À l’ombre du Japon #53 { Le tome 0 de Toilet-bound Hanako-kun, ce bijou caché }

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J’ai commencé il y a quelques mois à suivre le manga Toilet-Bound Hanako-Kun grâce à la chronique de l’Apprenti Otaku et si j’accrochais bien au départ notamment grâce au magnifique chara-design et au principe qui me laissait espérer une sorte d’ambiance un peu « Black Butler des débuts », les deux derniers tomes m’ont moins plu pour diverses raisons dont notamment le personnage de Néné qui est superficielle et problématique dans ses réflexions ainsi que le rapport au corps de manière générale entretenu dans le manga. Je n’avais pas tiqué dessus au début mais avec le recul, je me rends compte que c’est présent assez tôt et que je me suis laissée aveugler par la beauté du dessin. Je me désespère face à ma propre superficialité parfois…

Je pensais franchement à arrêter et je regrettais d’avoir acquis ce tome 0 une fois le tome 7 lu (j’avais acheté les deux ensemble). Mais bon, puisqu’il était là, autant le lire ! Et je dois dire que ce fut une sacrée bonne surprise.

Ce tome 0 est un peu particulier car il propose les trois chapitres d’origine du manga qu’Aidalro a ensuite modifié pour donner ceux qu’on connait. Il s’agit donc d’une histoire non pas dans le canon de l’œuvre mais plutôt à sa genèse et je dois dire qu’elle est bien plus réussie que la série en elle-même. Cela pose quand même certaines questions comme l’injonction aux séries longues dans le milieu du manga où le one-shot n’est vraiment pas la norme. Dommage parce que ça aurait mieux fonctionné ici -encore une fois selon moi.

De quoi ça parle ?
Néné Yashiro se rend dans les toilettes à la recherche de mademoiselle Hanako, le fantôme qui a la réputation d’exaucer un vœu. Elle souhaite que son ex petit-ami meurt pour l’avoir trompée et laissée tomber. Hors, elle rencontre non pas une femme mais… un garçon qui serait le troisième Hanako ! Commence alors une histoire courte autour de ce souhait formulé par Néné qui changera ensuite d’avis avant la réalisation, ce qui forcera Hanako à lui en accorder un autre. Évidemment, la situation tourne mal…

Quand tout fonctionne mieux au format court…
J’ai trouvé le rythme bien meilleur sur cette histoire courte en trois chapitres qui propose une intrigue claire en esquissant un univers certes plus riche mais dans lequel on ne ressent pas le besoin d’obtenir toutes les réponses. De plus, le personnage de Néné s’avère davantage intéressant car même si elle se comporte aussi de façon superficielle (son plus gros grief vis à vis de son ex c’est surtout qu’il a qualifié ses jambes de navet, une insulte qui revient souvent dans le manga mais dont je ne comprends pas trop la portée vu la forme d’un navet… bref) elle en prend conscience et finit par évoluer. Les rapports entre Hanako et elle n’en sont que plus savoureux car elle peut rapidement se concentrer sur ce qui importe.

De même, le personnage de Hanako est très réussi car il dégage une forme de mélancolie et affirme un désir de rédemption malgré la noirceur affichée de son âme. Dans le manga classique, cet aspect est également présent (quoi que pas trop pour la rédemption, plutôt pour la noirceur de son âme) mais distillé sur beaucoup plus de chapitres si bien que ça traine en longueur quand on ne peut pas enchainer les tomes.

Le ton diffère également un peu, surtout pour la fin. Si la série principale tombe souvent dans le comique (le comique LOURD) avec quelques moments plus sombres, c’est ici un ton désenchanté et désillusionné qui prédomine et lui donne une certaine puissance bien plus satisfaisante que toutes les histoires développées dans la série principale. J’adhère à 100% !

Comme quoi, imaginer un univers original, c’est bien. L’exploiter correctement, avec parcimonie, c’est mieux. En tant qu’autrice, je sais à quel point on a envie de tout partager avec son lectorat pour montrer qu’on a pensé à tout mais c’est rarement bien exécuté. Mieux vaut taire des éléments que d’assommer son public avec ou de le perdre dans une multitude de sous-intrigues au mieux vaguement divertissantes.

Si j’ai donc un conseil à donner c’est plutôt d’acheter ce tome 0 et de faire l’impasse sur le reste de la série car ce volume unique possède, à mon goût, bien plus de qualités.

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My Dear Living Dead

Ce tome 0 est aussi l’occasion pour Pika de publier un court one-shot d’Aidalro qui met en scène Cult et Lily, un duo de nécromanciens d’une quinzaine d’années qui vivent dans un monde où des morts-vivants attaquent des villes sous l’impulsion d’une entité Mère qu’ils doivent donc tuer pour se débarrasser des envahisseurs. Ils travaillent pour l’Église qui a la main mise sur eux comme sur tous les enfants porteurs d’une marque les désignant comme détenteurs de capacités spéciales.

En peu de pages, le monde posé dégage déjà une atmosphère rude. Comme précédemment, Aidalro maîtrise beaucoup mieux la manière de contextualiser son histoire et ne cherche pas à répondre inutilement à toutes les questions qui pourraient venir à son lectorat alors même que ce background ne manque pas d’intérêt.

Le centre de l’intrigue est cet amour que se vouent Cult et Lily qui en devient presque obscène au cœur de toute cette noirceur et leur histoire tournera d’ailleurs mal quand la marque de Lily commencera à s’estomper, signe qu’il est temps pour elle de quitter le service actif et donc de se séparer de Cult. Le dénouement a été une véritable surprise par son horreur et sa dureté. J’aime quand les mangakas assument jusqu’au bout !

La conclusion de l’ombre :
Finalement, ce tome 0 s’est révélé être une pépite cachée et inattendue. L’histoire d’origine de Toilet-Bound Hanako-Kun me parle davantage par son aspect plus sérieux et désenchanté ainsi que son rythme bien mieux maîtrisé. Quant au one-shot intégré dans ce volume, sa qualité rappelle que le format court devrait être plus souvent la norme dans les mangas. Je recommande très chaudement ce volume !

D’autres avis : l’Apprenti Otaku – vous ?

Informations éditoriales :
Toilet-Bound Hanako-Kun par Aidalro (texte et dessin). Éditeur : Pika. Traduction : Benjamin Moro. Prix : 7.50 euros.

8 réflexions sur “À l’ombre du Japon #53 { Le tome 0 de Toilet-bound Hanako-kun, ce bijou caché }

  1. Pingback: Bilan mensuel de l’ombre #47 – juin 2022 | OmbreBones

  2. Je te rejoins totalement dans ton point de vue sur le format court. À mon avis, la série est à la fois un graal pour les auteurs (ça permet quand même de bosser sur la durée, c’est toujours mieux), mais aussi pour les éditeurs qui peuvent voir venir et avoir des sources de bénéfices relativement stables quand les séries performent bien. Il y a notamment ce questionnement actuellement avec Berserk qui a repris malgré la mort de Miura, certains ont mis en avant le fait que pour l’éditeur (Hakusensha), cette série est un moteur tellement majeur qu’ils ne peuvent pas l’arrêter comme ça.

    Ce qui est dommage dans certains cas, où des histoires peuvent tout à fait être percutantes sur des formats courts, on est tout à fait d’accord.
    J’ai d’ailleurs le sentiment que même pour le lectorat, le format court est quelque chose dont on se méfie dans le manga. D’une part par peur d’un titre annulé prématurément, mais aussi selon moi par habitude des titres longs, donnant l’impression qu’une histoire courte serait forcément superficielle.
    Mais c’est dommage, car c’est un format que je trouve intéressant. Je m’étais d’ailleurs fait la remarque avec le recueil d’histoires courtes de Death Note, qui m’a donné le sentiment que le concept était vraiment parfait pour ce format, là où la série s’est un peu étirée artificiellement par moments.

    • On retrouve la même chose dans le roman, les gens ont l’impression que tu ne peux pas raconter une bonne histoire sur peu de pages. Je pensais la même chose jusqu’à ce que je sois initiée à ce format grâce à la blogo. Depuis j’ai revu les positions. Le tout c’est de sensibiliser et d’oser essayer en fait.

      Après tu as raison par rapport au format manga il y a encore d’autres problématiques liées aux conditions même de publication. Vaste sujet !

      Et perso je trouve ça bof de continuer une œuvre à la place d’un auteur sauf s’il l’a spécifié lui même et a laissé des instructions :/

      • Concernant Berserk, il me semble que Miura avait quand même déclaré qu’il avait dit à quelqu’un (en l’occurrence Kouji Mori, également mangaka et son meilleur ami, qui supervise la suite) comment l’histoire devait se terminer car il souhaitait que le lectorat puisse connaitre la fin de son histoire si jamais il mourrait avant de conclure.
        Après plus de 30 ans passé dessus, je pense qu’il avait conscience, avec son rythme de publication, que c’était une possibilité, même si j’imagine qu’il ne s’attendait pas à mourir à 54 ans.

        Mais comme tu dis, pour rester sur le sujet d’origine, vaste sujet !
        Et dis toi que je suis en train de m’arracher les cheveux pour trouver des sagas longues pour un de nos lecteurs ados qui ne lit que des sagas et refuse les one shot (il refuse même les sagas au format Intégrale…). Le bonheur !

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