Les griffes et les crocs – Jo Walton

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Les griffes et les crocs est un roman de fantasy écrit par l’autrice britannique Jo Walton. Publié au format poche chez Folio SF, vous trouverez ce texte partout en librairie au prix de 8.60 euros.

De quoi ça parle ?
Le dragon Bon Agornin a eu une longue vie mais est sur le point de décéder. Toute sa famille se réunit alors pour consommer son cadavre, comme le veut la tradition des dragons. C’est le point de départ de diverses intrigues familiales…

La figure du dragon en fantasy
Je me rappelle avoir rendu un travail sur le sujet pendant mes études universitaires, afin de clôturer mon bachelier (licence pour vous en France) et entrer en master. J’avais alors lu plusieurs ouvrages mettant en scène des dragons, soit en tant que personnage principal, soit en tant que créature issue d’un bestiaire, parfois doué de parole, parfois non. Pourtant, je n’avais jamais eu l’occasion d’en lire un comme celui-ci… Car si le roman L’aube des Aspects (dans l’univers de World of Warcraft) avait aussi des dragons très présents en tant que narrateurs, si quelques autres titres ont pu leur laisser la part belle au fil des années (je pense par exemple au roman le Prieuré de l’oranger, à la saga des Ravens ou encore au manga Jeune dragon recherche appartement ou donjon), aucun ne les a jamais placé dans une société inspiré de l’Angleterre victorienne. Du moins, pas à ma connaissance.

C’est la grande originalité du roman… Et même la seule, si on se veut un peu honnête.

En effet, dans les griffes et les crocs, le lecteur rencontre une famille de dragon, les Agornin, autour du corps de leur père récemment décédé. La tradition veut que le corps du dragon soit dévoré par sa famille car la chair de dragon permet de grandir et de gagner en puissance. Chaque bout de chair se voit donc âprement négocié et ce malgré le testament de Bon qui souhaitait privilégier ses enfants pas encore installés dans la vie, ce qui est logique car il a pu aider les deux autres de son vivant. Hélas, son beau-fils Daverak ne l’entend pas de cette oreille… La narration va ensuite suivre le destin de chacun des enfants : les deux déjà installés et les trois qui entrent à peine dans la « vraie vie ». L’alternance des points de vue permet des chapitres courts, dynamiques, mais aussi de toucher à divers aspects de ce monde.

Ce monde, bien entendu, dispose d’une religion officielle qui remplace une plus ancienne, presque la même à l’exception de certains détails (ce qui m’évoque l’opposition protestantisme / catholicisme). Il a aussi ses règles très strictes, ses distinctions de classe, l’importance du mariage pour les femelles qui n’ont finalement que cela dans la vie ou presque, la manière dont on juge chaque acte, chaque parole, bref la bienséance dans son ensemble, sans parler de la condition des serviteurs… Des thèmes très vastes qu’on peut aisément lier à notre propre Histoire.

Un peu de poudre aux yeux : Downtown Abbey version dragon.
Si ce roman avait eu des humains comme protagonistes, on aurait pu le ranger dans un coin et aisément l’oublier. L’intrigue, en effet, tourne principalement autour de cette famille, de ses petits drames et cela vaut n’importe quelle bonne série anglaise, qu’elle soit littéraire ou télévisuelle. J’ai lu des comparaisons avec Jane Austen (une autrice que je n’ai pas encore découvert), d’autres avec Downtown Abbey et c’est cette dernière série à laquelle j’ai spontanément pensé tout au long de ma lecture.

Pourtant, transposer les codes de ces romans / séries victorien/nes dans une société de dragons fonctionne plus qu’on ne pourrait le croire, donnant ainsi un page-turner efficace. C’est vrai qu’on pourrait tiquer sur certains éléments comme la taille des villes et des infrastructures nécessaires à accueillir des reptiles de cette ampleur qui n’est jamais clairement explicitée puisque la narration se place d’un point de vue draconique et donc de la norme en cours au sein de la diégèse. Ou encore la raison qui pousse des créatures se déplaçant en volant à porter uniquement des chapeaux… Ces quelques éléments curieux prêtent à sourire, s’éloignant délicieusement de nos habitudes en matière de représentation des dragons et participent, finalement, à l’impression agréable qui se dégage de l’ensemble.

La conclusion de l’ombre :
Les griffes et les crocs est un one-shot de fantasy qui raconte l’histoire de la famille Agornin, des dragons qui évoluent au sein d’une pseudo société victorienne aux codes sociaux et politiques rigides. Jo Walton tisse sous les yeux de son lecteur une intrigue familiale et le fait d’utiliser uniquement des dragons comme protagonistes est la grande force de ce texte (la seule vraie originalité même) dont on tourne les pages sans même s’en rendre compte. Une réussite !

D’autres avis : Ma LecturothèqueCoeur d’encreLectures du pandaLa bibliothèque d’Aelinelle culte d’ApophisLutin82 –  NevertwhereBoudiccaDéjeuner sous la pluie – vous ?

34 réflexions sur “Les griffes et les crocs – Jo Walton

    • J’ai bien aimé moi aussi, honnêtement j’ai passé un bon moment ! Mais je me suis quand même rendue compte que si ça n’avait pas été des dragons, ça aurait été un roman d’inspiration victorienne très très banal ^^’ Comme quoi, il suffit d’un détail.

  1. Pingback: Bilan mensuel de l’ombre #34 – avril 2021 | OmbreBones

  2. J’ai cru comprendre par Instagram que c’était la première fois que tu lisais l’autrice ? C’est ton travail sur les dragons qui t’a fait commencer par celui-là ?

    Je ne l’ai pas encore lu celui-là, j’étais très dubitative à la sorte mais les avis positifs m’avaient fait dire qu’il faudrait que je le lise (et puis j’ai un certain désir d’exhaustivité pour cette autrice).

    • En effet c’est la première fois et je ne sais pas trop pour quelle raison j’ai commencé par celui la. Mon affinité avec la figure du dragon a du jouer mais parmi toutes les chroniques que j’ai pu lire c’est le texte qui m’a le plus parlé donc j’ai commencé par la plus par envie de lire cette histoire que l’autrice en elle même !
      Tu as déjà lu d’autres de ses textes ? Si tu l’aimes déjà je pense que ça devrait aller pour celui ci 🙂 faut juste une grosse suspension d’incrédulité pour sa façon de voir mes dragons.

      • ça pour être classique… j’ai fait Lettres Modernes mais 98% de mes profs ressemblaient plus à des Momies adeptes des grands classiques, dès qu’on sortait des sentiers battus, on se faisait taper dessus… j’ai fini par arrêter en cours d’année de Maîtrise tellement je trouvais pas ma place… en même temps, je pense que choisir la Sorbonne était une erreur de ma part parce qu’elle se voulait encore plus classique que d’autres pour maintenir sa réputation…
        mais du coup ça me fait super plaisir d’entendre qu’ailleurs c’est plus souple… 😉

      • Je comprends, ce n’est hélas pas la première fois que j’entends ça ^^’ Moi j’ai fait information et communication, j’ai eu des cours comme histoire de l’édition, histoire de la musique, histoire du cinéma, et j’avais choisi les options littéraires donc j’avais aussi ce qu’ils appellent paralittérature, dans le cadre duquel j’ai fait le devoir mentionné dans cet article. Ça a été extrêmement enrichissant mais comme toi j’avais quitté la section lettres qui était bien plus classique hélas ^^’ l’ironie a voulu qu’en commu j’ai davantage de littérature alors qu’en lettre c’était surtout philologie, grammaire, etc.

      • on a fait presque les mêmes études, j’ai fait Lettres Modernes spécialisés communication audiovisuelle, la seule filière qui était sensée me menée en édition, mais d’après ce que tu dis mon cursus était moins riche et complet que le tient… nous nos options s’arrêtaient aux langues 😦 et ça se suivait pas d’une année à l’autre, me suis retrouvée à faire de l’italien une année et du grecque moderne la suivante, tu vois le genre ? la seule option facultative que j’ai pu avoir c’était vieux français et là on apprenait des choses passionnantes mais sinon c’était vraiment loin de ce que j’imaginais quand j’ai choisi cette filière… à part des profs qui s’écoutaient parler et des profs qui donnaient des sujets libres mais n’avaient pas les connaissances pour les corriger et donc te sacquaient, hélas c’était pas la folie… j’ai eu 3 bons profs sur 3 années et demi de fac… c’est triste….

      • J’avoue c’est vraiment très triste 😦 ma filière aussi menait au master en métiers du livre justement et en langue tu avais anglais bien entendu ainsi que néerlandais (ce qui est cohérent en Belgique ->) mais jamais tout ça et tu continuais sur plusieurs années ^^’ quel intérêt de faire grec moderne un an ? Tu vas rien apprendre… C’est désolant ce vieux système 😦 Ça a vraiment du te gâcher l’expérience.

      • j’avoue que mon rêve était d’aller à la Sorbonne petite fille et ayant une enfance et une scolarité compliquée c’était une sacrée victoire d’y aller et de réaliser mon rêve mais voilà le désenchantement une fois sur place… et je te parle pas des amphi sans chauffage, des sièges défoncés et des tables à hauteur d’épaule… c’était la 4e dimension… moi qui n’était déjà pas faite pour le format classique de l’école, à la fac ça m’a frappé de plein fouet… et le pire c’est qu’ils se gaussent encore de leur soit disant excellente méthode éducative… après m’avoir fait changer trois fois de sujet de maîtrise, j’ai fui pour le monde du travail où je me sentais super bien…

      • C’est l’illustration parfaite de « se reposer sur ses acquis » … Certaines institutions devraient vraiment se remettre en question. Ca me rend triste de lire ça, je pense que tu te serais bien plu chez nous 😦

      • peut-être… après comme je te le disais il y a une réalité certaine c’est que j’étais trop atypique pour l’école traditionnelle donc ce n’est pas certain finalement… je n’ai jamais mieux appris que depuis que j’ai quitté cette institution qui m’a profondément dégoûté pour plusieurs raisons… mais je suis contente de savoir que mieux ou tout du moins plus souple existe ailleurs, ça fait plaisir à entendre… 😉

  3. J’avais vu passer la couverture de ce roman, sûrement lors de sa sortie, et elle m’a tout de suite attiré l’oeil.

    J’aime bien la figure du dragon et je trouve ça vraiment cool que tu aies travaillé dessus durant tes études !
    Ce n’est pas quelque chose que tu aurais envie d’approfondir de nouveau ?

    • Elle est en effet vraiment très très belle ! J’ai tout de suite été séduite par elle moi aussi même si j’avais découvert le roman sur un blog.

      Merci 😀 Et si il y a plusieurs sujets sur lesquels j’ai pu travailler pendant mes études, dont celui de mon mémoire, que j’aimerais bien continuer d’approfondir mais avec le boulot je manque de temps..

      • Je te comprends.
        Moi aussi, les choses sur lesquelles j’ai travaillé durant mes études me donnent envie de les approfondir encore et toujours, mais le temps manque.
        Je crois que j’en avais déjà parlé, mais j’avais même commencé une thèse (j’ai bossé dessus pendant 2 ans quand même !), mais ce n’était plus gérable avec le travail, la fatigue et le stress…
        C’est vraiment un de mes très gros regrets dans la vie ça.

      • Y’a des moments j’ai envie de tout plaquer pour retourner sur les bancs de l’unif ! Mais ce ne serait pas très raisonnable ->
        Surtout que la situation des doctorants est vraiment précaire. Qui sait dans l’avenir j’arriverais peut-être à me dégager du temps pour m’y remettre. J’essaie déjà de me consacrer à la lecture de certains essais sur des thèmes qui m’intéressent. Ça donnera peut être quelque chose !

      • Je n’arrive même plus à lire des essais et ouvrages universitaires, je crois que j’ai tellement de regrets que j’ai fini par me couper de ça pour ne pas me faire de peine.
        Mais parfois, j’aimerais voir ce qui se fait par exemple dans la recherche sur le manga en France. Julien Bouvard (un enseignant chercheur) en avait fait un thread sur twitter et ça m’a donné envie de creuser la question.

  4. Pingback: Les griffes et les crocs – Jo Walton | Le culte d'Apophis

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