Montès – Isabelle Bauthian

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Montès
est le nouveau roman fantasy de l’autrice française Isabelle Bauthian. Publié par ActuSF, vous trouverez ce roman partout en librairie au prix de 20.90 euros.
Je remercie Jérôme Vincent et les éditions ActuSF pour ce service presse numérique.

De quoi ça parle ?
Depuis quarante ans, la paix règne sur Civilisation… Mais la guerre revient frapper aux portes de Montès, baronnie martiale dirigée depuis peu par un homme souffrant de folie des grandeurs (c’est la façon polie de dire que c’est un c*****d). En effet, les mi-hommes envahissent la troisième province de Montès pour se venger des visées expansionnistes du nouveau Baron. Pour empêcher cette guerre de coûter encore plus de vie, Oditta, la ministre des frivolités, décide d’agir dans le dos de son souverain, accompagnée par nul autre que Thélman, le redoutable chef de la guilde des épiciers qui est aussi son plus vieil ennemi. Commence alors un long périple Outre-Civilisation…

Avant d’aller plus loin, je me dois de signaler que l’autrice a écrit deux autres romans dans le même univers que celui-ci, avec des personnages qu’on retrouve parfois de l’un à l’autre, tout en réussissant l’exploit de les rendre véritablement indépendants. Je n’ai lu ni Grish-Mère, ni Anasterry (ce qui va changer sous peu !) et cela ne m’a pas empêché de comprendre la totalité de ce texte. À l’heure où beaucoup d’éditeurs proposent de faux one-shot, je pense important de préciser que Montès en est bien un. J’en profite pour, du coup, saluer le travail de l’autrice à ce sujet. 

Quelques mots sur le contexte
Le roman prend place en Civilisation, un rassemblement de plusieurs baronnies articulées autour de la Capitale (avec une majuscule donc). Montès est une baronnie à tendance martiale qui protège une large partie des frontières de Civilisation. Chaque baronnie possède un peu sa spécialité, sa particularité et ses coutumes. L’univers créé par l’autrice est ainsi d’une très grande richesse, ce qui lui permet de traiter beaucoup de thématiques sociales en les mettant en scène à travers les différences qui existent entre les baronnies.

Dans Montès, c’est plus particulièrement l’opposition entre les mi-hommes et les humains qui est exploitée. Il s’agit donc d’aborder les thèmes de l’intégration, de la peur de l’inconnu, de la peur des autres cultures. Quand le nouveau baron prend les commandes à la mort de son père, il décide de rejeter tous les mi-hommes présents dans la société de Montès, les mettant dans le même sac que ceux qui attaquent sa province. Et si ça ne vous rappelle rien, que dites-vous de ceci ? Je surinterprète peut-être mais j’ai vu dans ce roman une métaphore de notre propre société : notre modernité s’est construite sur une économie de guerre, notre prospérité occidentale, nos avancées scientifiques, tout aurait pris beaucoup plus de temps en période de paix. Pourtant, la guerre coûte des vies, répand le malheur, on se bat contre elle tout en continuant à l’entretenir dans certaines régions du monde. C’est ce qu’on voit finalement dans Montès : le paradoxe de la guerre, qu’on veut stopper sans savoir quel type de société cela engendrera. Et comme on a peur de l’inconnu, on veut changer les choses mais pas trop quand même hein, faut pas déconner.

On y évoque aussi le danger des généralités, le fait de mettre « dans le même sac » tous les individus issus d’un même endroit sans prendre en compte la multiplicité des cultures, des personnalités, des opinions. Certains mi-hommes veulent la guerre, d’autres espèrent la paix, et parmi ceux qui désirent la paix, certains la pensent possibles alors que d’autres se montrent cyniques à ce propos. Isabelle Bauthian dresse un tableau nuancé dont tout manichéisme est banni. Et quand on pense qu’elle va sauter à pied joins dans la facilité, elle esquive habilement l’écueil, apportant une sacrée dose de surprise et transformant son texte en page-turner. Personnellement, je n’ai rien vu venir à aucun moment et tout ce à quoi je m’attendais n’est pas arrivé. 

L’autrice propose donc un roman de fantasy, oui. Mais comme beaucoup de bons romans de l’imaginaire, elle y aborde des thématiques modernes qu’on peut aisément transposer à notre propre monde. 

Oditta, une protagoniste remarquable
Isabelle Bauthian écrit à la troisième personne et se place presque exclusivement du point de vue d’Oditta, à l’exception de la lettre en début de roman et de l’épilogue. J’ai rarement rencontré un personnage aussi solide et aussi développé. L’alternance entre le passé et le présent permet de découvrir petit à petit comment la naïve ministre des frivolités gagne en maturité, montre son courage et sa détermination, sans jamais que cela ne me donne l’impression d’être trop ou mal équilibré. Oditta est attachante en tant que femme de bonne condition, élevée pour être une gentille fille, une bonne épouse, qui n’a pas forcément d’avis sur les questions d’importance mais qui apprend petit à petit à aiguiser son esprit, à devenir indépendante, à remettre son éducation en question sans pour autant se renier totalement. On sent en elle toute la contradiction de ceux qui aimeraient changer le monde sans réussir à assumer ou même imaginer les conséquences.

Elle forme, avec Thélban, un duo délicieux. Cet homme est parti de rien et a réussi à s’élever tout au sommet du monde commercial de Montès, devenant très riche et pouvant se permettre de défendre ses convictions. Pour lui, les mi-hommes ne sont pas des sous créatures et il embarque Oditta dans une mission diplomatique alors même que tous les deux se détestent depuis des années. On comprend qu’il y a derrière cette situation des histoires de cœur, de jalousie, Oditta se sentant menacée par Thélban dans le cœur de son mari, mais on comprend aussi qu’il y a plus que cela. Les subtilités sont apportées petit à petit par l’autrice et vraiment bien distillées. J’ai apprécié que (surlignez pour dévoiler le spoiler) cela ne finisse pas en passion interdite ni même en triangle amoureux. D’ailleurs, il n’y a pas de romance dans Montès. Oditta est mariée, elle aime son mari, on les voit ensemble mais ce n’est pas le sujet du texte et j’ai trouvé ça vraiment rassénérant. 

La conclusion de l’ombre 
Montès est un roman de fantasy tout à fait remarquable grâce auquel je prends contact pour la première fois avec la plume d’Isabelle Bauthian. Si ce texte se place dans le même univers que les deux autres romans de l’autrice (Anasterry et Grish-Mère), il est véritablement indépendant et peut se lire en premier ou en dernier, au choix du lecteur. Le travail effectué sur l’univers était déjà à lui seul remarquable mais Oditta, la protagoniste principale du roman, est l’un des personnages féminins les mieux construits que j’ai pu croiser dans ce genre littéraire. J’ai adoré chaque ligne de Montès que je recommande très chaudement !

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10 réflexions sur “Montès – Isabelle Bauthian

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  2. Pingback: Bilan mensuel de l’ombre #34 – avril 2021 | OmbreBones

    • Une en l’occurrence ! C’est bien entendu une façon péjorative qu’on les autres hommes ministres de désigner sa fonction…
      C’est une autrice que je découvre moi même avec ce texte et ça a été une belle surprise donc je la recommande chaleureusement.

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