Numérique (brevis est) – Marina et Sergueï Diatchenko

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Numérique
est le second volume des Métamorphoses, écrit par les auteurs russes Marina et Sergueï Diatchenko. Publié par l’Atalante, vous trouverez ce roman au prix de 23.90 euros partout en librairie à partir du 27 mai 2021.
Je remercie Emma et les éditions l’Atalante pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Je vous ai parlé de Vita Nostra il y a quelques mois sur le blog, qui est le premier tome des Métamorphoses. En substance, je ne suis pas parvenue à écrire une chronique classique ou à en fournir une analyse littéraire parce que je considère que ce roman fait partie de ceux qui se vivent. De ceux qui provoquent des émotions, des questionnements conscients ou non. Ceux qui induisent un malaise qu’on cherche à identifier et qui nous retournent ensuite le cerveau. Bref, un chef-d’œuvre. C’est également le cas pour Numérique mais je l’ai trouvé plus accessible. À moins que l’opus précédent m’ait tout simplement bien préparée.

Vita Nostra avait placé la barre très haut et j’ai été surprise d’apprendre qu’on ne suivrait pas Sacha dans Numérique. Nouveau personnage, nouveau cadre, nouveau concept aussi puisque cette fois, on parle d’un adolescent hardcore gamer qui incarne Ministre, un personnage clé de « Bal Royal » (un jeu-vidéo type massivement multi-joueurs en ligne) et élève des chiens virtuels qu’il revend à prix d’or. Du haut de ses quatorze ans, Arsène est d’une redoutable intelligence et possède un talent rare qui lui vaudra de nombreux ennemis dans le jeu… et en dehors. Quand ses parents décident de vendre son ordinateur pour sortir leur fils de ce qu’ils considèrent comme une grave dépendance, Arsène s’enfuit et est approché par un homme mystérieux prénommé Maxime, un homme qui semble doté de certains pouvoirs… magiques ? Arsène accepte alors de passer des tests pour postuler au sein d’une entreprise nommée Les Nouveaux Jouets, que Maxime semble diriger. Des tests où il va être en concurrence avec des adultes. Il va devoir réussir différentes épreuves dans des jeux-vidéos pour décrocher le job de ses rêves et ainsi légitimer sa passion du jeu auprès de ses parents… Sauf que tout ne se passe pas comme prévu. Arsène va petit à petit évoluer, prendre conscience de certaines réalités. Je ne vous en dit pas plus, histoire de ne pas gâcher votre plaisir !

Un questionnement sur notre dépendance au virtuel.
Voilà grosso modo le fil conducteur de Numérique, comme peut le laisser sous-entendre son titre. Dès le départ, le lecteur rencontre Arsène, un adolescent qui préfère passer des heures devant son écran, à peaufiner des plans dans un univers qui « n’existe pas » mais revêt pour lui une grande importance. Il va jusqu’à sécher les cours, forçant ses parents à intervenir. Des parents qui, pourtant, souffrent eux-mêmes d’addiction numérique : sa mère à des blogs et son père à la télévision. La première passe des heures à échanger avec des personnes qu’elle ne connait pas, à vivre une autre vie derrière son écran, une vie dans laquelle elle s’investit énormément et qui compte beaucoup pour elle. Quant au second, il se nourrit des informations données à la télévision, reste des heures à regarder ce qui se passe dans le monde et à émettre son opinion sur tous ces sujets. Petit à petit, on se rend compte d’à quel point c’est notre société toute entière qui est questionnée sur ses habitudes. Avec un peu d’honnêteté, il est probable que le lecteur se retrouve au minimum dans l’un des trois profils précédemment décrit, ce qui risque de provoquer un certain malaise accompagné d’une fascination un brin morbide. Personnellement, c’est comme ça que je l’ai vécu. Je voulais savoir jusqu’où iraient les auteurs, comment Arsène allait évoluer, quel chemin prendrait cette histoire et surtout, quelle fin allaient-ils lui donner ? Comme si je lisais, en quelque sorte, une roman me décrivant mon futur.

Redéfinir « réalité »
Le lecteur oscille donc tout du long entre l’univers numérique (au sens large, il n’y a pas que les jeux) et la réalité, jusqu’au moment où la frontière entre les deux se brouille. On en vient alors à questionner la notion même de réalité et à se demander s’il ne serait pas temps qu’elle évolue…
Et là, si vous avez lu Vita Nostra, certains liens évidents commencent à se créer dans votre esprit. Pendant toute ma lecture, j’ai cherché les indices, effectué des parallèles. Mon regret, c’est de ne pas avoir relu Vita Nostra juste avant pour que tout soit totalement frais dans ma tête. Pourquoi, me demanderez-vous ? Puisque les personnages n’ont rien avoir…

Tout simplement parce que si Numérique est très différent de Vita Nostra, il en est aussi assez proche par bien des aspects et la lecture de Vita Nostra me parait indispensable pour vraiment saisir l’essence du roman et des messages qui y sont dissimulés par les auteurs. On y retrouve d’ailleurs certains concepts connus et largement détaillés dans Vita Nostra. On commence à élaborer des hypothèses, aussi…. Parce que nous, lecteurs, possédons les clés pour comprendre le mystère qui entoure le personnage de Maxime, sans toutefois savoir jusqu’où vont nous emmener Marina et Sergueï Diatchenko.

Rien n’est à jeter dans Numérique. Les personnages dépeins sont complexes et travaillés, les interrogations autour de la technologie d’une effarante modernité… Marina et Sergueï Diatchenko vont loin mais vont-ils si loin que cela, si on balaie notre tendance naturelle à l’hypocrisie pour se poser véritablement la question ? Numérique pourrait appartenir au genre du fantastique, à moins qu’il ne glisse sur les premières notes d’une dystopie… Ou qu’il ne soit, tout simplement, qu’un reflet de notre réalité ?
Un nouvel OLNI, voilà ce qu’est Numérique.
Un OLNI que j’ai dévoré en deux jours à peine. Un OLNI qui retourne totalement le cerveau et qui mérite qu’on se pose un moment après sa lecture pour y réfléchir. Un OLNI qui mérite aussi qu’on le relise, parce que c’est clairement le genre de roman pour lequel de nouvelles significations apparaitront au fur et à mesure.

La conclusion de l’ombre :
Au cas où ce n’était pas clair, Numérique est un coup de cœur et même plus que cela. Cette expérience littéraire s’inscrit dignement dans la lignée de Vita Nostra tout en se démarquant, proposant ici une réflexion sur notre dépendance au virtuel et ses possibles dénouements. Je me languis déjà du troisième opus des Métamorphoses à paraître, je l’espère, l’année prochaine. Voilà une saga qui risque de laisser longtemps sa marque sur moi !

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31 réflexions sur “Numérique (brevis est) – Marina et Sergueï Diatchenko

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    • Oui.. Et non.
      Oui parce que clairement l’intrigue etc n’a rien avoir donc ça forme une autre histoire close sur elle même.
      Mais ça s’inscrit quand même dans une continuité de Vita Nostra sur le fond avec justement l’aspect métamorphoses, réalité, tout ça. Je pense qu’un lecteur qui n’a pas lu VN sera déboussolé par ces principes qui sont très originaux (je ne les avais jamais vu ailleurs) toutefois c’est parce que j’ai d’emblée tissé des liens avec ce que VN nous apprenait, il faudrait tester avec un lecteur qui ne l’a pas lu pour s’en assurer !
      (je me rends compte que ma réponse ne te répond pas tant que ça 😅)

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  6. Contente de savoir que ce 2e opus vaut aussi le détour. Il faut que je vois si je relis le premier avant (je l’avais un peu dévoré dans une sorte de frénésie qui m’a donné envie d’y revenir de façon plus calme ^^)

    • Perso je te le recommande si tu as le temps parce que c’est mon seul regret, de ne pas avoir relu Vita Nostra avant même s’il m’a tellement marqué que des liens m’ont tout de suite sauté aux yeux… Pour la sortie du dernier, je prendrais le temps de la relecture des deux autres.

  7. Je t’avoue avoir survolé en diagonales cette critique pour ne pas trop en savoir avant ma découverte. Mais je retiens que l’expérience est à la hauteur et rien que ça me fait trépigner d’impatience. Après l’uppercut de Vitra Nostra, j’attends ce titre avec autant de peur que d’envie. Vite, vite!

    • J’avais le même sentiment que toi ! Une crainte mêlée d’impatience parce que je me disais que rien ne pourrait égaler Vita Nostra. Et c’est vrai que Numérique ne l’égale pas, parce qu’il est trop différent pour qu’on l’y compare… Pourtant, il est aussi fort semblable. Que de paradoxe avec ces romans ^^’ J’ai hâte de pouvoir lire d’autres retours et d’en discuter du coup, je me sens un peu seule pour le moment 😛

  8. Merci pour ta chronique, je n’hésitais déjà pas trop à le prendre vu le coup de coeur que j’ai eu pour Vita Nostra, ta chronique permet de savoir si ça vaut le coup de se lancer (et la réponse sera oui pour moi 🙂 !)

    • J’ai l’impression que c’était le cas de beaucoup de lecteurs sur la blogo ! Après Sasha avait laissé une forte impression alors ça se comprend. Je suis contente si ma chronique te rassure, j’espère que ti aimeras autant que moi 🙂

  9. Quoi ? Un roman plus abordable ? Qu’on me rembourse immédiatement mon achat pas encore réalisé ! 🙊
    Bon, c’est rassurant, même si je n’avais aucun doute sur la qualité de ce deuxième opus. Et c’est bien de voir que le concept de triptyque a un vrai sens.

    • Révolte !!!
      Yep je me demandais aussi pourquoi on évoquait un triptyque si on ne suivait pas la même héroïne mais clairement ça saute aux yeux à la lecture de Numérique. J’espère en tout cas que tu aimeras autant que moi !

  10. J’attendais justement les premiers avis pour le décider à le prendre ou non. J’ai adoré l’expérience du premier tome mais j’étais hésitante vu que c’est un autre cadre et un autre personnage. Même si ta chronique est engageante, je sens malheureusement que ça va moins me plaire parce que l’univers repose sur des topos qui m’intéressent moins, donc je préfère passer mon tour et on verra bien pour le tome 3 ^^
    Merci !

    • Avec plaisir ! Je suis contente de t’avoir aidé à bien cibler ton choix de lecture même si forcément, je suis un peu déçue que ce soit dans le « mauvais sens du terme » pour Numérique :P. À voir si le 3 sera également un top « à part » ou non, en tout cas je l’attends avec impatience.

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