Joker / Harley : Criminal Sanity

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Joker / Harley : criminal sanity
est une intégrale parue dans le black label de chez DC qui rassemble huit chapitres et un dossier secret qui forment ainsi une mini-série, scénarisée par Kami Garcia (aidé en cela par le Dr Edward Kurz) et dessinée par Mico Suayan, Mike Mayhew, Jason Badower, David Mack et Cat Staggs. Il s’agit d’un objet assez volumineux qui est vendu au prix de 29 euros dans toutes les bonnes librairies.

(les images utilisées dans cet article sont la propriété de DC comics et de ses dessinateurs, elles sont incluses uniquement pour illustrer mon propos.)

Peut-être l’aviez-vous remarqué mais je lis de plus en plus de comics et je m’intéresse notamment beaucoup au personnage du Joker dans Batman ainsi qu’à Harley Quinn, par extension. J’ai découvert un certain nombre de titres et était très intriguée par celui-ci, dernier en date, paru fin août de cette année. J’hésitais à me lancer, toutefois, parce que très honnêtement la couverture ne me disait rien… J’ai pourtant bien fait de surmonter mon préjugé !

De quoi ça parle ?
Harleen Quinzel est une profileuse de renom à Gotham. Elle aide le GCPD à résoudre une vague de crimes assez violents alors qu’elle-même reste hantée par une affaire s’étant déroulée cinq ans plus tôt. Sa colocataire et proche amie, Edie, a été assassinée par un criminel surnommé le Joker, qui a ensuite disparu sans laisser de traces. Et s’il était de retour …. ?

Une réécriture d’un duo iconique.
Dans une interview présente au début du volume, Kami Garcia explique qu’elle a toujours voulu écrire une histoire sur un tueur en série et qu’elle s’est énormément documentée sur le sujet, aidée en cela par le Dr Kurz, psychiatre criminel (et ami, si j’ai bien compris). Elle est pourtant connue pour ses romans young-adult sur les Teen Titans… La retrouver à la tête d’un titre du black label peut donc surprendre, elle-même ne s’y attendait pas. Elle s’en sort avec les honneurs et c’est probablement grâce à sa volonté d’explorer une version réaliste de la relation entre le Joker et Harley. Elle part en effet du principe suivant : si Harley est une profileuse qui travaille comme consultante pour la police de Gotham (et donc bien armée pour affronter les psycho / sociopathe), comment réagirait-elle face à un Joker « sain » d’esprit ?

Le qualificatif peut dérouter. Le Joker, sain d’esprit ? Les versions de ce personnage iconique sont nombreuses et on ne peut pas vraiment parler de lui comme d’une personne saine… Ce que la scénariste entend par là, c’est que pour elle, le Joker n’est pas malade mental au sens où il n’entend pas de voix qui le poussent à tuer ou n’a pas d’hallucination. Il tue parce qu’il le peut et parce qu’il n’a aucune empathie. C’est encore plus effrayant que la folie furieuse, explique-t-elle. Une pensée que je partage.

Ainsi, dans Criminal Sanity, on se retrouve finalement dans un schéma d’enquête et d’opposition entre un criminel et un profiler des plus classiques. Le Joker est ici un tueur en série artistique qui met en scène ses cadavres et ses meurtres d’une manière assez originale, en s’inspirant par exemple des tableaux de grands peintres. Il faut un moment avant de comprendre qu’il existe en réalité un lien entre les victimes et de saisir ses motivations. D’ailleurs, expliciter les motivations et l’identité du Joker, voilà qui est aussi surprenant puisqu’à mon sens, une partie de l’intérêt du personnage réside justement dans toutes les questions sans réponse qu’il suscite. Qui est-il ? Pourquoi agit-il ainsi ? Quelle est sa véritable histoire ? Kami Garcia le « réduit » au rang d’humain, elle gomme les mystères qui construisent sa légende mais pas la peur qu’il inspire, rappelant ainsi qu’il existe tout un tas de monstres différents…

J’ai trouvé la tension bien maîtrisée tout au long des huit chapitres qui alternent entre le passé (en couleur) et le présent (en noir et blanc). Les pages se tournent avec avidité, on a envie de savoir quelle(s) horreur(s) nous attend(ent) et en même temps, on se sent coupable de vouloir absolument découvrir ce qui se cache derrière la page suivante. L’intrigue est rondement menée tout comme la relation qui existe entre les deux protagonistes, si différente de ce dont on a l’habitude. Je n’ai pas de problème avec ça mais les puristes seront peut-être dérangés par ces changements.

Un design particulier…
Au niveau du dessin, on sent qu’il y a eu de nombreux dessinateur.ices qui ont travaillé sur le projet car en fonction des scènes, le style varie pas mal et cela peut dérouter. Par moment, on a presque l’impression de voir des photographies -comme sur la couverture- ce qui ne m’attire pas. Par contre, les planches en noir et blanc sont superbes et permettent de bien mettre le Joker en avant puisque les seules couleurs qu’on y retrouve sont le vert de ses cheveux et le rouge de son maquillage, couleurs pas trop appuyées si bien qu’on pourrait presque les manquer au premier coup d’œil.

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Mais !
Pourtant, si j’ai beaucoup aimé me plonger dans ce comics, je regrette finalement un peu que Kami Garcia ait utilisé les figures du Joker et de Harley pour son histoire. Cela ressemble à un coup marketing alors que tout se tenait très bien sans forcément proposer cette réinterprétation de leur relation, une réinterprétation assez différente au sein de laquelle Batman n’a même pas sa place… Alors qu’il s’agit quand même d’un élément fondamental du personnage du Joker, qui impacte d’ailleurs toutes ses autres relations. Je comprends que ç’avait un côté plus simple de réutiliser des personnages connus au sein du canon comme Gordon ou certains vilains internés à Arkham mais je suis certaine que l’autrice aurait pu s’en passer. Toutefois, c’est un sentiment tout personnel et ça ne m’a pas empêché de passer un excellent moment !

La conclusion de l’ombre :
Criminal Sanity est un comics de qualité à la personnalité affirmée. La psychologie des personnages est finement travaillée pour offrir une intrigue haletante qui n’a rien à envier au meilleur épisode d’Esprits Criminels. Je recommande sans hésiter à tout qui apprécie les thrillers efficaces.

5 réflexions sur “Joker / Harley : Criminal Sanity

  1. Personnellement, je ne suis pas trop étonné que les personnages soient utilisés comme prétexte, car très vendeurs.
    J’ai très souvent eu cette impression aussi avec certains récits mettant en scène le Joker, qu’ils soient réussis ou non.
    J’ai souvenir d’histoires où le Joker était inséré au forceps histoire qu’il soit sur la couv et le résumé, alors qu’il ne servait fondamentalement à rien dedans.
    C’est un truc qu’on retrouve souvent dans les comics super-héroïques, et qui je pense a contribué au fait que j’ai fini par m’en lasser. Ca et le fait qu’on se retrouve avec des univers qui partent dans tous les sens, et des reboots à tire larrigot, tout ce que je déteste ^^’

    Sinon, le côté thriller réaliste de cette histoire m’a l’air quand même intrigant, et je ne ferai pas de remarque sur la couverture, d’une rare laideur (du coup j’en ai quand même fait une).

    • J’ai la chance d’avoir un bon libraire qui me conseille très bien sur les titres à lire ou ne pas lire concernant ce personnage. Du coup, j’échappe à ceux que tu cites et je m’en porte très bien. C’est une figure que je trouve fascinante depuis des années, déjà enfant dans le dessin animé je l’aimais beaucoup. Du coup je suis contente de ne pas m’en être lassée 😀

      Haha non mais tu peux faire une remarque, même moi j’ai pas pu m’en empêcher ^^’ J’ai cru que c’était une photo avec des effets mal photoshopés dessus… Heureusement que l’intérieur fait oublier ça.

      • Je crois qu’on en a déjà parlé, mais j’aime vraiment beaucoup la Harley d’origine de Paul Dini et Bruce Timm, mais j’ai beaucoup de mal à trouver des interprétations du personnage qui me plaisent. Et comme la version ciné de Margot Robbie (que je trouve nullissime) a beaucoup déteint sur la représentation du personnage, je m’en suis vite désintéressé.
        Pour le Joker, je le trouve intéressant en tant que personnage très théorique par rapport à Batman, mais sinon, je ne suis pas fan.
        D’ailleurs c’est un souci que j’ai globalement avec les personnages de Batman, je trouve Batman/Bruce Wayne tellement intéressant que les autres ne m’intéressent qu’en tant que personnages qui nourrissent le héros (même Alfred !).

      • Je ne suis pas fan non plus de la version Margot Robbie ! Je ne sais plus si je t’avais parlé de Harleen ou de White Knight mais je trouve que dans ces oeuvres, elle est vraiment intéressante.
        Haha là nos opinions divergent, je trouve justement que tous les personnages vilains sont plus intéressants que Batman ^^’ Sans surprise vu mon intérêt pour les psychologies criminelles…

      • Justement, Batman est cool parce qu’il est un peu sociopathe à tendance ultra violente, et que Bruce Wayne s’est créé cet alter égo pour éviter de sombrer, c’est ça que j’aime.
        Enfin, ça dépend des visions d’auteurs, dans la trilogie de Nolan, il en fait presque une figure christique totalement positive je trouve.

        On avait déjà évoqué Harleen, que j’ai abandonné car je n’arrivais pas du tout à accrocher à l’écriture, où j’avais l’impression d’avoir un copié/collé de l’histoire de Dini et Timm en version très pompeuse. Mais je sais que tout le monde a adoré.
        White Knight je n’ai pas encore lu mais c’est prévu un de ces jours !

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