À l’ombre du Japon #41 { Je (re)lis Tokyo Ghoul (arc du prologue + le drame des Fueguchi) }

Ohayô minasan !

J’ai récemment entamé une nouvelle relecture, cette fois consacrée au manga Tokyo Ghoul qui m’avait fait forte impression il y a quelques années lorsque j’ai lu d’une traite les quatorze tomes de la série principale. Je n’hésite d’ailleurs jamais à le citer comme l’un de mes mangas favoris… Mais est-ce toujours le cas à l’heure actuelle ? Comment est-ce que je considère l’œuvre en 2021 ? Et de quoi ça parle, au fait, Tokyo Ghoul ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre dans cette nouvelle série d’articles, sur le même format que ma relecture de Black Butler, en évoquant les différents arcs narratifs qui parsèment le manga.

Attention, cet article concerne les tomes 1 à 3 du manga publié chez Glénat. Les extraits visuels appartiennent à Sui Ishida et à Glénat.

De quoi ça parle ?
Ken Kaneki est mortellement blessé un soir et ne doit la vie qu’à la greffe de l’organe d’une goule effectuée par un médecin peu scrupuleux. Dans ce Tokyo alternatif, les goules vivent en parallèle des humains et leur existence est connue. Elles se nourrissent de chair humaine et sont traquées par le CCG. Avec un pied dans les deux mondes, Ken Kaneki va devoir mettre de côté ses préjugés pour apprendre à survivre…

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Premier arc : prologue.
Le prologue couvre les neuf premiers chapitres du manga qui servent à poser les bases de l’univers et des réflexions philosophico-morales qui vont le parcourir. En quelques mots, voici ce qu’il faut savoir : l’histoire se déroule à Tokyo, une capitale nippone divisée en une vingtaine de secteurs dans lesquels les goules se mêlent aux humains. Les goules existent depuis très longtemps, peut-être même depuis toujours ou du moins, c’est ce qu’il semble à première vue mais on dispose de peu d’informations à ce sujet, du moins à ce stade. Dans ce monde moderne, elles sont traquées par les inspecteurs du CCG (Centre de Contrôle des Goules) puisque certaines d’entre elles attaquent des humains pour s’en nourrir.

Une goule ressemble physiquement à un humain hormis sur les points suivants : en théorie, on nait goule, on ne le devient pas. Il s’agit donc d’une espèce à part avec ses propres règles et valeurs. Une goule ne se nourrit que de chair humaine, toute nourriture « normale » a un goût immonde, elle doit donc apprendre à le cacher pour se fondre dans la masse. Une goule est plus forte qu’un humain et plus résistante aussi, si bien qu’elle ne peut être blessée que par une autre goule. Une goule a des yeux rouges qui se manifestent notamment quand elle a faim. Et enfin, une goule possède un kagune, qui prend différentes formes en fonction du type de goule (ailé, blindé, écailleux et à queue). Ce kagune est une arme qui permet à la goule de se battre et de conquérir, par exemple, un territoire. Ou de se défendre.

Là, vous vous demandez peut-être comment s’y prennent les inspecteurs du CCG pour les tuer si on ne peut blesser une goule qu’avec une autre goule ? Et bien en s’emparant du kagune des goules pour le transformer en quinque, ce qui leur permet donc de les affronter et même de les battre. Et ainsi de récupérer de nouveaux kagunes…

Tous ces éléments sont découverts petit à petit par Ken qui, jusqu’ici, était un humain tout à fait normal qui pensait que les goules étaient toutes des prédatrices et donc que les éliminer relevait du bon sens. Recevoir l’un des organes de Lize (une goule qui a essayé de le manger, d’ailleurs) va changer la donne puisqu’il va développer un appétit pour la chair humaine ainsi qu’un kagune, tout en conservant ses valeurs morales. Il refusera pendant longtemps de se nourrir de chair humaine, ce qui apportera évidemment son lot de problème. Ses convictions et certitudes vont être mises à mal par sa rencontre avec des goules qui ne collent pas au stéréotype véhiculé dans les médias. Petit à petit, Ken va se rendre compte que les goules sont comme les humains. Certaines sont « gentilles » et d’autres sont de vraies sociopathes. Ainsi, le manga paraitra manichéen au départ mais les nuances arriveront petit à petit.

Deuxième arc : le drame des Fueguchi
Très tôt dans le manga, Ken va rencontrer Hinami et sa mère, qui sont des goules incapables de chasser. Elles se fournissent donc en viande au café l’Antique qui est un sanctuaire pour goules. De prime abord, Hinami et sa mère paraissent inoffensives et se cachent d’ailleurs des inspecteurs du CCG qui ont tué leur mari / père récemment. Impossible de ne pas compatir à leur histoire. Comme cette révélation intervient très tôt, on comprend vite qu’il existe différents styles de vie chez les goules et que peu importe celui qu’elles adoptent, elles seront quand même tuées à vue sans que les inspecteurs ne cherchent plus loin. Il faut dire qu’ils semblent victimes d’un gros bourrage de crâne…

Cette enquête va permettre au lecteur de changer de point de vue pour pénétrer au sein même du CCG afin d’y rencontrer les inspecteurs Amon et Mado. Le premier vient de sortir de l’Académie et est en binôme avec le second qui le forme sur le terrain. Mado est un personnage assez dérangeant et malsain qui est passionné par les quinques et n’a aucune considération pour la vie des goules. Il suffit de voir comment se déroule son affrontement avec Mme Fueguchi pour s’en convaincre… Amon est comme lui et ne remet rien en question, jusqu’à sa rencontre avec Ken qui va le pousser à s’interroger. La manière dont il se remet en question, lentement, par petites touches, apporte une crédibilité au personnage et un grand intérêt car on sent qu’au contraire de Mado, il y a une place pour une évolution chez Amon que je vois un peu comme le pendant « humain » de Ken Kaneki.

Cet arc se déroule du chapitre 10 au chapitre 29 (plus ou moins) et apporte de premières pistes réflexives sur la nature des goules, sur une cohabitation possible avec les humains (les goules de l’Antique se nourrissent par exemple des corps des personnes suicidées, ce qui ne fait pas de mal) mais aussi sur la notion de vengeance, une décision à laquelle Hinami se retrouvera confrontée. Ce sont des évènements denses et intenses qui s’enchaînent à un rythme maîtrisé, offrant ainsi un page-turner efficace. Notez d’ailleurs que tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici se passe sur seulement trois tomes ! Au quatrième, on change déjà d’arc narratif. Un article complet y sera consacré car il marque, je trouve, un gros tournant au sein du manga.

Ken Kaneki, un protagoniste principal enthousiasmant.
Outre le chara-design sublime et l’écriture soignée en terme non seulement d’intrigue mais aussi de réflexion, un des gros points forts du manga est Ken Kaneki, son protagoniste principal. On le rencontre alors qu’il est étudiant à l’université et se rend au café l’Antique (sans savoir qu’il s’agit d’un repaire de goules…) avec son ami Hide. Là-bas, il craque sur une fille, Lize, parce qu’elle lit un roman de son auteur préféré : Sen Takatsuki. Il s’agit d’un auteur fictif inventé dans la diégèse du manga (et qui aura son importance plus loin dans l’intrigue) mais Ken est, dans l’ensemble, un littéraire dans l’âme si bien que le texte est parsemé de citations et de références diverses à la littérature ou à la philosophie. Je pense que c’est un des points qui m’a le plus enthousiasmé au départ en tant que littéraire. D’autant que lors de ma première découverte du manga, j’étudiais moi-même cette matière…

Ken est un garçon avec des principes mais qui accepte de se remettre en question. Il est même curieux de comprendre, d’évoluer, il cherche donc à échanger avec des personnes dont le point de vue diverge du sien afin de l’intégrer dans sa réflexion. Le monde brutal des goules est à des années lumières de sa personnalité et il n’y aurait probablement pas survécu sans l’aide de Toka ou du patron de l’Antique, mais on reviendra là-dessus car évidemment, l’arc suivant amorce déjà un changement assez radical avec l’arrivée du Gourmet… On en reparlera dans un prochain article.

Et voilà, on arrive au bout de cette première mise en bouche sur le manga Tokyo Ghoul et ma relecture de celui-ci qui est, pour le moment, aussi enthousiasmante que ma première découverte ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, on se retrouve bientôt pour un billet sur les arcs suivants.

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Lullaby – Cécile Guillot

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Lullaby
est une novella fantastique écrite par l’autrice française Cécile Guillot. Publiée aux éditions du Chat Noir dans la nouvelle collection F. nigripes, vous trouverez ce texte sur leur site Internet ou en salon sur leur stand au prix de 12 euros. La couverture est signée Mina M.

Ça y est, les éditions du Chat Noir ouvrent une collection dédiée au format court, judicieusement intitulée F. nigripes pour felis nigripis qui est un félin nocturne, le plus petit qui existe d’ailleurs. Je fais celle qui savait mais je l’ai appris en lisant le descriptif de la collection… L’idée est de proposer le même format que Chatons Hantés (9×13) mais avec un style plus proche de Griffe Sombre, leur collection gothico-horrifique. Deux textes ouvrent le bal en octobre 2021: Quand vient le dégel de Jay Robert Ducharme et Lullaby de Cécile Guillot, dont il est ici question.

De quoi ça parle ?
Cette novella écrite à la première personne se déroule aux États-Unis dans les années 1920. On y rencontre Hazel, une jeune femme qui aime écrire des histoires horrifiques dans son carnet et semble entretenir certains sentiments envers Blanche, sa voisine française. Vu la période, on devine sans peine qu’au moment où ses parents vont découvrir ses diverses « déviances », ils ne vont pas bien réagir du tout. De fait, ils décident de l’interner à l’asile Montrose…

Une histoire d’émancipation… mais pas que.
Une fois de plus, Cécile Guillot signe un texte où les personnages féminins se retrouvent en majorité et subissent les affres du patriarcat de plein fouet, cherchant ainsi à dénoncer des travers qu’on pourrait croire derrière nous mais qui sont hélas toujours d’actualité, même si on peut se réjouir d’une progression manifeste des droits de la femme. C’était déjà le cas dans sa nouvelle Le boudoir aux souvenirs où la protagoniste principale avait été transformée par un vampire sans son accord puis embarquée dans une relation malsaine, mais aussi dans Coeur Vintage où Mina, son héroïne, se retrouve prise dans une relation avec un garçon qui cachait bien son jeu et où des sauts temporels permettaient de suivre une autre histoire, celle d’une femme qui a aussi subi les obligations sociales de son époque (dans les années cinquante). Cette fois, c’est au tour de Hazel d’être rejetée par ses parents (sa mère va jusqu’à la traiter de monstre) parce qu’elle est en dehors de la norme imposée par les hommes. Une fois enfermée à l’asile, elle va y rencontrer Joséphine alias Jo, une femme internée par son mari pour ses convictions profondément féministes et son engagement dans la défense des droits des femmes.

Lullaby aborde donc l’émancipation de la femme et l’autrice choisit de le faire en se plaçant dans une époque où on éduquait justement les femmes à ne pas être indépendantes. Il faut garder cela à l’esprit quand on lit cette novella, notamment une fois la fin venue. Je ne vous expliquerais pas pourquoi d’autant que Cécile Guillot le fait très bien dans une note ajoutée à la fin qui contient également des références bibliographiques d’ouvrages en anglais qui lui ont permis d’écrire son histoire en restant au plus proche des horreurs de la psychiatrie d’antan ainsi que de la manière dont la société traitait (traite toujours parfois…) les femmes victimes d’abus (quels qu’ils soient).

Si Cécile Guillot a tenu à rester proche du réel, cela n’empêche pas sa novella de contenir une dimension onirique qui permet à Lullaby de se classer dans les genres de l’imaginaire. On peut débattre longtemps de ce qui tient de la métaphore, du jeu de l’esprit ou de la simple imagination de Hazel. Les réponses dépendront du / de la lecteur.ice. Toujours est-il que le texte fonctionne dans l’ensemble et qu’il colle parfaitement à ce qu’on attend d’une histoire publiée aux éditions du Chat Noir.

Enfin, l’autrice y évoque aussi en filigrane l’homosexualité féminine avec la douceur qui la caractérise et qu’on aime retrouver dans ses écrits. Elle passe aussi, pour cela, par les poèmes de Renée Vivien qui est une poétesse britannique que je ne connaissais pas mais dont la plume a su me toucher. Ses textes parsèment le récit et l’enrichissent.

La conclusion de l’ombre :
Pour résumer en quelques mots, Lullaby ouvre le bal d’une nouvelle collection prometteuse où le format court se pare d’atours gothico-horrifique, pour notre plus grand plaisir. Cécile Guillot propose un texte sur l’émancipation féminine avec des personnages féminins comme elle sait si bien en écrire et des thèmes hélas encore d’actualité. On est ici sur un texte classique du Chat Noir tant sur la forme que sur le fond et c’est tant mieux puisque c’est en général ce que je recherche quand j’achète un titre dans cette maison d’édition.

D’autres avis : pas encore mais cela ne saurait tarder !

Le Choix – Paul J. McAuley

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Le Choix
est une novella de science-fiction écrite par Paul J. McAuley et parue dans la collection Une Heure Lumière du Bélial. Vous pourrez la trouver dans toutes les bonnes librairies au prix de 7.90 euros.

Un world-building solide…
Le monde a subi une hausse des températures drastique et une montée des eaux dramatique. Une chance pour l’humanité, des aliens ont pointé le bout de leur nez en apportant avec eux une technologie capable de nettoyer la planète, effaçant ainsi les erreurs humaines. En plus de cela, ils ont mis en place des portails entre plusieurs autres mondes, ce qui permet le contact avec d’autres espèces sentientes mais non humaines.

Ce principe apparait en toile de fond du texte et n’est exploité que par les rêves de Damian. Damian, c’est le fils d’un éleveur de crevette à la main rude mais c’est également le meilleur ami de Lucas. Lucas est aussi fils unique au sein d’une structure monoparentale sauf que lui, c’est de sa mère malade dont il doit s’occuper. Une mère activiste écologique qui trouve que traiter avec ces aliens est une belle erreur. Damian espère un jour se tirer de ce trou perdu anglais mais il ne peut pas s’engager à l’armée avant d’avoir dix-huit ans, sauf accord parental. Hélas, jamais son père ne se privera d’une main d’œuvre gratuite, le jeune homme doit donc prendre son mal en patience et encaisser les coups comme les brimades…

… auquel ni les protagonistes ni l’intrigue ne sont sacrifiés.
Le Choix est narré à la troisième personne du point de vue de Lucas, que Damian convainc d’aller observer un Dragon échoué à plusieurs heures de bateau de chez eux. Ce Dragon est une technologie ou une créature amenée par les aliens pour justement nettoyer la Terre mais ce n’est jamais explicitement écrit. On le comprend au détour d’une phrase si bien que pendant un moment, je m’attendais presque à voir un dragon au sens classique du terme apparaître. Ce qui se déroulera une fois Lucas et Damian sur place changera leur vie à jamais, car ils vont devoir faire… un choix, justement.

Un choix avec de graves conséquences.

Paul J. McAuley signe ici un texte poignant qui met en scène une amitié compliquée entre deux jeunes garçons issus d’un milieu difficile, forcés de grandir trop vite à cause de leurs parents et du monde complexe dans lequel ils vivent. La psychologie des protagonistes est finement développée, ce qui peut paraître étonnant sur aussi peu de pages (96 à peine !) et avec un world-building aussi solide. Encore un auteur qui démontre qu’on peut écrire du format court sans sacrifier l’un ou l’autre aspect d’une histoire. Sans compter qu’il y parle aussi d’écologie, avec un postulat de départ qui n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons… Sauf qu’aucune espèce extra-terrestre n’a l’air de vouloir nous dépanner. Pas de chance (pour nous).

À l’instar du Fini des mers de Gardner Dozois, je trouve qu’on ne parle pas assez de cette novella qui est pourtant une petite perle au sein de la collection Une Heure Lumière. J’ai ressenti beaucoup d’émotions à sa lecture et celle-ci m’a touchée d’une façon difficile à expliquer.

D’autres avis : Au pays des cave trollsLe bibliocosmeNevertwhereLhisbeiL’ours inculteLes lectures du MakiLorkhanBaroona – vous ?

Le compte-rendu de l’ombre : les Halliennales 2021

Coucou tout le monde !

Le 2 octobre 2021, je me suis rendue au salon des Halliennales près de Lille, dans le nord de la France. Premier gros salon pour moi depuis la foire du livre de Bruxelles en 2020, qui s’est déroulée une semaine avant le fameux lockdown… Ça valait bien un petit compte-rendu, non ?

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Je ne vous parle quasiment jamais des salons auxquels j’assiste parce que je m’y rends d’abord avec ma casquette d’autrice pour dédicacer mes romans et que je fais en sorte de dissocier le blog de cette activité, pour diverses raisons dont j’ai déjà pu parler. Pourtant, cette double casquette fait partie de moi et en lisant récemment un autre compte-rendu de salon, je me suis dit que ça pouvait peut-être se révéler intéressant de vous parler de ma façon de vivre ce genre d’évènement.

L’ombre en mode autrice.
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Le plus délicat pour moi consiste à gérer mon temps de loisir et de travail. Je viens avant tout pour présenter mes romans et donc être présente sur le stand Livr’S, peu importe la fréquentation du stand ou du salon. Une question de respect vis à vis de mon éditrice. C’est probablement le plus difficile quand on doit se contenter d’attendre un peu d’attention d’un.e lecteur.ice de passage pendant parfois une heure ou deux. Plus le temps passe et plus j’ai du mal à laisser mes fesses collées à ma chaise quand le battement est trop long. Je travaille dessus mais on ne va pas se mentir, ça ne fonctionne pas toujours.
Nous avons évidemment droit à des pauses mais il faut les gérer pour que chaque auteur.ice puisse avoir la sienne et donc ne pas abuser question disparition. J’avoue que je suis une spécialiste du « je reviens dans cinq minutes » qui se transforme en quinze. C’est devenu un running gag avec mon éditrice, qui est quand même la femme la plus patiente du monde (non, elle ne m’a pas contrainte à écrire ça !).

Lorsque je suis derrière mes romans, mon plus grand plaisir est de discuter avec des lecteur.ices. Pas forcément les mien.nes, juste des personnes qui s’arrêtent pour poser des questions (sur ce salon on m’a demandé deux fois des conseils éditoriaux par exemple), lire des quatrièmes de couverture, recevoir un conseil en fonction de leurs goûts. C’est ce que je préfère mais je me suis rendue compte que je m’épanouis davantage à vendre et conseiller les romans de mes collègues que les miens. Au point que je passe une partie de mes pauses sur le stand du Chat Noir (le plus souvent) à recommander tel ou tel titre. Tout le monde sait très bien que si je ne suis pas sagement assise, c’est le lieu où on a le plus de chance de me trouver. Cette constatation me fait me demander si je ne devrais pas plutôt participer à ces évènements en tant que « libraire » en soutien aux éditeur.ices et c’est une réflexion très sérieuse sur laquelle je me penche en ce moment.

L’ombre en mode… un peu des deux.
Quand je sors de derrière le stand, je redeviens (juste) Manon / OmbreBones, la lectrice et blogueuse. Pourtant, mes rapports avec les auteur.ices ont une dimension supplémentaire puisque je suis également vue comme une collègue par la plupart. On peut donc discuter de davantage de sujets internes au milieu puisque je possède les connaissances nécessaires pour cela. Avec Estelle Faye, on a par exemple parlé de Gilles Dumay et du très bon travail réalisé par AMI sur son roman. Comme elle en sortait un autre chez Rageot presque en même temps, on a pu échanger sur la manière dont chaque éditeur travaille et j’ai trouvé ça plutôt riche puisque ça m’a permis de comparer avec ma propre expérience.

Être une collègue, même d’une autre maison, permet également de se confier plus honnêtement sur les projets en cours et les sorties à venir, puisqu’on a conscience du devoir de réserve que cela implique tant que rien n’est officiellement annoncé. C’est un de mes plus grands plaisirs (coupables), de savoir ce qui va sortir plus ou moins quand l’année prochaine et de qui. Et non, je ne dirais rien !

Mais surtout, pour moi, un salon du livre, c’est en premier lieu une occasion de revoir des copains et des copines auteur.ices. Le milieu reste petit, on finit tous.tes par se connaître, s’appeler par nos prénoms, avoir des petites blagues entre nous (tellement attristée par l’absence de Monsieur Nyx aux Halliennales, franchement tout se perd !). Évidemment, on n’apprécie pas tout le monde de la même manière mais depuis mon premier salon en 2015 (ça commence à dater…) je reste dans l’ensemble ravie des rencontres et des relations tissées au sein du milieu littéraire. Je me rends compte que ces personnes m’ont manqué durant le confinement, que ce microcosme a laissé un vrai vide qui a été comblé samedi dernier. C’est mon statut d’autrice qui m’a permis d’avoir tout cela et pourtant, aujourd’hui, je ne me sens plus vraiment comme telle et c’est quelque chose qui m’a perturbé durant tout le salon. Je crois que je vis en ce moment une transition d’un statut à un autre (mais lequel ? Mystère…) et que je me cherche encore.

L’ombre en mode 100% lectrice.
Cela étant, j’ai évidemment acheté des romans. Six en tout, ce qui est très raisonnable quand on pense que j’avais pour habitude de repartir avec au moins le double, auparavant.

Eliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot chez Rageot.
Les héritiers de Brisaine, tome 1 de David Bry chez Nathan.
À l’ombre du manoir, tome 1 de Lizzie Felton aux éditions du Chat Noir.
Lullaby de Cécile Guillot aux éditions du Chat Noir.
Widjigo d’Estelle Faye chez Albin Michel Imaginaire.
L’arpenteuse de rêves d’Estelle Faye chez Rageot.

Trois jeunesses et trois romans adultes, quatre formats courts et deux romans de taille normale. Vu que j’ai du mal à me motiver à lire, je me suis dit que ce serait une bonne idée de me concentrer sur des textes plus accessibles et qui demandent un moins gros investissement en terme de temps mais aussi sur des auteur.ices qui ont fait leur preuve pour moi et dont j’ai quasi systématiquement aimé les textes. On verra si j’ai eu raison !

D’ailleurs, cela me permet de vous parler d’une autre de mes habitudes de salon. Je ne lis jamais les dédicaces tout de suite. J’attends d’être rentrée chez moi, d’être posée dans ma chambre et juste avant de dormir, j’ouvre chaque livre en prenant le temps de me rappeler la discussion échangée avec l’auteur.ice, puis je lis le mot laissé dans le roman. Certains sont plutôt classiques (c’est très difficile d’être original dans une dédicace !) mais d’autres sont plus personnels, en fonction du degré d’amitié que je partage avec l’auteur.ice concerné.e et ça me fait toujours chaud au cœur.

Par exemple, le premier livre acheté aux Halliennales a été celui de Lizzie Felton parce que je savais que beaucoup de monde allait se ruer dessus et que je ne peux pas me permettre de faire la file pour une dédicace, j’ai donc « triché » en y allant avant l’ouverture officielle. Ce que tout le monde fait, en réalité… C’était sa toute première dédicace dans son nouveau roman, elle ne l’avait même pas encore vu ! Et elle s’est déroulée dans la pénombre vu que les lumières n’étaient pas encore allumées de notre côté de la salle… Toute une aventure ! Lizzie dédicace avec une équerre pour écrire bien droit et faire ça proprement (il y a une histoire assez drôle derrière cette habitude mais si vous la connaissez un peu, elle ne sera pas difficile à deviner :P). Un joli mot touchant avec des cœurs et une mention spéciale comme quoi je possède bien le tout premier Manoir dédicacé. Cela satisfait beaucoup mon côté collectionneuse.

Le mot de la fin… ou presque.
Des anecdotes, il y en a plein et si j’ai évoqué plus particulièrement celles-là, c’est parce que ce sont les plus intéressantes. J’aurais aussi pu (et même du) parler de la gentillesse de Pascaline, du sabotage de Mathieu (qui dresse son terminal à refuser ma carte mais pas de bol, j’ai de la ressource ! #niark), de l’honnêteté de David Bry (vis à vis de son roman jeunesse qui n’était probablement pas fait pour moi MAIS que j’ai quand même acheté parce que cet auteur est trop bien, lisez le !), insister sur l’énergie d’Estelle Faye, glisser un mot sur le succès du talentueux Ariel qui ne pourra décidément jamais aller manger à l’heure sur un salon (mais ce n’est rien à côté de la courageuse Georgia Caldera qui avait toujours une file d’au moins 20 personne pour l’attendre, elle doit avoir le poignet foulé o.o) et qui pourtant prend toujours le temps de discuter et de plaisanter, de l’adorable Céline avec qui on peut parler de tout, d’Estelle (Vagner) la déléguée commerciale officielle des télescopes (ne cherchez pas) mais aussi de Sonia qui a nourri tout le salon à elle toute seule grâce aux dons de ses admirateur.ices, de la jeune Aline qui a (enfin !)  connu son premier vrai gros salon, de mon voisin Bertrand avec qui on rigole toujours pour un millier de raisons… et j’en oublierais encore parce qu’on ne peut pas se rappeler de tout.

Merci à chaque personne qui a contribué à cette belle journée et merci à l’organisation d’avoir permis au salon de se tenir dans de bonnes conditions. 

Et voilà, on arrive à la fin de ce billet un peu décousu. Je ne sais pas trop ce que je cherche à raconter au milieu de toutes ces réflexions. Je crois que je souhaite surtout partager avec vous un petit pan de ma vie autrice / lectrice. J’espère que cela vous plaira et s’il y a des choses que vous souhaitez savoir en plus, n’hésitez pas à me poser la question !

Bilan mensuel de l’ombre #39 – septembre 2021

Bonjour tout le monde !
Il a vraiment été très compliqué ce mois de septembre, pour tout un tas de raisons. Quand je regarde mes lectures, je suis effarée de voir à quel point j’ai peu lu même s’il y a eu de très bons titres dans le lot. J’ai pourtant une dizaine de romans en attente dans ma PàL papier et autant en numérique mais rien ou presque ne m’attire. J’espère que ma présence au salon les Halliennales ce week-end changera ça et que je vais revenir avec des romans qui vont me donner envie de les lire….

Sans plus attendre, revenons sur ce mois écoulé.

Mes lectures de septembre – les romans :

J’ai consacré une grosse partie de mon mois à la Fabrique des lendemains de Rich Larson après avoir laissé de côté l’une ou l’autre lecture dont les titres m’échappent totalement, c’est vous dire que je n’ai pas été marquée du tout… Ça a été une lecture très enrichissante et de grande qualité. Difficile de passer après ça… J’ai tout de même tenté avec Plumes et Ciguë, un roman de Gwendolyn Kiste qui est pourtant une autrice que j’apprécie. Malheureusement, si le texte n’est pas dénué de qualités, je l’ai trouvé assez prévisible et l’ensemble plutôt manichéen. Du coup, j’en suis ressortie avec un goût de trop peu. Après ça, j’ai décidé de tirer Abysses de ma PàL, il y patientait depuis sa sortie au format poche. Ce fut une lecture très atypique, au point que je ne sais pas vraiment quoi en dire si ce n’est que ça pose des questions très intéressantes sur le rapport des civilisations à l’Histoire. Un jour, je vais réussir à écrire une chronique sur un roman de Rivers Solomon ! Un jour…
Après ça, le simple fait de regarder ma PàL me provoquait une réaction épidermique de rejet. Ça m’arrive rarement toutefois, ce n’est pas la première fois. Je n’avais envie de rien alors qu’il s’y trouve plusieurs romans prometteurs. Je me suis donc ruée en librairie pour acheter des mangas et des BDs. Il m’a fallu des jours avant de sortir un texte de ma PàL et mon choix s’est justement porté sur Le Choix de Paul J. McAuley dans la collection Une Heure Lumière du Bélial. Un texte surprenant, atypique, qui m’a parlé sauf que ça ne m’a pas rendu l’envie de lire des romans pour le moment…
Ainsi se termine déjà mon mois de septembre pour ce format. J’ai terminé une intégrale, deux romans et une novella.

Mes lectures de septembre – les mangas :

Septembre a vu l’arrivée de plusieurs valeurs sures avec des titres comme Toilet-bound Hanako Kun dont la qualité se confirme, ainsi que les suites de Beastars et des Carnets de l’apothicaire dont je n’ai plus besoin de vous faire l’éloge. Je me suis également lancée dans la suite de Card Captor Sakura, avec Clear Card dont le premier tome m’a bien accroché, tout comme le tome 2 de Je crois que mon fils est gay. Disons que ces titres ont fait la transition entre l’excellent et le très décevant… Parce que tout ce que j’ai pu acheter et lire d’autre dans la foulée n’a pas du tout été à mon goût : Maux mêlés, Another, Shino ne sait pas dire son nom, Trois yakuzas pour une otaku… Bon j’avoue, avec ce dernier titre, je cherchais un peu la déception mais j’ai cru que ce serait drôle, au moins. Raté ! Du coup je ne sais pas trop vers quoi me tourner (l’Apprenti Otaku je sais ce que tu vas écrire en commentaire, c’est toujours NON ! :D) et je pense très sérieusement aller à la médiathèque de Liège pour voir ce qui s’y cache. Toutefois, il vaut certainement mieux attendre mon déménagement pour ça. Cela fait donc 9 volumes en tout.

Mes lectures de septembre – BDs :
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J’ai lu l’excellent Green Manor, une intégrale dont je vous ai parlé en long et en large dans un article dédié tant mon enthousiasme était grand.

La PàL de l’ombre :
Plutôt que de vous donner des chiffres, je vais vous donner des titres ! Je me suis rendue compte que c’était bien plus représentatif…
En numérique : Et dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Le roi sombre d’Oren Miller chez l’Homme sans nom / Diaspora de Greg Egan au Bélial / Un océan de rouille de C. Robert Cargill chez AMI / Le magicien quantique de Derek Kunsken chez AMI / Stigmata de CJ Sterne chez MxM / 1, 2, 3… Vampires ! de Bertrand Crapez chez Livr’S / Talisman de Gilles Debouverie chez Livr’S / Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker aux Forges de Vulcain / Ne sautez pas ! de Frédéric Ernotte chez Lajouanie / Voile vers Sarance de Guy Gavriel Kay chez l’Atalante / Paris-Capitale de Feldrik Rivat chez l’Homme sans Nom / Le Sicilien de Carl Pineau chez Lajouanie / La dixième muse d’Alexandra Koszelyk aux Forges de Vulcain / Nocturnes de Laurent Fétis chez ActuSF / Le Proscrit de Simon R. Green chez l’Atalante.
En papier : Une histoire de genre de Lexie chez Marabout / Warchild #1 de de Karin Lowachee au Bélial / Sans foi ni loi de Marion Brunet chez PKJ / 24 vues du Mont Fuji par Hokusai de Roger Zelazny au Bélial / Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky chez Folio SF / Le robot qui rêvait d’Isaac Asimov chez J’ai Lu / Ici se cachent les monstres d’Amelinda Bérubé au Chat Noir / Les héritiers d’Higashi, tome 3 de Clémence Godefroy au Chat Noir.
En manga : rien à l’heure où j’écris ces lignes.
BD & Comics : Criminal sanity Joker, Harley / Courtney Crumrin, intégrale 1 / TiZombie, tome 3.

Le focus de l’ombre :
C’est la reprise des salons ! Joie et bonheur dans mon cœur. Malheureusement, les circonstances font qu’en octobre, je ne vais participer qu’aux Halliennalles qui se déroulent à Lille. Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à vous joindre à la fête.

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En septembre, Miss Chatterton a également repris sa rubrique « Parlons Steampunk » et s’intéresse cette fois à la bande-dessinée, en apportant des réflexions plutôt pertinentes. Je vous invite à découvrir son travail sur le sujet !

Les petits bonheurs :
Les petits bonheurs du mois est un rendez-vous initié par le blog Aux Petits Bonheurs qui consiste à mettre en avant les moments positifs de la vie. Franchement, le mois de septembre a été assez infernal sur bien des plans (vous me pardonnerez de ne pas m’appesantir, j’ai horreur de faire ça…) donc j’ai du mal à trouver un petit bonheur. Toutefois, me vient une citation de Dumbledore qui disait : « On peut trouver le bonheur même dans les moments les plus sombres. Il suffit de se souvenir d’allumer la lumière. » Et bien, c’est vrai. Parce que je me rends compte qu’au milieu de tout ce négatif, je n’ai jamais été seule que ce soit grâce à ma famille, mes ami.es ou à une collègue bienveillante. Je me sens vraiment chanceuse de ça, c’est très précieux et je m’en rends compte.

J’espère quand même que le mois d’octobre sera meilleur… Croisez les doigts et touchez du bois pour moi ! Je vous souhaite le meilleur pour le mois à venir, merci de me lire et à bientôt ♥

Green Manor (intégrale) – Bodart et Vehlmann

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Green Manor
est une intégrale constituée par 18 historiettes criminelles dessinées par Bodart et scénarisées par Vehlmann. Ce volume contient 2 histoires inédites par rapport à la version d’origine ainsi que des pages montrant les crayonnés et les dessins préparatoires. Vous trouverez Green Manor partout en librairie au prix de 39 euros. La couverture et l’extrait de la BD utilisés dans cet article sont la propriété de Dupuis et de ses auteurs et ne servent qu’à illustrer ma chronique. 

Le meurtre n’est rien sans un peu d’élégance. Voilà la phrase qui se situe au dos de ce bel objet avec reliure cartonnée, signet en tissu et papier épais, vernis, qui reçoit à merveille les dessins couleurs de Bodart. Plus qu’un livre, nous sommes sur un livre-objet magnifique dans une bibliothèque, ce qui justifie amplement son prix.

Quant au contenu, le principe est assez simple : un psychiatre se rend dans un asile pour discuter avec le majordome de Green Manor qui semble devenu fou. Celui-ci va raconter une série d’histoires dont « il » aurait été témoin à travers les années d’existence de ce club pour gentlemen. Les temporalités se mélangent mais on est grosso modo entre les 18e et 19e siècle. La date de chaque histoire est précisée dans la première case.

Côté esthétique, on est sur une Londres industrielle et toute l’ambiance graphique victorienne qui en découle. Cela se ressent également dans la palette de couleur mise en avant, allant du gris extérieur au brun chaud du bois en intérieur, avec des déclinaisons beiges et sépias, un ensemble assez sobre.

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Chaque histoire ne compte que quelques pages, moins de dix en vérité, ce qui rend le tour de force narratif encore plus impressionnant. En vrac : un homme paralysé tente de se venger de l’amant de sa femme, un médecin rêve d’examiner le cerveau de William Blake alors que ses amis lui jouent un tour, une famille sombre dans la folie à cause d’un testament, un objet historique d’une valeur sans précédent sème la mort chez ses propriétaires, ce ne sont que quatre exemples parmi d’autres. Le tout est à la fois varié et plutôt classique. Du moins, de prime abord… car j’ai été surprise du dénouement de chaque histoire. Il n’y en a pas une seule où j’ai vu venir ce qui allait se produire alors même que je suis familière du genre. Vehlmann a brillamment joué avec son / sa lecteur.ice pour lui embrouiller l’esprit. On sent que, si l’auteur n’est pas fan du genre policier (j’ignore si c’est le cas) il a au moins effectué de très nombreuses recherches pour s’imprégner de ses codes. Ça a porté ses fruits !

Cela donne une intégrale riche qui apporte en prime une fantastique leçon d’écriture efficace au format court et permet de passer un excellent moment. Je ne regrette pas du tout mon achat et je vous recommande très chaudement de laisser sa chance à cet ouvrage, malgré son prix qui peut rebuter. Les fêtes de fin d’année approchent, après tout. Pensez à votre sapin !

D’autres avis : je n’en ai pas trouvé mais si j’ai loupé le vôtre, manifestez-vous.

#Focus : ma liste de livres à lire pour mes étudiant.es

Bonjour tout le monde !

C’est le retour de la rubrique focus où j’ai eu envie, cette fois, de vous évoquer un peu plus mon métier. Certain.es le savent déjà ou l’ont deviné mais je suis prof depuis la rentrée scolaire 2019 et je donne cours en promotion sociale. Pour mes ami.es français.es, la promotion sociale est un enseignement qui concerne uniquement les adultes, qui souvent n’ont pas le bac (CESS chez nous) et donc n’ont pas terminé le lycée, et qui reviennent chercher ce diplôme pour des raisons professionnelles (souvent parce qu’iels en ont besoin pour évoluer ou alors iels changent totalement de carrière et suivent une formation technique en même temps). Je donne également cours dans différents bacheliers (licences) en fonction des années et des besoins.

Je suis prof de français et communication. Parfois, j’hérite des cours de communication professionnelle (ce ne sont pas mes favoris, je ne vais pas mentir…) mais je m’arrange pour avoir aussi les cours de français « littérature », au moins une ou deux classes par an, parce que j’adore donner cette matière (je sais, ça vous surprend grandement). Qui dit cours de français dit forcément livres à lire et donc la fameuse liste de lectures qui angoisse beaucoup mes étudiant.es car la plupart du temps, iels ont arrêté de lire quand iels ont stoppé l’école et n’ont jamais été touchés par un roman qui leur aurait donné envie de continuer. Quand mes étudiant.es sont plus proches de la vingtaine, il arrive qu’iels lisent des mangas ou des BDs, mais ça reste des exceptions, comme celle.ux qui sont déjà de gros.ses lecteur.ices. J’en ai eu deux ou trois depuis 2019, sur presque une centaine d’étudiant.es…

Ma problématique est donc la suivante : les encourager à la lecture, développer chez ell.eux le plaisir de lire, de réfléchir sur leurs lectures aussi, leur démontrer que c’est un passe-temps très actuel qui parle de thèmes qui peuvent les toucher. Pour moi, cela signifie leur donner des textes modernes qui ont été publiés pour la première fois il y a moins de cinq ans. Je ne veux pas relancer un débat, d’autant que j’adore les classiques littéraires mais j’estime que je dois d’abord les réconcilier avec la lecture avant de les orienter vers « l’ancien ».

Dés ma première année, j’ai donc proposé une liste de vingt lectures dans laquelle iels devaient piocher au moins un livre, sur lequel iels seraient interrogés à l’examen. Sur le contenu du livre, pour m’assurer qu’il avait été lu mais aussi avec une question de réflexion non préparée, puisque l’un des acquis qu’iels doivent obtenir c’est d’être capable de mener une réflexion critique, à l’écrit comme à l’oral.

Évidemment, pour cela, je propose uniquement des romans que j’ai pu lire et qui ont, je trouve, quelque chose à apporter dans un cadre pédagogique. Par exemple, en ouvrant une réflexion sur tel ou tel point culturel, social, politique, etc. Une des difficultés que je rencontre, c’est que mes étudiant.es manquent souvent de confiance en ell.eux et me disent très régulièrement qu’iels sont « bêtes » et qu’iels ne vont « jamais comprendre un tel livre ». Pourtant, iels y parviennent la plupart du temps et c’est la partie la plus gratifiante de mon travail que de leur rendre confiance.

Voici le contexte, donc, dans lequel se place cet article !

Cette année, en plus de la liste des 20, j’ai décidé d’imposer la lecture de 6 nouvelles obligatoires qui seront lues et discutées en classe à raison d’une par mois (le cours commence mi octobre jusque fin avril).  Ces nouvelles ont à chaque fois été aimablement offertes au format numérique par les éditeur.ices concerné.es, qu’iels en soient remercié.es.

L’apocalypse n’aura pas lieu (une seconde fois) de Corentin Macé (Nouvelles Ères, Livr’S)
Sans Nom d’A.D. Martel (Nouvelles Orléans, Livr’S)
Neufs jours pour l’enfer d’Aiden R. Martin (9, Chat Noir)
Les 9 fantômes de Mayfair de Gwendolyn Kiste (9, Chat Noir)
Guide sorcier de l’évasion d’Alix E. Harrow (Bifrost, le Bélial)
L’Étoile d’Arthur C. Clarke (Bifrost, le Bélial)

Ce sont des nouvelles lues par moi dans l’année écoulée et qui m’ont toutes parlées d’une manière ou d’une autre. On pourrait s’étonner de l’absence de Ken Liu ou de Rich Larson mais ne soyez pas trop inquiet.es… J’ai sélectionné ces textes parce qu’ils couvrent différents genres littéraires, il y a donc plus de chance qu’au moins l’un d’eux fonctionne sur mes étudiant.es et leur donne envie d’aller voir plus loin. Les classiques croisent les auteur.ices francophones comme anglophones, je fais une exception à ma règle des cinq ans pour Clarke parce que je trouve que l’Étoile peut vraiment apporter un débat passionnant. Si ça vous intéresse, je vous dirais de quoi il en aura retourné !

À présent, voici la fameuse liste des 20 romans dans laquelle iels doivent en lire au moins un avec une brève explication du pourquoi ce roman est présent dans la liste :

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L’estrange malaventure de Mirella
– Flore Vesco (L’école des loisirs)
Un roman « jeunesse » (tout public en réalité) qui parle du statut de la femme et de la condition sociale avec un fond d’émancipation pour les deux. Le style d’écriture atypique (mélangé avec de l’ancien français) est un gros plus qui permet de revenir sur ces thématiques et d’en plus aborder des questions d’écriture, type de narration, etc.

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Rouge
– Pascaline Nolot (Gulfstream)
La réécriture d’un conte qui traite du harcèlement, du culte des apparences et du sexisme ordinaire.

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Les poisons de Katharz
– Audrey Alwett (ActuSF / J’ai Lu)
Une fantasy humoristique qui permet d’aborder la question de la parodie mais aussi des archétypes au sein d’un récit.

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La fille qui tressait les nuages
– Céline Chevet (Chat Noir)
Un roman fantastique / thriller psychologique qui se déroule au Japon et permet de parler du mouvement surréaliste.

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The dead house
– Dawn Kurtagich (Chat Noir)
Un young adult fantastico-horrifique à la narration atypique, qui passe par des articles de journaux, des extraits vidéos etc. Cela me permet de parler justement des types de narration et de ce qui se fait de nos jours.

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Ormeshadow
– Priya Sharma (Le Bélial)
Un roman fantastique qui brouille les frontières entre l’imaginaire et le réel tout en parlant des enfants, de la transmission de mémoire mais aussi de la façon dont l’imaginaire peut aider à supporter le réel.

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Vita Nostra
– Maria & Sergueï Diatchenko (L’Atalante)
Un OLNI dans toute sa splendeur, j’admets volontiers qu’il est dans ma liste parce que je suis curieuse de voir de quelle manière il serait reçu par mes étudiant.es tout en mettant ma main à couper qu’aucun.e ne le prendra. Hélas !

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Filles de rouille
– Gwendolyn Kiste (Chat Noir)
Un roman fantastique qui aborde des questions sociales et permet de faire un parallèle avec les révoltes ouvrières de Belgique, d’ouvrir éventuellement sur le documentaire des Femmes machines que j’affectionne puisqu’on y voit ma nonna et que les femmes de ma famille de cette génération ont toutes été concernées d’une manière ou d’une autre par ces sujets.

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Les miracles du bazar Namiya
– Keigo Higashino (Actes Sud)
Un roman fantastique mais pas trop qui met l’accent sur l’humain et les émotions, j’aime bien donner des auteur.ices étranger.es parce que ça permet de faire des parallèles culturels et de réfléchir sur notre façon de voir le monde à travers notre prisme culturel justement.

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La maison au milieu de la mer céruléenne
– TJ Klune (De Saxus)
Mon dernier gros coup de cœur en date qui parle des enfants placés et différents mais aussi de l’aliénation au travail, très pertinent vu le public.

12
L’homme qui mit fin à l’histoire
– Ken Liu (Le Bélial)
Encore un texte que je donne depuis le début, qui parle du concept même d’Histoire et de vérité historique, qui permet de remettre en question pas mal de choses. Je dois encore vérifier quelle collègue va leur donner le cours d’histoire mais ce sera peut-être une lecture obligatoire pour cet autre cours. Suspens !

6
Cérès et Vesta
– Greg Egan (Le Bélial)
Une novella qui parle de discrimination et d’immigration, très actuelle et une bonne porte d’entrée au genre hard-sf, je trouve.

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Retour sur Titan
– Stephen Baxter (Le Bélial)
De nouveau de la hard-sf accessible qui permet d’aborder le principe de sense of wonder mais également de poser des questions sur la science, ses bienfaits qui deviennent parfois des méfaits, l’importance qu’on donne au progrès.

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Apprendre, si par bonheur
– Becky Chambers (L’atalante)
De la science-fiction positive et humaine pour démonter leurs idées reçues mais aussi permettre de parler des questions d’inclusion.

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Le fini des mers
– Gardner Dozois (Le Bélial)
Cette novella est dans la liste pour la même raison qu’Ormshadow mais aussi pour ses deux interprétations possibles. C’est donc un peu, comme Vita Nostra, une expérience que je tente avec les étudiant.es qui vont le lire.

19
La divine proportion
– Céline Saint-Charle (Livr’S)
Un thriller qui permet d’aborder le genre dystopie mais aussi de réfléchir sur le concept de justice, notre propre système judiciaire, ses failles, etc.

23
Les anges oubliés
– Graham Masterton (Livr’S)
Encore un roman d’horreur qui est un peu là pour remplir les cotas, j’avoue, mais également pour aborder les codes du genre et les comparer avec ce qui se fait à la télévision / au cinéma. Ç’avait été une question d’examen l’année dernière avec la Mélodie, d’ailleurs.

6
Tu es belle Apolline
– Marianne Stern (éditions du Chat Noir)
Young adult et littérature blanche, un combo qui fonctionne bien chez les éducateur.ices et les aides soignant.es / familiales d’autant que ce roman parle d’anorexique, de comment l’aborder, etc. C’est intéressant de s’interroger sur la perception qu’on a de ces maladies trop souvent banalisées.

7
Les derniers des branleurs
– Vincent Mondiot (Actes Sud JR)
Un roman nécessaire pour cell.eux qui manquent de confiance en eux, afin de réfléchir sur le système scolaire, ses problèmes, de relativiser ce à quoi iels ont pu être confronté.e dans leur parcours aussi. Ce roman, je crois que je ne l’oublierai jamais tellement il a résonné en moi en tant que prof.

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Permis de mourir
– Delphine Dumouchel (Livr’S)
Une novella young adult du point de vue d’une jeune fille dans le coma suite à un abus d’alcool. Encore un texte nécessaire qui parlera surtout aux éducateur.ices et aux aides soignant.es / familiales. Il est présent dans la liste pour la même raison qu’Apolline.

Comme vous le voyez, je mélange allègrement les genres afin que tous.tes puissent trouver au moins un roman qui collerait à ses goûts. Comme je donne ce cours notamment aux informaticien.nes, aux éducateur.ices, aux aides-familial.es et soignant.es ainsi qu’aux assistant.es pharmacie, je fais en sorte de mettre des textes capables de les toucher même dans leur pratique professionnelle. Raison pour laquelle les trois derniers romans sont de la littérature « blanche » stricto sensu. Toutefois, en me basant sur les choix effectués par elle.ux les deux autres années, les étudiant.es ont plutôt tendance à se tourner vers l’imaginaire, sauf cell.eux hyper réfractaires à la lecture et qui n’acceptent de lire que ce qui a un lien avec leur métier. Mais au moins, iels lisent et c’est déjà une victoire.

J’ai aussi remarqué qu’iels ont tendance à se tourner vers le livre le plus court. Grande était ma naïveté, je sais… Mon erreur avait été de mettre un seul UHL (Ken Liu, lu par deux étudiants) et une novella (La Mélodie, chez Livr’S) si bien que j’ai enchaîné sept ou huit examens sur le même livre, retiré cette année de la liste uniquement pour cette raison (ce qui a beaucoup fait rire l’autrice, je vous rassure 😉 ). Je ne peux plus entendre cette histoire ni la voir en peinture !
Cette fois-ci, j’ai multiplié les formats courts, soit nouvelles / novellas, soit des romans pas trop épais, en laissant un ou deux pavés et un roman moins abordable de prime abord pour un.e lecteur.ice lambda, pour l’étudiant.e possédant déjà un gros bagage culturel / littéraire. L’année dernière, j’avais mis Terra Ignota (je sais, grande est votre surprise) mais j’ai changé cette fois pour Vita Nostra. Je précise que personne n’avait lu Palmer, je le vis comme un échec personnel.

J’espère que ce billet / réflexion / partage d’expérience vous aura plu ! En fonction de vos retours, je peux prévoir un article un peu bilan après leurs examens pour voir ce qui a fonctionné ou non, émettre des hypothèses, réfléchir pour l’année prochaine aussi car ma liste change (hormis quelques livres qui restent genre Ken Liu) d’une année à l’autre en fonction de mes lectures.

N’hésitez pas à me dire quel livre vous donneriez, à ma place, et pourquoi 🙂

La fabrique des lendemains – Rich Larson

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La fabrique des lendemains
est un recueil de vingt-huit nouvelles de science-fiction écrites par l’auteur nigérien Rich Larson. Ce recueil ne connait pas d’équivalent en anglais, les nouvelles ont en effet été sélectionnées et rassemblées par Ellen Herzfeld et Dominique Martel. On retrouve Pierre-Paul Durastanti à la traduction et c’est heureux puisqu’il fait ça très bien. Intéressé.es ? Ce recueil se trouve sur le site de l’éditeur et dans toutes les bonnes librairies au prix de 23.90 euros.

Au sommaire :
Indolore
Circuits
Chute de données
Toutes ces merdes de robot
Carnivores
Une soirée en compagnie de Severyn Grimes
L’Usine à sommeil
Porque el girasol se llama el girasol
Surenchère
Don Juan 2.0
La Brute
Tu peux me surveiller mes affaires ?
Rentrer par tes propres moyens
De viande, de sel et d’étincelles
Six mois d’océan
L’Homme vert s’en vient
En cas de désastre sur la Lune
Il y avait des oliviers
Veille de Contagion à la Maison Noctambule
Innombrables Lueurs Scintillantes
Un rhume de tête
La jouer endo
On le rend viral
J’ai choisi l’astéroïde pour t’enterrer
Corrigé
Si ça se trouve, certaines de ces étoiles ont déjà disparu
La Digue
Faire du manège

Ce recueil contient également une préface signée par Ellen Herzfeld et Dominique Martel ainsi qu’une bibliographie de l’auteur qui reprend son roman et ses (très nombreuses) nouvelles soit 178 au moment de la publication de la fabrique des lendemains. Sauf erreur de ma part, il a dépassé les 200 aujourd’hui.

Un recueil sans équivalent.
La fabrique des lendemains n’existe pas en tant que tel en langue anglaise. Le Bélial a sélectionné vingt-huit textes pour proposer ce recueil dans sa collection Quarante-Deux, vingt-huit textes qui se déroulent dans un futur dans l’ensemble désenchanté et transhumaniste. On y évoque l’immigration, l’impact de différentes technologies sur la vie et l’écologie, les évolutions sociales pas toujours très heureuses et j’en passe. Je reste assez générale à dessein puisque je vais revenir plus bas en détails sur quelques unes de mes nouvelles favorites.

Certains de ces textes, si pas tous, semblent décrire un même monde (le nôtre) à différents moments de son Histoire et dans différents lieux géographiques. J’ai trouvé intéressant de réfléchir sur chaque texte en cherchant les points communs ou les éléments de divergence qui pourraient étayer cette théorie.

Mais ce que je vais surtout retenir de ce recueil, c’est son aspect profondément humain. En cela, Rich Larson m’évoque Ken Liu dans ce qu’il a de meilleur. Toutefois, quand je dis humain, il me faut nuancer puisque certains textes mettent en scène des espèces différentes…

Vu les nombreuses histoires présentes, je ne vais pas m’arrêter sur chacune d’elles. Apophis l’a fait dans sa chronique et l’a très bien fait, ce serait redondant. Je préfère revenir sur celles qui m’ont vraiment touché et vous expliquer pourquoi, espérant ainsi vous convaincre de lire cette merveille.

Mes textes favoris : 
Je dois préciser, avant d’aller plus loin, qu’il n’y a, selon moi, pas un seul texte à jeter dans ce recueil. Il est assez rare que je lise une anthologie ou un recueil d’un.e même auteur.ice sans passer un texte ou l’autre, par ennui ou simplement parce qu’il ne réussit pas à me parler. Ici, ça n’a jamais été le cas. C’est tout de même important de le souligner car ça montre à la fois à la maestria de l’auteur mais aussi la qualité du travail des deux personnes à l’origine de La fabrique des lendemains.

Toutes ces merdes de robot est l’un des premiers textes à apparaître dans la fabrique des lendemains et un des plus réussi, à mon sens. On y suit un robot qui vit sur une île au sein d’une société archaïque composée de robots qui pensent avoir été créés par le soleil et non par les Hommes. D’ailleurs, des Hommes, il ne semble plus y en avoir. Sauf un, coincé sur l’île lui aussi, à qui le robot va demander de l’aide pour réparer une de ses camarades. Ce qui m’a surtout marqué dans ce texte, c’est l’humanité (dans le bon sens du terme) qui se dégage du robot et la façon dont les rôles sont renversés dans l’histoire. Un coup de génie.

Rentrer par tes propres moyens est un texte assez intimiste. On y suit Eliot, un jeune garçon qui va accueillir la conscience numérisée de son grand-père, le temps que sa mère réunisse assez d’argent pour acheter un clone et l’y transférer. Le dénouement de la nouvelle est attendu mais n’en reste pas moins touchant, d’autant que le texte pose des questions intéressantes sur la mort (et sur la vie par extension) ainsi que sur les privilèges de classe.

Innombrables lueurs scintillantes se déroule dans un monde aquatique au sein d’une espèce qui ressemble à des pieuvres. On y suit Quatre Courants Chauds qui a pour projet de creuser dans « le toit » de ce monde, ce qui engendre une certaine panique chez les autres membres de son espèce, panique qui tournera à la violence. J’ai été époustouflée par le world building de cette nouvelle, riche en restant accessible, ainsi que par sa conclusion très poétique. C’est vraiment original comme principe, je ne me rappelle pas avoir lu quelque chose de semblable ailleurs et j’espère que Rich Larson reviendra à cette espèce, à cet univers, un jour ou l’autre (si ce n’est pas déjà fait dans un autre texte en VO !).

Enfin, même si ces deux derniers textes ne sont pas les plus impressionnants en terme de construction ou de concept, j’ai été particulièrement touchée par Corrigé et par Faire du manège. Dans le premier, on rencontre Wyatt, un garçon d’une famille aisée qui a été corrigé, c’est à dire qu’on lui a gommé certains « défauts » ou éléments de sa personnalité qui posaient problème. Visiblement, la correction est quelque chose de banal et d’accepté au sein de cette société et je trouve que ça pose un nombre affolant de questions éthiques. Enfin, dans Faire du manège, Ostap et Alyce sont sur le point de se fiancer quand Alyce perd la vie dans un accident quantique au sein du laboratoire où elle travaillait. Mais est-elle vraiment décédée ? J’ai trouvé ce texte très touchant et plein d’émotion. Il clôt à merveille la fabrique des lendemains !

La conclusion de l’ombre :
La fabrique des lendemains est un recueil de très grande qualité où, selon moi, aucune nouvelle n’est à jeter. On en trouve certaines plus intimistes, d’autres davantage portées sur l’action mais chacune possède un fond solide, un propos fort et des personnages intéressants. Je suis époustouflée par la manière dont Rich Larson gère le format court et j’espère que le Bélial a prévu la publication d’autres recueils du même genre. C’est, à mon sens, un indispensable pour tout qui aime la science-fiction moderne et / ou si vous devez / voulez convaincre quelqu’un que ce genre littéraire a encore de très beaux jours devant lui (au cas où il fallait encore le prouver…) Bref, n’hésitez pas une seconde !

D’autres avis : Les chroniques du chroniqueurLe culte d’ApophisQuoi de neuf sur ma pile ? – vous ?

Symposium Inc. – Olivier Caruso

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Symposium Inc. est une novella de science-fiction écrite par l’auteur français Olivier Caruso. Publié par le Bélial dans sa collection Une Heure Lumière, vous trouverez ce texte dans toutes les bonnes librairies (et sur le site de l’éditeur) au prix de 9.90 euros.

De quoi ça parle ?
Le jour de ses dix-huit ans, Rebecca tue sa mère. Mais pourquoi ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Ce sont les questions qui vont se poser lors de son procès où elle sera défendue par Amélie, une avocate réputée imbattable qui semble partager une partie du passé des parents de l’accusée. Amélie va devoir déployer tout son talent car sur les réseaux sociaux, Rebecca est déjà considérée comme coupable…

Une narration à deux voix.
Dans Symposium Inc., deux personnages se partagent la narration. D’un côté, on a Stéphane qui est le père de Rebecca et le mari de Rose (la victime). Il est également le créateur de Neurotech, une firme qui a révolutionnée la neuroscience et qui a pris une place centrale dans la société française où se déroule la novella. Stéphane est un homme difficile à cerner, même lorsqu’on se place de son point de vue. Il a certaines réflexions et réactions qui sont difficilement concevables… Et qui, paradoxalement, d’une manière malsaine, le rend fascinant à suivre. En face, on retrouve Amélie Lua, une avocate ténor du barreau qui n’a plus rien à prouver à personne et a quelques soucis avec la boisson. Elle est intimement liée à la famille de Stéphane, d’une manière qu’on découvre à mesure que la lecture avance. J’ai presque envie de la qualifier de masochiste, d’accepter cette affaire vu les implications pour elle.

Quand je parle de narration à deux voix, je simplifie outrageusement… Olivier Caruso a opté pour une certaine originalité. Tout au long du texte, on retrouve des commentaires entre parenthèses, qui sont des extraits de ce qui se dit sur le réseau à propos des évènements en cours. C’est souvent malaisant et me rappelle pourquoi je ne lis jamais les commentaires sous un article de presse. Toutefois, vu le texte, c’est une excellente idée qui lui rajoute de la richesse.

Cette narration s’articule autour de deux éléments principaux : un drame familial et l’influence des réseaux sociaux.

Je choisis de ne pas m’arrêter dans le détail sur l’aspect drame familial, parce que ça reviendrait à gâcher l’intrigue et donc le travail de l’auteur. Par contre, il n’est pas possible de ne pas évoquer la question des réseaux sociaux.

L’influence des réseaux sociaux.
De nos jours, il serait hypocrite de dire que les réseaux sociaux n’ont aucune influence dans nos vies. Il suffit de voir à notre petite échelle de blogueur : plusieurs fois par mois, lire certain.es parmi vous me fait acheter tel ou tel livre de manière imprévue. Imaginez un monde où cette influence s’étend à la justice… Pas besoin de faire de gros efforts, c’est déjà le cas. Encore récemment, une affaire de harcèlement avec violence qui trainait depuis des mois en France a enfin été (enfin) prise en main par les autorités parce que la victime a interpelé la police sur Twitter.

C’est glaçant et c’est ce que met en scène Olivier Caruso dans une société où « commenter, c’est bon pour la santé ». Tout démarre de Stéphane Bertrand, qui prend conscience d’à quel point il s’indigner lui procure du plaisir face à une certaine situation de sa vie. C’est de cette manière qu’il va développer Neurotech et la technologie qui permet de recevoir des décharges hormonales positives quand on donne son opinion sur tel ou tel sujet, avec, évidemment, un bonus si le sujet porte à polémique… Entre notre réalité et celle de Symposium Inc., il n’y a plus qu’un pas déjà largement entamé.

Un procès ?
La quatrième de couverture évoque un procès mais il n’est pas mis en scène, pas en tant que tel. L’histoire se concentre sur l’avant, avec la manière dont Amélie va manipuler l’opinion publique et sur l’après, avec les conséquences que ça impliquent et qui amèneront le dénouement de l’intrigue. Dommage, parce que l’aspect m’intéressait, mais c’est une remarque toute personnelle. Quant au dénouement, on n’en tombe pas de sa chaise, quelques indices mettent la puce à l’oreille du / de la lecteur.ice attentif.ve toutefois ça reste bien fait dans l’ensemble.

La conclusion de l’ombre :
Symposium Inc. est un texte d’une grande richesse où beaucoup de thématiques s’entremêlent, ce qui le transforme en outil pédagogique de premier plan pour l’éducation numérique. On y parle non seulement d’un drame familial mais aussi des dérives des réseaux sociaux, de la manière dont il est facile de manipuler l’opinion publique… Il met également en garde sur l’avancée toujours plus rapide et intrusive de certaines technologies. Un texte brillant qui méritera une relecture de ma part pour l’approfondir avec mes étudiant.es. Sans surprise, voilà un autre UHL de qualité qui rappelle que le talent se trouve aussi chez les auteur.ices francophones.

D’autres avis : L’épaule d’OrionLes chroniques du chroniqueurQuoi de neuf sur ma pile ? – vous ?

Sept anniversaires – Ken Liu

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Sept anniversaires
est une nouvelle de science-fiction parue dans le hors-série 2018 de la collection Une Heure Lumière du Bélial. Elle a été traduite par Pierre Paul Durastanti avec une couverture signée par l’inimitable Aurélien Police.

Premier hors-série de la collection Une Heure Lumière, quelle émotion ! Celui-ci s’ouvre sur une préface d’Olivier Girard qui raconte la genèse de la collection, ses ambitions, ses doutes, ses craintes, puis la belle surprise qu’a constitué l’accueil du public. Il y écrivait alors qu’il espérait que ce hors-série allait devenir une rareté… Mission accomplie et avec brio puisqu’à l’exception de la librairie Scylla à Paris (et à mon avis pas en grandes quantités), ce texte est introuvable.

En plus de la nouvelle de Ken Liu, on retrouve aussi une interview d’Aurélie Police qui parle un peu de son parcours et de son travail sur les UHL puisqu’il est le graphiste officiel de la collection. J’ai trouvé ça vraiment intéressant.

Pour en revenir à Ken Liu…
Ce n’est pas la première fois que je vous parle de cet auteur sur le blog (Le RegardL’homme qui mit fin à l’histoireToutes les saveurs). Il prend de plus en plus de place dans ma vie de lectrice car je trouve ses textes toujours surprenants et inspirés. Celui-ci ne fait pas exception.

Avec un titre comme Sept anniversaires, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre sans compter qu’il n’y a aucun résumé proposé ni quoi que ce soit pour deviner le contenu. Ça fait partie du jeu ! On aurait pu partir dans n’importe quel registre, dans n’importe quel genre d’histoire, surtout après le premier chapitre qui raconte tout simplement l’anniversaire de Mia, sept ans, dont les parents sont divorcés. Elle attend sa mère sur une plage où elle joue au cerf-volant pendant que son père fulmine d’attendre son ex-femme, visiblement toujours en retard à cause de son travail.

À ce stade, difficile de classer ce texte dans un genre précis. Il faut attendre la suite pour comprendre qu’on se trouve dans de la science-fiction de haute volée où on parle de l’avenir de la planète, d’écologie, de l’écart entre les pays riches et les pays pauvres, de numérisation de l’esprit, et des stratégies possibles, souhaitables, à mettre en place pour sauver le genre humain au point de dépasser l’humain (arrivant donc dans le transhumanisme) de chair. C’est fascinant de se dire qu’on passe d’une simple petite fille qui joue au cerf-volant sur une place à un texte d’une telle profondeur. Sans compter que la narration s’étend sur des centaines et même des milliers d’années, toujours en suivant Mia, son évolution. C’est frappant, surtout que Ken Liu ne perd pas l’aspect émotion en chemin, que nenni…

Olivier Girard parlait dans sa préface de sa passion pour le format court qui lui a donné certaines de ses plus belles lectures et je me dois de le rejoindre. Depuis que je m’y suis mise, je me prends claque sur claque avec des textes auxquels je n’aurais même pas jeté un œil autrement, trop habituée au format roman et pleine de mes préjugés. Il faut dire que, jusque récemment, on trouvait pas ou peu de format court en librairie francophone. Ce sont des éditeurs comme le Bélial qui ont contribué à changer les choses et on peut leur dire un grand merci pour ça.

Avec Sept anniversaires, Ken Liu confirme son talent pour l’écriture au format court et me conforte dans ma décision d’acheter ses recueils de nouvelles, disponibles au Bélial, dans les plus bref délais.

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