À l’ombre du Japon #47 : { Shangri-La Frontier & Goodnight World, deux manières d’aborder le jeu-vidéo en manga }

Ohayô minasan !

L’histoire est longue entre le manga et le jeu-vidéo. On ne compte plus les adaptations au format papier ou animé (No Game No Life, Sword Art Online, la Gameuse et son chat, Je suis un assassin et je surpasse le héros, Overlord, etc etc etc.) avec des univers qui ne font parfois qu’évoquer le jeu-vidéo ou qui se déroulent dans un univers aux codes semblables à ceux d’un jeu, avec un système de point de vie, de compétence, de classe et autre.

Étant passionnée de manga ET de jeu-vidéo, j’ai découvert un certain nombre de ces séries et j’ai rarement été au bout, vite lassée par des concepts qui tournent en rond. Pourtant, rarement un premier tome m’aura autant enthousiasmé que pour les deux séries dont il est ici question. Et, comme vous allez le voir, la manière de présenter le jeu-vidéo diffère assez fort d’une à l’autre…

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Dans Shangri-La Frontier, on rencontre Sunraku, un jeune homme passionné par le jeu-vidéo et plus spécifiquement par les jeux très mauvais qu’on appelle les bouses : ceux qui sont truffés de bugs ou que tout le monde déteste parce qu’ils ont été mal codés, que les quêtes sont impossibles, bref vous voyez le genre… Sunraku aime le défi que ça représente. Au début du manga, pourtant, il décide de faire une pause dans les bouses et de se mettre à un MMORPG très en vue, Shangri-La Frontier…

L’avantage dans ce titre, c’est que Sunraku commence le jeu au début. Il est donc très facile pour un novice de comprendre en quoi il consiste ainsi que les différents systèmes d’évolution, de quête, les secrets du jeu… Parce qu’on suit tout en même temps que le protagoniste principal. L’immersion est totale et plutôt réussie car Sunraku a un esprit d’analyse qui permet d’éviter les inutiles scènes d’exposition et de découvrir ces éléments au fur et à mesure de l’aventure, quand il s’y confronte en tant que joueur. C’est assez rare dans ce type de manga.

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Si on suit un nouveau joueur dans Shangri-La Frontier, c’est tout le contraire dans Goodnight World ! Taichirô est un hikikomori -bien que le terme ne soit pas utilisé dans le manga, il en a toutes les caractéristiques. Ce jeune homme est enfermé dans sa chambre toute la journée à jouer à Planet avec les trois autres membres de sa guilde. Il y joue depuis plusieurs années au point de développer une véritable vie sociale au sein du jeu. Dans ce titre, les scènes IRL s’alternent avec les scènes virtuelles et le lecteur comprend rapidement que Taichirô déteste sa famille, probablement en raison d’un drame dont il porte la responsabilité (du moins c’est ce qu’il sous-entend).

Une intention qui diffère…
Si dans Shangri-La Frontier, l’intention première semble être de proposer un divertissement d’aventure en mettant en avant des gamers qui cherchent à progresser dans un jeu et à en découvrir ses secrets. La majorité de l’action se passe à l’intérieur du jeu si bien qu’il en deviendrait presque un prétexte pour développer un univers de fantasy un peu fun. Avec Goodnight World, on part sur totalement autre chose puisque l’auteur semble plutôt questionner le rapport au réel dans nos relations familiales et amicales sans pour autant tomber dans le binaire. La quatrième de couverture l’annonce d’ailleurs bien : un manga d’action complexe qui questionne sur les univers virtuels. Retenons les termes complexe et questionne, pas juge… Ce titre se veut incontestablement davantage ancré dans le réel.

…mais une technologie semblable.
La technologie de réalité virtuelle évolue chaque jour et j’ai déjà eu l’occasion de tester certains dispositifs plutôt… perturbants dans l’ensemble. Que ce soit dans Shangri-La Frontier ou dans Goodnight World, les joueurs utilisent de simples lunettes posées sur leurs yeux qui permettent d’entrer dans le jeu de manière littérale. Tout s’y déroule alors comme dans la réalité. Dans le premier cas, il s’agit plutôt d’une astuce de mise en scène pour ne pas se prendre trop la tête. Dans le second, par contre, ces lunettes ont une véritable importance puisqu’un problème dans le jeu va faire dysfonctionner une paire et provoquer des blessures chez l’un des personnages de la guilde. De plus, elles symbolisent véritablement le passage d’un monde à l’autre, c’est un objet clé dans les difficultés sociales rencontrées par Taichirô qui se dépêchera toujours de les remettre pour échapper aux soucis du quotidien auxquels il est confronté.

La conclusion de l’ombre : 
Malgré leur thématique centrale commune, Shangri-La Frontier et Goodnight World sont des mangas totalement différents adressés à deux publics différents. Le premier ravira les fans d’univers fantasy et de jeu-vidéo en mode hardcore gaming en plus de faire rêver à la perspective de pouvoir, un jour, accéder à un tel jeu. L’accent est clairement mis sur la découverte du monde et l’aventure. Le second séduira les personnes en recherche d’un titre plus axé sur des thématiques psycho-sociales et sur la manière dont le jeu peut (ou non) influencer la sociabilité. Les deux n’en sont pas moins prometteurs et je me réjouis de lire la suite pour savoir si mon sentiment se confirme ou non !

Mata itsu ka, ja ogenki de !
( À bientôt et prenez soin de vous !)

Informations éditoriales :
Shangri-La Frontier. Scénariste : Katarina. Dessin : Ryosuke Fuji. Éditeur v.f. : Glénat
Statut : en cours, nombre de tomes inconnu.
Goodnight World . Dessin et scénario : Okabe Uru. Éditeur v.f. : Akata
Statut : en cours de publication, série finie en 5 tomes.

10 réflexions sur “À l’ombre du Japon #47 : { Shangri-La Frontier & Goodnight World, deux manières d’aborder le jeu-vidéo en manga }

  1. Pingback: Bilan mensuel de l’ombre #42 – janvier 2022 | OmbreBones

  2. J’ai beaucoup vu passer Shangri-La Frontier sur les réseaux mais l’autre, pas du tout. O_O Le pitch ne me parlait pas du tout à la base, mais comme toujours, tes avis font pencher la balance. 😀

  3. J’aime bien Shangri-La Frontier, c’est fun, les dessins sont beaux et pour l’instant il rempli bien son rôle de divertissement sympa.
    Par contre, je suis totalement passé à côté de Goodnight World. Je l’ai vu quelques fois en librairie et la couverture ne m’a jamais donné envie de m’y intéresser mais ce que tu en dis m’intrigue, je lui donnerai sa chance surtout qu’il ne fera que 5 tomes.

  4. Pour ma part, j’avais lu le premier tome de Shangri-La Frontier quand Glénat proposait un chapitre gratuit par semaine jusqu’à la sortie, et je dois avouer que je n’ai pas accroché des masses.
    Je n’ai pas réussi à rentrer dedans rien que par son concept en réalité, et j’ai trouvé que la question du jeu vidéo sonnait assez faux, comme si c’était écrit par quelqu’un qui ne jouait pas (et la traduction n’aide vraiment pas, l’utilisation de termes « bouses » et « GOAT » notamment…).
    Mais à vrai dire, je m’y attendais totalement.

    Pour le second titre, j’en avais entendu parler en bien, mais je n’arrive pas à savoir si c’est un sujet qui m’intéresse. Mais je me demande si ça n’aurait pas un intérêt en médiathèque… Affaire à suivre !

    • J’avoue que l’utilisation du terme bouse est le seul truc qui m’a fait tiquer. Après bon les choix de trad…
      Il est évident que de nos jours un tel jeu n’existe pas et ne peut pas tourner sur aucune machine encore moins en coop mais comme je l’ai dit dans l’article ça me semble plutôt une astuce pour explorer un monde fantasy sympa et inspiré du jeu dans sa construction. C’est peut être parce que j’ai pu enchaîner les chapitres du premier tome mais je suis curieuse de voir ce que ça va donner cette histoire de scénario secret puis de monstre imbattable en théorie… J’ai joué des années à WoW donc je sais très bien qu’on n’a hélas pas ça dans un vrai mmo mais ça me fait rêver qu’on puisse un jour.

      Pour le second titre je compte écrire un article une fois les cinq tomes parus et lus si je continue d’accrocher donc on pourra en reparler à ce moment là, une fois les problématiques exploitées, pour voir si ça vaut le coup 🙂
      Par contre sur base du premier tome j’aurais tendance à dire qu’en médiathèque, ce serait une bonne idée ! Mais comme la série n’est pas très longue, attends de voir sa conclusion avant de commander, même pour le boulot ? Je m’engage à t’informer à ce sujet 😁

      • Si tu t’engage à m’informer, dans ce cas, je patienterai sans peine 😉

        Pour le côté MMO prétexte à développer un univers de fantasy, je me demande si ce n’est pas justement un des éléments qui coincent avec moi. Par exemple j’ai du mal avec les isekai car j’aime autant que le monde de fantasy soit le « monde réel » au sein de la diegese. Il y a d’ailleurs un cas similaire avec un manga Final Fantasy, ou le personnage est un joueur ou développeur, je sais plus, qui se retrouve dans un univers de Final Fantasy. J’avoue que ça me soule et que j’aurais été bien plus intéressé par l’idée de créer un univers de Final Fantasy spécifique pour le manga, plutôt que cette pirouette.
        Mais c’est vraiment une vision perso.

      • Je m’y engage 😀 (ceci n’est pas un serment inviolable /pan/)

        Je comprends ! Les goûts et les couleurs… Après justement l’isekai a tendance à vite me lasser aussi parce que le concept est rarement bien exploité. Ici je n’ai lu que le tome 1 de chaque série donc à voir si je continue d’accrocher sur le long terme ou pas. Surtout pour Shangri-La qui s’annonce plus long et est toujours en cours de publication… Mais je suis bien hypée et j’avais envie de partager ma joie, surtout que le hasard a voulu que je découvre en même temps deux séries qui exploitent le jeu-vidéo, ça méritait un petit article thématique en commun.

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