RÉFLEXION : quelques mots sur la surproduction littéraire en SFFF francophone (et ailleurs).

Bonjour tout le monde !

Voilà un moment que je n’avais pas écrit un article de ce type ! Pour celui-ci, tout a commencé grâce à la Pause Café #19 du blog Zoé prend la plume qui proposait une réflexion personnelle sur la surproduction littéraire (comprenez toujours plus de nouveautés tout le temps) et la surconsommation que cela engendre forcément ou du moins, la pression de la surconsommation. Je vous invite à d’abord aller lire son billet avant de vous plonger dans celui-ci car mon but n’est pas de paraphraser son article mais bien d’y répondre grâce aux questions qu’elle pose à la fin. Zoé avance en effet des chiffres en plus de sa vision de la problématique et, finalement, je ne cherche qu’à apporter un point de vue personnel.

Avant d’aller plus loin, je rappelle que mes réflexions me sont personnelles et je ne cherche en aucun cas à les imposer comme une vérité absolue. Je vous partage simplement mon point de vue de lectrice mais aussi d’autrice et vous allez voir que, assez étonnamment, ils se marient bien.

Que pensez-vous de la production éditoriale ? Trouvez-vous qu’elle augmente plus vite que votre capacité à suivre ? Quel est votre avis là-dessus ?
En tant que lectrice mais aussi autrice, j’ai un avis assez tranché sur le sujet qui a évolué avec le temps mais aussi grâce à ma pratique de blogueuse littéraire et mes observations personnelles. Je trouve que dans le paysage littéraire francophone de l’imaginaire (je ne suis pas compétente pour évoquer les autres pays ou la littérature blanche) trop de livres sortent chaque mois. Je me fais cette réflexion de manière systématique quand Anne-Laure (Chut Maman Lit) et Lhisbei (RSF Blog) mettent chaque mois en image les sorties littéraires à venir. Et encore, il n’y a pas tout ! Il manque pas mal d’indés. Comment est-il possible de lire autant sur un mois ? Ça ne l’est tout simplement pas. Et ça me provoque des angoisses.

Pendant plusieurs années, je m’efforçais de suivre tout ce qui sortait, au moins chez les éditeurs phares (ou que je considérais comme phare). Je voulais être à la pointe de l’actualité littéraire et j’ai réussi pendant un temps… Le problème c’est que j’ai fini par craquer. Par me dégoûter de lire, de chroniquer, j’en avais ma claque parce que finalement, je pensais en terme de consommation, de rendement, de « si je lis ce roman en x temps j’aurais une chronique prête pour tel jour donc ça va tourner ». J’ai voulu faire trop et c’est pour cette raison que j’ai réduit mon nombre d’articles sur le blog (deux par semaine) et arrêté les services presses. C’était une façon, pour moi, de reprendre le contrôle, de retrouver goût à la littérature mais aussi de me donner le droit de relire des séries si je le souhaitais. Ce que j’ai fait depuis, d’ailleurs.

Du coup, oui, je trouve qu’elle augmente trop vite, qu’elle est déjà trop importante et j’ai abandonné l’idée de la suivre. Je n’ai aucune prise dessus donc tant pi, je lis et chronique ce qui me plait sans me préoccuper du reste. À ce stade, je dois apporter l’opinion d’autres personnes qui se sont manifestées sur Twitter pour expliquer qu’iels ne comprenaient pas le problème puisque si davantage de livres sont disponibles, ça permet un plus large choix pour ell·eux. Je suis d’accord pour dire que cette situation de départ qui a enclenché le questionnement de Zoé ne touchera pas tout le monde de la même manière et que tout dépend de notre façon d’aborder nos lectures et cette production. Toutefois, on ne peut pas nier qu’un problème existe et je vais tâcher de l’expliciter à la suite.

Pensez-vous que la décroissance est gage de meilleure qualité ?
Non. Déjà parce que la qualité des uns n’est pas celle des autres. Je peux adorer un roman que le reste de la blogosphère va détester et vice versa, cela arrive régulièrement. On pourrait donc dire que toute cette production permet simplement au plus grand nombre de profiter du type de roman qu’iel souhaite ? C’est ce que j’affirmais juste avant. Sauf que cette surproduction entraine plusieurs problèmes, notamment l’invisibilisation rapide des romans. Il faut savoir qu’écrire un livre prend énormément de temps, sans parler du travail éditorial, des corrections, etc. Se dire qu’on fait « tout ça » pour même pas un mois de visibilité ? C’est déprimant. Et c’est un problème directement lié à la surproduction dans le milieu.

Alors quoi, publier moins pour laisser à certains romans la possibilité d’avoir une plus longue durée de vie ? Dans le système actuel, cela signifierait que seuls les grands noms pourraient encore sortir des romans et ça n’est en rien une solution. En tant qu’autrice, j’ai envie de dire que tout le monde a le droit de vouloir partager son histoire. Et je le pense. Sauf que beaucoup d’histoires que j’ai eu l’occasion de lire ne sont pas suffisamment abouties. Il y a un besoin entretenu par le milieu et cette logique de marché qui pousse à publier au moins un roman par an, pour ne pas que le public nous « oublie » sauf que l’inspiration n’est pas toujours présente et cela donne lieu, parfois, à des productions de qualité moindre si pas médiocre, chez des auteur·ices qui possèdent pourtant de grandes qualités littéraires. Et pour quelle raison ? Outre entretenir sa communauté ? Et bien vivre, tout simplement. Sur un plan personnel, je fais partie des auteur·ices qui ont trop publié et mal publié, sortant des textes qui ne méritaient pas qu’on use du papier pour les imprimer parce qu’ils manquaient clairement d’un véritable travail. J’en ai déjà parlé dans mon article sur ma première trilogie. À l’heure actuelle, j’ai d’ailleurs décidé de changer radicalement ma manière d’écrire et de penser ma littérature. Si je dois sortir un texte, c’est parce que j’en suis fière, parce que j’ai quelque chose à raconter. Pas juste parce que « ça fait longtemps ».

La question de la (sur)production est d’autant plus complexe qu’il est déjà, à l’heure actuelle, extrêmement difficile de vivre de sa plume. Cela n’est plus mon souhait depuis longtemps, je l’ai déjà dit. J’ai besoin de stabilité, besoin de savoir précisément quand je touche mon salaire chaque mois et combien. Mais il y a des personnes avec plus de courage (ou de folie ?) que moi qui ont décidé d’en vivre et qui doivent donc sortir des textes manière (très) régulière pour toucher de quoi vivre décemment -ou essayer. Et parfois, dans des genres qui ne sont pas ceux qu’iel préfèrent, mais qui sont ceux rapportant le plus.

Alors, que faire ? Produire moins et vivre de manière encore plus précaire ? Ou produire davantage pour répondre aux exigences du marché en y sacrifiant probablement la qualité ?

À l’heure actuelle, force est de constater qu’il n’y a aucune bonne solution pour tenter de résoudre ces problématiques. J’affirme donc qu’il faut revoir en profondeur la chaîne du livre ainsi que la répartition des bénéfices pour que ce soit ENFIN l’auteur·ice qui touche la plus grosse part du gâteau et donc qu’iel ne soit pas enfermé·e dans une logique purement commerciale, qui touche parfois à la simple survie. Je sais, facile à dire, moins à faire et pourtant… Il faut se rendre à l’évidence. Le système tel qu’il existe actuellement n’évolue pas, ne convient plus pour ses acteur·ices et a besoin d’être réformé. Il y a une raison pour laquelle de plus en plus d’auteur·ices se tournent vers l’auto-édition… Pensez-y.

Autre point de réflexion, le fait que le livre soit (devenu) un produit. Je ne dis pas que ça s’est passé maintenant en 2022, je dis qu’à un moment donné de l’histoire du livre (quelque part au 19e siècle, peut-être quand le principe de roman-feuilleton s’est lancé dans les journaux ? Un moment charnière illustré par le pamphlet « De la littérature industrielle » rédigé par Sainte-Beuve en 1839 d’ailleurs si certain·es sont curieux·ses) la manière dont on considérait un texte a changé. Et la révolution française a transformé en profondeur le modèle économique jusque là basé sur le mécénat. Attention, je ne dis pas ici que la littérature doit être réservée à une élite intellectuelle ! Pas du tout. Toutefois, pensons-y : avec les systèmes de crowdfunding, on revient un peu à cette logique du mécène sauf qu’au lieu d’un seul qui contribue en totalité, on en a des dizaines, des centaines si pas des milliers qui contribuent chacun à la mesure de leur moyen. Et il y a quelque chose de beau là-dedans, quand c’est correctement exécuté.

J’ajoute une précision : oui à l’heure actuelle le livre est un produit et oui en tant que blogueuse, je participe au « marketing » autour de ce produit peu importe mon intention de base. Quand je parle d’un livre, j’essaie de donner envie à d’autres personnes de le lire et donc, de l’acheter. On peut donc s’étonner de me voir tenir un tel discours sauf qu’il s’agit ici de plaider pour un système qui permettrait une plus longue durée de vie des romans et pas juste des œuvres « jetables » qui marquent peu ou pas, qu’on consomme vite pour diminuer sa PàL ou que sais-je. Et tant que j’y suis, si ce nouveau système à mettre en place pouvait permettre aux artistes de vivre correctement…

Dans ce paysage littéraire tel qu’on le connait aujourd’hui, les auteur·ices produisent quelque chose qu’ils doivent vendre mais la qualité intrinsèque du texte n’entre que peu en considération sur le total de ces ventes. On pourrait d’ailleurs discuter sur ce qu’on regroupe sous cette notion de qualités mais on en arriverait vite à la conclusion que ça dépend du public ainsi que de la sensibilité de chacun·e. Les gens achètent un produit sur base d’un nom, d’une structure éditoriale, d’une belle couverture, bref de marketing… Au final, la partie écriture dans le métier d’auteur·ice n’est pas / plus majoritaire. L’auteur·ice devient aussi un produit, une image sur laquelle jouer. Personnellement, j’ai essayé un temps mais ça ne me convenait vraiment pas.

Donc non, je ne pense pas que la décroissance soit synonyme d’une augmentation de la qualité, pas si elle s’inscrit comme seule variable du problème. Je pense que le milieu littéraire et la chaine du livre doivent être réformés pour permettre aux auteur·ices de vivre dignement de leur plume et donc de produire moins pour produire mieux sans pour autant s’enfermer dans la précarité.

Selon vous, comment un texte pourrait gagner en visibilité sur le long terme ? Comment accroître la durée de vie d’un bouquin ?
Je pense que ça passe d’abord et avant tout par une stratégie éditoriale adaptée. Je vais prendre l’exemple de Livr’S : quand on part en salon, on prend au moins un exemplaire de chaque livre dans le catalogue et on le présente au même titre que les autres, peu importe qu’il date de 2016 ou de 2022. On a eu aussi récemment l’idée de proposer à chaque lancement de précommande la possibilité pour nos partenaires de redécouvrir un titre plus ancien de notre catalogue et donc de pouvoir générer de nouvelles chroniques à son sujet, de le ramener sur le devant de la scène. De plus, nos titres sont toujours disponibles sur notre boutique, même les plus anciens. On s’assure d’avoir du stock, ainsi si un auteur sort un nouveau roman, on remet aussi ses plus vieux titres sur le devant de la scène et ça leur permet de vivre plus longtemps. Enfin, on compte aussi sur un investissement des auteur·ices pour aller à la rencontre du public même un an ou plus après la sortie d’un roman.

La rencontre du public passe aussi par des dédicaces en librairie ou en salons et pour ça, il faut prendre le temps de démarcher, de se rappeler à leur bon souvenir. Les libraires n’ont pas une place infinie, ils sont obligés de renvoyer du stock pour faire de la place aux nouveautés qui arrivent sans arrêt et par palettes. Du coup, si vous organisez des évènements, la librairie va vendre votre livre (normalement) et donc le garder en stock même s’il commence à dater, ce qui permettra de le montrer à des gens potentiellement intéressés, qui vont peut-être même l’acheter, et ainsi de suite, entrainant un cercle vertueux. Cela demande qu’une personne au sein de la structure éditoriale s’occupe de ce suivi et le fasse pour tous·tes les auteur·ices de la maison. C’est clairement un boulot temps plein !

Si je parle d’un point de vue plus personnel : Quand Clément Coudpel contre les spectres de Samain est sorti, c’était en octobre 2020 pendant la pandémie COVID et j’étais persuadée que le texte allait être enterré, comme c’est arrivé à d’autres. Souvenez-vous, les messages à ce sujet fleurissaient à l’époque sur les réseaux… J’avais fait mon deuil et ça me renforçait même dans mon envie d’arrêter d’écrire. J’y voyais un signe. Pendant plus d’un an, il n’y a pas eu de salons où le présenter et si les précommandes s’étaient bien déroulées, si la blogosphère avait bien suivi (encore merci pour ça), cela n’a pas suffit pour assurer la pérennité à mon roman.
Je vois la différence sur mes chiffres de vente maintenant que j’ai pu retourner en salon. Sur deux week-end j’ai vendu davantage que sur tout 2021… Il y a donc clairement un avantage à aller à la rencontre du public. C’est fondamental pour permettre à son œuvre de vivre plus longtemps. Et pour le faire dans de bonnes conditions, des défraiements officiels doivent être mis en place afin que les auteur·ices ne perdent pas de l’argent à se déplacer. J’ajoute aussi que si j’ai eu cette possibilité, c’est parce que mon éditrice fonctionne toujours sur le long terme. Je n’ai pas été mise au placard parce que mon roman datait d’un an ou deux. Elle l’a traité de la même manière que n’importe quel autre titre, il a eu sa place comme les autres et ça vaut pour les autres romans sortis pendant cette sombre période. C’est donc, selon moi, en premier lieu une stratégie éditoriale et une mentalité bien spécifique à la structure qui permet de défendre un livre sur le long terme. 

Est-ce que les nouveautés vous angoissent, ou vous réjouissent ? Ou les deux ? Comment réagissez-vous face aux sorties ? Foncez-vous, ou laissez-vous décanter un peu ?
Ça dépend. Souvent, ça m’angoisse surtout quand Anne-Laure et Lhisbei alimentent l’album facebook et que je vois +60 ou +80 photos… En un mois sort donc ce que je lis sur un an (et encore…). Alors vous pourriez me dire qu’il n’y a rien de dramatique là-dedans mais je souffre d’une frustration. Il y a trop de sorties, je n’ai pas le temps de même lire tous les résumés. Je juge sur un nom, sur une couverture, sur un concept, une maison d’édition et finalement, pas sur le travail de l’auteur·ice en iel-même. Quand on sait le temps et l’investissement que demande l’écriture d’un roman, c’est profondément injuste et cela ne me convient pas. Ce problème vient de la surproduction. On peut aussi penser que c’est le jeu mais je suis persuadée qu’il y a moyen de contenter tout le monde sans laisser uniquement la part belle aux géants du milieu.

Du coup j’ai revu ma façon de fonctionner et je m’intéresse désormais à un très petit nombre de maisons d’édition ainsi qu’à un petit nombre d’auteur·ices dont je suis la production parce qu’iels ont su me convaincre. Actuellement, il y a le Bélial (je suis soulante avec eux, je sais :D), Livr’S bien entendu pour tout un tas de raisons évidentes mais aussi 1115 car le format court me convient parfaitement. Je jette toujours un œil aux sorties Mnémos, l’Atalante, Chat Noir et ActuSF mais c’est de plus en plus rare que je sois vraiment enthousiaste pour un de leurs titres. Mes goûts évoluent de mois en mois et mes exigences aussi, exigences conditionnées justement par de nombreuses lectures moyennes ou médiocres qui m’ont rendues très critique, des romans issus de cette surproduction, de cette nécessité de vendre. Ici, j’ai conscience que c’est une considération propre à mes goûts mais elle a quand même son importance… Depuis quelques mois, la SF me passionne tout comme le format court. Il est donc logique que je me tourne vers des structures spécialisées dans ces deux domaines.

Pour mes autres achats, c’est plutôt lié directement aux auteur·ices. Exemple récent : Ariel Holzl a annoncé son nouveau roman chez Slalom, je sais déjà que je vais l’acheter car je lis tout ce qu’il publie. Idem pour Jean Laurent Del Socorro, Estelle Faye (pour ses textes adultes), Audrey Alwett et David Bry, pour ne citer que ceux-ci et rester dans le francophone. Je sais aussi que je vais acheter tout nouveau Une Heure Lumière, peu importe que le pitch me parle ou non, car il y a ici l’aspect collection qui joue (je suis presque au bout !).

Et quand je suis décidée sur un titre, j’ai envie de l’acheter et de le lire dés que possible. L’attente ne me réussit pas en général.

C’est la solution que j’ai trouvée pour me préserver. J’ai aussi fait la paix avec moi-même sur le fait que non, je ne pourrais pas tout lire et oui, je vais passer à côté de bons textes. Mais c’est ainsi ! De toute manière, objectivement, il n’est pas possible de tout lire même en y consacrant 24h/24 et 7j/7. Éventuellement sur les nouveautés (et encore) mais qu’en est-il du catalogue de fond ?

Pile à lire tour de Pise, ou pile à lire matée ?
Clairement matée même si ça a demandé de la discipline. Chaque fois que j’ai envie d’acheter un livre, même en salon, je m’oblige à me demander trois fois si je le veux vraiment et si je ne réponds pas trois fois oui de manière ferme, je laisse. Quitte à changer d’avis plus tard sur le prochain évènement mais j’ai eu trop de déception, trop d’argent gâché dans des craquages impulsifs et dont j’aurais pu me servir pour acheter d’autres livres plus tard ou simplement économiser à un autre dessein. J’ai envie de permettre aux auteur·ices de vivre et j’achète des livres avec plaisir mais je dois le faire autrement, surtout de nos jours où tout augmente. C’est un peu terre à terre, j’en ai conscience. Que voulez-vous ! Si encore le craquage impulsif me rendait heureuse, mais même pas. J’ai vite des regrets, alors autant m’épargner.

Et voilà, je me rends compte que ce billet est devenu beaucoup plus long que prévu… J’espère que mes réflexions ont un intérêt pour vous, permettront de nourrir les vôtres et / ou vous donneront envie de partager votre point de vue. N’hésitez pas à le faire en commentaire, dans le respect évidemment 🙂

41 réflexions sur “RÉFLEXION : quelques mots sur la surproduction littéraire en SFFF francophone (et ailleurs).

  1. Pingback: Bilan Lecture #Mai/2022 – Fourbis & Têtologie

  2. Pingback: Les bougies de l’ombre – et de 5 ! | OmbreBones

  3. Bonjour, je viens de lire l’article pause café, et il me semble que le postulat de base soit incomplet : il y a plus en plus de nouveautés (les chiffres sont clairs) et le nombre de lecteurs stagne : 25% des plus de 20ans sont des lecteurs assidus depuis le début des années 2000 (je résume). Or en 20 ans, la population est passé de 60 millions a 67 millions. On peut donc considérer que le nombre de lecteurs potentiels ont augmenté. Ne faut il pas voir dans l’augmentation du nombre de nouveautés, un accès plus grand a des maisons d’éditions ou des nouveautés grâce aux médias électronique ?
    Attention je ne remets pas en cause les difficultés du statuts d’auteurs (qui sont réelles) mais juste notre comportement de consommateurs : on ne se sent bien que rassasié 😋. Et on ne l’est jamais réellement : la peur de manquer.

    • C’est une bonne question et je n’ai pas de réponse à vous fournir car pour cela, il faudrait des chiffres que je n’ai pas à ma disposition ! Je pense toutefois que même si le lectorat augmente, le milieu produit beaucoup trop et ça induit plusieurs problèmes comme la faible durée de vie d’un livre et tout ce qui en découle (invisibilisation de textes, précarisation des auteurices, etc). Sans compter que la manière dont le milieu publie fait qu’il fonce droit dans le mur et que personne ne semble s’en soucier. Mais ce sont d’autres débats. Merci d’avoir pris le temps de laisser un commentaire et d’apporter une information pour soutenir la réflexion 🙂

  4. Réflexion intéressante, merci 😉 Personnellement c’est quelque chose qui m’avait marquée en travaillant en librairie, voir arriver 500/600 titres pour la rentrée littéraire de septembre, en sachant que 80% va finir dans les limbes faute de visibilité….

    Un gros avantage pour moi d’avoir quitté le monde du livre pour le travail, les nouveautés, je les suis de loin, souvent ça patiente quelques mois dans mes listes avant de franchir le cap de l’achat, ou alors c’est opportuniste au détour d’un étalage.

    La surconsommation, ce fléau….

    • C’est intéressant d’avoir l’opinion de quelqu’un qui travaille en librairie sur le sujet ! Ça me conforte dans mon sentiment. Heureusement que tu as pu t’en éloigner de cette surconsommation même si elle existe toujours hélas.

  5. Personnellement je ne trouve rien de paradoxal à vouloir parler des livres qu’on aime sur son blog et le fait d’être gêné.e par la surproduction actuelle. La solution à la surproduction n’est pas d’arrêter de parler des livres qu’on aime, ça n’a aucun sens XD
    Je ne sais pas trop d’où ça vient, je me demande si ce n’est pas simplement humain, ce côté de vouloir toujours plus. Pourquoi les éditeurs et les auteurs seraient épargné par un comportement que l’on voit à tous les niveaux de la société et qui est favorisé par la société dans laquelle on vit ?
    Ma façon de procéder pour gérer cela se fait à mon niveau : je ne peux pas contrôler ce que j’ai envie de lire par contre je peux contrôler mes achats. Les éditeurs peuvent bien choisir de publier plus si ça leur chante, moi je n’achèterai pas plus car mes journées et mon portefeuille ne sont pas extensibles.
    Egalement j’essaie de plutôt me réjouir quand quelque chose ne m’intéresse pas, comme ça je peux me le sortir de la tête et à chaque fois que je vois quelqu’un en parler je peux me dire « ah ouf, je sais que ça je n’aime pas je n’ai même pas besoin de regarder ».
    Le problème c’est que je suis très éclectique et j’aime vraiment beaucoup de choses 😅Mais bon, plus le temps passe plus mes goûts s’affinent et parfois aussi je me lasse.
    C’est pas facile car je suis collectionneuse et complétionniste dans l’âme mais je sais que je n’aurai jamais le temps de lire tous les livres que j’ai envie de lire. Je me console en regardant mes wish à rallonge et en faisant du tsundoku par procuration quand je parcours les librairies ou les bibliothèques des gens.

    • Il y a eu un gros débat sur Twitter au sujet de ce paradoxe, du coup je l’ai rajouté dans mon billet pour essayer de nuancer mais je pense comme toi ^^

      Pour le reste ta méthode me semble très saine ! Et c’est vrai qu’à notre niveau, il « suffit » de procéder ainsi mais je n’en démords pas : il y a un problème dans la chaine du livre et dans le système actuel qu’il est urgent de régler pour assainir tout ça et permettre aux livres d’avoir une plus longue durée de vie sans pour autant tomber dans un élitisme à la c* basé uniquement sur les chiffres de vente…

  6. Vaste sujet. Perso je n’ai jamais lu de nouveautés, donc je ne me sens pas du tout écrasée par les sorties en particulier, juste par le volume de la littérature mondiale en général, toutes époques confondues. 😜
    Cela dit, les billets des sorties du mois en imaginaire me laissent toujours perplexe face à la quantité. (Quant à Anne-Laure qui prend le temps de mettre les visuels, holàlà, quelle abnégation!) Qui a le temps de lire tout ça, ou tout du moins *une fraction significative* de tout ça? Et quand tu regardes l’édition en général, c’est encore pire; les éditeurs d’imaginaire y vont relativement doucement.
    La question que je me pose est: si on est en surproductuon, ce que tout le monde s’accorde à dire (je me souviens même de Monsieur Glénat qui avait dit que tout le monde était d’accord pour dire qu’on produisait trop, mais qu’il fallait que ce soit les autres qui produisent moins 👀), c’est quel nombre de sorties qu’on estime sain, raisonnable ou acceptable? Je n’en sais rien. Il y a sept cents nouveautés à la rentrée littéraire de septembre. Est-ce que cinq cents, ça permettrait aux 90% de ces livres qui ne se vendent pas de trouver leur public? Est-ce qu’il faudrait qu’il n’y en ait que trois cents? Je n’en sais vraiment rien.
    Côté séries et films aussi, j’ai l’impression qu’une nouveauté ne reste attractive et « vendable/marketable » que très peu de temps. Y a-t-il un parallèle à faire avec les magasins de fringues qui vendent les habits de la saison suivante? Tu entres en boutique au mois d’août, par 30°, et c’est trop tard pour acheter des hauts légers, ils ont dégainé les tenues d’hiver. 😅

    • C’est intéressant ce que tu soulignes ! Je pense que plus qu’une question de volume, c’est une question de moyen. C’est la chaîne du livre dans son ensemble qui, par son fonctionnement, fait que 95% des nouveautés passent à la trappe. Alors je n’ai pas encore les solutions précises pour changer ça mais le modèle actuel ne convient pas et laisse la place à très peu de gros auteurs qui écrasent les autres.
      Et tu as raison c’est pareil partout. L’avantage pour des séries ou des films c’est qu’on a des services genre Netflix qui permet d’en regarder plein sans se ruiner. On voit émerger des initiatives de ce type en littérature aussi et c’est intéressant, il y a peut être quelque chose à creuser d’autant qu’avec la pénurie de papier ça n’ira pas en s’arrangeant…

  7. Merci beaucoup pour tes réflexions, c’est très intéressant de se poser ce genre de questions ! Je rejoins tout à fait ton avis, le plus important c’est de trouver un équilibre qui soit satisfaisant pour nous 🙂 j’ai arrêté de suivre toutes les sorties, ce qui devenait plus anxiogène que plaisant au final. Maintenant je pioche dans les catalogues ce qui me tente, peu importe la date de sortie. Et j’ai remarqué que j’ai moins de lectures décevantes pour moi (peu importe la qualité du texte) ainsi.
    Et sinon, j’ai acheté mon premier Une heure lumière et suis maintenant excitée à l’idée de le commencer!! Il se pourrait bien que tu m’aies converti 😉

      • La maison des jeux 🙂 la SF c’est pas trop mon truc donc je me suis peu intéressée à cette collection mais celui-là à l’air d’être mon style. Et qui sait, cela pourrait me motiver à en essayer d’autres!

      • Oh oui il est excellent et s’est hissé directement dans mon top 3 avec l’homme qui mit fin à l’histoire, qui n’est pas vraiment sf non plus hormis pour le procédé de visualisation du passé. Extraordinaire. J’espère que tu aimeras en tout cas 😊

  8. Pingback: Pause Café #19 : Surproduction et surconsommation livresques - Zoé prend la plume

  9. Comme d’habitude, cest un article passionnant. Surtout en ayant ton point de vue des deux côtés, à la fois en tant qu’autrice et lectrice.

    J’avais répondu sur l’article d’origine, que j’ai pu voir grâce à ton partage d’ailleurs, et je trouve que tu aborde des problématiques intéressantes.

    De mon côté, je me vois clairement comme un profil de lecteur « victime » de ces sorties trop nombreuses. Je dis « victime » car les points que tu aborde lors d’un paragraphe en particulier me parlent pas mal. Je pense que je suis quand même en bonne voie car j’ai considérablement diminué mes achats et mes SP, pour lire « moins mais mieux » (selon mon point de vue tout personnel bien sur). J’essaie d’acheter seulement ce qui me fait vraiment envie, même si je fais encore des achats impulsifs ou par simple curiosité. Et j’essaie surtout de ne pas acheter quand j’ai déjà plein de choses sur le feu, et sur ce point je m’en sors pas mal. Ça fait que je laisse au fil du temps des séries de côté, et quand je me demande si je vais les continuer, je me pose et me demande simplement si elles m’ont manqué jusque là, et si la réponse est non, j’arrête. Ça dégage de la place, du temps, et du budget, et avec les augmentations de prix de partout, c’est non seulement une bonne chose mais même une nécessité je crois.

    Je pense personnellement qu’il y a de vraies mécaniques de rétention conscientes et volontaires de la part des gros éditeurs sur ce point, afin de s’assurer qu’on ait déjà pas le temps pour tout voir dans un loisir en particulier, histoire de nous maintenir captifs, qu’on aille pas voir ailleurs.

    J’essaie personnellement de mextirper de ça petit à petit. Actuellement le fait de faire de la place pour l’accueil de bébé 2 marche bien, car en sortant des cartons qui n’ont pas bougé depuis 3 ans, je vois qu’il y a plein de choses (DVD, jeux vidéo, bouquins, etc…) que je garde mais qui dans les faits risquent de passer les 3 années suivantes, et encore les 3 suivantes, dans des cartons. De ce fait, je me dis que les donner et les vendre est finalement plus sage… donc petit à petit je me libère un peu de ces sentiments liés à la possession et j’essaie de ne garder que ce qui me fait le plus vibrer. C’est pas toujours facile, mais on avance !

    • Tout d’abord je te remercie pour tes compliments ! Ensuite je suis ravie de lire cette évolution dans tes perceptions, on avait eu l’occasion d’en parler par le passé et je pense que tu te diriges vers une attitude globalement plus saine vis a vis notamment des sp.

      Pour le reste il est très possible que les gros éditeurs inondent le marché pour essayer de garder leur lectorat qui n’aurait pas le temps d’aller voir ailleurs du coup, je ne peux pas leur prêter attention mais quand un gros éditeur sort entre 10 et 15 bouquins par mois faut se poser des questions… Ça se fait beaucoup en manga aussi d’ailleurs, il me semble qu’on en a déjà parlé.

    • Tout à fait en accord avec ton point de vue sur les séries ! Avant j’aurais acheté des suites de séries qui, finalement, ne m’aurait pas apporté plus que ça. J’avais comme l’impression de me sentir coupable si je ne continuais pas, absurde mais bon… Maintenant j’abandonne plus volontiers des séries qui ne m’ont pas totalement convaincue.

  10. Pour ta première question (uniquement, je ne parle pas du reste), j’avoue que j’ai du mal avec ta réponse. Pour ma part je trouve la production francophone via éditeurs d’imaginaire extrêmement limitée pour mes goûts.

    Après il faut nuancer mon avis.

    – Déjà j’avoue que suite à plusieurs échecs j’ai tendance à éviter les auto édités.
    Ainsi que par exemple d’aller voir de la SFF dans des ME qui font principalement de la romance (déjà essayé la fantasy de MxM et de Alter Real et … c’est vraiment pas pour moi) et celles trop petites pour que je puisse me fier à leurs publications (pas assez d’avis, malheureusement pour faire confiance à un livre au point de l’acheter, il me faut au moins 5 avis minimum, voir une 10ène de personnes qui lisent de l’imaginaire comme lecture principale, pas des lecteurs occasionnels qui n’ont pas vraiment de culture SFFF comme la mienne et du coup n’ont pas les même révérenciels que moi sur le sujet – et je précise que je vais pas aller faire la chasse aux avis, il faut qu’ils soient facile à trouver et passent dans mon viseur, chose très difficile pour les petites ME, j’en suis consciente, ça n’est qu’une explication du pourquoi pas un jugement)

    – Je lis de la SFFF depuis les années 90, du coup j’ai suivi au fur et à mesure les sorties, il ne me reste donc pas ou très peu de catalogue ancien à rattraper (sauf les livres qui ne m’ont déjà pas attiré à l’époque, et que du coup j’ai peu de motivation à tenter). Résultat je lis quasiment exclusivement de la SFFF récente (en francophone).

    – J’ai un bon rythme de lecture, entre 10 et 15 par mois (et encore, ça a bien baissé par rapport à avant)

    – J’ai aussi eu largement le temps d’affiner mes goûts et de savoir ce qui a une chance de me plaire ou pas, et ça donne des trucs très limités comme « la high fantasy épique », « l’urban fantasy sans ou avec très peu de romance, de préférence avec un pp masculin », « la SF militaire mais en excluant les problème de vaisseaux et de stratégie dans l’espace », « la cozy fantasy », « les enquêtes fantasy ou sf », « le space opéra centré sur les personnages, sauf le pulp » …
    Que des petites niches finalement dans la SFFF en général.

    Du coup avec tout ça additionné, je suis contente quand je trouve + de 1 ou 2 livres à prendre chaque mois !
    Et ça n’est vraiment pas assez.

    Résultat ça fait une 10ène d’années que j’ai du me résoudre à aller voir du coté de la production anglosaxone (qui est x10 comparé à celle francophone en terme de chiffres) sinon je me retrouvais avec plus rien à lire …

    Je me souviens encore de ma déception en 2014 ou 2015 quand je me suis aperçu que j’avais déjà lu TOUTE l’UF sortie en VF (c’était avant le renouveau récent du genre je précise), cette impression de perte de ne plus pouvoir lire mon genre favori (à l’époque je lisais 30+ livres par mois, dont au moins 15 UF)

    Heureusement que je me suis mise à la VO d’ailleurs, parce qu’avec le catalogue ancien anglophone à rattraper j’ai de quoi lire pendant plusieurs vies xD

    • C’est très intéressant d’avoir une opinion comme la tienne pour nuancer l’ensemble ! C’est vrai que je pense et parle forcément de mon point de vue de « jeune » lectrice (je suis née en 93 donc j’ai commencé à lire bien après toi forcément…) dont les goûts évoluent tout le temps et sont encore en construction. Je comprends très bien que tu ne sois pas d’accord avec moi et je trouve très positif que tu nuances ce désaccord justement. Bref, merci pour ton apport à la réflexion 😊

  11. Waouh, j’aime énormément ton billet, c’est passionnant de lire ton point de vue sur la question et tes apports à chacune des questions que j’ai posées.
    Evidemment, je posais des questions dont je savais, dans le fond, que ce n’était pas très politiquement correct (typiquement, lien entre décroissance et meilleure qualité); je me doutais que les réponses seraient non, mais j’attendais du coup des idées après le « non » pour y réfléchir ^^
    Je suis servie ! D’ailleurs, depuis tous ces échanges (qui continuent d’ailleurs encore ce matin sur twitter !) ont bcp modifié ma façon de voir les choses : de lire, de bloguer, de considérer les bouquins…

    Je rejoins Light and Smell sur les finitions éditoriales qui sont très souvent moyennes – relecture bof, approfondissement comme tu l’évoques bof…

    Clairement, il va falloir inverser la tendance, faire en sorte que les auteurs ne vivent plus un burn out à produire pour espérer gagner des clopinettes, et comme toi aient un ressenti d’insatisfaction quant à leurs écrits – je trouve ça très triste, et j’ai du mal à imaginer comment tu as vécu ça 😦

    Et arrêter de privilégier systématiquement les nouveautés au détriment de titres plus anciens – encore que le pb, je l’ai compris ce matin, n’est pas tant dans la nouveauté que dans leur durée de vie restreinte – et dans le fait que les éditeurs visiblement ne font que s’adapter au marché, et donc à un lectorat aux envies et aux goûts difficilement compréhensibles et englué dans ses habitudes de consommateur (donc produisons beaucoup, ça touchera peut-être quelqu’un).

    Quoique, je comprends bien que des lecteurs ne ressentent pas cette noyade imminente, car ils ont su bien cerner leurs goûts et faire des choix. Je n’ai juste tellement pas envie de faire des choix 😦

    Et aussi, sur l’impact du blog. Je n’avais jamais pensé que le blogging pouvait être aussi partie prenante du problème. C’est vrai que mes lectures ont complètement changé depuis que je bloggue. Penser à la publi, diversifier, avoir un rythme régulier… mais, pourquoi, et comment, en fait, j’en suis arrivée là ? Là, il va falloir que j’aie une petite discussion avec moi-même ^^ Je ne m’en suis pas rendue compte.
    Et c’est Kwalys qui pointe aussi l’effet réseaux qui met une pression insidieuse supplémentaire sur le blogueur. Je n’y avais pas pensé mais c’est vrai qu’elle est là cette pression.

    • Merci beaucoup pour tes compliments et ton commentaire détaillé ! Le but c’est vraiment d’inviter à la réflexion, comme toi au départ donc je suis ravie si ça te permet de réfléchir encore aujourd’hui sur tes pratiques. Moi je n’arrête pas aussi depuis que tu as publié ton billet 😱 il y a eu de chouettes remarques sur twitter qui ont nourri ma réflexion aussi.

  12. Bonjour, merci pour ces réflexions, vraiment très intéressantes! La manière dont est structurée le marché du livre(car on est bien sur un marché) semble effectivement pousser à la surproduction. Le prix unique du livre a permis d’éviter certains effets délétères de la concurrence (notamment pour les librairies) mais ne peut empêcher la course vers la surproduction (poussée en premier lieu par les gros éditeurs qui tentent de faire du volume pour maintenir une certaine rentabilité et accrue peut-être par les phénomènes d’auto-édition, de crowfunding, etc). Je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait qu’il faille refonder, réformer en profondeur la chaîne du livre afin de mieux rétribuer les auteurs et permettre une meilleur visibilité et longévité des oeuvres. Pour ce faire, je souhaite pour ma part une solution radicale : un revenu ou salaire à vie pour les auteurs (au même titre que pour le reste de la population) détaché des ventes. Bon, c’est un voeu pieu évidemment, mais l’idée de détacher rémunération (ressources permettant de vivre décemment) et ventes permettrait aux auteurs de travailler sereinement à leur oeuvre et d’y gagner donc en qualité. Mieux vaut une oeuvre de qualité que 20 écrites à la va-vite pour satisfaire aux exigences du marché et pouvoir espérer gagner sa croûte! Ce qui permettrait, j’en suis sûr, de casser l’aspect « produit » du livre. Il faudrait aussi réfléchir au « partage » de la réception du livre et de la manière dont une oeuvre acquiert une visibilité. Tu dis souffrir de la surproduction par angoisse de ne pouvoir lire et parler des toutes les nouveautés. Et si tu partageais cette « mission » ? Ne peut-on pas imaginer les blogueurs, chroniqueurs, critiques s’entendre pour se partager les nouveautés et en parler-une sorte d’assise de toutes ces merveilleux passionnés ?

    • Merci pour ton commentaire ! En effet c’est un voeux pieux mais ce serait génial comme solution pourvu que tout le monde puisse avoir sa chance de devenir auteur professionnel et que l’ensemble soit correctement encadré.
      Quant à ta suggestion elle est aussi intéressante mais mon angoisse vient plutôt du fait que je n’ai pas envie de passer à côté d’une petite noyée dans la masse. Auparavant oui je voulais parler de tout et dans ce cas la ta proposition serait jouable mais aujourd’hui c’est plus un sentiment personnel 😊

      • Merci pour ta réponse-en fait elle fait aussi surgir la question de la professionnalisation du métier d’auteur-vaste sujet! Mais dans le cas d’un revenu détaché des ventes, il faudrait bien définir le statut d’auteur (tâche très ennuyeuse mais à mon avis nécessaire car si tout le monde a sa chance, il me semble que tout le monde ne va pas avoir le statut d’auteur- à partir du moment où l’on reconnaît qu’il s’agit d’un métier à part entière. Etablir des critères précis permettrait de donner une véritable assise professionnelle, une qualification indiscutable (permettant l’octroi d’un salaire)aux auteurs. Bon, tout un chantier, ô combien délicat!
        Oui je comprends! Mais le partage et l’échange permettraient (peut-être!) de ne pas passer à côté de petite noyée dans la masse-car il y a les oeuvres qu’on découvre soi-même (on ne peut pas toutes les découvrir -sauf à être un dieu ou une déesse aux cents têtes!) et celles que les autres nous font découvrir-au final, on ne passerait peut-être pas(ou moins) à côté dans un système d’échange systématisé. Toute la production pourrait être passée au crible! D’ailleurs, pourquoi ne pas donner un statut professionnel à celles et ceux qui rédigent articles et chroniques sur internet à travers blog, sites ou autres (après tout, cela peut être un métier à part entière-il y a bien des journalistes et critiques rémunérés pour ça dans les journaux et magazines!) ?

      • Alors là tu lances un autre débat.. je sais que de plus en plus des blogueurs reçoivent de l’argent en échange d’une chronique mais ça pose plein de questions difficiles comme l’impartialité par exemple. De manière générale les métiers « de l’écrit » sont rarement valorisés à leur juste valeur je trouve. Je n’ai pas la recette miracle pour changer ça mais ça passe probablement par une prise de conscience collective et une sensibilisation ?

      • Oui je pense aussi -prise de conscience difficile car tout le monde oeuvre dans son coin! Pour l’impartialité, là aussi un revenu déconnecté des oeuvres présentées pourraient peut-être régler le problème ou du moins atténuer les possibles dérives. Bon, à discuter!

  13. Sur la question de la surproduction, je suis globalement d’accord avec toi. Oui, il y a trop de livre, mais oui, on ne peut pas et ne doit pas empêcher les gens d’écrire parce qu’on ne peut définir qui est légitime ou non en tant qu’auteur. Sinon à par les auteurs stars, il n’y aura plus grand monde. Cette surproduction à plusieurs causes, les grandes maisons, qui étant de plus en plus sélective, ont indirectement poussé à la création de structure plus petite et généralement spécialisée. Il y a aussi les nombreux moyens d’autoédition (Crowdfunding, Print On Demand, eBook) qui fait émerger les autoédités (j’en suis).
    Je pense que ce qui pousse des gens à écrire, c’est le fait qu’un jour on passe le cap et on écrit l’histoire qu’on aurait aimé lire. En soit légitimé, après si c’est vraiment mauvais ça ne marchera de toute façon pas.

    Pour ma part, pour faire fasse à la surproduction, je fais « simple » : je ne suis pas vraiment les nouveautés. Je suis quelques auteurs, quelques maisons et des blogueurs. Même pour les auteurs et maisons que je suis-je ne lis pas tout, loin de là.

    La décroissance n’est en fait pas non plus la solution, car chacun ses gouts et ses sensibilités. En conséquence, l’invisibilisation va rester un souci. J’en a moi-même été victime lors que j’ai placé un poigné d’exemplaire chez un libraire spécialisé SFFF près de chez moi. Les ouvrages ne sont restés que quelques jours sur le présentoir avant d’être rangé en rayon « caché derrière les vrais auteurs ». Cela étant, je pense qu’ont peu se passer du mode « sortie annuelle » qui comme tu le dis, amène parfois à « produire pour produire ».

    L’une des répercussions est qu’en fait certains auteurs n’en vive ou n’en vivront pas. Car le marché ne peut pas absorber une telle production. Il y a le même problème en BD, milieux dont je suis proche puisque je fais aussi de l’illustration. Mais je pense que tout le monde n’a pas la prétention d’en vivre. Certains auteurs qui vendent bien ont des activités professionnelles à côté. Pour ma part, écrire à plain temps ne m’intéresse pas pour le moment. Je sors une histoire que j’estime qu’elle est prête. Mais j’ai un gros avantage que tous n’ont pas : j’ai un boulot que j’apprécie, qui paye plutôt bien et qui me laisse du temps pour mes projets créatifs.

    Tout le monde n’a pas se luxe. Je pense qu’il n’y a pas de règle ou solution magique à tout ça. C’est une question de prise de décision et de risque individuel avant tout. Pour certain devenir auteur peut être une échappatoire à une carrière professionnelle qu’il déteste et saute le pas quitte à se casser la gueule sera donc très tentant. Je pense du coup que le crowdfunding et le Print On Demande sont des très bons compromis pour ce genre de situation. En tout cas pur ceux qui seront « visible ». Si ton crowdfunding est un énorme succès, tu peux potentiellement te prendre une année sabbatique pour te consacrer à ton projet et potentiellement lancer une carrière.

    Je pense en revanche que le prix du livre et la modèle de rémunération devrait évoluer. À part les auteurs à gros succès, plus rien n’est réellement rentable et beaucoup d’auteurs sont très mal payés. Dans le lot, la rémunération des auteurs sur les salons, notamment dans la BD où ils font des dédicaces dessinées, doit aussi se poser. Un auteur ne peut pas être mal payé pour son livre et travailler gratuitement à sa promo au lieu d’écrire son prochain livre mal payer. En tout cas le respect que ta ME semble avoir pour ces auteurs/trices doit être motivant et devrait être la norme.

    Pour ce qui est de l’angoisse des nouveautés, du coup ma situation est un peu particulière. Je fonce sur deux/trois trucs (auteurs, ME spécifiques), en laisse quelques-unes se décanter et passe à côté de tout le reste, sauf si un bloggeur, ou un lecteur (de mes livres, de mon blog ou de mon forum dédié à l’uchronie) m’en parle. Je lis pour moi et je chronique pour partager ou faire découvrir, je n’ai pas d’objectifs de chiffre et ne me sens pas obligé vis-à-vis des nouveautés.

    • Merci beaucoup pour ton avis très détaillé, je constate qu’on est d’accord sur beaucoup de points ! Du coup je n’ai pas grand chose à rajouter.

      Je confirme que la façon dont Livr’S travaille est motivant et fait du bien. J’ai connu des structures vraiment bof avant ça du coup j’ai vraiment conscience d’à quel point c’est précieux.

  14. Intéressante ta technique pour éviter le craquage inconditionnel. La mienne c’est de faire le tour des étalages pour faire un premier repérage et laisser décanter. Après je reviens uniquement sur ceux dont je me souviens.

  15. . Oui les auteurs devraient être mieux rémunérés et cela permettrait en effet qu’ils n’aient pas à se précipiter pour écrire et publier le suivant, c’est sûr.
    . Je ne suis pas certain que le crowdfunding soit la solution, c’est à nouveau sur le consommateur lambda que retombent tous les coûts. Si tu dois soutenir tes 5 auteurs, tes 3 podcasteurs, tes 2 streameurs, tes 26 blogueurs préférés financièrement, n’est ce pas encore pire ?
    . Vive les bibliothèques quand-même 😇 que ce soit pour l’accès gratuit ou même le conseil, les rencontres, les évènements. Il faut les remettre au cœur de nos réflexions je crois…
    . Et du coup, pourquoi pas un service public de l’édition, sur ce même modèle ? Cotisations => subventions, et on sort de la logique lucrative infernale 😎
    . Sinon sur l’angoisse, elle peut déjà être terrible en tant que blogueur.euse. Mais elle doit être bien plus terrible encore pour les followers : « un.etel.lle a lu 18 livres dont 14 qui lui ont plu ce mois ci, et moi je n’ai le temps et l’argent de n’en lire que deux… » = Frustration et mal-être. C’est aussi l’effet pervers des réseaux, tout le monde poste sa vie géniale, ses voyages incroyables, ses enfants merveilleux, etc… Et si on se compare et c’est presque inévitable bah on déprime sévère. On devrait plus souvent partager nos mauvais moments et nos frustrations ,et si tous s’y mettent cela créerai peut être plus de solidarité et de bien être …
    Voilà, quelques unes de mes réflexions en vrac.
    Merci pour ton article qui fait du bien !

    • Merci pour tes réflexions que je trouve très intéressantes aussi 😊 je ne vais pas rebondir sur tout mais un service public de l’édition, pourquoi pas ! Il y a de l’idée, à voir comment concrétiser et éviter de tomber dans un système qui va chercher quand même la rentabilité…et donc privilégier les gros. Je comprends ton souci sur le crowdfunding, il est légitime mais c’est le système qui me paraît laisser le plus de chance. Au final tu paies simplement ton livre en avance sauf que tu fais mieux vivre son auteur 🤔 tu ne donnes pas plus argent en crowdfunding qu’au libraire.

  16. Tes réflexions sont intéressantes même si à titre personnel, je ne suis pas gênée par le nombre de sorties, mais par le fait que les ME bâclent de plus en plus les corrections, ce qui revient pour moi à baisser la qualité de la production littéraire en plus de précariser une profession qui l’est déjà bien assez. D’ailleurs, je te rejoins sur la nécessite de redistribuer les bénéfices : c’est juste impensable que la profession faisant vivre tout un système est celle qui est la moins rémunérée…
    Et je suis dubitative devant la durée supposée de vie d’un livre, d’autant que j’ai l’impression que ça arrange quand même bien les grandes ME qui peuvent vite remplacer une sortie par une entrée, ce que ne pourra pas faire une petite structure. Pour ma part, j’adore regarder les nouvelles sorties, mais je lis encore plus des livres publiés depuis un certain temps. À cet égard, le rôle des bibliothèques est primordial, puisqu’elles offrent un accès à des livres que les librairies ont depuis longtemps enlevé des rayons…

    • Le fait de bâcler les corrections s’inscrit dans un système de surproduction justement. Il faut sortir toujours plus toujours plus vite au détriment de la qualité.
      La question de la durée de vie d’un livre est complexe et mériterait un article à part, ça dépend de beaucoup de paramètres mais clairement les bibliothèques ont un gros rôle à jouer la dessus 🙂
      Merci pour ton avis sur le sujet !

      • Je me demande quand même dans quelle mesure les lecteurs ne participent pas au phénomène quand je vois comme on peut vite se faire houspiller dès qu’on mentionne un problème d’orthographe comme si c’était devenu secondaire…
        Je serais curieuse de lire ton article si tu te lances dans cette question de la durée de vie d’un livre.

      • Sans mentir j’ai déjà travaillé avec une ME (je ne dirais pas laquelle) qui quand j’ai fait remarquer que ses pseudo correctrices (parce que engager des pro ça coûte trop cher tu comprends…) avaient rajouté des fautes dans mon roman m’a dit on s’en fiche de toute façon les lecteurs ne font pas attention à ça.
        J’ai vite arrêté la collaboration 🙄

        Ça demande réflexion, je me note cette idée 😉

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