Guide sorcier de l’évasion : atlas des contrées réelles et imaginaires – Alix E. Harrow

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Guide sorcier de l’évasion
est une novella écrite par l’autrice américaine Alix E. Harrow. Publiée pour la première fois en français dans le Bifrost 99, cette nouvelle était disponible gratuitement pendant quelques semaines après avoir reçu le prix des lecteurs du Bifrost. C’est à cette occasion que je me la suis procurée et bien m’en a pris car il s’agit d’un texte de qualité.

Je l’ai lue pour la première fois durant le mois d’août et j’ai été tellement emballée par le propos que j’ai demandé au Bélial leur autorisation pour l’inclure dans mon dossier de lectures, à destination de mes étudiant.es. Je n’avais pas écrit de chronique dessus mais après l’avoir fait lire en classe une première fois, j’en ai eu l’envie et pour deux raisons. D’une part, vous partager mon propre ressenti et, d’autre part, vous raconter comment elle a été reçue.

De quoi ça parle ?
À Maysville, dans le Sud des États-Unis, un adolescent se rend à la bibliothèque pour emprunter des livres d’aventure et s’évader de son quotidien maussade. La bibliothécaire, qui est aussi une sorcière, sent sa détresse et essaie de l’aider en lui conseillant les ouvrages adéquats. Mais plus le temps passe, plus la situation du jeune garçon empire, si bien qu’elle commence à envisager de lui donner un ouvrage interdit par sa profession…

L’avis de l’ombre :
Je trouve que cette nouvelle est une ode à la littérature de l’imaginaire et à tout ce qu’elle peut apporter, même si beaucoup de gens ont l’impression qu’elle est au contraire néfaste. Il suffit de voir qu’on brûle des ouvrages de l’imaginaire dans certains pays ou, plus proche de nous, les réflexions désagréables de certain.es profs ou parents. Ces personnes sont représentées par l’assistante sociale qui dit à un moment au jeune garçon qu’il doit « lire des choses utiles ». C’est une phrase que vous avez peut-être entendue un jour, comme si toute activité qui ne générait pas un « profit » tangible ne méritait pas qu’on « perde » du temps avec elle…

Alix E. Harrow réfléchit sur la place des livres, des bibliothèques mais aussi des œuvres de fiction de manière générale. Il suffit de constater les nombreuses références littéraires qui parcourent ce texte pourtant long de quelques pages seulement. Chaque « partie » est surmontée d’un titre de livre et d’un.e auteur.ice dont le contenu du roman correspond ou résonne avec ce qui serait dit dans le chapitre. On y trouve ainsi un sous-texte très riche et qui gagne en intensité en fonction de notre culture littéraire.

Comment les étudiant.es ont reçu le texte :
J’utilise mon dossier de lecture dans plusieurs classes et la première fois, ça a été avec des bacheliers (licence). Premièrement, j’ai remarqué que tout le monde ne lisait pas aussi vite que moi… Pour évaluer le temps que ça devrait leur prendre, j’ai relu le texte en même temps qu’elleux tout en prenant des notes et iels ont eu besoin du double de temps pour arriver au bout. Cela m’a fait réfléchir sur mes préconceptions…

Ensuite, en les invitant à s’exprimer, j’ai rapidement compris qu’iels n’avaient pas compris qu’il s’agissait d’une nouvelle de l’imaginaire. Iels sont tellement habitué.es à lire de la littérature blanche dans un cadre scolaire que, malgré les indices évidents et les déclarations de la bibliothécaire, ils ont plutôt pensé qu’il s’agissait d’une métaphore, d’une personne tellement passionnée par son métier qu’elle en avait développé un sixième sens et que le Guide sorcier finalement offert au jeune homme était lui aussi une métaphore pour le livre parfait qu’on aimerait tous.tes avoir dans les mains quand ça ne va pas.

J’ai été surprise par cette analyse mais je la trouve plutôt intéressante donc j’avais envie de l’ajouter à ma chronique. Quand je leur ai ensuite présenté / contextualisé la nouvelle, ils ont été surpris et vont la relire pour le prochain cours avec ça à l’esprit, pour voir s’iels la comprennent autrement.

Dans l’ensemble, iels m’ont dit qu’iels avaient aimé ce texte pour son ancrage dans le réel, qu’iels n’ont eu aucun mal à comprendre les enjeux même quand iels ne sont pas de grand.es lecteur.ices. Iels ont même été surpris qu’en si peu de pages, on puisse en dire autant.

La conclusion de l’ombre :
Peu importe comment on l’analyse, il semble évident et unanime qu’Alix E. Harrow a écrit une nouvelle pleine de sensibilité sur l’importance de la littérature et des bibliothèques, qui ne peut que parler à des amoureux.ses des livres. Je vous encourage vivement à le lire !

14 réflexions sur “Guide sorcier de l’évasion : atlas des contrées réelles et imaginaires – Alix E. Harrow

    • Super ! Il n’existe par contre qu’en numérique (je ne sais pas s’il est encore dispo maintenant… tu peux toujours écrire au Bélial pour voir ?) ou directement dans le numéro 99 du Bifrost. J’espère que ça te plaira, je pense que la nouvelle et la novella sont des formats qui correspondent bien à ton profil de lecteur.

      • Je suis allé voir sur leur site, et en effet c’est indiqué qu’il n’est dispo qu’en numérique, mais visiblement ils donnent pas de possibilité d’achat directement. Donc je vais essayer de voir s’il est dispo ailleurs dans ce format.

        Et en effet, c’est bien pour moi les formats assez courts. J’aime pouvoir lire un ouvrage en moins d’une semaine, sans avoir à agencer mon emploi du temps exprès pour ça. J’ai quand même lu les deux derniers JK Rowling qui font 350 pages en une semaine chacun, mais si ça peut faire moins de 200 pages, c’est encore mieux !

      • Je pense que le mieux c’est vraiment d’écrire à l’éditeur, s’il y a possibilité de te le fournir en numérique, je ne vois pas pourquoi il refuserait 🙂 mais c’est comme tu le sens !
        Et je te comprends totalement, en ce moment je vis la même chose. Je suis beaucoup plus attirée par des formats courts parce qu’avec le boulot et le reste ça se prête beaucoup mieux à mon emploi du temps. Si de bons titres croisent ma route je ne manquerai pas de te prévenir. Toujours en jeunesse ou tu élargis tes horizons ?

      • Actuellement, c’est vraiment que de la jeunesse, mais je ne désespère pas d’aller vers d’autres choses si l’envie se fait sentir.
        Mais entre romans jeunesse et Nintendo Switch, ça laisse moins de place pour le reste ^^’

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