À l’ombre du Japon #46 : { Je m’instruis sur l’histoire du manga moderne ! }

Ohayô minasan !

En discutant avec mes étudiants qui souhaitaient un cours dédié au manga pour apprendre à connaître ce genre (ce sont des adultes, parents pour la plupart, pas forcément des consommateurs de mangas à l’exception de deux élèves, iels sont donc curieux.ses de comprendre), je me suis rendue compte que je ne possédais pas énormément de connaissances sur l’histoire de ce format que j’adore pourtant. Je me suis donc rendue chez Kazabulles et j’ai demandé conseil d’un ouvrage de référence. C’est ainsi que j’en suis venue à lire Histoire(s) du manga moderne (1952 – 2020) de Matthieu Pinon et Laurent Lefebvre chez Ynnis Editions.

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J’ai trouvé leur travail passionnant et bien documenté, raison pour laquelle j’ai eu envie de lui consacrer un article sur le blog.

L’ouvrage contient plusieurs parties. La première est une introduction à l’histoire du Japon, de sa politique, des grands moments historiques avant le 20e siècle afin de poser le contexte. On arrive ensuite dans le vif du sujet où 69 pages doubles sont consacrées à la présentation de mangakas, chacun illustrant une année, ce qui est prétexte à l’ajout d’un contexte historique, social, politique et culturel plus poussé sur la page de droite alors que celle de gauche se consacre à l’œuvre du ou de la mangaka en question. C’est donc un ouvrage historique plutôt bien documenté qui m’a fait découvrir des auteur.ices que je ne connaissais pas ou que de nom mais qui m’a aussi donné une nouvelle perspective pour celles et ceux que je connaissais déjà.

À ce stade, j’ai une petite remarque. Je sais qu’il n’était pas possible d’inclure tous les mangakas et je trouve les choix réalisés plutôt excellents dans l’ensemble. Toutefois, j’ai été surprise de ne pas trouver de page dédiée à Kishimoto (Naruto), Kubo (Bleach) ou même Mashima (Fairy Tail) vu l’influence qu’ont eu ces auteurs sur la scène manga, du moins j’en avais le sentiment. Je me serais contentée d’une page double, comme ça a été le cas pour Yana Toboso qui partage sa page avec Natsumi Aida (un scan-dale, Yana Toboso mérite une pleine page voyons ! Mais au moins est-elle là, j’en ai été ravie).

Autre remarque, certaines personnes pourraient regretter qu’il y ait plus de mangakas masculins plutôt que féminins qui sont représentés mais j’ai trouvé que les auteurs équilibraient bien les choses en parlant des figurines féminines importantes dans l’histoire de ce format. Ce n’est pas de leur faute s’il s’agit d’un milieu très masculin, au départ…

Une fois ce premier tour d’horizon effectué, une première conclusion précède des pages thématiques qui rassemblent les mangas non plus par auteur.ice mais par contenu : les mangas qui parlent de mangaka, de sport, d’humour, de robot, d’otaku, de boy’s love, vie de quartier, cuisine, esprit de combat, fin du Japon… J’ai bien aimé cette idée d’autant qu’ils précisent si les mangas sont ou non en arrêt de commercialisation sur le marché français. C’est très chouette d’alterner les formes de présentation comme ça.

L’ouvrage continue en interrogeant des éditeurs et des libraires sur le marché du manga en France. C’est la partie que j’ai trouvé la plus riche car elle nous en apprend beaucoup sur la manière dont une série se négocie mais aussi comment la relation entre les éditeurs français et japonais a évolué au fil du temps ou encore le rapport qu’ont les mangakas avec leur traduction chez nous.

Du côté des libraires, le livre évoque la question de la scantrad (les bénévoles qui traduisent les chapitres qui sortent au Japon et permettent leur lecture gratuitement par le plus grand nombre) et du fait que l’expansion d’Internet a complètement réécrit les règles du marché du manga, si bien que les éditeurs (japonais comme français) doivent s’adapter pour survivre et réfléchir à un nouveau modèle économique. Modèle qu’ils n’ont pas encore trouvé, d’ailleurs, car le point sur la situation actuelle des magazines de prépublication est affolant, surtout quand on compare à leur âge d’or…

Le débat est lancé ! L’un des libraires dit clairement que les gens qui veulent uniquement du contenu gratuit ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes puisque c’est retirer le pain de la bouche des créateur.ices. La problématique existe d’ailleurs également en roman et dans le milieu de l’édition de manière générale. C’est important d’y réfléchir et de questionner nos habitudes de lecture pour permettre aux artistes de continuer à exercer leur métier, de préférence dans de bonnes conditions. Plus d’une fois, l’ouvrage témoigne en effet des conditions de vie des mangakas et plusieurs d’entre eux sont décédés de surmenage… C’est glaçant.

Bref, Histoire(s) du manga moderne ne se contente pas de compiler des portraits de mangaka fameux.ses, les deux auteurs ont réalisé un travail de recherche impressionnant qui fait de cet ouvrage un texte de référence pour toute personne passionnée par le manga, par l’histoire du Japon et par les questions éditoriales modernes. Je n’ai rien trouvé de vraiment négatif, pas même le prix de 29.90 euros qui pourrait freiner certain.es mais vu la qualité du papier, le contenu couleur et l’épaisseur du volume, je trouve qu’Ynnis s’efforce de rester accessible à toutes les bourses.

Bref, si ces thèmes vous intéressent, n’attendez plus pour acquérir cet ouvrage.

16 réflexions sur “À l’ombre du Japon #46 : { Je m’instruis sur l’histoire du manga moderne ! }

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  3. Cet ouvrage est déjà dans mon viseur depuis un moment, et tu me conforte dans cette idée. Matthieu Pinon, un des deux auteurs, a l’air d’être quelqu’un de fiable sur le sujet, pour l’avoir entendu dans quelques podcasts et émissions de radio (j’aime beaucoup sa façon de parler au micro d’ailleurs !).

  4. Encore plutôt inculte en matière de mangas, ce livre m’intéresse pas mal d’autant que ton avis finit de me convaincre sur la qualité éditoriale du livre. Je trouve, en outre, très intéressant toutes les thématiques entourant le manga qui semblent abordées, que ce soit les scan ou la relation entre éditeurs français et japonais…

  5. Merci beaucoup pour ton retour sur ce livre qui a l’air vraiment intéressant. Je pense que ça ferait un bon cadeau de Noël pour mon mari (et pour moi aussi du coup :D)! Et puis c’est toujours chouette d’en apprendre plus sur les coulisses de nos passions.

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