion. Son système de magie est plaisant et la complète ignorance de Coco dans ces arts permet au lecteur de s’y initier en même temps qu’elle. Si le procédé narratif est convenu, il n’en reste pas moins efficace et permet d’exposer les différents éléments pertinents à l’intrigue.

Les personnages ont également leur intérêt mais c’est ici que le bât blesse pour moi. Coco est trop jeune, trop naïve et aurait été une parfaite héroïne de shônen plutôt que de seinen. Elle devient rapidement agaçante et cumule les poncifs, finalement, puisqu’elle réussit une épreuve quasiment impossible sans rien connaître en magie. Quant aux trois autres apprenties, on a la taiseuse, la gentille fille enthousiaste et la garce hautaine. Sans parler du maître, auréolé d’un mystère qui ne tient pas vraiment en haleine. J’ai ressenti un peu trop fort l’aspect archétypal des protagonistes. Tout me paraissait trop joli, trop mignon, même si on introduit une confrérie (des capuchons, ouais, sans rire elle s’appelle vraiment comme ça) un peu plus maléfique pour assombrir le tout. Le dernier chapitre me donne l’impression que l’intrigue va se complexifier et devenir plus adulte mais ma crainte, du coup, c’est la création d’un gouffre trop important entre le tome 1 et le tome 2 pour les lecteurs qui ont pu apprécier l’ambiance de départ. Si quelqu’un a lu la suite, qu’il n’hésite pas à me donner son ressenti dans les commentaires !

Je souhaite toutefois lire la suite et ce malgré la particularité du chara-design. Shirahama Kamome a un vrai talent et un grand souci du détail, malheureusement je n’apprécie pas trop son trait réaliste. En noir et blanc, en tout cas, parce que je possède une farde plastique promotionnelle en couleur qui est tout simplement sublime. Mais sur les couvertures, l’utilisation de couleurs fades, trop pastel, n’a pas su m’attirer et on retrouve cette même impression sur le dessin. L’air de rien, dans un manga, l’esthétique compte autant que l’histoire. C’est bien la raison pour laquelle je regarde l’Attaque des Titans au lieu de le lire.Du coup, sur moi, le charme n’a pas opéré même si je reconnais volontiers le talent de la mangaka. Il ne colle juste pas à mes goûts.

Pour résumer, si ce premier tome n’a pas su complètement me séduire sur son esthétique ou m’accrocher à ses personnages, il ne manque pas pour autant de qualités sur un plan narratif et je pense donner sa chance à la suite afin de vérifier certaines théories. L’univers riche et réfléchi créé par la mangaka possède un vrai potentiel ainsi qu’une identité propre que, j’espère, elle n’hésitera pas à exploiter dans une veine plus sombre au sein des prochaines volumes.

Le club des érudits hallucinés – Marie-Lucie Bougon

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Le club des érudits hallucinés est un one-shot steampunk écrit par l’autrice française Marie-Lucie Bougon. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Black Steam, vous trouverez cet ouvrage au prix de 19.90 euros.

Eugénia est l’andréïde, celle décrite dans l’Eve du futur, le célèbre roman précurseur en science-fiction rédigé par Villiers de l’Isle-Adam. Pourtant, sa réalité n’a rien avoir avec la fiction imaginée par l’auteur. Amnésique et recueillie par le professeur Brussière qui en fait son apprentie, Eugénia est en quête de ses origines. Pour répondre à ses questions existentielles, elle sera soutenue par les membres du Cénacle : la médium Barberine Fricka, l’explorateur Victor Cassieux, l’autre assistant du professeur, Eusèbe d’Orlille et le riche ennuyé Alcibiade de Voraise. Ensemble, ils tenteront de répondre à une simple question : une machine peut-elle avoir une âme?

J’ai un goût prononcé pour les romans steampunk dénichés par les Éditions du Chat Noir. Ils ne manquent jamais d’originalité, de personnalité ni de style et c’est ce que j’ai eu le plaisir de découvrir ici.

Le roman s’ouvre sur une nouvelle parue dans l’anthologie des Montres Enchantées et qui a été la genèse du roman. Si j’ai trouvé intéressant de pouvoir en prendre connaissance, j’ai malheureusement eu un sentiment de redondance avec le début du roman où l’autrice plaçait très bien ses personnages sans besoin de rappel. Heureusement, il s’agit du seul reproche que j’ai à adresser au roman en dehors de quelques petites coquilles qui seront promptement corrigées au second tirage.

En effet, Marie-Lucie Bougon propose un univers d’une grande richesse. La plupart de l’intrigue se déroule à Paris mais Eusèbe prend à un moment donné son envol pour l’intrigante République Savante d’Outremer. L’endroit, situé dans le grand nord, rassemble une importante communauté scientifique et se présente comme un éden de la science autant que de la culture tout en restant neutre vis à vis de la politique mondiale. J’ai trouvé l’idée séduisante. Ainsi, l’autrice ne se contente pas d’imaginer des machines incroyables ou de se questionner sur les fondements de l’âme, elle s’intéresse aussi à la politique, ce qui donne une dimension supplémentaire à son roman.

L’idée centrale du club des érudits hallucinés s’articule autour de la biomutation. Le professeur Brussière remarque en effet que certaines machines ou jouets qu’il a pu construire commencent à s’animer comme contaminés par les sentiments inspirés par ceux qui les possèdent. Il suffit de voir l’expérience de la tortue pour s’en convaincre. C’est ce propos qui va traverser tout le livre avec, d’un côté, des scientifiques qui y voient un miracle et de l’autre, une défaillance. Bien que le roman prenne place à la fin du 19e siècle, il a, je trouve, un questionnement extrêmement moderne pour notre époque où on s’interroge sur les I.A. et sur les avancées de la robotique. Voilà une métaphore bien élaborée !

Non contente d’écrire un roman intelligent, Marie-Lucie Goudin propose également des personnages aussi excentriques qu’attachants. Sans grande surprise, ma préférence va à Alcibiade mais chacun d’eux est plaisant à suivre. Alcibiade à ce côté esthète riche qui s’ennuie et se cherche un but dans la vie, qui s’habille avec goût mais originalité, qui excelle aux duels et surtout, qui ne recherche pas l’amour. D’ailleurs, le club des érudits hallucinés dégage beaucoup d’émotions mais pas un seul love interest (du moins déclaré), ce qui est aussi plaisant que remarquable.
Quant aux autres, Eusèbe est séduisant par sa naïveté et son désir d’apprendre. Le professeur Brussière est un scientifique curieux de tout mais paternel et bienveillant. Quant à Mme Fricka, on la prend d’abord pour une charlatante mais on découvre une complexité inattendue chez son personnage à mesure que le récit avance. Pour ne rien gâcher, Eugénia, qui est le point central de ce récit, est une fille sensible et fragile sans tomber dans les archétypes habituels. Elle commet des erreurs, déborde d’émotions, ne manque pas de cœur et tente de surmonter de profonds traumatismes dont les souvenirs lui reviennent à mesure que sa quête de réponses avance.

Pour évoquer le récit en lui-même, sachez qu’il se découpe en plusieurs styles formels. Un article de presse, une vingtaine de lettres pour évoquer la correspondance des protagonistes, le journal à souvenirs d’Eugénia (rédigé à la première personne) et des chapitres plus conventionnels. Je n’ai eu aucun problème à passer de l’un à l’autre. À mon sens, dans un roman steampunk, impossible de se couper totalement du style épistolaire que l’autrice maîtrise très bien.

Pour résumer, le club des érudits hallucinés est une belle découverte. Dernier né de la collection Black Steam des Éditions du Chat Noir, il est à la hauteur de ses prédécesseurs par son intelligence et son propos, servis par une intrigue passionnante et un univers riche. La plume de Marie-Lucie Bougon n’y est pas pour rien et transmet sans effort les émotions des personnages, auxquels on s’attache immédiatement. Je recommande chaudement la lecture de ce one-shot aux adeptes du steampunk mais plus globalement, à ceux qui ont envie de lire un très bon roman d’une autrice prometteuse car il n’est pas uniquement dédié à un public expert. J’espère qu’elle écrira à nouveau dans ce style littéraire !