Ici se cachent les monstres – Amelinda Bérubé

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Ici se cachent les monstres
est un roman young-adult horrifique écrit par l’autrice canadienne Amelinda Bérubé. Disponible aux éditions du Chat Noir dans la collection Cheshire, vous trouverez ce texte sur leur site Internet au prix de 19.90 euros.

De quoi ça parle ?
Avant toute chose je vous invite à ne PAS lire la quatrième de couverture qui dévoile un élément qui se passe après la moitié du roman. Ce n’est pas, en soi, un trop gros souci mais quand même, ça oriente la lecture.
Skye a seize ans et en a marre de sa sœur, Deirdre, qui fait tout (et surtout le pire) pour attirer l’attention. Leur déménagement à l’autre bout du pays semble être une bonne occasion de tout reprendre de zéro, de se faire de nouveaux amis. Évidemment, Deirdre prend très mal cette volonté qu’a sa sœur de rencontrer d’autres personnes. Alors quand Deirdre disparait, Skye pense d’abord à une fugue avant de se demander s’il n’y aurait pas quelque chose qui se cache dans ces bois…

Une histoire de sœurs.
Comme régulièrement quand Cécile Guillot repère un texte, on retrouve une histoire qui met principalement en scène des personnages féminins et même des sœurs dont la relation est, ici, compliquée. Tant mieux, j’adore !

Voilà des années que Skye protège Deirdre, Deirdre qui est si étrange, qui invente un monde imaginaire où elles sont toutes les deux des Reines et vivent des aventures dangereuses mais passionnantes. Sauf que les rumeurs vont vite et Deirdre devient un souffre douleur qu’il faut protéger des enfants cruels. Skye ira assez loin dans cette démarche. Après leur déménagement, elle estime que les choses doivent changer et que Deirdre doit apprendre à se débrouiller toute seule. Elle cesse donc leurs jeux, rencontre William, Sophie et Kevin, tente de s’inclure socialement tout en gérant les crises de folie de Deirdre qui créé des monstres à partir de morceaux d’os, de bâtons et de boue.

En tant que lectrice, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Skye, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à sa sœur et l’envie de vivre, légitimement, pour elle-même. La relation n’est jamais nommée comme toxique mais on la ressent ainsi à travers les pages. Deirdre apparait comme une petite fille immature et égoïste sauf que rien n’est aussi tranché. La narration à la première personne, du point de vue de Skye, empêche la balance de pencher totalement d’un côté ou de l’autre car rien n’est inscrit dans le marbre. Skye remet sans arrêt les choses en perspective en fonction des évènements et, en cela, j’ai trouvé le choix narratif bien exploité.

Une histoire d’horreur.
N’oublions pas qu’avant d’être un récit de famille ou une histoire de sœurs, Ici se cachent les monstres est un roman à l’ambiance horrifique bien maîtrisée, qui va crescendo à mesure que les trois parties du texte se dévoilent. Les descriptions de l’autrice sont simples et efficaces. Elle n’a besoin d’aucune fioriture pour décrire l’atmosphère qui entoure la forêt toute proche ou l’urgence qui devient de plus en plus prégnante à mesure que les créatures posent des ultimatums à Skye. L’aspect horrifique paraîtra probablement classique à certain.es lecteur.ices adeptes du genre, toutefois classique ne signifie pas mauvais (on ne le rappellera jamais assez) et il est assez rare que je tombe sur des textes d’une telle efficacité.

Une histoire… plurielle.
Ici se cachent les monstres est un page-turner efficace avec des protagonistes principales particulièrement bien réussies mais ce n’est pas son seul atout. En toile de fond, on y évoque aussi le harcèlement scolaire et ses conséquences tout en peignant le portrait d’une famille comme il en existe tant, avec une mère qui travaille trop et un père dépassé par les évènements, une aînée sur qui repose la charge familiale et une cadette en constant besoin d’attention. Le principe parait banal mais c’est justement parce qu’il est à la portée de compréhension de n’importe qui qu’il fonctionne aussi bien, qu’on se prend autant au jeu. De plus, le roman nous oblige à nous confronter à des questions dérangeantes sur les choix que nous ferions et les extrémités auxquelles nous serions prêtes à aller pour protéger quelqu’un de cher. Et c’est en ça qu’il est brillant puisqu’à l’instar de textes comme ceux d’Anya Allyn (traduits chez le même éditeur), il oblige le.a lecteur.ice à considérer la légitimité de ses certitudes et de ses préconceptions. L’autrice bannit le manichéisme de l’équation, ce dont je me réjouis.

La conclusion de l’ombre : 
Ici se cachent les monstres est une one-shot horrifique young adult efficace et nuancé. C’est un roman qui dérange parce que rien n’y est simple, le manichéisme n’y a pas sa place. J’ai adoré me plonger dans ce texte et je le recommande plus que chaudement aux amateur.ices d’horreur.

D’autres avis : pas encore !

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