Les abandons de l’Ombre : Les tribulations d’Esther Parmentier, La fureur des siècles, Nos destins sombres.

Souvenez-vous… J’ai commencé l’année 2023 avec une série d’abandons (pas moins de sept à la suite !) qui a certes drastiquement réduit ma PàL mais aussi mené à bien des réflexions chez moi. J’écris ce billet début février même si vous devriez le lire à la fin du mois de mars pour cause de planification. J’ai décidé de vous parler de certains titres qui rencontrent un succès quasiment unanime chez tout le monde… Sauf moi. Erf.


Les tribulations d’Esther Parmentier est une série à succès dite jeunesse et d’urban fantasy, écrite par l’autrice française Maelle Dessard et publiée chez Rageot. On y suit donc, comme le titre l’indique, Esther Parmentier qui est une jeune femme disons… casse-pied, pour rester polie, et qui se retrouve embarquée dans une enquête pour meurtre aux côtés d’un vampire détective.

Je ne peux pas en dire beaucoup plus parce que j’ai assez rapidement abandonné cette lecture. Dés les premières lignes, j’ai trouvé l’héroïne pénible à se plaindre sans arrêt. Elle a provoqué chez moi un sentiment immédiat de rejet mais je serais bien en peine d’en expliquer consciemment la raison avec davantage de détails. Ce sont des choses qui arrivent d’autant que parfois, dans la vie, on rencontre quelqu’un qu’on déteste tout de suite sans s’expliquer pourquoi. Pour ne rien arranger, la narration est à la première personne et dans ces cas-là, quand on n’accroche pas au personnage principal, ça devient difficile d’être indulgent avec la façon dont elle s’exprime. Par extension, le style d’écriture qui m’a crispé.

Je suis tout de même allée suffisamment loin pour trouver la mise en place de l’enquête et de la rencontre avec le vampire tirée par les cheveux et leur première interaction plus qu’agaçante. J’ai tellement roulé des yeux que j’en ai eu mal à la tête. Je pense que ce roman, je l’aurais probablement mieux aimé il y a cinq ou dix ans, quand j’étais encore dans un trip urban fantasy / bit-lit mais ce n’est plus le cas et je me rends compte que je suis de plus en plus dure avec les livres de ce genre-là, sans doute d’une façon injuste pour les textes concernés. Je vous invite donc à découvrir les avis plus enthousiastes des blogpotes, référencés ci-dessous.

D’autres avis : Fantasy à la carteOutrelivresBookenstockSometimes a bookLes tribulations de Miss Chatterton – vous ?


J’ai lu énormément de romans de cet auteur et si j’ai commencé par une trilogie qui a été un énorme coup de cœur, je n’ai plus vraiment réussi à m’emballer autant pour un de ses romans par la suite. J’espérais que celui-ci changerait la donne puisqu’il prend place dans une époque qui me plait mais ce ne fut malheureusement pas le cas.

L’histoire se déroule en 1515, en Europe. Léonard de Vinci a inventé une machine capable de détraquer l’espace et le temps à certains endroits, ce qui permet au roi François Ier de régner en maître sur l’Europe. Alors que le monarque français est sur le point d’attaquer la couronne des Habsbourg, le condottiere Sforza intervient, désireux de se venger de la prise du milanais qui a eu lieu des années plus tôt…

Tout commençait bien. J’ai accroché tout de suite au ton très verbeux du récit, dans l’ambiance des chroniques qu’on pouvait lire jadis. Puis les points de vue ont commencé à s’alterner entre la compagnie de mercenaires qui travaille pour Sforza et Léonard de Vinci (quoi que toujours d’une façon rapportée par le narrateur qui l’aurait par chance rencontré plus tard) mais la partie sur le grand génie était clairement très en dessous question intérêt. Puis finalement, arrivée à la moitié, j’ai senti mon intérêt décliner et j’ai un jour refermé le livre sans avoir envie de le rouvrir, ni de savoir ce qui arriverait aux protagonistes.

Cela s’explique aussi par deux éléments dont je n’ai pas encore parlé : d’abord le personnage de Reginus, qui est aussi le narrateur, est très pénible dans sa naïveté et sa candeur, très manichéen aussi au départ. J’ai eu envie de lui coller des claques plus d’une fois et je n’étais pas trop d’humeur. Ensuite, je ne suis pas parvenue à suspendre ma crédibilité pour tout ce qui concerne la Furia. Il m’a manqué des explications claires et cohérentes autour de ce phénomène, les lois qui le régissent, etc. Peut-être qu’elles arrivaient plus loin dans le roman mais je n’en ai pas vu trace à la moitié et ça m’a lassée parce que je ne parvenais pas à croire, du coup, aux évènements racontés. Enfin, vous le savez, j’ai beaucoup de mal avec la thématique de « voyage dans le temps » ou d’époques qui se croisent et ont une incidence l’une sur l’autre. J’ai pensé que Johan Heliot réussirait à me faire passer outre cette réticence, mais non. Dommage, à nouveau…

D’autres avis : Le nocher des livresFantasy à la carteSometimes a book – vous ?


Je savais très bien en achetant ce roman que ce serait quitte ou double mais j’avais d’une part adoré la nouvelle de l’auteur dans l’anthologie 9 et, d’autre part, c’était son premier roman alors j’ai voulu le soutenir, tout simplement. Sans compter que le concept m’intéressait.

Orphée se réveille au royaume des morts et y retrouve sa conscience presque un an après son décès. La banshee Cassidy doit l’aider à passer de l’autre côté mais Orphée ne l’entend pas de cette oreille parce qu’il a laissé derrière lui son petit ami Isidore, qui souffre de sa mort et a des pensées suicidaires. L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, on touche au culte de la Santa Muerte et à un certain mystère qui plane autour de la mort d’Orphée, dont ce dernier ne se rappelle pas.

Honnêtement, ça partait bien mais j’ai d’abord tiqué sur la narration. Aiden Martin a choisi de l’alterner, chaque fois à la première personne mais du point de vue d’Orphée puis de celui d’Isidore. Au sein de cette narration, les deux personnages s’adressent directement au lecteur avec des parenthèses et des plaisanteries, ce qui m’a sorti de l’histoire. C’est un procédé narratif que j’appréciais avant et que j’ai même utilisé parfois dans ma propre duologie d’urban fantasy mais la sauce n’a pas pris ici.

Ensuite, je dois avouer qu’Orphée est agaçant. Évidemment, sa situation n’est pas très agréable et je ne réagirais pas mieux à sa place mais je ne suis pas parvenue à éprouver de l’empathie pour lui, au contraire d’Isidore. S’il n’y avait eu que sa narration à lui, je pense que j’aurais lu le roman en entier mais une fois à la moitié, j’ai passé des pages pour simplement aller directement à la fin, curieuse de savoir s’il réussirait à passer à autre chose et si ma théorie était juste. Je dois avouer qu’après avoir lu la fin en question… J’ai été déçue tellement c’est attendu, déçue d’avoir tout simplement raison. J’ai gagné le pari avec moi-même et j’aurais préféré le contraire. Je dois vraiment arrêter d’acheter ce type de roman, je ne les apprécie plus à leur juste valeur.

Dernière chose et non des moindres, la mise en page. Le roman est très épais, trop pour que le Chat Noir puisse conserver sa mise en page habituelle sans sortir une trop grosse brique qui poserait des soucis d’envois postaux. Au lieu de couper le roman en deux (et c’est vrai que je ne vois pas où ils auraient pu le faire) ils ont décidé de réduire la taille de la police d’écriture au sein du livre. Le problème, c’est que c’est beaucoup trop petit pour mes yeux et je n’ai pas de soucis de vue donc je n’ose pas imaginer pour d’autres dont ce serait le cas. Même si je comprends ce choix, je ne le trouve pas optimal pour le confort de lecture et si je m’en étais rendue compte avant de l’acheter, je l’aurais probablement pris d’abord en numérique.

D’autres avis : pas chez les blogpotes.

Quelles conclusions en tirer ? 
Elle est double et rejoint en partie celle de mon précédent billet sur les abandons. Déjà, mes goûts évoluent et j’apprécie plus difficilement l’urban fantasy, peu importe son cadre, car j’en ai trop lu et ses codes me sortent par les yeux. Je dois donc arrêter de me laisser avoir par ce genre littéraire et accepter qu’il ne me convient plus.

Ensuite, je dois éviter d’acheter un roman juste parce que j’ai eu une bonne expérience avec son auteur (sauf si c’est Ada Palmer ->). J’ai déjà eu ce sentiment plus tôt cette année après ma lecture de Thomas le Rimeur d’Ellen Kushner et ça se vérifie ici avec Johan Heliot, avec qui je n’en suis pourtant pas à ma première désillusion. Oui, il y a des auteur·ices que j’adore ou que j’ai adoré lire une fois, mais cela ne signifie pas qu’ils proposeront à chaque fois des livres faits pour moi. Autre exemple l’année dernière : j’ai lu Widjigo d’Estelle Faye chez Albin Michel Imaginaire et je n’ai pas du tout accroché à son livre. Si ça n’avait pas été son roman, je ne l’aurais même pas acheté de base… Alors au lieu du nom d’un·e auteur·ice, je dois plutôt me baser sur le contenu car au fond, c’est ce qui importe vraiment.

Et vous, est-ce que vous avez abandonné un livre récemment ?

Publicité

30 réflexions sur “Les abandons de l’Ombre : Les tribulations d’Esther Parmentier, La fureur des siècles, Nos destins sombres.

  1. J’ai vraiment l’impression que tu es dans une période de transition dans les lectures que tu aimes et forcément ça nécessite de faire le deuil de certains titres et de chercher ce qui pourra mieux te convenir. Bref, mis à part pour ton portefeuille, je trouve qu’il y a moyen de voir ça de façon positive.

    Bravo d’arriver à abandonner en tout cas, moi j’ai du mal. D’où le fait que je fais très attention à ce que je lis mais bon, découvrir de nouveaux auteurices nécessitent une prise de risque 😅

    • Oui en effet et j’ai fini par l’accepter même si ça a été compliqué. J’ai encore abandonné quelques livres entre temps mais je pense que la série noire se termine, espérons que ce soit bien le cas…

      Tu sais pourquoi tu as du mal à abandonner une lecture ? Hormis pour le portefeuille je veux dire parce que c’est vrai que quand tu achètes un livre 20 ou 25 euros, l’abandonner ça fait un peu mal aux fesses ^^’

      • 👌
        Alors bien sûr, le portefeuille joue un rôle mais je ne connais pas l’exacte proportion dans l’affaire.
        Je pense que là où j’ai le plus de mal à abandonner c’est quand j’ai l’impression d’être face à un grand livre mais que j’ai l’impression de me débattre avec lui. Il y a vraiment quelque chose de l’ordre du « FOMO ». Et alors en plus si j’ai payé le bouquin… Ca met arrivé récemment avec léopard noir loup rouge : ce bouquin est vraiment particulier, je ne peux pas vraiment dire qu’il m’ait déplu, il y a des passages qui m’ont plu et j’avais envie de savoir de quoi il retournait. Mais bon sang, ça a été long et painful. Un mal de chien à me concentrer dessus, j’avançais à une allure de tortue alors que le livre fait 700 pages. Mais voilà, je pense que c’est un grand livre et je l’ai payé 25euros. Par contre j’en suis à me dire que je vais en rester là (premier tome d’une trilogie) 😅

  2. Dommage pour cette série d’abandons qui continue ! Ici un abandon ce mois-ci, Le disparu. Un peu difficile parce que ça fait partie des vieilleries primées d’autrices que je tenais à lire, mais ça ne passe pas donc…..

    • Elle s’est arrêtée depuis la rédaction de cet article, j’espère qu’elle ne reprendra pas…
      Arf dommage mais comme tu dis, quand ça ne passe pas, ça ne passe pas, inutile de se contraindre !

  3. Les tribulations d’Esther Parmentier est dans ma PAL depuis un moment et si ton abandon ne me rassure pas, je me dis que j’aime encore assez l’UF pour que ses codes ne me fassent pas lever les yeux au ciel sauf quand ils sont amenés avec de gros sabots….

    • Je l’espère pour toi en tout cas ! Après si ça peut te rassurer, la majorité des gens qui l’ont lu ont adoré, j’ai vu très peu de retours négatifs ^^ Et c’est davantage ton genre de prédilection que le mien. Je serais curieuse d’avoir ton avis quand tu l’auras lu.

  4. Mon dernier abandon, c’était une romance de Noël. Ayant adoré une romance paranormale de la même autrice, et le pitch étant chouette, je m’étais laissée tentée… mais ça n’a pas pris du tout, donc je comprends ce que tu veux dire avec le fait de ne plus se fier au nom seul (même si là, j’avais aussi accroché au pitch).
    Je note pour la police trop petite d’A nos destins sombres, je pense tester d’abord l’emprunt à la bibli, mais étant donné ma mauvaise vue et des difficultés à lire quand c’est écrit trop petit, ça risque d’être l’option numérique. Merci de l’avoir précisé !

    • Arf dommage pour la romance :/
      Bah ça me semble important surtout que ce n’est mentionné nulle part et que je ne l’ai pas vu renseigné dans d’autres chroniques, pourtant je trouve ça important le confort de lecture :/ Je comprends la position de l’éditeur mais voilà… Faut penser à tout le monde, ou alors un compromis ce serait de donner accès au fichier numérique pour l’achat du papier, comme ça personne n’est perdant et si la MEP passe pas on peut se rabattre sur la liseuse.

  5. Pas osé tenter La fureur des siècles (mais ma première lecture de l’auteur, La trilogie Grand Siècle, reste indétrônée àce jour… et j’ai l’impression que c’est ton cas aussi 😉 ) !

  6. Aïe, la malédiction te poursuit 😅. Va falloir songer à un exorcisme 👀😁.
    Bien sûr, je suis tristesse pour Esther Parmentier, mais je te comprends tellement 🤗.
    De mon côté, la valse des DNF continue aussi 🙈. Heureusement, il y a les graphiques !

    • Haha complètement même si ça date un peu vu que j’ai de l’avance sur mes articles, j’ai lu de chouettes choses entre temps mais j’ai aussi abandonné d’autres titres. Là je suis sur Océanique de Greg Egan et je m’ennuie un peu… ^^’ Heureusement je lis une série de mangas en parallèle (Library Wars) et Maliki Blog, donc oui vive les graphiques 😀

  7. Cela fait longtemps que je n’ai pas pris le temps de m’arrêter par ici 😦 Merci beaucoup pour ton billet! Je trouve tout aussi intéressant de lire sur les abandons que sur les coups de coeur!
    Je devrais d’ailleurs plus souvent abandonner plutôt que de m’entêter dans des lectures qui, au final, ne m’apportent pas de plaisir, pas même celui de découvrir la fin. Dernier écueil en date, La chose en soi, de la SF vraiment trop barrée et pas faite pour moi. Je me suis fait avoir par la 4ème de couverture qui ne laisse en rien présager de ce à quoi va ressembler le roman.
    C’est sûr qu’avec le temps qui passe, nos goût évoluent beaucoup et je me dis qu’il serait amusant de voir ce que je pense de lectures coup de coeur d’il y a 10 ans! Il est certain que je deviens beaucoup plus sélective. J’ai parfois l’impression d’être blasée ou snob vis-à-vis de certains titres mais ce sont plutôt mes goût qui s’affinent avec l’expérience. En tout cas, c’est une bonne façon de trier sinon je ne saurais pas comment faire parmis la pléthore de nouvelles sorties mais aussi publications plus anciennes! Au passage, je trouve vraiment chouette de continuer à découvrir des titres plus vieux. Je suis tombée sur Lois MCMaster Bujold récemment et j’ai passé un super moment avec son cycle Chalion (de la « adult fantasy » que j’aurais sûrement détesté il y a 10 ans…).
    Ceci dit, ce n’est pas toujours facile d’abandonner un genre ou un auteur et c’est le genre de moment où on se rend compte qu’il y a toujours de nouvelles choses à apprendre sur nous-même. Me voilà qui me suis laissée emportée dans un long commentaire, oups… Il faut vraiment que je passe plus souvent, j’adore tes billets qui me font souvent réfléchir 🙂
    Je te souhaite tout de même de belles lectures pour la suite!

    • Merci pour tes compliments et ton long commentaire 🙂 C’est très plaisant à lire, j’écris ce type d’article justement dans le but de pouvoir échanger !
      « J’ai parfois l’impression d’être blasée ou snob vis-à-vis de certains titres mais ce sont plutôt mes goût qui s’affinent avec l’expérience. » -> c’est un sentiment que je partage complètement mais comme tu dis, ce sont nos goûts qui s’affinent tout simplement et des choses qu’on aurait adoré il y a dix ans, on les déteste maintenant, et vice versa. Heureusement en un sens sans quoi lire deviendrait vite ennuyeux…

  8. Houla, la liste est longue : j’en arrive même à me demander si je ne vais pas, comme toi, faire part de mes abandons sur mon blog. Car, pour certains titres, j’ai eu beau m’y reprendre à plusieurs fois, c’est toujours un échec. Et, comme le dit L’ourse bibliophile, il existe tant de titres qui peuvent me plaire, pourquoi m’infliger une souffrance ?
    Merci de m’aider à me déculpabiliser quand je ne parviens pas à avancer dans un livre (surtout quand c’est un SP).

    • Tout le plaisir est pour moi ! J’ai mis très très longtemps à me déculpabiliser alors si ma démarche peut aider d’autres personnes ça me fait plaisir 🙏 je crois qu’on finit tous par oublier que la lecture c’est un plaisir avant tout… C’est super triste d’en arriver à ça parce que du coup on s’intoxique sur ce qui devrait être un pur loisir.

  9. Je n’ai lu aucun de ces romans (ni aucun de ces auteurs et autrice d’ailleurs), mais je trouve que tu as bien raison : il y a tellement de livres qui font envie, pas la peine de se faire du mal avec des titres qui ne nous plaisent pas.
    Dernier abandon pour moi : Trainspotting, je n’ai pas du tout adhéré à l’écriture (ou à la traduction) et j’ai senti au bout de vingt pages que ça n’allait pas le faire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s