À l’ombre du Japon #55 { à la découverte d’un manga auto-édité français : While }

J’aurais pu renommer ma rubrique pour l’occasion, vous me direz…

Vous le savez, je me suis rendue à la Japan Expo mi juillet et j’avais envie de découvrir des artistes indépendants, d’ouvrir mes horizons. J’ai eu entre les mains un certain nombre de mangas peu intéressants, pas très propres ni prometteurs sur leur intrigue mais je suis quand même parvenue à dénicher quelques titres qui me semblaient intéressants et suffisamment aboutis pour que j’ai envie de les lire. C’est ainsi que je suis repartie avec le diptyque While de JennyMiki.

Un mot sur l’ouvrage en lui-même :
Déjà, premier bon point : l’intérieur est propre et donne un sentiment de professionnalisme. J’aurais pu sans problème croire que les planches venaient d’une autrice professionnelle éditée par une structure solide sans les fautes d’orthographe présentes déjà sur les quatrièmes de couverture. Mais bon, il n’y en a « que » une dizaine sur les deux tomes alors je préfère passer au-dessus pour me concentrer sur le reste. Directement, j’ai été séduite donc par ce dessin maîtrisé et propre dont vous aurez un exemple un peu plus bas. Je précise que l’extrait appartient à son autrice et que vous pouvez lire le manga en ligne gratuitement sur le lien référencé dans les informations éditoriales. 

Ensuite, la lecture se fait dans le sens asiatique ! Ce qui est assez surprenant car c’est loin d’être une constante. Certains trouveront peut-être cela ridicule mais pas moi, je suis assez carrée là-dessus et lire un manga dans le sens de lecture occidental, ça me perturbe (par contre une BD, ça va, cherchez l’erreur…)

De quoi ça parle ?
Luna n’a pas une vie facile mais elle fait en sorte de garder le moral. Un matin, elle tombe du toit de l’université après s’être isolée et reprend conscience dans un endroit étrange. Très vite, elle y meurt… et y revit en boucle. Que fait-elle ici ? Qui est le mystérieux Y qui lui écrit des mots sur des bouts de papier ? Est-elle vraiment seule ?

Le manga m’a été présenté comme traitant de dépression et je m’attendais donc à lire une tranche de vie. Je n’ai pas jeté un œil au résumé avant d’entamer ma lecture si bien que j’ai été assez surprise par la tournure du récit. Pourtant, on ne m’a pas menti. Si, de prime abord, While ressemble à une sorte de survival horror, dans les faits, il est davantage que cela mais il faut s’accrocher un peu pour s’en rendre compte…

Un début longuet et répétitif.
Le premier chapitre est assez efficace et met bien les éléments en place. On rencontre Luna qui apprend une mauvaise nouvelle et on ne sait pas exactement si elle a sauté du toit ou s’il s’agit d’un accident. Quand elle arrive dans cet endroit étrange -qui s’avère être un autre monde- la violence n’attend pas pour se manifester. Jusque là, tout va bien, c’est après que ça se corse car Luna se retrouve à mourir souvent de tout un tas de façons différentes, à oublier ce qui se passe entre chaque mort… Et vous le savez si vous me lisez souvent : le trope de l’amnésie, ça a tendance à me taper sur le système.

Mais le « pire » reste la répétition du schéma narratif car Luna n’est évidemment pas seule et va rencontrer de nouveaux personnages. On comprend via Y que ce n’est pas normal du tout et on se demande vraiment pourquoi ces personnes se retrouvent ensemble, d’autant qu’elles ont des attitudes étranges -qui sont toutefois justifiées dans le tome 2.

Mais…
J’aurais pu abandonner par lassitude sauf que c’était un cadeau, je voulais donc aller au bout et j’ai bien fait car les idées introduites par l’autrice sont plutôt intéressantes ! Les personnages se sont suicidés pour diverses raisons (transphobie, trahison, perte d’un être cher, maltraitance) qu’on apprend petit à petit alors qu’ils se rassemblent, trouvent une astuce pour ne rien oublier entre deux morts et avancent dans les niveaux. La cohésion de groupe ne fonctionne pas très bien, les caractères ne se marient pas toujours et un personnage en particulier est absolument détestable, ce qui rend leurs interactions plutôt crédibles. Ce sont les personnages, leurs secrets et ce qu’ils sont forcés de montrer qui est intéressant. Surtout dans le chapitre final quand ils doivent traverser une vingtaine de niveaux, avec les conséquences psychologiques que ça implique, et qu’ils se retrouvent à devoir jouer autour de la table le type de mort qu’ils subiront…

La révélation finale m’a surprise tout comme le ton général du manga qui est en réalité assez sombre, graphiquement violent et dur psychologiquement. L’air de rien, ces protagonistes meurent et se regardent mourir d’une manière de plus en plus horrible à mesure que l’histoire avance, ce qui laisse forcément des traces. Ça aurait mérité quelques TW même si c’est bien passé pour moi.

La conclusion de l’ombre :
Dans l’ensemble je trouve le travail de JennyMiki proche de celui d’un·e pro. Au niveau du dessin et du découpage, il n’y a rien à redire. Il reste du boulot sur le rythme narratif et la correction de fond mais dans l’ensemble, l’artiste s’avère prometteuse et je vais suivre son travail avec curiosité.

Informations éditoriales :
Whilte (deux tomes) par JennyMiki pour le scénario et le dessin. Auto-édition. Site Officiel. Lire les premières pages. Prix : 9 euros par tome.

5 réflexions sur “À l’ombre du Japon #55 { à la découverte d’un manga auto-édité français : While }

  1. Pingback: Bilan mensuel de l’ombre #48 – juillet 2022 | OmbreBones

  2. Je lis pas mal d’auto-édités mais jamais au rayon manga. Je t’avoue qu’une dizaine de fautes, ça me semble beaucoup pour deux tomes…
    Dans tous les cas, ça a l’air intéressant et bien plus sombre que je ne l’aurais pensé !

    • Il y en a davantage dans le premier que dans le deuxième mais c’est vrai que c’est dommage. Après c’est récurrent chez les AE qui manquent de moyen mais aussi chez pas mal d’éditeurs en fait. Beaucoup de gens semblent ne pas y porter plus d’attention que ça 🤷

      Oui ça l’est ! Et pareil j’ai eu une bonne surprise malgré les quelques points négatifs relevés 😊

  3. Je n’ai jamais lu de manga français auto édité, ni de manga auto édité tout court je pense. Mais je lis un peu de manga français car je trouve ça intéressant, même si je trouve qu’on sent les concessions liées au système éditorial qui n’a rien à voir avec le Japon.

    En tout cas, même si je ne suis pas sur de lire ce titre, je trouve l’idée de traiter de dépression par le biais d’une esthétique en partie horrifique intéressante. Ça a d’ailleurs été déjà pas mal fait, mais c’est justement le signe que ça fonctionne.

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