À l’ombre du Japon #61 { Library Wars – Love & War }

Library Wars – Love & War est l’adaptation au format manga des quatre light novels intitulées Toshokan Senso en version originale et traduit en Library Wars chez nous, écrites par Hiro Arikawa. Le manga a été dessiné par Kiiro Yumi dont ce serait apparemment la seule série, en tout cas sous ce pseudo. Elle a été publiée en français par Glénat même si les tomes ne sont plus tous disponibles à l’achat en neuf (heureusement qu’une amie me les a prêtés…) et que les spin-off ne semblent pas avoir été publiés par l’éditeur.

De quoi ça parle ?
L’histoire se déroule dans un Japon alternatif dans lequel la liberté d’expression est menacée par l’entrée en vigueur d’une politique de censure via la loi d’amélioration des médias. Le but de cette loi est d’empêcher la publication de tout contenu jugé néfaste pour le public ou pouvant inspirer des sentiments négatifs. Les bibliothèques vont se dresser contre cette loi et créer une force armée pour les défendre, le corps des bibliothèques.

L’action prend place 31 ans après la mise en application de cette loi. On suit Iku Kasahara, qui rejoint le corps des bibliothèques contre l’avis de ses parents afin de retrouver un homme qui, quand elle était au lycée, s’est dressé devant elle contre des agents du comité d’amélioration des médias afin de défendre un livre qu’elle voulait acheter. Le problème, c’est qu’elle ne connait pas son nom et a oublié son visage…

J’associe régulièrement dans mon esprit le shojo à la romance tout en sachant que c’est une erreur. Cela ne m’empêche pas d’entretenir à mon insu certains préjugés, aussi quand j’ai vu ce titre dans la bibliothèque d’une amie, bien qu’intriguée par le concept, je n’étais pas du tout certaine d’accrocher… Grossière erreur car ce manga a beaucoup de qualités.

Des personnages nuancés et réussis
En premier lieu, des personnages attachants, complexes et bien campés qui évoluent de manière cohérente au sein de l’histoire. Évidemment, le fameux prince charmant de Kasahara n’est autre que son instructeur, le lieutenant Dojo, mais elle ne s’en souvient pas et lui a beaucoup changé sur ces cinq années. Durant plusieurs tomes, le qui pro quo va demeurer. Une relation explosive commence entre eux où il la pousse dans ses retranchements pour l’aider à travailler sur ses faiblesses car si Kasahara est très douée pour se battre, elle l’est moins pour réfléchir et utiliser ses facultés mentales de manière générale, ce qui a le don d’énerver Dojo… D’autres personnages gravitent également autour d’eux comme le lieutenant Komaki qui essaie de rapprocher Dojo et Kasahara, est d’un naturel jovial et entretient une relation particulière avec une jeune fille malentendante  ou encore Hikaru Tezuka, premier de la classe typique qui est agacé par le comportement désinvolte de Kasahara et ne lui voue que du mépris au début du manga. Ils forment à eux quatre l’équipe Dojo qui va devoir intervenir sur plusieurs affaires liées à la censure, ce qui permettra d’exploiter la pluralité de cette thématique.

Et c’est la véritable force du manga qui parvient à allier tranche de vie, romance et enjeux politico-sociaux très forts sans que l’un ne pâtisse face à l’autre. Pour cette raison, j’ai apprécié suivre l’évolution de la relation entre Dojo et Kasahara mais aussi entre les différents personnages secondaires qui ne manquent pas d’intérêt. Je n’ai d’ailleurs pas cité la colocataire d’Iku, Asako Shibasaki, qui est un personnage que j’ai adoré pour sa force de caractère qui dissimule des failles très humaines. Elle m’a beaucoup impressionnée et touchée.

Une réflexion autour de la censure.
Library Wars a beau se passer dans un contexte d’anticipation (et frôler la dystopie parfois), son propos est très actuel et pousse à la réflexion : à quel point une œuvre de fiction peut-elle influencer quelqu’un, dans le bon comme dans le mauvais sens ? Peut-on ou devrait-on tout lire sans personne pour nous prévenir du contenu ? Qu’est-ce que l’emploi de certains mots au lieu d’autres peut bien changer à nos vies ? La censure peut-elle amener une forme de paix sociale ? Comment lutter contre elle ? Quelles sont les limites de la liberté d’expression ? Sont-elles acceptables ? Que de thématiques passionnantes et riches d’autant que tout n’est pas tout noir ou tout blanc, même au sein des anti censures. Tout le monde n’est pas d’accord sur la manière de lutter, faut-il ou non utiliser des armes, etc. du coup les messages sont aussi nombreux qu’intéressants.

L’avantage c’est que la série est terminée sur quinze tomes, on sait donc où on va et l’intrigue a été correctement rythmée. Il n’y a pas de longueurs ni de rush, le projet a été dés le départ correctement découpé à partir du scénario de la light novel. Je ne peux pas témoigner de la fidélité d’adaptation mais en tout cas, le manga vaut largement le détour.

La conclusion de l’ombre :
Même si Glénat ne semble pas pressé de réimprimer Library Wars, c’est une œuvre à découvrir qui parlera aux amoureux des livres qu’ils soient ou non engagés. Outre l’aspect politique et social, Library Wars propose aussi des personnages attachants qui évoluent tout au long des quinze tomes et face auxquels on ne peut rester indifférent·es. J’ai pris énormément de plaisir à découvrir leur évolution personnelle comme professionnelle et j’espère que vous aurez l’occasion de vous y pencher vous aussi.

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Informations éditoriales :
Library Wars : Love and Wars. Scénario original par Hiro Arakawa. Dessin par Kiiro Yumi. Éditeur : Glénat. Traduction par (pas trouvé). Prix par tome : 6.99 euros.

Les Aînés, Livre II : Le cycle honni – Serenya Howell

Je vous ai récemment évoqué le premier volume de cette trilogie en des termes très élogieux. Je vous détaillais, dans ma chronique, les bases de l’univers ainsi que les raisons qui en ont fait un coup de cœur. Comme je l’avais expliqué, je me suis jetée sur la suite sans attendre avec un enthousiasme que je n’avais plus ressenti depuis très longtemps. Voici ce que j’en ai pensé !

De quoi ça parle ?
Ce second tome se déroule plusieurs siècles avant le premier et nous permet de découvrir les détails du règne de Talyä dite « la Furie » celle qui écrivit son nom en lettres de sang dans l’Histoire aux côtés d’Asroth. On la connaissait jusqu’ici à travers des références issues des extraits de journaux ou d’histoires qu’on avait pu glaner dans le volume précédent, entre les chapitres ou dans les craintes de Dënorh quant à son futur puisqu’il voulait éviter de tourner comme elle. Serenya Howell nous permet d’apprendre la vérité et quelle vérité…

Il peut sembler surprenant de lire un roman dont, somme toute, on connait déjà la fin mais l’autrice prouve ici que c’est le voyage plus que la destination qui compte d’autant que le troisième tome (que je lis à l’heure où je rédige cette chronique) permet la jonction entre les deux autres. À partir du moment où on a intégré, en tant que lecteur, le fait qu’un Cycle se termine invariablement par le décès du Maître et que l’histoire se déroule avant le Cycle qu’on a déjà connu, et qu’en prime on a reçu pas mal d’informations sur le Cycle en question, on pourrait penser que l’intérêt serait amoindri toutefois ce n’est heureusement pas le cas.

Les divergences avec le premier tome sur la narration :
Contrairement aux Cycles Corrompus, ce cycle est entièrement écrit à la première personne, sans interchapitre. On suit donc Talyä dés le moment où elle entend l’Appel, son arrivée à la Tour, sa désignation comme Maître d’Asroth, voyant ainsi son monde s’écrouler puis son désir de vengeance quant aux mensonges qui lui ont été racontés. En effet, pendant ses années passées à la Tour, Leÿsha en était venue, par son attitude, à la convaincre qu’elle deviendrait son Maître à elle, ce qui lui permettrait de se venger des exactions de l’Armée d’Obsidienne à l’encontre de sa famille. Et la voilà à la tête de la dite armée ! Il y a de quoi être en colère et se sentir trahie, utilisée. Nous, lecteur, savons que pour Leÿsha, seul compte le retour de son frère à la Tour et qu’elle ne reculera devant rien pour cela. On comprend, dans ce tome, jusqu’où conduit l’amour et les espoirs déçus.

La construction des personnages, surtout sur un plan psychologique, avaient été le plus gros point fort du premier volume et c’est encore le cas ici. Sur plus de quatre cent pages, on suit Talyä dans son évolution et celle-ci dure plus d’un siècle puisque les Maîtres jouissent de davantage de longévité, du moins quand personne ne les tue. Parfois une décennie entière passe entre deux chapitres et cela peut s’avérer déstabilisant mais ce choix permet aussi de se concentrer sur les moments forts de cette vie bien remplie et d’éviter les digressions inutiles. Le récit est donc bien rythmé et jamais ennuyeux.

L’autrice en profite également pour montrer le comportement de cette soi-disant tueuse sanguinaire sous un nouveau jour, rappelant que l’Histoire est écrite par les vainqueurs…

Même si j’ai regretté ne pas avoir de chapitres du point de vue d’Asroth, il est omniprésent dans ce volume et ce qu’on a pu apprendre de lui dans la dernière partie du précédent nous permet, en tant que lecteur, de remettre bien des choses en perspective (et de verser une larme à la dernière page…) ce que je trouve très stimulant. Je me suis sentie investie dans ma lecture comme ça n’avait plus été le cas depuis très longtemps avant cette saga et ça me plait.

Un volume davantage axé sur la guerre et la vengeance.
Talyä et Dënorh sont deux personnalités assez différentes, le ton d’ensemble varie donc d’autant que l’action est principalement axée sur les affrontements avec les autres Aînés et Humains, sur la stratégie et sur l’exploration des Pointes, de son peuple, de ses coutumes. On découvre ainsi un nouvel aspect de l’univers et il est vraiment passionnant. On voit également de quelle manière Talyä change petit à petit les choses, comment elle doit un temps jouer un jeu politique, comment elle réorganise et mène son armée pour qu’elle soit davantage à son image. C’est un élément que j’apprécie beaucoup personnellement et ça fait plaisir de voir un personnage féminin qui soit une guerrière / cheffe de guerre crédible, qui n’en fasse pas trop et qui, surtout, ne soit pas sexualisée. Une belle réussite !

Pour autant, les éléments restent correctement équilibrés dans le sens où les considérations stratégiques n’empiètent pas sur le développement psychologique ni sur l’action de manière générale. L’équilibre est toujours présent et j’apprécie la maîtrise narrative dont fait preuve l’autrice, qui se confirme d’un tome à l’autre.

La conclusion de l’ombre :
Même si ce tome est assez différent du premier et qu’il se passe avant celui-ci, il s’inscrit dans la continuité de l’histoire d’Asroth en apportant un éclairage nouveau à un épisode sombre de son histoire. Talyä, personnage principal et narratrice, est une femme passionnante à suivre et à nouveau, l’autrice fait preuve d’une maîtrise psychologie et narrative remarquable. Le coup de cœur continue et j’espère qu’il en sera de même pour le troisième tome.

D’autres avis : pas chez les blogpotes.

Informations éditoriales :
Les aînés, tome 2 : le cycle honni par Serenya Howell. Éditeur : Plume Blanche. Illustration de couverture : Chane. Prix : 20 euros au format papier.

La dragonne et le drôle – Damien Galisson

Depuis son édition 2023, le festival Trolls et Légendes s’est doté d’un prix littéraire qui a été remis au roman la Dragonne et le Drôle de Damien Galisson dont je n’avais… jamais entendu parler. C’est par le plus grand des hasards que je suis passée devant lui dimanche en fin de journée, profitant d’une accalmie. Le résumé m’a plu et l’auteur aussi par sa sympathie. Me voilà dés le lendemain partie suivre le drôle dans ses mésaventures…

De quoi ça parle ?
Le drôle est un gamin de douze ans qui appartient à un groupe composé de trois autres mercenaires : son frère Rody, mutique et archer admirable. Tanneur, qui doit son surnom à son ancien métier, un guerrier au sang chaud ainsi que Chef, le… chef de la bande. Un jour, alors que le drôle est de corvée de petit bois, il aperçoit une dragonne tomber du ciel, attaquée par des aéronefs. Sa vie va alors changer du tout au tout…

Un texte musical
En feuilletant le roman, j’ai immédiatement été attirée par la mise en page atypique du texte qui m’a rappelé Dead House de Dawn Kurtagich. Voyez plutôt :

Je suis très sensible à la rythmique des phrases, j’adore quand un texte rime, quand il dégage une musique, quand la mise en page participe à l’aspect évocateur de l’ensemble. C’est particulièrement le cas ici et c’est en plus justifié au sein de la diégèse puisque le drôle est un enfant passionné par le chant. Le chant et la poésie tiennent une place importante au sein du roman comme symbole de liberté et d’expression du moi profond.

La narration est écrite à la première personne, c’est le drôle qui s’exprime tout du long, permettant une immersion complète. J’ai adoré suivre cet enfant avec qui la vie n’a pas été tendre et qui écoute son cœur envers et contre tout.

Une fantasy difficile à classer
Sur le plan du world building, le roman est intéressant car il propose d’évoquer la figure du dragon tout en se plaçant dans un monde qui semble plus avancé technologiquement que l’habituel Moyen-Âge où ces créatures se retrouvent. C’est toutefois léger et ça ne serait pas évident sans la présence des aéronefs. De plus, l’originalité de l’univers fait que la géographie se compose de plusieurs îles flottantes dont certaines se déplacent, ce qui laisse imaginer tout un monde bien plus vaste dont on ne sait rien et sur lequel le drôle n’a même jamais songé à s’interroger. J’ai apprécié ces petites touches qui permettent de découvrir ces éléments sans pour autant que l’auteur se sente obligé de digresser pour en parler dans le détail. Le rythme narratif est maîtrisé et il en dit juste assez.

La conclusion de l’ombre :
Je ne suis pas du genre à prêter attention aux prix littéraires mais il me semble que ce roman a largement mérité le sien. Il s’agit d’une fantasy originale autant par le fond que par la forme qui laisse la part belle à la chanson, à la poésie, un peu au théâtre et surtout au drôle, un jeune garçon de douze ans plein de sensibilité face auquel on ne peut rester indifférent. J’ai dévoré ce texte en une journée et je le recommande chaudement.

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Informations éditoriales :
La dragonne et le drôle par Damien Galisson. Illustrations par Tom Aureille. Éditeur : Sarbacane. Prix au format papier : 17,5 euros.

Les abandons de l’Ombre : Océanique, Quelqu’un se souviendra de nous, Paulinette faux et paillettes

Les abandons se suivent et ne se ressemblent pas, frappant sans logique de genre ou de public comme on va pouvoir le constater ici… Hélas, dans le lot, on retrouve deux services presses ! Damned.


J’avais découvert l’année dernière le recueil Axiomatique qui avait été un coup de cœur absolu. J’en avais été si impressionnée que j’avais même écrit deux billets à son sujet (partie 1partie 2) afin de pouvoir m’arrêter sur chacune des nouvelles, y réfléchir, en plus de proposer un thread sur Twitter pour accompagner ma découverte. Quand le Bélial a annoncé l’arrivée d’Océanique, je trépignais d’impatience. L’éditeur a eu la gentillesse de me l’envoyer en service presse mais, malheureusement, la magie n’a pas opéré cette fois…

Écoutant les conseils prodigués, j’ai passé la première nouvelle jugée trop ardue pour enchainer directement avec la suite mais le fait est que j’en ai abandonné plusieurs, les jugeant trop longues pour ne rien dire, trop obscures, trop éloignées de ma compréhension. Je suis sans doute un peu limitée ou simplement pas le public. Ce recueil est beaucoup plus « hard sf » que le précédent dans le sens où il laisse moins de place à l’aspect psycho-social qui avait su me toucher dans Axiomatique pour se concentrer davantage sur les sciences, le développement de concepts au détriment de la psychologie ou des émotions. D’après certains blogueurs, ça arrive plus loin vers la seconde moitié mais je n’ai pas ressenti l’envie de persévérer jusque là pour le moment. Toutefois, je l’ai gardé dans ma bibliothèque car j’ai conscience que c’est aussi une affaire d’état d’esprit et que je n’étais pas au mieux de ma forme quand j’ai commencé cette lecture. On verra donc dans quelques mois si la donne change.

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Encore un service presse (merci à Jérôme Vincent qui me l’a confié au format papier à la foire du livre de Bruxelles) et hélas, encore un abandon. Pourtant, je voulais vraiment aimer ce roman car son postulat de départ et la quatrième de couverture me parlaient beaucoup: et si, pour une fois, on se centrait sur les femmes de la mythologie grecque ? Et si on obligeait les dieux à les considérer ? L’aspect sororité, inclusif et moderne m’a attirée mais malheureusement une fois le livre ouvert, c’est l’ennui qui a dominé avant que je ne jette l’éponge presque à la moitié.

En effet, le texte dégage un manichéisme lassant et possède une construction narrative classique au sens scolaire du terme qui n’a pas su attiser mon intérêt. Ça manque de nuances, de profondeur, surtout sur l’aspect psychologique des trois personnages principaux qui m’ont laissé un arrière-goût d’inachevé et même de caricature par moment…

Pour ne rien arranger, le travail éditorial a été bâclé car on retrouve de nombreuses répétitions, plusieurs coquilles et même un passage entier où une narration à la première personne se retrouve parasitée par une autre à la troisième comme si ç’avait été changé en cours de route mais à moitié seulement. Ç’aurait mérité au moins une relecture… Honnêtement -et désolée si ça parait dur de ma part- mais je n’ai pas envie de consacrer du temps à un livre sur lequel apparemment la maison d’édition et / ou l’autrice n’a pas souhaité s’investir davantage vu tous les couacs restants.

Et c’est dommage car je le répète : le principe était prometteur et l’intention plus que louable. On a besoin de livres de ce genre dans le paysage de l’imaginaire francophone. J’espère que la prochaine initiative de ce genre sera davantage soignée.

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Je vous ai déjà parlé de cette autrice pour qui j’ai eu un énorme coup de cœur en lisant le premier tome des Aînés. Chronologiquement, j’ai lu Paulinette avant parce que sur le moment, j’avais envie de lectures courtes, orientée détente. J’étais très hypée par le concept de cette petite faucheuse qui apprend son métier auprès de ses parents, je sentais que ça pourrait bien coller puis j’avais espoir de retrouver une ambiance un peu à la Dolorine à l’école d’Ariel Holzl.

Hélas, si j’ai aimé l’univers, j’ai été rebutée par l’écriture trop enfantine qui sonnait fausse et agressive à cause d’un abus des points d’exclamation. Ça peut paraître surprenant ou un peu bête mais j’avais l’impression que le texte me criait dessus au point que je n’avais plus envie de continuer parce que ça me hérissait. C’est une question de goût personnel mais je suis frustrée parce que j’avais vraiment envie d’aller au bout. En écrivant ce court retour, c’est d’autant plus flagrant vu l’amour inconditionnel que j’ai pour son autre série. Hélas, ce sont des choses qui arrivent… J’ai donc offert le livre à une amie qui l’a énormément apprécié et finalement, c’est tant mieux (pour elle) !

D’autres avis : pas chez les blogpotes.

Les Aînés, Livre I : Les cycles corrompus – Serenya Howell

Voilà bien longtemps que je m’étais éloignée de la fantasy dite classique, avec des dragons, un univers à l’ambiance moyenâgeuse, ses guerres, sa crasse, bref… J’étais un peu lassée de toujours lire la même chose donc je n’en lisais tout simplement plus, préférant la SF. Pourtant, le résumé du premier tome des Aînés (ainsi que la sublime couverture et les recommandations enthousiastes de Maylee, stagiaire Livr’S à la Foire du livre de Bruxelles) a su attirer mon attention et me faire me dire… Pourquoi pas ? J’ai rarement eu autant raison de suivre mon instinct car ce livre a été un tel coup de cœur que j’ai immédiatement commandé les deux autres, sans même attendre de recroiser la maison d’édition en salon.

De quoi ça parle ?
L’histoire se déroule dans un monde imaginaire qui, selon les légendes, a été créé par la dragonne Vie qui a donné naissance à sept autres dragons / divinités qui ensuite engendrèrent les Hommes (dans la dernière partie du livre on apprendra la vérité / réalité sur tout ça). Un partenariat nait entre ces dragons immortels et les humains : à chaque Cycle, ils choisissent un Maître dont la personnalité déteint sur eux (et vice versa) afin de gouverner le plus justement possible. Mais… Parce qu’il y a un « mais » chaque dragon va par paire et qui dit Vie, dit forcément Mort. Ainsi, Asroth est surnommé « le Maudit » car, il y a bien longtemps, il a entamé une guerre fratricide avec les autres dragons dans laquelle il a mêlé les humains. Les nombreuses Mues n’y changent rien, chacun de ses Maîtres finit par sombrer dans la folie. Jusqu’au jour où arrive le tour de Dënorh. Lui aussi espérait servir un autre Aîné et essaie d’abord de renier son funeste Destin. Pourtant, loin d’imposer sa domination, Asroth semble curieux face à cet esprit atypique et essaie de le convaincre de se rallier à sa guerre là où Dënorh veut plutôt l’empêcher de sévir.

Très vite, on comprend toute la force destructrice que peuvent avoir des préjugés…

Le roman est divisé en trois parties. La première est écrite principalement du point de vue de Dënorh qui va être lié à Asroth. La seconde est écrite du point de vue d’Aymerick, son ami à la Tour et retrace une partie des évènements qu’on a lu précédemment pour en donner une autre interprétation et comprendre certaines choses qui nous échappaient jusque là. Je reste vague sur celle-ci afin de ne divulgâcher aucun élément d’intrigue. Enfin, la dernière partie est un bonus à l’histoire en elle-même dont l’épilogue se situe à la fin de la partie d’Aymerick car elle raconte la genèse des Aînés, pour quelle raison ils se sont liés aux humains, pourquoi certaines restrictions ont été mises en place, etc. Ce sont des informations que les protagonistes ne possèderont a priori jamais car d’un Cycle à l’autre, les Aînés perdent petit à petit la mémoire. Cela permet simplement de mieux comprendre l’origine du conflit entre eux. J’ai plutôt apprécié posséder ces informations même si j’ai eu plus de mal à rentrer dedans que pour Dënorh et Aymerick.

Un univers soigné.
Le cycle des Aînés est la preuve qu’il n’y a pas besoin de faire compliqué pour proposer un world-building intéressant. Une carte, présente en début d’ouvrage, nous dessine la géographie de sept royaumes dont on ne parlera pas tant que cela. Ils servent, dans ce tome, surtout de décor à la fuite de Dënorh depuis la Tour et seront surtout pertinents dans la dernière partie qui n’est pas directement liée à l’histoire principale. C’est dans cette fameuse Tour que se déroule la majorité de l’intrigue, ce qui permet au lecteur de découvrir ce qu’est l’Appel, l’organisation de ce système de Maître et Aîné, les prérogatives du Conseil, etc. Ces détails sont habilement amenés par de brefs extraits tantôt de chroniques, tantôt de journaux intimes, tantôt de lettres, entre deux chapitres. Si j’ai parfois eu envie de les sauter pour découvrir ce qui allait arriver aux protagonistes, je n’ai pas regretté d’avoir résisté à la tentation car toutes les informations sont intéressantes et ouvrent des pistes de réflexion. C’est un procédé narratif qui me plait parce qu’il n’alourdit pas la narration et rend l’univers plus vivant.

Cet univers en lui-même ne réinvente pas la fantasy mais on ne le lui demande pas. J’ai surtout apprécié la façon dont l’autrice soigne les détails, distille de ci de là des informations qu’elle réutilisera probablement plus tard ou qui finissent par avoir une importance surprenante en nous permettant de faire des liens. Il y a derrière ce texte une belle maîtrise narrative qui m’a enchantée.

Une écriture enchanteresse et des personnages nuancés.
Vous le savez depuis le temps, je suis une lectrice très sensible à la musicalité d’un texte, à son rythme et à la qualité des personnages. C’est quelque chose de peu aisé à réussir, surtout dans une narration à la première personne et quand j’avais lu Paulinette de la même autrice, je n’avais pas accroché à l’écriture. Pourtant, ici, Serenya Howell n’a eu besoin que de quelques lignes pour me donner envie de tourner frénétiquement les pages. Je me suis fondue d’abord en Dënorh puis en Aymerick, qui reprend la narration dans la seconde partie du roman puis enfin dans Leÿsha et Asroth puisqu’ils alternent dans la troisième partie.

Cette écriture entre au service de personnages nuancés. L’accent est mis sur la psychologie de chacun d’eux et leur évolution est maîtrisée. Si, au départ, j’ai crains un récit très manichéen (le grand méchant Asroth, le dragon sanguinaire, bouuuuh !) j’ai vite été détrompée. La finesse dans la construction des protagonistes est époustouflante, même sur des personnages secondaires qui semblent plus brutaux ou caricaturaux, on sent qu’il y a autre chose. J’ai adoré suivre Asroth et Dënorh, découvrir leur histoire et la manière dont ils ont, ensemble, changé la leur. Même si j’ai eu un pincement au cœur en refermant ce tome, à aucun moment je n’ai eu une impression de trop peu ou que l’histoire avait été expédiée. Tout était bien là à sa place et c’était merveilleux.

Des thématiques qui me parlent.
Je suis lassée par les ouvrages qui se sentent obligés de s’orienter autour d’un couple ou d’une romance, surtout au détriment de leur univers. Ce n’est pas quelque chose qui me convient et il n’y a rien de tout cela dans ce premier tome. En effet, c’est avant tout une histoire d’amitié et de fraternité dans laquelle je me suis plongée avec ravissement. C’est aussi l’occasion de rappeler que la haine engendre la haine, que les préjugés sont parfois plus dévastateurs que la réalité et qu’on peut mettre fin à un cycle de violence en tendant une main. Je résume ici car je m’en voudrais de divulgâcher certaines informations mais croyez moi quand je vous dis qu’en plus du reste, ce premier tome des Aînés a bien des sujets à aborder…

Parlons du livre objet.
Enfin, pour terminer, je voudrais attirer votre attention d’abord sur la magnifique couverture de Chane pour laquelle Plume Blanche a décidé de mettre quelques écailles en surbrillance, ce qui rend extrêmement bien. De plus, pour le prix de 20 euros, vous obtenez un ouvrage d’un peu plus de 600 pages même si on ne le dirait pas de prime abord, avec un papier qui parait de bonne qualité, des interchapitres parfois avec des dessins et en tout cas des en-têtes, et trois parties d’une histoire qui, chez un éditeur moins scrupuleux, auraient constitué trois tomes et non un seul. C’est plutôt appréciable, surtout quand on voit les prix pratiqués actuellement dans beaucoup de grosses structures et certains choix éditoriaux malheureux ailleurs. Ma découverte de cette maison d’édition continue donc sur une note plutôt positive et c’est tant mieux !

La conclusion de l’ombre :
Serenya Howell insuffle quelque chose de nouveau et de rafraichissant à la fantasy par la qualité de ses personnages, la finesse de leur développement psychologique, son écriture poétique et le dynamisme de son intrigue. Tous les ingrédients sont présents pour offrir un ouvrage d’une grande qualité qui a été pour moi un coup de cœur comme je n’en avais plus eu depuis longtemps. J’ai d’ailleurs commandé les deux tomes suivants sur le site de l’éditeur, chose que je ne fais jamais (j’attends en général de les croiser en salon) ce qui en dit long sur mon enthousiasme. Je vous encourage ardemment à lire cette passionnante série ! Je ne manquerais pas de vous écrire un retour sur la suite en espérant que mon enthousiasme restera intact.

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Informations éditoriales :
Les Aînés, Livre I : Les cycles corrompus par Serenya Howell. Éditeur : Plume Blanche. Illustration de couverture : Chane. Prix : 20 euros au format papier.

Maudite – C. Sizel

Voilà des années que je croise les éditions Plume Blanche en salon sans trop oser me lancer à la découverte de leur catalogue, la faute à de nombreuses déceptions ailleurs et à un choix de plus en plus grandissant dans le milieu de l’imaginaire. Sans compter mon envie de lire autre chose que de la fantasy… Je ne saurais trop expliquer pour quelle raison j’ai finalement eu le déclic lors de la Foire du livre de Bruxelles mais je ne le regrette pas.

De quoi ça parle ?
Elisa est une nihile, c’est à dire que la magie n’a aucune prise sur elle et qu’elle ne peut pas la pratiquer. Cet état, dans un monde où la magie est utilisée par tout le monde au quotidien, lui pose déjà de sérieux problèmes… Alors quand, en prime, elle devient le réceptacle d’un démon millénaire qui en veut particulièrement à la cité de Lyalès, on ne peut pas dire qu’elle soit née sous une bonne étoile !

Un world-building passionnant
C’est le premier point que j’ai envie de retenir de cette lecture : le soin de l’autrice à construire son univers et son système de magie. En soi, ce dernier ne révolutionne pas la fantasy mais il est clair, accessible, intéressant et la façon dont le monde a été repensé pour y coller fonctionne. Pourquoi s’embêter avec de l’agriculture quand on peut enchanter une sorte de protéine magique pour lui donner le goût qu’on veut ? Pourquoi s’embêter à marcher si on peut se téléporter d’un endroit à un autre ? Pourquoi écrire des livres s’il suffit de consigner les informations utiles dans une pierre mémorielle ? Pourquoi porter des vêtements chauds quand il existe un sort pour réguler sa température corporelle ? Tout cela est pourtant en dehors de la portée d’Elisa, qui est née nihile. Elle n’est pas la seule mais son état reste assez rare et surtout, il restreint considérablement ses possibilités d’avenir.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’effectuer un parallèle avec notre monde où certains ont accès à des technologies qui améliorent considérablement la vie et laissent les autres (par exemple les pays en voie de développement) sur le carreau au point d’oublier ce que c’est de vivre sans elles. J’intellectualise peut-être un peu trop mais j’y ai pensé durant toute ma lecture, à ça et à la discrimination dont la société fait preuve envers des personnes souffrant d’un handicap qui ont des besoins particuliers dont peu de gens se préoccupent, hélas.

Des points de vue multiple
Quand l’éditrice m’a pitché le roman, je m’attendais à suivre uniquement le point de vue d’Elisa et voir de quelle manière elle appréhendait tous ces changements radicaux dans sa vie et les divers drames qui n’en finissent pas de la frapper. Pourtant, l’autrice a choisi de multiplier les points de vue entre la Duchesse qui est la cheffe politique de la cité, son fils Adryan qui va accueillir Elisa chez lui, Margaret qui est sa gouvernante et aussi une espionne au service de la Duchesse, Grégoire qui en veut particulièrement à Elisa de lui avoir volé le démon (selon ses dires) ou encore Ada, la sœur d’un ami d’Adryan qui aura son importance. J’avoue avoir eu du mal au début car même si ce choix a du sens pour exposer les différentes facettes de l’univers, ça donne aussi un ton trop descriptif et expositif au premier tiers du roman.

Heureusement, cela s’améliore avec la suite. On découvre des personnages travaillés et soignés qui poursuivent chacun leurs enjeux personnels sans que ceux-ci n’aient aucun lien avec une quelconque romance, ce qui est plutôt rare dans la littérature young adult. Je précise que le roman est rattaché au label YA de Plume Blanche, d’où ma remarque ! Personne ne perd de vue ses objectifs et tout le monde reste cohérent du début à la fin. Des couches se rajoutent à l’ensemble pour offrir un texte intéressant dont on a envie de découvrir le grand final. Ce dernier a beau être sans surprise, Maudite reste un roman efficace dont on tourne les pages avec plaisir.

La conclusion de l’ombre
Maudite est un roman de fantasy qui se déroule dans la cité imaginaire de Lyalès et a pour protagoniste principale Elisa, incapable de se servir de magie dans un monde où elle est la norme et qui est, en prime, possédée par un démon. L’intrigue tournera autour du fait d’empêcher la libération de ce démon malgré les nombreux obstacles que les complots politiques dressent sur la route des protecteurs de la ville. Je retiendrais surtout ce roman pour son world-building soigné. Dans l’ensemble, ma lecture constitue un bon divertissement plutôt recommandable si vous aimez la fantasy construite et axée sur la psychologie.

D’autres avis : pas chez les blogpotes.

Informations éditoriales :
Maudite par C. Sizel. Éditeur : Plume Blanche. Illustration de couverture par …. Prix : 18 euros au format papier.

Just wanna be your brother – Mathieu Guibé & Nine Gorman

Il y a des rencontres qu’on ne s’explique pas. Des livres vers lesquels on ne se serait jamais tournés et qui, pourtant, nous parlent et provoquent en nous des émotions, parfois en écho au passé. Just wanna be your brother appartient à cette catégorie car il s’agit d’une tranche de vie lycéenne, donc de la littérature blanche young adult. Ce n’est pas le genre de romans vers lequel je me penche d’habitude mais ça me réussit plutôt bien depuis ce début d’année avec, par exemple, Nightwork ou encore Love in 56k qui ont chaque fois été des coups de cœur.

Peut-être que mes goûts évoluent ou peut-être que j’ai un énorme élan de nostalgie, une crise de la trentaine qui arrive au galop, je n’en sais rien. Et, au fond, quelle importance ? Quand j’ai lu la quatrième de couverture de ce roman, j’ai ressenti une sincère curiosité, une envie de le lire comme ça n’était plus arrivé depuis quelques semaines alors même que je n’avais pas du tout accroché à Ashes falling for the sky, la duologie dont est issue ce spin off (qui se déroule avant, c’est donc un préquel). Décidant contre toute attente d’écouter mon instinct, j’ai acheté ce roman en le voyant en librairie et après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps (ou presque) durant ma lecture, me voici pour vous en parler.

De quoi ça parle ?
Zach Harrington est passionné de musique, il chante et joue de la guitare. Ashley Walker est, quant à lui, passionné de base-ball et joue dans l’équipe du lycée. Rien ne les destinait à devenir meilleurs amis et pourtant ils le sont depuis l’âge de onze ans. Le roman se déroule sur leurs quatre années de lycée et raconte leur amitié, les relations qu’ils entretiennent avec leur petite bande, la manière dont leur vie évolue tout comme leurs sentiments, avec beaucoup de justesse dans l’écriture et dans l’expression de ceux-ci.

Une bonne dose de nostalgie. 
Just wanna be your brother est clairement un livre qu’on lit pour ses personnages en premier lieu et ceux ci ne se limitent pas à Ash et Zach même s’ils restent sur le devant de la scène. C’est une tranche de vie qui parle d’amitié, de la manière dont elle évolue à mesure qu’on grandit, des premiers amours, des premiers émois (et de tout ce que cela peut avoir de compliqué quand on essaie de se coller une étiquette) mais aussi de la crainte de l’avenir, de la manière dont la réalité vient souvent gâcher les rêves, de l’angoisse de devoir choisir son avenir quand on a à peine dix-huit ans. Ce sont des thématiques qui me parlent et qui font que j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Zach, qui est le narrateur à la première personne, parce que je me suis immédiatement identifiée à lui. Il a fait remonter en moi des souvenirs doux amers, des pensées nostalgiques et j’ai vraiment été remuée par cette lecture pour toutes ces raisons. Je trouve que c’est la marque d’un bon livre, peu importe son classement en librairie, peu importe son public. Si je ressens des émotions alors les auteurices ont bien bossé et on peut dire qu’ici, ils se sont démenés.

Pour ne rien gâcher, la musique tient une grande place dans le roman. Zach est musicien, il compose des chansons sur sa vie, sur son amitié avec Ash, il est fan de musique et prend souvent des notes, son groupe réalise des covers et une playlist est disponible à la fin du livre pour accompagner l’ensemble, ce que j’ai adoré car la musique a également une grande place dans ma vie et en avait une encore plus grande à l’adolescence. J’aurais adoré lire ce roman à cette époque, c’est probablement mon seul regret concernant ce texte.

J’admets que ce billet n’est pas tant une chronique analytique que le partage d’une émotion brute écrite directement après ma lecture, terminée le dimanche 26 mars 2023 (j’ai refermé le livre à 16h08 exactement, j’ai regardé l’heure exprès). J’avais envie de saisir mon émotion et de la mettre par écrit sans prise de tête, sans intellectualiser, en espérant vous donner envie de découvrir l’histoire de Zach et Ash parce qu’elle est aussi belle que tragique et qu’elle vaut vraiment le détour. Si la nostalgie ne vous fait pas peur, alors filez lire Just wanna be your brother.

D’autres avis : pas chez les blogpotes

Informations éditoriales :
Just wanna be your brother par Mathieu Guibé et Nine Gorman. Éditeur : Albin Michel. Illustration de couverture : …. Prix : 18,9 euros au format papier.

Tokyo Detective – Jake Adelstein

Voilà cinq ans que je suis le travail du journaliste Jake Adelstein, principalement au niveau de ses livres publiés chez l’éditeur Marchialy. J’ai été ravie d’apprendre la sortie d’un nouveau titre mais également d’une tournée de dédicaces en France, avec une date en Belgique à laquelle je me suis rendue en compagnie de mon amie Laure-Anne (grâce à qui j’ai découvert l’auteur à l’origine, la boucle est bouclée !). Cela se déroulait à la librairie Tropismes de Bruxelles et a commencé par une interview de l’auteur suivie par des questions / réponses puis la dédicace à proprement parler. Ce fut pour nous l’occasion de découvrir un homme drôle, bienveillant et incroyablement gentil, très enthousiaste à rencontrer son lectorat francophone. C’est un magnifique souvenir pour nous et j’avais envie d’écrire quelques mots à ce sujet dans cette chronique parce que, parfois, rencontrer un auteur qu’on adore est source de déception mais ce ne fut pas du tout le cas ici. Merci à lui et à la librairie pour cet inoubliable moment !

De quoi ça parle ?
Jake Adelstein est l’auteur (entre autre) de Tokyo Vice qui a récemment été adapté en une série télévisée. Tokyo Detective en est plus ou moins la suite directe car on retrouve l’auteur qui est devenu détective privé au Japon, laissant temporairement le journalisme de côté. Il s’occupe alors principalement d’effectuer des diligences raisonnables c’est-à-dire qu’il enquête sur des sociétés pour savoir si elles ont ou non des liens avec les yakuzas, à la demande d’autres sociétés qui voudraient faire des affaires avec elles. C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur les magouilles financières qui ont lieu au Japon et sur la manière dont les lois ont changé pour rendre aussi coupables les personnes en affaire avec les yakuzas et non plus seulement les yakuzas eux-mêmes. Cette nouvelle loi a signé le début de la fin pour ces organismes criminels déjà sur le déclin, comme on a pu le lire auparavant dans les autres ouvrages de l’auteur.

La réalité japonaise, loin du fantasme. 
Souvent, en Europe, quand on se dit passionné par le Japon on parle de manga ou d’une vision complètement fantasmée de ce pays à la fois proche et lointain. On s’intéresse assez peu à la réalité ou alors on l’occulte parce qu’un fantasme ne peut pas faire de mal… non ? J’étais un peu comme ça avant de lire Tokyo Vice à l’époque, qui m’avait heurtée dans mes convictions et m’avait invitée à réfléchir sur mes préconceptions. Jake Adelstein continue dans Tokyo Detective à dépeindre la réalité du pays du Soleil Levant et finalement, c’est aussi terrifiant que passionnant.

Entre autres affaires, Tokyo Detective fait la lumière sur la catastrophe de Fukushima en révélant que la société d’énergie à qui elle appartient savait très bien que le cœur du réacteur ne résisterait pas à un tremblement de terre (donc encore moins à un tsunami…) et a choisi de n’en avoir rien à faire. Des révélations glaçantes surtout quand on sait qu’aujourd’hui, en 2023, la situation n’a pas tellement changé pour la quarantaine d’autres centrales qui se trouvent au Japon… C’est aussi l’occasion d’évoquer les Jeux Olympiques de Tokyo et les liens entre le comité d’organisation et les yakuzas, qui ont éclaté au grand jour grâce à une photo. Ce sont les affaires les plus marquantes du livre mais il y en a d’autres, plus anecdotiques ou qui permettent de faire le lien avec un second aspect de Tokyo Detective.

Un livre très personnel.
Sur les plans à la fois historique, journalistique et politique, ce livre était déjà passionnant à lire mais il n’est pas « que » ça. J’évoquais plus haut un autre aspect, j’entends par là un angle plus personnel de la vie de l’auteur qui nous confie ses angoisses existentielles, ses remises en question personnelles, nous parle de son cancer (qu’il a vaincu) et des ami·es qu’il a perdu parfois à cause des yakuzas, parfois à cause de la maladie. En règle générale, je ressens un malaise quand ce genre de sujet est abordé car je suis une personne plutôt pudique et renfermée mais ça n’a pas été le cas ici, principalement parce qu’on sentait que l’auteur était animé d’une envie de se rappeler ces personnes chères, de leur rendre hommage en toute modestie, en toute simplicité, du plus profond de son cœur. J’en ai été très touchée, il a vraiment réussi à rendre ces personnes vivantes pour moi, surtout Michiel.

La conclusion de l’ombre :
Tokyo Detective réussit l’exploit d’être à la fois un texte édifiant sur la réalité du Japon tout en se révélant très personnel et touchant. Jake Adelstein a trouvé le bon équilibre pour nous offrir un ouvrage exceptionnel à lire absolument si vous vous intéressez un peu à ce pays, à son actualité ou tout simplement si vous avez envie de vous cultiver.

D’autres avis : pas encore sur la blogo mais j’espère en avoir inspiré certain·es !

D’autres ouvrages de l’auteur sur le blog : Tokyo ViceLe dernier des yakuzasJ’ai vendu mon âme en bitcoins

Informations éditoriales :
Tokyo Detective par Jake Adelstein. Traduction de l’anglais par Doug Headline. Éditeur : Marchialy. Illustration de couverture et maquette intérieure : Guillaume Guilpart. Prix au format papier : 23 euros.

Langues de vipère – S. A. William

Voilà un moment que je pitch ce titre en salon parce que j’ai entendu son autrice le faire suffisamment pour l’imiter. Et oui, un mythe s’effondre peut-être mais si j’ai lu une grande partie du catalogue Livr’S, je ne suis pas à jour sur tous les titres, encore moins au sein de la collection premières lectures puisque je ne suis pas spécialement le public cible. Pourtant, depuis janvier, vous le savez, je cherche des livres doudous, des livres qui font du bien, accessibles, qui donnent le sourire et qui ne me prennent pas la tête. J’ai donc craqué pour Langues de vipère et j’ai bien fait car à l’instar de la Loutre et le Prince, de la même autrice, j’ai trouvé un roman jeunesse addictif et riche en thématiques.

De quoi ça parle ?
Daline est une princesse hautaine et désagréable qui prend plaisir à critiquer tous les gens qui ne sont pas de son rang. Un jour, une mésaventure va lui faire prendre conscience de son comportement et elle va essayer de changer avec l’aide de sa femme de chambre, Camille. Mais ça ne sera pas si simple car les vieilles habitudes ont la vie dure…

Des personnages attachants.
J’ai lu ce roman quasiment d’une traite car j’ai été tout de suite prise dans l’histoire. Daline est affreuse au début mais on sent qu’il y a davantage qu’il n’y paraît derrière ce comportement odieux. J’ai adoré suivre son évolution psychologique que je trouve maîtrisée. L’autrice a très bien soigné cet aspect et c’est tant mieux car j’ai besoin de personnages attachants pour m’investir dans un texte.

Outre Daline, le roman est parsemé de différents personnages. Beaucoup sont d’ailleurs féminins et chacun dispose d’une vraie personnalité, ne se contentant pas d’être de simples archétypes. Ils sont bien construits et intrigants, attachants et vrais, ce que j’ai su apprécier. Parmi les principaux, on retrouve également Camille qui est la femme de chambre de Daline et assiste aux premières loges à toutes ses méchancetés. Camille est une jeune femme issue du bas peuple qui travaille pour aider sa famille à subvenir à ses besoins. Quand la situation tourne mal, pourtant, elle ne se prive pas de dire ses quatre vérités à la princesse, une honnêteté qui sera appréciée car Camille va devenir la conseillère particulière de Daline pour lui apprendre à devenir gentille. Je ne vais pas tous·tes vous les lister pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte mais sachez que la narration s’alterne entre les deux femmes.

Des messages forts.
On trouve aussi de très nombreux messages positifs et adaptés à un roman jeunesse. L’air de rien on y parle de tolérance, on prône l’égalité entre tous et toutes, on y dépeint une vision saine de l’amitié, on met en garde contre les mauvaises influences, on rappelle le danger de la superficialité, que les apparences ne durent qu’un temps… Et que le chemin vers la rédemption est long, difficile mais qu’il vaut le coup pour soi comme pour les autres. L’autrice développe aussi un aspect très girl power assumé avec de nombreux personnages féminins attachants qui ne se laissent pas faire face aux hommes ou à l’adversité de manière générale, sans parler de l’importance de l’éducation pour libérer les esprits.

La conclusion de l’ombre :
Tout comme son autre roman jeunesse La loutre et le prince, j’ai été enchantée par l’expérience de lecture. Il se dégage de ce titre une vibe très Disney moderne et je me suis dit plus d’une fois que Langues de vipère ferait un super film d’animation. Bref si ce n’était pas clair, je vous recommande chaudement ce titre car il s’agit d’un roman jeunesse de qualité qui ne manquera pas de vous enchanter.

D’autres avis : pas chez les blogpotes, renseignez-vous dans les commentaires si je vous ai loupé !

Informations éditoriales :
Langues de vipère par S.A. William. Éditeur : Livr’S Éditions. Illustration de couverture : Caly. Prix au format papier : 12 euros.

La Société protectrice des Kaijus – John Scalzi

Un bon Scalzi, ça ne se refuse pas et c’est toujours synonyme d’un bon moment de lecture ! Ce roman ne fait pas exception.

De quoi ça parle ?
Au tout début de la crise sanitaire, Jamie se fait virer de son job et devient livreur. Il retrouve ainsi presque par hasard Tom, un vieil ami, qui lui propose un job pour lequel il est très qualifié puisqu’il s’agit de « porter des trucs » pour venir en aide à de « gros animaux ». Une fois sur place, Jamie découvre que les animaux en question sont des kaijus aussi imposants qu’une montagne, dotés d’un réacteur nucléaire biologique et qu’ils sont menacés par nuls autres que… les humains.

Du fun et des monstres !
Je ne me rappelle pas avoir lu un roman de Scalzi ou un texte de lui au sens plus large que je n’ai pas apprécié. J’y trouve toujours mon compte d’une manière ou d’une autre même s’il y a des œuvres qui me parlent davantage. La Société protectrice des Kaijus fait partie de ces romans qui ont pour but avant tout de divertir, de faire passer un bon moment pour oublier un peu que le monde autour de nous part en sucette. C’est le but avoué de l’auteur qui l’explique dans ses remerciements : au début de la pandémie, il travaillait sur complètement autre chose, de bien plus grave et sérieux mais tout ce qui est arrivé depuis l’en a détourné. En deux mois, il a pondu la Société protectrice des kaijus et c’est très clairement le genre de roman qui fait du bien.

Pour autant, divertissant ne signifie pas creux comme certain·es ont tendance à le sous-entendre. Fidèle à lui-même, Scalzi commence par inclure tout un tas de références pop-cultures, de clins d’œil à la littérature, au cinéma, ce que j’aime particulièrement. En prime, il développe certaines réflexions sur les sciences, déjà, mais aussi sur la manière dont les entreprises se sont comportées durant la crise sanitaire, sur le nucléaire, sur la course aux énergies, bref sur la politique et la société.

On a clairement une ambiance à la Jurassic Park et pas uniquement à cause des gros monstres. Du coup, oui, le roman fait très « américain » et même très « cinéma américain » mais dans le bon sens du terme parce qu’il parvient à nous entrainer dans son concept, à nous faire accrocher au groupe de personnages principaux, à rire de bon coeur ou à se préoccuper du devenir des kaijus tout en proposant une intrigue parfois prévisible, ce qui ne l’empêche pas de très bien fonctionner.

De plus, les kaijus possèdent une consistance, une existence bien à eux. John Scalzi leur a inventé un monde, un écosystème, une biologie, et il la développe de manière ludique au fil de son ouvrage. L’ensemble parait (pour une novice comme moi du moins) très crédible et j’ai adoré découvrir jusqu’où allait son inventivité.

La conclusion de l’ombre :
La Société protectrice des Kaijus est pour moi une vraie réussite sur tous les plans. C’est le roman dont on a besoin en 2023 pour oublier un peu à quel point le monde autour de nous devient fou. Jamie est un narrateur très attachant (comme le sont souvent les personnages de Scalzi) que nous accompagnons dans un autre monde pour venir en aide à des monstres aussi grands que des montagnes. Scalzi invente une nouvelle espèce, tout un éco-système, et n’oublie pas de parsemer son livre d’humour comme de critiques psycho-sociales qui ont su résonner en moi. Un excellent divertissement à dévorer de toute urgence !

Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse.

D’autres avis : le nocher des livresFourbis et TêtologieL’imaginaerum de SymphonieAu pays des cave trolls – vous ?

Informations éditoriales :
La Société protectrice des Kaijus par John Scalzi. Traduction par Mikael Cabon. Illustration de couverture par : Victorien Aubineau. Éditeur : l’Atalante. Prix au format papier : 22,5 euros.