À l’ombre du Japon #38 { Beast complex, le format court version manga ! }

Ohayo mina !

Nous voici de retour avec un petit article manga qui va un peu traverser les formats puisqu’il commencera par une réflexion inspirée par ma récente expérience du #ProjetOmbre mais aussi par l’édito de la semaine chez l’Apprenti Otaku tout en vous parlant du très bon Beast Complex de l’inégalable Paru Itagaki.

Une question de terminologie…
Pour vous résumer grossièrement en deux mots, l’Apprenti Otaku expliquait que consommer du manga implique souvent un rapport de fidélité de longue durée car beaucoup de séries ont tendance à s’étaler sur au moins une dizaine de tomes. Alors que côté roman, c’est plutôt l’inverse. Il est assez rare (même si ça existe) de trouver des séries aussi étendues. Les raisons sont multiples mais viennent surtout, je pense, du modèle économique classique de notre édition. Du coup, j’ai eu envie de vous inviter à une petite réflexion à ce sujet, comme ça en passant.

Le format court est quelque chose qu’on connait bien en littérature : nouvelles, novelettes, novellas, autant de mots pour désigner des textes de moins de 40 000 mots, en fonction de leur longueur réelle. Le genre connait des hauts et des bas, des éditeurs comme Le Bélial lancent des collections dédiées, pour notre plus grand bonheur… Et de là, la question se pose : est-ce qu’il existe des mangas au format court ? Des mangas « nouvelles » ? Est-il pertinent d’accoler ces deux termes ?

C’est une réflexion un brin étrange, j’en conviens. On peut déjà se demander s’il est pertinent de chercher à appliquer des termes littéraires à un format axé sur le visuel. De plus, si vous lisez du manga, vous savez qu’il existe ce qu’on appelle des one-shot, des titres terminés en un seul tome. Est-ce qu’on peut considérer ces titres comme des nouvelles / novellas ? Ou est-ce qu’ils répondent à d’autres codes qui font que ces termes ne peuvent se transférer d’un format à l’autre ? Je vous le dis tout de suite, je n’ai pas la réponse à ces questions mais n’hésitez pas à me donner votre avis parce que l’échange autour de ce sujet m’intéresse sincèrement.

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Et Beast Complex, dans tout ça ?
Toujours est-il qu’avec Beast Complex, Paru Itagaki s’approche, à mes yeux, du format nouvelle tel qu’on le trouve classiquement en littérature (oui, tout ce blabla pour en arriver là !). La série comptera en tout trois volumes, chacun possédant plusieurs chapitres mais chaque chapitre racontant une histoire achevée sur elle-même, un peu à la manière d’un recueil, finalement. Peut-on dire qu’un chapitre = une nouvelle si ce chapitre raconte une histoire close au format court ? Et pourquoi pas, après tout… Car j’ai vraiment eu, lors de ma lecture, le même sentiment que quand je découvre un recueil au sens classique du terme. Sans parler des nombreuses qualités inhérentes à cette mangaka, dont j’ai déjà pu longuement vous parler dans d’autres articles sur Beastars.

Je sais que le manga divise, que son trait ne plait pas toujours, mais selon moi, cette femme est brillante, fine psychologue, curieuse de tout et a réussi l’exploit de me faire adorer une histoire avec des animaux anthropomorphisés, ce que j’ai en général en horreur. Je me suis longtemps demandée ce qui faisait la différence et elle y a répondu un peu par hasard dans la postface de ce premier volume en expliquant que, petite, elle aimait déjà dessiner les animaux et qu’elle se posait plein de questions concrètes sur les relations qui peuvent les unir en fonction des espèces. Du coup, ses réponses à ces interrogations me paraissent très crédibles et il y a une certaine logique dans la façon dont toutes ces espèces agissent entre elles.

C’est ce qui est raconté dans ce premier volume qui se compose de six chapitres -donc de six histoires closes sur elles-mêmes. La première est intitulée : le lion et la chauve-souris, elle met en scène des adolescents au lycée. Le lion Raul, chef de classe, est envoyé par son professeur pour apporter des notes de cours à un étudiant absent de longue durée, une chauve-souris prénommée Azumo. Sa mission est simple : convaincre l’élève de revenir en cours pour passer son équivalent BAC. Mais vu le drame qui a frappé Azumo, Raul n’est peut-être pas la personne la mieux placée pour réussir !
On découvre ensuite l’histoire du tigre et du castor qui raconte la touchante amitié de deux enfants d’une dizaine d’année qui n’appartiennent donc pas à la même espèce et approchent de l’âge fatidique où les carni’ développent leur envie de manger de la viande. Pourtant, ils sont amis depuis toujours et n’imaginent pas devoir se séparer…
Arrive alors le dromadaire et la louve, où on est cette fois confronté à des adultes. Elle dévoile comment Galom, journaliste sur le point de raccrocher, rencontre Abby, une mystérieuse louve avec qui il passera la nuit, nuit qui changera son destin… On part ensuite dans une ambiance plutôt désenchantée avec le kangourou et la panthère noire qui parle d’un gérant d’hôtel qui accueille une cliente bizarre porteuse d’une valise dont elle refuse de se séparer… Paru Itagaki revient ensuite sur un registre un peu plus léger tout en traitant le cœur de son concept avec le crocodile et la gazelle. Luna travaille depuis cinq ans dans l’émission de cuisine Happy Happy Cooking où elle est commis. Le chef herbi prend sa retraite et est remplacé… Par un crocodile ! De quoi effrayer la pauvre gazelle, surtout que son nouveau binôme enchaîne les remarques tendancieuses au sujet de la viande. Toutefois, il se peut que la personnalité du crocodile lui réserve des surprises… Enfin, ce premier tome se conclut sur la renarde et le caméléon, une belle histoire d’amitié dans un lycée qui évoque le thème du harcèlement et l’importance d’aider ses amis.

Une fois de plus, la mangaka parvient à aborder énormément de sujets en peu de pages et ce, avec efficacité. Dire que c’est sa première série ! Je n’en reviens toujours pas. Parce que oui, j’ai oublié de le préciser mais elle a commencé sa carrière avec Beast Complex qui, séduisant son éditeur, a donné ensuite naissance à Beastars

La conclusion de l’ombre :
Avec Beast Complex, Paru Itagaki propose un titre indispensable pour tous les fans de Beastars mais également parfait pour entrer dans son univers et la découvrir puisque ces histoires courtes n’influent pas du tout sur la trame principale que l’on connait, avec Legoshi, Louis, Haru et compagnie. Fidèle à ses qualités que l’on connait (un trait personnel et plein de caractère, une fine psychologie, une efficacité narrative prouvée), la mangaka aborde de nombreuses thématiques à travers six histoires courtes qui marqueront le/a lecteur/ice. J’ai adoré cette découverte et je me réjouis que la suite paraisse chez nous.

15 réflexions sur “À l’ombre du Japon #38 { Beast complex, le format court version manga ! }

    • Ah c’est drôle oO Je ne sais pas trop pourquoi non plus. Elle illustre l’histoire du dromadaire et de la louve justement, c’est pas la plus joyeuse mais la couverture en montre justement l’aspect positif.

  1. Je pense que la conception des séries longues vs one shot dépend aussi beaucoup du genre touché. En horreur ou en yaoi, on rencontre souvent ce qu »en anglais ils appellent des recueil d’histoires courtes donc la même terminologie qu’en littérature quasiment. Dans ces genres là ce n’est pas péjoratif.
    Par contre; je pense qu’il ne faut pas oublier que le manga et, à présent, le webtoon est une économie à part et le but est de fidéliser le lecteur. Rendre le lecteur « accro » à son héros préféré que ce soit dans un shonen, un shojo ou un yaoi c’est une façon de mettre en place une manne financière, c’est d’ailleurs quelque chose à mettre en place avec la cadence de travail demandée aux mangakas…
    Ce n’est pas tant que le one shot est mal vu c’est surtout aussi que le tissu émotionnel des grands séries a quelque chose de l’ordre du cadre d’évolution de la personne qui y est attaché comme un quartier dans lequel on a grandi ou comme Harry Potter pour toi. Je prends l’exemple de ceux qui ont grandi avec dragon ball Z sur plusieurs générations l’affecte n’est forcément pas le même sur le petit one shot qu’on a lu vite fait… et je pense que le lecteur aime se laisser embarquer sur de longs voyages.
    Pour ma part j’aime couper les longues séries par des one shot sinon ça me donne l’impression d’avoir tout commencé sans jamais rien finir.

    • Merci pour ta réflexion très intéressante sur le sujet ! C’est un aspect en effet à ne pas négliger et tu as raison quand tu dis qu’on n’a pas la même relation à une série longue qu’à un one-shot, par contre tout dépend du média. Souvent, en littérature, mes romans favoris sont des one-shots mais quand je regarde mes mangas préférés, ce sont tous des séries longues…

      • Après il y a des différences propres à chacun, on a tous nos préférences, de mon côté j’ai des mangas one shot que j’adore qui font partie de mon top personnel…

        Il y a surement un rapport à l’image qu’il faudrait analyser on sait que l’émotionnel ne se développe pas de la même façon selon que tu imagines ou selon qu’on te propose le visuel et puis certainement d’autres notions auxquelles on ne pense pas mais la question est intéressante.

        Ça serait sympa je pense de chercher des interview d’éditeur de manga japonais pour voir comment il abordent les choses…
        Pour ma part je reste persuadée que j’ai été marqué profondément par le club dorothée et les anime de la 5 où on a, dès l’enfance, appris à suivre des héros… c’était des animes mais tirés de mangas et l’air de rien je pense qu’inconsciemment il y a une part de nous qui veut plus pour continuer à les suivre… mais je peux me tromper 😉
        Dans nos cultures occidentales on a appris à considérer le manga et la littérature de façon différente… je pense que ça nous influence forcément dans ce qui nous nourrit, nous laisse sur notre faim et puis des romans il y en a de toutes les longueurs un one shot de 95 pages comme le joueur d’échec de Zweig ou un 800 pages comme l’homme qui rit de Hugo sont des one shot et pourtant tu conviendras que la longueur sacrément différente, en manga on a moins ce genre de différence…
        bref je m’éparpilles mais ce sont des pistes de réflexion je pense 😉

      • Ce sont des réflexions et des pistes vraiment passionnantes ! En effet ça mériterait d’être creusé, je n’avais pas la prétention de le faire dans mon petit article. Je voulais simplement ouvrir la discussion, ouvrir la réflexion collective aussi et j’ai bien fait quand je vois la richesse des retours 😉

  2. Sur la question du format et de la nouvelle, je me suis déjà fait cette remarque concernant les one shots et les recueils d’histoires courtes.

    Je n’ai pas de réponse claire à te formuler,par contre j’ai constaté que dans le monde du manga, on fait souvent une distinction dans les titres en fonction de la durée tant on est habitué aux séries longues. Souvent, le format one shot semble vu comme quelque chose de compliqué à vendre dans le sens où les lecteurs semblent se dire que c’est insuffisant pour développer quelque chose sur la durée. C’est en tout cas le sentiment que j’ai quand je vois la façon dont on parle du one shot. Je vois souvent des remarques du style « c’est vraiment réussi pour un one shot », comme si la durée empêchait une réelle profondeur.

    Je ne sais pas trop où je vais avec ce commentaire, si ce n’est pour dire que le monde du manga semble vraiment se focaliser sur les séries, et les titres plus courts semblent un peu à la marge. C’est un sentiment, pas une affirmation basée sur de vraies données, par contre.

    • C’est très intéressant ce que tu dis ! C’est vrai que j’ai déjà moi même fait cette réflexion alors que comme tu dis, en quoi la durée d’une œuvre empêche-t-elle sa qualité ou sa profondeur ? Pourtant la remarque revient souvent, dans le manga et même dans le roman.
      Mais comme tu dis, dans le roman, la norme est aux séries. Tampopo disait dans un commentaire qu’au Japon, un mangaka commence souvent avec un chapitre ou un one shot et que le format série, c’est une consécration. Ça vient peut être de là aussi !

      • Ça c’est il me semble la norme pour le shonen. Je pense qu’on a tendance à voir ce qui est le cas le plus répandu (ou en tout cas le plus vendu) mais qu’il y a toutes sortes d’approches dans les faits.
        Pour le coup, le format One shot pour donner ensuite une série, quand le One shot d’origine est publié, on se demande si vraiment ça peut passer en lecture autonome.

        Par contre, en effet, rien n’empêche un titre court d’être super marquant, je pense pouvoir trouver sans souci des exemples de grande qualité. Mais plutôt dans des approches adulte pour le coup. D’ailleurs il y a de très grands auteurs qui ne travaillent quasiment qu’au format court (je pense à Taniguchi notamment).

  3. Le format court a une raison d’être très simple au Japon, il permet de de faire connaître car un auteur débute rarement direct par une série. Souvent il se fait remarquer en gagnant un concours où il a envoyé une nouvelle et les éditeurs le teste avec des histoires courtes pour s’il vaudra le coup.
    Le format long, le format série, ne vient qu’ensuite quand ils estiment qu’il a assez de popularité, assez de choses à proposer ou les reins assez solides. Et rare sont les auteurs qui font une carrière entière avec presque uniquement des nouvelles. C’est souvent un format qu’ils abandonnent et auquel ils ne reviennent qu’entre deux séries, pour faire une pause ou expérimenter.
    Voilà ma petite réflexion sur le sujet 😉
    C’est donc totalement différent de ce qu’on peut connaître dans la littérature sans image ^^’

    • C’est bien possible oui ! Perso c’est la première fois que je vois un format comme celui là. Sauf pour Otaku Otaku mais on a quand même une histoire qui se suit avec des perso qui reviennent au contraire de Beast Complex.

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