Bifrost n°107 – spécial fictions

Ce 107e numéro de Bifrost est consacré à la fiction, c’est-à-dire qu’il y a davantage de nouvelles que d’habitude et qu’on ne trouve pas de dossier thématique. J’ai adoré ce format et même si j’ai conscience qu’il n’est pas possible, surtout sur un plan économique, de le réitérer souvent, j’espère que le Bélial n’attendra pas plusieurs années avant de nous en reproposer une. Surtout d’une telle qualité !

Comme toujours, je vais revenir sur chacune des nouvelles en la présentant succinctement avant de donner mon ressenti personnel.

Deux vérités, un mensonge de Sarah Pinsker
Traduction par Mélanie Fazi
Stella va aider Marco, un « ami d’enfance », à vider la maison de Denny, son frère récemment décédé. Denny souffre visiblement d’un syndrome de Diogène (il accumule tout ce qu’il trouve) et ça rend l’affaire compliquée. De plus, Stella tombe sur l’enregistrement d’une vieille émission télévisée, le Coin de l’oncle Bob, où un drôle de bonhomme raconte des histoires traumatisantes pendant que des enfants jouent autour de lui.

C’est la première fois que je lis un texte de cette autrice et certainement pas la dernière. Dés les premières lignes, on sent que quelque chose ne va pas mais Sarah Pinsker cache bien son jeu. La tension monte crescendo grâce à une indéniable maîtrise narrative. Les révélations finales sont aussi surprenantes que dérangeantes. Clairement, ce texte ne laisse pas indifférent.

Après les âges sombres de Jean-Marc Ligny
Daniel est un vieil homme qui mène une existence tranquille dans une ville ravagée après une sorte d’apocalypse. Il cultive ses légumes, vit avec des animaux, tout va bien jusqu’à ce que Kevin le remarque. Kevin appartient à un autre groupe de survivants qui est coincé sous terre depuis des années. Il est d’ailleurs le seul à vouloir sortir…

Cette nouvelle commence d’une manière plutôt calme, presque contemplative. L’action arrive en même temps que le personnage de Kevin et quelle action ! Malgré ses exactions, j’ai ressenti une certaine empathie à son encontre et j’ai apprécié le déroulé de la nouvelle dans son ensemble, particulièrement le final qui nous invite à réfléchir sur notre rapport à la nature.

Les Cinq éléments de l’esprit du cœur par Ken Liu
Traduction par Pierre-Paul Durastanti
Tyra est la seule survivante de la destruction de son vaisseau et elle agonise dans l’espace. Tentant le tout pour le tout, elle met le reste de son énergie dans un dernier saut qui l’amène à proximité d’une planète colonisée. Là-bas, elle est confrontée à un style de vie à des années lumières du sien. Les gens vivent en harmonie avec leur environnement et ressentent des myriades d’émotions.

Petit à petit, le lecteur va voir Tyra changer mais pas en mal. Elle s’ouvre à une culture différente, tombe même amoureuse, au point de ne plus envisager de repartir. De toute façon, avec les avancées technologiques de cette planète, c’est peine perdue… Le twist qui suit son sauvetage m’a surprise, dans le bon sens, par le message que fait passer l’auteur en nous invitant à davantage nous écouter, nous, notre corps, au lieu d’essayer d’entrer dans un moule aseptisé. Il précise également que sa nouvelle s’inspire des recherches d’un docteur en médecine sur le lien qui existe entre bactéries et émotions. Son article est renseigné pour qu’on puisse s’y intéresser nous aussi.

Ombres de Ketty Steward
Dans cette nouvelle, l’autrice imagine un monde où les dirigeants sont des dirigeantes qui ont la particularité d’être choisie uniquement sur base de leur investissement pour la société et non leur quête de pouvoir. De prime abord, l’idée semble bonne et apte à résoudre tous nos problèmes actuels.

Sauf qu’on comprend rapidement que la nature humaine peut reprendre le dessus dans un moment de faiblesse. J’ai trouvé le propos engagé et plutôt bien pensé, angoissant aussi et un peu dérangeant mais invitant à la remise en question. Pour moi, c’est un texte réussi.

Sarcophage de Ray Nayler
Traduction par Henry-Luc Planchat
Un homme est perdu sur une planète glacée avec un équipement de survie obsolète dont la charge baisse plus vite que prévu. On suit son avancée vers une base où il trouvera peut-être de l’aide pendant qu’il se rappelle de quelle manière il en est arrivé là.

C’est la nouvelle qui m’a le moins plu mais ça n’a rien avoir avec la qualité de son écriture. C’est simplement le type de récit qui n’est pas fait pour moi, j’y suis assez peu sensible de manière générale. J’ai par contre apprécié la fin.

Encore cinq ans d’Audrey Pleynet
Un homme propose d’endormir toute l’humanité pendant vingt ans afin de laisser le temps à la planète de se ressourcer. Lui ainsi que deux cent orphelins se chargeront de la maintenance des appareils de sommeil et d’aider la Terre à se remettre. Une solution comme une autre à notre urgence climatique…

Et ça fonctionne !
Sauf que…
Quand cet homme meurt un peu avant la fin du délai, les orphelins se demandent s’il ne faudrait pas attendre encore un peu car la planète en a besoin. Pourquoi pas encore cinq ans ?
Et ainsi de suite…

J’ai trouvé cette nouvelle absolument grandiose. Quel talent ! C’est la première fois que je lis un texte d’Audrey Pleynet et je comprends l’engouement que la blogosphère lui porte. Encore cinq ans est un texte engagé, redoutablement intelligent et subtil, qui m’a beaucoup parlé. C’est même celui que j’ai préféré d’entre tous.

La conclusion de l’ombre :
Si vous n’avez pas d’abonnement au Bifrost, je ne peux que vous encourager à vous procurer ce numéro car il contient six textes de grande qualité, tous très différents les uns des autres que ce soit pour le style d’écriture, les thématiques abordées, les époques mises en scène ou tout simplement la diversité des plumes qui sont autant françaises qu’étrangères. J’ai passé un très bon moment à découvrir ce que ce 107e opus nous réservait et j’espère que ce sera également votre cas.

D’autres avis : le Dragon galactiqueLes lectures du MakiGromovar – vous ?

S4F3 : 5e lecture.
Informations éditoriales :
Revue Bifrost n°107 publiée par Le Bélial. Auteur·ices et traducteur·ices précisé·es pour chaque texte. Illustration de couverture par Florence Magnin. Prix : 11,90 euros.

16 réflexions sur “Bifrost n°107 – spécial fictions

  1. Effectivement, ça a l’air d’être un très bon numéro!! J’ai déjà lu une novella avec une thématique très similaire à Sarcophage que j’avais apprécié (même si ce n’est pas non plus le genre de récit que je préfère)! Je vais un peu me pebcher sur ces publications!!

  2. Pingback: Des nouvelles de Bifrost #107 | Sarah Pinsker, Jean-Marc Ligny, Ken Liu, Ketty Steward, Ray Nayler, Audrey Pleynet – Le dragon galactique

  3. Un très bon cru que ce Bifrost.
    Ta vision de la nouvelle de Ketty Steward est très intéressante et ça me fait un peu remettre en perspective ma lecture.
    Ma nouvelle préférée est clairement Deux vérités, un mensonge et je vais aller jeter un oeil à cette histoire de Creepy Pasta, ça m’intrigue 😀

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