À l’ombre du Japon #11 { La malédiction de Loki #4, Noragami #5 & #6, Otaku Otaku #2, Reine d’Égypte #7 }

Bonjour à tous !
Voici déjà un nouvel article dédié à mes lectures mangas. J’ai mis ma relecture de Black Butler en pause pour me consacrer aux nouveautés puisque j’ai pu me rendre chez Kazabulles pour faire le plein début de semaine dernière ! L’occasion aussi de continuer ma découverte de Noragami… Pour rappel, « À l’ombre du Japon » est une rubrique dédiée à mes avis / ressentis personnel au format court sur les mangas que j’aime (et leurs suites !), un média que je consomme énormément et qui me passionne.

MALEDICTION DE LOKI 04 - JAQUETTE_C1C4.indd
Je vous ai déjà parlé de ce manga avec un premier tome qui a été un gros coup de cœur. Hélas, l’enthousiasme est retombé petit à petit avec les suivants. J’ai parlé du tome 3 comme d’un volume de transition facilement oubliable et je vais devoir accoler des qualificatifs identiques au tome 4. J’ai manqué de le refermer à plusieurs reprises puisque je m’ennuyais un peu en lisant. Tout stagne pendant deux tiers du tome, il ne se passe pas grand-chose. On a une histoire courte au sujet d’une peinture maudite et d’un enfant qui se veut assez touchante sauf que l’intrigue principale n’avance de ce fait quasiment pas. Sans parler des personnages morts qui ne le sont pas vraiment… Ce qui a tendance à beaucoup m’agacer… Bref je me tâte à lire la suite parce que j’aime le concept de la série sauf que deux tomes décevants coup sur coup… Voilà quoi. Une affaire à suivre !

Depuis le premier tome je trouve que la qualité du manga reste constante, c’est toujours le cas ici. Ces deux volumes permettent de clôturer le premier gros arc narratif qui, pour rappel, traitait de Bishamon. On apprend enfin pour quelle raison elle hait Yato à ce point ce qui nous laisse, en tant que lecteur, dans une sorte d’ambivalence. C’est ce que j’aime dans ce manga : tout n’est pas blanc ou noir, on est dans du shonen subtil, sans manichéisme. Par contre vu la fin du tome 6, je me demande où le mangaka va nous emmener puisque l’histoire pourrait presque se clôturer ainsi !

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Je suis totalement accro à ce manga ! Quelle découverte incroyable, moi qui déteste habituellement la romance… Ce second volume reste dans la même idéologie que le premier en proposant de nouvelles saynètes et en introduisant un nouveau personnage : Naoya, le petit frère de Hirotaka qui n’est pas du tout un otaku. L’alternance entre les histoires courtes et l’intrigue globale est toujours aussi bien gérée, la psychologie des personnages me parait toujours crédible et les situations évoquées parleront surtout aux joueurs, cette fois-ci ! Franchement, je l’ai adoré et je suis contente d’avoir acheté les six volumes d’un coup pour me plonger dans la suite.

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Reine d’Égypte est un manga que j’adore pour la profondeur de ses personnages, pour ses enjeux forts et pour son histoire qui mêle éléments historiques réels et fiction. La mangaka réalise un travail extraordinaire dans son exploitation de la culture égyptienne et ce tome 7 me conforte dans mon sentiment qu’il s’agit vraiment d’une série à suivre. Dans ce volume, Hatchepsout continue de développer son pays grâce au commerce et a lancé une expédition vers le Sud pour combattre les bandes armées qui pillent des villages. Elle se trouve en première ligne, irréprochable donc, mais c’est sans compter les traditionalistes qui refusent de se faire gouverner par une femme. Ils élèvent et suivent le jeune pharaon Thoutmosis III dont on suit une partie de l’histoire dans ce septième tome. La relation qui existe entre les deux pharaons est vraiment forte alors même qu’ils n’ont aucun contact ! On sent une ambiguïté, un respect mutuel, c’est aussi travaillé que fascinant. Ça change des relations habituelles entre deux chefs ennemis. La fin de ce tome introduit également la jeune princesse Néférouré qui compte bien ramener son précepteur Senmout sur le devant de la scène -un personnage que je suis ravie de revoir. J’ai donc très hâte de lire la suite de cet excellent manga.

Et voilà c’est déjà terminé ! Mais d’autres articles arriveront prochainement puisqu’il me reste pas mal de mangas à lire et que je retourne à la librairie la semaine prochaine. Bah oui, Beastars a fini par arriver ♥

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Le Prieuré de l’oranger – Samantha Shannon

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Le Prieuré de l’oranger
est un one-shot de fantasy écrit par l’autrice anglaise Samantha Shannon. Publié chez de Saxus, vous trouverez ce roman de presque 1000 pages au prix de 24.9 euros partout en librairie.

De quoi ça parle ?
Voilà presque mille ans que la dynastie Berethnet règne sur Inys. La Reine Sabran n’a pas super envie de se marier ni d’enfanter mais on ne lui laisse pas le choix, elle doit donner une héritière à son reinaume au risque de le laisser sans protection face au prochain réveil du Sans-Nom. Après tout, sa lignée est sainte. C’est d’ailleurs pour cela que le Prieuré a envoyé Ead la protéger sans que la reine ne soit au courant.
Loin à l’Est, Tané a toujours rêvé de devenir dragonnière et s’entraîne depuis l’enfance dans ce but. Pas de bol, le jour avant la sélection, un évènement va bouleverser ses plans.
L’Est et l’Ouest n’ont rien en commun et ne s’apprécient pas des masses, les premiers vénèrent certains types de dragons comme des divinités alors que les autres les haïssent. Pourtant, ils vont devoir s’allier face à l’invasion du Sans-Nom au risque de condamner l’humanité.

Une fantasy moderne dans la représentation féminine.
Peut-être avez-vous eu l’occasion de lire l’article de Planète Diversité qui se sert de ce roman pour évoquer la représentation des femmes dans le genre fantasy. C’est un billet qui m’a remuée en tant que lectrice mais également en tant qu’autrice donc je vous recommande d’y jeter un œil. Il m’a aussi donné envie de découvrir le Prieuré de l’oranger puisque j’étais curieuse de voir comment l’autrice représentait les femmes et pourquoi cela différait des habitudes du genre.

Force est de constater que Samantha Shannon accorde en effet une très grande place à des protagonistes féminines, qu’elles soient animées de bonnes ou de mauvaises intentions. Sur les quatre narrateurs du roman, deux sont des femmes : Ead et Tané. Elles ne sont pas uniques en leur genre, on retrouve énormément de personnages féminins « secondaires » qui disposent d’une vraie personnalité et ne sont pas présentes juste pour jouer un rôle archétypal au sein de l’intrigue. L’autrice n’efface pas pour autant les hommes ni ne les réduit à des clichés désagréables, proposant ainsi un bel équilibre dans son roman. De plus, à aucun moment elle ne décrit ses personnages féminins comme des objets de désir hormis lorsque deux d’entre elles développent une attirance sexuelle (ce qui, du coup, se justifie). Il n’y a d’ailleurs pas de romance dans le texte à l’exception de celle-ci et elle ne prend pas toute la place ni n’efface la personnalité des deux femmes concernées. Chacune reste fidèle à ses convictions, ses objectifs. Samantha Shannon présente une passion intense mais censée, personne ne perd son cerveau ou sa capacité à prendre des décisions cohérentes dans l’entreprise. Ça change ! Des romances comme ça, c’est génial.

De plus, ces femmes ne se définissent pas par leurs relations avec les hommes et tous les hommes n’entretiennent pas l’envie de les posséder. Au contraire, à travers notamment le personnage de Loth, on découvre qu’un homme et une femme peuvent être amis sans en venir à éprouver des sentiments amoureux l’un pour l’autre -oh mon dieu quel choc. Mieux ! Cette relation n’est pas une exception. Vous voulez dire que tous les mâles ne sont pas des obsédés pervers? Incroyable. Et pourtant… Quand on y pense, on retrouve assez souvent des arrières-pensées, des échanges qui tournent autour du sexe, des relations amoureuses et ce dans beaucoup de romans. Ce souffle d’air frais a été plus que bienvenu et m’a fait prendre conscience que, malheureusement, le Prieuré de l’oranger fait figure de rareté dans ce domaine. Rien que pour cela, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture.

Rareté ne signifie toutefois pas que le Prieuré de l’oranger soit le seul dans son cas et j’en profite ici pour recommander des romans de fantasy francophones qui empruntent une voie semblable sur les questions de la représentation / de la femme comme les illusions de Sav-Loar de Manon Fargetton, le diptyque de Bohen (Les Seigneursles Révoltés) d’Estelle Faye ainsi que la trilogie du Chant des Épines d’Adrien Tomas.

Un monde non-sexiste.
Le Prieuré de l’oranger propose un univers d’une incroyable richesse inspiré d’énormément de cultures qu’on peut s’amuser à identifier. C’est aussi un monde de fantasy où le sexisme ne semble pas exister. Les femmes occupent des positions hautes dans la société sans pour autant que les hommes soient écrasés. Certes, une partie de l’histoire se passe dans un reinaume mais ça ne signifie pas que les femmes sont supérieures ou inférieures. Elles peuvent occuper toutes les fonctions qui leurs font envie, même prendre les armes.

Les inégalités n’ont pas disparu pour autant. On retrouve bien entendu une disparité des classes (impossible pour quelqu’un de mal né d’épouser une personne de haute naissance par exemple) ou de religion (la Vertu est la seule religion autorisée, les autres sont des hérésies). Toutefois, à ce qu’on comprend, deux hommes ou deux femmes peuvent s’aimer et se marier sans que cela ne pose souci. Par contre, une fois unis, ils doivent respecter une fidélité irréprochable car tromper son conjoint est un grave blasphème. La seule exception est pour la reine qui doit prendre un époux pour enfanter mais on cite le cas d’une reine qui aimait une autre femme et a vécu avec elle après avoir abdiqué en faveur de sa fille (on suppose qu’elle a été mariée avant et que son mari est décédé ?) Bref cela ne paraît pas grand chose mais essayez de vous souvenir d’un roman de fantasy où les choses se passaient comme cela. Le seul titre qui me vient à l’esprit c’est À la pointe de l’épée d’Ellen Kushner chez ActuSF et on y parlait du cas des hommes. Les deux autrices prennent le même parti : celui de normaliser ce qui ne l’est pas dans nos sociétés sans s’y arrêter ou proposer un plaidoyer fiévreux sur le sujet. À mon sens, ce choix n’en donne que plus de force au propos car il montre que ces thématiques ne devraient pas être un sujet de discorde ni même de haine. C’est juste du bon sens, chacun a le droit de choisir le partenaire qui lui convient ou même de n’avoir aucun partenaire puisque la Reine Sabran explique à un moment donné qu’elle veut gouverner seule et n’a pas forcément envie d’avoir un enfant. Pour tout cela, clairement, le Prieuré de l’oranger est un grand roman.

Un fond d’une grande richesse mais une intrigue trop classique.
Malheureusement le bât blesse quand on se plonge davantage dans l’intrigue. Certes, l’univers créé par l’autrice est complexe, intéressant, fascinant même. Et oui, les personnages sont travaillés, crédibles, au point qu’on en vient à détester certains et à en adorer d’autres. Ils vivent, ils possèdent un véritable souffle. Hélas, l’intrigue en elle-même reste plutôt classique et ses nœuds assez évidents quand on lit le roman de manière attentive. Elle manque de prise de risques, de choix osés. Sans compter que, à plusieurs reprises, l’expression « le hasard fait quand même bien les choses » se vérifie d’une manière agaçante. Besoin d’un bateau pour quitter une île et secourir un dragon ? Regarde une tempête t’en amène justement un quand t’as fini d’apprendre à utiliser tes nouveaux pouvoirs. Pratique ! Tu cherches l’épée magique perdue depuis un millénaire? Oh mais je sais où elle se trouve sur base d’une vieille énigme marmonnée par mon père à moitié fou et un accident de jeu quand j’étais enfant qui m’a fait tomber dans le terrier d’un lapin, lapin qui est un animal poilu donc ça colle avec l’énigme wouhou ! Parce que c’est connu, dans la forêt, y’a que les lapins qui ont des poils et vivent dans des terriers.

Je grossis un peu le trait mais à peine. Je vous donne d’ailleurs deux exemples, malheureusement il y en a davantage et c’est tellement dommage ! Quand on a un univers aussi génial et des personnages vraiment réussis, tomber dans ces facilités me fend le cœur. Je ne dis pas que le roman en devient inintéressant, non. Les pages se tournent sans qu’on y prenne garde et ça reste un bon divertissement toutefois il y manquait un petit quelque chose de plus pour lui accoler l’adjectif grandiose. Même l’affrontement final ne comporte pas de grande surprise. On nous parle d’un ennemi pendant 900 pages, on aurait aimé qu’il soit présent en personne plus que trois pages et demi. En refermant le texte, j’ai eu un goût de : tout ça pour ça ? Sauf que comme j’étais attachée à certains personnages, c’est presque passé crème.

Par contre, le Prieuré de l’oranger peut tout à fait se vanter d’être moderne et rien que pour ça, il vaut le coup qu’on s’y arrête.

Un objet-livre encombrant.
Je me sens obligée de dédier un paragraphe au sujet de l’objet-livre en lui-même. Il est magnifique, les éditions de Saxus ont vraiment fait un travail de dingue sur la couverture qui attire l’œil et donne envie de s’y plonger. Le dragon brille et la matière tient bien (au contraire des dorures de chez certains éditeurs *tousse*Gallimard*tousse*), on sent la qualité de fabrication pour un prix somme toute ridicule. 24.9 euros pour 1000 pages. C’est ce que vous payez pour un grand format Bragelonne avec trois fois moins de contenu… Sur ce point, rien à dire hormis un grand bravo.

Par contre, dans les faits, l’objet n’est pas pratique à manipuler ou même à transporter. Je l’ai acheté parce qu’à cause du confinement, je pouvais le lire dans mon lit mais même ainsi je ne pouvais pas m’allonger avec, craignant de me fouler le poignet en lisant (ne riez pas c’est arrivé à ma mère quand elle lisait l’Oracle Della Luna…). C’est plutôt frustrant et je n’ose pas imaginer ceux qui lisent dans les transports, comme c’est mon cas habituellement. Je n’aurais jamais pu le glisser facilement dans mon sac. J’ai conscience qu’on ne peut pas tout avoir mais voilà, sachez-le et investissez peut-être plutôt dans la version numérique si c’est quelque chose qui vous dérange.

La conclusion de l’ombre
Le Prieuré de l’oranger est un one-shot de fantasy d’une incroyable richesse, inspiré de nombreuses cultures. L’autrice propose des personnages crédibles et travaillés qui sont un point fort du roman. De plus, le texte se révèle très moderne par sa représentation de la femme et son absence de sexisme. Hélas, l’intrigue reste assez classique et si l’action est au rendez-vous, ce n’est pas le cas de la surprise. Je recommande ce roman à ceux qui cherchent une bouffée d’air frais dans ce genre qui commence seulement à se renouveler. Pour moi, ça a été un chouette divertissement !

Tu es belle Apolline – Marianne Stern

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Tu es belle Apolline
est un one-shot young adult de littérature blanche écrit par l’autrice française Marianne Stern. Publié aux éditions du Chat Noir dans la collection Chat Blanc, vous pouvez commander ce titre directement sur leur site Internet. Il s’agit d’une des nouveautés qui a souffert de la crise COVID-19 donc n’hésitez vraiment pas à tenter l’aventure.

De quoi ça parle?
Aux yeux de la société, Apolline a tout pour être heureuse : une mère riche et mannequin, une belle maison, peu de pression parentale… Pourtant, elle souffre. Elle mène une guerre contre la nourriture, obsédée par son poids, laissée seule face à ses démons par une mère carriériste qui refuse de divulguer l’identité de son père. Un père qui manque à Apolline…

Apolline, une protagoniste hors normes.
J’ai souvent tendance à associer la littérature young-adult à des héroïnes féminines (dans tous les sens du terme), qui prennent soin d’elle, qui sont obsédées par un garçon, relativement bonnes élèves, sérieuses, respectueuses, bref qui rentrent dans les clous de ce que la majorité des gens imaginent quand ils pensent « adolescente propre sur elle ». J’ai conscience de faire ici une généralité toutefois on ne peut nier qu’Apolline n’a rien d’une protagoniste comme les autres.

Apolline est métaleuse et germanophile. Elle fume des joints, elle boit aussi et se mutile pour exorciser son malêtre. Pour ne rien arranger, elle est anorexique mais refuse de le reconnaître. Par certains côtés, je me suis revue au même âge : différente, jugée, avec des interactions sociales difficiles. Du coup, je n’ai eu aucun mal à non seulement m’attacher à elle mais également à la trouver crédible. Toutefois, j’ai lu à plusieurs reprises que ce n’était  pas évident pour tout le monde donc vous êtes prévenus.

Le roman est écrit à la première personne donc le lecteur vit l’histoire uniquement du point de vue d’Apolline. Le texte se veut psychologique, immersif. Nous vous attendez pas à des rebondissements dans tous les sens ou des évènements spectaculaires. Marianne Stern raconte la vie d’une adolescente presque comme les autres, décrivant avec maestria ses intenses tourments.

Apolline et l’anorexie.
L’anorexie est une grande thématique du roman. Apolline a grandi sous le même toit qu’une mère mannequin qui fait attention à son poids. Mutti ne lui a jamais adressé le moindre reproche ou fait peser une pression quelconque sur elle. Néanmoins, Apolline côtoie son style de vie, son style de beauté, c’est la norme pour elle de manger du céleri et boire du thé vert. Elle pèse quarante-quatre kilos à peine pour plus d’un mètre septante, on voit d’ailleurs ses os. Elle ne peut pas avaler une part de pizza sans ressentir un dégoût profond si bien décrit par l’autrice que mon propre estomac se rebellait à la lecture. L’ironie veut que je mangeais justement de la pizza le soir-même…

Le mot anorexie arrive tard dans le roman puisque Apolline vit dans le dénis. On évolue avec elle petit à petit vers l’acceptation de son état et un désir d’aller mieux, mêlé à une crainte : celle de finir à l’hôpital, endroit diabolisé par sa grand-mère qui le lui a d’abord présenté comme une menace pour l’obliger à manger. Fausse bonne idée… J’ai beaucoup apprécié le traitement de ce thème par l’autrice. Le choix de la subtilité permet au propos de gagner en force. Le concept fonctionne très bien.

Le culte des apparences.
Avec une mère mannequin, forcément, on ne peut pas passer à côté des préoccupations liées à l’apparence. Toutefois, l’autrice traite ce thème dans un sens plus large puisqu’elle met en scène la pression sociale du lycée. Apolline pose un œil critique sur ses camarades qu’elle trouve souvent grosses, hideuses. Cette fixette sur le gras n’est pas sans rappeler cette tendance de nos sociétés occidentales à mettre en avant la taille de guêpe et à donner dans le body shaming. D’ailleurs, Apolline va en être la victime elle aussi non seulement à cause de sa maladie mais aussi avec l’histoire des photos. Une situation vécue malheureusement par beaucoup d’adolescentes de nos jours, qui permettra de rappeler les protections les plus élémentaires.

La famille et le besoin d’attention.
Apolline a été élevée par une femme qui pensait d’abord à sa carrière. Un choix narratif intéressant parce que, pour une fois, je n’ai pas ressenti de critique contre celle qui a choisi son métier en essayant de se débrouiller avec son enfant. Mutti commet des erreurs, comme tout le monde. Elle est humaine, tout simplement. Apolline lui reproche par moment son comportement puis se rend compte elle-même que ce n’est pas forcément juste de sa part. J’ai trouvé le roman très moderne à ce sujet et décomplexant vis à vis des femmes actives. L’autrice s’engage ainsi, à sa façon, sur une question sociale forte en faisant à nouveau le choix de la subtilité.

L’absence du père créé un profond malaise chez Apolline. Elle a envie de le connaître mais sa mère refuse de lui donner des détails à son sujet. Comme elle a été escort-girl et qu’elle est tombée enceinte jeune, on imagine pendant un temps qu’il s’agit d’un accident avec un client. On se demande aussi, au fond, pourquoi conserver cet enfant? Une question matérialisée dans le roman par Carabosse, alias la grand-mère d’Apolline qui personnifie une société rétrograde, scrutatrice, étouffante.

Ces thématiques ne s’abordent pas à la légère et Marianne Stern l’a bien compris. Selon moi, l’autrice trouve un bel équilibre en proposant ainsi un roman très humain qui fonctionne bien.

Deutschland mein hertz in flammen will dich lieben und verdammen*
(Deutschland – Rammstein)
Tu es belle Apolline est, comme je l’ai déjà dit plus haut, un roman clairement germanophile. Apolline est fascinée par l’Allemagne, sa langue, son histoire, sa musique. Si la thématique ne vous intéresse pas ou que vous détestez ce qui vient de là-bas, vous risquez de vous heurter à un mur. Notre protagoniste écoute Rammstein, adore Till Lindemann (mais pas que), se donne la peine de s’investir uniquement au cours d’allemand et voue une admiration profonde à sa prof, mademoiselle Tallberg. Plusieurs phrases dans cette langue apparaissent dans le texte sans être traduite, toutefois on comprend leur signification approximative avec un peu de contexte. Je sais que ça a dérangé certains lecteurs mais ça n’a pas été mon cas puisque ça a participé à mon immersion dans ce roman. Je ne suis pas aussi accro à cette culture que l’autrice toutefois ça ne m’a pas empêchée de me régaler face à ces références ni de ressentir la passion de Marianne Stern pour ce sujet précis.

Tu es belle Apolline et That’s a long way to hell : des points communs ?
À ce stade, je ne peux m’empêcher d’effectuer un parallèle entre ce roman et That’s a long way to hell car on y retrouve des thèmes et des motifs semblables alors même que les histoires sont profondément différentes. Par exemple, l’idée de la mère seule et indépendante qui élève un enfant sans présence d’un père tout en refusant d’assouvir la curiosité de l’enfant quand il ou elle pose des questions. On retrouve aussi une germanophilie semblable. Si le roman se déroule en France et pas à Néo-Berlin, il est imprégné d’Allemagne à de nombreux niveaux. Enfin, on a deux personnages qui aiment la musique metal plus ou moins trash et qui sont auto-destructeurs. Apolline dans une moindre mesure que Hans… Quoi que ? Bref, quand on lit les deux romans, les similitudes sautent aux yeux pourtant ils n’ont pas grand chose en commun. Étrange paradoxe.

La conclusion de l’ombre :
Tu es belle Apolline est un roman young-adult de littérature blanche intéressant à découvrir pour son héroïne hors du commun et ses thématiques fortes. Marianne Stern aborde des sujets sociaux importants comme l’anorexie, le body-shaming, les difficultés familiales avec subtilité et maîtrise, ce qui rend le texte encore plus intense. Une fois commencé, impossible de lâcher ce roman que je recommande très chaudement même si vous n’êtes pas familier du genre. Il vaut le coup qu’on passe outre nos habitudes !

Les Flots sombres – Thibaud Latil-Nicolas

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Les Flots sombres
est un roman de fantasy à poudre écrit par l’auteur français Thibaud Latil-Nicolas. Publié par Mnémos, vous trouverez ce roman au prix de 21 euros.
Je remercie Nathalie, Estelle et les éditions Mnémos pour ce service presse !

Souvenez-vous, je vous ai déjà évoqué cet auteur et cet univers avec son premier roman, Chevauche-Brumes, pépite de l’imaginaire 2019 qui méritait bien son titre.

De quoi ça parle ?
Les créatures maléfiques retenues par la Brume ont été libérées et sèment la panique dans les villages du Bleu-Royaume. La Neuvième Compagnie du Roy, que le lecteur suivait dans le premier volume et qui se fait appeler Chevauche-Brumes, ont juré de les combattre jusqu’à la mort. Pendant ce temps, les tensions entre pouvoir et culte d’Enoch s’exacerbent à la capitale et pour ne rien arranger, un terrible monstre fout la pagaille sur les voies maritimes entre le continent et les Îles Jumelles. En bref, c’est le bordel.

Un faux one-shot ?
Chevauche-Brumes a été présenté au public comme un one-shot mais les Flots sombres se déroule dans le même univers avec une partie de personnages en mettant en scène les conséquences directes des évènements relatés auparavant. Mensonge ! Manipulation ! Scandale ! Je vous entends déjà hurler mais calmez vos ardeurs car non, l’éditeur n’a pas menti. Thibaud Latil-Nicholas propose une aventure à part qui certes découle des évènements de Chevauche-Brumes mais peut se lire de manière indépendante en grande partie grâce au résumé présent au début du tome ! En voilà une idée qu’elle est bonne et dont je vous parlais dans une réflexion de l’ombre. Je suis ravie de cette initiative qui non seulement permet au roman de toucher un public plus large mais aussi aux blogueurs distraits de se rafraichir la mémoire. Ces courtes pages ont été plus que bénéfiques pour moi en me permettant de me replonger directement dans l’univers créé par ce jeune auteur talentueux.

Vous pensez qu’il s’arrête là? Que nenni ! En plus du résumé, le lecteur a aussi droit à un lexique des personnages à la fin du roman, des fois qu’il s’embrouille. C’est vrai qu’il y a tout un petit monde qui grouille entre les pages et ce n’est pas plus mal d’éclaircir un peu tout ça.

Une narration plurielle et riche.
J’ai retrouvé dans les Flots sombres tout ce que j’ai aimé dans Chevauche-Brumes et même davantage car le texte gagne en profondeur avec le développement de son univers sur un plan plus politique. Les chapitres s’articulent autour de quatre grands axes que je m’en vais développer.

Le premier est celui du jeune roi Téobane, un enfant qui a du mal à gérer son rôle. Il est chapeauté par Poltrick de l’Escois, le Régent, qui fait de son mieux pour jongler avec toutes ses obligations.
Le second est celui de Juxs, membre haut placé de l’église d’Enoch qu’il juge trop laxiste face au pouvoir en place. Il va intriguer pour se rapprocher du jeune roi en espérant éclairer son esprit.
Le troisième est celui d’Ophélie, une jeune femme qui survit à l’attaque du monstre marin dont il est question dans le résumé, au contraire du reste de son équipage. Elle est sauvée par Léandres, un modeste pêcheur somme toute sympathique qui va se retrouvé embarquer malgré lui dans des intrigues qui le(s) dépassent largement. Ophélie va tenter de prévenir les Îles Jumelles de la présence de ce monstre et se verra confier par le pouvoir en place un navire afin d’enquêter à ce sujet. Si, au départ, on y croit moyen, elle va prendre de plus en plus d’importance et son axe narratif va rejoindre celui des Chevauche-Brumes.
La compagnie (enfin, ceux qui ont choisi d’embrasser la cause des Chevauche-Brumes) constitue donc bien le quatrième groupe d’importance même s’ils se trouvent moins au centre de l’intrigue que dans le premier roman. On replonge avec eux dans l’ambiance camp militaire, familiale et fraternelle. On y retrouve les doryactes qui n’ont pas cessé de les accompagner et vont prendre une place qui gagne en importance. On pourrait croire (et espérer) qu’ils soient reçus en héros pour leur bravoure mais le pouvoir militaire les considère plutôt comme des déserteurs (ingratitude bonjour !), ce qui leur complique la tâche mais ne les empêche pas de soutenir Ophélie dans son combat contre le monstre marin.

Un monde qui gagne en profondeur.
Si le premier volume prenant place dans cet univers se concentrait surtout sur la Compagnie, celui-ci, comme je l’ai montré dans le paragraphe précédent, développe plusieurs pans en y amenant des intrigues religieuses et politiques qui ne sont pas sans rappeler certains évènements historiques. À ce niveau, on ne peut pas dire que Thibaud Latil-Nicolas réinvente le genre mais d’un autre côté, ce n’est pas ce qu’on lui demande. Il place ses pions sans être (trop) prévisible. Si on voit venir certains dénouements, on reste sur le cul face à d’autres au point de se demander s’il ne nous a pas jeté un peu de poudres aux yeux pour détourner notre attention. Bref, on sent que l’auteur gagne en maîtrise et en expérience au fil de ses textes, comme je le pressentais à la lecture de son premier roman.

Baston !
Thibaud Latil-Nicolas écrit de la fantasy militaire. On peut chipoter pour se demander dans quel genre la classer spécifiquement (à poudre ? à voile ? (bah oui, y’a l’aspect océan)) mais ces deux qualificatifs restent pertinents entre tous. L’auteur s’améliore d’ailleurs au fil des romans. Si je trouvais ses combats au sol plutôt bien maîtrisés dans Chevauche-Brumes, je n’avais encore aucune idée de son talent pour les combats en mer ! Immergée (sans mauvais jeu de mots) dans le récit, je n’ai eu aucun mal à me représenter les affrontements habilement décrit par l’auteur. C’est, à mon sens, l’un des grands points fort du roman et ce que je recherche avant tout quand je le lis.

Encore une chose… Aidez à remettre ce roman à flot !
Promis j’arrête avec les jeux de mots pourris. Vous le savez peut-être mais comme je l’ai déjà expliqué dans un autre article, les éditeurs indépendants ont souffert de cette crise COVID-19 à l’instar d’autres milieux. Thibaud Latil Nicolas, tout comme son collègue Raphaël Bardas (auteur du très bon les Chevaliers du Tintamarre) ont eu la malchance d’atterrir sur le planning éditorial au tout début de cette crise si bien que leurs romans n’ont pas eu le rayonnement mérité. Je vous encourage donc à les soutenir si le cœur vous en dit, il y a pour cela plusieurs options : achetez directement leurs textes sur le site de Mnémos, parlez en autour de vous, repartagez vos chroniques, photographiez les si vous les croisez en librairie, même si vous ne l’achetez pas. Bref, mettez les en avant pour que ces deux pépites puissent jouir d’une longue et belle vie littéraire.

La conclusion de l’ombre :
Avec les Flots sombres, Thibaud Latil-Nicolas continue sur une lancée prometteuse en proposant une fantasy militaire de qualité. L’intrigue se complexifie, les personnages se multiplient et jouissent d’une psychologie bien exploitée. Si les tropes du genre restent classiques (conflit religieux, héros injustement rejetés, révolution pour un changement de régime) l’auteur les rend intéressant dans ce page-turner de qualité. Je ne peux que vous en recommander d’urgence la découverte !

À l’ombre du Japon #10 { Black Butler : meurtre(s) au manoir & terreur sur le Campania }

Bonjour à tous !
Voici déjà un nouvel épisode d’à l’ombre du Japon puisque je continue activement ma relecture du manga Black Butler. Une relecture peut-être mise en pause puisqu’à partir d’aujourd’hui, en Belgique, les librairies peuvent rouvrir ce qui va me permettre de passer chez Kazabulles pour faire le plein, en prenant évidemment les précautions qui s’imposent ! Je vais d’ailleurs attendre plutôt demain, en dehors des heures de pointe et en voiture histoire de minimiser l’impact de ma sortie.

Les volumes concernés par cet article vous du 9 au 14 et se divisent en deux arcs dont je vais vous parler en profondeur tout en évitant au maximum de divulgâcher des éléments importants.

Tomes 9 à 11 : meurtre(s) au manoir.
La Reine demande à Ciel d’organiser une réception au manoir pour la venue d’un parent à elle qui souhaite rencontrer du beau monde. Sebastian, comme d’habitude, s’occupe de tout. Parmi les invités prestigieux, on retrouve un jeune écrivain qui débute à peine : un certain Arthur, auteur d’une étude en rouge… Il est le seul à avoir été convié en personne par Ciel. Pour quelle raison ? Mystère sur lequel on n’a pas le temps de s’attarder puisqu’un meurtre est commis en chambre close, premier d’une série qui va semer la terreur parmi les convives.

On retrouve dans cet arc des éléments très classiques de la littérature policière anglaise : un manoir où des gens se retrouvent coincés pendant une tempête, des nobles, un crime où tout le monde est suspect, un spécialiste (soit détective, soit écrivain, soit policier) qui va prendre l’affaire en mains… Yana Toboso rend ici clairement hommage au genre. Certaines ficelles sont plutôt visibles quand on s’y connait un peu et quand on a lu les tomes précédents, surtout en ce qui concerne Sebastian. Cet arc n’est pas franchement mon préféré mais il a le mérite d’être divertissant et de remplir son rôle de transition.

Tomes 11 à 14 : Terreur sur le Campania / Book of Atlantis
Le dernier chapitre du tome 11 introduit le nouvel arc consacré au bateau Campania, arc qui se clôture dans le tome 14 à la fin duquel on trouve également l’introduction à l’arc suivant, Weston Manor. Mais nous n’y sommes pas encore ! Cet arc correspond également à un film disponible sur Netflix qui s’appelle : Black Butler – Book of Atlantis que j’ai regardé avant d’écrire cet article. Contrairement aux deux premières saisons de l’animé, cette production respecte à la lettre le scénario de Yana Toboso dans le manga papier toutefois l’animation des décors à l’ordinateur laisse par moment à désirer. C’est très sympa à voir en complément mais un fan qui se contente juste des animés aura un goût de trop peu.

Élisabeth invite Ciel à participer à une croisière où elle se rend avec sa famille, invitation que le Comte refuse sous prétexte de travail dont il ne peut s’éloigner. Lors d’un dîner, Lau (protagoniste qui appartient à la mafia chinoise et qu’on a déjà croisé auparavant) lui révèle qu’il a détecté des activités bizarres sur les docks. En effet, le personnel d’un hôpital achète des humains pour, selon toute vraisemblance, mener des expériences interdites. Grâce à une enquête diligemment menée par Sebastian, le chien de garde de la reine découvre que la société Aurora est mêlée à tout ça et qu’elle va justement se réunir sur le navire où se trouve Élisabeth pour on congrès immanquable et secret. Ciel va donc embarquer avec son majordome et Snake, son valet engagé au terme de l’arc Noah’s Ark Circus.

Cet arc narratif est extrêmement riche sur plusieurs plans. Déjà, il permet de développer des personnages secondaires de manière surprenante comme Undertaker ou Élisabeth. Cette dernière a le don de m’agacer prodigieusement depuis quatorze tomes donc il était temps qu’on la nuance un peu. L’éclairage apporté par Yana Toboso à son sujet rend compréhensible plusieurs de ses comportements pénibles et permet au lecteur de ressentir une forme de compassion à son égard.

On va également retrouver Grell (YEAH !) ainsi qu’un nouveau shinigami, Ronald Knox, son binôme. Pourquoi sont-ils présents sur le Campania ? L’arc répondra à cette question et permettra de développer un peu plus l’univers des shinigamis. On en apprendra davantage sur les faux de la mort, sur pourquoi ils portent tous des lunettes… Mais si, c’est important et non, ça n’a rien avoir avec le style.

Une fois de plus, cet arc est très référencé. Le Campania rappelle le Titanic par bien des points et se base entièrement sur la notion de « mort ». Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher la découverte à ceux d’entre vous qui ont envie de se lancer.

Et voilà, nous sommes déjà au terme de cet épisode spécial ! Le prochain devrait contenir bien plus de diversité puisque je compte me rendre à ma librairie sous peu. Je vous donne donc rendez-vous bientôt pour un nouveau passage au Japon.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Nixi Turner contre les Croquemitaines #4 le Marchand de Sable – Fabien Clavel

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Nixi Turner contre les croquemitaines
est une saga jeunesse fantastique en 5 tomes écrite par l’auteur français Fabien Clavel. Publié aux Éditions du Chat Noir dans la collection Chatons Hantés, vous trouverez ce roman en papier (uniquement !) au prix de 10 euros.

Pour vous rafraichir la mémoire, je vous invite à lire mon retour sur les trois premiers volumes : Baba Yaga, la Goule et le Père Fouettard.

De quoi ça parle ?
Nixi Turner, c’est la Buffy du collège made in France. La jeune fille sort de nulle part et vient combattre les Croquemitaines qui sévissent à Paris en prenant les enfants pour cible. Dans ce quatrième tome, on suit Kylian, le type qui harcelait Nawel dans le premier volume et qui crush sur Chora dans le troisième. Petit loubard doté d’un lourd passif négatif avec la bande à Nixi, il essaie pourtant de les rejoindre parce qu’il aime vraiment bien Chora et a envie de faire des efforts pour elle. Sauf qu’il se rend compte que tout n’est pas si simple dans la vie. Encore moins quand sa mère biologique débarque, sortie de nulle part.

Personnifier les maux des pré-adolescents : amour parental et existence par le regard des autres.
Kylian a été adopté et il le sait. Il adore ses deux parents, un couple homosexuel, ce qui ne l’empêche pas de se poser des questions sur ses origines. Il reçoit un mystérieux SMS d’une femme qui se présente comme sa mère biologique et qui, onze ans plus tard, aimerait le rencontrer. Il hésite, ressent une forte culpabilité d’avoir envie de la connaître mais décide tout de même de se rendre au rendez-vous. Les révélations que cette femme a à lui faire sont surprenantes et le lecteur attentif comprend qu’il y a anguille sous roche. Pourtant, Kylian se laisse manipuler.

Pour un lecteur adulte, les ficelles paraitront grosses et elles le sont un peu. Une inconnue débarque et sans même donner de vraies preuves de leur lien, il la croit ? Elle lui parle d’éléments surnaturels et pareil, il se laisse convaincre très facilement ? Ici plus que jamais, il faut se remémorer le public auquel est dédié cette saga et cette collection : les 9 – 12 ans. En fait, Kylian a la réaction d’un enfant normal, un peu naïf et mal dans sa peau même si, comme il le dit lui-même, il n’a aucune raison de l’être puisque ses deux parents l’aiment. Cela ne l’empêche pas de rechercher une figure maternelle ou plutôt, de ressentir ce besoin humain consistant à connaître ses origines.

Pour rappel, Kylian, c’est un peu la brute du collège. En suivant l’histoire de son point de vue, on comprend qu’il se comporte comme un enfoiré sans trop savoir pourquoi. Brutaliser les autres lui permet d’exister à leurs yeux, il le dit d’ailleurs lui-même. Les plus faibles rejoignent sa bande, lui accordent de l’attention, c’est ce qu’il veut… Comme la majorité des enfants, en fait. Kylian n’en reste pas moins un petit con, un petit con qui se remet quand même en question grâce à Chora et qui a envie de changer pour devenir meilleur. J’ai trouvé l’idée intéressante, ça permet de gommer un peu le manichéisme qu’on sert trop souvent aux enfants. Parfois, on est une brute sans raison, il n’y a pas toujours une histoire tragique derrière. Et oui, parfois, on peut vouloir changer avec plus ou moins de succès.

L’homosexualité parentale.
C’est presque un détail dans cette histoire toutefois j’ai été contente de lire un roman jeunesse où on présente un couple homosexuel qui a adopté et qui gère assez bien dans son rôle de parent. À aucun moment Kylian n’a un problème avec l’orientation sexuelle de ses adoptants. La seule chose qui le gêne, c’est qu’ils sont plus âgés que les parents de ses camarades et… C’est tout. Fabien Clavel traite le sujet sans l’aborder de front, c’est encore la meilleure manière de s’y confronter quand on s’adresse à des jeunes puisque, ainsi, il l’inclut dans une dynamique de normalité.

Un peu plus de noirceur dans ce monde pas si brutal.
Ce tome est, selon moi, plus violent que les trois précédents. Entendons-nous, ça ne se massacre pas dans tous les sens mais il y a du sang, des paroles dures, on y envisage même le meurtre de sang froid. Ce n’est pas pour me déplaire, notez ! J’ai l’impression d’arriver à l’avant dernier épisode d’une saison de Buffy et de devoir attendre la reprise de diffusion après les vacances d’hiver. Frustration intense. D’ailleurs la saga fait de plus en plus référence à la tueuse de vampire, allant jusqu’à donner des surnoms des personnages aux protagonistes afin de les relier à un archétype. Excellent pour ceux de ma génération, un peu moins pour le public cible qui n’aura probablement jamais (hélas) regardé un épisode de la série.

La conclusion de l’ombre :
Ce quatrième tome des aventures de Nixi Turner marque clairement un tournant dans la saga et précède un dernier volume qui promet en intensité. On y traite ici de la quête d’attention / d’identité d’un pré-adolescent et des extrêmes auxquels cela peut pousser. Page-turner qu’on lit d’une traite, Fabien Clavel propose à nouveau un roman jeunesse efficace. Je recommande aux plus jeunes mais aussi aux parents et aux professeurs car il constitue un matériel didactique intéressant.

La mort n’est qu’un début – Ambelin et Ezekiel Kwaymullina

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La mort n’est qu’un début est un one-shot fantastico-policier écrit par Ambelin et Ezekiel Kwaymullina. Publié chez Rageot, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 14.9 euros.

De quoi ça parle ?
Beth a 15 ans pour toujours. Oui, elle est morte ! Présente en tant que fantôme, elle reste aux côtés de son père policier qui ne se remet pas de son décès du à un accident de la route. Ils vont mener ensemble l’enquête autour d’une incendie dans lequel semble impliquée Isobel, une jeune fille capable de voir Beth…

Une double narration en « je »
Dans ce roman, il n’y a pas une narratrice mais bien deux. Les premiers chapitres mettent le lecteur au contact de Beth, adolescente fauchée prématurément dans un banal accident de la route alors qu’elle se rendait à une fête en compagnie de sa tante. Cette narration n’a rien de particulier et est même plutôt commune au genre young-adult. La seconde narratrice se présente en la personne d’Isobel Capture (plus souvent nommée « Capture » d’ailleurs) et est bien plus intéressante puisque ses chapitres sont rédigés certes à la première personne mais avec un style littéraire qui se veut métaphorique composé de phrases courtes, évocatrices. Isobel raconte de quelle manière elle a fuit un autre univers où elle était prisonnière du Dévoreur, une créature qui lui mange ses couleurs. Au départ, on la prend au mot et on s’attend à voir débarquer les Happeurs. Puis on comprend qu’il y a bien davantage…

Du fantastique, du policier, mais pas que !
Les révélations d’Isobel sont entrecoupées par la résolution de l’enquête sur laquelle travaille le père de Beth, aidée par celle-ci. Un foyer pour jeunes a pris feu et un corps y a été découvert, trop abîmé pour réussir à l’identifier d’autant qu’il manque trois adultes à l’appel : le directeur, l’infirmier et le bienfaiteur. Qui est mort ? Et où se trouvent les deux autres ? L’énigme en elle-même reste très classique et ne surprendra pas les amateurs du genre, ni les lecteurs dotés d’un peu d’esprit. Là où le roman brille par son originalité, c’est dans son traitement du fantastique mais surtout dans la thématique du deuil qu’il exploite d’une manière intéressante.

Perdre son enfant adolescent dans un accident, on ne peut qu’imaginer l’horreur vécue par le père de Beth qui avait déjà perdu sa femme et n’avait donc plus que sa fille pour éclairer son monde. L’homme souffre et se raccroche au fantôme de Beth pour ne pas perdre pied. Pendant un temps, on se demande même si tout ceci n’est pas une hallucination produite par son esprit toutefois le choix narratif empêche le lecteur d’y croire. Dommage, il y avait quelque chose à exploiter ! À mesure que le roman avance, son concept prend forme. On comprend qu’il y a un après auquel Beth refuse d’accéder parce qu’elle craint de laisser son père. La thématique du deuil est donc traitée dans les deux sens : le mort qui craint d’avancer et le vivant qui vit dans le passé.

Comme l’expliquent les deux auteurs dans leur note de fin : raconter des histoires est une façon de guérir. Cette phrase prend tout son sens quand Isobel Capture confie ce qu’elle a vécu et qu’on saisit enfin à quoi correspond sa métaphore. Au fond, l’enquête sert surtout de prétexte pour découvrir les clés adéquates à la compréhension du mystère spirituel développé par les auteurs.

Une exploitation passionnante de la culture aborigène.
Il faut savoir que les auteurs sont frère et sœur et qu’ils appartiennent à la culture aborigène (ils sont issus du peuple palyku) australienne au sujet de laquelle je dois confesser mon ignorance complète. Durant ma lecture, il me semblait bien que La mort n’est qu’un début possédait un souffle différent, surtout sur les parties concernant Isobel Capture. C’est en lisant le mot des auteurs présents à la fin que tout s’est éclairé. Quelques pages qui expliquent ce qu’ils ont souhaité raconter avec La mort n’est pas une fin et les valeurs qu’ils ont cherché à transmettre. Ils y évoquent la mémoire du passé, l’importance du pardon et de la transmission, bref des thématiques qui me parlent. En réalité, ils produisent une analyse détaillée de leur propre roman sans laisser place aux interprétations des lecteurs. Généralement, ce type d’initiative me déplait toutefois ici je l’ai trouvée aussi importante que pertinente car ça m’a permis de saisir ce que je venais de lire. De plus, cette note contient de nombreux détails sur un pan de l’histoire d’Australie que peu d’européens doivent connaître.

Selon moi, c’est vraiment ce point qui donne au roman sa richesse et son originalité. L’atmosphère qui s’en dégage ne manquera pas de dépayser le lecteur habitué au surnaturel type européen.

La conclusion de l’ombre :
La mort n’est qu’un début est un one-shot à la frontière des genres fantastique et policier plutôt efficace quoi que assez classique. Si le deuil est la thématique principal, les auteurs ont souhaité transmettre des morceaux de leur propre culture (tirée des croyances du peuple palyku originaire d’Australie) ce qui donne une dimension supplémentaire vraiment intéressante au texte. Une petite curiosité littéraire young-adult que je recommande volontiers.